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Mehdi Meklat: des infractions malheureusement prescrites

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mehdi meklat bondy justice

S’il est une chose que l’on peut regretter au sujet de l’antipathique Mehdi Meklat c’est que l’on ne soit pas aperçu plus tôt, au milieu de cette fange que représentent parfois les réseaux sociaux, non seulement de l’existence de ces tweets mais également de l’identité de leur véritable auteur.

Le dernier tweet recensé et porté à la connaissance des heureux « non-followers » – un « délice » homophobe ciblant Caroline Fourest – datant de juillet 2015, la prescription est désormais acquise.

Les autres messages abjects qui ont pu être exhumés de son compte twitter (« Faites entrer Hitler pour tuer les juifs », « je ne sais pas pour vous mais je trouve la phrase « Moi la mort, je l’aime comme vous vous aimez la vie » de Mohammed Merah, troublante de beauté » ou « J’ai envie de commettre un acte homophobe pour qu’on parle de moi ») sont plus anciens encore s’échelonnant de 2011 à 2014.

Pourquoi il s’en tire à bon compte

Leur auteur s’en tire judiciairement à bon compte. En effet, M. Meklat a su faire preuve de suffisamment d’originalité pour que ses « saillies drolatiques » soient constitutives, au choix, d’injures, diffamation ou de provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de de leur appartenance à une religion déterminée ou à raison de leur orientation sexuelle, délits passibles d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende  conformément aux articles 24 alinéa 7 et 8, 32 et 33 de la loi du 29 juillet 1881.

Or, en matière de presse, la prescription est courte. Prescription originellement trimestrielle (à compter de sa publication), elle est portée à 1 an pour les délits susvisés. Saisis par une question prioritaire de constitutionnalité, les Sages de la rue Montpensier ont jugé en 2013 que cette prescription rallongée et dérogatoire à la règle d’ordre public de la prescription trimestrielle était conforme à la constitution.

Quant à une éventuelle apologie du terrorisme prescrite, elle, sous 3 ans, relative au tweet relatif à Merah datant de 2012, il est également trop tard pour s’en saisir.

M. Meklat peut bien faire valoir aujourd’hui une défense minable en prétendant que ces tweets publiés de façon compulsive par un double diabolique ne visaient qu’à provoquer et « perturber un monde trop lisse », il n’aura pas à s’en expliquer devant un tribunal.

Et c’est probablement tant mieux pour lui, parce qu’on a beau être ouvert d’esprit, vouloir comprendre, se forcer même à accepter une sorte d’humour qui ne fait rire que les antisémites, les homophobes et les sexistes, on aura du mal à se convaincre que celui qui se livre plusieurs années durant à ces propos abjects n’en pense, au fond de lui, pas un mot. Le tribunal l’aurait, on l’espère, sévèrement sanctionné.

De ce lamentable « buzz » involontaire, on retiendra une fois de plus que l’antisémitisme, l’homophobie et le sexisme se trouvent bien déposés sur les claviers de certains, à défaut de l’être sur leur langue. Quant à M. Meklat, il sera désormais sous la loupe et n’aura sans doute pas deux fois la même chance.

«Quand on se dit frères, c’est pour s’en prendre à quelqu’un d’autre»

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Gérard Haddad radicalisation psychanalyse "Le Complexe de Caïn"
Gérard Haddad

Propos recueillis par Olivier Prévôt

Causeur. Vous êtes psychanalyste et l’on vous doit déjà de nombreux ouvrages. Le livre que vous publiez ces jours-ci, Le Complexe de Caïn, qui explore la question de la fraternité, apparaît comme un travail théorique directement en lien avec l’actualité, c’est-à-dire le terrorisme.

Gérard Haddad. Les attentats ont effectivement capté mon attention, ma réflexion. Je suis fidèle en cela au commandement lacanien : « Sur le réel de notre temps, il faudrait quand même que les analystes se concentrent. » Et ce livre s’inscrit dans le prolongement du précédent, Dans la main droite de Dieu, où je posais les premiers jalons d’une psychanalyse du fanatisme, en particulier religieux. L’écho qu’a rencontré cet ouvrage, les questions, les débats qu’il a suscités ont ouvert de nouvelles voies. J’avais consacré un chapitre à la fraternité et j’ai senti la nécessité d’approfondir cette question.

Et quel fut l’élément déclencheur ? Le point de départ ?

Quelque chose a commencé à prendre forme il y a quelques années, je crois. J’avais été invité au congrès d’unification des psychiatres tunisiens. C’était inouï pour moi : j’ai perdu la nationalité tunisienne il y a des années, je ne suis pas musulman, je vis à Paris… et on me demandait de prononcer l’intervention de clôture de cette réunion ! Il fallait être à la hauteur de ce geste. Je demeure très attaché à la Tunisie et au monde musulman. C’est là que j’ai grandi, tout de même. Quelque chose a donc surgi en moi. Je l’ai accueilli d’abord, organisé, travaillé ensuite. Et j’ai proposé à mes hôtes une réflexion autour du mythe biblique de Joseph, c’est-à-dire autour de la question de la fraternité, entre conflit et réconciliation.

Au début de votre livre, vous relevez une chose singulière : on a multiplié les appels à la fraternité après les attentats, sans beaucoup s’intéresser au fait que les Kouachi comme les Abdeslam… sont précisément deux couples de frères…

Oui. On présente la fraternité comme la solution. Je prétends qu’elle est le problème. On appréhende spontanément la fraternité comme[access capability= »lire_inedits »] une chose ayant à voir avec la tendresse, la solidarité. Chacun sait d’expérience – il suffit d’avoir un frère ou une sœur – que c’est au minimum plus compliqué. Freud, même s’il a peu développé cette question, a mis en évidence que l’irruption de la fratrie suscite un désir de fratricide. La fraternité ne va pas de soi. Elle se conquiert. Elle s’élabore dans une approche, dans un travail de reconnaissance mutuelle. La présence du frère pose un problème. Et pour le résoudre, il faut commencer par le mettre à plat. La fraternité repose sur le refoulement d’un désir de mort du frère. Si on pose le sentiment de fraternité comme une évidence obligatoire, immédiate, non problématique, on ne fait que mettre de l’huile sur le feu. Et l’agressivité refoulée se déplace, décuplée, vers un autre objet.

On est face à un étrange paradoxe. Les islamistes ne cessent de proclamer l’urgence et la valeur de la fraternité, et infligent au reste du monde ce que l’on sait…

Quand on se dit frères, quand on le proclame avec une certaine énergie, voire de la véhémence, c’est en général pour s’en prendre à quelqu’un d’autre. Mahomet déclare ainsi aux gens de Médine « Nous sommes des frères ! »… Dans la foulée, on fait assassiner 800 juifs de l’oasis. L’affirmation très appuyée de la fraternité intracommunautaire s’accompagne souvent d’un accès d’agressivité contre ceux qui ne font pas partie de cette communauté. Encore une fois, il s’agit du processus de déplacement mis en lumière par Freud.

Les frères Kouachi, c’était un peu « toi et moi contre le monde entier ».

On peut dire les choses comme cela, si vous voulez. Il s’agit d’un cas typique de refoulement de la pulsion fratricide… qui resurgit ailleurs. Mais les frères Kouachi ou les frères Abdeslam font partie d’une montée générale de la violence. Tout le monde sait que le lien social est affaibli. Et le lien social, c’est le lien fraternel.

Et selon vous, en tant que psychanalyste, d’où vient cet affaiblissement ?

Du déclin de la parole du père.

Comment ça ?

Dans ce livre, j’ai dessiné les bases d’une nouvelle topique freudienne où il y aurait, en équilibre et en interaction, deux conflits fondateurs. Le conflit œdipien et le conflit « caïnique ». Du conflit œdipien émerge la loi – la castration symbolique. C’est cette loi qui tempère et tient en bride l’agressivité caïnique ou fraternelle. La fraternité originaire, c’est le fratricide ! Ce qui émerge de l’œdipe, c’est la loi protectrice du père. Quand la loi paternelle décline, Caïn prend le dessus. D’où l’explosion de violence à laquelle nous assistons.

Vous évoquez le « complexe caïnique ». Pourriez-vous le définir précisément ?

Il y a un objet que l’enfant désire. La mère, son attention exclusive. Cet objet, qu’il a perdu, qu’il désire, il s’aperçoit que le frère, lui, le possède. Et donc, pour le récupérer, il faut tuer le frère.

Vous dites aussi « J’ai dessiné… »

Oui, j’ai élaboré quelque chose. Mais Lacan n’était pas loin de cela. Prenez le séminaire sur l’éthique de la psychanalyse. Lacan commente : « Ce qui se rapproche le plus de ce que j’appelle la Loi, ce sont les dix commandements. » Or les dix commandements sont hantés par la question de la rivalité fraternelle. Et quand la Bible prend la peine de dire « Et ton frère vivra avec toi », c’est parce que, justement, cela ne va pas de soi. Ce n’est pas spontanément, ce n’est pas par amour que le frère a le droit de cohabiter. Mais parce que l’Éternel l’ordonne.

Avec ce livre, vous nous proposez une intelligence du phénomène terroriste en rupture avec le discours selon lequel expliquer serait déjà excuser

Je ne veux, bien. évidemment, rien excuser. Mais les échos qui me parviennent des centres de déradicalisation sont effarants. En fait, des milliers de jeunes sont concernés. C’est une terrible maladie. Et nous sommes interpellés en tant que psychanalystes. Pour combattre une maladie, vous devez la connaître. Vous n’imaginez pas un oncologue qui se contenterait de déclarer qu’il est « opposé au cancer ». Il lui faut comprendre le processus. C’est ce que j’essaie de faire.

Finalement, la fraternité, c’est vraiment le problème ?

Non, bien sûr. C’est la solution. Mais à une condition : ne pas oublier qu’à l’origine, la fraternité, c’est le meurtre. Il nous faut construire à partir de là, à partir de cette vérité, et surmonter la pulsion originelle. Mais c’est difficile, et ça prend du temps.

Le Complexe de Caïn, terrorisme, haine de l’autre et rivalité fraternelle, de Gérard Haddad, éditions Premier parallèle, 116 p., 12 €.

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Le complexe de Caïn

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Mehdi Meklat, la haine qui cache la forêt

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mehdi meklat banlieues antisemitisme homophobie
La Haine.

Il n’y a pas d’humour sur Twitter, il n’y a que de la haine. Mehdi Meklat a twitté des milliers de messages haineux qui ont probablement tous simplement alimenté la haine antisémite, homophobe, misogyne. Dénoncer sur Twitter en se faisant passer pour un haineux, c’est tellement con comme idée, et comme défense, enfin Twitter est rempli de tweets haineux, comment ceux-là auraient pu être distingués des autres, et par qui ?
J’en ai lu beaucoup et en regardant les dates on s’aperçoit que l’humour est parfois là en réalité, je ne peux pas être de mauvaise foi, mais la plupart du temps c’est juste de la haine au premier degré, sans aucun indice ni aucune finesse ni aucune technique comique pour permettre de comprendre que c’est du deuxième degré. Je ne sais pas comment Pascale Clark peut soutenir une ordure pareille.

Wesh-wesh antisémites

Je commence à en avoir ma claque de cette France qui n’aime qu’une figure, celle du jeune à casquette antisémite et homophobe et pour laquelle si on n’est pas ça on est ringard.

Je commence à en avoir ma claque des bourgeois qui veulent s’encanailler avec des jeunes de banlieue, qui du fond de leur hôtel particulier à Neuilly ou de leur appart’ bobo du 19e pensent que c’est super le rap et le graff’ et la téci, etc.
Ah oui c’est super quand c’est de l’expression artistique, oui, sans doute. Mais nous les racailles qui font wesh-wesh on se les coltine tous les jours, les agressions homophobes, antisémites, les femmes agressées par des wesh-wesh à casquette c’est pas une blague pour nous c’est pas une caricature. Les jeunes racisés qui ont grandi dans une cité qui deviennent médecin ou avocat, ou même coiffeuse ou livreur, et qui quand ils allument la télé se voient représentés en wesh-wesh dealers en baskets, ça ne les fait pas beaucoup rire non plus.

Les familles d’Ilan Halimi, des enfants assassinés à Toulouse, ça les fait pas beaucoup rire les antisémites à casquettes wesh-wesh viens mon frère viens on va tuer des juifs parce que j’ai le seum ouais gros viens on y va.

Rêveuse bourgeoisie

Vous les bourgeois, c’est sans doute un univers qui vous fascine et vous imaginez sans doute des banlieues comme des endroits où les méchants policiers traquent les gentils jeunes en fonction de leur couleur de peau, en réalité c’est pas ça. Les violences dans ces endroits ne sont pas commises par les policiers et tout le monde le sait, sauf les bourgeois. C’est pas les policiers qui pissent dans l’ascenseur, qui dealent du shit dans le hall, qui fouillent les gens pour voir si c’est pas des flics avant de rentrer dans la cité, qui balancent de l’électro-ménager sur les voitures de l’Etat, qui font des tournantes, des braquages, qui brûlent des bagnoles, c’est pas les policiers qui font ça et tout le monde le sait.

A force de vivre entre bourgeois, vous avez laissé tomber les pauvres gens qui se font extorquer, agresser, humilier, harceler par des groupes de jeunes aveuglés par une sous-culture ultra-violente, livrés à eux-mêmes, rendus psychopathes par la loi de la cité. Vous n’avez aucune conscience de ce que la plupart des français vivent. Vous vous en foutez, vos enfants vont à l’école privée catho, vous habitez des quartiers chic où il n’y a pas de cité parce qu’il n’y a même pas de logement social, vous n’en avez rien à foutre. Quand on habite dans le Marais ou à Neuilly, c’est dur de se représenter comment on vivrait à Grigny. Vous avez décidé de prendre parti pour les voyous contre les policiers.

Plus cool que la racaille? La police!

De dire que tout était de la faute du racisme et donc de ne pas voir que le policiers eux-mêmes étaient issus de milieux populaires, dans le corps des Gardiens de la Paix, et donc de toutes origines. Vous faites semblant de ne pas voir que la Police en tant que groupe de personnes est bien plus ouverte et tolérante que la sous-culture des cités, toutes les religions, les orientations et les identités sexuelles, les opinions politiques (excepté l’anarchisme) y sont représentées, la police est bien plus « cool » que les jeunes voyous psychopathes (minoritaires dans leurs propres quartiers) qui terrorisent tout le monde en hurlant à mort « Charlie , vive Kouachi et Coulibaly », nique la France, la France c’est une salope et je la baise, etc etc etc, enfin ce que vous entendez tous les jours si vous ne vivez ni chez les bourgeois ni dans le trou du cul de la France parmi les vaches et les pesticides.

Vous avez décidé de mettre des œillères pour ne pas voir les problèmes qui pourraient venir de potentielles victimes du racisme – comme si le fait d’être victime de quelque chose empêchait d’être auteur de la même chose ou d’autre chose.

Ainsi faisant, vous avez propulsé Le Pen en première place des intentions de vote au premier tour. Ça a pris des années, mais vous avez réussi.

Fillon, Macron: un traitement médiatique en questions

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Emmanuel Macron au Salon des Entrepreneurs à Paris, février 2017. SIPA. AP22008715_000024

La question « Cui bono ? » (tournure en double datif que le concept de prédicat ne permet pas de comprendre, note au CSP) est traditionnellement attribuée à Cicéron, qui la prononça jadis dans sa plaidoirie en faveur de Roscius d’Améria, un pauvre bougre accusé à tort de parricide et risquant par conséquent un châtiment immonde (on enfermait le coupable dans un sac avec divers animaux, dont un serpent, et on jetait ce sac dans le Tibre).

« A qui profite le crime ? »

La victoire de Cicéron, totalement inespérée étant donné que les accusateurs étaient soutenus par un proche du dictateur Sylla, consacra la renommée de celui qui n’était encore qu’un jeune avocat. Mais si ce bon Cicéron lui-même attribue la paternité de cette interrogation à un autre que lui (« Lucius Cassius avait l’habitude de demander : à qui profite le crime ? »), du moins sait-il l’employer à bon escient.

On demande « à qui profite le crime ? » quand on entend démontrer que le coupable ne peut être que celui qui a tiré avantage du forfait. Dans le cas de Roscius, le malheureux avait été exproprié de tous ses biens à la suite d’une machination ourdie par les accusateurs, lesquels espéraient, s’ils gagnaient leur procès, empêcher que le fils pût jamais réclamer les terres immenses de son père.

On a vu ressurgir sur toutes les lèvres et dans maints gros titres la question cicéronienne.

Mais le crime ainsi désigné, quel est-il, en l’occurrence ? Ce n’est pas le véritable délit, dont la responsabilité n’est pas mise en doute : si détournement de fonds publics il y a, à qui a-t-il profité ? A la…

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux.

Le Conseil constitutionnel à la rescousse de la fessée

fessee conseil constitutionnel parents
Image: Flickr.

Le Conseil constitutionnel a invalidé plusieurs articles de la loi Egalité et citoyenneté, dont celui, très polémique, visant l’interdiction de la fessée parentale. Grand bien lui en a pris. On peut certes regretter que l’anticonstitutionnalité ait été fondée non sur le fond mais sur la forme du texte, celui-ci ayant été jugé sans rapport avec la loi. Mais ne boudons pas notre plaisir : les raisons de se réjouir ne sont pas minces.

Minorité agissante

Inutile d’insister sur la monstruosité de la maltraitance enfantine, qui relève fort heureusement du pénal. En revanche, que le drame des enfants battus devienne le motif d’une condamnation uniforme de tous les parents, qui dans leur tâche éducative peuvent être amenés à recourir à la correction physique légère, est une ineptie.

D’une part, c’est une immixtion indue dans la vie privée des familles, faite comme toujours dans ce cas au nom du bien commun. L’Etat décrète la façon unique et convenable d’élever les enfants et entend bien l’imposer aux parents, qui sont tous comme on le sait, des bêtes ignares et brutales à la main leste. Cette intrusion dans ce qui relève de la sphère privée s’apparente à du totalitarisme. Le dispositif ne prévoyait pas de sanction pénale, pour l’instant. Si cela était advenu, cette mesure aurait en outre représenté un détournement du rôle de la loi, destinée à punir la seule marge déviante et non à intervenir dans la vie des gens ordinaires (85% des parents auraient recours à la fessée). Notons au passage que nos politiques n’ont aucun scrupule à légiférer sur les mœurs de leurs concitoyens dès lors qu’il s’agit à leurs yeux d’un enjeu primordial, le port du burkini ne l’étant manifestement pas.

D’autre part, c’est une façon insidieuse de faire avaler plus facilement la pilule du progressisme sociétal, et de permettre l’avènement en douceur de l’Homme nouveau, grâce à une ficelle déjà connue : l’incrimination abusive de la majorité innocente au nom d’une minorité agissante.

Campagnes d’intimidation

Ce n’est pas la première fois que nos gouvernants usent de ce stratagème. On se souvient ainsi de la campagne de lutte contre le « harcèlement sexiste » dans les transports. Il serait souhaitable que les véritables auteurs de ces agressions, essentiellement des bandes de jeunes, qui se livrent à des insultes honteuses pouvant dégénérer en violences physiques, soient désignés et punis comme ils le méritent. A défaut mais à dessein, le ministère a échafaudé une véritable campagne d’intimidation à l’encontre de toutes les personnes de sexe masculin, qui auraient l’indélicatesse de manifester plus ou moins finement leur intérêt pour le beau sexe à leurs représentantes. Double bénéfice de cette criminalisation indifférenciée du mâle : éviter de stigmatiser la jeunesse des banlieues, et soutenir le progrès social permis par la castration psychologique des hommes, étape indispensable avant d’atteindre l’objectif tant espéré d’une société sans différenciation sexuelle. Dans le cas de la fessée, le progrès sociétal escompté est l’abolition de tout rapport hiérarchique entre parents et enfants, dans une logique égalitariste poussée jusqu’à l’absurde, et ardemment voulue par les instances supranationales (Convention internationale des Droits de l’Enfant. Convention des Nations-Unies).

L’interdiction de la fessée est donc une ineptie, mais pas seulement. Last but not least, elle participe à sa manière à notre fragilisation face à la progression de l’islam. C’est un coup de canif porté au dernier bastion de l’autorité dans notre société, l’autorité parentale, bastion déjà très ébranlé par les théories permissives de mai 1968. Or comment ne pas mettre en parallèle notre déconstruction progressive de toute forme d’autorité, et l’avancée rampante de l’islam, incarnation de l’obéissance s’il en est, dans nos sociétés ?

Quel peut bien être le degré de notre aveuglement, qui nous empêche de voir que plus nous nous dépouillons de tout corset de contrainte, plus un autre dispositif, autrement plus autoritaire et totalitaire, viendra à coup sûr occuper l’espace que nous aurons volontairement vidé ? Notre nature humaine est ainsi faite que, constamment tiraillée entre sa part de lumière et sa part d’ombre, ou dans des termes plus profanes, entre son côté clair et son côté obscur, elle éprouve un impérieux besoin de limites, de bornes, de normes.

Est-il interdit d’interdire?

Avec l’article initial, nous œuvrions certes à enrichir notre arsenal répressif. Mais ce sont des lois qui viennent précisément à l’encontre de toute forme de coercition. En somme, une nouvelle loi contre la loi naturelle, celle qui veut que les parents détiennent une autorité sur leurs enfants. « Il est interdit d’interdire » est plus que jamais d’actualité. Si l’effacement de toute trace d’autorité au nom de la liberté de chacun semble une idée séduisante, il est à terme incompatible avec notre essence humaine.

L’interdiction de la correction physique légère des enfants est une illustration, parmi d’autres mais avec une haute portée symbolique, de la manière dont nous abandonnons petit à petit notre corset historique, et ce faisant, laissons la place à un autre, en l’occurrence issu d’une autre culture, et en l’occurrence défendu avec ardeur par ses partisans. A toujours vouloir toujours moins de contraintes, nous n’en récolterons que davantage. Moins de fessée, pour plus d’islam.

En votant l’article contre les violences éducatives, la France cédait à une injonction du Conseil de l’Europe. Mais les sages de la rue de Montpensier en ont décidé autrement. Sans le vouloir, ils viennent d’offrir un sursis inespéré à l’autorité parentale. Pour combien de temps encore ?

Wall Street, y a un loup!

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Loup de Wall street bourse américaine Obama Donald Trump
Leonardo DiCaprio dans "Le Loup de Wall street" de Martin Scorsese (Sipa : 00664339_000005)

Alors qu’Obama cédait le pouvoir à l’improbable Trump, les médias dressaient le bilan économique et social du président sortant. Le point le plus positif, c’était l’accroissement de la richesse par tête : celle-ci est de moitié supérieure à son pic atteint en 2008 avant le séisme financier ! Mais c’est là une énigme. Car les prix immobiliers sont, eux, à peine supérieurs à leur précédent sommet.

Reste le prix des actions cotées en bourse. Le S & P 500 dépasse la cote de 2 200. Elle était à 1 400 à l’été 2008. Or le S & P (équivalent de notre CAC 40) est l’indice le plus représentatif de la bourse américaine. Il regroupe les 500 plus importantes sociétés, autant dire le plus gros de l’économie quand on sait que ces sociétés sont aussi des clientes et des fournisseurs d’autres sociétés. Nous ne devrions pas chercher plus loin la clef de l’énigme.

Mais autant la réponse est formellement juste, autant elle soulève d’autres interrogations. Car l’accroissement de quelque 60 % de la cotation boursière accompagne une hausse de 11,5 % du PIB et une hausse modeste de 4 % de la production par tête tandis que l’évolution des profits déçoit les attentes. De là à voir dans la montée de la bourse un phénomène d’anticipation ou un phénomène d’exubérance irrationnelle, il n’y a qu’un pas. Un pas qu’il ne faut surtout pas franchir. Le gonflement boursier est le résultat d’un dopage mécanique, sous la forme de rachats d’actions – buybacks – décidés par les directions d’entreprises sous la pression quotidienne de leurs grands actionnaires.

Une grande innovation financière

Si nous devions décerner le grand prix de l’innovation financière de ces quarante dernière années, nous aurions l’embarras du choix : la titrisation qui permet aux banquiers-prêteurs de revendre leurs risques douteux sur[access capability= »lire_inedits »] le marché, les CDO qui permettent de mélanger les bons et les mauvais prêts, les CDS qui permettent de s’assurer contre l’insolvabilité des créanciers, le Quantitative Easing qui a permis de retirer des milliers de milliards de dollars, d’euros et de livres sterling, d’emprunts circulant sur le marché du crédit. Mais, en l’an de grâce 2017, ce sont les rachats d’actions qui mériteraient peut-être la palme d’or. On n’en parle pour ainsi dire pas, en dehors des médias économiques spécialisés comme le Financial Times et The Wall Street Journal. Le phénomène, massif dans son ampleur[1. Leur montant total s’est élevé à 1 000 milliards de dollars en 2015, soit près de 5 points du PIB américain et la moitié environ du montant des investissements productifs des entreprises américaines, cotées et non cotées.], est pourtant central dans l’expérience néolibérale.

De quoi s’agit-il ? Les entreprises cotées ont désormais la faculté, dans l’ensemble du monde occidental, d’utiliser leurs profits non pas pour investir ou embaucher mais pour racheter une fraction de leur capital à leurs actionnaires, ce qui fait automatiquement monter les cours. On l’aura compris, ce sont les fonds de placement qui sont essentiellement visés. Donnons deux exemples récents. HP d’abord, le producteur informatique qui a succédé à Hewlett-Packard : HP a annoncé en même temps la suppression de 3 000 postes de travail sur trois ans et un rachat d’actions à hauteur de trois milliards de dollars. Boeing ensuite, qui « dégraisse le mammouth » chaque année qui passe : Boeing va procéder à un rachat d’actions de 14 milliards de dollars, supérieur aux frais de développement du dernier-né de la firme, le 777X[2. Estimés à près de 9 milliards de dollars sur la période 2014-2020. Le Boeing 777X ne coûtera cependant rien à son constructeur, qui a reçu une subvention de 8,7 milliards de dollars de l’État de Washington.].

Dans ces conditions, le fameux théorème de Schmidt[3. Nous parlons de l’ancien chancelier Helmut Schmidt.] – les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain – relève de la galéjade. La vérité de la bourse contemporaine se décline par un nouvel axiome : les profits d’aujourd’hui sont les rachats d’actions d’aujourd’hui et la richesse des actionnaires d’aujourd’hui.

Appauvrissement des entreprises, enrichissement des actionnaires

Aux yeux d’un libéral classique, le rachat des actions s’apparente à une décapitalisation. L’entreprise verse du cash pour sortir des actions du marché boursier. Ces actions sont ensuite inscrites dans un compte spécial de l’entreprise et neutralisées afin d’interdire aux dirigeants d’exercer les droits de vote rattachés aux actions ! Mais le tour de passe-passe, car c’en est un, enrichit les actionnaires. Pour eux, c’est un accroissement du capital comptable inscrit dans leurs bilans. Si Marx revenait parmi nous, il serait désemparé devant un phénomène d’accumulation du capital, qui n’a plus son siège dans la « fabrique »[4. L’analyse marxiste ignore la notion d’entreprise.] mais dans le gousset des actionnaires, et serait forcé de réviser son analyse pour admettre la réalité d’un capital comptable et non plus constitué de biens physiques.

Les « buybacks » doivent être considérés comme la réalité la plus saillante d’une expérience néolibérale menée au nom de la « free enterprise » pour mieux la subordonner aux exigences d’actionnaires irresponsables. Mais ils ont le singulier mérite de camoufler que le ratio chéri de la bourse – le rapport du prix de l’action aux profits de l’entreprise – ne veut plus rien dire !

La chose est des plus simples. Partons du principe que les sociétés cotées ont racheté, au fil des ans, le tiers de leurs actions antérieurement émises – estimation raisonnable en l’absence de statistiques officielles. Le «price earnings ratio » s’en réduit mécaniquement d’un tiers ! Comme ce ratio se situe aujourd’hui à 21 sur le marché new -yorkais, on voit qu’il atteindrait, sans le dopage des rachats, un chiffre égal ou supérieur à 30, synonyme de krach boursier…

La finance, c’est mon ennemie

Interdits par les codes de commerce, les rachats d’actions ont été peu à peu autorisés des deux côtés de l’Atlantique. En France, le feu vert a été donné dans une loi présentée en 1998 par Dominique Strauss-Kahn, ministre de Lionel Jospin qui, reconnaissons-le, ne s’est jamais proclamé l’ennemi de la finance[5. Les sociétés peuvent racheter 10 % de leurs actions dans l’année, puis encore 10 % deux ans plus tard et ainsi de suite.]. Une finance qui n’a pas eu de serviteurs plus zélés, voire plus stylés, que dans les sérails de la gauche.

Dans l’éventail des candidats à la présidence, se trouvera-t-il une personne assez courageuse pour affronter la finance prédatrice autrement qu’en paroles ? Je forme le vœu d’une année 2017 qui déplace enfin les lignes de la politique nationale.[/access]

L'Avenir du capitalisme

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La trahison des économistes

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Mehdi s’éclate et le « Grand Remplacement » passe

Mehdi Meklat. @Wikimedia

« Nous sommes le Grand Remplacement ». En ouverture de l’éditorial du premier numéro de la revue Téléramadan, édito qu’il cosignait avec Badroudine Saïd Abdallah et Mouloud Achour en juin 2016, l’écrivain-twitteur Mehdi Meklat, jeune coqueluche de Libération, des Inrocks et de Pascale Clark réunis[1. Libération, les Inrocks, Pascale Clark, auxquels il faut ajouter Le Monde et Christiane Taubira : certains partent avec des handicaps dans la vie des idées, et on comprend mieux ainsi ce que « jeunesse défavorisée » veut dire. Mais inutile de préciser que si ce lourd passif explique beaucoup de choses, il n’excuse rien.], nous promettait sur un ton un poil arrogant, de nous « grand remplacer ». Une provoc’ bien sympa qui suscitait un grand éclat de rire dans le tout petit monde des lecteurs du Bondy Blog. Une journaliste du Monde, dénommée (mais ça ne peut être qu’un pseudonyme) Elvire Camus, dans un article d’une remarquable complaisance, précisait leur projet : restez calme, brave gens, il ne s’agit pas vraiment pour Mehdi, Badroudine et Mouloud de vous remplacer physiquement, mais seulement de parler à votre place afin de remplacer vos « idées nauséabondes » par leurs idées à eux, qui elles, sentent bon. Ces jeunes rebelles parfumés de frais et bien sous tous rapports, semblent vaporiser leur prose odoriférante alentour sans agressivité, presque sans y penser, « naturellement », comme il est naturel et respectable pour tout grand mammifère triomphant d’imprégner de son odeur les territoires qu’il aborde. Ils le disent eux-mêmes, ils veulent seulement « reprendre leur place » et faire taire ceux qui défendent l’indéfendable : « la thèse » du Grand Remplacement de Renaud Camus, « en assumant, écrit Elvire Camus, ce rôle de « grands remplaçants » sur le terrain des idées. » Soucieux de nous rassurer pour de bon, Mehdi Meklat, au moment de conclure son éditorial, passe brutalement de la morgue ricaneuse au lyrisme papelard :« nous voulons grand-remplacer le désespoir par un idéal : l’écoute et la réflexion ». Comme c’est sympa.

« Poésie, intelligence et humanité »

Cependant, triste paradoxe, il semble que cet idéal, s’il est pris au sérieux, est susceptible de nourrir le désespoir contre lequel il prétend lutter. Me mettant grâce au Printemps Républicain à l’écoute de Mehdi Meklat, je constate que ce sympathique blogueur préposé à la diffusion des effluves délicates de la bien-pensance, et à qui l’on donnait naguère le paradis du vivre-ensemble sans confession, souffre d’une incontinence verbale elle-même pestilentielle. A la réflexion, c’est inquiétant, et même tout à fait désespérant. Même si l’on s’abstient de consulter ses tweets les plus orduriers, force est de constater que l’espoir de nos médias de référence, non content de faire l’apologie de Hitler, d’appeler à l’autodafé des revues Charlie Hebdo et L’Obs (pour cause d’anti-antisémitisme), de souhaiter casser les jambes d’Alain Finkielkraut, de plaider pour l’égorgement de Marine Le Pen, déclare aussi sobrement : « il faut que les blancs meurent asap ». Ce n’est donc pas seulement les idées des petits blancs racistes qu’il faut remplacer, mais bien les blancs eux-mêmes. Voilà comme on nous parle aurait dit une Pascale Clark sans œillères, cet oxymore. C’est du brutal, mais au fond, il y a de quoi se réjouir. En s’exprimant sans fard, Mehdi Meklat clarifie ses intentions et nous empêche de prendre des vessies remplacistes pour des lanternes sympatoches. Personne et surtout pas les Inrocks ne parviendra à nous faire avaler qu’il n’y a aucun lien entre sa prose mi-narquoise, mi-mielleuse, adulée par les pharisiens de la bonne presse et ses tweets haineux.

Mais ce qui me chiffonne aussi, c’est qu’il utilise pour détailler son projet de vie le joli pseudonyme, franchouillard en diable, en hommage (?) à Marcel Duchamp, de Marcelin Deschamps. Marcelin est un prénom délicieusement obsolète, et parmi les nombreux saint Marcellin, il en est un, de Carthage, qui fut un ami de saint Augustin. L’évêque d’Hippone, qui l’appelle « mon bien cher fils », lui rend hommage dès les premières lignes de sa Cité de Dieu. Marcellin, un haut fonctionnaire cultivé et zélé, défendit la stricte orthodoxie catholique face à une bande de Donatistes excités qui finirent par le grand-remplacer, manu militari. Pas sûr que le favori de Pascale Clark soit digne du nom très-chrétien dont il s’est lui-même baptisé. Même si, réflexion faite, la grande prêtresse de l’antiracisme ne perçoit toujours chez son protégé que « poésie, intelligence et humanité ».

« Les djihadistes méritent la peine de mort civile »

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Yves Michaud. Photo: Hannah Assouline.

Causeur. Vous n’y allez pas de main morte dans votre dernier livre, Citoyenneté et loyauté (Kero, 2017) : déchéance de la nationalité infligée à tous les terroristes, prestation solennelle de serment républicain, peine de mort civile, etc. Votre fermeté nous réjouit mais, a-t-on juridiquement le droit de créer des apatrides ?

Yves Michaud. Evidemment ! La France a certes signé mais jamais ratifié la Convention de New York de 1961 sur la réduction des cas d’apatridie. Le statut d’apatride est protecteur, mais il fait de vous un étranger, avec les droits d’un étranger, sans accès à la Sécurité sociale ni aux droits sociaux, un peu comme moi quand je vis en Espagne. Evidemment aussi, un apatride a des droits de résidence et de voyage mais il lui faut demander des documents de circulation spéciaux chaque fois renouvelables qui permettent sa surveillance. Aujourd’hui, certains continuent à toucher le RSA alors qu’ils sont à Raqqa ! Je ne vois pas non plus pourquoi aussi Salah Abdeslam garderait tous les bénéfices de la citoyenneté française comme l’aide juridictionnelle. Qu’il demande au Qatar ou au CCIF de lui payer un avocat …

Ne reconnaissez-vous pas un minimum de droits de l’homme, un noyau inaliénable assuré même aux pires spécimens de l’humanité ? Même les criminels de guerre nazis n’ont pas payé les honoraires de leurs avocats à Nuremberg…     

Si c’est juste une question d’avocats… Rappelons quand même que quelques-uns de ces criminels ont été pendus à la suite du procès de Nuremberg.

De la « mort civile » à l’exécution physique, il y a un pas que vous franchissez allègrement. La peine de mort serait-elle la seule méthode de déradicalisation imparable à vos yeux ?

Je n’ai jamais été un adversaire de principe de la peine de mort parce que je considère un certain nombre de crimes comme absolument impardonnables. Que je sache, personne n’a jamais reproché à Israël d’avoir pendu Eichmann et dispersé ses cendres. Toute une tradition philosophique honorable estime qu’un individu ayant renoncé à son humanité peut mériter cette peine. Cela dit, je suis opposé à la peine de mort à cause des risques d’erreur judiciaire. Je suis donc partisan de la perpétuité réelle et d’une peine de « mort civile « . Les prisons ne sont pas uniquement faites pour réhabiliter les gens, mais aussi pour les mettre hors d’état de nuire. Youssouf Fofana [Ndlr : « Chef du gang des Barbares » qui a séquestré et assassiné Ilan Halimi en janvier 2006.] ne devrait jamais sortir de prison et ne plus être citoyen non plus.

Passons des citoyens perdus pour la France aux jeunes pousses de la nation. En quoi consiste votre projet de service civique ?

Ce service de trois mois se concentrerait sur la transmission des principes de la République et l’évaluation d’un certain nombre compétences scolaires tels que la capacité linguistique. D’une manière générale, il s’agit de faire comprendre les enjeux d’une adhésion sérieuse à la République, en indiquant les sanctions en cas d’écart. Je préconise d’autres mesures en ce sens, comme le paiement de l’impôt par tous les citoyens afin qu’ils soient conscients d’appartenir à une société qui donne un certain nombre d’avantages. Ce me semble être une proposition de Mélenchon.

Mélenchon a partiellement révisé  ses positions en matière d’immigration, passant de l’angélisme à un républicanisme plus affirmé. De votre côté, vous ne prenez pas de gants pour contester la sacrosainte « tradition d’accueil » de la République…

La tradition d’accueil est indiscutable et elle fait partie du droit international depuis qu’il y a un  » droit des gens « . Mais les choses se présentent très différemment quand nous sommes en présence de vagues migratoires massive. Tant que le Moyen-Orient et l’Afrique subsaharienne seront déstabilisés et miséreux, les vagues de migration continueront. Du coup, se posent plusieurs questions : dans quelle mesure les migrants sont-ils destinés à devenir citoyens ? Et s’ils ne sont pas citoyens, à quel titre sont-ils là ? Sont-ils des touristes, des mendiants, des vagabonds, des assistés ? On n’est plus du tout à la même échelle que lors des précédentes vagues de migrations. Derrière les migrations de masse, il y a d’ailleurs un tourisme très low cost et organisé : 1 200 000 personnes ne se déplacent pas d’Est en Ouest par l’opération du Saint Esprit !

Autre source d’immigration massive, en quelque sorte par auto-engendrement : le regroupement familial (66 000 arrivées en 2015). Souhaitez-vous le remettre en cause ?

Je ne comprends pas qu’on vive sur des slogans et des tabous en dépit du changement des conditions dans lesquels certains principes (aide médicale aux étrangers, droit d’asile, accueil des migrants…) ont été énoncés dans le passé. A sa création sous Giscard, le regroupement familial devait soulager les conditions d’existence et favoriser l’intégration des émigrés des ex-colonies qu’on avait fait venir pour des raisons économiques. Or, dès lors qu’on n’importe plus de la main d’œuvre immigrée, mais qu’on se trouve en face de migrants, pourquoi le regroupement familial devrait-il rester sacré ?

Peut-être parce que notre Etat de droit, Conseil Constitutionnel, en tête, nous y contraint. Au nom de quoi peut-on empêcher un citoyen français d’épouser un étranger et de vivre avec lui en France ?   

Le mariage n’est pas à proprement parler un regroupement familial. L’Etat de droit a dérivé depuis que les politiques se sont déchargés de beaucoup de choix sur des magistrats professionnels dont on ne connaît pas trop les conditions de nomination.  C’est vrai pour le Conseil Constitutionnel, qui a une composition partisane inacceptable, mais aussi pour la Cour Européenne des Droits de l’Homme, la Cour Européenne de Justice et la Cour pénale internationale. Je demande un toilettage de l’Etat de droit pour restaurer un contrôle des citoyens sur leurs magistrats, y compris et surtout au niveau des instances internationales. Je pose juste la question : qui sait comment sont nommés et à quels titres les 47 magistrats de la Cour Européenne des droits de l’homme ?

Vous nous posez une colle ! Et l’indépendance de la justice, parbleu ?

La séparation des pouvoirs, c’est avant tout la distinction de l’exécutif et du législatif, pas l’indépendance de la justice ! C’est ce qui fait la différence selon Montesquieu entre l’Empire ottoman et une République. Montesquieu avait, en revanche, la plus grande réserve quant à l’indépendance absolue de la magistrature : il était magistrat et savait très bien à quel point les magistrats savent faire leurs affaires eux-mêmes.

Certes, nous vous suivrons sur ce point. Mais alors que la France vit une crise généralisée (économique, morale, identitaire), vous ramenez notre désarroi à une simple crise de la citoyenneté. Pourquoi ?

Sans sous-estimer aucun des aspects de cette crise multiforme, j’essaie d’identifier son noyau, dont la clé est le consensus des citoyens pour vivre ensemble et participer à la même communauté politique. Si ce noyau se défait, tous les autres aspects de la crise s’enchaînent sans remède possible. La question du corps politique, qu’on l’appelle Cité, Civitas (la « polis » grecque), République ou « commonwealth », est philosophiquement et ontologiquement première par rapport aux autres.  Sans accord de consensus sur le corps politique, il ne peut y avoir ni démocratie, ni juste répartition juste des richesses, ni quelque accord que ce soit sur la politique économique, fiscale, éducative, etc.

Autrement dit, vous tâchez de renouer le contrat social…

Mon livre est d’une certaine manière un contrat social. Quelle que soit leur diversité, toutes les doctrines du contrat social, de Hobbes à Rousseau en passant par Althusius, Spinoza et Locke, posent la même question : comment une communauté politique suscite et jouit de l’adhésion de ses citoyens ? Pratiquement toutes les révolutions, comme 1789, naissent d’une crise profonde de la communauté politique comme celle que nous traversons aujourd’hui. Ses symptômes vont des incivismes bénins (ne pas se sentir engagé par ses obligations politiques, s’abstenir aux élections) aux incivismes gravissimes que sont les fraudes fiscales organisées ou les actes terroristes. Ceux qui les commettent s’excluent eux-mêmes de la communauté politique. Je trouve extrêmement significatif que les djihadistes, avant de passer à l’acte, prêtent allégeance à l’État islamique et que beaucoup de fraudeurs fiscaux, y compris  » légaux « , soient en réalité des apatrides vivant confortablement au Luxembourg ou en Belgique. Ça veut tout simplement dire qu’ils renoncent à ou dénoncent leur citoyenneté républicaine.

La crise de la communauté politique vire donc à la crise de l’appartenance nationale !

Non. À la différence d’Alain Finkielkraut, Pierre Manent et beaucoup d’autres, je pense que la référence à l’identité nationale comme base de la citoyenneté est aujourd’hui périmée. Pendant très longtemps, la citoyenneté n’a pas été liée à la nation et à la nationalité. La Révolution française a reposé sur le volontarisme politique, c’est-à-dire que la communauté politique repose sur l’adhésion volontaire et consciente des citoyens quelle que soit leur nation d’origine. Certes, on a ensuite traversé un très long épisode, de la fin du XVIIIe siècle jusqu’à une grande partie du XXe siècle, où citoyenneté et nation se confondent. De nos jours, le mélange des populations, les migrations, et l’héritage postcolonial rendent quasiment impossible de reconstruire de gré ou de force une identité nationale dans notre société plurielle. Aussi, je préfère construire une identité uniquement civique. Demander l’adhésion des citoyens à un certain nombre de principes généraux se révèle beaucoup plus facile que d’obtenir leur croyance en un récit national uniforme. Un français d’origine malienne peut prêter serment à la République mais on ne va pas lui demander de jouer à Astérix !

Pourtant, Ernest Renan postule que la nation, ce « plébiscite de tous les jours » s’appuie aussi sur un héritage commun…

Je ne rejette pas l’héritage commun – mais c’est celui de tous les pays démocratiques européens : la croyance dans les principes de liberté, d’égalité et de solidarité face aux accidents de la vie. A mon sens, ces piliers suffisent à reconstruire la communauté. Si un Bachi-Bouzouk veut vivre dans la tradition républicaine de la Révolution, il en a tout à fait le droit –mais aussi les obligations.

Vous donnez le sentiment de négliger toute une dimension a-rationnelle de l’homme. Mais le citoyen n’est pas un individu hors-sol, tout citoyen a besoin d’un ancrage identitaire. N’avez-vous pas tendance à dégager tout ce qui n’entre pas dans votre schéma rationaliste ?

C’est un argument que j’avais envisagé sérieusement dans mon essai sur le mérite[1. Qu’est-ce que le mérite ? (Folio, 2011).] lorsque j’analysais les principes de justice de John Rawls. A l’époque où j’avais écrit ce livre en 2009, je pensais que Rawls et les kantiens ne tenaient pas assez compte de l’épaisseur humaine, de la dimension culturelle, des passions, des émotions, etc. Mais dans nos sociétés composites, si on prend en compte toute cette dimension affective, on tombe sur deux écueils : le communautarisme ou le dissensus absolu. Hélas, je ne peux trouver aucun terrain d’entente affectif avec quelqu’un qui croit en la toute-puissance de Dieu. La seule chose que je lui demande, c’est de garder sa croyance en Dieu pour lui mais d’admettre en tant que citoyen des principes tels que la liberté de religion et la liberté d’apostasie.

En tant que rousseauiste, vous exprimez parfois une conception plus épaisse de la citoyenneté qui frise parfois la religion civile. Ainsi, vous regrettez certaines pratiques anciennes de bannissement des citoyens ayant trahi la communauté…

Rousseau prône une religion civile qui est la religion de l’adhésion au contrat social. L’auteur de l’Emile croit que l’homme étant fondamentalement un animal religieux, il a besoin de cette religion. Là-dessus, j’ai un point de vue plutôt voltairien qui consiste à voir dans l’homme un animal utilitariste qui sait calculer ses intérêts. L’appartenance à une communauté politique qui vous assure un certain nombre de droits se mérite et implique une certaine loyauté – et elle a des avantages bien nets. Dès lors qu’il se montre déloyal, il est tout à fait légitime de priver un citoyen des avantages de la communauté par un système de sanctions graduelles. Et je ne pense pas qu’aux terroristes, mais aussi aux exilés fiscaux.

Qu'est-ce que le mérite ?

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Citoyenneté et loyauté

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Ce que nous dit l’affaire Mehdi Meklat

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Le plus grave dans l’affaire concernant ce chroniqueur du Bondy Blog, Mehdi Meklat, qui a librement tenu pendant des années sur son fil Twitter (sous le pseudo de Marcelin Deschamps avant de revenir à son nom) des propos antisémites, homophobes, sexistes, insultants à l’égard de telle ou telle personnalité… dont certains tombent clairement sous le coup de la loi, c’est la responsabilité des médias qui l’ont embauché, soutenu, promu, encensé…

De deux choses l’une, soit ces médias (Mediapart, Libération, Télérama, Le Monde, Les InrocksFrance 2, France Inter…) ne savaient pas qui était Mehdi Meklat, et alors leur crédibilité est profondément mise en cause, soit ils le savaient mais ont fait comme si de rien n’était, ce qui pose des questions sur leurs intentions et sur la manière dont ils conçoivent leur rôle dans la restitution de ce qui est à l’oeuvre dans la société française.

D’autant, circonstance aggravante, que l’on peut constater ici le gouffre béant du deux poids deux mesures de donneurs de leçon professionnels en matière d’antiracisme et de lutte contre les discriminations. Car un jeune affilié au FN, par exemple, qui aurait commis ce genre de tweets aurait été instantanément, et à fort juste titre, cloué au pilori par ces médias, et se serait certainement retrouvé devant la justice.

On a même vu récemment en “une” des Inrocks, l’ancienne ministre de la justice, si sensible aux discriminations, poser fièrement à côté de l’auteur de ces tweets antisémites, homophobes, sexistes, injurieux… à l’occasion de la promotion de la sortie de son dernier livre, écrit avec son compère du Bondy Blog !

Les tentatives de défausse ou de défense produites aujourd’hui, entre l’excuse par l’humour et celle par le “jeu de rôle” sous anonymat, ne seraient que pathétiques si elles ne témoignaient pas de l’impunité ressentie par leurs auteurs, qu’il s’agisse de Mehdi Meklat ou de ceux qui l’ont soutenu. On notera d’ailleurs que sous le pseudonyme Marcelin Deschamps, Mehdi Meklat ne s’en prenait jamais (sous prétexte d’humour) qu’à certaines catégories de personnes, jamais à d’autres. Le parallèle tenté par certains de ses défenseurs avec l’humour parfois très limite de Charlie Hebdo ne tenant donc pas ici, car Charlie s’en prend à tout le monde, sans exception.

Des leçons doivent bien évidemment être tirées de cette affaire. La première, positive, étant que ces médias, qui ont joué consciemment ou inconsciemment le jeu de ce personnage comme ils le font volontiers avec d’autres entrepreneurs identitaires du même acabit présents tous les jours sur leurs antennes et dans leurs colonnes, auront désormais beaucoup plus de difficulté à venir nous faire la morale et nous expliquer qu’ils luttent de toutes leurs forces contre les discriminations et les stigmatisations. C’est à ces médias de tirer les enseignements de leurs erreurs en la matière ces dernières années, en donnant la parole, par exemple, à tous ceux qui combattent contre ces dérives identitaires, celles dont on a eu, cette fois, sous les yeux, une éclatante preuve de ce qu’elles peuvent produire.

Communiqué de Christiane Taubira publié sur Facebook ce lundi 20 février à 15 heures :

« Il y a beaucoup d’évidences dans cette affaire de tweets de Mehdi Meklat. A dire vrai, il n’y a même que cela. La première, c’est que les Inrocks n’auraient pas pris le risque de se compromettre. C’est un journal qui aime débattre, et même quereller les goûts artistiques, pas se salir. La deuxième, c’est qu’il ne leur serait pas venu à l’idée de me proposer cette rencontre s’ils avaient eu la moindre connaissance même d’un seul de ces tweets, car ils savent que sur ces sujets, il n’y a pas d’espace pour des débats. Ils savent aussi que rien ni dans mes propos, ni dans mon attitude, ni dans mes écrits, et ma vie est déjà longue, n’offre le plus mince interstice pour supposer l’ombre d’une complaisance sur de telles abjections. La troisième évidence c’est que ces propos creusent une consternation aussi vertigineuse qu’un cratère atomique. La quatrième c’est qu’il n’y a qu’une issue : la vérité et le cheminement. Et si c’était un jeu, il est trop pestilentiel et trop dangereux pour ne pas faire l’objet d’un examen rigoureux. J’ai rencontré Mehdi Meklat pour cet entretien, j’avais lu leurs deux livres. Je maintiens qu’ils sont bien écrits. Il y a quelque chose à purger. Il ne peut résider dans un même esprit la beauté et la profondeur d’une telle littérature et la hideur de telles pensées. Il faut purger, curer, cureter. Cela se fait plus aisément lorsqu’on n’est qu’au début d’une vie où il y a tant à faire.

Une chose à retenir : l’anonymat ne préserve jamais éternellement, et c’est une bonne nouvelle. Les réseaux sociaux ne sont pas un bunker. Pas durablement. »

Extraits de l’édito du directeur des Inrocks Pierre Siankowski publié le 20 février à 15h58, on peut en consulter l’intégralité sur les Inrocks.fr :

« N’y allons pas par quatre chemins, ne cherchons pas d’excuse : dans leur lecture pure et dure, et qu’ils aient été publiés sous un autre nom que le sien, ces tweets sont abominables, abjects, et certains pris comme tels sont tout simplement antisémites, racistes et homophobes. Rien à dire là-dessus. C’est extrêmement grave et choquant et on ne peut que condamner ces propos.

Avais-je, avions-nous, aux Inrockuptibles, connaissance de tout cela avant de donner la parole à Mehdi Meklat ? Aucun journal, aucun journaliste ne peut éplucher de A à Z les tweets de celui ou ceux sur qui il produit un sujet. Depuis le 17 février, certains – parfois entre deux insultes, et a posteriori – me demandent, comme à beaucoup d’autres directeurs de rédactions, de chaînes de radio ou de télévision qui ont donné la parole à Mehdi, comment j’ai pu tolérer sa présence dans les pages du journal. D’autres accusent carrément Les Inrockuptibles – à grand renfort de captures d’écran des tweets incriminés – d’avoir fait preuve de complaisance, voire d’une forme de complicité à l’égard de ces propos tenus par Mehdi Meklat. On s’étonne que ceux qui sont aujourd’hui si sûrs de leur jugement ne se soient pas exprimés avant puisqu’ils “savaient”, semble-t-il.

Que les choses soient très claires : jamais Les Inrockuptibles n’ont, tout au long de leur histoire, toléré au sein de leurs colonnes de propos antisémites, racistes ou homophobes. Depuis leur création, Les Inrockuptibles ont toujours combattu, avec détermination et engagement, l’antisémitisme, le racisme et l’homophobie. Nous n’avons à recevoir de leçons de personne, sur les réseaux sociaux comme ailleurs. Les Inrockuptibles ont encore moins à s’excuser, a posteriori, d’avoir publié des textes ou des propos de Mehdi Meklat antérieurs à la polémique qui entoure ses tweets. Relisez attentivement ces textes, ils sont tout simplement l’inverse de ce qui a été retrouvé sur son Twitter. Ce sont des textes beaux et puissants.

Les excuses qu’on attend de Mehdi Meklat à la suite de cette histoire se doivent de l’être tout autant. Justes aussi. Elles doivent explorer et éclaircir la part d’ombre qui sous-tend ses tweets honteux. Nombreux sont ceux, dont moi, dont ce journal, qui ont accordé leur confiance à Mehdi Meklat. C’est au nom de cette confiance que vient notre envie profonde de le voir se sortir dignement – c’est-à-dire sans nier ses fautes – de cette situation qui l’accable pour le moment. Le pardon existe. Il suffit de le demander, sincèrement. Tu en es plus que capable, Mehdi. »

 

Mélenchon, Hamon, Jadot: l’union des trois n’aura pas lieu

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melenchon hamon jaudit gauche
Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, Paris, 2010. Sipa. Numéro de reportage : 00592325_000014.

Pour l’instant, une alliance entre Mélenchon et Hamon, c’est non. L’un, Mélenchon, refuse de s’atteler à un « corbillard », comprendre le Parti socialiste. L’autre, Hamon, plus patient, est néanmoins obligé de la jouer serrer entre les reliquats encombrants du vallsisme et un bilan de quinquennat qu’il faut absolument renier sans trop le montrer. Hamon est même allé au Portugal ce week-end, pour nous rappeler qu’il s’agit  non seulement du pays le plus charmant d’Europe mais qu’il est aussi le siège de l’unique expérience de gauche plurielle en Europe depuis fin 2015, une expérience qui marche avec un Premier ministre socialiste qui a préféré trouver sa majorité avec la vraie gauche de gauche plutôt qu’avec les libéraux sortants et sortis.

Rien de non-négociable

Las, Mélenchon, tout à une vision messianique de sa personne, occupe une après-midi sur sa chaîne YouTube pour expliquer son programme et le chiffrer avec pas mal d’économistes sérieux (Généreux, Liêm Hoang-Ngoc) qu’on entend jamais sur BFM ou Inter car ils ne sont pas de stricte orthodoxie libérale comme Seux ou Doze. Il a raison de le faire, d’ailleurs, ça nous change de Macron qui ne chiffre rien parce qu’il n’a rien n’a chiffrer, n’ayant pas de programme sinon de viser la niche très restreinte, on le reconnaîtra,  des anticolonialistes anti-mariage pour tous.

Il a raison, Mélenchon de chiffrer son programme, mais il a tort quand il le fait contre Hamon alors qu’en matière de programme, encore une fois, il n’y a rien qui ne soit pas négociable dans la mesure où les deux proposent de sortir de la logique austéritaire, ordolibérale, et pensent que la croissance classique ne reviendra pas, qu’il s’y substituera une transition écologique qui créera des emplois même si tout cela ne doit pas empêcher de constater que le travail s’en va, et que ce n’est pas plus mal, l’homme n’étant pas fait pour travailler mais pour aider, créer, aimer, bref s’émanciper dans un temps libéré que la productivité induite par le mode de production capitaliste n’a jamais, ou si peu, redistribué. On pourra relire l’indémodable Droit à la Paresse de Lafargue, sur ce problème qui ne date pas d’hier.

Mais bon, apparemment, comme l’a remarqué Hamon, les logiques d’appareil sont les plus fortes, ce qui prouve bien que la France Insoumise, qui n’est pas sans ressemblance dans le côté télé-évangéliste avec En Marche de Macron, est un appareil comme un autre.

Un peu tard dans la saison

C’est bien dommage que l’union des trois (Hamon, Mélenchon, Jadot) n’ait pas lieu ou alors aurait lieu après la victoire de Marine Le Pen à la présidentielle, au moment des législatives. Il sera un peu tard dans la saison, à vrai dire, puisque comme Hamon l’a également fait remarquer, ce que les électeurs de gauche réclament, c’est une union avant, et pas après les présidentielles, quand tout le monde, dans les circonscriptions criera au sauve-qui-peut. C’est d’autant plus désespérant que ce comportement est induit par la logique de la Vème république et que Hamon comme Mélenchon et ses partenaires, veulent d’une VIème. En cas de victoire après les législatives, pour les deux, l’idée serait celle d’une assemblée s’érigeant en constituante et proposant la nouvelle république par référendum, bref que le président élu se chargerait de piloter le changement, guère plus, avant de voir ses prérogatives régaliennes singulièrement restreintes.

Désespérer l’électeur de gauche  alors que l’addition des voix de Hamon et de Mélenchon sans compter celles des écologistes et des communistes, les qualifie d’emblée pour le second tour, voire les place devant Marine Le Pen, c’est absolument irresponsable. Les pétitions appelant à l’union, sous une forme ou sous une autre, qui fleurissent un peu partout, témoignent pourtant de ce désir à gauche, à la base,  de ne pas voir se jouer le destin du pays dans un tête à tête entre un candidat de droite plombé par les affaires au discours inaudible, une candidate de droite extrême qui a Trump et Poutine pour modèle ou un Lecanuet illuminé et incohérent. On en est pourtant là.

Mehdi Meklat: des infractions malheureusement prescrites

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mehdi meklat bondy justice

mehdi meklat bondy justice

S’il est une chose que l’on peut regretter au sujet de l’antipathique Mehdi Meklat c’est que l’on ne soit pas aperçu plus tôt, au milieu de cette fange que représentent parfois les réseaux sociaux, non seulement de l’existence de ces tweets mais également de l’identité de leur véritable auteur.

Le dernier tweet recensé et porté à la connaissance des heureux « non-followers » – un « délice » homophobe ciblant Caroline Fourest – datant de juillet 2015, la prescription est désormais acquise.

Les autres messages abjects qui ont pu être exhumés de son compte twitter (« Faites entrer Hitler pour tuer les juifs », « je ne sais pas pour vous mais je trouve la phrase « Moi la mort, je l’aime comme vous vous aimez la vie » de Mohammed Merah, troublante de beauté » ou « J’ai envie de commettre un acte homophobe pour qu’on parle de moi ») sont plus anciens encore s’échelonnant de 2011 à 2014.

Pourquoi il s’en tire à bon compte

Leur auteur s’en tire judiciairement à bon compte. En effet, M. Meklat a su faire preuve de suffisamment d’originalité pour que ses « saillies drolatiques » soient constitutives, au choix, d’injures, diffamation ou de provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de de leur appartenance à une religion déterminée ou à raison de leur orientation sexuelle, délits passibles d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende  conformément aux articles 24 alinéa 7 et 8, 32 et 33 de la loi du 29 juillet 1881.

Or, en matière de presse, la prescription est courte. Prescription originellement trimestrielle (à compter de sa publication), elle est portée à 1 an pour les délits susvisés. Saisis par une question prioritaire de constitutionnalité, les Sages de la rue Montpensier ont jugé en 2013 que cette prescription rallongée et dérogatoire à la règle d’ordre public de la prescription trimestrielle était conforme à la constitution.

Quant à une éventuelle apologie du terrorisme prescrite, elle, sous 3 ans, relative au tweet relatif à Merah datant de 2012, il est également trop tard pour s’en saisir.

M. Meklat peut bien faire valoir aujourd’hui une défense minable en prétendant que ces tweets publiés de façon compulsive par un double diabolique ne visaient qu’à provoquer et « perturber un monde trop lisse », il n’aura pas à s’en expliquer devant un tribunal.

Et c’est probablement tant mieux pour lui, parce qu’on a beau être ouvert d’esprit, vouloir comprendre, se forcer même à accepter une sorte d’humour qui ne fait rire que les antisémites, les homophobes et les sexistes, on aura du mal à se convaincre que celui qui se livre plusieurs années durant à ces propos abjects n’en pense, au fond de lui, pas un mot. Le tribunal l’aurait, on l’espère, sévèrement sanctionné.

De ce lamentable « buzz » involontaire, on retiendra une fois de plus que l’antisémitisme, l’homophobie et le sexisme se trouvent bien déposés sur les claviers de certains, à défaut de l’être sur leur langue. Quant à M. Meklat, il sera désormais sous la loupe et n’aura sans doute pas deux fois la même chance.

«Quand on se dit frères, c’est pour s’en prendre à quelqu’un d’autre»

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Gérard Haddad radicalisation psychanalyse
Gérard Haddad
Gérard Haddad radicalisation psychanalyse "Le Complexe de Caïn"
Gérard Haddad

Propos recueillis par Olivier Prévôt

Causeur. Vous êtes psychanalyste et l’on vous doit déjà de nombreux ouvrages. Le livre que vous publiez ces jours-ci, Le Complexe de Caïn, qui explore la question de la fraternité, apparaît comme un travail théorique directement en lien avec l’actualité, c’est-à-dire le terrorisme.

Gérard Haddad. Les attentats ont effectivement capté mon attention, ma réflexion. Je suis fidèle en cela au commandement lacanien : « Sur le réel de notre temps, il faudrait quand même que les analystes se concentrent. » Et ce livre s’inscrit dans le prolongement du précédent, Dans la main droite de Dieu, où je posais les premiers jalons d’une psychanalyse du fanatisme, en particulier religieux. L’écho qu’a rencontré cet ouvrage, les questions, les débats qu’il a suscités ont ouvert de nouvelles voies. J’avais consacré un chapitre à la fraternité et j’ai senti la nécessité d’approfondir cette question.

Et quel fut l’élément déclencheur ? Le point de départ ?

Quelque chose a commencé à prendre forme il y a quelques années, je crois. J’avais été invité au congrès d’unification des psychiatres tunisiens. C’était inouï pour moi : j’ai perdu la nationalité tunisienne il y a des années, je ne suis pas musulman, je vis à Paris… et on me demandait de prononcer l’intervention de clôture de cette réunion ! Il fallait être à la hauteur de ce geste. Je demeure très attaché à la Tunisie et au monde musulman. C’est là que j’ai grandi, tout de même. Quelque chose a donc surgi en moi. Je l’ai accueilli d’abord, organisé, travaillé ensuite. Et j’ai proposé à mes hôtes une réflexion autour du mythe biblique de Joseph, c’est-à-dire autour de la question de la fraternité, entre conflit et réconciliation.

Au début de votre livre, vous relevez une chose singulière : on a multiplié les appels à la fraternité après les attentats, sans beaucoup s’intéresser au fait que les Kouachi comme les Abdeslam… sont précisément deux couples de frères…

Oui. On présente la fraternité comme la solution. Je prétends qu’elle est le problème. On appréhende spontanément la fraternité comme[access capability= »lire_inedits »] une chose ayant à voir avec la tendresse, la solidarité. Chacun sait d’expérience – il suffit d’avoir un frère ou une sœur – que c’est au minimum plus compliqué. Freud, même s’il a peu développé cette question, a mis en évidence que l’irruption de la fratrie suscite un désir de fratricide. La fraternité ne va pas de soi. Elle se conquiert. Elle s’élabore dans une approche, dans un travail de reconnaissance mutuelle. La présence du frère pose un problème. Et pour le résoudre, il faut commencer par le mettre à plat. La fraternité repose sur le refoulement d’un désir de mort du frère. Si on pose le sentiment de fraternité comme une évidence obligatoire, immédiate, non problématique, on ne fait que mettre de l’huile sur le feu. Et l’agressivité refoulée se déplace, décuplée, vers un autre objet.

On est face à un étrange paradoxe. Les islamistes ne cessent de proclamer l’urgence et la valeur de la fraternité, et infligent au reste du monde ce que l’on sait…

Quand on se dit frères, quand on le proclame avec une certaine énergie, voire de la véhémence, c’est en général pour s’en prendre à quelqu’un d’autre. Mahomet déclare ainsi aux gens de Médine « Nous sommes des frères ! »… Dans la foulée, on fait assassiner 800 juifs de l’oasis. L’affirmation très appuyée de la fraternité intracommunautaire s’accompagne souvent d’un accès d’agressivité contre ceux qui ne font pas partie de cette communauté. Encore une fois, il s’agit du processus de déplacement mis en lumière par Freud.

Les frères Kouachi, c’était un peu « toi et moi contre le monde entier ».

On peut dire les choses comme cela, si vous voulez. Il s’agit d’un cas typique de refoulement de la pulsion fratricide… qui resurgit ailleurs. Mais les frères Kouachi ou les frères Abdeslam font partie d’une montée générale de la violence. Tout le monde sait que le lien social est affaibli. Et le lien social, c’est le lien fraternel.

Et selon vous, en tant que psychanalyste, d’où vient cet affaiblissement ?

Du déclin de la parole du père.

Comment ça ?

Dans ce livre, j’ai dessiné les bases d’une nouvelle topique freudienne où il y aurait, en équilibre et en interaction, deux conflits fondateurs. Le conflit œdipien et le conflit « caïnique ». Du conflit œdipien émerge la loi – la castration symbolique. C’est cette loi qui tempère et tient en bride l’agressivité caïnique ou fraternelle. La fraternité originaire, c’est le fratricide ! Ce qui émerge de l’œdipe, c’est la loi protectrice du père. Quand la loi paternelle décline, Caïn prend le dessus. D’où l’explosion de violence à laquelle nous assistons.

Vous évoquez le « complexe caïnique ». Pourriez-vous le définir précisément ?

Il y a un objet que l’enfant désire. La mère, son attention exclusive. Cet objet, qu’il a perdu, qu’il désire, il s’aperçoit que le frère, lui, le possède. Et donc, pour le récupérer, il faut tuer le frère.

Vous dites aussi « J’ai dessiné… »

Oui, j’ai élaboré quelque chose. Mais Lacan n’était pas loin de cela. Prenez le séminaire sur l’éthique de la psychanalyse. Lacan commente : « Ce qui se rapproche le plus de ce que j’appelle la Loi, ce sont les dix commandements. » Or les dix commandements sont hantés par la question de la rivalité fraternelle. Et quand la Bible prend la peine de dire « Et ton frère vivra avec toi », c’est parce que, justement, cela ne va pas de soi. Ce n’est pas spontanément, ce n’est pas par amour que le frère a le droit de cohabiter. Mais parce que l’Éternel l’ordonne.

Avec ce livre, vous nous proposez une intelligence du phénomène terroriste en rupture avec le discours selon lequel expliquer serait déjà excuser

Je ne veux, bien. évidemment, rien excuser. Mais les échos qui me parviennent des centres de déradicalisation sont effarants. En fait, des milliers de jeunes sont concernés. C’est une terrible maladie. Et nous sommes interpellés en tant que psychanalystes. Pour combattre une maladie, vous devez la connaître. Vous n’imaginez pas un oncologue qui se contenterait de déclarer qu’il est « opposé au cancer ». Il lui faut comprendre le processus. C’est ce que j’essaie de faire.

Finalement, la fraternité, c’est vraiment le problème ?

Non, bien sûr. C’est la solution. Mais à une condition : ne pas oublier qu’à l’origine, la fraternité, c’est le meurtre. Il nous faut construire à partir de là, à partir de cette vérité, et surmonter la pulsion originelle. Mais c’est difficile, et ça prend du temps.

Le Complexe de Caïn, terrorisme, haine de l’autre et rivalité fraternelle, de Gérard Haddad, éditions Premier parallèle, 116 p., 12 €.

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Le complexe de Caïn

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Mehdi Meklat, la haine qui cache la forêt

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mehdi meklat banlieues antisemitisme homophobie
La Haine.
mehdi meklat banlieues antisemitisme homophobie
La Haine.

Il n’y a pas d’humour sur Twitter, il n’y a que de la haine. Mehdi Meklat a twitté des milliers de messages haineux qui ont probablement tous simplement alimenté la haine antisémite, homophobe, misogyne. Dénoncer sur Twitter en se faisant passer pour un haineux, c’est tellement con comme idée, et comme défense, enfin Twitter est rempli de tweets haineux, comment ceux-là auraient pu être distingués des autres, et par qui ?
J’en ai lu beaucoup et en regardant les dates on s’aperçoit que l’humour est parfois là en réalité, je ne peux pas être de mauvaise foi, mais la plupart du temps c’est juste de la haine au premier degré, sans aucun indice ni aucune finesse ni aucune technique comique pour permettre de comprendre que c’est du deuxième degré. Je ne sais pas comment Pascale Clark peut soutenir une ordure pareille.

Wesh-wesh antisémites

Je commence à en avoir ma claque de cette France qui n’aime qu’une figure, celle du jeune à casquette antisémite et homophobe et pour laquelle si on n’est pas ça on est ringard.

Je commence à en avoir ma claque des bourgeois qui veulent s’encanailler avec des jeunes de banlieue, qui du fond de leur hôtel particulier à Neuilly ou de leur appart’ bobo du 19e pensent que c’est super le rap et le graff’ et la téci, etc.
Ah oui c’est super quand c’est de l’expression artistique, oui, sans doute. Mais nous les racailles qui font wesh-wesh on se les coltine tous les jours, les agressions homophobes, antisémites, les femmes agressées par des wesh-wesh à casquette c’est pas une blague pour nous c’est pas une caricature. Les jeunes racisés qui ont grandi dans une cité qui deviennent médecin ou avocat, ou même coiffeuse ou livreur, et qui quand ils allument la télé se voient représentés en wesh-wesh dealers en baskets, ça ne les fait pas beaucoup rire non plus.

Les familles d’Ilan Halimi, des enfants assassinés à Toulouse, ça les fait pas beaucoup rire les antisémites à casquettes wesh-wesh viens mon frère viens on va tuer des juifs parce que j’ai le seum ouais gros viens on y va.

Rêveuse bourgeoisie

Vous les bourgeois, c’est sans doute un univers qui vous fascine et vous imaginez sans doute des banlieues comme des endroits où les méchants policiers traquent les gentils jeunes en fonction de leur couleur de peau, en réalité c’est pas ça. Les violences dans ces endroits ne sont pas commises par les policiers et tout le monde le sait, sauf les bourgeois. C’est pas les policiers qui pissent dans l’ascenseur, qui dealent du shit dans le hall, qui fouillent les gens pour voir si c’est pas des flics avant de rentrer dans la cité, qui balancent de l’électro-ménager sur les voitures de l’Etat, qui font des tournantes, des braquages, qui brûlent des bagnoles, c’est pas les policiers qui font ça et tout le monde le sait.

A force de vivre entre bourgeois, vous avez laissé tomber les pauvres gens qui se font extorquer, agresser, humilier, harceler par des groupes de jeunes aveuglés par une sous-culture ultra-violente, livrés à eux-mêmes, rendus psychopathes par la loi de la cité. Vous n’avez aucune conscience de ce que la plupart des français vivent. Vous vous en foutez, vos enfants vont à l’école privée catho, vous habitez des quartiers chic où il n’y a pas de cité parce qu’il n’y a même pas de logement social, vous n’en avez rien à foutre. Quand on habite dans le Marais ou à Neuilly, c’est dur de se représenter comment on vivrait à Grigny. Vous avez décidé de prendre parti pour les voyous contre les policiers.

Plus cool que la racaille? La police!

De dire que tout était de la faute du racisme et donc de ne pas voir que le policiers eux-mêmes étaient issus de milieux populaires, dans le corps des Gardiens de la Paix, et donc de toutes origines. Vous faites semblant de ne pas voir que la Police en tant que groupe de personnes est bien plus ouverte et tolérante que la sous-culture des cités, toutes les religions, les orientations et les identités sexuelles, les opinions politiques (excepté l’anarchisme) y sont représentées, la police est bien plus « cool » que les jeunes voyous psychopathes (minoritaires dans leurs propres quartiers) qui terrorisent tout le monde en hurlant à mort « Charlie , vive Kouachi et Coulibaly », nique la France, la France c’est une salope et je la baise, etc etc etc, enfin ce que vous entendez tous les jours si vous ne vivez ni chez les bourgeois ni dans le trou du cul de la France parmi les vaches et les pesticides.

Vous avez décidé de mettre des œillères pour ne pas voir les problèmes qui pourraient venir de potentielles victimes du racisme – comme si le fait d’être victime de quelque chose empêchait d’être auteur de la même chose ou d’autre chose.

Ainsi faisant, vous avez propulsé Le Pen en première place des intentions de vote au premier tour. Ça a pris des années, mais vous avez réussi.

Fillon, Macron: un traitement médiatique en questions

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Emmanuel Macron au Salon des Entrepreneurs à Paris, février 2017. SIPA. AP22008715_000024
Emmanuel Macron au Salon des Entrepreneurs à Paris, février 2017. SIPA. AP22008715_000024

La question « Cui bono ? » (tournure en double datif que le concept de prédicat ne permet pas de comprendre, note au CSP) est traditionnellement attribuée à Cicéron, qui la prononça jadis dans sa plaidoirie en faveur de Roscius d’Améria, un pauvre bougre accusé à tort de parricide et risquant par conséquent un châtiment immonde (on enfermait le coupable dans un sac avec divers animaux, dont un serpent, et on jetait ce sac dans le Tibre).

« A qui profite le crime ? »

La victoire de Cicéron, totalement inespérée étant donné que les accusateurs étaient soutenus par un proche du dictateur Sylla, consacra la renommée de celui qui n’était encore qu’un jeune avocat. Mais si ce bon Cicéron lui-même attribue la paternité de cette interrogation à un autre que lui (« Lucius Cassius avait l’habitude de demander : à qui profite le crime ? »), du moins sait-il l’employer à bon escient.

On demande « à qui profite le crime ? » quand on entend démontrer que le coupable ne peut être que celui qui a tiré avantage du forfait. Dans le cas de Roscius, le malheureux avait été exproprié de tous ses biens à la suite d’une machination ourdie par les accusateurs, lesquels espéraient, s’ils gagnaient leur procès, empêcher que le fils pût jamais réclamer les terres immenses de son père.

On a vu ressurgir sur toutes les lèvres et dans maints gros titres la question cicéronienne.

Mais le crime ainsi désigné, quel est-il, en l’occurrence ? Ce n’est pas le véritable délit, dont la responsabilité n’est pas mise en doute : si détournement de fonds publics il y a, à qui a-t-il profité ? A la…

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux.

Le Conseil constitutionnel à la rescousse de la fessée

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fessee conseil constitutionnel parents
Image: Flickr.
fessee conseil constitutionnel parents
Image: Flickr.

Le Conseil constitutionnel a invalidé plusieurs articles de la loi Egalité et citoyenneté, dont celui, très polémique, visant l’interdiction de la fessée parentale. Grand bien lui en a pris. On peut certes regretter que l’anticonstitutionnalité ait été fondée non sur le fond mais sur la forme du texte, celui-ci ayant été jugé sans rapport avec la loi. Mais ne boudons pas notre plaisir : les raisons de se réjouir ne sont pas minces.

Minorité agissante

Inutile d’insister sur la monstruosité de la maltraitance enfantine, qui relève fort heureusement du pénal. En revanche, que le drame des enfants battus devienne le motif d’une condamnation uniforme de tous les parents, qui dans leur tâche éducative peuvent être amenés à recourir à la correction physique légère, est une ineptie.

D’une part, c’est une immixtion indue dans la vie privée des familles, faite comme toujours dans ce cas au nom du bien commun. L’Etat décrète la façon unique et convenable d’élever les enfants et entend bien l’imposer aux parents, qui sont tous comme on le sait, des bêtes ignares et brutales à la main leste. Cette intrusion dans ce qui relève de la sphère privée s’apparente à du totalitarisme. Le dispositif ne prévoyait pas de sanction pénale, pour l’instant. Si cela était advenu, cette mesure aurait en outre représenté un détournement du rôle de la loi, destinée à punir la seule marge déviante et non à intervenir dans la vie des gens ordinaires (85% des parents auraient recours à la fessée). Notons au passage que nos politiques n’ont aucun scrupule à légiférer sur les mœurs de leurs concitoyens dès lors qu’il s’agit à leurs yeux d’un enjeu primordial, le port du burkini ne l’étant manifestement pas.

D’autre part, c’est une façon insidieuse de faire avaler plus facilement la pilule du progressisme sociétal, et de permettre l’avènement en douceur de l’Homme nouveau, grâce à une ficelle déjà connue : l’incrimination abusive de la majorité innocente au nom d’une minorité agissante.

Campagnes d’intimidation

Ce n’est pas la première fois que nos gouvernants usent de ce stratagème. On se souvient ainsi de la campagne de lutte contre le « harcèlement sexiste » dans les transports. Il serait souhaitable que les véritables auteurs de ces agressions, essentiellement des bandes de jeunes, qui se livrent à des insultes honteuses pouvant dégénérer en violences physiques, soient désignés et punis comme ils le méritent. A défaut mais à dessein, le ministère a échafaudé une véritable campagne d’intimidation à l’encontre de toutes les personnes de sexe masculin, qui auraient l’indélicatesse de manifester plus ou moins finement leur intérêt pour le beau sexe à leurs représentantes. Double bénéfice de cette criminalisation indifférenciée du mâle : éviter de stigmatiser la jeunesse des banlieues, et soutenir le progrès social permis par la castration psychologique des hommes, étape indispensable avant d’atteindre l’objectif tant espéré d’une société sans différenciation sexuelle. Dans le cas de la fessée, le progrès sociétal escompté est l’abolition de tout rapport hiérarchique entre parents et enfants, dans une logique égalitariste poussée jusqu’à l’absurde, et ardemment voulue par les instances supranationales (Convention internationale des Droits de l’Enfant. Convention des Nations-Unies).

L’interdiction de la fessée est donc une ineptie, mais pas seulement. Last but not least, elle participe à sa manière à notre fragilisation face à la progression de l’islam. C’est un coup de canif porté au dernier bastion de l’autorité dans notre société, l’autorité parentale, bastion déjà très ébranlé par les théories permissives de mai 1968. Or comment ne pas mettre en parallèle notre déconstruction progressive de toute forme d’autorité, et l’avancée rampante de l’islam, incarnation de l’obéissance s’il en est, dans nos sociétés ?

Quel peut bien être le degré de notre aveuglement, qui nous empêche de voir que plus nous nous dépouillons de tout corset de contrainte, plus un autre dispositif, autrement plus autoritaire et totalitaire, viendra à coup sûr occuper l’espace que nous aurons volontairement vidé ? Notre nature humaine est ainsi faite que, constamment tiraillée entre sa part de lumière et sa part d’ombre, ou dans des termes plus profanes, entre son côté clair et son côté obscur, elle éprouve un impérieux besoin de limites, de bornes, de normes.

Est-il interdit d’interdire?

Avec l’article initial, nous œuvrions certes à enrichir notre arsenal répressif. Mais ce sont des lois qui viennent précisément à l’encontre de toute forme de coercition. En somme, une nouvelle loi contre la loi naturelle, celle qui veut que les parents détiennent une autorité sur leurs enfants. « Il est interdit d’interdire » est plus que jamais d’actualité. Si l’effacement de toute trace d’autorité au nom de la liberté de chacun semble une idée séduisante, il est à terme incompatible avec notre essence humaine.

L’interdiction de la correction physique légère des enfants est une illustration, parmi d’autres mais avec une haute portée symbolique, de la manière dont nous abandonnons petit à petit notre corset historique, et ce faisant, laissons la place à un autre, en l’occurrence issu d’une autre culture, et en l’occurrence défendu avec ardeur par ses partisans. A toujours vouloir toujours moins de contraintes, nous n’en récolterons que davantage. Moins de fessée, pour plus d’islam.

En votant l’article contre les violences éducatives, la France cédait à une injonction du Conseil de l’Europe. Mais les sages de la rue de Montpensier en ont décidé autrement. Sans le vouloir, ils viennent d’offrir un sursis inespéré à l’autorité parentale. Pour combien de temps encore ?

Wall Street, y a un loup!

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Loup de Wall street bourse américaine Obama Donald Trump
Leonardo DiCaprio dans "Le Loup de Wall street" de Martin Scorsese (Sipa : 00664339_000005)
Loup de Wall street bourse américaine Obama Donald Trump
Leonardo DiCaprio dans "Le Loup de Wall street" de Martin Scorsese (Sipa : 00664339_000005)

Alors qu’Obama cédait le pouvoir à l’improbable Trump, les médias dressaient le bilan économique et social du président sortant. Le point le plus positif, c’était l’accroissement de la richesse par tête : celle-ci est de moitié supérieure à son pic atteint en 2008 avant le séisme financier ! Mais c’est là une énigme. Car les prix immobiliers sont, eux, à peine supérieurs à leur précédent sommet.

Reste le prix des actions cotées en bourse. Le S & P 500 dépasse la cote de 2 200. Elle était à 1 400 à l’été 2008. Or le S & P (équivalent de notre CAC 40) est l’indice le plus représentatif de la bourse américaine. Il regroupe les 500 plus importantes sociétés, autant dire le plus gros de l’économie quand on sait que ces sociétés sont aussi des clientes et des fournisseurs d’autres sociétés. Nous ne devrions pas chercher plus loin la clef de l’énigme.

Mais autant la réponse est formellement juste, autant elle soulève d’autres interrogations. Car l’accroissement de quelque 60 % de la cotation boursière accompagne une hausse de 11,5 % du PIB et une hausse modeste de 4 % de la production par tête tandis que l’évolution des profits déçoit les attentes. De là à voir dans la montée de la bourse un phénomène d’anticipation ou un phénomène d’exubérance irrationnelle, il n’y a qu’un pas. Un pas qu’il ne faut surtout pas franchir. Le gonflement boursier est le résultat d’un dopage mécanique, sous la forme de rachats d’actions – buybacks – décidés par les directions d’entreprises sous la pression quotidienne de leurs grands actionnaires.

Une grande innovation financière

Si nous devions décerner le grand prix de l’innovation financière de ces quarante dernière années, nous aurions l’embarras du choix : la titrisation qui permet aux banquiers-prêteurs de revendre leurs risques douteux sur[access capability= »lire_inedits »] le marché, les CDO qui permettent de mélanger les bons et les mauvais prêts, les CDS qui permettent de s’assurer contre l’insolvabilité des créanciers, le Quantitative Easing qui a permis de retirer des milliers de milliards de dollars, d’euros et de livres sterling, d’emprunts circulant sur le marché du crédit. Mais, en l’an de grâce 2017, ce sont les rachats d’actions qui mériteraient peut-être la palme d’or. On n’en parle pour ainsi dire pas, en dehors des médias économiques spécialisés comme le Financial Times et The Wall Street Journal. Le phénomène, massif dans son ampleur[1. Leur montant total s’est élevé à 1 000 milliards de dollars en 2015, soit près de 5 points du PIB américain et la moitié environ du montant des investissements productifs des entreprises américaines, cotées et non cotées.], est pourtant central dans l’expérience néolibérale.

De quoi s’agit-il ? Les entreprises cotées ont désormais la faculté, dans l’ensemble du monde occidental, d’utiliser leurs profits non pas pour investir ou embaucher mais pour racheter une fraction de leur capital à leurs actionnaires, ce qui fait automatiquement monter les cours. On l’aura compris, ce sont les fonds de placement qui sont essentiellement visés. Donnons deux exemples récents. HP d’abord, le producteur informatique qui a succédé à Hewlett-Packard : HP a annoncé en même temps la suppression de 3 000 postes de travail sur trois ans et un rachat d’actions à hauteur de trois milliards de dollars. Boeing ensuite, qui « dégraisse le mammouth » chaque année qui passe : Boeing va procéder à un rachat d’actions de 14 milliards de dollars, supérieur aux frais de développement du dernier-né de la firme, le 777X[2. Estimés à près de 9 milliards de dollars sur la période 2014-2020. Le Boeing 777X ne coûtera cependant rien à son constructeur, qui a reçu une subvention de 8,7 milliards de dollars de l’État de Washington.].

Dans ces conditions, le fameux théorème de Schmidt[3. Nous parlons de l’ancien chancelier Helmut Schmidt.] – les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain – relève de la galéjade. La vérité de la bourse contemporaine se décline par un nouvel axiome : les profits d’aujourd’hui sont les rachats d’actions d’aujourd’hui et la richesse des actionnaires d’aujourd’hui.

Appauvrissement des entreprises, enrichissement des actionnaires

Aux yeux d’un libéral classique, le rachat des actions s’apparente à une décapitalisation. L’entreprise verse du cash pour sortir des actions du marché boursier. Ces actions sont ensuite inscrites dans un compte spécial de l’entreprise et neutralisées afin d’interdire aux dirigeants d’exercer les droits de vote rattachés aux actions ! Mais le tour de passe-passe, car c’en est un, enrichit les actionnaires. Pour eux, c’est un accroissement du capital comptable inscrit dans leurs bilans. Si Marx revenait parmi nous, il serait désemparé devant un phénomène d’accumulation du capital, qui n’a plus son siège dans la « fabrique »[4. L’analyse marxiste ignore la notion d’entreprise.] mais dans le gousset des actionnaires, et serait forcé de réviser son analyse pour admettre la réalité d’un capital comptable et non plus constitué de biens physiques.

Les « buybacks » doivent être considérés comme la réalité la plus saillante d’une expérience néolibérale menée au nom de la « free enterprise » pour mieux la subordonner aux exigences d’actionnaires irresponsables. Mais ils ont le singulier mérite de camoufler que le ratio chéri de la bourse – le rapport du prix de l’action aux profits de l’entreprise – ne veut plus rien dire !

La chose est des plus simples. Partons du principe que les sociétés cotées ont racheté, au fil des ans, le tiers de leurs actions antérieurement émises – estimation raisonnable en l’absence de statistiques officielles. Le «price earnings ratio » s’en réduit mécaniquement d’un tiers ! Comme ce ratio se situe aujourd’hui à 21 sur le marché new -yorkais, on voit qu’il atteindrait, sans le dopage des rachats, un chiffre égal ou supérieur à 30, synonyme de krach boursier…

La finance, c’est mon ennemie

Interdits par les codes de commerce, les rachats d’actions ont été peu à peu autorisés des deux côtés de l’Atlantique. En France, le feu vert a été donné dans une loi présentée en 1998 par Dominique Strauss-Kahn, ministre de Lionel Jospin qui, reconnaissons-le, ne s’est jamais proclamé l’ennemi de la finance[5. Les sociétés peuvent racheter 10 % de leurs actions dans l’année, puis encore 10 % deux ans plus tard et ainsi de suite.]. Une finance qui n’a pas eu de serviteurs plus zélés, voire plus stylés, que dans les sérails de la gauche.

Dans l’éventail des candidats à la présidence, se trouvera-t-il une personne assez courageuse pour affronter la finance prédatrice autrement qu’en paroles ? Je forme le vœu d’une année 2017 qui déplace enfin les lignes de la politique nationale.[/access]

L'Avenir du capitalisme

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La trahison des économistes

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Mehdi s’éclate et le « Grand Remplacement » passe

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Mehdi Meklat. @Wikimedia
Mehdi Meklat. @Wikimedia

« Nous sommes le Grand Remplacement ». En ouverture de l’éditorial du premier numéro de la revue Téléramadan, édito qu’il cosignait avec Badroudine Saïd Abdallah et Mouloud Achour en juin 2016, l’écrivain-twitteur Mehdi Meklat, jeune coqueluche de Libération, des Inrocks et de Pascale Clark réunis[1. Libération, les Inrocks, Pascale Clark, auxquels il faut ajouter Le Monde et Christiane Taubira : certains partent avec des handicaps dans la vie des idées, et on comprend mieux ainsi ce que « jeunesse défavorisée » veut dire. Mais inutile de préciser que si ce lourd passif explique beaucoup de choses, il n’excuse rien.], nous promettait sur un ton un poil arrogant, de nous « grand remplacer ». Une provoc’ bien sympa qui suscitait un grand éclat de rire dans le tout petit monde des lecteurs du Bondy Blog. Une journaliste du Monde, dénommée (mais ça ne peut être qu’un pseudonyme) Elvire Camus, dans un article d’une remarquable complaisance, précisait leur projet : restez calme, brave gens, il ne s’agit pas vraiment pour Mehdi, Badroudine et Mouloud de vous remplacer physiquement, mais seulement de parler à votre place afin de remplacer vos « idées nauséabondes » par leurs idées à eux, qui elles, sentent bon. Ces jeunes rebelles parfumés de frais et bien sous tous rapports, semblent vaporiser leur prose odoriférante alentour sans agressivité, presque sans y penser, « naturellement », comme il est naturel et respectable pour tout grand mammifère triomphant d’imprégner de son odeur les territoires qu’il aborde. Ils le disent eux-mêmes, ils veulent seulement « reprendre leur place » et faire taire ceux qui défendent l’indéfendable : « la thèse » du Grand Remplacement de Renaud Camus, « en assumant, écrit Elvire Camus, ce rôle de « grands remplaçants » sur le terrain des idées. » Soucieux de nous rassurer pour de bon, Mehdi Meklat, au moment de conclure son éditorial, passe brutalement de la morgue ricaneuse au lyrisme papelard :« nous voulons grand-remplacer le désespoir par un idéal : l’écoute et la réflexion ». Comme c’est sympa.

« Poésie, intelligence et humanité »

Cependant, triste paradoxe, il semble que cet idéal, s’il est pris au sérieux, est susceptible de nourrir le désespoir contre lequel il prétend lutter. Me mettant grâce au Printemps Républicain à l’écoute de Mehdi Meklat, je constate que ce sympathique blogueur préposé à la diffusion des effluves délicates de la bien-pensance, et à qui l’on donnait naguère le paradis du vivre-ensemble sans confession, souffre d’une incontinence verbale elle-même pestilentielle. A la réflexion, c’est inquiétant, et même tout à fait désespérant. Même si l’on s’abstient de consulter ses tweets les plus orduriers, force est de constater que l’espoir de nos médias de référence, non content de faire l’apologie de Hitler, d’appeler à l’autodafé des revues Charlie Hebdo et L’Obs (pour cause d’anti-antisémitisme), de souhaiter casser les jambes d’Alain Finkielkraut, de plaider pour l’égorgement de Marine Le Pen, déclare aussi sobrement : « il faut que les blancs meurent asap ». Ce n’est donc pas seulement les idées des petits blancs racistes qu’il faut remplacer, mais bien les blancs eux-mêmes. Voilà comme on nous parle aurait dit une Pascale Clark sans œillères, cet oxymore. C’est du brutal, mais au fond, il y a de quoi se réjouir. En s’exprimant sans fard, Mehdi Meklat clarifie ses intentions et nous empêche de prendre des vessies remplacistes pour des lanternes sympatoches. Personne et surtout pas les Inrocks ne parviendra à nous faire avaler qu’il n’y a aucun lien entre sa prose mi-narquoise, mi-mielleuse, adulée par les pharisiens de la bonne presse et ses tweets haineux.

Mais ce qui me chiffonne aussi, c’est qu’il utilise pour détailler son projet de vie le joli pseudonyme, franchouillard en diable, en hommage (?) à Marcel Duchamp, de Marcelin Deschamps. Marcelin est un prénom délicieusement obsolète, et parmi les nombreux saint Marcellin, il en est un, de Carthage, qui fut un ami de saint Augustin. L’évêque d’Hippone, qui l’appelle « mon bien cher fils », lui rend hommage dès les premières lignes de sa Cité de Dieu. Marcellin, un haut fonctionnaire cultivé et zélé, défendit la stricte orthodoxie catholique face à une bande de Donatistes excités qui finirent par le grand-remplacer, manu militari. Pas sûr que le favori de Pascale Clark soit digne du nom très-chrétien dont il s’est lui-même baptisé. Même si, réflexion faite, la grande prêtresse de l’antiracisme ne perçoit toujours chez son protégé que « poésie, intelligence et humanité ».

« Les djihadistes méritent la peine de mort civile »

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yves michaud rousseau islam
Yves Michaud. Photo: Hannah Assouline.
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Yves Michaud. Photo: Hannah Assouline.

Causeur. Vous n’y allez pas de main morte dans votre dernier livre, Citoyenneté et loyauté (Kero, 2017) : déchéance de la nationalité infligée à tous les terroristes, prestation solennelle de serment républicain, peine de mort civile, etc. Votre fermeté nous réjouit mais, a-t-on juridiquement le droit de créer des apatrides ?

Yves Michaud. Evidemment ! La France a certes signé mais jamais ratifié la Convention de New York de 1961 sur la réduction des cas d’apatridie. Le statut d’apatride est protecteur, mais il fait de vous un étranger, avec les droits d’un étranger, sans accès à la Sécurité sociale ni aux droits sociaux, un peu comme moi quand je vis en Espagne. Evidemment aussi, un apatride a des droits de résidence et de voyage mais il lui faut demander des documents de circulation spéciaux chaque fois renouvelables qui permettent sa surveillance. Aujourd’hui, certains continuent à toucher le RSA alors qu’ils sont à Raqqa ! Je ne vois pas non plus pourquoi aussi Salah Abdeslam garderait tous les bénéfices de la citoyenneté française comme l’aide juridictionnelle. Qu’il demande au Qatar ou au CCIF de lui payer un avocat …

Ne reconnaissez-vous pas un minimum de droits de l’homme, un noyau inaliénable assuré même aux pires spécimens de l’humanité ? Même les criminels de guerre nazis n’ont pas payé les honoraires de leurs avocats à Nuremberg…     

Si c’est juste une question d’avocats… Rappelons quand même que quelques-uns de ces criminels ont été pendus à la suite du procès de Nuremberg.

De la « mort civile » à l’exécution physique, il y a un pas que vous franchissez allègrement. La peine de mort serait-elle la seule méthode de déradicalisation imparable à vos yeux ?

Je n’ai jamais été un adversaire de principe de la peine de mort parce que je considère un certain nombre de crimes comme absolument impardonnables. Que je sache, personne n’a jamais reproché à Israël d’avoir pendu Eichmann et dispersé ses cendres. Toute une tradition philosophique honorable estime qu’un individu ayant renoncé à son humanité peut mériter cette peine. Cela dit, je suis opposé à la peine de mort à cause des risques d’erreur judiciaire. Je suis donc partisan de la perpétuité réelle et d’une peine de « mort civile « . Les prisons ne sont pas uniquement faites pour réhabiliter les gens, mais aussi pour les mettre hors d’état de nuire. Youssouf Fofana [Ndlr : « Chef du gang des Barbares » qui a séquestré et assassiné Ilan Halimi en janvier 2006.] ne devrait jamais sortir de prison et ne plus être citoyen non plus.

Passons des citoyens perdus pour la France aux jeunes pousses de la nation. En quoi consiste votre projet de service civique ?

Ce service de trois mois se concentrerait sur la transmission des principes de la République et l’évaluation d’un certain nombre compétences scolaires tels que la capacité linguistique. D’une manière générale, il s’agit de faire comprendre les enjeux d’une adhésion sérieuse à la République, en indiquant les sanctions en cas d’écart. Je préconise d’autres mesures en ce sens, comme le paiement de l’impôt par tous les citoyens afin qu’ils soient conscients d’appartenir à une société qui donne un certain nombre d’avantages. Ce me semble être une proposition de Mélenchon.

Mélenchon a partiellement révisé  ses positions en matière d’immigration, passant de l’angélisme à un républicanisme plus affirmé. De votre côté, vous ne prenez pas de gants pour contester la sacrosainte « tradition d’accueil » de la République…

La tradition d’accueil est indiscutable et elle fait partie du droit international depuis qu’il y a un  » droit des gens « . Mais les choses se présentent très différemment quand nous sommes en présence de vagues migratoires massive. Tant que le Moyen-Orient et l’Afrique subsaharienne seront déstabilisés et miséreux, les vagues de migration continueront. Du coup, se posent plusieurs questions : dans quelle mesure les migrants sont-ils destinés à devenir citoyens ? Et s’ils ne sont pas citoyens, à quel titre sont-ils là ? Sont-ils des touristes, des mendiants, des vagabonds, des assistés ? On n’est plus du tout à la même échelle que lors des précédentes vagues de migrations. Derrière les migrations de masse, il y a d’ailleurs un tourisme très low cost et organisé : 1 200 000 personnes ne se déplacent pas d’Est en Ouest par l’opération du Saint Esprit !

Autre source d’immigration massive, en quelque sorte par auto-engendrement : le regroupement familial (66 000 arrivées en 2015). Souhaitez-vous le remettre en cause ?

Je ne comprends pas qu’on vive sur des slogans et des tabous en dépit du changement des conditions dans lesquels certains principes (aide médicale aux étrangers, droit d’asile, accueil des migrants…) ont été énoncés dans le passé. A sa création sous Giscard, le regroupement familial devait soulager les conditions d’existence et favoriser l’intégration des émigrés des ex-colonies qu’on avait fait venir pour des raisons économiques. Or, dès lors qu’on n’importe plus de la main d’œuvre immigrée, mais qu’on se trouve en face de migrants, pourquoi le regroupement familial devrait-il rester sacré ?

Peut-être parce que notre Etat de droit, Conseil Constitutionnel, en tête, nous y contraint. Au nom de quoi peut-on empêcher un citoyen français d’épouser un étranger et de vivre avec lui en France ?   

Le mariage n’est pas à proprement parler un regroupement familial. L’Etat de droit a dérivé depuis que les politiques se sont déchargés de beaucoup de choix sur des magistrats professionnels dont on ne connaît pas trop les conditions de nomination.  C’est vrai pour le Conseil Constitutionnel, qui a une composition partisane inacceptable, mais aussi pour la Cour Européenne des Droits de l’Homme, la Cour Européenne de Justice et la Cour pénale internationale. Je demande un toilettage de l’Etat de droit pour restaurer un contrôle des citoyens sur leurs magistrats, y compris et surtout au niveau des instances internationales. Je pose juste la question : qui sait comment sont nommés et à quels titres les 47 magistrats de la Cour Européenne des droits de l’homme ?

Vous nous posez une colle ! Et l’indépendance de la justice, parbleu ?

La séparation des pouvoirs, c’est avant tout la distinction de l’exécutif et du législatif, pas l’indépendance de la justice ! C’est ce qui fait la différence selon Montesquieu entre l’Empire ottoman et une République. Montesquieu avait, en revanche, la plus grande réserve quant à l’indépendance absolue de la magistrature : il était magistrat et savait très bien à quel point les magistrats savent faire leurs affaires eux-mêmes.

Certes, nous vous suivrons sur ce point. Mais alors que la France vit une crise généralisée (économique, morale, identitaire), vous ramenez notre désarroi à une simple crise de la citoyenneté. Pourquoi ?

Sans sous-estimer aucun des aspects de cette crise multiforme, j’essaie d’identifier son noyau, dont la clé est le consensus des citoyens pour vivre ensemble et participer à la même communauté politique. Si ce noyau se défait, tous les autres aspects de la crise s’enchaînent sans remède possible. La question du corps politique, qu’on l’appelle Cité, Civitas (la « polis » grecque), République ou « commonwealth », est philosophiquement et ontologiquement première par rapport aux autres.  Sans accord de consensus sur le corps politique, il ne peut y avoir ni démocratie, ni juste répartition juste des richesses, ni quelque accord que ce soit sur la politique économique, fiscale, éducative, etc.

Autrement dit, vous tâchez de renouer le contrat social…

Mon livre est d’une certaine manière un contrat social. Quelle que soit leur diversité, toutes les doctrines du contrat social, de Hobbes à Rousseau en passant par Althusius, Spinoza et Locke, posent la même question : comment une communauté politique suscite et jouit de l’adhésion de ses citoyens ? Pratiquement toutes les révolutions, comme 1789, naissent d’une crise profonde de la communauté politique comme celle que nous traversons aujourd’hui. Ses symptômes vont des incivismes bénins (ne pas se sentir engagé par ses obligations politiques, s’abstenir aux élections) aux incivismes gravissimes que sont les fraudes fiscales organisées ou les actes terroristes. Ceux qui les commettent s’excluent eux-mêmes de la communauté politique. Je trouve extrêmement significatif que les djihadistes, avant de passer à l’acte, prêtent allégeance à l’État islamique et que beaucoup de fraudeurs fiscaux, y compris  » légaux « , soient en réalité des apatrides vivant confortablement au Luxembourg ou en Belgique. Ça veut tout simplement dire qu’ils renoncent à ou dénoncent leur citoyenneté républicaine.

La crise de la communauté politique vire donc à la crise de l’appartenance nationale !

Non. À la différence d’Alain Finkielkraut, Pierre Manent et beaucoup d’autres, je pense que la référence à l’identité nationale comme base de la citoyenneté est aujourd’hui périmée. Pendant très longtemps, la citoyenneté n’a pas été liée à la nation et à la nationalité. La Révolution française a reposé sur le volontarisme politique, c’est-à-dire que la communauté politique repose sur l’adhésion volontaire et consciente des citoyens quelle que soit leur nation d’origine. Certes, on a ensuite traversé un très long épisode, de la fin du XVIIIe siècle jusqu’à une grande partie du XXe siècle, où citoyenneté et nation se confondent. De nos jours, le mélange des populations, les migrations, et l’héritage postcolonial rendent quasiment impossible de reconstruire de gré ou de force une identité nationale dans notre société plurielle. Aussi, je préfère construire une identité uniquement civique. Demander l’adhésion des citoyens à un certain nombre de principes généraux se révèle beaucoup plus facile que d’obtenir leur croyance en un récit national uniforme. Un français d’origine malienne peut prêter serment à la République mais on ne va pas lui demander de jouer à Astérix !

Pourtant, Ernest Renan postule que la nation, ce « plébiscite de tous les jours » s’appuie aussi sur un héritage commun…

Je ne rejette pas l’héritage commun – mais c’est celui de tous les pays démocratiques européens : la croyance dans les principes de liberté, d’égalité et de solidarité face aux accidents de la vie. A mon sens, ces piliers suffisent à reconstruire la communauté. Si un Bachi-Bouzouk veut vivre dans la tradition républicaine de la Révolution, il en a tout à fait le droit –mais aussi les obligations.

Vous donnez le sentiment de négliger toute une dimension a-rationnelle de l’homme. Mais le citoyen n’est pas un individu hors-sol, tout citoyen a besoin d’un ancrage identitaire. N’avez-vous pas tendance à dégager tout ce qui n’entre pas dans votre schéma rationaliste ?

C’est un argument que j’avais envisagé sérieusement dans mon essai sur le mérite[1. Qu’est-ce que le mérite ? (Folio, 2011).] lorsque j’analysais les principes de justice de John Rawls. A l’époque où j’avais écrit ce livre en 2009, je pensais que Rawls et les kantiens ne tenaient pas assez compte de l’épaisseur humaine, de la dimension culturelle, des passions, des émotions, etc. Mais dans nos sociétés composites, si on prend en compte toute cette dimension affective, on tombe sur deux écueils : le communautarisme ou le dissensus absolu. Hélas, je ne peux trouver aucun terrain d’entente affectif avec quelqu’un qui croit en la toute-puissance de Dieu. La seule chose que je lui demande, c’est de garder sa croyance en Dieu pour lui mais d’admettre en tant que citoyen des principes tels que la liberté de religion et la liberté d’apostasie.

En tant que rousseauiste, vous exprimez parfois une conception plus épaisse de la citoyenneté qui frise parfois la religion civile. Ainsi, vous regrettez certaines pratiques anciennes de bannissement des citoyens ayant trahi la communauté…

Rousseau prône une religion civile qui est la religion de l’adhésion au contrat social. L’auteur de l’Emile croit que l’homme étant fondamentalement un animal religieux, il a besoin de cette religion. Là-dessus, j’ai un point de vue plutôt voltairien qui consiste à voir dans l’homme un animal utilitariste qui sait calculer ses intérêts. L’appartenance à une communauté politique qui vous assure un certain nombre de droits se mérite et implique une certaine loyauté – et elle a des avantages bien nets. Dès lors qu’il se montre déloyal, il est tout à fait légitime de priver un citoyen des avantages de la communauté par un système de sanctions graduelles. Et je ne pense pas qu’aux terroristes, mais aussi aux exilés fiscaux.

Qu'est-ce que le mérite ?

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CONTRE LA BIENVEILLANCE

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Citoyenneté et loyauté

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Ce que nous dit l’affaire Mehdi Meklat

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mehdi meklat bondy inrocks antisemitisme
Mehdi Meklat dans l'émission de France 2, "Thé ou café", 11 février 2017

Le plus grave dans l’affaire concernant ce chroniqueur du Bondy Blog, Mehdi Meklat, qui a librement tenu pendant des années sur son fil Twitter (sous le pseudo de Marcelin Deschamps avant de revenir à son nom) des propos antisémites, homophobes, sexistes, insultants à l’égard de telle ou telle personnalité… dont certains tombent clairement sous le coup de la loi, c’est la responsabilité des médias qui l’ont embauché, soutenu, promu, encensé…

De deux choses l’une, soit ces médias (Mediapart, Libération, Télérama, Le Monde, Les InrocksFrance 2, France Inter…) ne savaient pas qui était Mehdi Meklat, et alors leur crédibilité est profondément mise en cause, soit ils le savaient mais ont fait comme si de rien n’était, ce qui pose des questions sur leurs intentions et sur la manière dont ils conçoivent leur rôle dans la restitution de ce qui est à l’oeuvre dans la société française.

D’autant, circonstance aggravante, que l’on peut constater ici le gouffre béant du deux poids deux mesures de donneurs de leçon professionnels en matière d’antiracisme et de lutte contre les discriminations. Car un jeune affilié au FN, par exemple, qui aurait commis ce genre de tweets aurait été instantanément, et à fort juste titre, cloué au pilori par ces médias, et se serait certainement retrouvé devant la justice.

On a même vu récemment en “une” des Inrocks, l’ancienne ministre de la justice, si sensible aux discriminations, poser fièrement à côté de l’auteur de ces tweets antisémites, homophobes, sexistes, injurieux… à l’occasion de la promotion de la sortie de son dernier livre, écrit avec son compère du Bondy Blog !

Les tentatives de défausse ou de défense produites aujourd’hui, entre l’excuse par l’humour et celle par le “jeu de rôle” sous anonymat, ne seraient que pathétiques si elles ne témoignaient pas de l’impunité ressentie par leurs auteurs, qu’il s’agisse de Mehdi Meklat ou de ceux qui l’ont soutenu. On notera d’ailleurs que sous le pseudonyme Marcelin Deschamps, Mehdi Meklat ne s’en prenait jamais (sous prétexte d’humour) qu’à certaines catégories de personnes, jamais à d’autres. Le parallèle tenté par certains de ses défenseurs avec l’humour parfois très limite de Charlie Hebdo ne tenant donc pas ici, car Charlie s’en prend à tout le monde, sans exception.

Des leçons doivent bien évidemment être tirées de cette affaire. La première, positive, étant que ces médias, qui ont joué consciemment ou inconsciemment le jeu de ce personnage comme ils le font volontiers avec d’autres entrepreneurs identitaires du même acabit présents tous les jours sur leurs antennes et dans leurs colonnes, auront désormais beaucoup plus de difficulté à venir nous faire la morale et nous expliquer qu’ils luttent de toutes leurs forces contre les discriminations et les stigmatisations. C’est à ces médias de tirer les enseignements de leurs erreurs en la matière ces dernières années, en donnant la parole, par exemple, à tous ceux qui combattent contre ces dérives identitaires, celles dont on a eu, cette fois, sous les yeux, une éclatante preuve de ce qu’elles peuvent produire.

Communiqué de Christiane Taubira publié sur Facebook ce lundi 20 février à 15 heures :

« Il y a beaucoup d’évidences dans cette affaire de tweets de Mehdi Meklat. A dire vrai, il n’y a même que cela. La première, c’est que les Inrocks n’auraient pas pris le risque de se compromettre. C’est un journal qui aime débattre, et même quereller les goûts artistiques, pas se salir. La deuxième, c’est qu’il ne leur serait pas venu à l’idée de me proposer cette rencontre s’ils avaient eu la moindre connaissance même d’un seul de ces tweets, car ils savent que sur ces sujets, il n’y a pas d’espace pour des débats. Ils savent aussi que rien ni dans mes propos, ni dans mon attitude, ni dans mes écrits, et ma vie est déjà longue, n’offre le plus mince interstice pour supposer l’ombre d’une complaisance sur de telles abjections. La troisième évidence c’est que ces propos creusent une consternation aussi vertigineuse qu’un cratère atomique. La quatrième c’est qu’il n’y a qu’une issue : la vérité et le cheminement. Et si c’était un jeu, il est trop pestilentiel et trop dangereux pour ne pas faire l’objet d’un examen rigoureux. J’ai rencontré Mehdi Meklat pour cet entretien, j’avais lu leurs deux livres. Je maintiens qu’ils sont bien écrits. Il y a quelque chose à purger. Il ne peut résider dans un même esprit la beauté et la profondeur d’une telle littérature et la hideur de telles pensées. Il faut purger, curer, cureter. Cela se fait plus aisément lorsqu’on n’est qu’au début d’une vie où il y a tant à faire.

Une chose à retenir : l’anonymat ne préserve jamais éternellement, et c’est une bonne nouvelle. Les réseaux sociaux ne sont pas un bunker. Pas durablement. »

Extraits de l’édito du directeur des Inrocks Pierre Siankowski publié le 20 février à 15h58, on peut en consulter l’intégralité sur les Inrocks.fr :

« N’y allons pas par quatre chemins, ne cherchons pas d’excuse : dans leur lecture pure et dure, et qu’ils aient été publiés sous un autre nom que le sien, ces tweets sont abominables, abjects, et certains pris comme tels sont tout simplement antisémites, racistes et homophobes. Rien à dire là-dessus. C’est extrêmement grave et choquant et on ne peut que condamner ces propos.

Avais-je, avions-nous, aux Inrockuptibles, connaissance de tout cela avant de donner la parole à Mehdi Meklat ? Aucun journal, aucun journaliste ne peut éplucher de A à Z les tweets de celui ou ceux sur qui il produit un sujet. Depuis le 17 février, certains – parfois entre deux insultes, et a posteriori – me demandent, comme à beaucoup d’autres directeurs de rédactions, de chaînes de radio ou de télévision qui ont donné la parole à Mehdi, comment j’ai pu tolérer sa présence dans les pages du journal. D’autres accusent carrément Les Inrockuptibles – à grand renfort de captures d’écran des tweets incriminés – d’avoir fait preuve de complaisance, voire d’une forme de complicité à l’égard de ces propos tenus par Mehdi Meklat. On s’étonne que ceux qui sont aujourd’hui si sûrs de leur jugement ne se soient pas exprimés avant puisqu’ils “savaient”, semble-t-il.

Que les choses soient très claires : jamais Les Inrockuptibles n’ont, tout au long de leur histoire, toléré au sein de leurs colonnes de propos antisémites, racistes ou homophobes. Depuis leur création, Les Inrockuptibles ont toujours combattu, avec détermination et engagement, l’antisémitisme, le racisme et l’homophobie. Nous n’avons à recevoir de leçons de personne, sur les réseaux sociaux comme ailleurs. Les Inrockuptibles ont encore moins à s’excuser, a posteriori, d’avoir publié des textes ou des propos de Mehdi Meklat antérieurs à la polémique qui entoure ses tweets. Relisez attentivement ces textes, ils sont tout simplement l’inverse de ce qui a été retrouvé sur son Twitter. Ce sont des textes beaux et puissants.

Les excuses qu’on attend de Mehdi Meklat à la suite de cette histoire se doivent de l’être tout autant. Justes aussi. Elles doivent explorer et éclaircir la part d’ombre qui sous-tend ses tweets honteux. Nombreux sont ceux, dont moi, dont ce journal, qui ont accordé leur confiance à Mehdi Meklat. C’est au nom de cette confiance que vient notre envie profonde de le voir se sortir dignement – c’est-à-dire sans nier ses fautes – de cette situation qui l’accable pour le moment. Le pardon existe. Il suffit de le demander, sincèrement. Tu en es plus que capable, Mehdi. »

 

Mélenchon, Hamon, Jadot: l’union des trois n’aura pas lieu

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melenchon hamon jaudit gauche
Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, Paris, 2010. Sipa. Numéro de reportage : 00592325_000014.
melenchon hamon jaudit gauche
Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, Paris, 2010. Sipa. Numéro de reportage : 00592325_000014.

Pour l’instant, une alliance entre Mélenchon et Hamon, c’est non. L’un, Mélenchon, refuse de s’atteler à un « corbillard », comprendre le Parti socialiste. L’autre, Hamon, plus patient, est néanmoins obligé de la jouer serrer entre les reliquats encombrants du vallsisme et un bilan de quinquennat qu’il faut absolument renier sans trop le montrer. Hamon est même allé au Portugal ce week-end, pour nous rappeler qu’il s’agit  non seulement du pays le plus charmant d’Europe mais qu’il est aussi le siège de l’unique expérience de gauche plurielle en Europe depuis fin 2015, une expérience qui marche avec un Premier ministre socialiste qui a préféré trouver sa majorité avec la vraie gauche de gauche plutôt qu’avec les libéraux sortants et sortis.

Rien de non-négociable

Las, Mélenchon, tout à une vision messianique de sa personne, occupe une après-midi sur sa chaîne YouTube pour expliquer son programme et le chiffrer avec pas mal d’économistes sérieux (Généreux, Liêm Hoang-Ngoc) qu’on entend jamais sur BFM ou Inter car ils ne sont pas de stricte orthodoxie libérale comme Seux ou Doze. Il a raison de le faire, d’ailleurs, ça nous change de Macron qui ne chiffre rien parce qu’il n’a rien n’a chiffrer, n’ayant pas de programme sinon de viser la niche très restreinte, on le reconnaîtra,  des anticolonialistes anti-mariage pour tous.

Il a raison, Mélenchon de chiffrer son programme, mais il a tort quand il le fait contre Hamon alors qu’en matière de programme, encore une fois, il n’y a rien qui ne soit pas négociable dans la mesure où les deux proposent de sortir de la logique austéritaire, ordolibérale, et pensent que la croissance classique ne reviendra pas, qu’il s’y substituera une transition écologique qui créera des emplois même si tout cela ne doit pas empêcher de constater que le travail s’en va, et que ce n’est pas plus mal, l’homme n’étant pas fait pour travailler mais pour aider, créer, aimer, bref s’émanciper dans un temps libéré que la productivité induite par le mode de production capitaliste n’a jamais, ou si peu, redistribué. On pourra relire l’indémodable Droit à la Paresse de Lafargue, sur ce problème qui ne date pas d’hier.

Mais bon, apparemment, comme l’a remarqué Hamon, les logiques d’appareil sont les plus fortes, ce qui prouve bien que la France Insoumise, qui n’est pas sans ressemblance dans le côté télé-évangéliste avec En Marche de Macron, est un appareil comme un autre.

Un peu tard dans la saison

C’est bien dommage que l’union des trois (Hamon, Mélenchon, Jadot) n’ait pas lieu ou alors aurait lieu après la victoire de Marine Le Pen à la présidentielle, au moment des législatives. Il sera un peu tard dans la saison, à vrai dire, puisque comme Hamon l’a également fait remarquer, ce que les électeurs de gauche réclament, c’est une union avant, et pas après les présidentielles, quand tout le monde, dans les circonscriptions criera au sauve-qui-peut. C’est d’autant plus désespérant que ce comportement est induit par la logique de la Vème république et que Hamon comme Mélenchon et ses partenaires, veulent d’une VIème. En cas de victoire après les législatives, pour les deux, l’idée serait celle d’une assemblée s’érigeant en constituante et proposant la nouvelle république par référendum, bref que le président élu se chargerait de piloter le changement, guère plus, avant de voir ses prérogatives régaliennes singulièrement restreintes.

Désespérer l’électeur de gauche  alors que l’addition des voix de Hamon et de Mélenchon sans compter celles des écologistes et des communistes, les qualifie d’emblée pour le second tour, voire les place devant Marine Le Pen, c’est absolument irresponsable. Les pétitions appelant à l’union, sous une forme ou sous une autre, qui fleurissent un peu partout, témoignent pourtant de ce désir à gauche, à la base,  de ne pas voir se jouer le destin du pays dans un tête à tête entre un candidat de droite plombé par les affaires au discours inaudible, une candidate de droite extrême qui a Trump et Poutine pour modèle ou un Lecanuet illuminé et incohérent. On en est pourtant là.