Le Pape François au Parlement Européen de Strasbourg, 25 novembre 2014.

Najat Vallaud-Belkacem est « très en colère » contre le Pape. Le successeur de Saint-Pierre morigéné par la sémillante Garde rouge du progressisme-pour-tous: tout là-haut, le Bon Dieu s’en arrache les poils de la barbe. Il plait pourtant, le Pape François. Question de personnalité d’abord: simple, ouvert, chaleureux, quel contraste avec son prédécesseur rébarbatif et apprêté!

Question d’idéologie surtout. Ce Pape n’hésite pas à mouiller sa soutane jusqu’au genou. En une encyclique, Laudato si, et une lettre d’exhortation apostolique, Evangelii Gaudium, il a émis un signal urbi et orbi: habemus sinistrum Papam (nous avons un Pape de gauche)! De même que les grands hôtels diffusent dans leurs ascenseurs une musique agréable et insignifiante, sitôt-entendue-sitôt-oubliée, le Pape François flatte l’air du temps avec une pensée peu exigeante mais bien sympathique. Un christianisme d’ascenseur en quelque sorte.

Les Poncifs du Pontife

De Mélenchon à Le Pen, de Sanders à Trump, en passant par Theresa May, la dénonciation du libéralisme (forcément « ultra ») est devenue le pont aux ânes de la bien-pensance contemporaine. Là ou Jean-Paul II défendait vigoureusement la propriété privée et la liberté d’entreprendre, François n’éprouve que méfiance pour le marché, et place toute sa confiance dans l’Etat salvateur.

« Certains défendent encore les théories de la« rechute favorable »,  qui supposent que chaque croissance économique, favorisée par le libre marché, réussit à produire en soi une plus grande équité et inclusion sociale dans le monde. Cette opinion, qui n’a jamais été confirmée par les faits, exprime une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique et dans les mécanismes sacralisés du système économique dominant. » (Evangelii Gaudium).
Les théories de la « rechute favorable »? Ne cherchez pas: il n’existe pas de « théorie de la rechute favorable ». Il s’agit d’une traduction maladroite de l’anglais « trickle-down economics », terme de dérision accolé au libéralisme économique par ses opposants. Par ce terme péjoratif, le Pape démontre qu’il entend disqualifier le libéralisme avant même d’en avoir débattu. Prétendre qu’il « exprime une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique »  est un contresens absolu, puisqu’au contraire, la « main invisible » repose sur le postulat que les acteurs économiques ne suivent que leur propre intérêt.

Anticolonialiste, tu perds ton sang-froid

Le Pape François est sensible à la pauvreté de son continent d’origine, l’Amérique latine. Et qui sont les responsables de cette pauvreté? « Le nouveau colonialisme a plusieurs visages (…). Parfois, il a l’influence anonyme des veaux d’or que sont les entreprises, les organismes de crédit, certains traités de libre échange et l’imposition de mesures d’austérité qui obligent toujours les travailleurs et les pauvres à se serrer la ceinture ». Hugo Chavez n’aurait pas dit mieux, et voyez vers quel sommet de prospérité il a hissé son pays.

Le Pape François est partisan de l’acceptation d’« une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties ». Par ce raisonnement, il commet l’erreur de considérer la « croissance » comme simple consommation accrue de ressources naturelles (lesquelles sont effectivement limitées), et non pas comme progrès scientifique et technique (illimité). Il y a autant de musique dans un iPod d’aujourd‘hui que dans le tourne-disque d’antan avec sa pile de vinyles sur une étagère, pourtant la consommation de matières premières nécessaires à sa production est infiniment moindre.

Le progrès technique, d’ailleurs, il faut s’en méfier: « On ne doit pas chercher à ce que le progrès technologique remplace de plus en plus le travail humain, car ainsi l’humanité se dégraderait elle-même » (Laudato si). Il y a deux siècles déjà, les canuts de Lyon détruisaient les machines à tisser qui leur prenaient leur travail… Mais justement « la croissance de ces deux derniers siècles n’a pas signifié sous tous ses aspects un vrai progrès intégral ni une amélioration de la qualité de vie » (Laudato si). Espérance de vie en France en 1810: 37 ans. Aujourd’hui : 82 ans.

La carte maîtresse des anti-libéraux, c’est la protection de l‘environnement. Mais justement, ne pourrait-on pas utiliser les mécanismes de marché pour lutter contre la pollution, selon le principe du pollueur-payeur? Eh bien non: « L’environnement fait partie de ces biens que les mécanismes du marché ne sont pas en mesure de défendre ou de promouvoir de façon adéquate » (Laudato si). Et pour enfoncer le clou: « La stratégie d’achat et de vente de « crédits de carbone »  peut donner lieu à une nouvelle forme de spéculation, et cela ne servirait pas à réduire l’émission globale des gaz polluants » (Laudato si). Et pourquoi pas? On ne le saura pas.

Tout est relatif

Pour le chef de l’Eglise catholique, il semble que toutes les religions se valent. Son prédécesseur avait identifié une propension intrinsèque de l’Islam à la violence. Pour Benoit XVI, le dialogue des religions devait être franc et sans concession. Virage à 180 degrés : pour François, « l’idée de conquête est inhérente à l’âme de l’Islam, il est vrai. Mais on pourrait interpréter avec la même idée de conquête la fin de l’Évangile de Matthieu, où Jésus envoie ses disciples dans toutes les nations ». Saint Matthieu djihadiste, il fallait y penser!!!

D’ailleurs, « Je n’aime pas parler de terrorisme islamique (…). Dans toutes les religions il y a toujours un petit groupe fondamentaliste (…). Quand des baptisés catholiques tuent quelqu’un, devons-nous parler de violence catholique ? ». Ah oui, ces terroristes qui se font exploser en criant « Au nom de la Vierge Marie! »…

Le dialogue des religions est devenu un papotage aimable et insipide: vous reprendrez bien un petit chocolat ?

En fin de compte, le Coran, c’est grosso modo le Nouveau Testament traduit en arabe.

L’antinational

Le Vatican a pour principe de refuser tous les prix et les distinctions qui lui sont proposés. Tous? Non, pas tous. Le Pape François a décidé de faire exception pour le Prix Charlemagne, décerné par les trois Présidents de l’Union Européenne (Président du Conseil, de la Commission et du Parlement) à « des personnalités remarquables qui se sont engagées pour l’unification européenne », un mois avant le referendum anglais sur le Brexit. Un bon Chrétien se doit donc d’être favorable à l‘unification européenne : c’est plié, les Anglais iront en Enfer, et ne parlons même pas des Suisses (à quand l’expulsion des gardes suisses du Vatican ?). Gageons pourtant que Jésus et le peuple juif auraient voté unanimement pour le « Judexit » (sortie de la Judée de l’Empire Romain) s‘ils en avaient eu l’opportunité.

Opposé à la souveraineté de l’Etat nation, le Pape François souhaite l’ouverture complète des frontières. « Il faut construire des ponts et abattre des murs ». Que toute l’Afrique, que tout le Moyen-Orient viennent à nous! 5 millions, 10 millions d’immigrés par an: pas de problème. Il y’a une « invasion arabe », réjouissons-nous ! Extase des artistes engagés de gôche. L’avantage d’être Pape, c’est que l’on peut énoncer de nobles principes sans avoir à en assumer les conséquences.

Encore un effort!

Antilibéral, relativiste, européiste, le Pape François a bien mérité les accolades de la presse Pigasse. Ah oui mais, remarqueront les esprits chagrins, la famille! C’est vrai, il n’est pas encore à la page sur la famille, le Pape. Allez-y, François! Célébrez l’avortement , « mon corps, mon choix, mon droit » (quel odieux réactionnaire oserait suggérer qu’un autre être humain que Moi-Moi-Moi puisse entrer en compte dans cette décision?), encouragez la GPA, chantez les louanges de la théorie du genre (oh, pardon: les « études de genre »)! Et puis, hein, arrêtez de nous rebattre les oreilles avec Dieu, ce patriarche misogyne et homophobe.

Alors Najat, enfin apaisée, vous décochera son si joli sourire.

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Consultant informatique.Européen polyglotte (il a travaillé en France, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, en Pologne et désormais en Allemagne) et eurocritique, ce féru d'Histoire et d'économie s'efforce de vivre selon la maxime de Charles Péguy : "Il faut toujours dire ce que l'on voit. Surtout il faut ...