Des soutiens de François Fillon réagissent aux premiers résultats en sa faveur lors du 2e tour des primaires de la droite et du centre, le 27 novembre 2016 à Paris © AFP Thomas SAMSON

La primaire de la droite et du centre a accouché de l’éclatante victoire de la droite de convictions. Il ne devait en rester qu’un et ce fût finalement lui. Longtemps distancé dans les sondages, jamais réellement considéré malgré un programme plus complet, François Fillon a, ce dimanche, transformé  l’essai après être passé tout près d’un hold-up parfait au premier tour.

Une victoire méritée pour celui qui, mieux que quiconque, a su capter les aspirations du peuple de droite, fatigué de près d’une décennie de « sarkozie » et peu enclin à se livrer au maire de Bordeaux, partisan d’un libéralisme-progressiste beaucoup trop tiède à son goût.

Un programme plébiscité

Car à n’en pas douter, la victoire et le score de François Fillon témoignent moins de l’adhésion à un homme qu’à un programme. Certes, sa retenue, son impassibilité – pour ne pas dire son austérité – tranchant avec l’éruptif Nicolas Sarkozy a séduit. Tout comme sa discrétion, sa sérénité et surtout sa volonté de ne pas se soumettre à l’injonction médiatique de l’immédiateté dont a fait preuve ces derniers mois Alain Juppé, assuré d’être le futur Président de la République par une caste médiatique de gauche qui voyait en lui « le moins pire d’entre eux » à défaut du meilleur.

Le succès de François Fillon réside avant toute chose dans cette capacité qu’il a eu à parler à un peuple de droite déboussolé, parfois humilié, et auquel il a su plaire en reprenant des « éléments de langage » qui font écho auprès d’un électorat qui se refuse à voter Front national, notamment pour des raisons économiques évidentes.

Rassurer d’abord en évoquant la famille, la filiation, la transmission. Des valeurs que d’aucuns trouvent mise à mal sinon bafouées depuis le « mariage pour tous » et ce, en dépit d’une mobilisation sans précédent pour une frange de la population qui ne descend que très rarement dans la rue. En ce sens, l’ancien Premier ministre a parfaitement su prendre en compte cette « Révolution conservatrice » chère à Patrick Buisson qui secoue l’ensemble des sociétés occidentales. Il le fit d’autant plus facilement que contrairement à son adversaire du soir, il ne changea jamais son discours d’un iota pour essayer de complaire à une partie de la gauche amenée à se déplacer malgré son antipathie pour les « valeurs républicaines de la droite et du centre ».

Parler à la France éternelle

Il est enfin celui qui, parmi l’ensemble des candidats à cette primaire – exceptés peut-être Jean-Frédéric Poisson voire Nicolas Sarkozy –, sut le mieux parler de cette « France éternelle » comme d’une nation, d’une culture, qui ne doit pas être diluée dans un multiculturalisme « béni oui-oui » et une mondialisation parfois violente, réaffirmant sans cesse les valeurs judéo-chrétiennes de notre pays, sans nier pour autant la richesse apportée au fil des siècles par les vagues d’immigration successives.

Prôner un discours de vérité ensuite en annonçant vouloir réduire les dépenses publiques à travers une cure drastique dans la fonction publique. Du sang et des larmes en somme ? Pas vraiment. Car les 110 milliards d’économie que promet François Fillon s’accompagneront de plusieurs mesures en faveur de l’entrepreneuriat: faciliter le financement des PME à travers une réduction de l’impôt sur le revenu de 30 à 50% du montant investi, multiplication des fonds d’amorçage, exemption des droits de succession sur les actions d’entreprises jusqu’à leur cession éventuelle… Bref, un bel attirail libéral qui fleure bon l’ère du temps et que l’ancien « collaborateur » a su prendre en compte, séduisant ainsi des grands patrons à l’instar d’Henri de Castries, mais aussi des entrepreneurs comme Alain Afflelou voire Charles Beigbeder, ce dernier n’étant pas insensible aux réformes économiques et sociales audacieuses du Sarthois, ni même à sa vision d’une « France uniculturelle qui transcende, sans les nier, la diversité des origines de chacun ».

Héritière de la pensée d’Edmund Burke, le père du conservatisme britannique, Laetitia Strauch-Bonart écrivait récemment que le « libéralisme originel, celui des Lumières et de ses successeurs, est une forme de conservatisme, car ce libéralisme était situé dans un temps et un lieu, fait de coutumes et de traditions ». Homme de synthèse et surtout de convictions, François Fillon incarne plus que jamais ce libéral-conservatisme d’une droite de nouveau fière de ses valeurs et de son histoire. Son éclatante victoire d’hier soir en est la preuve matérielle et quantifiable. Avant celle de mai prochain ?

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