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Le Québec est-il structurellement raciste?

Manifestation de soutien aux victimes de l'attentat contre une mosquée de Québec, à Montréal, janvier 2017. SIPA. AP22007645_000005

Au Québec, plusieurs évènements récents ont créé un tel climat de tension que certains acteurs politiques se sentent autorisés à prôner un grand nettoyage. L’actualité a effectivement contribué à faire sortir de l’ombre une gauche régressive qui se montre plus intolérante que jamais envers ses adversaires, mais dont le mandat est évidemment de prôner la tolérance sur toutes les tribunes.

Deux concepts servent maintenant à justifier la javellisation idéologique du Québec : le « racisme systémique » et la « culture du viol ». Si les deux notions n’entretiennent en apparence aucun rapport, elles n’en demeurent pas moins liées par un objectif commun : celui de purifier la société québécoise. Les représentants de la vertu tentent d’imposer de nouvelles mesures d’hygiène sociale à un peuple qu’il faudrait dompter comme un animal sauvage.

Le « racisme systémique »

La tuerie qui a fait six victimes dans une mosquée de Québec le 29 janvier dernier a permis à certains milieux d’intenter un procès médiatique à l’ensemble du peuple québécois pour racisme et xénophobie. Même le Premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a sauté sur l’occasion pour accuser le principal parti d’opposition (le Parti québécois) d’avoir engendré un climat de haine propice aux dérapages « ethno-nationalistes ». En Chambre, Couillard a accusé le Parti québécois d’être « l’auteur » de ces « évènements malheureux» en raison de son scepticisme par rapport au multiculturalisme, ce qui a immédiatement suscité l’indignation chez les souverainistes.

Pour témoigner de sa bonne foi en matière de diversité culturelle, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, avait pourtant proposé quelques jours après le drame que des inspecteurs soient chargés de surveiller les employeurs qui pourraient faire preuve de discrimination à l’embauche. Ce n’est pas dans un ancien État confédéré des États-Unis que cette initiative a vu le jour, mais bien au Québec. Le débat est si intense et la réalité si déformée que des observateurs étrangers pourraient penser que le Canada français pratique la ségrégation raciale.

À en croire certains idéologues qui occupent des chaires de recherche dans les universités, le Québec serait structurellement raciste. En fait, tout l’imaginaire québécois serait marqué par une tentation génocidaire, laquelle se serait d’abord manifestée contre les autochtones lors de la conquête de l’Amérique. Le racisme serait une pulsion tribale qui coulerait dans les veines de tout Québécois « de souche » attaché un tant soit peu à son héritage culturel.

La « culture du viol »

Des histoires de harcèlement sexuel impliquant des personnalités publiques et des cas de viols malheureux perpétrés sur un campus universitaire ont également convaincu certaines personnalités de parler d’un phénomène congénital affectant l’ensemble de la société. La députée du parti de gauche Québec solidaire, Manon Massée, considère que la lutte contre culture du viol doit être une priorité gouvernementale. Non seulement le Québec serait structurellement raciste, mais il serait structurellement violeurPour faire face à la situation, l’Université Laval, à Québec, a annoncé la semaine dernière que des brigades allaient être créées pour chaperonner les soirées étudiantes susceptibles de mener à des dérives sexuelles.

La gauche régressive n’attend d’ailleurs jamais que la justice fasse son travail avant de lyncher, dans un style moyenâgeux, toute personne soupçonnée de ce genre d’inconduite. L’histoire de la dénommée Alice Paquet en témoigne : en octobre 2016, à l’occasion d’un évènement à caractère féministe, la jeune fille s’est empressée de prendre la parole pour dénoncer l’agression sexuelle qu’un député était censé lui avoir fait subir. Elle a mis le feu aux poudres et de grandes marches de soutien à toutes les victimes de viol ont suivi sa dénonciation. Aucune accusation n’a pour le moment été retenue contre le député en question, mais les radicaux l’assurent : il est coupable !

Ce sont bien sûr les mêmes féministes qui nous invitent à changer notre rapport à la sexualité et nous interdisent d’émettre la moindre réserve au sujet des coutumes machistes et rétrogrades que certaines personnes issues des communautés culturelles entretiennent au nom de leur religion. Jusqu’à aujourd’hui, aucune grande manifestation n’a été organisée pour protester contre les mariages forcés qui se multiplient dans les grandes villes.

La gauche régressive peut bien prétendre combattre tous les préjugés du monde, elle devra réaliser que son propre projet s’inscrit dans une démarche de purification de la société aux velléités totalitaires. Son but : la création de ce qu’elle appelle des « safe spaces », c’est-à-dire des espaces totalement hermétiques où toute liberté d’expression (et même d’action) est soigneusement encadrée par des gardiens de la morale.

 

Genre démodé

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Tenue unisexe anti-UV. SIPA. 00790846_000001

Ça va swinguer dans les dressings. Ce qui n’était jusqu’à présent qu’une tendance de niche parmi d’autres est en phase de devenir un trend, c’est-à-dire un mouvement fondamental et de longue durée. Place au « gender-fluid » !

D’après The Metropolist, la revue la plus branchée d’outre-Manche, « la fluidité du genre » consiste à « offrir la liberté égale de s’habiller à tout un chacun, quels que soient ses chromosomes ». En pratique, le phénomène consiste à supprimer, doucement mais sûrement, les rayons « hommes » et « femmes » au profit d’espaces « unisex ». À Londres, Selfridges a d’ores et déjà aménagé trois étages dédiés à la mode « neutre ». Le géant Zara suit timidement, proposant sa première collection « Ungendered », articulée autour des essentiels de la garde-robe casual : tee-shirts, jeans, joggings et sweat-shirts.

Adeptes des cloisonnements vestimentaires préhistoriques, sachez que votre combat est perdu d’avance. Selon un sondage publié par les universitaires Philip Cowley et Robert Ford dans leur ouvrage More Sex, Lies and the Ballot Box, à peine 48 % des hommes en Grande-Bretagne et 32 % en France et en Allemagne se sentiraient pleinement « mâles ». La situation serait encore plus troublante chez les dames : seulement[access capability= »lire_inedits »] 7 % des citoyennes britanniques se définissent en tant que « femmes » à 100 %, contre 4 % des Allemandes et 5 % des Françaises.

Patric DiCaprio, le jeune gourou new-yorkais de la mode post-genre et fondateur de Vaquera, marque leader de ce secteur, y a trouvé de quoi renforcer son propos : « Je m’intéresse aux gens normaux en dessinant mes vêtements car Vaquera s’inspire de leur quotidien. » On ne l’aurait jamais deviné, en admirant son petit copain paré d’une robe blanche de mariée à la fin du défilé de l’été dernier…[/access]

Meklat, Théo, Traoré: la lumpenisation des esprits

theo adama traore mehdi meklat

Finalement ce que raconte l’épisode du fameux Mehdi Meklat, c’est une vieille histoire. Marx (toujours lui) nous en parlait déjà, en 1852, dans le 18 brumaire de Louis-Napoléon. C’est l’utilisation du « lumpenprolétariat » à son profit exclusif par l’oligarchie et les dominants.

Au contraire de Bakounine fasciné par la pègre, Marx n’y allait pas par quatre chemins, écoutons le décrire la petite masse de manœuvre dont s’était servi Louis-Napoléon pour son coup d’État : « des roués ruinés n’ayant ni ressources ni origine connues… […] les rebuts et laissés pour compte de toutes les classes sociales, vagabonds, soldats renvoyés de l’armée, échappés des casernes et des bagnes, escrocs, voleurs à la roulotte, saltimbanques, escamoteurs et pickpockets, joueurs, maquereaux, patrons de bordels, portefaix, écrivassiers, joueurs d’orgue de barbarie, chiffonniers, soulographes sordides, rémouleurs, rétameurs, mendiants, en un mot toute cette masse errante, fluctuante et allant de ci-de là que les Français appellent « la bohème ». »

L’alliance de la bourgeoisie et des couches moyennes privilégiées

Avec Mehdi Meklat et son compère Badrou nous avons le concentré d’un « lumpen » modernisé, des garçons qui se rattachent à cette culture et ces comportements de petits voyous violents et sans cervelle. La lecture de leur tweets et de leurs grotesques bouquins en est une preuve irréfutable.

Ils sont comme ceux qui ont mis en coupe réglée des quartiers entiers, qui pourrissent la vie des gens, qui affichent des casiers judiciaires longs comme le bras, désorganisent des établissements scolaires entiers, agressent professeurs, policiers et pompiers et sont instantanément transformés en victimes par les belles âmes dès lors que la République essaie de temps en temps, de remettre un peu d’ordre. Le plus grave étant qu’ils pourrissent d’abord la vie de leurs voisins, obligeant ceux qui le peuvent à partir, et d’autres à la résignation et à l’impossibilité d’une intégration qu’ils sont pourtant nombreux à souhaiter.

Et ce sont ainsi des quartiers entiers qui doivent porter le stigmate de «sensibles» ou de «difficiles», que cette petite pègre a classiquement retourné pour en faire un étendard. Et que les  duettistes brandissent fièrement sous le regard énamouré de petits-bourgeois avides de sensations.

Un prolétariat de substitution

Parce que ce pourrissement ne gêne en rien les couches dominantes, cette alliance de la bourgeoisie et des couches moyennes privilégiées qui, calfeutrées dans leurs métropoles connectées, savent qu’elles ont besoin d’éboueurs, de livreurs, de femmes de ménage, caissières à temps partiel, plongeur dans les restos branchés. Payées au lance-pierre, si possible au noir, toutes ces activités de services  rendent la vie dans les centres de ces grandes villes si agréable. Et puis c’est pratique, on ne les voit pas, les éboueurs et les femmes de ménage, c’est tôt le matin, les plongeurs c’est tard le soir, et pour circuler c’est sous la terre comme à Paris, parce que les pauvres n’y ont pas le droit de rouler en surface. On voit d’ailleurs se dessiner une ethnographie particulière de cette immigration de service. Les nouveaux domestiques des habitants des villes mondialisées sont en général originaires d’Asie, Pakistan, Inde, Sri Lanka, Philippines, et d’Afrique subsaharienne aussi. L’immigration maghrébine y est peu présente, et dans sa partie désocialisée vit assez mal cette cohabitation dans les cités. Les asiatiques en savent quelque chose.

Que ces gens vivent dans une périphérie dégradée et sous la coupe de la pègre et de la racaille, les bourgeois bohèmes pourraient s’en moquer, mais en fait ça les arrange. Ceux qui vivent dans ces ghettos sont trop exploités, trop divisés, trop fatigués pour se révolter, mais comme on ne sait jamais, on va laisser le gauchisme culturel et politique et sa bêtise crasse porter au pinacle la part désocialisées et violentes de ces populations. Jamais on n’entend un mot des belles âmes quand un chinois se fait massacrer, un Pakistanais agresser, ou une Philippine violer. En revanche c’est un concert de glapissements dès lors que l’on effleure un de leurs protégés.

Voilà des gens, mélange de jobards et de Marie-Chantal, que le matérialisme rebute, que les couches populaires révulsent, et qui passent leur temps à se chercher des prolétariats de substitution pour faire genre, et surtout pour que rien ne change. Dans leur jargon, Foucault et le dernier Deleuze nous disaient déjà il y a un moment, que c’était les fous, les psychopathes, et les tueurs qui étaient les rédempteurs. Aujourd’hui, ce sont des abrutis acculturés violents et des religieux intégristes qui seraient le sel de la terre. Il suffit de lire les invraisemblables défenses et justifications de Meklat, toutes de contorsions ridicules, que nous ont délivré ses soutiens, pour mesurer la gravité du mal.

La révolte gronde

Malheureusement, cette passion pour Meklat se rattache à deux précédents récents, ceux des affaires Adama Traoré et Théo. Les Français n’aiment pas leur police, c’est une tradition culturelle, on le sait depuis François Villon en passant par Georges Brassens et Renaud. C’est en jouant sur ce réflexe qu’on a monté en épingle ces deux affaires en veillant à mettre le plus d’huile possible sur le feu. Des informations fiables établissent que Traoré était un de ces petits caïds au casier judiciaire chargé redouté dans son quartier, décédé au moment d’une arrestation sans que jusqu’à présent les causes de sa mort puissent être rattachées à des violences commises par les gendarmes à cette occasion. Pour bien connaître la façon dont se passe une information judiciaire, brandir le « mensonge d’État » pour faire instantanément de Traoré un héros martyr, relève du réflexe pavlovien. Concernant Théo, l’IGPN qui n’est pas connue pour être tendre avec les flics, a retenu la thèse de l’accident confortée par des témoignages et des images de vidéosurveillance. De toute façon une information judiciaire a été ouverte et l’auteur du coup à l’origine d’une blessure grave a été mis en examen pour viol. Mais de la même façon, Théo a immédiatement été canonisé saint et martyr, sans que les informations sur son comportement, les causes de son interpellation, et son passé, n’intéressent grand monde.

Mais ce qui est grave, comme le soutien apporté à Meklat, c’est l’attitude des belles âmes. Le président de la République en fonction (?), à ce titre patron de la police, n’a pas jugé bon de se déplacer au chevet des deux policiers grands brûlés à Viry-Châtillon. Cela ne l’a pas empêché de se précipiter au chevet du jeune Théo, prenant ainsi parti par cette provocation indigne, dans une affaire dont la justice était pourtant saisie. Que dire des appels à la manifestation de Bobigny dont on savait très bien qu’elle dégénérerait grâce à la petite pègre, de cette obscène pétition des artistes, de l’attitude de la presse nationale ?

Mais enfin, ne voyez-vous pas cette insurrection qui monte, ces couches populaires qui sont en rage et ne vous supportent plus ? Cette police aujourd’hui hors de contrôle, cette gendarmerie dont les études assez fines montrent que ses membres votent majoritairement Front national, Marine Le Pen annoncée à près de 30 % au premier tour de la présidentielle ? Vous ne sentez pas que cela pourrait très mal tourner ? Vous pensez vraiment que l’élection de Macron va vous permettre de continuer comme si de rien n’était ? Et c’est pour cela que vous continuez à jouer les boutefeux ?  Mais enfin, mesurez-vous votre responsabilité ?

Comme d’habitude, on voit à quoi sert cette alliance millimétrée de l’oligarchie et des gauchistes culturels ou politiques, les libéraux et libertaires main dans la main. Qui rêvent d’une société acculturée, communautarisée, divisée et segmentée, gibier facile pour l’exploitation,  au sein de laquelle on laisse se développer, voire porter aux nues, une délinquance violente chronique, que l’on va actionner pour contrôler ou déconsidérer ceux qui auraient vraiment envie de se révolter face au sort qui leur est fait et à celui qui les attend.

Ils se révolteront quand même, et pas sûr que cela soit festif.

Le dix-huit brumaire de Louis Bonaparte

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Marine Le Pen a bien fait de refuser de se voiler

Marine Le Pen refuse de porter le voile qui lui est tendu à Beyrouth, février 2017. SIPA. AP22017146_000001

Grand scandale, disent les officiels libanais. Opération de com’, fulminent les journaux bien-pensants français. Marine Le Pen a refusé de se voiler pour rencontrer le mufti — sur lui « sottise et bénédiction », comme dit Voltaire. Walid Joumblatt éructe : « Une insulte envers le peuple libanais et le peuple syrien » ! C’est peut-être là la clé, comme le remarque au passage l’Orient le Jour : la présidente du FN a soutenu Assad dans sa guerre contre les islamistes, sans doute un crime originel dans l’Orient compliqué.

Il y a deux façons d’analyser le refus de MLP — l’une et l’autre au regard du proverbe fameux, « à Rome, fais comme les Romains ». Soit elle devait porter le voile pour se conformer aux coutumes locales — mais alors, elle est dans son droit lorsqu’elle condamne le port du voile en France, parce qu’il n’est pas dans les coutumes françaises d’arborer dans la rue des signes de superstition et de soumission. Soit elle a bien fait de ne pas le porter (et de Michelle Obama, en 2015, à Angela Merkel, en 2010, en passant par Madeleine Albright — en 1999 —, elle a un bon nombre d’illustres devancières qui, à chaque fois, ont été encensées par les mêmes bien-pensants français), parce qu’elle défend le droit pour les femmes de porter haut la tête, et alors il faut l’interdire en France, pays des Droits de l’homme et de l’égalité des sexes.

Dans tous les cas…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

Le prédicat, un nivellement par le bas

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Cahier de grammaire d un écolier, Sarthe, mars 2016. SIPA. 00749347_000010

Comme l’a très bien montré Ingrid Riocreux, certains journalistes n’ont pas hésité, tout en se muant en spécialistes auto-proclamés de l’enseignement du français, à reprocher à ceux qui s’indignaient de l’apparition du prédicat de s’attacher à un détail. On pourrait inversement se demander si d’autres ne se sont pas servis du prédicat pour faire oublier tout le reste. Tout comme on a accusé les pourfendeurs de la réforme d’être réfractaires à tout changement, dans le seul but d’éviter le débat. Pour ne jamais traiter des problèmes de l’islamisme, on taxe d’islamophobie. Pour ne jamais remettre en cause les réformes de l’école, on taxe désormais d’« antipédagogisme ».

En effet, si le prédicat a depuis plusieurs semaines polarisé le débat dans les médias, on est en droit de se demander si, dans les nouveaux programmes de français du cycle 3 (du CM1 à la sixième), le plus aberrant n’est pas l’abandon d’une immense partie du programme au motif que « c’est trop compliqué ». Jugez plutôt : L’étude de l’impératif et du passé composé relégués en cinquième (alors même qu’il doit être abordé lors de l’accord du participe passé, c’est-à dire en CM1), le passé simple réservé à la 3ème personne du singulier, disparition des sous-catégories des déterminants et des pronoms, sans même parler des types et formes de phrases, du plus que parfait, du futur antérieur, du conditionnel et enfin des fameux compléments.

L’obsession de la simplification

Les enseignants de collège – dont j’ai fait partie pendant longtemps – se plaignent sans cesse que les élèves arrivent avec d’immenses lacunes en français en 6ème et qu’il est déjà trop tard. L’Education nationale a résolu le problème : pour réduire les lacunes, on évite d’en apprendre trop. Imparable.

« Inscrivez dans l’enseignement un outil permettant d’aborder les phrases de manière plus simple et concrète et vous serez accusé de vouloir décerveler les enfants » écrivait, sans aucun parti pris, le journaliste Frantz Durupt dans Libération le 19 janvier, sans se demander un seul instant en quoi la simplification était nécessairement un gain et pas plutôt une perte. Non, pour lui, l’absence de simplification est obligatoirement suspecte et ne peut être motivée que par la volonté de construire « une école qui sert à faire barrage à une grande partie de la population pour sélectionner une élite » comme l’affirme le sociolinguiste Philippe Blanchet.

Quel peut bien être l’intérêt de simplifier des choses qui n’ont jamais été compliquées ? Pour ne parler que de ce que je connais, s’il y a bien une chose que les élèves savent faire assez facilement, c’est repérer les COD, les COI et tous les compléments en général dans une phrase. Quant à l’abandon de plus en plus généralisé de l’enseignement des conjugaisons, il illustre parfaitement l’impasse où nous a conduits peu à peu le renoncement au « par cœur », certes inutile quand il est utilisé pour apprendre bêtement des leçons sans les comprendre, mais indispensable pour les savoirs de base, comme conjuguer et savoir compter. Seulement cela demande un effort et cela requiert également un accompagnement à la maison. Doublement inenvisageable dans cette école égalitariste et soumise au diktat du confort des parents, qui n’a trouvé d’autre moyen pour instaurer un semblant d’égalité que d’abaisser le niveau des uns pour déculpabiliser les autres.

« On doit enseigner une grammaire rentable »

Les inventeurs de ces nouveaux programmes semblent également avoir oublié à quel point l’apprentissage de la grammaire aide à l’apprentissage de l’orthographe, et pas seulement pour l’accord du COD placé avant le verbe. En outre, l’analyse grammaticale un peu poussée est excellente pour développer la logique et le raisonnement et n’est pas non plus très éloignée de l’arithmétique.

Mais que peut-on encore attendre d’une école qui depuis des années cherche à en apprendre moins aux enfants que ce qu’elle a appris ? Ce raisonnement qui consiste à penser à la fois que les élèves apprendront mieux si on leur en apprend moins et qu’il ne faut leur enseigner que ce qui leur sera nécessaire n’est pas seulement réducteur, il est également totalement contre-productif. Il oublie tout le plaisir qu’il peut y avoir à comprendre des choses complexes, à résoudre des problèmes, à maîtriser une discipline. La visée finale de l’école n’est plus de transmettre une culture, de former des esprits libres, capables de penser par eux-mêmes mais de n’enseigner que le strict nécessaire afin de former une classe d’âge qui sera apte à s’intégrer au marché du travail.

« La grammaire est inutilement compliquée ! » écrivait Danièle Manesse, professeur de sciences du langage, pourtant loin d’être aussi radicale que certains des cerveaux qui ont pondu la réforme. Puis celle-ci d’ajouter : « on doit enseigner une grammaire rentable ». Elle a été exaucée au-delà de ses espérances.

Pour aller travailler, les Français préfèrent polluer

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vélo transport en commun Paris bobo
Selfie de Tony Estanguet avec Valérie Pecresse et Anne Hidalgo (Sipa : 00774804_000001)

C’est avec la froideur propre aux statistiques que l’Insee nous révèle cette donnée inavouable : à peine 2 % des Français vont au travail à vélo ! Intraitable, l’Institut des Chiffres estime leur nombre exact à 500 000, soit environ 1,9 % des « actifs », et dresse leur portrait-robot.

Le travailleur vertueux est plutôt diplômé, souvent cadre, habite en centre-ville et son trajet quotidien ne dépasse pas les quatre kilomètres (faut pas exagérer quand même). Il gagne sa vie par une « activité récréative », dans les arts ou le spectacle, mais il s’en trouve aussi dans l’administration publique, l’enseignement et la communication. Vous risquez d’en croiser surtout en Isère, en Gironde, en Haute-Garonne, dans le Haut et le Bas-Rhin, ainsi qu’en Guyane et bien évidemment à Paris.

Banlieusards, artisans et ouvriers ne semblent pas savoir pédaler, et[access capability= »lire_inedits »] seul 1 % des agriculteurs utiliseraient leur bicyclette. L’étude nous apprend aussi que les Français sont d’indécrottables pollueurs puisqu’ils sont encore 70,6 % à préférer la voiture pour se rendre au turbin, quand trop peu (14,8 %) de bons citoyens privilégient la socialisation dans les transports en commun aux heures de pointe.

Quant aux rollers, aux skates et aux trottinettes, l’Insee ne les évoque même pas, sans doute pour cause de chiffre infinitésimal. Décidément, ce pays est trop vieux.[/access]

Pologne-UE: la carotte est le bâton

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Manifestation étudiante en faveur de liens plus étroits entre la Pologne et l'Union européenne, janvier 2017. SIPA. AP22005235_000006

« Permettez-nous d’agir en accord avec notre Constitution et non pas avec votre vision de notre Constitution. ». Telle a été, en substance, la conclusion imposée par le ministre polonais des Affaires étrangères, Witold Waszczykowski, à un vif échange qui l’a opposé à Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne, lors de la dernière conférence sur la sécurité de Munich. Bien que le Polonais ait eu tort, dans la mesure où les agissements de l’actuel gouvernement de Droit et Justice sont anticonstitutionnels, il serait difficile de critiquer sa réaction. Le conflit entre la Commission européenne et la Pologne, au sujet du fonctionnement du Tribunal constitutionnel polonais, dure depuis un an. Et depuis un bon moment déjà, plus personne n’est dupe quant à son issue. D’un côté, la Pologne ne sortira pas de l’Union européenne, malgré les vagues menaces des diplomates polonais qui n’hésitent pas à multiplier les allusions au Brexit. De l’autre, Bruxelles ne déclenchera pas à l’encontre de la Pologne « la procédure de l’article 7 », c’est-à-dire une sanction gravissime et à ce titre jamais employée, prévue dans le cas du non-respect de l’état de droit par un pays-membre.

Cette impuissante Union européenne

Si un éventuel Polexit ne peut pas entrer en ligne de compte, c’est parce que la majorité des Polonais demeure farouchement euro-enthousiaste. Et si l’Union européenne ne privera pas la Pologne de son droit de vote au sein du Conseil européen, c’est parce que la Hongrie s’y opposerait, compromettant ainsi l’unanimité requise dans ce cas de situation. Par ailleurs, le grand paradoxe de l’affaire réside dans le fait que les deux pays-membres de l’UE les plus critiqués par les eurocrates, la Pologne et la Hongrie, restent les plus favorables à cette institution avec, respectivement, 72% et 62% des citoyens satisfaits d’en faire partie, selon un sondage du Pew Research Center de juin 2016. Bruxelles n’aurait-elle pas tout intérêt à abandonner le rêve d’une union politique, à revoir ses compétences à la baisse et à laisser à ses membres une marge de manœuvre plus large que ne le prévoit le Traité de Lisbonne ? Avant de tenter d’y répondre, il nous faut revenir sur les éléments- clés du désaccord entre la Commission européenne et la Pologne.

Parler de « désaccord » supposerait en outre qu’il y ait eu un dialogue, alors que c’est précisément ce qui a fait défaut dans les rapports tendus entre Bruxelles et Varsovie. La crise a commencé en novembre 2015 lorsque le nouveau parti au pouvoir, Droit et Justice dirigé par Jaroslaw Kaczynski, a entrepris de se soumettre le Tribunal constitutionnel en modifiant, dans le cadre d’une procédure accélérée, la loi le concernant. Ainsi a été introduite la possibilité d’annuler les désignations de juges effectuées par l’assemblée précédente, dans laquelle les députés de la libérale Plateforme civique avaient la majorité, et de proposer de nommer cinq nouveaux juges. Les modifications ont également réduit  la durée des mandats du président et du vice-président du Tribunal. Le sénateur de Droit et Justice, Stanislaw Piotrowicz, anciennement illustre membre du Parti ouvrier et responsable notamment de la condamnation d’un activiste de l’opposition démocratique pendant l’état de guerre en 1981, a expliqué cette atteinte par la nécessité de « réformer » le pays. Un Tribunal constitutionnel dans lequel les juges élus par la Plateforme civique auraient gardé leurs sièges, rendrait l’ambitieux projet impossible. Inutile de s’étendre sur le caractère autocratique d’un tel raisonnement, que la légitimité de Droit et Justice de mener les réformes en vertu de la victoire électorale, ne suffirait à justifier. Le parti de Kaczynski a réussi à restreindre drastiquement les prérogatives et l’indépendance du Tribunal vis-à-vis de l’exécutif, suscitant l’indignation y compris parmi ses propres électeurs.

La Commission européenne a réagi presque immédiatement en demandant des explications au gouvernement polonais. C’était la chose à faire, vu l’ampleur des manifestations qui ont paralysé toutes les grandes villes polonaises. Le gouvernement s’est néanmoins hâté de publier dans le journal officiel le texte de la nouvelle loi sur le Tribunal constitutionnel et, au lieu de répondre à la Commission, a envoyé la Première ministre Beata Szydlo à Bruxelles. Sans surprise, elle a pu y compter uniquement sur le soutien de deux eurodéputés du FN. A cet exemple, Nicolas Bay a taxé de « scandaleuses » les accusations des eurocrates et a encouragé le gouvernement polonais à poursuivre ses réformes. Le souci c’est qu’il n’y avait rien de « scandaleux » dans la demande d’explications adressée aux Polonais. Comme l’a justement remarqué Guy Verhofstadt, qui préside les démocrates et les libéraux au Parlement européen, le démantèlement du Tribunal constitutionnel ne figurait pas au programme électoral de Droit et Justice. Pas plus que les « réformes » dans le domaine des organismes publics de radiodiffusion d’où ont été virés tous les journalistes soupçonnés de sympathie pour les partis de l’opposition. Par contre, ce qu’on pouvait qualifier de scandaleux c’était le débat-même à Bruxelles, lors duquel les leçons de morale et les comparaisons entre la Pologne de Kaczynski et la Russie de Poutine avaient de quoi rendre europhobe. Reste que Droit et Justice aurait pu éviter cet affront, tout d’abord en respectant les Polonais qui méritent de vivre dans un état de droit, ensuite en renonçant aux mesures controversées. Car en effet, en mars de l’année dernière, le Tribunal a jugé la nouvelle loi anticonstitutionnelle. Toutefois, jusqu’à présent, son arrêté n’a pas été publié au journal officiel conformément à une décision de madame Szydlo. La Commission européenne a de nouveau réagi et le gouvernement polonais a de nouveau feint de l’ignorer.

« Vous avez voulu la démocratie, alors vous avez la démocratie. »

L’aspect le plus triste de ce feuilleton, du moins pour les 72% de Polonais qui croient toujours dans les institutions européennes, relève de l’impuissance de celles-ci à influer sur les décisions arbitraires et illégitimes de gouvernements des pays-membres. Il est évident que l’Union ne passera pas à la dernière étape de la procédure des sanctions, au moment le plus incertain de son histoire, avec les élections prévues en France, en Allemagne et aux Pays-Bas, les négociations liées au Brexit et, pour finir, la crise des migrants laborieusement balayée sous le tapis. En soi, ce n’est pas une mauvaise nouvelle. Parce que les sanctions européennes ne toucheraient pas exclusivement Droit et Justice, mais tous les Polonais dont 48% estiment pourtant que c’est la Commission européenne qui a raison d’exiger du gouvernement polonais le respect des règles démocratiques.

Il est donc d’autant plus révoltant d’apprendre avec quel acharnement les petits soldats de la bien-pensance incitent, à coup de rapports et d’avis d’experts, la Commission européenne à sortir le bâton. Amnesty International, Human Rights Watch, Reporters Sans Frontières, la Fédération internationale des Droits de l’Homme, et on en passe, ont enjoint la Commission d’activer « la procédure de l’article 7 » dans une lettre datée du 16 février. On doute fort des bénéfices de cette action vertueuse pour la démocratie en Pologne. C’est grâce à la mobilisation des Polonais, et sans que de quelconques sanctions aient été engagées, que le gouvernement conservateur a retiré son projet de loi ultra-restrictive sur l’avortement et a maintenu l’accès des journalistes aux débats parlementaires après le leur avoir temporairement retiré. Et bien que la popularité de Droit et Justice ait baissé, elle atteint toutefois les 36%, faisant des odieux populistes le plus populaires des partis polonais. Il nous reste à citer Janusz Korwin-Mikke, eurodéputé polonais du Congrès de la Nouvelle droite : « Je déteste la démocratie ! Droit et Justice a gagné les élections. Vous avez voulu la démocratie, alors vous avez la démocratie. Et si vous croyez que Droit et Justice est un mauvais parti, je suis d’accord avec vous. Mais puisque les Polonais les ont élus, réfléchissez à quoi devait ressembler le gouvernement précédent ! ». Laissons donc aux Polonais l’opportunité de rectifier le tir lors des prochaines élections.

François Bayrou, une trahison de lui-même

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François Bayrou et Emmanuel Macron au sommet du col du Tourmalet pendant le Tour de France, juillet 2016. SIPA. 00775337_000003

Il est certes moins douloureux d’être déçu par quelqu’un qui a été un adversaire politique et idéologique que par quelqu’un dont vous vous sentez proche. Pourtant, François Bayrou m’a profondément déçu hier après-midi. Car, au risque de provoquer ici et là quelques quolibets, j’avais conservé pour cet homme une estime et un respect malgré tous les désaccords qui nous opposaient, en premier lieu sur la reine des batailles, celle de l’Europe. Cet homme, l’un des rares de notre vie politique à écrire encore, d’une belle plume, ses livres lui-même, a toujours montré un enracinement. Il est l’un des rares à inscrire son engagement politique dans l’histoire et la géographie de notre pays. A en connaître et en respecter sa culture et sa langue. C’est d’ailleurs au nom de cet enracinement qu’il a été le procureur le plus impitoyable de la candidature d’Emmanuel Macron, cet « hologramme » serviteur des plus gros intérêts financiers, selon ses propres mots. Il posait évidemment le bon diagnostic sur cette candidature hors-sol qui s’assumait, précisant, le front même pas rosi, que la culture française n’existait pas.

Au service de la finance et de Pierre Bergé

Ce ralliement, que François Bayrou travestit, sans doute pour s’en convaincre lui-même, en « alliance », est une trahison. Pas la trahison d’un camp, d’un secteur de l’électorat ou même d’idées, la dernière étant bien plus importante que les deux premiers. Il s’agit d’une trahison de lui-même, la plus grave. Parce qu’au fond de lui, François Bayrou sait très bien qu’Emmanuel Macron élu, il ne sera pas celui, qui, par miracle, deviendra l’adversaire déterminé des intérêts financiers et des « puissances de l’argent », puisqu’il en est précisément le serviteur zélé. Sous le Second Empire, on aurait même parlé de candidat officiel. Parce qu’au fond de lui, François Bayrou savait qu’il y avait un chemin – certes escarpé mais il connaît bien la montagne – pour une campagne justement dirigée contre les candidats liés à ces intérêts : Emmanuel Macron comme François Fillon, dont les liaisons dangereuses avec un célèbre assureur résonnaient tant avec le projet de réforme de la sécurité sociale. Que le candidat de la sagesse contre toutes les aventures, c’était lui, et que dans une campagne plus incertaine que jamais, les 40% d’indécis pouvaient finalement faire la différence.

Alors certes, il n’avait peut-être pas les moyens financiers, il ne pouvait peut-être pas prendre le risque d’être ruiné et de terminer sa carrière en dessous du seuil fatidique et symbolique des 5%. Mais à choisir, finalement, entre Fillon et Macron, n’était-il pas plus proche, par bien des égards, du Sarthois ? N’avait-il pas porté en 2012 le même projet que le candidat LR d’aujourd’hui, obsédé par le poids de la dette et de la remise en ordre des finances publiques ? N’avait-il pas plaidé à l’époque pour le même projet – sang et larmes compris ?

Au bonheur de la dame

Ce ralliement à la caricature du marketing électoral est bien piteux, François Bayrou. Vous voilà désormais avec Jacques Attali, l’homme qui peste contre l’enracinement, Pierre Bergé, l’homme qui explique qu’on peut bien prêter son utérus puisque les ouvriers prêtent leurs bras, et Patrick Drahi qui symbolise aujourd’hui la mainmise du fric sur les médias. Vous voilà condamné à subir une recomposition low-cost, et prendre le risque d’offrir à Marine Le Pen l’adversaire dont elle rêve nuit et jour.

Cette recomposition dont nous avons rêvé chacun de notre côté autour des questions centrales de l’Europe et de la mondialisation, la recomposition autour de Bayrou et Chevènement ou entre Bayrou et Guaino, oui bien sûr, cela aurait eu de la gueule, de la culture de l’érudition. Cela sentait bon la France éternelle. Mais entre Le Pen et Macron ! Vous rendez-vous compte, François Bayrou, de la défaite que vous actez ? J’en suis certain, en fait. Charles Péguy, que vous vénérez, aurait vomi le progressisme d’En Marche : cette phrase, vous l’avez confiée très récemment à une de mes consoeurs. Il y a quelques semaines, nous étions ensemble au cimetière Montparnasse pour dire adieu à William Abitbol. Vous y étiez même la seule personnalité politique de notre pays et j’avais été touché que vous fassiez le déplacement depuis Pau entre Noël et Saint-Sylvestre pour les obsèques de cet homme aux idées aux antipodes des vôtres. C’est sans doute pour cette raison que je ne voulais pas croire à ce piteux ralliement d’hier, mes sentiments l’emportant sur ma froide observation de la vie politique. Finalement, l’observateur de la vie politique peut, lui aussi, avoir ses faiblesses.

 

Retrouvez tous les articles de David Desgouilles sur son blog Antidote

Bondy blog, territoire perdu du journalisme

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bondy blog devecchio antiracisme banlieues
Benoît Hamon reçu par la rédaction du Bondy Blog (2014). Sipa. Numéro de reportage : 00697162_000013.

Daoud Boughezala. Vous avez côtoyé Mehdi Meklat au sein de la rédaction du Bondy blog. Quel bilan tirez-vous de cette entreprise lancée après les émeutes de 2005 ?

Alexandre Devecchio. J’ai intégré le Bondy Blog en 2008 en même temps que la « prépa égalité des chances ». Cette prépa, entièrement gratuite et réservée aux élèves boursiers, est née de la volonté du Bondy Blog et de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille (ESJ Lille) d’ « ouvrir » davantage les grandes écoles de journalisme.  Ces dernières sont extrêmement coûteuses et représentaient un rêve inaccessible pour le fils de camelot que je suis. Je garde un très bon souvenir de cette expérience, qui m’a permis d’entrer au Centre de formation des journalistes de Paris (CFJ), et reste infiniment reconnaissant au Bondy blog pour cela.  Contrairement aux conventions d’éducation prioritaire (CEP) de Sciences Po, il  ne s’agissait pas d’un dispositif de discrimination positive ou d’un système de quotas. Banlieusards ou provinciaux, nous avons bénéficié d’un accompagnement scolaire et d’aides financières puis passé les concours de manière anonyme. Dans l’ensemble, l’ambiance était bon enfant : le soir et le week-end nous sortions boire des verres dans le vieux Lille. Certains prenaient de la bière du Nord, d’autres du Coca. Bref, la France périphérique des « petit blancs » et la France des banlieues vivaient ensemble dans une vraie mixité.

N’idéalisez-vous pas quelque peu le passé ?

Pas du tout. Dans cette bonne ambiance générale, certaines fractures affleuraient déjà. Une minorité d’étudiantes, qui étaient à l’époque apprenties journalistes au Bondy blog et qui aujourd’hui sont proches ou membres de la direction du site, faisait bande à part. Elles revendiquaient sans cesse leur « identité arabe » et se montraient parfois verbalement agressives à l’égard des autres élèves qu’elles semblaient considérer au choix comme des racistes en puissance ou des « collabeurs ».

Cette sécession culturelle rampante fait-elle du Bondy blog un territoire perdu du journalisme ? Gilles Kepel le dit acquis à l’idéologie des Frères musulmans

Le Bondy blog a le mérite de donner la parole sans filtre aux habitants des banlieues. Le site reflète donc assez fidèlement l’état d’esprit qui règne dans ces quartiers dit sensibles. L’évolution de la ligne éditoriale du Bondy blog depuis les émeutes de 2005 traduit l’évolution des mentalités dans ces quartiers ces dix dernières années, notamment la montée en puissance des revendications identitaires qui ont désormais pris le pas sur les revendications sociales et politiques. Lorsque j’écrivais au Bondy blog, le discours victimaire et communautaire était déjà dominant.  La majorité des blogueurs en faisait des tonnes sur les « discriminations » dont seraient victimes « les musulmans » et  relativisaient, voire niaient, toute  les autres dérives pourtant  omniprésentes en banlieues : pratiques mafieuses, sexisme, communautarisme, antisémitisme, homophobie, racisme anti-blanc.  La défense de la laïcité et la critique des « accommodements raisonnables » étaient perçues comme « islamophobes » par une partie des blogueurs tandis que la question du halal pouvait revenir de manière obsessionnelle.

A l’époque, ces tabous ne vous ont pas empêché d’y écrire, sans que vos petits camarades ne vous bâillonnent ni ne vous condamnent au bûcher !

Il était encore  possible de faire entendre une autre voix. Ce ne serait sans doute plus le cas aujourd’hui. La vague d’attentats des années 2015-2016 est passée par là et le discours islamo-gauchiste est devenu quasi hégémonique en banlieue. En témoigne notamment le succès grandissant des meetings des Indigènes de la République.  Il faut aussi souligner le changement générationnel à la tête du site. Il y a d’abord eu le départ d’Antoine Menusier, rédacteur en chef du site de 2007 à 2011, qui défendait une ligne laïque et anti-communautariste. Puis en mai 2016, celui de Nordine Nabili, membre fondateur et président du Bondy blog depuis dix ans. En mai 2016, Nordine Nabili, qui dirigeait le Bondy blog depuis dix ans, a passé la main. Nordine, pour qui j’ai une vraie tendresse, est ce qu’on appelle un « beurgeois ». Il appartient à la génération morale des années 80. Cette génération a fait de l’antiracisme et de la défense du multiculturalisme son fonds de commerce, mais n’en est pas moins le produit d’une intégration sociale et culturelle parfaitement réussie. Pour cette génération, l’islam n’était pas une question. La génération de Mehdi Meklat, qui est désormais aux manettes du site, est plus identitaire. C’est la jeunesse des émeutes de 2005 : celle de la désintégration culturelle et de la réislamisation.

Mehdi Meklat s’abrite derrière une licence artistique pour justifier ses tweets homophobes et antisémites lancés sous le pseudo de Marcelin Deschamps pour, prétend-il, « questionner la notion d’excès » (sic).  Que pensez-vous du choix de ses cibles (Charlie Hebdo, Caroline Fourest, Alain Finkielkraut…) et de sa rhétorique « anti-islamophobe » ?

Ses propos révèlent la dérive communautariste et identitaire que je viens de décrire. Medhi Meklat, qui a lancé les «éditions du Grand remplacement » utilise d’ailleurs exactement le même vocabulaire que les mouvances identitaires classées à l’extrême droite. Cette dérive dépasse malheureusement le cas du Bondy Blog et de Mehdi Meklat et tend à se banaliser en banlieue. « Nous partagions peut-être parfois une certaine colère » explique Medhi Meklat à propos de son « double numérique », Marcelin Deschamps. Ses tweets expriment la frustration et le ressentiment d’une jeunesse nourrie au lait de la victimisation et de la repentance. Dans mon livre,  Les Nouveaux enfants du siècle (Le Cerf, 2016), je qualifie cette jeunesse des cités de « génération Dieudonné ».

Avant de tourner casaque, Dieudonné était un parangon d’antiracisme célébré par tout ce que l’intelligentsia des années 1990 comptait de grandes consciences. Son cas vous rappelle-t-il le phénomène Mehdi et Badrou, hier encore chouchous des Inrocks, du Monde et de Télérama ?

Dieudonné est en quelque sorte la créature des docteurs Frankenstein de la « gauche morale ». Avant d’expliquer que « les juifs sont des négriers reconvertis dans la banque et la haute finance » et de chanter Shoah nanas, il a d’abord été un « artiste citoyen » engagé dans l’antiracisme militant au point, lors des législatives de 1997, d’être candidat à Dreux contre le FN. Mais s’estimant instrumentalisé et lésé par ses anciens « potes » de SOS, il  va entamer une lente dérive, s’enfermer peu à peu dans un ressentiment qui s’exprime aujourd’hui par un antisémitisme délirant et une farouche haine de la France.

La « génération Dieudonné », tout comme l’ «humoriste» auquel elle doit son nom, est le produit de l’échec de l’antiracisme des années 1980. En troquant le modèle traditionnel d’assimilation contre le système multiculturaliste anglo-saxon, l’égalité contre la diversité et la laïcité contre l’identité, cette idéologie a fait le lit du communautarisme. Dès 1993, le regretté  Paul Yonnet, dans son Voyage au cœur du malaise français, souligne le paradoxe qu’il y a à vouloir éteindre le racisme en exacerbant les identités. Il y voit une forme de discrimination à fronts renversés qui servira à essentialiser les individus en fonction de leur couleur de peau ou de leur origine et à transformer la société française en nouvelle tour de Babel.

Une tour de Babel que célèbre aujourd’hui Emmanuel Macron selon lequel « il n’y a pas de culture française ». Dans ce sillage différentialiste, Claude Askolovitch et Pascale Clark ont volé au secours de Mehdi Meklat. Voyez-vous dans l’antiracisme sélectif de  la « gauche olfactive » (Elisabeth Lévy) un symptôme de désintégration nationale ?

Après trente ans d’antiracisme différentialiste, la France n’a en effet jamais été aussi divisée et fracturée. Déculturée, déracinée, désintégrée, une partie des jeunes de banlieue fait sécession. Cela peut passer par de simples tweets comme dans le cas de Mehdi Meklat. Mais d’autres brûlent des voitures, agressent des juifs ou s’envolent pour la Syrie.

Comme vous, je suis frappé par le deux poids deux mesure de cette gauche antiraciste qui traque inlassablement le moindre « dérapage », la moindre entorse à la novlangue officielle, qui va jusqu’à traîner devant les tribunaux un historien aussi respectable que Georges Bensoussan, n’a pas hésité à porter au pinacle Mehdi Meklat dont les tweets ferait passer Jean-Marie Le Pen pour un social-démocrate. 

Il faut voir dans cette attitude une forme de snobisme, voire de condescendance néo-coloniale. Pour une partie de l’intelligentsia de gauche, Mehdi Meklat est une sorte d’ « animal de foire » qu’il convient d’encenser  pour se donner bonne conscience, « avoir l’air cool et subversif ». Cette complaisance est peut-être aussi liée à l’évolution idéologique de la gauche ainsi qu’à sa nouvelle stratégie électorale.

La fameuse « préférence immigrée » que notre ami  Hervé Algarrondo dénonce depuis des années…

Après le tournant de la rigueur de 1983 et la conversion au néo-libéralisme de François Mitterrand, l’antiracisme institutionnel a bel et bien constitué une idéologie de substitution pour le PS. En 2012, la fameuse note de Terra Nova a théorisé l’abandon des classes populaire au profit des « minorités ». Peu à peu, l’affrontement des ethnies a remplacé la lutte des classes,  le musulman » le prolétaire, et le mâle blanc occidental le capitaliste. Cette dialectique manichéenne a contribué à accentuer fortement les fractures françaises et à fragiliser la cohésion nationale. Elle a notamment nourri la paranoïa des jeunes de banlieue en offrant une explication simpliste à leurs difficultés d’intégration et en  les enfermant dans leur identité particulière, voire dans une appartenance ethno-culturelle fantasmée. De ce point de vue, bien que je n’aie jamais été proche de lui, ni de ses idées,  j’éprouve une certaine tristesse pour Mehdi Meklat. Ses tweets expriment d’abord un profond malaise identitaire qui confine à la schizophrénie. Et s’il faut condamner quelqu’un dans cette affaire, ce sont ceux qui l’ont nourri, instrumentalisé, exacerbé.



La gauche et la préférence immigrée

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Mehdi Meklat: reviens, Marcelin, reviens!

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mehdi meklat marcellin duchamp bondy

Je ne veux pas hurler avec les loups. Ces derniers jours ta sépulture tweetienne est encerclée de mauvais esprits qui font ton procès par-delà ta mort, symbolique certes mais bien réelle puisque tu es réduit au silence, pauvre minable Marcelin Duchamp [Ndlr : pseudonyme sous lequel Mehdi Meklat publiait les tweets incriminés.]. Et on s’acharne sur ton cadavre. Tu nous as quittés si brutalement, d’un jour à l’autre, avalé par celui qui t’avait enfanté. Et tu es devenu Mehdi Meklat, ce père anthropophage.

Marcelin, sale franchouillard raciste

Mais toi pauvre Marcelin, te voilà aujourd’hui privé de parole, mort et enterré comme dit Mehdi (Télérama, 21/02/2017), dans l’impossibilité de nous expliquer le fond de ton abominable pensée, mêlant l’obscénité, la pornographie, la haine pure et brutale. Alors Mehdi fait tout ce qu’il peut pour t’enfoncer, te faire porter le chapeau, lui qui porte de belles casquettes US, fashion et colorées. Toi tu devais sans doute porter le béret du sale franchouillard raciste que tu étais, n’est-ce pas Marcelin ?

Moi j’aurais simplement voulu te poser quelques questions mais comme tu es mort… Depuis les cieux tweetiens d’où tu nous regardes, tu dois être outré d’entendre Mehdi expliquer que tu n’as pas existé, que tu étais un personnage de fiction excessif (sic). Tu dois te sentir trahi pauvre Marcelin car tu n’as pas ménagé ta peine, pendant des années de tweets, pour être l’incarnation de la « bête immonde ». Il faut le comprendre Mehdi, il a un job, et avec les taux de chômage en banlieue quand on a un job lucratif, faut s’accrocher, tu ne connais pas ça toi, l’adversité du jeune de banlieue, Marcelin Deschamps le sale gaulois. Il a un train de vie à assurer maintenant qu’il fréquente le beau monde, il a sa réputation de « talent des cités » à conserver.

Mehdi, victime du racisme?!

Ton père spirituel souffre. A cause de toi, on veut le catégoriser comme raciste, antisémite, homophobe parce que c’est facile : qu’il est jeune, qu’il a grandi en banlieue et qu’il est arabe (Télérama, 21/02/2017). Tiens… Mehdi avoue qu’il est facile, presque logique, d’attribuer ces affreuses caractéristiques (dont l’expression relève du pénal) à un jeune ‘arabe’ de banlieue (c’est lui qui se désigne ainsi, pas moi car je n’ai pas l’habitude d’appeler Arabe un Français dont les parents sont d’origine maghrébine). Étrange de la part de Mehdi cette équation car il nous explique souvent via le Bondy Blog ou Téléramadan, ses deux supports de communication, que les braves gars de banlieue dont il est le représentant, sont incapables d’être elles-mêmes racistes, sexistes et homophobes puisque les principales victimes du racisme.

Marcelin, aurais-tu volontairement martyrisé le corps et l’âme de ce pauvre Mehdi ? Il dit que l’horreur que tu représentais n’était que le reflet de ce que lui vivait, que c’était de l’ordre de l’autodestruction. Soit Mehdi a besoin d’un bon psychiatre, soit il nous prend pour des andouilles. En tous cas, selon lui, tu n’étais qu’un prétexte pour tester la limite et finalement tu auras été au bout de ton expérience. Et puis Mehdi est modeste, c’est ce qui est admirable chez lui. Des tweets obscènes et racistes, Mehdi nous explique finalement que c’était un travail littéraire, artistique.

Et c’est là que ta voix nous manque Marcelin, quand Mehdi nous dit que tes cibles étaient les plus faciles : les femmes, les minorités, les gens qui croient. Il faut que Mehdi – Aladin te fasse ressortir de la lampe, toi son si mauvais génie qui l’a conduit au bord de l’abime, il doit te ressusciter pour te laisser le droit de te défendre. A le lire dans Télérama, on aurait presque les larmes aux yeux de tant de souffrances. Ah les affres de la création ! Flaubert, Hugo, Balzac ont connu ça eux aussi, comme Meklat… à cause de ses tweets. Il ne faut cesser de le dire : le niveau monte.

Marcelin, reviens ! Toi pauvre créature littéraire aspirée il y a des mois par le compte Twitter officiel de Mehdi Meklat. Tu étais un mort-vivant jusqu’à samedi dernier où Mehdi t’a complètement fait disparaître des écrans sous la pression de la fachosphère qui ne comprend rien à l’art. Ce sont tes clones du Parti de la haine, Marcelin, qui ont obligé Mehdi à te tuer définitivement. Chienne de vie ! Reviens, car nous sommes nombreux à nous poser quelques questions, précisément sur une chose : le choix de tes cibles.

Des cibles choisies

Une chose m’échappe dans cette affaire de travail littéraire post-moderne relativiste, si tes cibles étaient les plus faciles pour le raciste blanc immonde que tu étais, pourquoi ne nous abreuvais-tu pas de ta haine anti-arabe ou anti-noire ? Mehdi et ses amis du Bondy Blog et leurs amis du CCIF et leurs amis du PIR (oui, c’est toute une chaîne de bons amis qui ne te veulent pas du bien à toi le « sou-chien ») nous expliquent à longueur de journées que les opprimés, les exclus, les déclassés, les bannis, ce sont les ‘Noirs’ et les ‘Arabes’ reclus dans les ‘quartiers’ où la ‘République raciste et coloniale’ a parqué leurs ascendants, les privant d’avenir.

Point de tweets obscènes sur les ‘Noirs’ (tu aurais dit nègre ou bamboula, j’imagine), pourtant les préjugés sont nombreux, tu avais l’embarras du choix, cible facile comme dit Mehdi : leur agilité simiesque, leur sexualité primitive, leur sens inné de la danse, leur bonhommie infantile. On n’a pas lu de tweet monstrueux de ce genre.

Point de tweets obscènes sur les ‘Arabes’ (tu aurais dit bougnoule ou melon, j’imagine), pourtant il y a de quoi faire : tous voleurs, des violents qui battent leurs femmes, des terroristes en puissance dès le berceau, des fainéants incultes, un tweet « qu’est-ce que c’est que ce travail d’arabe » en passant devant une œuvre à la Fiac, ça nous aurait bien fait rire ! On n’a pas lu de tweet monstrueux de ce genre.

Point de tweets obscènes sur les femmes en hijab ou en jilbab (tu aurais dit les Belphégor d’Allah, j’imagine). Pourtant il paraît que « la femme musulmane » (comprendre la femme voilée dans le vocabulaire des potes du CCIF) est l’objet de toutes les violences, institutionnelles et quotidiennes. Aucune insanité sur ces femmes-là, tandis que tu rêvais de sodomiser Brigitte Bardot ou Anne Gravoin. Bizarre. D’ailleurs si tu étais un gros facho Marcelin, pourquoi en voulais-tu à BB, puisqu’il paraît, selon les amis de Mehdi, que c’est une facho elle aussi ? Pour Anne Gravoin on avait compris, c’était ton obsession antisémite, on y viendra.

Point de tweets obscènes sur tant d’autres objets de la haine des fachos islamophobes. Marcelin, tu dormais ou quoi ? Pas de tweet contre Houria Bouteldja qui aime tellement les Blancs et les Juifs qu’elle leur consacre un  livre et les interdit d’entrée à ses réunions décoloniales, pas de tweet contre Marwan Muhammad qui fustige la République raciste et bavait de haine contre l’époux d’Anne Gravoin , pas de tweet contre Tariq Ramadan, contre al-Baghdadi…. Et j’en passe. Cibles faciles pour un facho pourtant. Dommage, on aurait bien ri… puisque tes tweet, c’était drôle selon Pascale Clark, et si elle le dit sur France Inter, c’est que c’est vrai.

Juifs et homos, une obsession…

Tu as en revanche beaucoup, mais alors beaucoup tweetté contre les juifs et les homosexuels. Et contre Charlie hebdo aussi, mais ça devait être à cause de leurs caricatures du pape Benoit XVI n’est-ce pas, Marcelin ? Beaucoup de tweet, ta constance t’honore, mais elle en dit long sur les tourments de Mehdi qui t’hébergeais à l’époque. Je dois dire que c’est cela qui m’a immédiatement étonnée : pourquoi les juifs et les homosexuels ? Pourquoi de plus en plus de rage et d’inventivité dans l’immonde et rien sur les Arabes, les Noirs, les islamistes, les « vrais » discriminés du camp du Bien, celui de Mehdi?

Je n’ai pas la réponse. C’est toi qui l’as et c’est Mehdi qui la recouvre aujourd’hui de son verbiage pseudo-littéraire qui ne trompe personne, et surtout pas les vrais amoureux de la littérature.

« Au revoir et merci, je me suis bien amusé »  a dit Roman Kacew avant de se suicider. Mais Mehdi Meklat / Marcelin Deschamps n’est ni Romain Gary, ni Emile Ajar. Et pour le Goncourt, ce n’est pas pour demain, quoique, au rythme où vont les choses… Marcelin auras-tu été une personnage de fiction sur Tweeter – qui est à la littérature et à l’art en général, ce que Black M est à la grande musique – ou un Marcelin-Hyde double assumé permettant à Docteur Jekyll-Meklat de dire sinon le fond de sa pensée, du moins de se faire le porte-voix des exclus des banlieues, de tous ces « indigènes » habités par la violence contre les Juifs et les homosexuels. C’est Mehdi qui nous explique aujourd’hui qu’il partageait avec Marcelin cette violence

Nous n’avons plus qu’à demander à Mehdi de te faire revivre pour nous éclairer. Tiens, une idée me vient : et si Mehdi, le futur grand écrivain, nous faisait le coup du buzz-happening littéraire en prenant Marcelin pour sujet de son prochain livre. Mieux : écrit par Marcelin lui-même ! Le Seuil trouvera ça tellement chic et transgressif, Pascale Clark et Claude Askolovitch si brillant et jouissif, Edwy Plenel y verra un pied de nez magistral au parti de la Haine. Comptons sur l’inventivité de Mehdi et le soutien de ceux qui lui veulent du bien. On va enfin rire !

Le Québec est-il structurellement raciste?

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Manifestation de soutien aux victimes de l'attentat contre une mosquée de Québec, à Montréal, janvier 2017. SIPA. AP22007645_000005
Manifestation de soutien aux victimes de l'attentat contre une mosquée de Québec, à Montréal, janvier 2017. SIPA. AP22007645_000005

Au Québec, plusieurs évènements récents ont créé un tel climat de tension que certains acteurs politiques se sentent autorisés à prôner un grand nettoyage. L’actualité a effectivement contribué à faire sortir de l’ombre une gauche régressive qui se montre plus intolérante que jamais envers ses adversaires, mais dont le mandat est évidemment de prôner la tolérance sur toutes les tribunes.

Deux concepts servent maintenant à justifier la javellisation idéologique du Québec : le « racisme systémique » et la « culture du viol ». Si les deux notions n’entretiennent en apparence aucun rapport, elles n’en demeurent pas moins liées par un objectif commun : celui de purifier la société québécoise. Les représentants de la vertu tentent d’imposer de nouvelles mesures d’hygiène sociale à un peuple qu’il faudrait dompter comme un animal sauvage.

Le « racisme systémique »

La tuerie qui a fait six victimes dans une mosquée de Québec le 29 janvier dernier a permis à certains milieux d’intenter un procès médiatique à l’ensemble du peuple québécois pour racisme et xénophobie. Même le Premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a sauté sur l’occasion pour accuser le principal parti d’opposition (le Parti québécois) d’avoir engendré un climat de haine propice aux dérapages « ethno-nationalistes ». En Chambre, Couillard a accusé le Parti québécois d’être « l’auteur » de ces « évènements malheureux» en raison de son scepticisme par rapport au multiculturalisme, ce qui a immédiatement suscité l’indignation chez les souverainistes.

Pour témoigner de sa bonne foi en matière de diversité culturelle, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, avait pourtant proposé quelques jours après le drame que des inspecteurs soient chargés de surveiller les employeurs qui pourraient faire preuve de discrimination à l’embauche. Ce n’est pas dans un ancien État confédéré des États-Unis que cette initiative a vu le jour, mais bien au Québec. Le débat est si intense et la réalité si déformée que des observateurs étrangers pourraient penser que le Canada français pratique la ségrégation raciale.

À en croire certains idéologues qui occupent des chaires de recherche dans les universités, le Québec serait structurellement raciste. En fait, tout l’imaginaire québécois serait marqué par une tentation génocidaire, laquelle se serait d’abord manifestée contre les autochtones lors de la conquête de l’Amérique. Le racisme serait une pulsion tribale qui coulerait dans les veines de tout Québécois « de souche » attaché un tant soit peu à son héritage culturel.

La « culture du viol »

Des histoires de harcèlement sexuel impliquant des personnalités publiques et des cas de viols malheureux perpétrés sur un campus universitaire ont également convaincu certaines personnalités de parler d’un phénomène congénital affectant l’ensemble de la société. La députée du parti de gauche Québec solidaire, Manon Massée, considère que la lutte contre culture du viol doit être une priorité gouvernementale. Non seulement le Québec serait structurellement raciste, mais il serait structurellement violeurPour faire face à la situation, l’Université Laval, à Québec, a annoncé la semaine dernière que des brigades allaient être créées pour chaperonner les soirées étudiantes susceptibles de mener à des dérives sexuelles.

La gauche régressive n’attend d’ailleurs jamais que la justice fasse son travail avant de lyncher, dans un style moyenâgeux, toute personne soupçonnée de ce genre d’inconduite. L’histoire de la dénommée Alice Paquet en témoigne : en octobre 2016, à l’occasion d’un évènement à caractère féministe, la jeune fille s’est empressée de prendre la parole pour dénoncer l’agression sexuelle qu’un député était censé lui avoir fait subir. Elle a mis le feu aux poudres et de grandes marches de soutien à toutes les victimes de viol ont suivi sa dénonciation. Aucune accusation n’a pour le moment été retenue contre le député en question, mais les radicaux l’assurent : il est coupable !

Ce sont bien sûr les mêmes féministes qui nous invitent à changer notre rapport à la sexualité et nous interdisent d’émettre la moindre réserve au sujet des coutumes machistes et rétrogrades que certaines personnes issues des communautés culturelles entretiennent au nom de leur religion. Jusqu’à aujourd’hui, aucune grande manifestation n’a été organisée pour protester contre les mariages forcés qui se multiplient dans les grandes villes.

La gauche régressive peut bien prétendre combattre tous les préjugés du monde, elle devra réaliser que son propre projet s’inscrit dans une démarche de purification de la société aux velléités totalitaires. Son but : la création de ce qu’elle appelle des « safe spaces », c’est-à-dire des espaces totalement hermétiques où toute liberté d’expression (et même d’action) est soigneusement encadrée par des gardiens de la morale.

 

Genre démodé

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Tenue unisexe anti-UV. SIPA. 00790846_000001
Tenue unisexe anti-UV. SIPA. 00790846_000001

Ça va swinguer dans les dressings. Ce qui n’était jusqu’à présent qu’une tendance de niche parmi d’autres est en phase de devenir un trend, c’est-à-dire un mouvement fondamental et de longue durée. Place au « gender-fluid » !

D’après The Metropolist, la revue la plus branchée d’outre-Manche, « la fluidité du genre » consiste à « offrir la liberté égale de s’habiller à tout un chacun, quels que soient ses chromosomes ». En pratique, le phénomène consiste à supprimer, doucement mais sûrement, les rayons « hommes » et « femmes » au profit d’espaces « unisex ». À Londres, Selfridges a d’ores et déjà aménagé trois étages dédiés à la mode « neutre ». Le géant Zara suit timidement, proposant sa première collection « Ungendered », articulée autour des essentiels de la garde-robe casual : tee-shirts, jeans, joggings et sweat-shirts.

Adeptes des cloisonnements vestimentaires préhistoriques, sachez que votre combat est perdu d’avance. Selon un sondage publié par les universitaires Philip Cowley et Robert Ford dans leur ouvrage More Sex, Lies and the Ballot Box, à peine 48 % des hommes en Grande-Bretagne et 32 % en France et en Allemagne se sentiraient pleinement « mâles ». La situation serait encore plus troublante chez les dames : seulement[access capability= »lire_inedits »] 7 % des citoyennes britanniques se définissent en tant que « femmes » à 100 %, contre 4 % des Allemandes et 5 % des Françaises.

Patric DiCaprio, le jeune gourou new-yorkais de la mode post-genre et fondateur de Vaquera, marque leader de ce secteur, y a trouvé de quoi renforcer son propos : « Je m’intéresse aux gens normaux en dessinant mes vêtements car Vaquera s’inspire de leur quotidien. » On ne l’aurait jamais deviné, en admirant son petit copain paré d’une robe blanche de mariée à la fin du défilé de l’été dernier…[/access]

Meklat, Théo, Traoré: la lumpenisation des esprits

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theo adama traore mehdi meklat
Manifestation contre "les violences policières", Paris, février 2017. SIPA. AP22016319_000002.
theo adama traore mehdi meklat

Finalement ce que raconte l’épisode du fameux Mehdi Meklat, c’est une vieille histoire. Marx (toujours lui) nous en parlait déjà, en 1852, dans le 18 brumaire de Louis-Napoléon. C’est l’utilisation du « lumpenprolétariat » à son profit exclusif par l’oligarchie et les dominants.

Au contraire de Bakounine fasciné par la pègre, Marx n’y allait pas par quatre chemins, écoutons le décrire la petite masse de manœuvre dont s’était servi Louis-Napoléon pour son coup d’État : « des roués ruinés n’ayant ni ressources ni origine connues… […] les rebuts et laissés pour compte de toutes les classes sociales, vagabonds, soldats renvoyés de l’armée, échappés des casernes et des bagnes, escrocs, voleurs à la roulotte, saltimbanques, escamoteurs et pickpockets, joueurs, maquereaux, patrons de bordels, portefaix, écrivassiers, joueurs d’orgue de barbarie, chiffonniers, soulographes sordides, rémouleurs, rétameurs, mendiants, en un mot toute cette masse errante, fluctuante et allant de ci-de là que les Français appellent « la bohème ». »

L’alliance de la bourgeoisie et des couches moyennes privilégiées

Avec Mehdi Meklat et son compère Badrou nous avons le concentré d’un « lumpen » modernisé, des garçons qui se rattachent à cette culture et ces comportements de petits voyous violents et sans cervelle. La lecture de leur tweets et de leurs grotesques bouquins en est une preuve irréfutable.

Ils sont comme ceux qui ont mis en coupe réglée des quartiers entiers, qui pourrissent la vie des gens, qui affichent des casiers judiciaires longs comme le bras, désorganisent des établissements scolaires entiers, agressent professeurs, policiers et pompiers et sont instantanément transformés en victimes par les belles âmes dès lors que la République essaie de temps en temps, de remettre un peu d’ordre. Le plus grave étant qu’ils pourrissent d’abord la vie de leurs voisins, obligeant ceux qui le peuvent à partir, et d’autres à la résignation et à l’impossibilité d’une intégration qu’ils sont pourtant nombreux à souhaiter.

Et ce sont ainsi des quartiers entiers qui doivent porter le stigmate de «sensibles» ou de «difficiles», que cette petite pègre a classiquement retourné pour en faire un étendard. Et que les  duettistes brandissent fièrement sous le regard énamouré de petits-bourgeois avides de sensations.

Un prolétariat de substitution

Parce que ce pourrissement ne gêne en rien les couches dominantes, cette alliance de la bourgeoisie et des couches moyennes privilégiées qui, calfeutrées dans leurs métropoles connectées, savent qu’elles ont besoin d’éboueurs, de livreurs, de femmes de ménage, caissières à temps partiel, plongeur dans les restos branchés. Payées au lance-pierre, si possible au noir, toutes ces activités de services  rendent la vie dans les centres de ces grandes villes si agréable. Et puis c’est pratique, on ne les voit pas, les éboueurs et les femmes de ménage, c’est tôt le matin, les plongeurs c’est tard le soir, et pour circuler c’est sous la terre comme à Paris, parce que les pauvres n’y ont pas le droit de rouler en surface. On voit d’ailleurs se dessiner une ethnographie particulière de cette immigration de service. Les nouveaux domestiques des habitants des villes mondialisées sont en général originaires d’Asie, Pakistan, Inde, Sri Lanka, Philippines, et d’Afrique subsaharienne aussi. L’immigration maghrébine y est peu présente, et dans sa partie désocialisée vit assez mal cette cohabitation dans les cités. Les asiatiques en savent quelque chose.

Que ces gens vivent dans une périphérie dégradée et sous la coupe de la pègre et de la racaille, les bourgeois bohèmes pourraient s’en moquer, mais en fait ça les arrange. Ceux qui vivent dans ces ghettos sont trop exploités, trop divisés, trop fatigués pour se révolter, mais comme on ne sait jamais, on va laisser le gauchisme culturel et politique et sa bêtise crasse porter au pinacle la part désocialisées et violentes de ces populations. Jamais on n’entend un mot des belles âmes quand un chinois se fait massacrer, un Pakistanais agresser, ou une Philippine violer. En revanche c’est un concert de glapissements dès lors que l’on effleure un de leurs protégés.

Voilà des gens, mélange de jobards et de Marie-Chantal, que le matérialisme rebute, que les couches populaires révulsent, et qui passent leur temps à se chercher des prolétariats de substitution pour faire genre, et surtout pour que rien ne change. Dans leur jargon, Foucault et le dernier Deleuze nous disaient déjà il y a un moment, que c’était les fous, les psychopathes, et les tueurs qui étaient les rédempteurs. Aujourd’hui, ce sont des abrutis acculturés violents et des religieux intégristes qui seraient le sel de la terre. Il suffit de lire les invraisemblables défenses et justifications de Meklat, toutes de contorsions ridicules, que nous ont délivré ses soutiens, pour mesurer la gravité du mal.

La révolte gronde

Malheureusement, cette passion pour Meklat se rattache à deux précédents récents, ceux des affaires Adama Traoré et Théo. Les Français n’aiment pas leur police, c’est une tradition culturelle, on le sait depuis François Villon en passant par Georges Brassens et Renaud. C’est en jouant sur ce réflexe qu’on a monté en épingle ces deux affaires en veillant à mettre le plus d’huile possible sur le feu. Des informations fiables établissent que Traoré était un de ces petits caïds au casier judiciaire chargé redouté dans son quartier, décédé au moment d’une arrestation sans que jusqu’à présent les causes de sa mort puissent être rattachées à des violences commises par les gendarmes à cette occasion. Pour bien connaître la façon dont se passe une information judiciaire, brandir le « mensonge d’État » pour faire instantanément de Traoré un héros martyr, relève du réflexe pavlovien. Concernant Théo, l’IGPN qui n’est pas connue pour être tendre avec les flics, a retenu la thèse de l’accident confortée par des témoignages et des images de vidéosurveillance. De toute façon une information judiciaire a été ouverte et l’auteur du coup à l’origine d’une blessure grave a été mis en examen pour viol. Mais de la même façon, Théo a immédiatement été canonisé saint et martyr, sans que les informations sur son comportement, les causes de son interpellation, et son passé, n’intéressent grand monde.

Mais ce qui est grave, comme le soutien apporté à Meklat, c’est l’attitude des belles âmes. Le président de la République en fonction (?), à ce titre patron de la police, n’a pas jugé bon de se déplacer au chevet des deux policiers grands brûlés à Viry-Châtillon. Cela ne l’a pas empêché de se précipiter au chevet du jeune Théo, prenant ainsi parti par cette provocation indigne, dans une affaire dont la justice était pourtant saisie. Que dire des appels à la manifestation de Bobigny dont on savait très bien qu’elle dégénérerait grâce à la petite pègre, de cette obscène pétition des artistes, de l’attitude de la presse nationale ?

Mais enfin, ne voyez-vous pas cette insurrection qui monte, ces couches populaires qui sont en rage et ne vous supportent plus ? Cette police aujourd’hui hors de contrôle, cette gendarmerie dont les études assez fines montrent que ses membres votent majoritairement Front national, Marine Le Pen annoncée à près de 30 % au premier tour de la présidentielle ? Vous ne sentez pas que cela pourrait très mal tourner ? Vous pensez vraiment que l’élection de Macron va vous permettre de continuer comme si de rien n’était ? Et c’est pour cela que vous continuez à jouer les boutefeux ?  Mais enfin, mesurez-vous votre responsabilité ?

Comme d’habitude, on voit à quoi sert cette alliance millimétrée de l’oligarchie et des gauchistes culturels ou politiques, les libéraux et libertaires main dans la main. Qui rêvent d’une société acculturée, communautarisée, divisée et segmentée, gibier facile pour l’exploitation,  au sein de laquelle on laisse se développer, voire porter aux nues, une délinquance violente chronique, que l’on va actionner pour contrôler ou déconsidérer ceux qui auraient vraiment envie de se révolter face au sort qui leur est fait et à celui qui les attend.

Ils se révolteront quand même, et pas sûr que cela soit festif.

Le dix-huit brumaire de Louis Bonaparte

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Marine Le Pen a bien fait de refuser de se voiler

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Marine Le Pen refuse de porter le voile qui lui est tendu à Beyrouth, février 2017. SIPA. AP22017146_000001
Marine Le Pen refuse de porter le voile qui lui est tendu à Beyrouth, février 2017. SIPA. AP22017146_000001

Grand scandale, disent les officiels libanais. Opération de com’, fulminent les journaux bien-pensants français. Marine Le Pen a refusé de se voiler pour rencontrer le mufti — sur lui « sottise et bénédiction », comme dit Voltaire. Walid Joumblatt éructe : « Une insulte envers le peuple libanais et le peuple syrien » ! C’est peut-être là la clé, comme le remarque au passage l’Orient le Jour : la présidente du FN a soutenu Assad dans sa guerre contre les islamistes, sans doute un crime originel dans l’Orient compliqué.

Il y a deux façons d’analyser le refus de MLP — l’une et l’autre au regard du proverbe fameux, « à Rome, fais comme les Romains ». Soit elle devait porter le voile pour se conformer aux coutumes locales — mais alors, elle est dans son droit lorsqu’elle condamne le port du voile en France, parce qu’il n’est pas dans les coutumes françaises d’arborer dans la rue des signes de superstition et de soumission. Soit elle a bien fait de ne pas le porter (et de Michelle Obama, en 2015, à Angela Merkel, en 2010, en passant par Madeleine Albright — en 1999 —, elle a un bon nombre d’illustres devancières qui, à chaque fois, ont été encensées par les mêmes bien-pensants français), parce qu’elle défend le droit pour les femmes de porter haut la tête, et alors il faut l’interdire en France, pays des Droits de l’homme et de l’égalité des sexes.

Dans tous les cas…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

Le prédicat, un nivellement par le bas

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Cahier de grammaire d un écolier, Sarthe, mars 2016. SIPA. 00749347_000010
Cahier de grammaire d un écolier, Sarthe, mars 2016. SIPA. 00749347_000010

Comme l’a très bien montré Ingrid Riocreux, certains journalistes n’ont pas hésité, tout en se muant en spécialistes auto-proclamés de l’enseignement du français, à reprocher à ceux qui s’indignaient de l’apparition du prédicat de s’attacher à un détail. On pourrait inversement se demander si d’autres ne se sont pas servis du prédicat pour faire oublier tout le reste. Tout comme on a accusé les pourfendeurs de la réforme d’être réfractaires à tout changement, dans le seul but d’éviter le débat. Pour ne jamais traiter des problèmes de l’islamisme, on taxe d’islamophobie. Pour ne jamais remettre en cause les réformes de l’école, on taxe désormais d’« antipédagogisme ».

En effet, si le prédicat a depuis plusieurs semaines polarisé le débat dans les médias, on est en droit de se demander si, dans les nouveaux programmes de français du cycle 3 (du CM1 à la sixième), le plus aberrant n’est pas l’abandon d’une immense partie du programme au motif que « c’est trop compliqué ». Jugez plutôt : L’étude de l’impératif et du passé composé relégués en cinquième (alors même qu’il doit être abordé lors de l’accord du participe passé, c’est-à dire en CM1), le passé simple réservé à la 3ème personne du singulier, disparition des sous-catégories des déterminants et des pronoms, sans même parler des types et formes de phrases, du plus que parfait, du futur antérieur, du conditionnel et enfin des fameux compléments.

L’obsession de la simplification

Les enseignants de collège – dont j’ai fait partie pendant longtemps – se plaignent sans cesse que les élèves arrivent avec d’immenses lacunes en français en 6ème et qu’il est déjà trop tard. L’Education nationale a résolu le problème : pour réduire les lacunes, on évite d’en apprendre trop. Imparable.

« Inscrivez dans l’enseignement un outil permettant d’aborder les phrases de manière plus simple et concrète et vous serez accusé de vouloir décerveler les enfants » écrivait, sans aucun parti pris, le journaliste Frantz Durupt dans Libération le 19 janvier, sans se demander un seul instant en quoi la simplification était nécessairement un gain et pas plutôt une perte. Non, pour lui, l’absence de simplification est obligatoirement suspecte et ne peut être motivée que par la volonté de construire « une école qui sert à faire barrage à une grande partie de la population pour sélectionner une élite » comme l’affirme le sociolinguiste Philippe Blanchet.

Quel peut bien être l’intérêt de simplifier des choses qui n’ont jamais été compliquées ? Pour ne parler que de ce que je connais, s’il y a bien une chose que les élèves savent faire assez facilement, c’est repérer les COD, les COI et tous les compléments en général dans une phrase. Quant à l’abandon de plus en plus généralisé de l’enseignement des conjugaisons, il illustre parfaitement l’impasse où nous a conduits peu à peu le renoncement au « par cœur », certes inutile quand il est utilisé pour apprendre bêtement des leçons sans les comprendre, mais indispensable pour les savoirs de base, comme conjuguer et savoir compter. Seulement cela demande un effort et cela requiert également un accompagnement à la maison. Doublement inenvisageable dans cette école égalitariste et soumise au diktat du confort des parents, qui n’a trouvé d’autre moyen pour instaurer un semblant d’égalité que d’abaisser le niveau des uns pour déculpabiliser les autres.

« On doit enseigner une grammaire rentable »

Les inventeurs de ces nouveaux programmes semblent également avoir oublié à quel point l’apprentissage de la grammaire aide à l’apprentissage de l’orthographe, et pas seulement pour l’accord du COD placé avant le verbe. En outre, l’analyse grammaticale un peu poussée est excellente pour développer la logique et le raisonnement et n’est pas non plus très éloignée de l’arithmétique.

Mais que peut-on encore attendre d’une école qui depuis des années cherche à en apprendre moins aux enfants que ce qu’elle a appris ? Ce raisonnement qui consiste à penser à la fois que les élèves apprendront mieux si on leur en apprend moins et qu’il ne faut leur enseigner que ce qui leur sera nécessaire n’est pas seulement réducteur, il est également totalement contre-productif. Il oublie tout le plaisir qu’il peut y avoir à comprendre des choses complexes, à résoudre des problèmes, à maîtriser une discipline. La visée finale de l’école n’est plus de transmettre une culture, de former des esprits libres, capables de penser par eux-mêmes mais de n’enseigner que le strict nécessaire afin de former une classe d’âge qui sera apte à s’intégrer au marché du travail.

« La grammaire est inutilement compliquée ! » écrivait Danièle Manesse, professeur de sciences du langage, pourtant loin d’être aussi radicale que certains des cerveaux qui ont pondu la réforme. Puis celle-ci d’ajouter : « on doit enseigner une grammaire rentable ». Elle a été exaucée au-delà de ses espérances.

Pour aller travailler, les Français préfèrent polluer

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vélo transport en commun Paris bobo
Selfie de Tony Estanguet avec Valérie Pecresse et Anne Hidalgo (Sipa : 00774804_000001)
vélo transport en commun Paris bobo
Selfie de Tony Estanguet avec Valérie Pecresse et Anne Hidalgo (Sipa : 00774804_000001)

C’est avec la froideur propre aux statistiques que l’Insee nous révèle cette donnée inavouable : à peine 2 % des Français vont au travail à vélo ! Intraitable, l’Institut des Chiffres estime leur nombre exact à 500 000, soit environ 1,9 % des « actifs », et dresse leur portrait-robot.

Le travailleur vertueux est plutôt diplômé, souvent cadre, habite en centre-ville et son trajet quotidien ne dépasse pas les quatre kilomètres (faut pas exagérer quand même). Il gagne sa vie par une « activité récréative », dans les arts ou le spectacle, mais il s’en trouve aussi dans l’administration publique, l’enseignement et la communication. Vous risquez d’en croiser surtout en Isère, en Gironde, en Haute-Garonne, dans le Haut et le Bas-Rhin, ainsi qu’en Guyane et bien évidemment à Paris.

Banlieusards, artisans et ouvriers ne semblent pas savoir pédaler, et[access capability= »lire_inedits »] seul 1 % des agriculteurs utiliseraient leur bicyclette. L’étude nous apprend aussi que les Français sont d’indécrottables pollueurs puisqu’ils sont encore 70,6 % à préférer la voiture pour se rendre au turbin, quand trop peu (14,8 %) de bons citoyens privilégient la socialisation dans les transports en commun aux heures de pointe.

Quant aux rollers, aux skates et aux trottinettes, l’Insee ne les évoque même pas, sans doute pour cause de chiffre infinitésimal. Décidément, ce pays est trop vieux.[/access]

Pologne-UE: la carotte est le bâton

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Manifestation étudiante en faveur de liens plus étroits entre la Pologne et l'Union européenne, janvier 2017. SIPA. AP22005235_000006
Manifestation étudiante en faveur de liens plus étroits entre la Pologne et l'Union européenne, janvier 2017. SIPA. AP22005235_000006

« Permettez-nous d’agir en accord avec notre Constitution et non pas avec votre vision de notre Constitution. ». Telle a été, en substance, la conclusion imposée par le ministre polonais des Affaires étrangères, Witold Waszczykowski, à un vif échange qui l’a opposé à Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne, lors de la dernière conférence sur la sécurité de Munich. Bien que le Polonais ait eu tort, dans la mesure où les agissements de l’actuel gouvernement de Droit et Justice sont anticonstitutionnels, il serait difficile de critiquer sa réaction. Le conflit entre la Commission européenne et la Pologne, au sujet du fonctionnement du Tribunal constitutionnel polonais, dure depuis un an. Et depuis un bon moment déjà, plus personne n’est dupe quant à son issue. D’un côté, la Pologne ne sortira pas de l’Union européenne, malgré les vagues menaces des diplomates polonais qui n’hésitent pas à multiplier les allusions au Brexit. De l’autre, Bruxelles ne déclenchera pas à l’encontre de la Pologne « la procédure de l’article 7 », c’est-à-dire une sanction gravissime et à ce titre jamais employée, prévue dans le cas du non-respect de l’état de droit par un pays-membre.

Cette impuissante Union européenne

Si un éventuel Polexit ne peut pas entrer en ligne de compte, c’est parce que la majorité des Polonais demeure farouchement euro-enthousiaste. Et si l’Union européenne ne privera pas la Pologne de son droit de vote au sein du Conseil européen, c’est parce que la Hongrie s’y opposerait, compromettant ainsi l’unanimité requise dans ce cas de situation. Par ailleurs, le grand paradoxe de l’affaire réside dans le fait que les deux pays-membres de l’UE les plus critiqués par les eurocrates, la Pologne et la Hongrie, restent les plus favorables à cette institution avec, respectivement, 72% et 62% des citoyens satisfaits d’en faire partie, selon un sondage du Pew Research Center de juin 2016. Bruxelles n’aurait-elle pas tout intérêt à abandonner le rêve d’une union politique, à revoir ses compétences à la baisse et à laisser à ses membres une marge de manœuvre plus large que ne le prévoit le Traité de Lisbonne ? Avant de tenter d’y répondre, il nous faut revenir sur les éléments- clés du désaccord entre la Commission européenne et la Pologne.

Parler de « désaccord » supposerait en outre qu’il y ait eu un dialogue, alors que c’est précisément ce qui a fait défaut dans les rapports tendus entre Bruxelles et Varsovie. La crise a commencé en novembre 2015 lorsque le nouveau parti au pouvoir, Droit et Justice dirigé par Jaroslaw Kaczynski, a entrepris de se soumettre le Tribunal constitutionnel en modifiant, dans le cadre d’une procédure accélérée, la loi le concernant. Ainsi a été introduite la possibilité d’annuler les désignations de juges effectuées par l’assemblée précédente, dans laquelle les députés de la libérale Plateforme civique avaient la majorité, et de proposer de nommer cinq nouveaux juges. Les modifications ont également réduit  la durée des mandats du président et du vice-président du Tribunal. Le sénateur de Droit et Justice, Stanislaw Piotrowicz, anciennement illustre membre du Parti ouvrier et responsable notamment de la condamnation d’un activiste de l’opposition démocratique pendant l’état de guerre en 1981, a expliqué cette atteinte par la nécessité de « réformer » le pays. Un Tribunal constitutionnel dans lequel les juges élus par la Plateforme civique auraient gardé leurs sièges, rendrait l’ambitieux projet impossible. Inutile de s’étendre sur le caractère autocratique d’un tel raisonnement, que la légitimité de Droit et Justice de mener les réformes en vertu de la victoire électorale, ne suffirait à justifier. Le parti de Kaczynski a réussi à restreindre drastiquement les prérogatives et l’indépendance du Tribunal vis-à-vis de l’exécutif, suscitant l’indignation y compris parmi ses propres électeurs.

La Commission européenne a réagi presque immédiatement en demandant des explications au gouvernement polonais. C’était la chose à faire, vu l’ampleur des manifestations qui ont paralysé toutes les grandes villes polonaises. Le gouvernement s’est néanmoins hâté de publier dans le journal officiel le texte de la nouvelle loi sur le Tribunal constitutionnel et, au lieu de répondre à la Commission, a envoyé la Première ministre Beata Szydlo à Bruxelles. Sans surprise, elle a pu y compter uniquement sur le soutien de deux eurodéputés du FN. A cet exemple, Nicolas Bay a taxé de « scandaleuses » les accusations des eurocrates et a encouragé le gouvernement polonais à poursuivre ses réformes. Le souci c’est qu’il n’y avait rien de « scandaleux » dans la demande d’explications adressée aux Polonais. Comme l’a justement remarqué Guy Verhofstadt, qui préside les démocrates et les libéraux au Parlement européen, le démantèlement du Tribunal constitutionnel ne figurait pas au programme électoral de Droit et Justice. Pas plus que les « réformes » dans le domaine des organismes publics de radiodiffusion d’où ont été virés tous les journalistes soupçonnés de sympathie pour les partis de l’opposition. Par contre, ce qu’on pouvait qualifier de scandaleux c’était le débat-même à Bruxelles, lors duquel les leçons de morale et les comparaisons entre la Pologne de Kaczynski et la Russie de Poutine avaient de quoi rendre europhobe. Reste que Droit et Justice aurait pu éviter cet affront, tout d’abord en respectant les Polonais qui méritent de vivre dans un état de droit, ensuite en renonçant aux mesures controversées. Car en effet, en mars de l’année dernière, le Tribunal a jugé la nouvelle loi anticonstitutionnelle. Toutefois, jusqu’à présent, son arrêté n’a pas été publié au journal officiel conformément à une décision de madame Szydlo. La Commission européenne a de nouveau réagi et le gouvernement polonais a de nouveau feint de l’ignorer.

« Vous avez voulu la démocratie, alors vous avez la démocratie. »

L’aspect le plus triste de ce feuilleton, du moins pour les 72% de Polonais qui croient toujours dans les institutions européennes, relève de l’impuissance de celles-ci à influer sur les décisions arbitraires et illégitimes de gouvernements des pays-membres. Il est évident que l’Union ne passera pas à la dernière étape de la procédure des sanctions, au moment le plus incertain de son histoire, avec les élections prévues en France, en Allemagne et aux Pays-Bas, les négociations liées au Brexit et, pour finir, la crise des migrants laborieusement balayée sous le tapis. En soi, ce n’est pas une mauvaise nouvelle. Parce que les sanctions européennes ne toucheraient pas exclusivement Droit et Justice, mais tous les Polonais dont 48% estiment pourtant que c’est la Commission européenne qui a raison d’exiger du gouvernement polonais le respect des règles démocratiques.

Il est donc d’autant plus révoltant d’apprendre avec quel acharnement les petits soldats de la bien-pensance incitent, à coup de rapports et d’avis d’experts, la Commission européenne à sortir le bâton. Amnesty International, Human Rights Watch, Reporters Sans Frontières, la Fédération internationale des Droits de l’Homme, et on en passe, ont enjoint la Commission d’activer « la procédure de l’article 7 » dans une lettre datée du 16 février. On doute fort des bénéfices de cette action vertueuse pour la démocratie en Pologne. C’est grâce à la mobilisation des Polonais, et sans que de quelconques sanctions aient été engagées, que le gouvernement conservateur a retiré son projet de loi ultra-restrictive sur l’avortement et a maintenu l’accès des journalistes aux débats parlementaires après le leur avoir temporairement retiré. Et bien que la popularité de Droit et Justice ait baissé, elle atteint toutefois les 36%, faisant des odieux populistes le plus populaires des partis polonais. Il nous reste à citer Janusz Korwin-Mikke, eurodéputé polonais du Congrès de la Nouvelle droite : « Je déteste la démocratie ! Droit et Justice a gagné les élections. Vous avez voulu la démocratie, alors vous avez la démocratie. Et si vous croyez que Droit et Justice est un mauvais parti, je suis d’accord avec vous. Mais puisque les Polonais les ont élus, réfléchissez à quoi devait ressembler le gouvernement précédent ! ». Laissons donc aux Polonais l’opportunité de rectifier le tir lors des prochaines élections.

François Bayrou, une trahison de lui-même

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François Bayrou et Emmanuel Macron au sommet du col du Tourmalet pendant le Tour de France, juillet 2016. SIPA. 00775337_000003
François Bayrou et Emmanuel Macron au sommet du col du Tourmalet pendant le Tour de France, juillet 2016. SIPA. 00775337_000003

Il est certes moins douloureux d’être déçu par quelqu’un qui a été un adversaire politique et idéologique que par quelqu’un dont vous vous sentez proche. Pourtant, François Bayrou m’a profondément déçu hier après-midi. Car, au risque de provoquer ici et là quelques quolibets, j’avais conservé pour cet homme une estime et un respect malgré tous les désaccords qui nous opposaient, en premier lieu sur la reine des batailles, celle de l’Europe. Cet homme, l’un des rares de notre vie politique à écrire encore, d’une belle plume, ses livres lui-même, a toujours montré un enracinement. Il est l’un des rares à inscrire son engagement politique dans l’histoire et la géographie de notre pays. A en connaître et en respecter sa culture et sa langue. C’est d’ailleurs au nom de cet enracinement qu’il a été le procureur le plus impitoyable de la candidature d’Emmanuel Macron, cet « hologramme » serviteur des plus gros intérêts financiers, selon ses propres mots. Il posait évidemment le bon diagnostic sur cette candidature hors-sol qui s’assumait, précisant, le front même pas rosi, que la culture française n’existait pas.

Au service de la finance et de Pierre Bergé

Ce ralliement, que François Bayrou travestit, sans doute pour s’en convaincre lui-même, en « alliance », est une trahison. Pas la trahison d’un camp, d’un secteur de l’électorat ou même d’idées, la dernière étant bien plus importante que les deux premiers. Il s’agit d’une trahison de lui-même, la plus grave. Parce qu’au fond de lui, François Bayrou sait très bien qu’Emmanuel Macron élu, il ne sera pas celui, qui, par miracle, deviendra l’adversaire déterminé des intérêts financiers et des « puissances de l’argent », puisqu’il en est précisément le serviteur zélé. Sous le Second Empire, on aurait même parlé de candidat officiel. Parce qu’au fond de lui, François Bayrou savait qu’il y avait un chemin – certes escarpé mais il connaît bien la montagne – pour une campagne justement dirigée contre les candidats liés à ces intérêts : Emmanuel Macron comme François Fillon, dont les liaisons dangereuses avec un célèbre assureur résonnaient tant avec le projet de réforme de la sécurité sociale. Que le candidat de la sagesse contre toutes les aventures, c’était lui, et que dans une campagne plus incertaine que jamais, les 40% d’indécis pouvaient finalement faire la différence.

Alors certes, il n’avait peut-être pas les moyens financiers, il ne pouvait peut-être pas prendre le risque d’être ruiné et de terminer sa carrière en dessous du seuil fatidique et symbolique des 5%. Mais à choisir, finalement, entre Fillon et Macron, n’était-il pas plus proche, par bien des égards, du Sarthois ? N’avait-il pas porté en 2012 le même projet que le candidat LR d’aujourd’hui, obsédé par le poids de la dette et de la remise en ordre des finances publiques ? N’avait-il pas plaidé à l’époque pour le même projet – sang et larmes compris ?

Au bonheur de la dame

Ce ralliement à la caricature du marketing électoral est bien piteux, François Bayrou. Vous voilà désormais avec Jacques Attali, l’homme qui peste contre l’enracinement, Pierre Bergé, l’homme qui explique qu’on peut bien prêter son utérus puisque les ouvriers prêtent leurs bras, et Patrick Drahi qui symbolise aujourd’hui la mainmise du fric sur les médias. Vous voilà condamné à subir une recomposition low-cost, et prendre le risque d’offrir à Marine Le Pen l’adversaire dont elle rêve nuit et jour.

Cette recomposition dont nous avons rêvé chacun de notre côté autour des questions centrales de l’Europe et de la mondialisation, la recomposition autour de Bayrou et Chevènement ou entre Bayrou et Guaino, oui bien sûr, cela aurait eu de la gueule, de la culture de l’érudition. Cela sentait bon la France éternelle. Mais entre Le Pen et Macron ! Vous rendez-vous compte, François Bayrou, de la défaite que vous actez ? J’en suis certain, en fait. Charles Péguy, que vous vénérez, aurait vomi le progressisme d’En Marche : cette phrase, vous l’avez confiée très récemment à une de mes consoeurs. Il y a quelques semaines, nous étions ensemble au cimetière Montparnasse pour dire adieu à William Abitbol. Vous y étiez même la seule personnalité politique de notre pays et j’avais été touché que vous fassiez le déplacement depuis Pau entre Noël et Saint-Sylvestre pour les obsèques de cet homme aux idées aux antipodes des vôtres. C’est sans doute pour cette raison que je ne voulais pas croire à ce piteux ralliement d’hier, mes sentiments l’emportant sur ma froide observation de la vie politique. Finalement, l’observateur de la vie politique peut, lui aussi, avoir ses faiblesses.

 

Retrouvez tous les articles de David Desgouilles sur son blog Antidote

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Benoît Hamon reçu par la rédaction du Bondy Blog (2014). Sipa. Numéro de reportage : 00697162_000013.
bondy blog devecchio antiracisme banlieues
Benoît Hamon reçu par la rédaction du Bondy Blog (2014). Sipa. Numéro de reportage : 00697162_000013.

Daoud Boughezala. Vous avez côtoyé Mehdi Meklat au sein de la rédaction du Bondy blog. Quel bilan tirez-vous de cette entreprise lancée après les émeutes de 2005 ?

Alexandre Devecchio. J’ai intégré le Bondy Blog en 2008 en même temps que la « prépa égalité des chances ». Cette prépa, entièrement gratuite et réservée aux élèves boursiers, est née de la volonté du Bondy Blog et de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille (ESJ Lille) d’ « ouvrir » davantage les grandes écoles de journalisme.  Ces dernières sont extrêmement coûteuses et représentaient un rêve inaccessible pour le fils de camelot que je suis. Je garde un très bon souvenir de cette expérience, qui m’a permis d’entrer au Centre de formation des journalistes de Paris (CFJ), et reste infiniment reconnaissant au Bondy blog pour cela.  Contrairement aux conventions d’éducation prioritaire (CEP) de Sciences Po, il  ne s’agissait pas d’un dispositif de discrimination positive ou d’un système de quotas. Banlieusards ou provinciaux, nous avons bénéficié d’un accompagnement scolaire et d’aides financières puis passé les concours de manière anonyme. Dans l’ensemble, l’ambiance était bon enfant : le soir et le week-end nous sortions boire des verres dans le vieux Lille. Certains prenaient de la bière du Nord, d’autres du Coca. Bref, la France périphérique des « petit blancs » et la France des banlieues vivaient ensemble dans une vraie mixité.

N’idéalisez-vous pas quelque peu le passé ?

Pas du tout. Dans cette bonne ambiance générale, certaines fractures affleuraient déjà. Une minorité d’étudiantes, qui étaient à l’époque apprenties journalistes au Bondy blog et qui aujourd’hui sont proches ou membres de la direction du site, faisait bande à part. Elles revendiquaient sans cesse leur « identité arabe » et se montraient parfois verbalement agressives à l’égard des autres élèves qu’elles semblaient considérer au choix comme des racistes en puissance ou des « collabeurs ».

Cette sécession culturelle rampante fait-elle du Bondy blog un territoire perdu du journalisme ? Gilles Kepel le dit acquis à l’idéologie des Frères musulmans

Le Bondy blog a le mérite de donner la parole sans filtre aux habitants des banlieues. Le site reflète donc assez fidèlement l’état d’esprit qui règne dans ces quartiers dit sensibles. L’évolution de la ligne éditoriale du Bondy blog depuis les émeutes de 2005 traduit l’évolution des mentalités dans ces quartiers ces dix dernières années, notamment la montée en puissance des revendications identitaires qui ont désormais pris le pas sur les revendications sociales et politiques. Lorsque j’écrivais au Bondy blog, le discours victimaire et communautaire était déjà dominant.  La majorité des blogueurs en faisait des tonnes sur les « discriminations » dont seraient victimes « les musulmans » et  relativisaient, voire niaient, toute  les autres dérives pourtant  omniprésentes en banlieues : pratiques mafieuses, sexisme, communautarisme, antisémitisme, homophobie, racisme anti-blanc.  La défense de la laïcité et la critique des « accommodements raisonnables » étaient perçues comme « islamophobes » par une partie des blogueurs tandis que la question du halal pouvait revenir de manière obsessionnelle.

A l’époque, ces tabous ne vous ont pas empêché d’y écrire, sans que vos petits camarades ne vous bâillonnent ni ne vous condamnent au bûcher !

Il était encore  possible de faire entendre une autre voix. Ce ne serait sans doute plus le cas aujourd’hui. La vague d’attentats des années 2015-2016 est passée par là et le discours islamo-gauchiste est devenu quasi hégémonique en banlieue. En témoigne notamment le succès grandissant des meetings des Indigènes de la République.  Il faut aussi souligner le changement générationnel à la tête du site. Il y a d’abord eu le départ d’Antoine Menusier, rédacteur en chef du site de 2007 à 2011, qui défendait une ligne laïque et anti-communautariste. Puis en mai 2016, celui de Nordine Nabili, membre fondateur et président du Bondy blog depuis dix ans. En mai 2016, Nordine Nabili, qui dirigeait le Bondy blog depuis dix ans, a passé la main. Nordine, pour qui j’ai une vraie tendresse, est ce qu’on appelle un « beurgeois ». Il appartient à la génération morale des années 80. Cette génération a fait de l’antiracisme et de la défense du multiculturalisme son fonds de commerce, mais n’en est pas moins le produit d’une intégration sociale et culturelle parfaitement réussie. Pour cette génération, l’islam n’était pas une question. La génération de Mehdi Meklat, qui est désormais aux manettes du site, est plus identitaire. C’est la jeunesse des émeutes de 2005 : celle de la désintégration culturelle et de la réislamisation.

Mehdi Meklat s’abrite derrière une licence artistique pour justifier ses tweets homophobes et antisémites lancés sous le pseudo de Marcelin Deschamps pour, prétend-il, « questionner la notion d’excès » (sic).  Que pensez-vous du choix de ses cibles (Charlie Hebdo, Caroline Fourest, Alain Finkielkraut…) et de sa rhétorique « anti-islamophobe » ?

Ses propos révèlent la dérive communautariste et identitaire que je viens de décrire. Medhi Meklat, qui a lancé les «éditions du Grand remplacement » utilise d’ailleurs exactement le même vocabulaire que les mouvances identitaires classées à l’extrême droite. Cette dérive dépasse malheureusement le cas du Bondy Blog et de Mehdi Meklat et tend à se banaliser en banlieue. « Nous partagions peut-être parfois une certaine colère » explique Medhi Meklat à propos de son « double numérique », Marcelin Deschamps. Ses tweets expriment la frustration et le ressentiment d’une jeunesse nourrie au lait de la victimisation et de la repentance. Dans mon livre,  Les Nouveaux enfants du siècle (Le Cerf, 2016), je qualifie cette jeunesse des cités de « génération Dieudonné ».

Avant de tourner casaque, Dieudonné était un parangon d’antiracisme célébré par tout ce que l’intelligentsia des années 1990 comptait de grandes consciences. Son cas vous rappelle-t-il le phénomène Mehdi et Badrou, hier encore chouchous des Inrocks, du Monde et de Télérama ?

Dieudonné est en quelque sorte la créature des docteurs Frankenstein de la « gauche morale ». Avant d’expliquer que « les juifs sont des négriers reconvertis dans la banque et la haute finance » et de chanter Shoah nanas, il a d’abord été un « artiste citoyen » engagé dans l’antiracisme militant au point, lors des législatives de 1997, d’être candidat à Dreux contre le FN. Mais s’estimant instrumentalisé et lésé par ses anciens « potes » de SOS, il  va entamer une lente dérive, s’enfermer peu à peu dans un ressentiment qui s’exprime aujourd’hui par un antisémitisme délirant et une farouche haine de la France.

La « génération Dieudonné », tout comme l’ «humoriste» auquel elle doit son nom, est le produit de l’échec de l’antiracisme des années 1980. En troquant le modèle traditionnel d’assimilation contre le système multiculturaliste anglo-saxon, l’égalité contre la diversité et la laïcité contre l’identité, cette idéologie a fait le lit du communautarisme. Dès 1993, le regretté  Paul Yonnet, dans son Voyage au cœur du malaise français, souligne le paradoxe qu’il y a à vouloir éteindre le racisme en exacerbant les identités. Il y voit une forme de discrimination à fronts renversés qui servira à essentialiser les individus en fonction de leur couleur de peau ou de leur origine et à transformer la société française en nouvelle tour de Babel.

Une tour de Babel que célèbre aujourd’hui Emmanuel Macron selon lequel « il n’y a pas de culture française ». Dans ce sillage différentialiste, Claude Askolovitch et Pascale Clark ont volé au secours de Mehdi Meklat. Voyez-vous dans l’antiracisme sélectif de  la « gauche olfactive » (Elisabeth Lévy) un symptôme de désintégration nationale ?

Après trente ans d’antiracisme différentialiste, la France n’a en effet jamais été aussi divisée et fracturée. Déculturée, déracinée, désintégrée, une partie des jeunes de banlieue fait sécession. Cela peut passer par de simples tweets comme dans le cas de Mehdi Meklat. Mais d’autres brûlent des voitures, agressent des juifs ou s’envolent pour la Syrie.

Comme vous, je suis frappé par le deux poids deux mesure de cette gauche antiraciste qui traque inlassablement le moindre « dérapage », la moindre entorse à la novlangue officielle, qui va jusqu’à traîner devant les tribunaux un historien aussi respectable que Georges Bensoussan, n’a pas hésité à porter au pinacle Mehdi Meklat dont les tweets ferait passer Jean-Marie Le Pen pour un social-démocrate. 

Il faut voir dans cette attitude une forme de snobisme, voire de condescendance néo-coloniale. Pour une partie de l’intelligentsia de gauche, Mehdi Meklat est une sorte d’ « animal de foire » qu’il convient d’encenser  pour se donner bonne conscience, « avoir l’air cool et subversif ». Cette complaisance est peut-être aussi liée à l’évolution idéologique de la gauche ainsi qu’à sa nouvelle stratégie électorale.

La fameuse « préférence immigrée » que notre ami  Hervé Algarrondo dénonce depuis des années…

Après le tournant de la rigueur de 1983 et la conversion au néo-libéralisme de François Mitterrand, l’antiracisme institutionnel a bel et bien constitué une idéologie de substitution pour le PS. En 2012, la fameuse note de Terra Nova a théorisé l’abandon des classes populaire au profit des « minorités ». Peu à peu, l’affrontement des ethnies a remplacé la lutte des classes,  le musulman » le prolétaire, et le mâle blanc occidental le capitaliste. Cette dialectique manichéenne a contribué à accentuer fortement les fractures françaises et à fragiliser la cohésion nationale. Elle a notamment nourri la paranoïa des jeunes de banlieue en offrant une explication simpliste à leurs difficultés d’intégration et en  les enfermant dans leur identité particulière, voire dans une appartenance ethno-culturelle fantasmée. De ce point de vue, bien que je n’aie jamais été proche de lui, ni de ses idées,  j’éprouve une certaine tristesse pour Mehdi Meklat. Ses tweets expriment d’abord un profond malaise identitaire qui confine à la schizophrénie. Et s’il faut condamner quelqu’un dans cette affaire, ce sont ceux qui l’ont nourri, instrumentalisé, exacerbé.

Les nouveaux enfants du siècle

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La gauche et la préférence immigrée

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Mehdi Meklat: reviens, Marcelin, reviens!

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mehdi meklat marcellin duchamp bondy

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Je ne veux pas hurler avec les loups. Ces derniers jours ta sépulture tweetienne est encerclée de mauvais esprits qui font ton procès par-delà ta mort, symbolique certes mais bien réelle puisque tu es réduit au silence, pauvre minable Marcelin Duchamp [Ndlr : pseudonyme sous lequel Mehdi Meklat publiait les tweets incriminés.]. Et on s’acharne sur ton cadavre. Tu nous as quittés si brutalement, d’un jour à l’autre, avalé par celui qui t’avait enfanté. Et tu es devenu Mehdi Meklat, ce père anthropophage.

Marcelin, sale franchouillard raciste

Mais toi pauvre Marcelin, te voilà aujourd’hui privé de parole, mort et enterré comme dit Mehdi (Télérama, 21/02/2017), dans l’impossibilité de nous expliquer le fond de ton abominable pensée, mêlant l’obscénité, la pornographie, la haine pure et brutale. Alors Mehdi fait tout ce qu’il peut pour t’enfoncer, te faire porter le chapeau, lui qui porte de belles casquettes US, fashion et colorées. Toi tu devais sans doute porter le béret du sale franchouillard raciste que tu étais, n’est-ce pas Marcelin ?

Moi j’aurais simplement voulu te poser quelques questions mais comme tu es mort… Depuis les cieux tweetiens d’où tu nous regardes, tu dois être outré d’entendre Mehdi expliquer que tu n’as pas existé, que tu étais un personnage de fiction excessif (sic). Tu dois te sentir trahi pauvre Marcelin car tu n’as pas ménagé ta peine, pendant des années de tweets, pour être l’incarnation de la « bête immonde ». Il faut le comprendre Mehdi, il a un job, et avec les taux de chômage en banlieue quand on a un job lucratif, faut s’accrocher, tu ne connais pas ça toi, l’adversité du jeune de banlieue, Marcelin Deschamps le sale gaulois. Il a un train de vie à assurer maintenant qu’il fréquente le beau monde, il a sa réputation de « talent des cités » à conserver.

Mehdi, victime du racisme?!

Ton père spirituel souffre. A cause de toi, on veut le catégoriser comme raciste, antisémite, homophobe parce que c’est facile : qu’il est jeune, qu’il a grandi en banlieue et qu’il est arabe (Télérama, 21/02/2017). Tiens… Mehdi avoue qu’il est facile, presque logique, d’attribuer ces affreuses caractéristiques (dont l’expression relève du pénal) à un jeune ‘arabe’ de banlieue (c’est lui qui se désigne ainsi, pas moi car je n’ai pas l’habitude d’appeler Arabe un Français dont les parents sont d’origine maghrébine). Étrange de la part de Mehdi cette équation car il nous explique souvent via le Bondy Blog ou Téléramadan, ses deux supports de communication, que les braves gars de banlieue dont il est le représentant, sont incapables d’être elles-mêmes racistes, sexistes et homophobes puisque les principales victimes du racisme.

Marcelin, aurais-tu volontairement martyrisé le corps et l’âme de ce pauvre Mehdi ? Il dit que l’horreur que tu représentais n’était que le reflet de ce que lui vivait, que c’était de l’ordre de l’autodestruction. Soit Mehdi a besoin d’un bon psychiatre, soit il nous prend pour des andouilles. En tous cas, selon lui, tu n’étais qu’un prétexte pour tester la limite et finalement tu auras été au bout de ton expérience. Et puis Mehdi est modeste, c’est ce qui est admirable chez lui. Des tweets obscènes et racistes, Mehdi nous explique finalement que c’était un travail littéraire, artistique.

Et c’est là que ta voix nous manque Marcelin, quand Mehdi nous dit que tes cibles étaient les plus faciles : les femmes, les minorités, les gens qui croient. Il faut que Mehdi – Aladin te fasse ressortir de la lampe, toi son si mauvais génie qui l’a conduit au bord de l’abime, il doit te ressusciter pour te laisser le droit de te défendre. A le lire dans Télérama, on aurait presque les larmes aux yeux de tant de souffrances. Ah les affres de la création ! Flaubert, Hugo, Balzac ont connu ça eux aussi, comme Meklat… à cause de ses tweets. Il ne faut cesser de le dire : le niveau monte.

Marcelin, reviens ! Toi pauvre créature littéraire aspirée il y a des mois par le compte Twitter officiel de Mehdi Meklat. Tu étais un mort-vivant jusqu’à samedi dernier où Mehdi t’a complètement fait disparaître des écrans sous la pression de la fachosphère qui ne comprend rien à l’art. Ce sont tes clones du Parti de la haine, Marcelin, qui ont obligé Mehdi à te tuer définitivement. Chienne de vie ! Reviens, car nous sommes nombreux à nous poser quelques questions, précisément sur une chose : le choix de tes cibles.

Des cibles choisies

Une chose m’échappe dans cette affaire de travail littéraire post-moderne relativiste, si tes cibles étaient les plus faciles pour le raciste blanc immonde que tu étais, pourquoi ne nous abreuvais-tu pas de ta haine anti-arabe ou anti-noire ? Mehdi et ses amis du Bondy Blog et leurs amis du CCIF et leurs amis du PIR (oui, c’est toute une chaîne de bons amis qui ne te veulent pas du bien à toi le « sou-chien ») nous expliquent à longueur de journées que les opprimés, les exclus, les déclassés, les bannis, ce sont les ‘Noirs’ et les ‘Arabes’ reclus dans les ‘quartiers’ où la ‘République raciste et coloniale’ a parqué leurs ascendants, les privant d’avenir.

Point de tweets obscènes sur les ‘Noirs’ (tu aurais dit nègre ou bamboula, j’imagine), pourtant les préjugés sont nombreux, tu avais l’embarras du choix, cible facile comme dit Mehdi : leur agilité simiesque, leur sexualité primitive, leur sens inné de la danse, leur bonhommie infantile. On n’a pas lu de tweet monstrueux de ce genre.

Point de tweets obscènes sur les ‘Arabes’ (tu aurais dit bougnoule ou melon, j’imagine), pourtant il y a de quoi faire : tous voleurs, des violents qui battent leurs femmes, des terroristes en puissance dès le berceau, des fainéants incultes, un tweet « qu’est-ce que c’est que ce travail d’arabe » en passant devant une œuvre à la Fiac, ça nous aurait bien fait rire ! On n’a pas lu de tweet monstrueux de ce genre.

Point de tweets obscènes sur les femmes en hijab ou en jilbab (tu aurais dit les Belphégor d’Allah, j’imagine). Pourtant il paraît que « la femme musulmane » (comprendre la femme voilée dans le vocabulaire des potes du CCIF) est l’objet de toutes les violences, institutionnelles et quotidiennes. Aucune insanité sur ces femmes-là, tandis que tu rêvais de sodomiser Brigitte Bardot ou Anne Gravoin. Bizarre. D’ailleurs si tu étais un gros facho Marcelin, pourquoi en voulais-tu à BB, puisqu’il paraît, selon les amis de Mehdi, que c’est une facho elle aussi ? Pour Anne Gravoin on avait compris, c’était ton obsession antisémite, on y viendra.

Point de tweets obscènes sur tant d’autres objets de la haine des fachos islamophobes. Marcelin, tu dormais ou quoi ? Pas de tweet contre Houria Bouteldja qui aime tellement les Blancs et les Juifs qu’elle leur consacre un  livre et les interdit d’entrée à ses réunions décoloniales, pas de tweet contre Marwan Muhammad qui fustige la République raciste et bavait de haine contre l’époux d’Anne Gravoin , pas de tweet contre Tariq Ramadan, contre al-Baghdadi…. Et j’en passe. Cibles faciles pour un facho pourtant. Dommage, on aurait bien ri… puisque tes tweet, c’était drôle selon Pascale Clark, et si elle le dit sur France Inter, c’est que c’est vrai.

Juifs et homos, une obsession…

Tu as en revanche beaucoup, mais alors beaucoup tweetté contre les juifs et les homosexuels. Et contre Charlie hebdo aussi, mais ça devait être à cause de leurs caricatures du pape Benoit XVI n’est-ce pas, Marcelin ? Beaucoup de tweet, ta constance t’honore, mais elle en dit long sur les tourments de Mehdi qui t’hébergeais à l’époque. Je dois dire que c’est cela qui m’a immédiatement étonnée : pourquoi les juifs et les homosexuels ? Pourquoi de plus en plus de rage et d’inventivité dans l’immonde et rien sur les Arabes, les Noirs, les islamistes, les « vrais » discriminés du camp du Bien, celui de Mehdi?

Je n’ai pas la réponse. C’est toi qui l’as et c’est Mehdi qui la recouvre aujourd’hui de son verbiage pseudo-littéraire qui ne trompe personne, et surtout pas les vrais amoureux de la littérature.

« Au revoir et merci, je me suis bien amusé »  a dit Roman Kacew avant de se suicider. Mais Mehdi Meklat / Marcelin Deschamps n’est ni Romain Gary, ni Emile Ajar. Et pour le Goncourt, ce n’est pas pour demain, quoique, au rythme où vont les choses… Marcelin auras-tu été une personnage de fiction sur Tweeter – qui est à la littérature et à l’art en général, ce que Black M est à la grande musique – ou un Marcelin-Hyde double assumé permettant à Docteur Jekyll-Meklat de dire sinon le fond de sa pensée, du moins de se faire le porte-voix des exclus des banlieues, de tous ces « indigènes » habités par la violence contre les Juifs et les homosexuels. C’est Mehdi qui nous explique aujourd’hui qu’il partageait avec Marcelin cette violence

Nous n’avons plus qu’à demander à Mehdi de te faire revivre pour nous éclairer. Tiens, une idée me vient : et si Mehdi, le futur grand écrivain, nous faisait le coup du buzz-happening littéraire en prenant Marcelin pour sujet de son prochain livre. Mieux : écrit par Marcelin lui-même ! Le Seuil trouvera ça tellement chic et transgressif, Pascale Clark et Claude Askolovitch si brillant et jouissif, Edwy Plenel y verra un pied de nez magistral au parti de la Haine. Comptons sur l’inventivité de Mehdi et le soutien de ceux qui lui veulent du bien. On va enfin rire !