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La « Fachosphère » pour les nuls

fachosphere doucet albertini
Libération.

Les deux auteurs de cette « enquête » sur la « Fachosphère » sont Dominique Albertini, journaliste à Libération, et David Doucet, plume des Inrockuptibles. Ils prétendent avoir effectué une enquête objective et dépassionnée sur ce que l’on appelle la « fachosphère ». On peut légitimement avoir envie de rire à gorge déployée rien qu’en relisant la première phrase de paragraphe qui contient un oxymore de bonne taille : journaliste à Libé ou aux Inrocks « objectif ». Pour les deux auteurs, leur parole est forcément objective. Néanmoins, reconnaissons qu’ils ont malgré tout fait l’effort d’aller rencontrer les auteurs des blogs et sites estampillés « fachos » et d’essayer de comprendre leur parcours intellectuel et politique, la construction de leurs convictions.

Objectif nul

Cela partait d’une bonne intention, mais c’était peine perdue car les deux auteurs partent d’un paradigme faux : tout ce qui contredit le discours des élites qui est aussi le leur relève d’une nostalgie des heures les plus sombres de notre histoire, et par conséquent de la « fachosphère »

Cette « France d’en haut » crépusculaire décrite par Christophe Guilluy dans son dernier ouvrage ne peut admettre que son éloge de la mondialisation réputée heureuse et de l’avènement merveilleux de la société multiculturelle soient contredits. Cette « France d’en haut » pratique donc par commodité intellectuelle, et quoi qu’ils en disent, l’amalgame de Soral, Zemmour et Henry de Lesquen, Civitas et La Manif pour tous, Escada et Frigide Barjot. Pour ces prétendues élites de plus en plus coupées du peuple, les deux auteurs en font partie comme on l’a vu, leur réflexion va de soi, elle ne peut être remise en cause, a valeur de dogmes.

La colère de la France périphérique

Ils savent et ils feront le bonheur des peuples même malgré eux si besoin.

Il est d’ailleurs ironique que cet internationalisme post-industriel béat et virant à l’autisme satisfait se heurte à un autre internationalisme, beaucoup plus haineux il est vrai, qui est l’islamisme du soi-disant « Etat Islamique ». Ceci explique sans doute la magnanimité avec laquelle les élites traitent de l’islamisme

Ce que les auteurs appellent la « fachosphère » ce sont tous ces individus de droite, politiques hors des normes, catholiques, incroyants, agnostiques, journalistes, blogueurs, simples internautes. Leur parole étant méprisée sur les supports traditionnels, ils ont trouvé sur le net un espace de liberté sans risque d’être immédiatement censurés ou traînés dans la boue. Et cela, c’est insupportable pour les pseudo-élites, cette parole qu’ils ne peuvent contrôler, pire encore, qui trouve sur le net une audience que eux n’auront jamais au sein de la « France périphérique » qui ressent à leur encontre une colère qui monte chaque jour un peu plus.

Jamais au début, au milieu ou à la fin du livre messieurs Albertini et Doucet ne se posent pour de bon la seule question importante : pourquoi la prétendue « fachosphère » rencontre sur Internet une telle audience au sein du peuple ? Pourquoi « fdesouche », revue de presse de périodiques, de blogs et de sites de droite mais pas seulement, dont ils font le navire-amiral de la fachosphère, est-il autant consulté ? Jamais je ne vois un questionnement sur cette coupure pourtant bien nette entre les français et ses élites, ses oligarques. Ils expliquent le tout par le populisme, la démagogie etc…

Ainsi que les oligarques, les auteurs ne sont pas prêts à une remise en cause profonde de leurs schémas de raisonnement, de leurs opinions. Et le Front national d’accroître son score à chaque élection un peu plus. Sans doute les invitera-t-on alors sur les plateaux télévisuels afin de commenter le vote FN et expliquer doctement que c’est en quelque sorte le retour du poujadisme ? Ils auront gagné un « rond de serviette » dans les médias…

François ou le christianisme d’ascenseur

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pape françois parlement européen strasbourg 25 nov 2014
Le Pape François au Parlement Européen de Strasbourg, 25 novembre 2014.

Najat Vallaud-Belkacem est « très en colère » contre le Pape. Le successeur de Saint-Pierre morigéné par la sémillante Garde rouge du progressisme-pour-tous: tout là-haut, le Bon Dieu s’en arrache les poils de la barbe. Il plait pourtant, le Pape François. Question de personnalité d’abord: simple, ouvert, chaleureux, quel contraste avec son prédécesseur rébarbatif et apprêté!

Question d’idéologie surtout. Ce Pape n’hésite pas à mouiller sa soutane jusqu’au genou. En une encyclique, Laudato si, et une lettre d’exhortation apostolique, Evangelii Gaudium, il a émis un signal urbi et orbi: habemus sinistrum Papam (nous avons un Pape de gauche)! De même que les grands hôtels diffusent dans leurs ascenseurs une musique agréable et insignifiante, sitôt-entendue-sitôt-oubliée, le Pape François flatte l’air du temps avec une pensée peu exigeante mais bien sympathique. Un christianisme d’ascenseur en quelque sorte.

Les Poncifs du Pontife

De Mélenchon à Le Pen, de Sanders à Trump, en passant par Theresa May, la dénonciation du libéralisme (forcément « ultra ») est devenue le pont aux ânes de la bien-pensance contemporaine. Là ou Jean-Paul II défendait vigoureusement la propriété privée et la liberté d’entreprendre, François n’éprouve que méfiance pour le marché, et place toute sa confiance dans l’Etat salvateur.

« Certains défendent encore les théories de la« rechute favorable »,  qui supposent que chaque croissance économique, favorisée par le libre marché, réussit à produire en soi une plus grande équité et inclusion sociale dans le monde. Cette opinion, qui n’a jamais été confirmée par les faits, exprime une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique et dans les mécanismes sacralisés du système économique dominant. » (Evangelii Gaudium).
Les théories de la « rechute favorable »? Ne cherchez pas: il n’existe pas de « théorie de la rechute favorable ». Il s’agit d’une traduction maladroite de l’anglais « trickle-down economics », terme de dérision accolé au libéralisme économique par ses opposants. Par ce terme péjoratif, le Pape démontre qu’il entend disqualifier le libéralisme avant même d’en avoir débattu. Prétendre qu’il « exprime une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique »  est un contresens absolu, puisqu’au contraire, la « main invisible » repose sur le postulat que les acteurs économiques ne suivent que leur propre intérêt.

Anticolonialiste, tu perds ton sang-froid

Le Pape François est sensible à la pauvreté de son continent d’origine, l’Amérique latine. Et qui sont les responsables de cette pauvreté? « Le nouveau colonialisme a plusieurs visages (…). Parfois, il a l’influence anonyme des veaux d’or que sont les entreprises, les organismes de crédit, certains traités de libre échange et l’imposition de mesures d’austérité qui obligent toujours les travailleurs et les pauvres à se serrer la ceinture ». Hugo Chavez n’aurait pas dit mieux, et voyez vers quel sommet de prospérité il a hissé son pays.

Le Pape François est partisan de l’acceptation d’« une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties ». Par ce raisonnement, il commet l’erreur de considérer la « croissance » comme simple consommation accrue de ressources naturelles (lesquelles sont effectivement limitées), et non pas comme progrès scientifique et technique (illimité). Il y a autant de musique dans un iPod d’aujourd‘hui que dans le tourne-disque d’antan avec sa pile de vinyles sur une étagère, pourtant la consommation de matières premières nécessaires à sa production est infiniment moindre.

Le progrès technique, d’ailleurs, il faut s’en méfier: « On ne doit pas chercher à ce que le progrès technologique remplace de plus en plus le travail humain, car ainsi l’humanité se dégraderait elle-même » (Laudato si). Il y a deux siècles déjà, les canuts de Lyon détruisaient les machines à tisser qui leur prenaient leur travail… Mais justement « la croissance de ces deux derniers siècles n’a pas signifié sous tous ses aspects un vrai progrès intégral ni une amélioration de la qualité de vie » (Laudato si). Espérance de vie en France en 1810: 37 ans. Aujourd’hui : 82 ans.

La carte maîtresse des anti-libéraux, c’est la protection de l‘environnement. Mais justement, ne pourrait-on pas utiliser les mécanismes de marché pour lutter contre la pollution, selon le principe du pollueur-payeur? Eh bien non: « L’environnement fait partie de ces biens que les mécanismes du marché ne sont pas en mesure de défendre ou de promouvoir de façon adéquate » (Laudato si). Et pour enfoncer le clou: « La stratégie d’achat et de vente de « crédits de carbone »  peut donner lieu à une nouvelle forme de spéculation, et cela ne servirait pas à réduire l’émission globale des gaz polluants » (Laudato si). Et pourquoi pas? On ne le saura pas.

Tout est relatif

Pour le chef de l’Eglise catholique, il semble que toutes les religions se valent. Son prédécesseur avait identifié une propension intrinsèque de l’Islam à la violence. Pour Benoit XVI, le dialogue des religions devait être franc et sans concession. Virage à 180 degrés : pour François, « l’idée de conquête est inhérente à l’âme de l’Islam, il est vrai. Mais on pourrait interpréter avec la même idée de conquête la fin de l’Évangile de Matthieu, où Jésus envoie ses disciples dans toutes les nations ». Saint Matthieu djihadiste, il fallait y penser!!!

D’ailleurs, « Je n’aime pas parler de terrorisme islamique (…). Dans toutes les religions il y a toujours un petit groupe fondamentaliste (…). Quand des baptisés catholiques tuent quelqu’un, devons-nous parler de violence catholique ? ». Ah oui, ces terroristes qui se font exploser en criant « Au nom de la Vierge Marie! »…

Le dialogue des religions est devenu un papotage aimable et insipide: vous reprendrez bien un petit chocolat ?

En fin de compte, le Coran, c’est grosso modo le Nouveau Testament traduit en arabe.

L’antinational

Le Vatican a pour principe de refuser tous les prix et les distinctions qui lui sont proposés. Tous? Non, pas tous. Le Pape François a décidé de faire exception pour le Prix Charlemagne, décerné par les trois Présidents de l’Union Européenne (Président du Conseil, de la Commission et du Parlement) à « des personnalités remarquables qui se sont engagées pour l’unification européenne », un mois avant le referendum anglais sur le Brexit. Un bon Chrétien se doit donc d’être favorable à l‘unification européenne : c’est plié, les Anglais iront en Enfer, et ne parlons même pas des Suisses (à quand l’expulsion des gardes suisses du Vatican ?). Gageons pourtant que Jésus et le peuple juif auraient voté unanimement pour le « Judexit » (sortie de la Judée de l’Empire Romain) s‘ils en avaient eu l’opportunité.

Opposé à la souveraineté de l’Etat nation, le Pape François souhaite l’ouverture complète des frontières. « Il faut construire des ponts et abattre des murs ». Que toute l’Afrique, que tout le Moyen-Orient viennent à nous! 5 millions, 10 millions d’immigrés par an: pas de problème. Il y’a une « invasion arabe », réjouissons-nous ! Extase des artistes engagés de gôche. L’avantage d’être Pape, c’est que l’on peut énoncer de nobles principes sans avoir à en assumer les conséquences.

Encore un effort!

Antilibéral, relativiste, européiste, le Pape François a bien mérité les accolades de la presse Pigasse. Ah oui mais, remarqueront les esprits chagrins, la famille! C’est vrai, il n’est pas encore à la page sur la famille, le Pape. Allez-y, François! Célébrez l’avortement , « mon corps, mon choix, mon droit » (quel odieux réactionnaire oserait suggérer qu’un autre être humain que Moi-Moi-Moi puisse entrer en compte dans cette décision?), encouragez la GPA, chantez les louanges de la théorie du genre (oh, pardon: les « études de genre »)! Et puis, hein, arrêtez de nous rebattre les oreilles avec Dieu, ce patriarche misogyne et homophobe.

Alors Najat, enfin apaisée, vous décochera son si joli sourire.

Jerusalem: l’Unesco révise l’histoire

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kotel jerusalem wikipedia
Kotel, Jérusalem. Wikipédia.

Avec le vote majoritaire des pays arabes, et de leurs affiliés du moment, au projet de résolution « La Palestine occupée » (13 octobre) , l’Unesco, malgré les critiques de la directrice générale Irina Bokova, vient enfin de rétablir une indubitable vérité historique.

Qu’on se le dise: le point d’atterrissage d’El Borak, la jument ailée de Mahomet au pied du mur de ce qui restait du second temple à Jérusalem  est enfin reconnue internationalement.  El Borak remporte la course d’obstacle qui pendant des siècles l’opposait aux tenants du Kotel, ce mur qui bordait la partie occidentale du Mont du Temple depuis Hérode le Grand  avant sa destruction   par les légions de Titus et le massacre de la population judéenne.

Désormais, il ne sera plus question de transformer le Kotel en pissotière,  comme ce fut le cas de 1948 à 1967 sous la domination jordanienne. Son intégration à Al-Aqsa/Al-Haram Al Charif , en écarte définitivement, espérons-le, le risque. Aucun musulman digne de ce nom n’ira plus déverser ses ordures au pied d’ El Borak. Et pour affermir cette sage résolution, il sera désormais interdit aux Israéliens d’aller fouiner sous la partie nord de ce mur dont les souterrains qui ont échappé à  la destruction recèlent les arches saintes et les rouleaux de la Torah.  Pas question qu’El Borak s’y prenne les pattes en un moment d’inattention.

C’est donc avec une grande sagesse que le représentant de la France à ce vote historique s’abstient en compagnie de Saint-Christophe-et-Niévès et de 24 autres nations dont la Suède peu désireuse d’exciter plus encore ses islamistes locaux. Certes, cette abstention peut être jugée insuffisante et un vote positif aurait été plus à même de satisfaire les patrons du PSG, mais il ne dissuadera pas le Qatar de continuer à investir à tour de bras sur les terres de nos ancêtres les Gaulois dont sans doute il convoite le vase de Soisson.

L’abstention, en ces temps électoralement agités, n’est-elle pas  la valeur la plus sûre pour notre gouvernement troublé par les confessions du grand timonier. En toute normalitude, s’abstenir est vertu à défaut d’abstinence.

François Hollande, bienvenue dans la fachosphère!

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Sipa. Numéro de reportage : 00776503_000003.

La fachosphère est un espace singulier. Contrairement à la nation dessinée par ceux qui l’aiment, cette contrée peu recommandable est dessinée par ceux qui la détestent. Ses frontières sont mouvantes au gré des ressentiments de Libération, du Monde, des Inrocks, du PS, de l’Elysée, de SOS Racisme, du MRAP et de la LDH. Ils ont assigné à résidence des individus comme Eric Zemmour, Nicolas Sarkozy, Michel Houellebecq, Marine Le Pen, Marcel Gauchet, Alain Finkielkraut, Elisabeth Lévy, Malika Sorel, Michèle Tribalat… C’est l’enfer. C’est pourquoi on y trouve plein de jolies filles car elles pèchent beaucoup plus que les moches. L’enfer a du bon.

Depuis son élection en 2012, François Hollande donnait le « la » au requiem accompagnant les réprouvés condamnés à habiter la fachosphère. Le padamalgam, les heures les plus sombres de notre histoire, l’apport généreux et bénéfique de l’immigration à la richesse spirituelle de la France, l’islam de France si beau et si doux : tout cela procédait de lui. C’était niais et consternant. Mais Hollande en parlait avec une telle émotion que cette profession de foi semblait sincère. Et puis un jour, son règne finissant, le président de la République en a eu marre qu’on le prenne pour un idiot bien-pensant. Et dans un livre de confidences, Un président ne devrait pas dire ça…  il a brûlé ce qu’il avait adoré et abjuré cinq ans de nigauderies destinées à émouvoir les paroissiennes de gauche. On lit Hollande et on se pince. « Si les gens basculent, ce n’est pas parce qu’ils ont perdu 3 % de pouvoir d’achat – qu’ils n’ont pas perdu d’ailleurs ! – ou parce qu’ils sont chômeurs. Il y a des choses qui les taraudent, ils arrivent dans un train, ils voient des barbus, des gens qui lisent le Coran, des femmes voilées. »

Hollande contre l’immigration massive

Vous en voulez encore ? A propos de Nadine Morano : « Je suis convaincu que, quand on interroge des Français, ils sont majoritairement sur sa position (…) ils pensent : « On est plutôt des Blancs, il y a plus de Blancs que d’autres. » » L’équipe de France de football ? « Elle est marquée par une communautarisation, une ethnicisation. »

Allez, on en reprend encore. Car, contrairement à l’alcool, l’abus de Hollande, de ce Hollande-là, n’est pas dangereux pour la santé. L’islam : « Qu’il y ait un problème avec l’islam, c’est vrai. Nul n’en doute. » Le voile ? « Un asservissement. » Les migrants ? « On ne peut pas continuer à avoir des migrants qui arrivent sans contrôle. »

Maintenant on s’arrête pour ne pas lasser les lecteurs. Car ça ressemble trop à ce qu’on peut lire dans Causeur. Donc le Hollande nouveau est arrivé : un cru exceptionnel. Imaginez un souverain pontife proclamant urbi et orbi que Dieu n’existe pas… une supérieure des carmélites montrant sa guêpière dans une vidéo sexy… le calife de Daesh révélant qu’il est en réalité juif… une racaille de banlieue déclarant son amour pour les flics et les pompiers… et vous aurez une idée du séisme provoqué à gauche par ces propos, incongrus dans la bouche du président de la République.

De ce côté-là de l’échiquier politique, on serait tenté, pour se consoler, de penser que François Hollande est possédé. Des séances d’exorcisme s’imposeraient alors. Satan (Zemmour, Finkielkraut, etc.), sors de ce corps ! Mais nous nous refusons à toute compassion pour les tourments de Cambadélis et de Valls. C’est pourquoi nous privilégions l’hypothèse libératrice d’un Hollande débarrassé de l’étouffante tunique rose qu’il a portée depuis 2012. Il est enfin libre, le Hollande ! Bientôt, il ne sera plus président de la République ! Et il ne sera pas non plus le prochain président de la République ! Alors pourquoi se gêner… Vive le Hollande libre ! Vive le Hollande qui a fait acte de contrition pour nous avoir menti si longtemps et qui nous promet des moments jouissifs jusqu’en mai 2017.

"Un président ne devrait pas dire ça..."

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Primaire LR: l’onction de Marcel Gauchet

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Marcel Gauchet. Sipa. Feature Reference: 00700861_000026 .

J’ai le plus grand respect pour le philosophe Marcel Gauchet qui a le grand mérite d’être un esprit clair aux propos accessibles. Mais le professeur vient de délivrer une onction politique à la primaire de la droite dans un entretien accordé au Figaro qui me laisse perplexe. Après avoir analysé de façon pertinente la crise du leadership à droite, partant de la prédiction que le futur Président de la République sera issu des rangs de la droite politique, il écrit : « Le candidat de la droite modérée investi au terme de la primaire affrontera vraisemblablement Marine Le Pen au second tour, avec de très fortes chances de l’emporter. Aussi c’est à bon droit que les Français ont le sentiment que le choix du prochain président de la république se joue maintenant, lors de la primaire de la droite. Il n’est pas surprenant dans ces conditions, que cette procédure censée ne concerner que les sympathisants de droite, intéresse des électeurs venant de la gauche ou du Front National. Les uns veulent peser en faveur de ce qu’ils considèrent comme un moindre mal–Juppé plutôt que Sarkozy–les autres veulent favoriser celui qui leur paraît le moins éloigné de leurs préoccupations–Sarkozy à défaut de Marine Le Pen. »

Juppé, candidat des élites

Cette analyse semble heurter le journaliste qui pose la question suivante : « Cette situation singulière pèsera-t-elle sur la légitimité du vainqueur de la primaire ? »

Bien évidemment, cette question pose celle de la légitimité d’un Président de la République choisi dans ces conditions. Mais Marcel Gauchet comprend qu’on lui demande si certains candidats de la primaire de droite se présenteront quand même, et répond en substance qu’ils n’oseront pas parce que leurs militants seraient fâchés !

Étonnante désinvolture politique, voire duplicité avec la fable des électeurs du Front national venant équilibrer au profit de Nicolas Sarkozy le nombre des sympathisants de gauche venant voter pour Alain Juppé.

Car nous avons sous les yeux une manœuvre visant, par un tour de passe-passe, à imposer l’arrivée à la présidence de la république du candidat choisi par la caste et les élites. Solution qui aurait toute légitimité politique si elle était transparente et sincère et par conséquent si une majorité de Français régulièrement consultés en connaissaient tous les enjeux et décidaient de la choisir. Souhaiter une alliance UMPS pour traverser ces temps difficiles, Alain Juppé Président de la république et Emmanuel Macron Premier ministre, est une position recevable. Mais à condition de l’affirmer comme telle et de ne pas organiser pour la faire advenir une manipulation qui vise purement et simplement à privatiser l’organisation de l’élection présidentielle en confiant l’organisation d’une sorte de préliminaire biscornue à une association privée (Les Républicains) sur la base de règles bricolées sur un coin de table. Ce qui permet très tranquillement, aux médias dominants et au Parti socialiste d’appeler à la fausser par la fraude. C’est aussi ce qui explique « la quinzaine de la haine » qu’a connue Nicolas Sarkozy et à laquelle succède « la semaine du mépris » pour ce pauvre François Hollande que ses amis prient aimablement de bien vouloir débarrasser le plancher au profit de d’Emmanuel Macron.

Les dangers d’une légitimité rognée

Mesure-t-on les dangers que feraient encourir la faiblesse de légitimité politique du nouveau Président qui serait issu de cette aventure ? Revenons sur quelques fondamentaux de la démocratie représentative que je suis assez surpris de voir passer aussi facilement par-dessus bord.

La démocratie représentative, système délicat et fragile qui a demandé du temps à construire, n’est pas sans défauts, mais elle a un mérite. Celui de donner à l’expression majoritaire d’un peuple une légitimité permettant de gouverner. Si l’on est majoritaire à l’élection, par une majorité absolue ou relative, on est légitime à tenir la barre pour une durée fixée. Et même ceux qui n’ont pas voté pour les vainqueurs devront leur obéir. Les deux conditions impératives de cette légitimité qui assurera la paix civile sont l’assurance qu’au terme du mandat une nouvelle majorité pourra défaire ce qu’a fait la précédente et que le résultat de l’élection soit le fruit d’une procédure honnête et sincère.

C’est la raison pour laquelle le « moment électoral » des institutions publiques fait l’objet d’un dispositif d’encadrement juridique et normatif à la fois rigoureux et considérable. Sait-on que le Code électoral comporte pas moins de 1200 articles ? Auxquels s’ajoutent des dizaines de milliers de décisions de jurisprudence accumulées depuis des décennies, et des textes souvent changeants prévus pour renforcer la sincérité du scrutin. Comme les nombreuses lois intervenues depuis vingt-cinq ans sur le financement des campagnes et la communication politique désormais drastiquement encadrée. Bien évidemment, l’application de ce dispositif normatif est rigoureusement contrôlée par le juge, administratif. Mon expérience personnelle, et les trois livres publiés sur ce sujet avec mes collaborateurs me l’ont appris, parfois douloureusement.  Ce contrôle du juge est tout à fait essentiel ; sans cette possibilité, il n’y aurait pas de sincérité. Il sera flanqué aussi du juge pénal qui joue son rôle, je crois que Nicolas Sarkozy en sait quelque chose. Et de commissions administratives, comme le CSA pour l’équilibre du temps de parole, et la Commission des comptes de campagne pour le respect des règles financières.

Une primaire déjà faussée

Tout, absolument tout, est réglementé scrupuleusement, avant l’élection pendant et après l’élection. Qui peut voter, où on peut voter, qui est l’autorité organisatrice, comment se déroule le dépôt des candidatures, quelles sont les règles des campagnes, comment se passe le vote, qui sont des présidents de bureaux, les assesseurs, les observateurs, comment doit se pratiquer le dépouillement, la computation des résultats, ce qu’on peut dire et ne pas dire en période électorale, faire et ne pas faire, etc. La question de l’égalité est  essentielle, tous les candidats devant être placé sur le même pied. Cette multitude de règles n’a qu’un but : assurer la sincérité du scrutin et asseoir la légitimité de l’élection.

Et lorsque le juge, ayant relevé des irrégularités, annule, il le fait avec l’utilisation de la formule sacramentelle : « les irrégularités constatées ont été de nature à altérer la sincérité du scrutin. » Et dans ce cas, les élus, quelle que soit leur bonne foi, perdent instantanément leur mandat.

Bien évidemment, il n’existe aucune autre procédure administrative aussi encadrée en droit français. Et s’il y a bien une matière où s’applique le principe de Rudolph von Jhering « adversaire acharnée de l’arbitraire, la forme est la sœur jumelle de la liberté » c’est bien le « moment démocratique électoral », pierre angulaire du fonctionnement d’une démocratie représentative.

Mais de cela, les gens d’en haut n’en veulent plus, parce que le peuple vote mal, ou en tout cas pas comme eux. Et ils le disent d’ailleurs, sans états d’âmes comme après le vote britannique sur le Brexit.

La France d’en haut résiste

Alors à la question « cette situation singulière pèsera-t-elle sur la légitimité du vainqueur de la primaire ? », Marcel Gauchet, aurait dû répondre « oui, complètement ». Parce qu’au-delà de l’inadmissible privatisation de l’élection présidentielle, cette primaire de la droite est d’ores et déjà complètement faussée. Et comme il n’y a pas de juge pour faire respecter les règles, on ne va pas se gêner pour les fouler aux pieds.

C’est une opération de longue main, où l’avant-garde privilégiée de la France d’en haut s’est dégoté, en la personne d’un vieux politicien du monde d’avant, une roue de secours en forme de pneu crevé pour tenter de parer la catastrophe qui vient. « Encore une minute Monsieur le bourreau ». Nous vivons avec 6 millions de chômeurs, l’austérité sans fin, les invisibles et les sans-dents qui ont fait sécession, une totale soumission à l’Europe allemande, un alignement millimétré sur les États-Unis, une situation internationale terriblement inquiétante, le terrorisme et un État en débandade, y compris dans ses fonctions régaliennes. Mais ceux qui en profitent, qui sont confortablement installés, se disent quand même : « pourvu que ça dure , alors ne changeons rien ». Et cette inquiétude, cette volonté furieuse de pouvoir continuer à en profiter débouche sur une manipulation proprement stupéfiante. Et qui coûtera cher. Marine Le Pen doit se réjouir silencieusement des efforts déployés pour assurer son triomphe.

Haro sur images

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vincent delerm album
Vincent Delerm. Sipa. Feature Reference: 00765131_000026.

Après avoir joué la carte du visuel cinématographique pour son premier album et celle de la connotation littéraire pour le deuxième, Vincent Delerm s’affiche aujourd’hui façon BD (bobo désinvolte), à l’occasion de son nouvel opus : A présent (hommage au quotidien d’obédience nationale-catholique ? Titre trouvé au moment où tout bascule, après une première gorgée de bière ?) Mais d’ailleurs, c’est quoi ce polo noir aux rayures bleues… Marine ?!! Que s’est-il passé Vincent ?

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Pochette de l'album A présent, de Vincent Delerm

Cette souffrance qui semblait pointer dans tes chansons mais qu’on ne pouvait entendre parce que nos amis nous demandaient toujours de changer de disque était-elle à ce point prégnante ? As-tu vraiment basculé dans le côté obscur ? Ton duo avec Benjamin Biolay, « Les chanteurs sont tous les mêmes », laisse penser que oui. Tu voulais sans doute parler des chanteurs français d’ailleurs. Mais si tu fais du Murat maintenant, c’est que tu files vraiment un mauvais coton. Du coup, à travers tous ces signes inquiétants, je ne vois plus le côté « Vous n’aurez pas ma haine » dans ce dessin qui orne ton album, mais plutôt un faux air d’un monsieur porté disparu depuis quelques années, au nom si « name dropping » à lui tout seul qu’on le croirait sorti d’une de tes chansons :

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Couverture de France Soir (édition du 13 mai 2011)

Mais la comparaison avec de Ligonnès s’arrête là : ce représentant de la Nouvelle Scène (de crime) française s’exporte à l’étranger, lui.

Verdict : La pochette d’ A présent illustre parfaitement un disque qui sonne un peu comme le portrait-robot de l’œuvre passée de Delerm fils : le côté caricatural y est, mais les sublimes orchestrations symphoniques aussi, en écho à La Mer de Debussy (d’où le polo aux vagues bleues). La mer Caspienne ou la mer casse-pieds ? A vous de juger.

Vincent Delerm est en tournée dans toute la France à partir du 10 novembre 2016, jusque décembre 2017.

NEW MODEL ARMY : Winter

winter new modern army
Pochette de l'album Winter, de New Model Army

Voici un portrait d’un autre genre, proposé par le groupe New Model Army (dit NMA, ne pas confondre avec NPA, le groupe de Besancenot). Un selfie d’un corbeau en petite forme ? Pas sûr. On pourrait aussi y voir une nature morte symbolique… Après la France moisie de Philippe Sollers, la France cramoisie de New Model Army ? Cette lumière qui perce dans le regard, sur la photo, c’est bien celle du cogito des Lumières d’aujourd’hui : «Je pense, donc je suis… je suis… (prendre la voix de Julien Lepers pour plus de réalisme contemporain)… non je ne suis pas Arthur Rimbaud, mon nom commence par un D comme Raymond Domenech… je suis je suis Re-né Des-cartes !! C’était pas évident, bien joué quand même !» Non, finalement, ce qui compte dans cette pochette, au-delà de toutes ces questions philosophiques pour un champion, c’est le titre : Winter ! L’hiver… glacial, rude, âpre, mort, venteux comme un roman de Christine Angot – lauréate naturelle du prix Décembre (O Décembre, que de crimes on commet en ton nom, c’est un Sagittaire qui te le dit) -, mais féerique aussi, enluminé, gracieux, mystique et porteur d’une nostalgie immaculée, comme chez New Model Army. Comme chez Dickens, dont Antoine Blondin dresse le portrait suivant dans son recueil Certificats d’études : « Dickens, c’est d’abord notre oncle d’Angleterre, le parrain auquel ce qui nous reste d’adolescence fait visite au seuil de Noël […] Ouvrir Dickens, c’est, par miracle, pénétrer dans une maison fortifiée contre la misère, la sottise, l’injustice, terre promise après un long cheminement sur des routes picaresques, parfois cruelles. » Vous remplacez « Ouvrir Dickens » par « Écouter New Model Army » et c’est tout pareil.

Verdict : La musique du groupe britannique vibre une fois de plus en un condensé de vie qui passera l’hiver, plus que la bête du Gévaudan de la pochette.

Voici un sombre aperçu de Winter avec ce « Devil » qui en est extrait, illustré par des images du Faust (1926) de Murnau !

New Model Army sera en concert en France le 26 octobre à Strasbourg (La Laiterie) et le 16 décembre à Paris (Le Divan Du Monde).

Le coup d’Etat rémanent

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Pixabay.

Au-delà des interprétations données au coup d’État raté contre Erdogan, en juillet 2016, le côté « vintage » de l’événement était frappant. On croyait ces images de chars dans les rues et d’avions bombardant des bâtiments officiels réservées à une histoire dont seuls les plus de 50 ans gardent dans leur mémoire en noir et blanc le 11 septembre 1973 au Chili ou le 25 avril 1974 au Portugal.[access capability= »lire_inedits »]

Les putschistes turcs avaient-ils lu la Technique du coup d’État de Curzio Malaparte (1931), qui donne une assez bonne définition de la chose après s’être penché sur de nombreux modèles, du 18 brumaire à la prise du palais d’Hiver en passant par la marche sur Rome : « La légitimité d’une dictature consiste en sa violence révolutionnaire : c’est le coup d’État qui lui donne la force de s’établir solidement » ?

Pendant ce même été 2016, Dilma Rousseff a été destituée au Brésil. Elle a déclaré face à ses accusateurs « être victime d’un coup d’État consistant à élire indirectement un gouvernement usurpateur au mépris des 54 millions de Brésiliens qui m’ont réélue en 2014 ». Dilma a-t-elle commis un abus de langage ? Non, si l’on en croit un certain François Mitterrand qui, en 1964, publiait Le Coup d’État permanent contre le de Gaulle de 1958 et sa constitution à sa mesure : « De Gaulle n’envisage pas l’intervention des paras d’un cœur joyeux. Il aime le travail bien fait et l’allure que prend sa restauration l’inquiète. Il redoute d’être débordé, dépassé. Or les nouvelles de Paris sont bonnes. Le gouvernement craque et M. Coty emploie son autorité à émousser les dernières réactions républicaines. Une majorité parlementaire d’abdication se dessine. »

Finalement, de Gaulle a sans doute été pionnier en matière de coup d’État « post-moderne », c’est-à-dire d’un coup d’État qui ne dit plus son nom, qui joue sur d’autres facteurs que « la violence révolutionnaire » pour renverser un pouvoir en place sans élections : opinion, propagande, asphyxie financière. Ainsi Alexis Tsipras, lors de la crise grecque en juillet 2015, a pu parler de coup d’État de la part de l’UE quand il a dû accepter les mesures « austéritaires » malgré un référendum victorieux. Et le Mitterrand de 1964 de commenter par anticipation : « Un dictateur, en effet, n’a pas de concurrent à sa taille tant que le peuple ne relève pas le défi. Imaginer qu’un dictateur n’a d’appétit que pour le sang et n’aime que la terreur serait une sottise. » De fait, en Grèce, l’UE a avantageusement remplacé les chars par les banques.[/access]


Quand Paucard se souvient de Gabin

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jean gabin gremillon gueule damour
Jean Gabin dans le film de Jean Grémillon "Gueule d'amour"

Nous célébrons cette année les quarante ans de la disparition du Commandeur Jean Gabin. La Cinémathèque lui a rendu hommage et il est probable que nous allons voir fleurir les ouvrages consacrés au comédien. L’ouvrage d’Alain Paucard n’est pas une monographie ni une étude circonstanciée de l’œuvre de Gabin mais un (très) court essai sur le personnage et le mythe qu’il est devenu. Comme avec sa France de Michel Audiard, l’auteur cherche avant tout à nous prouver (et y parvient souvent) que Gabin fut, pendant près de 40 ans (des années 30 au milieu des années 70), une parfaite incarnation d’une certaine idée de la France.

Il revient sur les deux périodes que l’on oppose traditionnellement lorsqu’il s’agit d’évoquer le « cas Gabin ». D’abord celle des années 30 où l’acteur est associé au Front Populaire (grâce aux films de Duvivier), au « réalisme poétique » (grâce aux films de Carné) et à une certaine idée du prolétaire victime de la lutte des classes (notamment dans La Grande illusion de Renoir). Généralement, les cinéphiles prisent essentiellement cette période et si Paucard ne nie pas le parcours quasi sans fautes de Gabin, il estime qu’il n’est pas encore devenu lui-même. Par la suite, « il ne sera plus présent par la vertu du « réalisme poétique », mais seulement grâce à lui-même. Plus de lumpenprolétariat (Les Bas-fonds ; Le Récif de Corail) ; des personnages dont la stabilité traduit tout autant celle de la société que la sienne propre. »

C’est donc à la figure du « patriarche » des années 50/60 que Paucard va s’attacher, en détruisant à juste titre quelques fausses valeurs (La Traversée de Paris, Le Clan des siciliens) et en réhabilitant avec enthousiasme quelques œuvres qui lui sont chères (les polars de Gilles Grangier, par exemple).

Très rapidement, Paucard dont on sait que l’une de ses spécialités est le jugement lapidaire comme dans ses hilarantes notules dans le Guide des films de Tulard,  passe en revue les principaux films de Gabin avec pour fil directeur une volonté de montrer que les personnages qu’il incarne sont le symbole même d’une certaine France chère au cœur de l’auteur. La démonstration est assez convaincante même si l’on peut trouver que l’essai est un peu court puisqu’il fait à peine 50 pages si l’on enlève les annexes et la préface ! De la même manière, la verve légendaire de Paucard me semble ici un peu tarie, même lors de ses attaques attendues contre Truffaut et la Nouvelle vague.

Seule sa remarque très juste sur la « oliviermarchalisation » du polar (cinéma et série) m’a fait sourire.

Que ces petites réserves ne vous empêchent pas, néanmoins, de jeter un coup d’œil à cette France de Jean Gabin. Car Paucard est un passionné et cet amour du cinéma (même si je ne partage pas forcément ses goûts mais ça, c’est le jeu !) transpire de chaque ligne de cet essai et donne envie de (re)découvrir certains films de l’acteur, de se replonger dans l’œuvre d’un Gabin dont l’aura mythique a sans doute progressivement éclipsé ses qualités de jeu…

La France de Jean Gabin d’Alain Paucard (Éditions Xénia, 2016).

La maladie de Sachs

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sachs lherne amazon
Sachs, l'Herne (couverture). Amazon.

Y a-t-il dans l’histoire littéraire française du siècle dernier un personnage plus fascinant que Maurice Sachs ? Ecrivain, éditeur, dandy, escroc, kleptomane, curé, pédéraste, alcoolique, dénonciateur, ce mauvais sujet a endossé tous les costumes, successivement ou simultanément. Sa vie, brève – moins de quarante ans –, est un tourbillon. Il naît en 1906, grandit sans père, passe sa jeunesse dans les pensionnats. A seize, dix-sept ans, seul dans Paris, il grenouille dans les boîtes de nuit, les cafés, les milieux littéraires. On le voit au Bœuf sur le Toit ; Jean Cocteau l’engage comme secrétaire. A vingt ans, croyant avoir découvert Dieu, il se rapproche de Jacques et Raïssa Maritain, qui l’accompagnent sur le chemin du séminaire. Un scandale lui fait quitter prématurément les ordres ; il part en Amérique, épouse une Protestante, divorce, revient en Europe au bras d’un homme. Gide l’introduit chez Gallimard, où il vole des Pléiade ; à Max Jacob, tombé sous son charme depuis 1926, il dérobe des gouaches, qu’il revend en secret. Quand la guerre éclate, Sachs, caché dans des hôtels, couvert de dettes, devient un personnage à la Modiano, louche, insaisissable, au cœur de tous les trafics parisiens, tapeur invétéré, marchand d’or et de bijoux. Engagé au STO, il part pour  Hambourg où il pilote des grues sur le port et continue ses combines. On le dit membre de la Gestapo, ou agent double. Emprisonné en 1943, il est assassiné en 1945, dans des circonstances mal éclaircies.

Difficile de résumer en peu de lignes cette vie sensationnelle et absurde, remplie de rencontres et d’anecdotes qui mériteraient chacune un livre. On pourrait passer des heures à tracer le portrait de Sachs, caméléon désarmant, individu malhonnête et lâche, mais en même temps charmeur, drôle, séduisant. Tous ceux qui l’ont connu y insistent : Sachs, odieux, voire abject, avait le chic pour se faire aimer. C’est ce qu’on vérifie à travers les nombreux documents rassemblés par Henri Raczymow pour le nouveau numéro des Cahiers de l’Herne, consacré à Sachs. Raczymow s’était déjà occupé de son cas dans Les travaux forcés de la frivolité, une belle biographie parue en 1988 ; ces riches Cahiers en constituent pour ainsi dire le tome deux, qui donnent une vue kaléidoscopique de cet être insaisissable envisagé tout à la fois comme homme, comme écrivain, comme mythe et même comme figure romanesque, puisqu’il apparaît dans les livres de Violette Leduc, qu’il a bien connue, et dans ceux de Patrick Modiano, notamment La Place de l’Etoile en 1968. Outre de petites études universitaires et de nombreuses lettres (à Maritain, à Madeleine Castaing, à Gaston Gallimard, à Gide…), on trouve dans ce volume des documents célèbres et difficilement accessibles, comme le texte cruel de 1936 où Jouhandeau affirme être devenu antisémite à cause de Sachs, ou celui, douteux et répugnant, dans lequel Philippe Monceau rapporte sa mort sordide à Hambourg, la même « qu’un cochon que j’avais vu tuer dans une ferme »…

Le plus passionnant, ce sont les témoignages de ceux qui ont croisé Sachs. Tous donnent à peu près le même portrait, en insistant chacun sur tel ou tel aspect. Les mêmes mots reviennent : crapule, ivrogne, tricheur, voleur ; mais aussi généreux, cultivé, charmant, « réellement bon, délicat en amitié, capable d’innombrables gentillesses ». Alors ? André David raconte : « Si on lui disait : – Maurice, rends-moi l’argent que je t’ai prêté, il ne vous le rendait pas, mais si on lui disait : – Maurice, prête-moi telle somme, il vous la donnait immédiatement, quitte à l’emprunter à quelqu’un d’autre ». Certaines anecdotes sont à peine croyables. Courtier en tableaux, il garde pour lui l’argent des ventes, prétend que l’acheteur s’est enfui, dédommage le vendeur floué avec un dessin d’Ingres, qui se révèle être un faux grossier… Il cède le bail de son appartement avec tous les meubles, mais il vend les meubles avant l’emménagement de son successeur, puis il disparaît en laissant ce dernier face aux huissiers venus réclamer ses loyers impayés. Même Coco Chanel se fait avoir, qui l’emploie pour qu’il lui compose une belle bibliothèque d’ouvrages rares et précieux, avec un salaire royal ; Sachs mène grand train aux frais de la couturière (masseur, chauffeur, secrétaire…), tout en remplissant ses rayons de livres banals et sans grande valeur. La supercherie sera décelée par Pierre Reverdy, et Coco Chanel furieuse rompra son contrat avec l’indélicat…

L’écrivain Sachs, lui, était doué. Tous ses livres ne sont pas bons ; certains sont farfelus, comme le conte de fées Abracadabra. Sachs n’était pas un romancier d’imagination ; comme autofictionneur, en revanche, il est imbattable. Son récit le plus connu, Le Sabbat, raconte sa vie, le sujet qui lui convient le mieux. C’est un livre à son image, fascinant, déplaisant, complaisant, brillant. La suite, La Chasse à courre, est encore meilleure, peut-être parce que c’est un texte inachevé, un peu bâclé, qui a conservé sa souplesse de style, son mordant, son rythme, son pétillement désabusé. Je ne connais pas de meilleur tableau du Paris de 1940-1942 ; Sachs, qui tire le diable par la queue, est plus que jamais dans son élément, obligé de magouiller sans cesse, d’acheter et de vendre, de voler et de mentir, spirale infernale qui s’achèvera de l’autre côté du Rhin. Pour découvrir quel écrivain était Sachs, Raczymow, à côté des Cahiers, republie deux livres. Mémoire moral, inédit, est une première version du Sabbat, écrite entre 1934 et 1936 ; Sachs y croque sa jeunesse d’enfant délaissé. Quant à Derrière cinq barreaux, ce livre n’avait jamais été republié depuis sa parution chez Gallimard en 1952. Ce sont les carnets d’aphorismes écrits par Sachs à Hambourg, témoins de son appétence pour le genre moraliste. Il y tourne des phrases sur les Français, sur l’homme, sur Dieu. C’est parfois plat, souvent profond. Sachs a 39 ans, il ne sait pas qu’il va mourir bientôt.

Sa mort justifie un paragraphe. L’hallucinant article de Pierre Béarn dans les Cahiers énumère les légendes sur sa disparition. Selon la version officielle, Sachs a été abattu le 13 avril 1945 par un SS sur la route de Hambourg à Kiel ; à bout de forces, il retardait un convoi de prisonniers. Mais beaucoup prétendent l’avoir vu vivant après cette date. En Asie. En Egypte, conseiller du roi Fouad. A Hambourg. A Paris même, où il serait revenu à la fin des années 1940, arborant une barbe blanche ! Faut-il avoir du talent, pour susciter tant de légendes… Si elles sont vraies, Sachs a peut-être eu le plaisir d’apprendre que ses livres inachevés ont tous paru à partir de 1946, grâce aux bons soins notamment de Raymond Queneau et d’Yvon Belaval, son ami philosophe. Le Sabbat, publié en 1946, manque même le prix Sainte-Beuve l’année suivante, malgré les protestations des Lettres françaises, qui s’étranglent de voir célébré ce gestapiste, fusillé, d’après Aragon, par les Alliés. « Mais où sont les preuves de tout cela ? », demande Edmond Buchet, l’éditeur du Sabbat. On est tenté de dire, évidemment, que la vie de Sachs fut un roman. Mais Buchet note ceci dans son journal, en 1940, qui est assez juste : « Un Maurice Sachs ne pourrait faire un héros de roman, car il ne paraîtrait pas réel ».

Sachs  sous la direction de Henri Raczymow (L’Herne n°115, 265 p., 39 €)

Derrière cinq barreaux  de Maurice Sachs (L’Herne, 208 p., 7,50 €)

 Mémoire moral  de Maurice Sachs  (L’Herne, 110 p., 7,50 €)

Cahier Sachs

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La « Fachosphère » pour les nuls

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fachosphere doucet albertini
Libération.
fachosphere doucet albertini
Libération.

Les deux auteurs de cette « enquête » sur la « Fachosphère » sont Dominique Albertini, journaliste à Libération, et David Doucet, plume des Inrockuptibles. Ils prétendent avoir effectué une enquête objective et dépassionnée sur ce que l’on appelle la « fachosphère ». On peut légitimement avoir envie de rire à gorge déployée rien qu’en relisant la première phrase de paragraphe qui contient un oxymore de bonne taille : journaliste à Libé ou aux Inrocks « objectif ». Pour les deux auteurs, leur parole est forcément objective. Néanmoins, reconnaissons qu’ils ont malgré tout fait l’effort d’aller rencontrer les auteurs des blogs et sites estampillés « fachos » et d’essayer de comprendre leur parcours intellectuel et politique, la construction de leurs convictions.

Objectif nul

Cela partait d’une bonne intention, mais c’était peine perdue car les deux auteurs partent d’un paradigme faux : tout ce qui contredit le discours des élites qui est aussi le leur relève d’une nostalgie des heures les plus sombres de notre histoire, et par conséquent de la « fachosphère »

Cette « France d’en haut » crépusculaire décrite par Christophe Guilluy dans son dernier ouvrage ne peut admettre que son éloge de la mondialisation réputée heureuse et de l’avènement merveilleux de la société multiculturelle soient contredits. Cette « France d’en haut » pratique donc par commodité intellectuelle, et quoi qu’ils en disent, l’amalgame de Soral, Zemmour et Henry de Lesquen, Civitas et La Manif pour tous, Escada et Frigide Barjot. Pour ces prétendues élites de plus en plus coupées du peuple, les deux auteurs en font partie comme on l’a vu, leur réflexion va de soi, elle ne peut être remise en cause, a valeur de dogmes.

La colère de la France périphérique

Ils savent et ils feront le bonheur des peuples même malgré eux si besoin.

Il est d’ailleurs ironique que cet internationalisme post-industriel béat et virant à l’autisme satisfait se heurte à un autre internationalisme, beaucoup plus haineux il est vrai, qui est l’islamisme du soi-disant « Etat Islamique ». Ceci explique sans doute la magnanimité avec laquelle les élites traitent de l’islamisme

Ce que les auteurs appellent la « fachosphère » ce sont tous ces individus de droite, politiques hors des normes, catholiques, incroyants, agnostiques, journalistes, blogueurs, simples internautes. Leur parole étant méprisée sur les supports traditionnels, ils ont trouvé sur le net un espace de liberté sans risque d’être immédiatement censurés ou traînés dans la boue. Et cela, c’est insupportable pour les pseudo-élites, cette parole qu’ils ne peuvent contrôler, pire encore, qui trouve sur le net une audience que eux n’auront jamais au sein de la « France périphérique » qui ressent à leur encontre une colère qui monte chaque jour un peu plus.

Jamais au début, au milieu ou à la fin du livre messieurs Albertini et Doucet ne se posent pour de bon la seule question importante : pourquoi la prétendue « fachosphère » rencontre sur Internet une telle audience au sein du peuple ? Pourquoi « fdesouche », revue de presse de périodiques, de blogs et de sites de droite mais pas seulement, dont ils font le navire-amiral de la fachosphère, est-il autant consulté ? Jamais je ne vois un questionnement sur cette coupure pourtant bien nette entre les français et ses élites, ses oligarques. Ils expliquent le tout par le populisme, la démagogie etc…

Ainsi que les oligarques, les auteurs ne sont pas prêts à une remise en cause profonde de leurs schémas de raisonnement, de leurs opinions. Et le Front national d’accroître son score à chaque élection un peu plus. Sans doute les invitera-t-on alors sur les plateaux télévisuels afin de commenter le vote FN et expliquer doctement que c’est en quelque sorte le retour du poujadisme ? Ils auront gagné un « rond de serviette » dans les médias…

François ou le christianisme d’ascenseur

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pape françois parlement européen strasbourg 25 nov 2014
Le Pape François au Parlement Européen de Strasbourg, 25 novembre 2014.
pape françois parlement européen strasbourg 25 nov 2014
Le Pape François au Parlement Européen de Strasbourg, 25 novembre 2014.

Najat Vallaud-Belkacem est « très en colère » contre le Pape. Le successeur de Saint-Pierre morigéné par la sémillante Garde rouge du progressisme-pour-tous: tout là-haut, le Bon Dieu s’en arrache les poils de la barbe. Il plait pourtant, le Pape François. Question de personnalité d’abord: simple, ouvert, chaleureux, quel contraste avec son prédécesseur rébarbatif et apprêté!

Question d’idéologie surtout. Ce Pape n’hésite pas à mouiller sa soutane jusqu’au genou. En une encyclique, Laudato si, et une lettre d’exhortation apostolique, Evangelii Gaudium, il a émis un signal urbi et orbi: habemus sinistrum Papam (nous avons un Pape de gauche)! De même que les grands hôtels diffusent dans leurs ascenseurs une musique agréable et insignifiante, sitôt-entendue-sitôt-oubliée, le Pape François flatte l’air du temps avec une pensée peu exigeante mais bien sympathique. Un christianisme d’ascenseur en quelque sorte.

Les Poncifs du Pontife

De Mélenchon à Le Pen, de Sanders à Trump, en passant par Theresa May, la dénonciation du libéralisme (forcément « ultra ») est devenue le pont aux ânes de la bien-pensance contemporaine. Là ou Jean-Paul II défendait vigoureusement la propriété privée et la liberté d’entreprendre, François n’éprouve que méfiance pour le marché, et place toute sa confiance dans l’Etat salvateur.

« Certains défendent encore les théories de la« rechute favorable »,  qui supposent que chaque croissance économique, favorisée par le libre marché, réussit à produire en soi une plus grande équité et inclusion sociale dans le monde. Cette opinion, qui n’a jamais été confirmée par les faits, exprime une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique et dans les mécanismes sacralisés du système économique dominant. » (Evangelii Gaudium).
Les théories de la « rechute favorable »? Ne cherchez pas: il n’existe pas de « théorie de la rechute favorable ». Il s’agit d’une traduction maladroite de l’anglais « trickle-down economics », terme de dérision accolé au libéralisme économique par ses opposants. Par ce terme péjoratif, le Pape démontre qu’il entend disqualifier le libéralisme avant même d’en avoir débattu. Prétendre qu’il « exprime une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique »  est un contresens absolu, puisqu’au contraire, la « main invisible » repose sur le postulat que les acteurs économiques ne suivent que leur propre intérêt.

Anticolonialiste, tu perds ton sang-froid

Le Pape François est sensible à la pauvreté de son continent d’origine, l’Amérique latine. Et qui sont les responsables de cette pauvreté? « Le nouveau colonialisme a plusieurs visages (…). Parfois, il a l’influence anonyme des veaux d’or que sont les entreprises, les organismes de crédit, certains traités de libre échange et l’imposition de mesures d’austérité qui obligent toujours les travailleurs et les pauvres à se serrer la ceinture ». Hugo Chavez n’aurait pas dit mieux, et voyez vers quel sommet de prospérité il a hissé son pays.

Le Pape François est partisan de l’acceptation d’« une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties ». Par ce raisonnement, il commet l’erreur de considérer la « croissance » comme simple consommation accrue de ressources naturelles (lesquelles sont effectivement limitées), et non pas comme progrès scientifique et technique (illimité). Il y a autant de musique dans un iPod d’aujourd‘hui que dans le tourne-disque d’antan avec sa pile de vinyles sur une étagère, pourtant la consommation de matières premières nécessaires à sa production est infiniment moindre.

Le progrès technique, d’ailleurs, il faut s’en méfier: « On ne doit pas chercher à ce que le progrès technologique remplace de plus en plus le travail humain, car ainsi l’humanité se dégraderait elle-même » (Laudato si). Il y a deux siècles déjà, les canuts de Lyon détruisaient les machines à tisser qui leur prenaient leur travail… Mais justement « la croissance de ces deux derniers siècles n’a pas signifié sous tous ses aspects un vrai progrès intégral ni une amélioration de la qualité de vie » (Laudato si). Espérance de vie en France en 1810: 37 ans. Aujourd’hui : 82 ans.

La carte maîtresse des anti-libéraux, c’est la protection de l‘environnement. Mais justement, ne pourrait-on pas utiliser les mécanismes de marché pour lutter contre la pollution, selon le principe du pollueur-payeur? Eh bien non: « L’environnement fait partie de ces biens que les mécanismes du marché ne sont pas en mesure de défendre ou de promouvoir de façon adéquate » (Laudato si). Et pour enfoncer le clou: « La stratégie d’achat et de vente de « crédits de carbone »  peut donner lieu à une nouvelle forme de spéculation, et cela ne servirait pas à réduire l’émission globale des gaz polluants » (Laudato si). Et pourquoi pas? On ne le saura pas.

Tout est relatif

Pour le chef de l’Eglise catholique, il semble que toutes les religions se valent. Son prédécesseur avait identifié une propension intrinsèque de l’Islam à la violence. Pour Benoit XVI, le dialogue des religions devait être franc et sans concession. Virage à 180 degrés : pour François, « l’idée de conquête est inhérente à l’âme de l’Islam, il est vrai. Mais on pourrait interpréter avec la même idée de conquête la fin de l’Évangile de Matthieu, où Jésus envoie ses disciples dans toutes les nations ». Saint Matthieu djihadiste, il fallait y penser!!!

D’ailleurs, « Je n’aime pas parler de terrorisme islamique (…). Dans toutes les religions il y a toujours un petit groupe fondamentaliste (…). Quand des baptisés catholiques tuent quelqu’un, devons-nous parler de violence catholique ? ». Ah oui, ces terroristes qui se font exploser en criant « Au nom de la Vierge Marie! »…

Le dialogue des religions est devenu un papotage aimable et insipide: vous reprendrez bien un petit chocolat ?

En fin de compte, le Coran, c’est grosso modo le Nouveau Testament traduit en arabe.

L’antinational

Le Vatican a pour principe de refuser tous les prix et les distinctions qui lui sont proposés. Tous? Non, pas tous. Le Pape François a décidé de faire exception pour le Prix Charlemagne, décerné par les trois Présidents de l’Union Européenne (Président du Conseil, de la Commission et du Parlement) à « des personnalités remarquables qui se sont engagées pour l’unification européenne », un mois avant le referendum anglais sur le Brexit. Un bon Chrétien se doit donc d’être favorable à l‘unification européenne : c’est plié, les Anglais iront en Enfer, et ne parlons même pas des Suisses (à quand l’expulsion des gardes suisses du Vatican ?). Gageons pourtant que Jésus et le peuple juif auraient voté unanimement pour le « Judexit » (sortie de la Judée de l’Empire Romain) s‘ils en avaient eu l’opportunité.

Opposé à la souveraineté de l’Etat nation, le Pape François souhaite l’ouverture complète des frontières. « Il faut construire des ponts et abattre des murs ». Que toute l’Afrique, que tout le Moyen-Orient viennent à nous! 5 millions, 10 millions d’immigrés par an: pas de problème. Il y’a une « invasion arabe », réjouissons-nous ! Extase des artistes engagés de gôche. L’avantage d’être Pape, c’est que l’on peut énoncer de nobles principes sans avoir à en assumer les conséquences.

Encore un effort!

Antilibéral, relativiste, européiste, le Pape François a bien mérité les accolades de la presse Pigasse. Ah oui mais, remarqueront les esprits chagrins, la famille! C’est vrai, il n’est pas encore à la page sur la famille, le Pape. Allez-y, François! Célébrez l’avortement , « mon corps, mon choix, mon droit » (quel odieux réactionnaire oserait suggérer qu’un autre être humain que Moi-Moi-Moi puisse entrer en compte dans cette décision?), encouragez la GPA, chantez les louanges de la théorie du genre (oh, pardon: les « études de genre »)! Et puis, hein, arrêtez de nous rebattre les oreilles avec Dieu, ce patriarche misogyne et homophobe.

Alors Najat, enfin apaisée, vous décochera son si joli sourire.

Jerusalem: l’Unesco révise l’histoire

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kotel jerusalem wikipedia
Kotel, Jérusalem. Wikipédia.
kotel jerusalem wikipedia
Kotel, Jérusalem. Wikipédia.

Avec le vote majoritaire des pays arabes, et de leurs affiliés du moment, au projet de résolution « La Palestine occupée » (13 octobre) , l’Unesco, malgré les critiques de la directrice générale Irina Bokova, vient enfin de rétablir une indubitable vérité historique.

Qu’on se le dise: le point d’atterrissage d’El Borak, la jument ailée de Mahomet au pied du mur de ce qui restait du second temple à Jérusalem  est enfin reconnue internationalement.  El Borak remporte la course d’obstacle qui pendant des siècles l’opposait aux tenants du Kotel, ce mur qui bordait la partie occidentale du Mont du Temple depuis Hérode le Grand  avant sa destruction   par les légions de Titus et le massacre de la population judéenne.

Désormais, il ne sera plus question de transformer le Kotel en pissotière,  comme ce fut le cas de 1948 à 1967 sous la domination jordanienne. Son intégration à Al-Aqsa/Al-Haram Al Charif , en écarte définitivement, espérons-le, le risque. Aucun musulman digne de ce nom n’ira plus déverser ses ordures au pied d’ El Borak. Et pour affermir cette sage résolution, il sera désormais interdit aux Israéliens d’aller fouiner sous la partie nord de ce mur dont les souterrains qui ont échappé à  la destruction recèlent les arches saintes et les rouleaux de la Torah.  Pas question qu’El Borak s’y prenne les pattes en un moment d’inattention.

C’est donc avec une grande sagesse que le représentant de la France à ce vote historique s’abstient en compagnie de Saint-Christophe-et-Niévès et de 24 autres nations dont la Suède peu désireuse d’exciter plus encore ses islamistes locaux. Certes, cette abstention peut être jugée insuffisante et un vote positif aurait été plus à même de satisfaire les patrons du PSG, mais il ne dissuadera pas le Qatar de continuer à investir à tour de bras sur les terres de nos ancêtres les Gaulois dont sans doute il convoite le vase de Soisson.

L’abstention, en ces temps électoralement agités, n’est-elle pas  la valeur la plus sûre pour notre gouvernement troublé par les confessions du grand timonier. En toute normalitude, s’abstenir est vertu à défaut d’abstinence.

François Hollande, bienvenue dans la fachosphère!

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hollande fachosphere davet lhomme
Sipa. Numéro de reportage : 00776503_000003.
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Sipa. Numéro de reportage : 00776503_000003.

La fachosphère est un espace singulier. Contrairement à la nation dessinée par ceux qui l’aiment, cette contrée peu recommandable est dessinée par ceux qui la détestent. Ses frontières sont mouvantes au gré des ressentiments de Libération, du Monde, des Inrocks, du PS, de l’Elysée, de SOS Racisme, du MRAP et de la LDH. Ils ont assigné à résidence des individus comme Eric Zemmour, Nicolas Sarkozy, Michel Houellebecq, Marine Le Pen, Marcel Gauchet, Alain Finkielkraut, Elisabeth Lévy, Malika Sorel, Michèle Tribalat… C’est l’enfer. C’est pourquoi on y trouve plein de jolies filles car elles pèchent beaucoup plus que les moches. L’enfer a du bon.

Depuis son élection en 2012, François Hollande donnait le « la » au requiem accompagnant les réprouvés condamnés à habiter la fachosphère. Le padamalgam, les heures les plus sombres de notre histoire, l’apport généreux et bénéfique de l’immigration à la richesse spirituelle de la France, l’islam de France si beau et si doux : tout cela procédait de lui. C’était niais et consternant. Mais Hollande en parlait avec une telle émotion que cette profession de foi semblait sincère. Et puis un jour, son règne finissant, le président de la République en a eu marre qu’on le prenne pour un idiot bien-pensant. Et dans un livre de confidences, Un président ne devrait pas dire ça…  il a brûlé ce qu’il avait adoré et abjuré cinq ans de nigauderies destinées à émouvoir les paroissiennes de gauche. On lit Hollande et on se pince. « Si les gens basculent, ce n’est pas parce qu’ils ont perdu 3 % de pouvoir d’achat – qu’ils n’ont pas perdu d’ailleurs ! – ou parce qu’ils sont chômeurs. Il y a des choses qui les taraudent, ils arrivent dans un train, ils voient des barbus, des gens qui lisent le Coran, des femmes voilées. »

Hollande contre l’immigration massive

Vous en voulez encore ? A propos de Nadine Morano : « Je suis convaincu que, quand on interroge des Français, ils sont majoritairement sur sa position (…) ils pensent : « On est plutôt des Blancs, il y a plus de Blancs que d’autres. » » L’équipe de France de football ? « Elle est marquée par une communautarisation, une ethnicisation. »

Allez, on en reprend encore. Car, contrairement à l’alcool, l’abus de Hollande, de ce Hollande-là, n’est pas dangereux pour la santé. L’islam : « Qu’il y ait un problème avec l’islam, c’est vrai. Nul n’en doute. » Le voile ? « Un asservissement. » Les migrants ? « On ne peut pas continuer à avoir des migrants qui arrivent sans contrôle. »

Maintenant on s’arrête pour ne pas lasser les lecteurs. Car ça ressemble trop à ce qu’on peut lire dans Causeur. Donc le Hollande nouveau est arrivé : un cru exceptionnel. Imaginez un souverain pontife proclamant urbi et orbi que Dieu n’existe pas… une supérieure des carmélites montrant sa guêpière dans une vidéo sexy… le calife de Daesh révélant qu’il est en réalité juif… une racaille de banlieue déclarant son amour pour les flics et les pompiers… et vous aurez une idée du séisme provoqué à gauche par ces propos, incongrus dans la bouche du président de la République.

De ce côté-là de l’échiquier politique, on serait tenté, pour se consoler, de penser que François Hollande est possédé. Des séances d’exorcisme s’imposeraient alors. Satan (Zemmour, Finkielkraut, etc.), sors de ce corps ! Mais nous nous refusons à toute compassion pour les tourments de Cambadélis et de Valls. C’est pourquoi nous privilégions l’hypothèse libératrice d’un Hollande débarrassé de l’étouffante tunique rose qu’il a portée depuis 2012. Il est enfin libre, le Hollande ! Bientôt, il ne sera plus président de la République ! Et il ne sera pas non plus le prochain président de la République ! Alors pourquoi se gêner… Vive le Hollande libre ! Vive le Hollande qui a fait acte de contrition pour nous avoir menti si longtemps et qui nous promet des moments jouissifs jusqu’en mai 2017.

"Un président ne devrait pas dire ça..."

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Primaire LR: l’onction de Marcel Gauchet

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marcel gauchet primaire lr
Marcel Gauchet. Sipa. Feature Reference: 00700861_000026 .
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Marcel Gauchet. Sipa. Feature Reference: 00700861_000026 .

J’ai le plus grand respect pour le philosophe Marcel Gauchet qui a le grand mérite d’être un esprit clair aux propos accessibles. Mais le professeur vient de délivrer une onction politique à la primaire de la droite dans un entretien accordé au Figaro qui me laisse perplexe. Après avoir analysé de façon pertinente la crise du leadership à droite, partant de la prédiction que le futur Président de la République sera issu des rangs de la droite politique, il écrit : « Le candidat de la droite modérée investi au terme de la primaire affrontera vraisemblablement Marine Le Pen au second tour, avec de très fortes chances de l’emporter. Aussi c’est à bon droit que les Français ont le sentiment que le choix du prochain président de la république se joue maintenant, lors de la primaire de la droite. Il n’est pas surprenant dans ces conditions, que cette procédure censée ne concerner que les sympathisants de droite, intéresse des électeurs venant de la gauche ou du Front National. Les uns veulent peser en faveur de ce qu’ils considèrent comme un moindre mal–Juppé plutôt que Sarkozy–les autres veulent favoriser celui qui leur paraît le moins éloigné de leurs préoccupations–Sarkozy à défaut de Marine Le Pen. »

Juppé, candidat des élites

Cette analyse semble heurter le journaliste qui pose la question suivante : « Cette situation singulière pèsera-t-elle sur la légitimité du vainqueur de la primaire ? »

Bien évidemment, cette question pose celle de la légitimité d’un Président de la République choisi dans ces conditions. Mais Marcel Gauchet comprend qu’on lui demande si certains candidats de la primaire de droite se présenteront quand même, et répond en substance qu’ils n’oseront pas parce que leurs militants seraient fâchés !

Étonnante désinvolture politique, voire duplicité avec la fable des électeurs du Front national venant équilibrer au profit de Nicolas Sarkozy le nombre des sympathisants de gauche venant voter pour Alain Juppé.

Car nous avons sous les yeux une manœuvre visant, par un tour de passe-passe, à imposer l’arrivée à la présidence de la république du candidat choisi par la caste et les élites. Solution qui aurait toute légitimité politique si elle était transparente et sincère et par conséquent si une majorité de Français régulièrement consultés en connaissaient tous les enjeux et décidaient de la choisir. Souhaiter une alliance UMPS pour traverser ces temps difficiles, Alain Juppé Président de la république et Emmanuel Macron Premier ministre, est une position recevable. Mais à condition de l’affirmer comme telle et de ne pas organiser pour la faire advenir une manipulation qui vise purement et simplement à privatiser l’organisation de l’élection présidentielle en confiant l’organisation d’une sorte de préliminaire biscornue à une association privée (Les Républicains) sur la base de règles bricolées sur un coin de table. Ce qui permet très tranquillement, aux médias dominants et au Parti socialiste d’appeler à la fausser par la fraude. C’est aussi ce qui explique « la quinzaine de la haine » qu’a connue Nicolas Sarkozy et à laquelle succède « la semaine du mépris » pour ce pauvre François Hollande que ses amis prient aimablement de bien vouloir débarrasser le plancher au profit de d’Emmanuel Macron.

Les dangers d’une légitimité rognée

Mesure-t-on les dangers que feraient encourir la faiblesse de légitimité politique du nouveau Président qui serait issu de cette aventure ? Revenons sur quelques fondamentaux de la démocratie représentative que je suis assez surpris de voir passer aussi facilement par-dessus bord.

La démocratie représentative, système délicat et fragile qui a demandé du temps à construire, n’est pas sans défauts, mais elle a un mérite. Celui de donner à l’expression majoritaire d’un peuple une légitimité permettant de gouverner. Si l’on est majoritaire à l’élection, par une majorité absolue ou relative, on est légitime à tenir la barre pour une durée fixée. Et même ceux qui n’ont pas voté pour les vainqueurs devront leur obéir. Les deux conditions impératives de cette légitimité qui assurera la paix civile sont l’assurance qu’au terme du mandat une nouvelle majorité pourra défaire ce qu’a fait la précédente et que le résultat de l’élection soit le fruit d’une procédure honnête et sincère.

C’est la raison pour laquelle le « moment électoral » des institutions publiques fait l’objet d’un dispositif d’encadrement juridique et normatif à la fois rigoureux et considérable. Sait-on que le Code électoral comporte pas moins de 1200 articles ? Auxquels s’ajoutent des dizaines de milliers de décisions de jurisprudence accumulées depuis des décennies, et des textes souvent changeants prévus pour renforcer la sincérité du scrutin. Comme les nombreuses lois intervenues depuis vingt-cinq ans sur le financement des campagnes et la communication politique désormais drastiquement encadrée. Bien évidemment, l’application de ce dispositif normatif est rigoureusement contrôlée par le juge, administratif. Mon expérience personnelle, et les trois livres publiés sur ce sujet avec mes collaborateurs me l’ont appris, parfois douloureusement.  Ce contrôle du juge est tout à fait essentiel ; sans cette possibilité, il n’y aurait pas de sincérité. Il sera flanqué aussi du juge pénal qui joue son rôle, je crois que Nicolas Sarkozy en sait quelque chose. Et de commissions administratives, comme le CSA pour l’équilibre du temps de parole, et la Commission des comptes de campagne pour le respect des règles financières.

Une primaire déjà faussée

Tout, absolument tout, est réglementé scrupuleusement, avant l’élection pendant et après l’élection. Qui peut voter, où on peut voter, qui est l’autorité organisatrice, comment se déroule le dépôt des candidatures, quelles sont les règles des campagnes, comment se passe le vote, qui sont des présidents de bureaux, les assesseurs, les observateurs, comment doit se pratiquer le dépouillement, la computation des résultats, ce qu’on peut dire et ne pas dire en période électorale, faire et ne pas faire, etc. La question de l’égalité est  essentielle, tous les candidats devant être placé sur le même pied. Cette multitude de règles n’a qu’un but : assurer la sincérité du scrutin et asseoir la légitimité de l’élection.

Et lorsque le juge, ayant relevé des irrégularités, annule, il le fait avec l’utilisation de la formule sacramentelle : « les irrégularités constatées ont été de nature à altérer la sincérité du scrutin. » Et dans ce cas, les élus, quelle que soit leur bonne foi, perdent instantanément leur mandat.

Bien évidemment, il n’existe aucune autre procédure administrative aussi encadrée en droit français. Et s’il y a bien une matière où s’applique le principe de Rudolph von Jhering « adversaire acharnée de l’arbitraire, la forme est la sœur jumelle de la liberté » c’est bien le « moment démocratique électoral », pierre angulaire du fonctionnement d’une démocratie représentative.

Mais de cela, les gens d’en haut n’en veulent plus, parce que le peuple vote mal, ou en tout cas pas comme eux. Et ils le disent d’ailleurs, sans états d’âmes comme après le vote britannique sur le Brexit.

La France d’en haut résiste

Alors à la question « cette situation singulière pèsera-t-elle sur la légitimité du vainqueur de la primaire ? », Marcel Gauchet, aurait dû répondre « oui, complètement ». Parce qu’au-delà de l’inadmissible privatisation de l’élection présidentielle, cette primaire de la droite est d’ores et déjà complètement faussée. Et comme il n’y a pas de juge pour faire respecter les règles, on ne va pas se gêner pour les fouler aux pieds.

C’est une opération de longue main, où l’avant-garde privilégiée de la France d’en haut s’est dégoté, en la personne d’un vieux politicien du monde d’avant, une roue de secours en forme de pneu crevé pour tenter de parer la catastrophe qui vient. « Encore une minute Monsieur le bourreau ». Nous vivons avec 6 millions de chômeurs, l’austérité sans fin, les invisibles et les sans-dents qui ont fait sécession, une totale soumission à l’Europe allemande, un alignement millimétré sur les États-Unis, une situation internationale terriblement inquiétante, le terrorisme et un État en débandade, y compris dans ses fonctions régaliennes. Mais ceux qui en profitent, qui sont confortablement installés, se disent quand même : « pourvu que ça dure , alors ne changeons rien ». Et cette inquiétude, cette volonté furieuse de pouvoir continuer à en profiter débouche sur une manipulation proprement stupéfiante. Et qui coûtera cher. Marine Le Pen doit se réjouir silencieusement des efforts déployés pour assurer son triomphe.

Haro sur images

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vincent delerm album
Vincent Delerm. Sipa. Feature Reference: 00765131_000026.
vincent delerm album
Vincent Delerm. Sipa. Feature Reference: 00765131_000026.

Après avoir joué la carte du visuel cinématographique pour son premier album et celle de la connotation littéraire pour le deuxième, Vincent Delerm s’affiche aujourd’hui façon BD (bobo désinvolte), à l’occasion de son nouvel opus : A présent (hommage au quotidien d’obédience nationale-catholique ? Titre trouvé au moment où tout bascule, après une première gorgée de bière ?) Mais d’ailleurs, c’est quoi ce polo noir aux rayures bleues… Marine ?!! Que s’est-il passé Vincent ?

pochette vincent delerm
Pochette de l'album A présent, de Vincent Delerm

Cette souffrance qui semblait pointer dans tes chansons mais qu’on ne pouvait entendre parce que nos amis nous demandaient toujours de changer de disque était-elle à ce point prégnante ? As-tu vraiment basculé dans le côté obscur ? Ton duo avec Benjamin Biolay, « Les chanteurs sont tous les mêmes », laisse penser que oui. Tu voulais sans doute parler des chanteurs français d’ailleurs. Mais si tu fais du Murat maintenant, c’est que tu files vraiment un mauvais coton. Du coup, à travers tous ces signes inquiétants, je ne vois plus le côté « Vous n’aurez pas ma haine » dans ce dessin qui orne ton album, mais plutôt un faux air d’un monsieur porté disparu depuis quelques années, au nom si « name dropping » à lui tout seul qu’on le croirait sorti d’une de tes chansons :

xavier dupont deligonnès
Couverture de France Soir (édition du 13 mai 2011)

Mais la comparaison avec de Ligonnès s’arrête là : ce représentant de la Nouvelle Scène (de crime) française s’exporte à l’étranger, lui.

Verdict : La pochette d’ A présent illustre parfaitement un disque qui sonne un peu comme le portrait-robot de l’œuvre passée de Delerm fils : le côté caricatural y est, mais les sublimes orchestrations symphoniques aussi, en écho à La Mer de Debussy (d’où le polo aux vagues bleues). La mer Caspienne ou la mer casse-pieds ? A vous de juger.

Vincent Delerm est en tournée dans toute la France à partir du 10 novembre 2016, jusque décembre 2017.

NEW MODEL ARMY : Winter

winter new modern army
Pochette de l'album Winter, de New Model Army

Voici un portrait d’un autre genre, proposé par le groupe New Model Army (dit NMA, ne pas confondre avec NPA, le groupe de Besancenot). Un selfie d’un corbeau en petite forme ? Pas sûr. On pourrait aussi y voir une nature morte symbolique… Après la France moisie de Philippe Sollers, la France cramoisie de New Model Army ? Cette lumière qui perce dans le regard, sur la photo, c’est bien celle du cogito des Lumières d’aujourd’hui : «Je pense, donc je suis… je suis… (prendre la voix de Julien Lepers pour plus de réalisme contemporain)… non je ne suis pas Arthur Rimbaud, mon nom commence par un D comme Raymond Domenech… je suis je suis Re-né Des-cartes !! C’était pas évident, bien joué quand même !» Non, finalement, ce qui compte dans cette pochette, au-delà de toutes ces questions philosophiques pour un champion, c’est le titre : Winter ! L’hiver… glacial, rude, âpre, mort, venteux comme un roman de Christine Angot – lauréate naturelle du prix Décembre (O Décembre, que de crimes on commet en ton nom, c’est un Sagittaire qui te le dit) -, mais féerique aussi, enluminé, gracieux, mystique et porteur d’une nostalgie immaculée, comme chez New Model Army. Comme chez Dickens, dont Antoine Blondin dresse le portrait suivant dans son recueil Certificats d’études : « Dickens, c’est d’abord notre oncle d’Angleterre, le parrain auquel ce qui nous reste d’adolescence fait visite au seuil de Noël […] Ouvrir Dickens, c’est, par miracle, pénétrer dans une maison fortifiée contre la misère, la sottise, l’injustice, terre promise après un long cheminement sur des routes picaresques, parfois cruelles. » Vous remplacez « Ouvrir Dickens » par « Écouter New Model Army » et c’est tout pareil.

Verdict : La musique du groupe britannique vibre une fois de plus en un condensé de vie qui passera l’hiver, plus que la bête du Gévaudan de la pochette.

Voici un sombre aperçu de Winter avec ce « Devil » qui en est extrait, illustré par des images du Faust (1926) de Murnau !

New Model Army sera en concert en France le 26 octobre à Strasbourg (La Laiterie) et le 16 décembre à Paris (Le Divan Du Monde).

Le coup d’Etat rémanent

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coup etat mitterrand bresil turquie
Pixabay.
coup etat mitterrand bresil turquie
Pixabay.

Au-delà des interprétations données au coup d’État raté contre Erdogan, en juillet 2016, le côté « vintage » de l’événement était frappant. On croyait ces images de chars dans les rues et d’avions bombardant des bâtiments officiels réservées à une histoire dont seuls les plus de 50 ans gardent dans leur mémoire en noir et blanc le 11 septembre 1973 au Chili ou le 25 avril 1974 au Portugal.[access capability= »lire_inedits »]

Les putschistes turcs avaient-ils lu la Technique du coup d’État de Curzio Malaparte (1931), qui donne une assez bonne définition de la chose après s’être penché sur de nombreux modèles, du 18 brumaire à la prise du palais d’Hiver en passant par la marche sur Rome : « La légitimité d’une dictature consiste en sa violence révolutionnaire : c’est le coup d’État qui lui donne la force de s’établir solidement » ?

Pendant ce même été 2016, Dilma Rousseff a été destituée au Brésil. Elle a déclaré face à ses accusateurs « être victime d’un coup d’État consistant à élire indirectement un gouvernement usurpateur au mépris des 54 millions de Brésiliens qui m’ont réélue en 2014 ». Dilma a-t-elle commis un abus de langage ? Non, si l’on en croit un certain François Mitterrand qui, en 1964, publiait Le Coup d’État permanent contre le de Gaulle de 1958 et sa constitution à sa mesure : « De Gaulle n’envisage pas l’intervention des paras d’un cœur joyeux. Il aime le travail bien fait et l’allure que prend sa restauration l’inquiète. Il redoute d’être débordé, dépassé. Or les nouvelles de Paris sont bonnes. Le gouvernement craque et M. Coty emploie son autorité à émousser les dernières réactions républicaines. Une majorité parlementaire d’abdication se dessine. »

Finalement, de Gaulle a sans doute été pionnier en matière de coup d’État « post-moderne », c’est-à-dire d’un coup d’État qui ne dit plus son nom, qui joue sur d’autres facteurs que « la violence révolutionnaire » pour renverser un pouvoir en place sans élections : opinion, propagande, asphyxie financière. Ainsi Alexis Tsipras, lors de la crise grecque en juillet 2015, a pu parler de coup d’État de la part de l’UE quand il a dû accepter les mesures « austéritaires » malgré un référendum victorieux. Et le Mitterrand de 1964 de commenter par anticipation : « Un dictateur, en effet, n’a pas de concurrent à sa taille tant que le peuple ne relève pas le défi. Imaginer qu’un dictateur n’a d’appétit que pour le sang et n’aime que la terreur serait une sottise. » De fait, en Grèce, l’UE a avantageusement remplacé les chars par les banques.[/access]


Technique du coup d'état

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Quand Paucard se souvient de Gabin

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jean gabin gremillon gueule damour
Jean Gabin dans le film de Jean Grémillon Gueule d'amour
jean gabin gremillon gueule damour
Jean Gabin dans le film de Jean Grémillon "Gueule d'amour"

Nous célébrons cette année les quarante ans de la disparition du Commandeur Jean Gabin. La Cinémathèque lui a rendu hommage et il est probable que nous allons voir fleurir les ouvrages consacrés au comédien. L’ouvrage d’Alain Paucard n’est pas une monographie ni une étude circonstanciée de l’œuvre de Gabin mais un (très) court essai sur le personnage et le mythe qu’il est devenu. Comme avec sa France de Michel Audiard, l’auteur cherche avant tout à nous prouver (et y parvient souvent) que Gabin fut, pendant près de 40 ans (des années 30 au milieu des années 70), une parfaite incarnation d’une certaine idée de la France.

Il revient sur les deux périodes que l’on oppose traditionnellement lorsqu’il s’agit d’évoquer le « cas Gabin ». D’abord celle des années 30 où l’acteur est associé au Front Populaire (grâce aux films de Duvivier), au « réalisme poétique » (grâce aux films de Carné) et à une certaine idée du prolétaire victime de la lutte des classes (notamment dans La Grande illusion de Renoir). Généralement, les cinéphiles prisent essentiellement cette période et si Paucard ne nie pas le parcours quasi sans fautes de Gabin, il estime qu’il n’est pas encore devenu lui-même. Par la suite, « il ne sera plus présent par la vertu du « réalisme poétique », mais seulement grâce à lui-même. Plus de lumpenprolétariat (Les Bas-fonds ; Le Récif de Corail) ; des personnages dont la stabilité traduit tout autant celle de la société que la sienne propre. »

C’est donc à la figure du « patriarche » des années 50/60 que Paucard va s’attacher, en détruisant à juste titre quelques fausses valeurs (La Traversée de Paris, Le Clan des siciliens) et en réhabilitant avec enthousiasme quelques œuvres qui lui sont chères (les polars de Gilles Grangier, par exemple).

Très rapidement, Paucard dont on sait que l’une de ses spécialités est le jugement lapidaire comme dans ses hilarantes notules dans le Guide des films de Tulard,  passe en revue les principaux films de Gabin avec pour fil directeur une volonté de montrer que les personnages qu’il incarne sont le symbole même d’une certaine France chère au cœur de l’auteur. La démonstration est assez convaincante même si l’on peut trouver que l’essai est un peu court puisqu’il fait à peine 50 pages si l’on enlève les annexes et la préface ! De la même manière, la verve légendaire de Paucard me semble ici un peu tarie, même lors de ses attaques attendues contre Truffaut et la Nouvelle vague.

Seule sa remarque très juste sur la « oliviermarchalisation » du polar (cinéma et série) m’a fait sourire.

Que ces petites réserves ne vous empêchent pas, néanmoins, de jeter un coup d’œil à cette France de Jean Gabin. Car Paucard est un passionné et cet amour du cinéma (même si je ne partage pas forcément ses goûts mais ça, c’est le jeu !) transpire de chaque ligne de cet essai et donne envie de (re)découvrir certains films de l’acteur, de se replonger dans l’œuvre d’un Gabin dont l’aura mythique a sans doute progressivement éclipsé ses qualités de jeu…

La France de Jean Gabin d’Alain Paucard (Éditions Xénia, 2016).

La maladie de Sachs

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sachs l herne amazon
sachs lherne amazon
Sachs, l'Herne (couverture). Amazon.

Y a-t-il dans l’histoire littéraire française du siècle dernier un personnage plus fascinant que Maurice Sachs ? Ecrivain, éditeur, dandy, escroc, kleptomane, curé, pédéraste, alcoolique, dénonciateur, ce mauvais sujet a endossé tous les costumes, successivement ou simultanément. Sa vie, brève – moins de quarante ans –, est un tourbillon. Il naît en 1906, grandit sans père, passe sa jeunesse dans les pensionnats. A seize, dix-sept ans, seul dans Paris, il grenouille dans les boîtes de nuit, les cafés, les milieux littéraires. On le voit au Bœuf sur le Toit ; Jean Cocteau l’engage comme secrétaire. A vingt ans, croyant avoir découvert Dieu, il se rapproche de Jacques et Raïssa Maritain, qui l’accompagnent sur le chemin du séminaire. Un scandale lui fait quitter prématurément les ordres ; il part en Amérique, épouse une Protestante, divorce, revient en Europe au bras d’un homme. Gide l’introduit chez Gallimard, où il vole des Pléiade ; à Max Jacob, tombé sous son charme depuis 1926, il dérobe des gouaches, qu’il revend en secret. Quand la guerre éclate, Sachs, caché dans des hôtels, couvert de dettes, devient un personnage à la Modiano, louche, insaisissable, au cœur de tous les trafics parisiens, tapeur invétéré, marchand d’or et de bijoux. Engagé au STO, il part pour  Hambourg où il pilote des grues sur le port et continue ses combines. On le dit membre de la Gestapo, ou agent double. Emprisonné en 1943, il est assassiné en 1945, dans des circonstances mal éclaircies.

Difficile de résumer en peu de lignes cette vie sensationnelle et absurde, remplie de rencontres et d’anecdotes qui mériteraient chacune un livre. On pourrait passer des heures à tracer le portrait de Sachs, caméléon désarmant, individu malhonnête et lâche, mais en même temps charmeur, drôle, séduisant. Tous ceux qui l’ont connu y insistent : Sachs, odieux, voire abject, avait le chic pour se faire aimer. C’est ce qu’on vérifie à travers les nombreux documents rassemblés par Henri Raczymow pour le nouveau numéro des Cahiers de l’Herne, consacré à Sachs. Raczymow s’était déjà occupé de son cas dans Les travaux forcés de la frivolité, une belle biographie parue en 1988 ; ces riches Cahiers en constituent pour ainsi dire le tome deux, qui donnent une vue kaléidoscopique de cet être insaisissable envisagé tout à la fois comme homme, comme écrivain, comme mythe et même comme figure romanesque, puisqu’il apparaît dans les livres de Violette Leduc, qu’il a bien connue, et dans ceux de Patrick Modiano, notamment La Place de l’Etoile en 1968. Outre de petites études universitaires et de nombreuses lettres (à Maritain, à Madeleine Castaing, à Gaston Gallimard, à Gide…), on trouve dans ce volume des documents célèbres et difficilement accessibles, comme le texte cruel de 1936 où Jouhandeau affirme être devenu antisémite à cause de Sachs, ou celui, douteux et répugnant, dans lequel Philippe Monceau rapporte sa mort sordide à Hambourg, la même « qu’un cochon que j’avais vu tuer dans une ferme »…

Le plus passionnant, ce sont les témoignages de ceux qui ont croisé Sachs. Tous donnent à peu près le même portrait, en insistant chacun sur tel ou tel aspect. Les mêmes mots reviennent : crapule, ivrogne, tricheur, voleur ; mais aussi généreux, cultivé, charmant, « réellement bon, délicat en amitié, capable d’innombrables gentillesses ». Alors ? André David raconte : « Si on lui disait : – Maurice, rends-moi l’argent que je t’ai prêté, il ne vous le rendait pas, mais si on lui disait : – Maurice, prête-moi telle somme, il vous la donnait immédiatement, quitte à l’emprunter à quelqu’un d’autre ». Certaines anecdotes sont à peine croyables. Courtier en tableaux, il garde pour lui l’argent des ventes, prétend que l’acheteur s’est enfui, dédommage le vendeur floué avec un dessin d’Ingres, qui se révèle être un faux grossier… Il cède le bail de son appartement avec tous les meubles, mais il vend les meubles avant l’emménagement de son successeur, puis il disparaît en laissant ce dernier face aux huissiers venus réclamer ses loyers impayés. Même Coco Chanel se fait avoir, qui l’emploie pour qu’il lui compose une belle bibliothèque d’ouvrages rares et précieux, avec un salaire royal ; Sachs mène grand train aux frais de la couturière (masseur, chauffeur, secrétaire…), tout en remplissant ses rayons de livres banals et sans grande valeur. La supercherie sera décelée par Pierre Reverdy, et Coco Chanel furieuse rompra son contrat avec l’indélicat…

L’écrivain Sachs, lui, était doué. Tous ses livres ne sont pas bons ; certains sont farfelus, comme le conte de fées Abracadabra. Sachs n’était pas un romancier d’imagination ; comme autofictionneur, en revanche, il est imbattable. Son récit le plus connu, Le Sabbat, raconte sa vie, le sujet qui lui convient le mieux. C’est un livre à son image, fascinant, déplaisant, complaisant, brillant. La suite, La Chasse à courre, est encore meilleure, peut-être parce que c’est un texte inachevé, un peu bâclé, qui a conservé sa souplesse de style, son mordant, son rythme, son pétillement désabusé. Je ne connais pas de meilleur tableau du Paris de 1940-1942 ; Sachs, qui tire le diable par la queue, est plus que jamais dans son élément, obligé de magouiller sans cesse, d’acheter et de vendre, de voler et de mentir, spirale infernale qui s’achèvera de l’autre côté du Rhin. Pour découvrir quel écrivain était Sachs, Raczymow, à côté des Cahiers, republie deux livres. Mémoire moral, inédit, est une première version du Sabbat, écrite entre 1934 et 1936 ; Sachs y croque sa jeunesse d’enfant délaissé. Quant à Derrière cinq barreaux, ce livre n’avait jamais été republié depuis sa parution chez Gallimard en 1952. Ce sont les carnets d’aphorismes écrits par Sachs à Hambourg, témoins de son appétence pour le genre moraliste. Il y tourne des phrases sur les Français, sur l’homme, sur Dieu. C’est parfois plat, souvent profond. Sachs a 39 ans, il ne sait pas qu’il va mourir bientôt.

Sa mort justifie un paragraphe. L’hallucinant article de Pierre Béarn dans les Cahiers énumère les légendes sur sa disparition. Selon la version officielle, Sachs a été abattu le 13 avril 1945 par un SS sur la route de Hambourg à Kiel ; à bout de forces, il retardait un convoi de prisonniers. Mais beaucoup prétendent l’avoir vu vivant après cette date. En Asie. En Egypte, conseiller du roi Fouad. A Hambourg. A Paris même, où il serait revenu à la fin des années 1940, arborant une barbe blanche ! Faut-il avoir du talent, pour susciter tant de légendes… Si elles sont vraies, Sachs a peut-être eu le plaisir d’apprendre que ses livres inachevés ont tous paru à partir de 1946, grâce aux bons soins notamment de Raymond Queneau et d’Yvon Belaval, son ami philosophe. Le Sabbat, publié en 1946, manque même le prix Sainte-Beuve l’année suivante, malgré les protestations des Lettres françaises, qui s’étranglent de voir célébré ce gestapiste, fusillé, d’après Aragon, par les Alliés. « Mais où sont les preuves de tout cela ? », demande Edmond Buchet, l’éditeur du Sabbat. On est tenté de dire, évidemment, que la vie de Sachs fut un roman. Mais Buchet note ceci dans son journal, en 1940, qui est assez juste : « Un Maurice Sachs ne pourrait faire un héros de roman, car il ne paraîtrait pas réel ».

Sachs  sous la direction de Henri Raczymow (L’Herne n°115, 265 p., 39 €)

Derrière cinq barreaux  de Maurice Sachs (L’Herne, 208 p., 7,50 €)

 Mémoire moral  de Maurice Sachs  (L’Herne, 110 p., 7,50 €)

Cahier Sachs

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Memoire moral

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