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Alain Juppé, l’homme qui n’a rien compris

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Alain Juppé entouré de ses partisans à son QG de campagne au soir de la primaire de la droite et du centre le 27 novembre 2016 à Paris © AFP PATRICK KOVARIK

Il n’est pas de très bon ton de tirer sur les corbillards, ou de frapper un homme à terre. La défaite d’Alain Juppé mérite quand même quelques commentaires, ne serait-ce que pour souligner l’aveuglement du système médiatique qui a cru dur comme fer pouvoir, encore une fois, nous faire prendre les vessies pour des lanternes. Je n’ai jamais cru à la possibilité de victoire à la primaire de la droite du « meilleur d’entre nous », vieux cheval politique fourbu rhabillé en « rassembleur » et présenté contre toute logique comme le sauveur de la nation capable de la protéger du retour de Sarkozy.
Alain Juppé, quant à lui et comme d’habitude a commis toutes les erreurs, les unes après les autres, la dernière étant d’avoir déclenché entre les deux tours la diabolisation de son nouvel adversaire. Espérant ainsi mobiliser les électeurs de gauche pour empêcher la victoire du nouveau Pétain des heures-les-plus-sombres. Et de nouveau, mauvaise pioche, puisque cela a provoqué l’inverse et lui a fourni une nouvelle défaite humiliante pour sa collection.

Fiascos en série

Le maire de Bordeaux a multiplié les échecs. Tout bardé de diplômes qu’il est, dauphin cajolé de Jacques Chirac, bénéficiant de toutes les facilités et de toutes les opportunités, il affiche pourtant un passif impressionnant. Il n’est pas nécessaire d’en dresser la liste, mais simplement de s’interroger sur ce mécanisme intellectuel qui l’a amené à être tant de fois à côté de la plaque. Pénétré d’une supériorité intellectuelle qu’il s’auto-attribue, il considère que places et honneurs lui sont dus, alors que dans la vraie vie, cela ne fonctionne pas comme ça. Dernier exemple, avoir cru que cette incontestable supériorité lui promettait la succession de François Hollande, et lui valait la flagornerie du système médiatique. Le retour de la droite étant inévitable, Juppé a dû cet engouement des médias à la nécessité de trouver une alternative à Sarkozy pour sauver les meubles de la caste. Faute de monde sur les catalogues, un vieux cheval de retour au casier chargé a fait l’affaire, jusqu’au moment où la bourgeoisie de droite s’en est trouvé un autre plus présentable.

Le « meilleur d’entre nous » a affiché son incompréhension affligée au soir du premier tour de la primaire, refusant l’évidence par sa décision de se maintenir alors même que son score l’aurait mis à la troisième place sans l’apport frauduleux des voix de gauche. De surcroît, la rouste était assurée au second tour. Qu’à cela ne tienne, on y va tête baissée, campagne quasi-gauchiste entre les deux tours, mobilisation à son profit de la presse de gauche, et évidemment mobilisation concomitante des gens de droite furieux pour une nouvelle gifle au chantre de l’identité heureuse. Et toujours cette surprise douloureuse, comment peut-on infliger cela au « meilleur » ? C’est en fait très simple, toute la carrière d’Alain Juppé le démontre : l’actuel maire de Bordeaux ne comprend rien.

Un chiraquien très modéré

En 1993 par exemple, où après les années 80 de folie, la corruption étant le financeur de la vie politique, et où Alain Juppé adjoint aux finances de la Ville de Paris, était à la manœuvre, la loi de 1990 était venue mettre le holà. Et tout le monde avait compris qu’il fallait donc changer les habitudes, et être désormais prudent à la fois dans les rapports avec les entreprises et dans les dépenses électorales. Mais pas Alain Juppé. Les législatives prévoyaient une considérable vague bleue et dans une circonscription parisienne confortable, il était tranquille. Cela ne l’a pas empêché de passer un accord à un prix plus qu’amical avec le groupe Decaux gros fournisseur de la ville pour une campagne d’affichage promotionnel « à prix d’ami » de son livre La tentation de Venise. La vraie dépense aurait dû être calculée, réintégrée dans son compte de campagne, l’élection annulée et Juppé déclaré inéligible pour un an, sans compter la dimension pénale assez évidente. Il bénéficia cependant de la part du conseil constitutionnel présidé par Roland Dumas d’une mansuétude assez surprenante. Qu’il considéra comme tout à fait normale…

Par la suite, début 1995, au moment où les courbes des sondages commençaient à s’inverser, il pensa abandonner Jacques Chirac et rallier Édouard Balladur en négociant son poste ministériel. Rattrapé à temps, il se retrouva du bon côté au moment de l’élection et bénéficia une fois de plus de l’affection peu rancunière de Jacques Chirac qui le nomma Premier ministre en lieu et place du vrai vainqueur Philippe Séguin. Parce qu’il était le meilleur, bien sûr. Résultat : Juppé abandonna immédiatement la ligne de la fracture sociale sur laquelle Chirac avait été élu et concocta sans aucune concertation une réforme technocratique des retraites qu’il vint présenter sous les ovations devant l’Assemblée nationale introuvable de 1993. Et Juppé de s’étonner d’être confronté à un des mouvements sociaux de masse les plus importants de l’après-guerre.

Il avait aussi trouvé entre-temps le moyen de se mettre dans une situation impossible avec l’histoire des attributions des logements du domaine privé de la Ville de Paris. En position incontestable de prise illégale d’intérêts, il signait en tant que bailleur des baux de location pour lui-même et sa famille à des prix avantageux. Mélange des genres, interdit depuis toujours et sévèrement réprimé par le code pénal, cela lui apparaissait pourtant comme parfaitement normal. Face aux froncements de sourcils appuyés du parquet de Paris, qui préféra cependant avec mansuétude encore, un déménagement précipité du premier ministre qui venait d’arriver, plutôt qu’un passage devant le juge, il opposa urbi et orbi avec une inconscience désarmante, son fameux « droit dans ses bottes ». Comme on peut s’en douter cela fit grand plaisir aux magistrats de l’entendre, s’affirmer convaincu d’avoir subi une injustice lui qui avait commis plusieurs infractions et bénéficié d’une incontestable bienveillance. Ils sauraient s’en souvenir.

Ses méthodes de gestion à base d’autoritarisme hautain commencèrent à lui poser quelques problèmes politiques dans sa majorité pourtant pléthorique. La goujaterie du licenciement collectif des jupettes et la brutalité de celui d’Alain Madelin entre autres, commençaient à faire grincer. Qu’à cela ne tienne, le « meilleur » ne pouvant qu’être populaire n’est-ce pas, se laissa facilement convaincre par les mêmes sondeurs qui avaient annoncé le triomphe de Balladur, et pensa par la dissolution de 1997 récupérer une Assemblée nationale au garde-à-vous. On connaît la suite, le premier tour catastrophique, l’éjection en urgence au profit de l’ennemi juré Philippe Séguin entre les deux tours, et le cadeau fait à Chirac d’une cohabitation de cinq ans.

Mépris de la justice

On ne reviendra pas en détail sur ses ennuis judiciaires postérieurs proprement dits si ce n’est pour rappeler l’inanité de la légende du fusible, Alain Juppé ayant été condamné pour ses propres errements. Et l’attitude arrogante et méprisante qu’il eut l’inconscience d’adopter tant vis-à-vis des magistrats que de ses collaborateurs embarqués à cause de lui sur ce mauvais navire. Une fois de plus, Alain Juppé ne s’était pas intéressé aux règles applicables en matière judiciaire, persuadé que sa supériorité intellectuelle le mettait à l’abri. Je me rappelle cette conversation avec un de ses proches me faisant part de son incompréhension après la condamnation prononcée à Nanterre par une présidente pourtant catholique et dame catéchiste ! Comment pouvait-on être catholique et condamner Alain Juppé !

Il y aura ensuite après son retour dans le fauteuil bordelais imperdable de Jacques Chaban-Delmas, la piteuse défaite législative en pleine vague bleue de 2007, et celle non moins piteuse sur Bordeaux de sa protégée Virginie Calmels aux régionales de 2015. Il est probable que son intronisation médiatique pour être le président de la République en 2017 lui est apparue comme légitime et normale. Il était le meilleur, et l’on a vite vu revenir l’arrogance cassante à base de : « je les emmerde » « si les Français ne veulent pas de moi ils se démerderont avec les retraites » et autres gracieusetés. Le voilà reparti désormais dans sa bonne ville de Bordeaux. Son speech de sortie montre que cette fois encore, il est probable qu’il n’ait pas compris ce qui lui était arrivé.

La tentation de Venise

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Pour une politique étrangère réaliste et souveraine avec Fillon

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Angela Merkel, Vladimir Poutine, Francois Fillon. Gdansk, 2009.

Loin de conduire à un retournement d’alliances, le renouveau du dialogue franco-russe constitue l’un des éléments significatifs du projet diplomatique ambitieux de François Fillon, qui entend, d’une part, remédier à l’isolement d’une Europe de plus en plus affaiblie sur la scène internationale et, d’autre part, rendre à la France, par une politique étrangère refondée sur le paradigme réaliste, des marges de manœuvre et un dynamisme.

Renoncer à l’illusion dévastatrice du néoconservatisme

Pour renouveler notre politique étrangère, il convient d’abord de renoncer aux illusions du néoconservatisme, qu’une Europe idéaliste et affaiblie a tacitement épousées.

A cause de leur idéalisme et des bons sentiments à quoi ils résument souvent leurs prises de position, les Européens ne parviennent pas à saisir la nécessité d’envisager les relations internationales autrement qu’à l’aune d’un moralisme aussi inconsistant que paralysant. Ils ont donc fait leur, insensiblement, par défaut et par facilité, un avatar du credo néoconservateur, plaçant au cœur de leur discours le soutien à l’ingérence, au mépris des catégories du droit international classique, qu’ils ont pourtant créé. A ce jeu, les Européens se privent de penser et de définir sérieusement leurs intérêts.

La priorité absolue et souvent réductrice donnée à la solidarité occidentale, qui leur tient lieu de politique, les ont de fait cantonnés dans un rôle d’auxiliaires. Par la perpétuation irréfléchie, quasi pavlovienne, d’un tel tropisme atlantique, les Européens donnent l’impression de ne pas avoir compris que la guerre froide était terminée, qu’ils n’avaient plus d’ennemis réels à l’est et que l’isthme européen, par conséquent, n’était plus l’enjeu central de la compétition internationale. Les Etats européens signent ainsi leur propre faiblesse, qu’ils croient vainement dissimuler en affichant, dans toutes les crises, un dogmatisme moralisateur inefficace et un normativisme en soi insuffisant.

Comme ses propos l’ont laissé entendre, tant au cours de la récente campagne qu’au long de sa carrière politique, Alain Juppé a toujours semblé favorable à cette doctrine idéaliste, ainsi qu’à l’observation prioritaire d’un certain conformisme occidental. C’est aussi la position du gouvernement actuel, qui fait montre d’une grande rigidité de principe à l’égard des puissances incontournables que sont la Russie en Europe et l’Iran au Moyen-Orient, et se condamne ainsi à ne pouvoir faire entendre sa voix.

Les initiatives américaines ont révélé l’inadéquation de l’idéalisme européen

Or l’évolution récente des positions américaines au Proche-Orient a laissé apparaître, s’il en était besoin, l’inadéquation de ces vues.

Après avoir pris la mesure des conséquences néfastes de l’intervention américaine de 2003 en Irak, qui a contribué dialectiquement à une poussée de l’influence iranienne dans la région, l’administration Obama a dû prendre acte de la situation nouvelle, en engageant des négociations avec la puissance perse, dont le retour officiel dans le concert des Etats devait être consacré par la finalisation à Vienne, le 14 juillet 2015, de l’accord de Genève sur le nucléaire iranien.

L’Amérique faisait ainsi, résolument, le choix de la diplomatie.

Aujourd’hui, Donald Trump souhaite renouer un dialogue direct avec les Russes. En rapprochant l’Amérique d’une Russie à la recherche d’alliés, le président américain élu cherche maintenant à contrebalancer la progression iranienne et à empêcher la constitution en Eurasie d’un heartland russo-irano-chinois, qui représente un danger pour les Etats-Unis dans la compétition pour le leadership mondial.

Ces métamorphoses dans notre environnement stratégique, où tout semble se jouer sans nous, risquent de précipiter l’isolement de la France et de l’Europe sur la scène mondiale.

Le retour de l’axe Paris-Berlin-Moscou?

Pour la France et pour les Européens, l’enjeu politique des années à venir sera concrètement la constitution négociée de nouveaux partenariats, leur permettant de faire valoir leurs intérêts et de défendre leurs positions parmi les puissances du monde. Dans cette perspective, un vaste aggiornamento diplomatique, inspiré par une vision réaliste du monde, paraît nécessaire.

Dans ce contexte nouveau, la France devra proposer aux Etats européens qui le souhaitent, et notamment à l’Allemagne, la consolidation, dans l’autonomie et autour des seuls intérêts européens, d’un pilier  intergouvernemental de défense et de sécurité, articulée avec la définition, pour équiper nos forces, d’une clause préférentielle favorisant l’activité des groupes industriels européens, tels EADS, Safran, MBDA ou DCNs.

Bien plus, la constitution dans la profondeur d’un axe Paris-Berlin-Moscou, qu’avaient promue ensemble, il n’y a pas si longtemps, le président Jacques Chirac et le chancelier Gerhard Schröder, permettra d’apaiser les tensions sensibles dans les marches orientales de l’Europe, de confronter directement, par la négociation, les intérêts et les besoins respectifs des Etats de l’Union européenne et de la Russie, pour ensuite définir concrètement, si nécessaire par des accords, les coopérations sérieusement envisageables. Cette initiative pacificatrice devra être précédée d’une levée totale et nécessairement réciproque des sanctions économiques décidées par l’Union européenne contre la Russie et par la Russie contre l’Union européenne.

On le voit : le renouveau rationnel du dialogue franco-russe est une clef dans la redéfinition de nos objectifs diplomatiques.

François Fillon est le seul leader en mesure de conduire le virage nécessaire

Toujours alliée aux Etats-Unis mais européenne avant tout, la France de demain pourra ainsi, avec l’Allemagne et la Russie, prendre toute sa part de la résolution des crises qui ébranlent le Levant et le monde arabe. Dans le même temps, la France demeurera attentive aux besoins de ses partenaires d’Afrique et du Maghreb, dans le souci de lutter avec eux contre les réseaux terroristes et d’ouvrir la voie à un développement concerté, devant permettre la réduction des flux migratoires incontrôlés.

Par sa vision, il a anticipé les évolutions en cours et a compris la nécessité d’une politique étrangère réaliste et souveraine, soucieuse avant tout de l’indépendance de la France et de la défense de ses intérêts.

Pragmatique et résolu, François Fillon est enfin le seul homme en mesure de rassembler les Français autour de ce dessein et de cette espérance.

Son père, sa mère, Allah et elle

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Malaise. En refermant  le livre de Farah Kay Mon père, ma mère, Allah… et moi, j’ai senti mon énergie s’échapper, mon esprit s’embrouiller. Les violences faites aux femmes, aussi vieilles que le monde, continuent encore et toujours d’être choquantes, insoutenables. Certes, elles traversent toutes les classes et toutes les cultures, mais elles deviennent légitimes, voire « traditionnelles », quand elles sont commises au nom de l’honneur ou de Dieu, et prônées, en l’occurrence, par  l’archaïsme islamique.  Là où rien  n’arrête l’asservissement du corps et de l’esprit des femmes, par l’habit, les coups, l’excision ou l’humiliation. Rien. Ni personne, pas même les mères. Ces mères qui ont peur des hommes qui ont peur des femmes…

Une double peine pour Farah, qui a enfin pu raconter son histoire, et s’en alléger.

Longtemps j’ai cru que, dans les pays arabes, la révolution viendrait des femmes, leur propre libération pouvant entraîner celle de leurs peuples. Mais non, l’actualité le prouve tous les jours, je me suis trompée et j’en ai honte. Honte pour cette famille belgo-marocaine, vivant dans une cité populaire de Belgique, pas loin de Molenbeek. Honte pour cette petite fille qui porte le prénom de la fille préférée du prophète, Fatima.

Des parents prédateurs

Le mélange « couscous-frites » est explosif pour cette gamine qui s’endort paisiblement dans son lit à barreaux le jour où son père lui tend son sexe pour qu’elle le touche, comme on tripote un jouet. Elle n’a que quatre ans et toute une vie saccagée devant elle.

Si elle ne le sait pas encore, lui, le père sait, la mère aussi… Fille et musulmane, c’en est trop pour ce couple de prédateurs, pour toutes les femmes de la famille, soumises à la volonté de toute-puissance de l’homme.

La petite Fatima-Farah se débat seule, furieusement, désespérément, dans ce trou noir creusé par les violences de son père, l’assentiment de sa mère, l’indifférence de toute sa famille. Et le soleil du Maroc, quand elle s’y rend pour les vacances, n’adoucit pas son calvaire. Ce pays, écrit-elle, où « L’Islam fait office de loi ». Ce jour où elle ose dire au père « Tu n’as pas le droit de me frapper, nous sommes en démocratie ». Démocratie ? Un gros mot et une torgnole, une… Et dire qu’en 1989, à l’ONU la Convention Internationale des Droits de l’Enfant a été ratifiée, ou du moins signée, par 193 états sur 195…Une nécessité qui ne fait toujours pas loi dans certaines « démocraties ».

Pourquoi tant de haine ? Parce que Fatima-Farah la mérite. Elle n’est qu’une femme en devenir. Un objet sexuel, un non-être, une gosse que l’on frappe dès qu’elle exprime la moindre contradiction, une fillette dont on casse la moindre résistance. Une adolescente qui cherche refuge dans son carnet intime, que le père découvre et qu’il lit, sans pudeur aucune. Sans doute pour mieux lui voler son âme, et lui infliger la correction qu’elle mérite, quand elle veut exister au moins pour elle-même.

Un frère choyé

Une enfant qui aurait dû inspirer l’amour mais que sa mère n’aime pas. Trop aveuglée par son criminel de mari.

Fatima-Farah affectionne les lapins ? Elle joue avec, caresse leur pelage, et les retrouve le lendemain, cuits et recuits sur la table du déjeuner. Elle se protège et s’amuse derrière un mouton dodu ? On l’oblige à assister à son égorgement le lendemain, avant de le griller pour un méchoui. En prime, elle reçoit une raclée quand elle hurle qu’elle n’est pas « une cannibale ».

Le père, c’est ainsi qu’elle le nomme tout au long du récit, la terrorise à tout bout de champ, la force à manger ce qu’elle n’aime pas, à le masturber quand il veut, à se taire quand elle prend le risque de se livrer à une amie. La mère, elle, laisse faire, elle n’a d’yeux que pour le petit frère… Un garçon, un prince, une aubaine dans cette famille musulmane, celui à qui on passera le relais de l’honneur. Et le droit de maltraiter les femmes. La mère qui « viole » sa fille le premier jour de ses règles, en lui enfonçant un tampon dans le vagin, alors que la jeune fille pubère réclame une serviette hygiénique. Nul besoin de creuser la symbolique, elle est flagrante, à fille impure, remède phallique.

Fatima-Farah grandit dans une sidération sans cesse renouvelée, absente de son corps, l’esprit tourneboulé par les traumatismes qui s’accumulent, jusqu’à la pousser à des tentatives de suicide. Elle apprend le maniement des armes, fantasme le meurtre de son père. La jeune fille devient une bombe prête à exploser pour tuer l’islam qui est en elle, ou celui qui dicte la cruauté à sa famille.

Elle fugue, revient, repart, se fait tatouer un pistolet au creux des reins, pratique interdite dans la religion du père.

Elle quitte enfin ses parents. Elle jure de ne plus fouler la terre d’un pays musulman, parce qu’elle ne comprend pas cet islam qui annihile les femmes, qui arme la main et le cœur des hommes. Elle est d’origine berbère, elle est belge, elle reste écartelée entre la laïcité de la mère et la religion musulmane du père. Mais elle rêve encore, et heureusement, de trouver la paix en elle.

Jour après jour, elle se cherche, alors elle devient comédienne. Juste pour être une autre et s’approcher au plus près d’elle-même. C’est tout le bien que je lui souhaite, parce que Farah est une belle personne, et qu’on ne le lui a jamais dit.

Mon père, ma mère, Allah... et moi

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Fillon, le triomphe du libéral-conservatisme

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Des soutiens de François Fillon réagissent aux premiers résultats en sa faveur lors du 2e tour des primaires de la droite et du centre, le 27 novembre 2016 à Paris © AFP Thomas SAMSON

La primaire de la droite et du centre a accouché de l’éclatante victoire de la droite de convictions. Il ne devait en rester qu’un et ce fût finalement lui. Longtemps distancé dans les sondages, jamais réellement considéré malgré un programme plus complet, François Fillon a, ce dimanche, transformé  l’essai après être passé tout près d’un hold-up parfait au premier tour.

Une victoire méritée pour celui qui, mieux que quiconque, a su capter les aspirations du peuple de droite, fatigué de près d’une décennie de « sarkozie » et peu enclin à se livrer au maire de Bordeaux, partisan d’un libéralisme-progressiste beaucoup trop tiède à son goût.

Un programme plébiscité

Car à n’en pas douter, la victoire et le score de François Fillon témoignent moins de l’adhésion à un homme qu’à un programme. Certes, sa retenue, son impassibilité – pour ne pas dire son austérité – tranchant avec l’éruptif Nicolas Sarkozy a séduit. Tout comme sa discrétion, sa sérénité et surtout sa volonté de ne pas se soumettre à l’injonction médiatique de l’immédiateté dont a fait preuve ces derniers mois Alain Juppé, assuré d’être le futur Président de la République par une caste médiatique de gauche qui voyait en lui « le moins pire d’entre eux » à défaut du meilleur.

Le succès de François Fillon réside avant toute chose dans cette capacité qu’il a eu à parler à un peuple de droite déboussolé, parfois humilié, et auquel il a su plaire en reprenant des « éléments de langage » qui font écho auprès d’un électorat qui se refuse à voter Front national, notamment pour des raisons économiques évidentes.

Rassurer d’abord en évoquant la famille, la filiation, la transmission. Des valeurs que d’aucuns trouvent mise à mal sinon bafouées depuis le « mariage pour tous » et ce, en dépit d’une mobilisation sans précédent pour une frange de la population qui ne descend que très rarement dans la rue. En ce sens, l’ancien Premier ministre a parfaitement su prendre en compte cette « Révolution conservatrice » chère à Patrick Buisson qui secoue l’ensemble des sociétés occidentales. Il le fit d’autant plus facilement que contrairement à son adversaire du soir, il ne changea jamais son discours d’un iota pour essayer de complaire à une partie de la gauche amenée à se déplacer malgré son antipathie pour les « valeurs républicaines de la droite et du centre ».

Parler à la France éternelle

Il est enfin celui qui, parmi l’ensemble des candidats à cette primaire – exceptés peut-être Jean-Frédéric Poisson voire Nicolas Sarkozy –, sut le mieux parler de cette « France éternelle » comme d’une nation, d’une culture, qui ne doit pas être diluée dans un multiculturalisme « béni oui-oui » et une mondialisation parfois violente, réaffirmant sans cesse les valeurs judéo-chrétiennes de notre pays, sans nier pour autant la richesse apportée au fil des siècles par les vagues d’immigration successives.

Prôner un discours de vérité ensuite en annonçant vouloir réduire les dépenses publiques à travers une cure drastique dans la fonction publique. Du sang et des larmes en somme ? Pas vraiment. Car les 110 milliards d’économie que promet François Fillon s’accompagneront de plusieurs mesures en faveur de l’entrepreneuriat: faciliter le financement des PME à travers une réduction de l’impôt sur le revenu de 30 à 50% du montant investi, multiplication des fonds d’amorçage, exemption des droits de succession sur les actions d’entreprises jusqu’à leur cession éventuelle… Bref, un bel attirail libéral qui fleure bon l’ère du temps et que l’ancien « collaborateur » a su prendre en compte, séduisant ainsi des grands patrons à l’instar d’Henri de Castries, mais aussi des entrepreneurs comme Alain Afflelou voire Charles Beigbeder, ce dernier n’étant pas insensible aux réformes économiques et sociales audacieuses du Sarthois, ni même à sa vision d’une « France uniculturelle qui transcende, sans les nier, la diversité des origines de chacun ».

Héritière de la pensée d’Edmund Burke, le père du conservatisme britannique, Laetitia Strauch-Bonart écrivait récemment que le « libéralisme originel, celui des Lumières et de ses successeurs, est une forme de conservatisme, car ce libéralisme était situé dans un temps et un lieu, fait de coutumes et de traditions ». Homme de synthèse et surtout de convictions, François Fillon incarne plus que jamais ce libéral-conservatisme d’une droite de nouveau fière de ses valeurs et de son histoire. Son éclatante victoire d’hier soir en est la preuve matérielle et quantifiable. Avant celle de mai prochain ?

Fillon: le grand malentendu

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François Fillon, très net vainqueur dimanche de la primaire de la droite face à Alain Juppé, le 27 novembre 2016 à Paris © AFP Thomas SAMSON

Avec près des deux-tiers des suffrages, François Fillon a remporté une victoire, impensable il y a un mois. Il avait véritablement construit son succès lors des dix derniers jours précèdent le premier tour, où il avait écrasé la concurrence, en éliminant Nicolas Sarkozy et en mettant seize points dans la vue d’Alain Juppé. Lors de l’entre-deux-tours, il a essuyé le réveil de son adversaire, qui lui a lancé quelques boules puantes, lesquelles ont mobilisé autant sinon davantage d’électeurs droitiers choqués de ces manœuvres que d’électeurs de gauche à qui étaient adressés les appels du pied. François Fillon a donc réussi à envoyer à la retraite Nicolas Sarkozy et Alain Juppé en sept jours. Chapeau l’artiste ! L’ancien président de la République a complètement mésestimé la défiance qu’il inspirait au peuple de droite.

Comment pouvait-il en être autrement, cajolé qu’il était par ses fans se pressant pour obtenir une dédicace dans les Espaces culturels Leclerc transformés en autant de villages Potemkine, lui faisant croire qu’il était encore en phase avec ceux qui viendraient voter à la primaire ? Quant à Juppé, il n’a pas su profiter de l’appui de François Bayrou qui, en indiquant qu’il ne serait pas candidat contre lui, donnait une prime substantielle dans les sondages présidentiels du premier tour, et faisaient de lui  le candidat qui donnait les meilleures chances de victoire à la droite. Mais si le nouveau champion de la droite a gagné la primaire, il est encore loin d’avoir gagné la présidentielle, ouverte comme elle ne l’a jamais été depuis 1974. On a beau présenter cette compétition comme un succès démocratique, elle n’a concerné que 4 millions et demi d’électeurs sur les 36 qui devraient participer à la présidentielle, soustraction faite des 20% traditionnels d’abstentionnistes. Le programme économique de François Fillon était sans doute en phase avec l’électorat âgé et CSP+ de la primaire;  il faudra en convaincre au moins 14 millions d’autres de son bien-fondé.

Lisez la suite de l’article sur le blog de David Desgouilles.

Si Paris m’était filmé

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Louis de Funès (à gauche.), et Bourvil dans « Le corniaud » (Wikipédia)

Les réalisateurs sont-ils des fainéants de première ou d’irréductibles pragmatiques ? Quand ils sont à cours d’inspiration, comme, par exemple, trouver un décor original pour une scène, ils ont recours à la solution miracle, la martingale, la vieille ficelle qu’on ressort comme une bouée de sauvetage : filmer Paris ! Il suffit d’avoir dans son viseur le Louvre, les Champs-Elysées, l’Etoile, la Concorde, les Quais de Seine et même cette Tour boulonnée maintes fois visionnée pour que déjà son film commence à ressembler à quelque chose. Malgré la prolifération des zones piétonnes et la festivité aiguë, maladie des métropoles mondialisées, Paris évitera toujours aux indélicats de commettre trop de fautes de goût. Braquer sa caméra sur le 36, Quai des Orfèvres, un matin brumeux d’automne et votre polar poussif prendra forme, les acteurs se mettront au diapason de l’atmosphère, ils joueraient presque juste pour une fois.

Un effet « Paris »?

C’est prouvé scientifiquement, prenez deux comédiens, un homme et une femme au talent moyen, qui ne brillent ni par leur aura, ni par leur physique, faites-les marcher sur le boulevard Arago, une nuit chaude d’été, avec la Prison de la Santé en point de mire, vous obtiendrez une comédie romantique torride non dénuée d’une dimension sociale. Télé 7 Jours et Télérama sont aux anges. Avez-vous déjà vu Jean-Paul Belmondo, mains dans les poches, cigarette au bec et galurin sur la tête remontant les Champs dans A bout de souffle aux côtés d’une Jean Seberg moulée dans un tee-shirt blanc avec cette inscription « New York Herald Tribune » qui rendit le quotidien si érotique ?

Longtemps après, la seule évocation de ce journal faisait défaillir les amoureux de cinéma et de Paris. Les américaines aux cheveux courts qui demandent « innocemment » : « qu’est-ce que c’est dégueulasse ?» ne s’oublient pas si vite. Pour cette promenade, munissez-vous d’un guide, celui paru en 2011 de Durant et Pérez fera l’affaire. Il est taquin ! Vous ne pourrez pas faire l’impasse sur les scènes patrimoniales comme l’accrochage du Corniaud entre la 2CV de Bourvil et la Rolls Silver Cloud conduite par l’irascible de Funès, Place du Panthéon dans le 5ème ou sur le mythique Hôtel du Nord, 102 quai de Jemmapes dans le 10ème. Les auteurs nous révèlent que « le film ne fut pas tourné sur place mais sur le terrain jouxtant les studios de Boulogne-Billancourt où le décorateur Alexandre Trauner construisit une réplique fidèle non seulement de l’hôtel mais aussi du canal Saint-Martin ».

N’oubliez pas le guide !

Les anecdotes ne manquent pas. Le 45, rue Poliveau (5ème arrondissement) scandé avec joie et menace par Gabin dans La Traversée de Paris se situe en fait au 13 ! Dans le film, Bourvil « n’entre pas au 45 mais au 13 de la rue Poliveau ». Ce mystère vient s’ajouter à la féérie et à la drôlerie de cette scène désormais culte. Pour les touristes de passage, le guide (sous le bras) deviendra un formidable compagnon de voyage. Certaines adresses vous feront lever le nez sur des immeubles et vous souvenir d’une actrice, d’une musique de film, tous ces minuscules détails qui rendent la vie plus douce. Claude Sautet avait ainsi élu domicile au 15, avenue des Gobelins dans le 5ème de 1953 à 2000, Georges Géret, acteur splendide, résidait au 2, Place Constantin Pecqueur (18ème) et comment oublier le 25, Place des Vosges attaché pour toujours à Annie Girardot ou le 4, rue Victor Considérant (14ème) où Jean-Paul Belmondo passa son enfance dans l’atelier de sculpture de son père. Et que dire des hôtels, celui de la Trémoille (14, rue de la Trémoille dans le 8ème) et sa célèbre chambre 102 où Michel Audiard se mettait au vert pour écrire des dialogues colorés. Jean Carmet balluchon sur l’épaule venait y prendre sa douche et partager un petit-déjeuner. L’Hôtel Baltimore, 88 bis Avenue Kléber (16ème), avait la préférence de Jean Gabin. Voyagez dans ce Paris du cinéma est une façon économique, culturelle et passionnante de (re)découvrir la Capitale. Prenez un arrondissement au hasard, le 13ème de notre bien-aimé Fajardie, chaussez des souliers confortables et marchez !

Commencez par les extrémités, la lugubre et très cinématographique, rue Watt de Flic Story (1975), remontez par l’Avenue de Choisy, au numéro 168, le délicieux Charles Denner y résidait. Vers le Boulevard de l’Hôpital, au 25, bis rue Jenner, vous rencontrerez, peut-être, l’ombre du stetson de Melville. Il y avait installé ses studios avant qu’ils ne brûlent dans un incendie en 1967, écoutez bien, il arrive dans sa grosse voiture américaine. Poussez jusqu’à la Gare d’Austerlitz, souvenez-vous de la Renault 14 d’Annie Girardot ! Le commissaire Tanquerelle de Tendre Poulet (1977) déboule sur le quai et fait stopper le train dans lequel Philippe Noiret alias Antoine Lemercier, professeur de grec ancien à la Sorbonne lit le journal en compagnie de son mainate qui s’appelle Augustin le bel oiseau…Bon voyage !

Le Paris du cinéma de Philippe Durant et Vincent Pérez – Guide illustré de la Ville Lumière – 800 adresses liées au septième art – Editions Favre –

Le paris du cinéma

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Le premier roman d’un jeune antimoderne

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Redon "Les yeux clos"
"Les yeux clos" d'Odilon Redon (Wikipédia)

Romain Debluë est écrivain, citoyen suisse, coupable d’un doctorat de philosophie sur la pensée conjuguée de Hegel et Saint Thomas d’Aquin. Son premier roman, Les Solitudes profondes, est paru aux éditions helvétiques de l’Aire, basées en la charmante ville de Vevey, et raconte comme personne, vraiment personne n’écrit plus, les tourments d’une mystique adolescente.

Les présentations faites, à la rigueur pourrait-on l’apparenter au premier Huysmans, pour le simple plaisir de le qualifier d’ « à rebours », ce qu’il est, quoi qu’il fasse. Romain Debluë a la langue d’un dandy et l’impudence d’un enfant à la manier. Mature dans la forme et le fond, quasiment puéril dans l’audace, un toupet que l’éditeur du roman, Michel Moret, partage sans réserve.

Nous nous abstiendrons ici de coller sur Les Solitudes profondes l’étiquette « OVNI ». Trop facile. Il s’agit, en quelques mots, de Florine, une jeune fille élevée dans une foi catholique tiède et touchée par la grâce, la vraie, lorsqu’elle entend pour la première fois la musique de Bach et la Messe en si. Mais loin de diluer ses deux cent soixante-quatorze pages dans le vin de messe, le romancier s’empresse de faire faire à Florine ses premières expériences du Mal.

Il évoque le saphisme originel qui rapproche Florine de son amie et alter-ego athée Huguette, formant pour un moment un couple d’héroïnes hamiltoniennes, et, pour en livrer une paraphrase, touche « à toutes les plaies de l’existence humaine ; mais toujours avec des gants. » Toujours sans pudibonderie, il touche du doigt la vulgarité, l’érotisme, l’inceste, la politique, la violence, la famille, la musique, et l’âme enfin.

Il n’est offert au lecteur aucun instant de répit, aucune bascule dans le lieu commun. Ce dernier est même détourné à des fins narratives. Florine accède ainsi à la conscience de sa finitude par un truisme, « vous avez toute la vie devant vous », frappée de ne pouvoir quantifier ce « toute la vie ».

Le reste est à l’avenant. Il n’y a rien de quantifiable, de saisissable par le résumé, dans Les Solitudes profondes, il n’y a ni début ni fin de l’histoire ; reste à s’y laisser abîmer comme en sa propre solitude. On n’y rencontrera jamais que la face cachée de soi-même.

Romain Debluë, Les Solitudes profondes – Les éditions de L’Aire, 274 pages.

Arnaud Demanche, romancier de scène

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arnaud demanche schwarzenegger
Arnaud Demanche.

Ces dernières années, il y a comme une invasion d’humoristes, dans les salles de théâtre, à la radio, à la télévision. Cette voie, l’humour donc, semble privilégiée par les nouveaux artistes, du moins, se revendiquant comme tels. Plus qu’artistes, certains brandissent leur rôle politique, leur droit de parler en tant qu’humoriste – comme si l’humour donnait une légitimité toute spéciale, celle de spectateur critique et cynique de la société, des mœurs et de la vie. Alors là, on ne rit plus vraiment. Contrairement à l’assertion de l’avisé Marx, dans le cas de l’humoriste, il arrive bien souvent que l’histoire se répète, mais sous la forme du tragique plutôt que de la farce.

Un rêve de gosse

C’est donc avec une pointe de soupçon que je me suis rendue à la Comédie des trois bornes au spectacle d’Arnaud Demanche, que je connaissais via les Gérard du Cinéma, de la télévision et de la politique (Paris Première). Le rêve américain – le nouveau Schwarzenegger, sera-t-il politique et vindicatif, ou ne sera-t-il pas? Aurons-nous droit à la satire politicarde, à la raillerie anti-ricaine? Pas du tout.

C’est un roman joué dans l’espace de la scène, celui d’un comédien, qui petit, rêvait de devenir acteur américain. Arnaud Demanche invite ses spectateurs à rêver avec lui, incarnant les pages non pas du roman d’un tricheur (pour parodier Sacha Guitry encore) mais du roman d’un acteur – car Arnaud Demanche est un comédien véritable, pouvant interpréter, à grande vitesse, plusieurs personnages à la fois, à la manière de Philippe Caubère. Le spectacle est alors enchanteur, la scène devient écran, ce qui n’est pas un hasard, puisqu’il s’agit de cinéma d’action, d’images-mouvement.

Plusieurs paires Demanche

Qui n’a jamais mimé son film préféré dans sa chambre? Qui n’a pas rêvé d’être artiste? Le show est drôle, émouvant, nous renvoyant au (x) film(s) de notre vie, mais ne manque pas d’impertinence: on rit d’un film social à la française, des scènes de vie de famille, virtuoses, le père appelant son ado qui ne sortira jamais de sa chambre, l’impayable rallye versaillais, les débuts d’acteur, réalisant des doublages de voix plus ou moins licencieux, la pub Tefal façon nippone (parce qu’il faut bien s’entraîner à devenir acteur américain), l’incontournable Piège en haute mer, Sur écoute, et la dadaïste version d’Antigone, du point de vue du garde des défunts Polynice et Etéocle.

Arnaud Demanche peut être tous ces personnages à la fois, et peut-être, je suis très sérieuse, pourra-t-il un jour sur scène nous présenter Les Métamorphoses d’Ovide, ou bien ses Métamorphoses, il en a le talent et la palette.

Stupéfiant, magnifique, nous nous prenons alors à rêver aussi, devant cette histoire burlesque, qui connaît une happy end à l’américaine… car même si le producteur marseillais n’est pas là pour signer, le protagoniste réussit brillamment un casting… Suspense !

Bref, des blagues, il y en a, mais pas seulement: Arnaud Demanche propose sa parole, son corps et son roman.

Arnaud Demanche, Le Nouveau Schwarzeneger, à la Comédie des 3 bornes, 32 Rue des 3 Bornes, Paris 11e, en novembre, les lundis à 19h et en décembre, les lundis et vendredis à 19h.

Alain Juppé, l’homme qui n’a rien compris

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Alain Juppé entouré de ses partisans à son QG de campagne au soir de la primaire de la droite et du centre le 27 novembre 2016 à Paris © AFP PATRICK KOVARIK
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Alain Juppé entouré de ses partisans à son QG de campagne au soir de la primaire de la droite et du centre le 27 novembre 2016 à Paris © AFP PATRICK KOVARIK

Il n’est pas de très bon ton de tirer sur les corbillards, ou de frapper un homme à terre. La défaite d’Alain Juppé mérite quand même quelques commentaires, ne serait-ce que pour souligner l’aveuglement du système médiatique qui a cru dur comme fer pouvoir, encore une fois, nous faire prendre les vessies pour des lanternes. Je n’ai jamais cru à la possibilité de victoire à la primaire de la droite du « meilleur d’entre nous », vieux cheval politique fourbu rhabillé en « rassembleur » et présenté contre toute logique comme le sauveur de la nation capable de la protéger du retour de Sarkozy.
Alain Juppé, quant à lui et comme d’habitude a commis toutes les erreurs, les unes après les autres, la dernière étant d’avoir déclenché entre les deux tours la diabolisation de son nouvel adversaire. Espérant ainsi mobiliser les électeurs de gauche pour empêcher la victoire du nouveau Pétain des heures-les-plus-sombres. Et de nouveau, mauvaise pioche, puisque cela a provoqué l’inverse et lui a fourni une nouvelle défaite humiliante pour sa collection.

Fiascos en série

Le maire de Bordeaux a multiplié les échecs. Tout bardé de diplômes qu’il est, dauphin cajolé de Jacques Chirac, bénéficiant de toutes les facilités et de toutes les opportunités, il affiche pourtant un passif impressionnant. Il n’est pas nécessaire d’en dresser la liste, mais simplement de s’interroger sur ce mécanisme intellectuel qui l’a amené à être tant de fois à côté de la plaque. Pénétré d’une supériorité intellectuelle qu’il s’auto-attribue, il considère que places et honneurs lui sont dus, alors que dans la vraie vie, cela ne fonctionne pas comme ça. Dernier exemple, avoir cru que cette incontestable supériorité lui promettait la succession de François Hollande, et lui valait la flagornerie du système médiatique. Le retour de la droite étant inévitable, Juppé a dû cet engouement des médias à la nécessité de trouver une alternative à Sarkozy pour sauver les meubles de la caste. Faute de monde sur les catalogues, un vieux cheval de retour au casier chargé a fait l’affaire, jusqu’au moment où la bourgeoisie de droite s’en est trouvé un autre plus présentable.

Le « meilleur d’entre nous » a affiché son incompréhension affligée au soir du premier tour de la primaire, refusant l’évidence par sa décision de se maintenir alors même que son score l’aurait mis à la troisième place sans l’apport frauduleux des voix de gauche. De surcroît, la rouste était assurée au second tour. Qu’à cela ne tienne, on y va tête baissée, campagne quasi-gauchiste entre les deux tours, mobilisation à son profit de la presse de gauche, et évidemment mobilisation concomitante des gens de droite furieux pour une nouvelle gifle au chantre de l’identité heureuse. Et toujours cette surprise douloureuse, comment peut-on infliger cela au « meilleur » ? C’est en fait très simple, toute la carrière d’Alain Juppé le démontre : l’actuel maire de Bordeaux ne comprend rien.

Un chiraquien très modéré

En 1993 par exemple, où après les années 80 de folie, la corruption étant le financeur de la vie politique, et où Alain Juppé adjoint aux finances de la Ville de Paris, était à la manœuvre, la loi de 1990 était venue mettre le holà. Et tout le monde avait compris qu’il fallait donc changer les habitudes, et être désormais prudent à la fois dans les rapports avec les entreprises et dans les dépenses électorales. Mais pas Alain Juppé. Les législatives prévoyaient une considérable vague bleue et dans une circonscription parisienne confortable, il était tranquille. Cela ne l’a pas empêché de passer un accord à un prix plus qu’amical avec le groupe Decaux gros fournisseur de la ville pour une campagne d’affichage promotionnel « à prix d’ami » de son livre La tentation de Venise. La vraie dépense aurait dû être calculée, réintégrée dans son compte de campagne, l’élection annulée et Juppé déclaré inéligible pour un an, sans compter la dimension pénale assez évidente. Il bénéficia cependant de la part du conseil constitutionnel présidé par Roland Dumas d’une mansuétude assez surprenante. Qu’il considéra comme tout à fait normale…

Par la suite, début 1995, au moment où les courbes des sondages commençaient à s’inverser, il pensa abandonner Jacques Chirac et rallier Édouard Balladur en négociant son poste ministériel. Rattrapé à temps, il se retrouva du bon côté au moment de l’élection et bénéficia une fois de plus de l’affection peu rancunière de Jacques Chirac qui le nomma Premier ministre en lieu et place du vrai vainqueur Philippe Séguin. Parce qu’il était le meilleur, bien sûr. Résultat : Juppé abandonna immédiatement la ligne de la fracture sociale sur laquelle Chirac avait été élu et concocta sans aucune concertation une réforme technocratique des retraites qu’il vint présenter sous les ovations devant l’Assemblée nationale introuvable de 1993. Et Juppé de s’étonner d’être confronté à un des mouvements sociaux de masse les plus importants de l’après-guerre.

Il avait aussi trouvé entre-temps le moyen de se mettre dans une situation impossible avec l’histoire des attributions des logements du domaine privé de la Ville de Paris. En position incontestable de prise illégale d’intérêts, il signait en tant que bailleur des baux de location pour lui-même et sa famille à des prix avantageux. Mélange des genres, interdit depuis toujours et sévèrement réprimé par le code pénal, cela lui apparaissait pourtant comme parfaitement normal. Face aux froncements de sourcils appuyés du parquet de Paris, qui préféra cependant avec mansuétude encore, un déménagement précipité du premier ministre qui venait d’arriver, plutôt qu’un passage devant le juge, il opposa urbi et orbi avec une inconscience désarmante, son fameux « droit dans ses bottes ». Comme on peut s’en douter cela fit grand plaisir aux magistrats de l’entendre, s’affirmer convaincu d’avoir subi une injustice lui qui avait commis plusieurs infractions et bénéficié d’une incontestable bienveillance. Ils sauraient s’en souvenir.

Ses méthodes de gestion à base d’autoritarisme hautain commencèrent à lui poser quelques problèmes politiques dans sa majorité pourtant pléthorique. La goujaterie du licenciement collectif des jupettes et la brutalité de celui d’Alain Madelin entre autres, commençaient à faire grincer. Qu’à cela ne tienne, le « meilleur » ne pouvant qu’être populaire n’est-ce pas, se laissa facilement convaincre par les mêmes sondeurs qui avaient annoncé le triomphe de Balladur, et pensa par la dissolution de 1997 récupérer une Assemblée nationale au garde-à-vous. On connaît la suite, le premier tour catastrophique, l’éjection en urgence au profit de l’ennemi juré Philippe Séguin entre les deux tours, et le cadeau fait à Chirac d’une cohabitation de cinq ans.

Mépris de la justice

On ne reviendra pas en détail sur ses ennuis judiciaires postérieurs proprement dits si ce n’est pour rappeler l’inanité de la légende du fusible, Alain Juppé ayant été condamné pour ses propres errements. Et l’attitude arrogante et méprisante qu’il eut l’inconscience d’adopter tant vis-à-vis des magistrats que de ses collaborateurs embarqués à cause de lui sur ce mauvais navire. Une fois de plus, Alain Juppé ne s’était pas intéressé aux règles applicables en matière judiciaire, persuadé que sa supériorité intellectuelle le mettait à l’abri. Je me rappelle cette conversation avec un de ses proches me faisant part de son incompréhension après la condamnation prononcée à Nanterre par une présidente pourtant catholique et dame catéchiste ! Comment pouvait-on être catholique et condamner Alain Juppé !

Il y aura ensuite après son retour dans le fauteuil bordelais imperdable de Jacques Chaban-Delmas, la piteuse défaite législative en pleine vague bleue de 2007, et celle non moins piteuse sur Bordeaux de sa protégée Virginie Calmels aux régionales de 2015. Il est probable que son intronisation médiatique pour être le président de la République en 2017 lui est apparue comme légitime et normale. Il était le meilleur, et l’on a vite vu revenir l’arrogance cassante à base de : « je les emmerde » « si les Français ne veulent pas de moi ils se démerderont avec les retraites » et autres gracieusetés. Le voilà reparti désormais dans sa bonne ville de Bordeaux. Son speech de sortie montre que cette fois encore, il est probable qu’il n’ait pas compris ce qui lui était arrivé.

La tentation de Venise

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Pour une politique étrangère réaliste et souveraine avec Fillon

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fillon paris berlin moscou
Angela Merkel, Vladimir Poutine, Francois Fillon. Gdansk, 2009.
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Angela Merkel, Vladimir Poutine, Francois Fillon. Gdansk, 2009.

Loin de conduire à un retournement d’alliances, le renouveau du dialogue franco-russe constitue l’un des éléments significatifs du projet diplomatique ambitieux de François Fillon, qui entend, d’une part, remédier à l’isolement d’une Europe de plus en plus affaiblie sur la scène internationale et, d’autre part, rendre à la France, par une politique étrangère refondée sur le paradigme réaliste, des marges de manœuvre et un dynamisme.

Renoncer à l’illusion dévastatrice du néoconservatisme

Pour renouveler notre politique étrangère, il convient d’abord de renoncer aux illusions du néoconservatisme, qu’une Europe idéaliste et affaiblie a tacitement épousées.

A cause de leur idéalisme et des bons sentiments à quoi ils résument souvent leurs prises de position, les Européens ne parviennent pas à saisir la nécessité d’envisager les relations internationales autrement qu’à l’aune d’un moralisme aussi inconsistant que paralysant. Ils ont donc fait leur, insensiblement, par défaut et par facilité, un avatar du credo néoconservateur, plaçant au cœur de leur discours le soutien à l’ingérence, au mépris des catégories du droit international classique, qu’ils ont pourtant créé. A ce jeu, les Européens se privent de penser et de définir sérieusement leurs intérêts.

La priorité absolue et souvent réductrice donnée à la solidarité occidentale, qui leur tient lieu de politique, les ont de fait cantonnés dans un rôle d’auxiliaires. Par la perpétuation irréfléchie, quasi pavlovienne, d’un tel tropisme atlantique, les Européens donnent l’impression de ne pas avoir compris que la guerre froide était terminée, qu’ils n’avaient plus d’ennemis réels à l’est et que l’isthme européen, par conséquent, n’était plus l’enjeu central de la compétition internationale. Les Etats européens signent ainsi leur propre faiblesse, qu’ils croient vainement dissimuler en affichant, dans toutes les crises, un dogmatisme moralisateur inefficace et un normativisme en soi insuffisant.

Comme ses propos l’ont laissé entendre, tant au cours de la récente campagne qu’au long de sa carrière politique, Alain Juppé a toujours semblé favorable à cette doctrine idéaliste, ainsi qu’à l’observation prioritaire d’un certain conformisme occidental. C’est aussi la position du gouvernement actuel, qui fait montre d’une grande rigidité de principe à l’égard des puissances incontournables que sont la Russie en Europe et l’Iran au Moyen-Orient, et se condamne ainsi à ne pouvoir faire entendre sa voix.

Les initiatives américaines ont révélé l’inadéquation de l’idéalisme européen

Or l’évolution récente des positions américaines au Proche-Orient a laissé apparaître, s’il en était besoin, l’inadéquation de ces vues.

Après avoir pris la mesure des conséquences néfastes de l’intervention américaine de 2003 en Irak, qui a contribué dialectiquement à une poussée de l’influence iranienne dans la région, l’administration Obama a dû prendre acte de la situation nouvelle, en engageant des négociations avec la puissance perse, dont le retour officiel dans le concert des Etats devait être consacré par la finalisation à Vienne, le 14 juillet 2015, de l’accord de Genève sur le nucléaire iranien.

L’Amérique faisait ainsi, résolument, le choix de la diplomatie.

Aujourd’hui, Donald Trump souhaite renouer un dialogue direct avec les Russes. En rapprochant l’Amérique d’une Russie à la recherche d’alliés, le président américain élu cherche maintenant à contrebalancer la progression iranienne et à empêcher la constitution en Eurasie d’un heartland russo-irano-chinois, qui représente un danger pour les Etats-Unis dans la compétition pour le leadership mondial.

Ces métamorphoses dans notre environnement stratégique, où tout semble se jouer sans nous, risquent de précipiter l’isolement de la France et de l’Europe sur la scène mondiale.

Le retour de l’axe Paris-Berlin-Moscou?

Pour la France et pour les Européens, l’enjeu politique des années à venir sera concrètement la constitution négociée de nouveaux partenariats, leur permettant de faire valoir leurs intérêts et de défendre leurs positions parmi les puissances du monde. Dans cette perspective, un vaste aggiornamento diplomatique, inspiré par une vision réaliste du monde, paraît nécessaire.

Dans ce contexte nouveau, la France devra proposer aux Etats européens qui le souhaitent, et notamment à l’Allemagne, la consolidation, dans l’autonomie et autour des seuls intérêts européens, d’un pilier  intergouvernemental de défense et de sécurité, articulée avec la définition, pour équiper nos forces, d’une clause préférentielle favorisant l’activité des groupes industriels européens, tels EADS, Safran, MBDA ou DCNs.

Bien plus, la constitution dans la profondeur d’un axe Paris-Berlin-Moscou, qu’avaient promue ensemble, il n’y a pas si longtemps, le président Jacques Chirac et le chancelier Gerhard Schröder, permettra d’apaiser les tensions sensibles dans les marches orientales de l’Europe, de confronter directement, par la négociation, les intérêts et les besoins respectifs des Etats de l’Union européenne et de la Russie, pour ensuite définir concrètement, si nécessaire par des accords, les coopérations sérieusement envisageables. Cette initiative pacificatrice devra être précédée d’une levée totale et nécessairement réciproque des sanctions économiques décidées par l’Union européenne contre la Russie et par la Russie contre l’Union européenne.

On le voit : le renouveau rationnel du dialogue franco-russe est une clef dans la redéfinition de nos objectifs diplomatiques.

François Fillon est le seul leader en mesure de conduire le virage nécessaire

Toujours alliée aux Etats-Unis mais européenne avant tout, la France de demain pourra ainsi, avec l’Allemagne et la Russie, prendre toute sa part de la résolution des crises qui ébranlent le Levant et le monde arabe. Dans le même temps, la France demeurera attentive aux besoins de ses partenaires d’Afrique et du Maghreb, dans le souci de lutter avec eux contre les réseaux terroristes et d’ouvrir la voie à un développement concerté, devant permettre la réduction des flux migratoires incontrôlés.

Par sa vision, il a anticipé les évolutions en cours et a compris la nécessité d’une politique étrangère réaliste et souveraine, soucieuse avant tout de l’indépendance de la France et de la défense de ses intérêts.

Pragmatique et résolu, François Fillon est enfin le seul homme en mesure de rassembler les Français autour de ce dessein et de cette espérance.

Son père, sa mère, Allah et elle

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farah kay belgique islam

farah kay belgique islam

Malaise. En refermant  le livre de Farah Kay Mon père, ma mère, Allah… et moi, j’ai senti mon énergie s’échapper, mon esprit s’embrouiller. Les violences faites aux femmes, aussi vieilles que le monde, continuent encore et toujours d’être choquantes, insoutenables. Certes, elles traversent toutes les classes et toutes les cultures, mais elles deviennent légitimes, voire « traditionnelles », quand elles sont commises au nom de l’honneur ou de Dieu, et prônées, en l’occurrence, par  l’archaïsme islamique.  Là où rien  n’arrête l’asservissement du corps et de l’esprit des femmes, par l’habit, les coups, l’excision ou l’humiliation. Rien. Ni personne, pas même les mères. Ces mères qui ont peur des hommes qui ont peur des femmes…

Une double peine pour Farah, qui a enfin pu raconter son histoire, et s’en alléger.

Longtemps j’ai cru que, dans les pays arabes, la révolution viendrait des femmes, leur propre libération pouvant entraîner celle de leurs peuples. Mais non, l’actualité le prouve tous les jours, je me suis trompée et j’en ai honte. Honte pour cette famille belgo-marocaine, vivant dans une cité populaire de Belgique, pas loin de Molenbeek. Honte pour cette petite fille qui porte le prénom de la fille préférée du prophète, Fatima.

Des parents prédateurs

Le mélange « couscous-frites » est explosif pour cette gamine qui s’endort paisiblement dans son lit à barreaux le jour où son père lui tend son sexe pour qu’elle le touche, comme on tripote un jouet. Elle n’a que quatre ans et toute une vie saccagée devant elle.

Si elle ne le sait pas encore, lui, le père sait, la mère aussi… Fille et musulmane, c’en est trop pour ce couple de prédateurs, pour toutes les femmes de la famille, soumises à la volonté de toute-puissance de l’homme.

La petite Fatima-Farah se débat seule, furieusement, désespérément, dans ce trou noir creusé par les violences de son père, l’assentiment de sa mère, l’indifférence de toute sa famille. Et le soleil du Maroc, quand elle s’y rend pour les vacances, n’adoucit pas son calvaire. Ce pays, écrit-elle, où « L’Islam fait office de loi ». Ce jour où elle ose dire au père « Tu n’as pas le droit de me frapper, nous sommes en démocratie ». Démocratie ? Un gros mot et une torgnole, une… Et dire qu’en 1989, à l’ONU la Convention Internationale des Droits de l’Enfant a été ratifiée, ou du moins signée, par 193 états sur 195…Une nécessité qui ne fait toujours pas loi dans certaines « démocraties ».

Pourquoi tant de haine ? Parce que Fatima-Farah la mérite. Elle n’est qu’une femme en devenir. Un objet sexuel, un non-être, une gosse que l’on frappe dès qu’elle exprime la moindre contradiction, une fillette dont on casse la moindre résistance. Une adolescente qui cherche refuge dans son carnet intime, que le père découvre et qu’il lit, sans pudeur aucune. Sans doute pour mieux lui voler son âme, et lui infliger la correction qu’elle mérite, quand elle veut exister au moins pour elle-même.

Un frère choyé

Une enfant qui aurait dû inspirer l’amour mais que sa mère n’aime pas. Trop aveuglée par son criminel de mari.

Fatima-Farah affectionne les lapins ? Elle joue avec, caresse leur pelage, et les retrouve le lendemain, cuits et recuits sur la table du déjeuner. Elle se protège et s’amuse derrière un mouton dodu ? On l’oblige à assister à son égorgement le lendemain, avant de le griller pour un méchoui. En prime, elle reçoit une raclée quand elle hurle qu’elle n’est pas « une cannibale ».

Le père, c’est ainsi qu’elle le nomme tout au long du récit, la terrorise à tout bout de champ, la force à manger ce qu’elle n’aime pas, à le masturber quand il veut, à se taire quand elle prend le risque de se livrer à une amie. La mère, elle, laisse faire, elle n’a d’yeux que pour le petit frère… Un garçon, un prince, une aubaine dans cette famille musulmane, celui à qui on passera le relais de l’honneur. Et le droit de maltraiter les femmes. La mère qui « viole » sa fille le premier jour de ses règles, en lui enfonçant un tampon dans le vagin, alors que la jeune fille pubère réclame une serviette hygiénique. Nul besoin de creuser la symbolique, elle est flagrante, à fille impure, remède phallique.

Fatima-Farah grandit dans une sidération sans cesse renouvelée, absente de son corps, l’esprit tourneboulé par les traumatismes qui s’accumulent, jusqu’à la pousser à des tentatives de suicide. Elle apprend le maniement des armes, fantasme le meurtre de son père. La jeune fille devient une bombe prête à exploser pour tuer l’islam qui est en elle, ou celui qui dicte la cruauté à sa famille.

Elle fugue, revient, repart, se fait tatouer un pistolet au creux des reins, pratique interdite dans la religion du père.

Elle quitte enfin ses parents. Elle jure de ne plus fouler la terre d’un pays musulman, parce qu’elle ne comprend pas cet islam qui annihile les femmes, qui arme la main et le cœur des hommes. Elle est d’origine berbère, elle est belge, elle reste écartelée entre la laïcité de la mère et la religion musulmane du père. Mais elle rêve encore, et heureusement, de trouver la paix en elle.

Jour après jour, elle se cherche, alors elle devient comédienne. Juste pour être une autre et s’approcher au plus près d’elle-même. C’est tout le bien que je lui souhaite, parce que Farah est une belle personne, et qu’on ne le lui a jamais dit.

Mon père, ma mère, Allah... et moi

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Fillon, le triomphe du libéral-conservatisme

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fillon liberalisme primaire lr conservatisme
Des soutiens de François Fillon réagissent aux premiers résultats en sa faveur lors du 2e tour des primaires de la droite et du centre, le 27 novembre 2016 à Paris © AFP Thomas SAMSON
fillon liberalisme primaire lr conservatisme
Des soutiens de François Fillon réagissent aux premiers résultats en sa faveur lors du 2e tour des primaires de la droite et du centre, le 27 novembre 2016 à Paris © AFP Thomas SAMSON

La primaire de la droite et du centre a accouché de l’éclatante victoire de la droite de convictions. Il ne devait en rester qu’un et ce fût finalement lui. Longtemps distancé dans les sondages, jamais réellement considéré malgré un programme plus complet, François Fillon a, ce dimanche, transformé  l’essai après être passé tout près d’un hold-up parfait au premier tour.

Une victoire méritée pour celui qui, mieux que quiconque, a su capter les aspirations du peuple de droite, fatigué de près d’une décennie de « sarkozie » et peu enclin à se livrer au maire de Bordeaux, partisan d’un libéralisme-progressiste beaucoup trop tiède à son goût.

Un programme plébiscité

Car à n’en pas douter, la victoire et le score de François Fillon témoignent moins de l’adhésion à un homme qu’à un programme. Certes, sa retenue, son impassibilité – pour ne pas dire son austérité – tranchant avec l’éruptif Nicolas Sarkozy a séduit. Tout comme sa discrétion, sa sérénité et surtout sa volonté de ne pas se soumettre à l’injonction médiatique de l’immédiateté dont a fait preuve ces derniers mois Alain Juppé, assuré d’être le futur Président de la République par une caste médiatique de gauche qui voyait en lui « le moins pire d’entre eux » à défaut du meilleur.

Le succès de François Fillon réside avant toute chose dans cette capacité qu’il a eu à parler à un peuple de droite déboussolé, parfois humilié, et auquel il a su plaire en reprenant des « éléments de langage » qui font écho auprès d’un électorat qui se refuse à voter Front national, notamment pour des raisons économiques évidentes.

Rassurer d’abord en évoquant la famille, la filiation, la transmission. Des valeurs que d’aucuns trouvent mise à mal sinon bafouées depuis le « mariage pour tous » et ce, en dépit d’une mobilisation sans précédent pour une frange de la population qui ne descend que très rarement dans la rue. En ce sens, l’ancien Premier ministre a parfaitement su prendre en compte cette « Révolution conservatrice » chère à Patrick Buisson qui secoue l’ensemble des sociétés occidentales. Il le fit d’autant plus facilement que contrairement à son adversaire du soir, il ne changea jamais son discours d’un iota pour essayer de complaire à une partie de la gauche amenée à se déplacer malgré son antipathie pour les « valeurs républicaines de la droite et du centre ».

Parler à la France éternelle

Il est enfin celui qui, parmi l’ensemble des candidats à cette primaire – exceptés peut-être Jean-Frédéric Poisson voire Nicolas Sarkozy –, sut le mieux parler de cette « France éternelle » comme d’une nation, d’une culture, qui ne doit pas être diluée dans un multiculturalisme « béni oui-oui » et une mondialisation parfois violente, réaffirmant sans cesse les valeurs judéo-chrétiennes de notre pays, sans nier pour autant la richesse apportée au fil des siècles par les vagues d’immigration successives.

Prôner un discours de vérité ensuite en annonçant vouloir réduire les dépenses publiques à travers une cure drastique dans la fonction publique. Du sang et des larmes en somme ? Pas vraiment. Car les 110 milliards d’économie que promet François Fillon s’accompagneront de plusieurs mesures en faveur de l’entrepreneuriat: faciliter le financement des PME à travers une réduction de l’impôt sur le revenu de 30 à 50% du montant investi, multiplication des fonds d’amorçage, exemption des droits de succession sur les actions d’entreprises jusqu’à leur cession éventuelle… Bref, un bel attirail libéral qui fleure bon l’ère du temps et que l’ancien « collaborateur » a su prendre en compte, séduisant ainsi des grands patrons à l’instar d’Henri de Castries, mais aussi des entrepreneurs comme Alain Afflelou voire Charles Beigbeder, ce dernier n’étant pas insensible aux réformes économiques et sociales audacieuses du Sarthois, ni même à sa vision d’une « France uniculturelle qui transcende, sans les nier, la diversité des origines de chacun ».

Héritière de la pensée d’Edmund Burke, le père du conservatisme britannique, Laetitia Strauch-Bonart écrivait récemment que le « libéralisme originel, celui des Lumières et de ses successeurs, est une forme de conservatisme, car ce libéralisme était situé dans un temps et un lieu, fait de coutumes et de traditions ». Homme de synthèse et surtout de convictions, François Fillon incarne plus que jamais ce libéral-conservatisme d’une droite de nouveau fière de ses valeurs et de son histoire. Son éclatante victoire d’hier soir en est la preuve matérielle et quantifiable. Avant celle de mai prochain ?

Fillon: le grand malentendu

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François Fillon, très net vainqueur dimanche de la primaire de la droite face à Alain Juppé, le 27 novembre 2016 à Paris © AFP Thomas SAMSON
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François Fillon, très net vainqueur dimanche de la primaire de la droite face à Alain Juppé, le 27 novembre 2016 à Paris © AFP Thomas SAMSON

Avec près des deux-tiers des suffrages, François Fillon a remporté une victoire, impensable il y a un mois. Il avait véritablement construit son succès lors des dix derniers jours précèdent le premier tour, où il avait écrasé la concurrence, en éliminant Nicolas Sarkozy et en mettant seize points dans la vue d’Alain Juppé. Lors de l’entre-deux-tours, il a essuyé le réveil de son adversaire, qui lui a lancé quelques boules puantes, lesquelles ont mobilisé autant sinon davantage d’électeurs droitiers choqués de ces manœuvres que d’électeurs de gauche à qui étaient adressés les appels du pied. François Fillon a donc réussi à envoyer à la retraite Nicolas Sarkozy et Alain Juppé en sept jours. Chapeau l’artiste ! L’ancien président de la République a complètement mésestimé la défiance qu’il inspirait au peuple de droite.

Comment pouvait-il en être autrement, cajolé qu’il était par ses fans se pressant pour obtenir une dédicace dans les Espaces culturels Leclerc transformés en autant de villages Potemkine, lui faisant croire qu’il était encore en phase avec ceux qui viendraient voter à la primaire ? Quant à Juppé, il n’a pas su profiter de l’appui de François Bayrou qui, en indiquant qu’il ne serait pas candidat contre lui, donnait une prime substantielle dans les sondages présidentiels du premier tour, et faisaient de lui  le candidat qui donnait les meilleures chances de victoire à la droite. Mais si le nouveau champion de la droite a gagné la primaire, il est encore loin d’avoir gagné la présidentielle, ouverte comme elle ne l’a jamais été depuis 1974. On a beau présenter cette compétition comme un succès démocratique, elle n’a concerné que 4 millions et demi d’électeurs sur les 36 qui devraient participer à la présidentielle, soustraction faite des 20% traditionnels d’abstentionnistes. Le programme économique de François Fillon était sans doute en phase avec l’électorat âgé et CSP+ de la primaire;  il faudra en convaincre au moins 14 millions d’autres de son bien-fondé.

Lisez la suite de l’article sur le blog de David Desgouilles.

Si Paris m’était filmé

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corniaud Paris
Louis de Funès (à dr.), et Bourvil dans "Le corniaud" (Wikipédia)
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Louis de Funès (à gauche.), et Bourvil dans « Le corniaud » (Wikipédia)

Les réalisateurs sont-ils des fainéants de première ou d’irréductibles pragmatiques ? Quand ils sont à cours d’inspiration, comme, par exemple, trouver un décor original pour une scène, ils ont recours à la solution miracle, la martingale, la vieille ficelle qu’on ressort comme une bouée de sauvetage : filmer Paris ! Il suffit d’avoir dans son viseur le Louvre, les Champs-Elysées, l’Etoile, la Concorde, les Quais de Seine et même cette Tour boulonnée maintes fois visionnée pour que déjà son film commence à ressembler à quelque chose. Malgré la prolifération des zones piétonnes et la festivité aiguë, maladie des métropoles mondialisées, Paris évitera toujours aux indélicats de commettre trop de fautes de goût. Braquer sa caméra sur le 36, Quai des Orfèvres, un matin brumeux d’automne et votre polar poussif prendra forme, les acteurs se mettront au diapason de l’atmosphère, ils joueraient presque juste pour une fois.

Un effet « Paris »?

C’est prouvé scientifiquement, prenez deux comédiens, un homme et une femme au talent moyen, qui ne brillent ni par leur aura, ni par leur physique, faites-les marcher sur le boulevard Arago, une nuit chaude d’été, avec la Prison de la Santé en point de mire, vous obtiendrez une comédie romantique torride non dénuée d’une dimension sociale. Télé 7 Jours et Télérama sont aux anges. Avez-vous déjà vu Jean-Paul Belmondo, mains dans les poches, cigarette au bec et galurin sur la tête remontant les Champs dans A bout de souffle aux côtés d’une Jean Seberg moulée dans un tee-shirt blanc avec cette inscription « New York Herald Tribune » qui rendit le quotidien si érotique ?

Longtemps après, la seule évocation de ce journal faisait défaillir les amoureux de cinéma et de Paris. Les américaines aux cheveux courts qui demandent « innocemment » : « qu’est-ce que c’est dégueulasse ?» ne s’oublient pas si vite. Pour cette promenade, munissez-vous d’un guide, celui paru en 2011 de Durant et Pérez fera l’affaire. Il est taquin ! Vous ne pourrez pas faire l’impasse sur les scènes patrimoniales comme l’accrochage du Corniaud entre la 2CV de Bourvil et la Rolls Silver Cloud conduite par l’irascible de Funès, Place du Panthéon dans le 5ème ou sur le mythique Hôtel du Nord, 102 quai de Jemmapes dans le 10ème. Les auteurs nous révèlent que « le film ne fut pas tourné sur place mais sur le terrain jouxtant les studios de Boulogne-Billancourt où le décorateur Alexandre Trauner construisit une réplique fidèle non seulement de l’hôtel mais aussi du canal Saint-Martin ».

N’oubliez pas le guide !

Les anecdotes ne manquent pas. Le 45, rue Poliveau (5ème arrondissement) scandé avec joie et menace par Gabin dans La Traversée de Paris se situe en fait au 13 ! Dans le film, Bourvil « n’entre pas au 45 mais au 13 de la rue Poliveau ». Ce mystère vient s’ajouter à la féérie et à la drôlerie de cette scène désormais culte. Pour les touristes de passage, le guide (sous le bras) deviendra un formidable compagnon de voyage. Certaines adresses vous feront lever le nez sur des immeubles et vous souvenir d’une actrice, d’une musique de film, tous ces minuscules détails qui rendent la vie plus douce. Claude Sautet avait ainsi élu domicile au 15, avenue des Gobelins dans le 5ème de 1953 à 2000, Georges Géret, acteur splendide, résidait au 2, Place Constantin Pecqueur (18ème) et comment oublier le 25, Place des Vosges attaché pour toujours à Annie Girardot ou le 4, rue Victor Considérant (14ème) où Jean-Paul Belmondo passa son enfance dans l’atelier de sculpture de son père. Et que dire des hôtels, celui de la Trémoille (14, rue de la Trémoille dans le 8ème) et sa célèbre chambre 102 où Michel Audiard se mettait au vert pour écrire des dialogues colorés. Jean Carmet balluchon sur l’épaule venait y prendre sa douche et partager un petit-déjeuner. L’Hôtel Baltimore, 88 bis Avenue Kléber (16ème), avait la préférence de Jean Gabin. Voyagez dans ce Paris du cinéma est une façon économique, culturelle et passionnante de (re)découvrir la Capitale. Prenez un arrondissement au hasard, le 13ème de notre bien-aimé Fajardie, chaussez des souliers confortables et marchez !

Commencez par les extrémités, la lugubre et très cinématographique, rue Watt de Flic Story (1975), remontez par l’Avenue de Choisy, au numéro 168, le délicieux Charles Denner y résidait. Vers le Boulevard de l’Hôpital, au 25, bis rue Jenner, vous rencontrerez, peut-être, l’ombre du stetson de Melville. Il y avait installé ses studios avant qu’ils ne brûlent dans un incendie en 1967, écoutez bien, il arrive dans sa grosse voiture américaine. Poussez jusqu’à la Gare d’Austerlitz, souvenez-vous de la Renault 14 d’Annie Girardot ! Le commissaire Tanquerelle de Tendre Poulet (1977) déboule sur le quai et fait stopper le train dans lequel Philippe Noiret alias Antoine Lemercier, professeur de grec ancien à la Sorbonne lit le journal en compagnie de son mainate qui s’appelle Augustin le bel oiseau…Bon voyage !

Le Paris du cinéma de Philippe Durant et Vincent Pérez – Guide illustré de la Ville Lumière – 800 adresses liées au septième art – Editions Favre –

Le paris du cinéma

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Le premier roman d’un jeune antimoderne

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Redon
"Les yeux clos" d'Odilon Redon (Wikipédia)
Redon "Les yeux clos"
"Les yeux clos" d'Odilon Redon (Wikipédia)

Romain Debluë est écrivain, citoyen suisse, coupable d’un doctorat de philosophie sur la pensée conjuguée de Hegel et Saint Thomas d’Aquin. Son premier roman, Les Solitudes profondes, est paru aux éditions helvétiques de l’Aire, basées en la charmante ville de Vevey, et raconte comme personne, vraiment personne n’écrit plus, les tourments d’une mystique adolescente.

Les présentations faites, à la rigueur pourrait-on l’apparenter au premier Huysmans, pour le simple plaisir de le qualifier d’ « à rebours », ce qu’il est, quoi qu’il fasse. Romain Debluë a la langue d’un dandy et l’impudence d’un enfant à la manier. Mature dans la forme et le fond, quasiment puéril dans l’audace, un toupet que l’éditeur du roman, Michel Moret, partage sans réserve.

Nous nous abstiendrons ici de coller sur Les Solitudes profondes l’étiquette « OVNI ». Trop facile. Il s’agit, en quelques mots, de Florine, une jeune fille élevée dans une foi catholique tiède et touchée par la grâce, la vraie, lorsqu’elle entend pour la première fois la musique de Bach et la Messe en si. Mais loin de diluer ses deux cent soixante-quatorze pages dans le vin de messe, le romancier s’empresse de faire faire à Florine ses premières expériences du Mal.

Il évoque le saphisme originel qui rapproche Florine de son amie et alter-ego athée Huguette, formant pour un moment un couple d’héroïnes hamiltoniennes, et, pour en livrer une paraphrase, touche « à toutes les plaies de l’existence humaine ; mais toujours avec des gants. » Toujours sans pudibonderie, il touche du doigt la vulgarité, l’érotisme, l’inceste, la politique, la violence, la famille, la musique, et l’âme enfin.

Il n’est offert au lecteur aucun instant de répit, aucune bascule dans le lieu commun. Ce dernier est même détourné à des fins narratives. Florine accède ainsi à la conscience de sa finitude par un truisme, « vous avez toute la vie devant vous », frappée de ne pouvoir quantifier ce « toute la vie ».

Le reste est à l’avenant. Il n’y a rien de quantifiable, de saisissable par le résumé, dans Les Solitudes profondes, il n’y a ni début ni fin de l’histoire ; reste à s’y laisser abîmer comme en sa propre solitude. On n’y rencontrera jamais que la face cachée de soi-même.

Romain Debluë, Les Solitudes profondes – Les éditions de L’Aire, 274 pages.

Les solitudes profondes

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Arnaud Demanche, romancier de scène

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arnaud demanche schwarzenegger
Arnaud Demanche.
arnaud demanche schwarzenegger
Arnaud Demanche.

Ces dernières années, il y a comme une invasion d’humoristes, dans les salles de théâtre, à la radio, à la télévision. Cette voie, l’humour donc, semble privilégiée par les nouveaux artistes, du moins, se revendiquant comme tels. Plus qu’artistes, certains brandissent leur rôle politique, leur droit de parler en tant qu’humoriste – comme si l’humour donnait une légitimité toute spéciale, celle de spectateur critique et cynique de la société, des mœurs et de la vie. Alors là, on ne rit plus vraiment. Contrairement à l’assertion de l’avisé Marx, dans le cas de l’humoriste, il arrive bien souvent que l’histoire se répète, mais sous la forme du tragique plutôt que de la farce.

Un rêve de gosse

C’est donc avec une pointe de soupçon que je me suis rendue à la Comédie des trois bornes au spectacle d’Arnaud Demanche, que je connaissais via les Gérard du Cinéma, de la télévision et de la politique (Paris Première). Le rêve américain – le nouveau Schwarzenegger, sera-t-il politique et vindicatif, ou ne sera-t-il pas? Aurons-nous droit à la satire politicarde, à la raillerie anti-ricaine? Pas du tout.

C’est un roman joué dans l’espace de la scène, celui d’un comédien, qui petit, rêvait de devenir acteur américain. Arnaud Demanche invite ses spectateurs à rêver avec lui, incarnant les pages non pas du roman d’un tricheur (pour parodier Sacha Guitry encore) mais du roman d’un acteur – car Arnaud Demanche est un comédien véritable, pouvant interpréter, à grande vitesse, plusieurs personnages à la fois, à la manière de Philippe Caubère. Le spectacle est alors enchanteur, la scène devient écran, ce qui n’est pas un hasard, puisqu’il s’agit de cinéma d’action, d’images-mouvement.

Plusieurs paires Demanche

Qui n’a jamais mimé son film préféré dans sa chambre? Qui n’a pas rêvé d’être artiste? Le show est drôle, émouvant, nous renvoyant au (x) film(s) de notre vie, mais ne manque pas d’impertinence: on rit d’un film social à la française, des scènes de vie de famille, virtuoses, le père appelant son ado qui ne sortira jamais de sa chambre, l’impayable rallye versaillais, les débuts d’acteur, réalisant des doublages de voix plus ou moins licencieux, la pub Tefal façon nippone (parce qu’il faut bien s’entraîner à devenir acteur américain), l’incontournable Piège en haute mer, Sur écoute, et la dadaïste version d’Antigone, du point de vue du garde des défunts Polynice et Etéocle.

Arnaud Demanche peut être tous ces personnages à la fois, et peut-être, je suis très sérieuse, pourra-t-il un jour sur scène nous présenter Les Métamorphoses d’Ovide, ou bien ses Métamorphoses, il en a le talent et la palette.

Stupéfiant, magnifique, nous nous prenons alors à rêver aussi, devant cette histoire burlesque, qui connaît une happy end à l’américaine… car même si le producteur marseillais n’est pas là pour signer, le protagoniste réussit brillamment un casting… Suspense !

Bref, des blagues, il y en a, mais pas seulement: Arnaud Demanche propose sa parole, son corps et son roman.

Arnaud Demanche, Le Nouveau Schwarzeneger, à la Comédie des 3 bornes, 32 Rue des 3 Bornes, Paris 11e, en novembre, les lundis à 19h et en décembre, les lundis et vendredis à 19h.