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« Le travail détaché est dangereux pour tous les ouvriers »

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Chantier au Mans, 2015. Sipa. Numéro de reportage : 00723234_000002.

Daoud Boughezala. Au total, combien y a-t-il de travailleurs détachés en France ?

Vincent You.[1. Vincent You est adjoint LR au maire d’Angoulême, vice-président de GrandAngoulême.] Suivant qu’on parle de travailleurs détachés légaux ou illégaux, il y a un flou autour du chiffre de 500 000 qu’on évoque régulièrement. D’après les quelques études publiées sur le sujet, la majeure partie d’entre eux travaille dans les secteurs du bâtiment et travaux publics (BTP) et du transport.

Comment avez-vous pris conscience de l’ampleur du phénomène ?

Lorsque j’ai commandé la construction d’un hôpital de proximité, j’ai fait en sorte que les marchés soient attribués à des entreprises de la région. J’étais satisfait de voir des PME locales travailler sur place mais, à ma venue sur le chantier, je ne savais pas à qui parler parce que s’y trouvaient toutes les nationalités (Roumains, Polonais, Espagnols, Chypriotes…). C’est là que je me suis dit qu’on marchait sur la tête : un chantier de 20 millions d’euros payé par la Sécurité sociale française bénéficiait à des entreprises embauchant des gens qui ne cotisaient pas à la Sécurité sociale. On marche sur la tête ! Les travailleurs détachés sont justement embauchés moins cher parce que leur sécurité sociale est payée ailleurs, à moindre coût. J’ai alors pris conscience qu’on sciait la branche sur laquelle on était assis et me suis dit qu’on ne m’y reprendrait plus.

Qu’avez-vous fait ?

Le chantier s’est poursuivi, j’en avais un autre à ouvrir pour rénover un Ehpad (maison de retraite médicalisée). Et j’ai lancé une réflexion avec des architectes et d’autres personnes travaillant sur des chantiers pour trouver la parade au travail détaché. Ils m’ont expliqué que la responsabilité du maître d’œuvre que j’étais était d’assurer la sécurité sur le chantier. C’est sur cet aspect que j’ai joué…

… en rédigeant la « clause Molière » afin de contourner la directive européenne sur le travail détaché. En quoi consiste-t-elle ?

Le travail détaché, au-delà de la dimension purement économique qui rend les gens moins « chers » à engager parce qu’ils paient leurs charges sociales ailleurs, pose un problème de sécurité. Comment comprendre les règles de sécurité, toujours écrites en français, quand on ne parle pas notre langue ?  Des amis juristes ont travaillé, certains m’ont dit que la discrimination était passible de cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende. Mais la clause Molière y échappe car elle n’impose pas de pratiquer une langue mais que les ouvriers soient en mesure de comprendre les règles de sécurité du chantier. Soit ils sont francophones, soit ils sont accompagnés d’un interprète, ce qui renchérit de fait le coût d’embauche d’un non-francophone. C’est la subtilité de cette disposition. La discrimination serait d’accepter qu’il y ait deux types d’ouvriers : d’un côté, ceux qui sont correctement payés et comprennent les règles de sécurité ; de l’autre, ceux qui sont moins chers et dont on se fiche des conditions de sécurité puisqu’ils seront repartis dans leur pays trois semaines ou trois mois plus tard.

Est-il envisageable d’étendre l’application de cette clause à la France entière ?

De plus en plus d’élus locaux appliquent la clause Molière. Ils prennent un petit risque politique et juridique. Mais plutôt que de compter sur le courage des élus, il faudrait que la loi française fasse cette clarification. Aujourd’hui, il existe une carte professionnelle du BTP nécessaire aux travailleurs détachés. Pourquoi ne pas ajouter un test de compréhension du français à la procédure d’obtention de cette carte ? Cette mesure s’applique déjà aux médecins et aux infirmiers. En tant que directeur d’hôpital, en situation de pénurie de main d’œuvre, il m’arrive de recruter des médecins roumains ou des infirmières espagnoles. Dans ces métiers-là, le Code de la santé publique exige un test de français préalable.

Certains parlementaires ont tenté de greffer la clause Molière à la loi El Khomri. Pourquoi ont-ils échoué à faire adopter cet amendement ?

A l’Assemblée nationale, l’emploi du 49-3 a arrêté tout débat. Et au Sénat, le résultat fut pitoyable : parmi les quelques sénateurs présents en séance, un certain nombre d’élus UDI ont considéré l’amendement comme inapplicable. Sur un chantier, le coordinateur sécurité-protection de la santé (CSPS) doit vérifier l’application des règles de sécurité. Or, pour être appliquée, une règle doit d’abord être comprise ! Les quatre sénateurs qui ont trouvé l’amendement inapplicable n’ont jamais dû se rendre sur un chantier, passée la pose de la première pierre.

Et dans la campagne présidentielle, y a-t-il des candidats qui prévoient de limiter le travail détaché ?

Beaucoup de candidats affirment qu’il faudra supprimer la directive européenne  « travailleurs détachés », ce qui est une mesure encore plus forte que celle que je préconise. A Matignon, Manuel Valls l’avait déjà promis mais je n’ai pas vu le résultat. Au-delà des promesses de suppression de la directive européenne, j’espère que les candidats trouveront des solutions opérationnelles. J’ai bon espoir parce que les régions qui appliquent la clause Molière sont : les Pays de la Loire présidés par Bruno Retailleau, bras droit de Fillon ; les Hauts-de-France présidés par Xavier Bertrand ; le Centre qui est à gauche et l’a votée à l’unanimité ; la Normandie présidée par Hervé Morin ; et Auvergne-Rhône-Alpes présidée par Laurent Wauquiez, numéro 2 des Républicains et l’Île-de-France qui doit la voter cette semaine.

Pourquoi jugez-vous la gestion du travail détaché emblématique des difficultés françaises ?

D’une part, la question de la maîtrise du français est fondamentale à beaucoup d’égards, notamment par rapport aux problématiques d’intégration des populations issues de l’immigration.

D’autre part, le fossé entre élus locaux et certains responsables politiques nationaux coupés des réalités est l’une des causes de nos problèmes. Globalement, sur notre territoire, il y a beaucoup de gens ingénieux qui trouvent des solutions aux problèmes concrets mais cela ne monte pas à Paris et Bruxelles.

La preuve: le Préfet de Région Auvergne Rhône-Alpes vient de rejeter la clause Molière appliquée par Laurent Wauquiez. Ce grand commis de l’Etat dénonce une discrimination et une atteinte à l’égalité de traitement des candidats. Que lui répondez-vous ?

Sur la discrimination, la question mérite un débat de fond. Je pense que le détachement est une forme légale d’esclavage moderne qui mérite mieux que le recours aux grands principes. En 1994, le Conseil constitutionnel avait considéré que le législateur pouvait « imposer dans les cas et conditions qu’il a prévus l’usage de la langue française, ce qui n’exclut pas l’utilisation de traductions » … nous y sommes ! Tout est une question de proportionnalité, mais personne ne peut concevoir que le cadre existant pour les médecins est discriminatoire. Dans un chantier avec de nombreux corps de métiers, il y a de vrais risques pour le plombier qui travaille sous l’électricien. Nous sommes donc fondés à poser des règles qui protègent les travailleurs.

Pour ce qui est de l’égalité de traitement des candidats, c’est une erreur d’appréciation. La clause est une clause d’exécution et non d’attribution. On ne choisit pas l’entreprise sur ce critère. On impose à celle qui est choisie et à qui on attribue le chantier de respecter cette règle. Les entreprises non retenues ne peuvent donc pas mettre en exergue la clause Molière. Seule celle qui est retenue pourrait choisir de la remettre en question. Cela reviendrait à dire « vous m’avez attribué un marché, laissez-moi le faire sans que les ouvriers en comprennent les risques et les règles ! ». Il est donc très étonnant que le préfet évoque cet argument !

Sur le fond, on voit bien que le gouvernement est impuissant face au travail détaché. Il cherche donc à bloquer ceux qui trouvent des solutions. Je pense que François Fillon a ici un thème de fond pour défendre le sens du travail et soutenir les ouvriers… tout en stoppant une dérive de l’Union européenne qui laisse les pays européens courir vers le moins disant social. Je l’appelle à retrouver la verve de Philippe Séguin pour stopper cette machine infernale!

Macron, candidat des milliardaires et des sous-prolétaires

Emmanuel Macron sert des mains dans un restaurant des Mureaux, mars 2017. SIPA. AP22024106_000005

Emmanuel Macron n’avait pas plutôt installé son bureau de ministre de l’Économie à Bercy que les médias faisaient son éloge préalable. La France était bénie des dieux. Elle disposait d’un homme providentiel, de grande capacité économique, capable de surmonter les difficultés accumulées au long de quarante années de déboires économiques, de déficits et de chômage. Emmanuel Macron nous était présenté comme un Bonaparte économique.

Que cet homme ait fait l’objet de dithyrambes de la part de médias aussi différents en apparence que Les Échos ou Challenges aurait dû nous faire comprendre d’emblée qu’il représentait une nouvelle carte sortie de la manche des organes du système néolibéral pour confirmer les choix de l’euro, de l’Europe, de la globalisation. À partir d’un postulat : les choix stratégiques que nous avons faits avec les deux compères Mitterrand et Chirac ne sont pas en cause dans nos échecs. Nous manquons cependant d’hommes de l’art capables de mettre en œuvre les réformes salvatrices auxquelles le bon peuple ignorant répugne. Mais, enfin Macron vint, et avec lui, l’espoir revint.

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Comme Philippe Cohen nous manque ! Il avait été le premier à diagnostiquer le « parti des médias » comme un parti caché qui gouverne les consciences des dirigeants politiques et formate l’opinion publique. Il aurait vu immédiatement dans Emmanuel Macron le serviteur du système parrainé par les médias pour imposer la continuité de nos choix stratégiques. Il nous aurait appelés à la vigilance face à la mise en scène médiatique et politique du personnage. Et il insisterait sur le fait, inédit, que ce n’est pas seulement dans les médias bien-pensants de la bourgeoisie hexagonale que la promotion du Macron se déploie, mais aussi dans le Financial Times, le Wall Street Journal, le New York Times. Emmanuel Macron y est présenté comme l’antidote français au virus qui a ravagé l’Angleterre du Brexit et l’Amérique de Trump. On le voit, dans les caricatures des médias concernés, mener la contre-offensive idéologique, armé d’un drapeau tricolore ! What a surprise !

On aurait tort, cependant, de croire que le candidat du système néolibéral n’en est que le dernier avatar politique. Il est novateur dans son genre. C’est ce qu’un journaliste du Figaro, Jean-Pierre Robin, nous révèle dans un article informé sur le vrai programme du candidat.

Le programme de France Stratégie

Jean-Pierre Robin nous dit que, loin d’être dissimulé, le programme d’Emmanuel Macron est, comme la lettre volée de Poe, « exposé aux yeux de tous ». Il a été rédigé sous la houlette de Jean Pisani-Ferry par les équipes de France Stratégie, un organisme officiel mais étrange, qui est une sorte de think tank financé par l’argent public. France Stratégie est installé cité Martignac, dans les locaux de l’ancien Commissariat au Plan, en plein cœur du VIIe arrondissement. On ne saurait incarner mieux l’abandon de l’ambition d’après-guerre d’un développement maîtrisé avec l’aide de l’État, au profit d’une prospérité acquise dans le cadre du libre-échange global[1. Comme nous y exhorte Élie Cohen à chacune de ses interventions médiatiques : « Il faut relever les défis et saisir les opportunités de la mondialisation. »].

Jean Pisani-Ferry a quitté la cité Martignac pour se mettre au service de l’ambition présidentielle de notre Bonaparte en complet d’énarque[2. Après avoir été à la tête de l’institut Bruegel, think tank dédié à l’Europe. Il est aussi membre du Cercle des économistes, qui réunit chaque année la tribu des économistes néolibéraux à l’université d’Aix-en-Provence, et membre du Conseil d’analyse économique.]. Mais il a emporté dans ses bagages[access capability= »lire_inedits »] les notes d’orientation de France Stratégie, élaborées en vue du nouveau quinquennat, dans différents domaines : économie, finances, social, éducation, écologie, culture. Nous avons retenu trois propositions majeures qui pourraient être au cœur du programme du candidat : la transformation du crédit d’impôt pour la compétitivité et pour l’emploi en allègements de charges pérennes pour les entreprises, l’exonération de charges sur les bas salaires, l’imposition des loyers fictifs.

La première est la plus anodine en apparence. Elle consisterait à supprimer une sorte d’usine à gaz issue des cerveaux fertiles de Bercy afin de basculer les 22 milliards de coût qu’elle représente vers un dispositif connu d’allègements de charges. Ce serait revenir à la préconisation simple du rapport Gallois. Mais avec une différence de taille. Louis Gallois demandait que l’allègement porte sur les salaires des personnes qualifiées pour toucher les entreprises orientées vers les marchés extérieurs. Tandis que le nouveau dispositif serait réparti sur l’ensemble de la grille salariale.

La deuxième laisse perplexe. L’État supporte présentement le coût d’un allègement de charges spécifique sur les bas salaires évalué à plus de 20 milliards d’euros par la Cour des comptes, coût qui se cumule avec celui du CICE. Un coût que les conseillers jugent prohibitif au regard de son impact sur l’emploi dès lors qu’il est empoché comme un profit d’aubaine par les employeurs concernés. Or la nouvelle proposition instituerait une exonération au lieu d’un allègement, pour les salaires compris entre 0,5 et 1,3 Smic, dont le coût serait forcément supérieur, sans remédier à la tare constitutive de l’allègement actuel. Et sans apporter de solution au manque de compétitivité de nos activités exportatrices dont les salaires sont notoirement plus élevés. Où est donc l’enjeu de ce mistigri sur les charges sociales ?

La troisième est potentiellement explosive. L’imposition des loyers fictifs – les loyers qui seraient dus par les propriétaires s’ils devaient payer le loyer du logement qu’ils occupent –, qui existait sous la IVe République, a été abandonnée par la Ve dont les dirigeants s’étaient fixé l’ambition de promouvoir l’accession à la propriété et la consolidation des classes moyennes. Remise à l’étude par le PS dans les années 1970, elle n’a pas revu le jour, par crainte de son impact politique négatif. Mais que dire aujourd’hui ? Les prix des immeubles ont explosé et leurs loyers avec eux. Un appartement de 50 mètres carrés situé à Montmartre supporte un loyer de plus de 1 000 euros. Que l’intéressé fasse le calcul : il devrait ajouter 12 000 euros à son revenu imposable ! Il s’agirait en fait d’un super ISF, tapi au sein de l’IRPP, élargissant dramatiquement le champ de celui-ci, aujourd’hui applicable à partir de 1 300 000 euros. Il frapperait des personnes modestes qui ont pu hériter d’un logement acquis par leurs parents. Dès lors, la question se pose : la proposition émane-t-elle de cerveaux ravagés ou de titulaires d’appartements de fonction ou d’appartements à bas prix tels que ceux obligeamment fournis par la mairie de Paris ?

Les banlieues plutôt que les bobos

Jean-Pierre Robin s’interroge à la fin de son article. Sachant qu’Emmanuel Macron dispose d’un électorat de bobos, comment se fait-il qu’il ouvre la voie à une surimposition de son public fétiche. « Avis aux bobos proprios du baby-boom, c’est eux qui vont raquer. » Certes, mais l’idéologie peut l’emporter sur l’intérêt de classe. Et il faudra bien de l’argent pour couvrir ces opérations d’allègement ou d’exonération de charges qui forment le cœur du dispositif.

Mais si l’on comprend que les grands bénéficiaires de son application sont nos banlieues, nous voyons apparaître un autre électorat officiellement guigné par le candidat Macron. À la faveur de la mondialisation et de la politique d’immigration, une véritable économie du tiers-monde s’est installée en France, triplement subventionnée par la protection sociale la plus coûteuse du monde, les collectivités territoriales et la politique de la ville. Elle serait amenée à prospérer de façon décisive. Là est l’innovation de Macron : non plus appliquer des rustines à notre tissu social déchiré, mais développer une nouvelle forme d’économie enkystée au sein d’une France engagée dans la compétition tous azimuts[3. Comme toujours, il faut renvoyer à La France périphérique de Christophe Guilluy, éditions Flammarion, 2014.]. Le candidat du système coupe le pays en deux : d’une part, la France bénéficiaire de la masse de nos aides sociales, mais exonérée de charges sociales ou fiscales, et, d’autre part, la France qui paie plein pot pour bénéficier de la même protection sociale.

Il convient ici de rappeler la réaction d’Emmanuel Macron au lendemain des attentats du 13 novembre 2015. Il imputait le terrorisme au « manque d’opportunités économiques ». Propos en forme de négationnisme quand on sait que les djihadistes se recrutent dans les couches plutôt instruites issues de nos banlieues. Mais Macron oublie spontanément la dimension idéologique du problème pour retrouver une explication « économiciste ». À l’occasion, le personnage, qui traite élégamment les ouvriers bretons d’« illettrés économiques », nous a apporté la preuve de son crétinisme politique.

L’Europe ou la mort

Macron est aujourd’hui l’incarnation la plus pure, si l’on ose dire, de l’européisme dans notre paysage politique. Il milite pour une intégration européenne plus poussée encore, nonobstant le pouvoir prééminent acquis par l’Allemagne et les échecs de la construction européenne analysés par Hubert Védrine dans son dernier ouvrage[4. Sauver l’Europe, éditions Liana Levi, 2016.].

Le fait le plus singulier est cependant que Macron soit soutenu par le patronat tandis qu’il ne propose rien qui puisse traiter le problème le plus crucial de notre économie : son manque de compétitivité vis-à-vis de l’Allemagne (la moitié de notre déficit commercial, égal à 47 milliards d’euros, résulte du déséquilibre de nos échanges avec notre grand voisin qui a accumulé en 2016 un excédent commercial total de 296 milliards d’euros !). Et l’on ne saurait affirmer sans ridicule que l’allègement du droit du travail constituerait le remède approprié.

Notre histoire récente, sous ses deux angles économique et politique, est aussi celle de l’aveuglement des chefs d’entreprises dont la conscience politique a été prise en otage par l’idéologie dominante. Passe encore que les banquiers et les assureurs s’accommodent d’un système qui les a si bien servis. Mais que dire pour les chefs des entreprises non financières ? L’Europe nous interdit d’alléger les charges sociales des entreprises engagées dans la compétition internationale : il faut alléger corrélativement les charges du bistrot de quartier et des supermarchés ! Elle nous interdit de réduire ou d’annuler l’impôt sur les bénéfices des entreprises réinvestis sur le site national. Car elle se voit, au-delà de son périmètre officiel, comme une sorte de laboratoire de la globalisation, statuant comme si elle était un organe de la gouvernance mondiale.

Le parti des médias ne nous laisse que le choix de poursuivre sur la voie du déclin, sous la conduite du chef de chœur Macron, en scandant : « L’Europe ou la mort. »[/access]

Affaire Fillon: la justice contre l’élection

François Fillon en meeting à Orléans, mars 2017. SIPA. AP22024106_000022

Depuis le déclenchement de l’affaire Fillon, le caractère monté de toutes pièces de l’opération saute aux yeux tous les jours. Dans le but de favoriser la candidature Hollandienne d’Emmanuel Macron, une manipulation montée de longue main a déclenché ce qu’il est désormais commun d’appeler un véritable coup d’État. L’objectif étant bien évidemment de priver la droite républicaine d’un candidat crédible. Que François Fillon ait donné des verges pour se faire battre est une évidence. Mais j’ai dit en son temps ce qu’il fallait en penser tant sur la nature politique de l’opération que sur la vulnérabilité de la cible. Et la dimension judiciaire qui saute désormais aux yeux, n’en est qu’une facette dont il est déplorable que certains acceptent d’en être les instruments.

Détruire le candidat de la droite

François Hollande qui aura tenu à avilir la fonction de président de la République française vient de montrer qu’il le ferait jusqu’aux dernier jours. À l’occasion d’une conférence de presse, il a osé déclarer à propos des critiques qui fusaient de toutes parts contre le comportement du parquet financier et du juge d’instruction : « En tant que garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire, je tiens à m’élever solennellement contre toute mise en cause des magistrats dans les enquêtes et les instructions qu’ils mènent dans le respect de l’État de droit. » Est-il nécessaire de lui rappeler ce qu’il a dit dans un livre: « Cette institution, qui est une institution de lâcheté… Parce que c’est quand même ça, tous ces procureurs, tous ces hauts magistrats, on se planque, on joue les vertueux… On n’aime pas le politique ». Est-il nécessaire également de rappeler la façon dont il a bravé la justice, foulé aux pieds une instruction, deux décisions de cour d’assises et deux décisions de juridictions d’application des peines en accordant une grâce scandaleuse à une personne condamnée pour meurtre. On notera d’ailleurs à cette occasion que les braillards à qui il a voulu donner satisfaction, vilipendent sans crainte de la contradiction, ceux qui critiquent le comportement de la justice dans l’affaire Fillon.

Oui, la façon dont s’est déroulée la procédure, tant dans sa célérité tout à fait inhabituelle que dans la nature des mesures prises, témoigne de la volonté de détruire la candidature de la droite à l’élection présidentielle. Depuis le premier jour de cette affaire, j’ai toujours annoncé avec au moins une semaine d’avance ce qui allait se produire sur le plan judiciaire. J’ai pu le faire, non pas pour avoir pris l’option arts divinatoires pendant mes études de droit, mais parce que je connais le fonctionnement de la boutique.

C’est pourquoi ce que nous avons entendu la semaine dernière émanant du monde de la justice est préoccupant.

Il y a tout d’abord le communiqué commun (!) du premier président de la Cour de cassation et de l’avocat général auprès de celle-ci. Certes ils l’ont fait au titre de coprésidents du Conseil supérieur de la magistrature, mais mélanger à cette occasion parquet et magistrature du siège n’était peut-être pas une excellente idée. Au-delà de ce qui est quand même question de fond, on y trouve deux jolies choses. À propos du travail de la justice : « Les uns prétendent qu’elle est instrumentalisée par l’Exécutif. Celui-ci réplique qu’il soutient la liberté d’action des magistrats. En réalité, la justice n’encourt pas plus les reproches outranciers qui lui sont faits qu’elle n’a besoin de soutiens d’où qu’ils viennent. » Prends ça dans les dents Pépère ! Tu te croyais président de la République et par conséquent garant du fonctionnement des institutions, eh bien retourne dans ta niche. Et puis: «Les magistrats suivent leur rythme en toute indépendance sous le seul contrôle des juridictions supérieures. » Répétons pour la énième fois que l’indépendance n’est pas un objectif mais seulement le moyen de l’impartialité. Or c’est justement de ce rythme tout à fait inhabituel que se déduit l’absence criante d’impartialité. L’indépendance n’est pas là pour permettre d’être partial, voyons !

«Ni la Constitution ni aucune loi ne prévoit – heureusement – ce que d’aucuns nomment une « trêve judiciaire ». »

Il y a eu ensuite la tribune signée par la présidente de l’Union syndicale des Magistrats. La violence et l’arrogance du ton, les imprécations lancées à l’égard de la représentation nationale, le choix des mots témoignent non seulement d’une certaine perte de sang-froid, mais également d’une conception inquiétante de la place de la justice dans la cité. On laissera chacun prendre connaissance de ce brûlot, en soulignant que l’on est peut-être encore plus loin que le fameux « mur des cons ». Pour ceux qui auraient la flemme, je précise qu’il n’y a aucune mention du rythme des magistrats qui ont été saisis de la plainte de François Fillon pour violation du secret de l’enquête : la transmission d’urgence aux journalistes du Monde des premiers PV, accomplie sur la base d’une très grave illégalité. Les mauvaises langues prétendent que seuls les magistrats du parquet national financier (PNF) ou les policiers chargés de l’enquête le pouvaient. Là, ce sera un rythme lent, très lent, genre slow langoureux. Et d’ailleurs, probablement pas de rythme du tout, comme d’habitude.

Relevons cependant deux phrases, expression d’un sentiment de toute-puissance qui montre où peuvent mener certaines dérives.

« En réalité, les prétendus arguments procéduraux des uns ou des autres, souvent infondés, ne visent qu’à troubler l’électorat, à des fins purement politiciennes. » Là on est carrément dans l’insulte des professeurs de droit, des avocats, et des praticiens spécialistes, qui se sont exprimés sur les lourds motifs d’illégalité qui semblent peser sur les procédures intentées en particulier par celles du parquet financier. Ensuite on peut s’inquiéter du caractère péremptoire de cette affirmation de la part d’une magistrate. Donc la messe serait dite, les décisions de la chambre d’instruction et de la Cour de cassation seraient-elles déjà prises ?

Et puis il y a ce sommet : «ni la Constitution ni aucune loi ne prévoit – heureusement – ce que d’aucuns nomment une « trêve judiciaire ». »

Pardon ? Lorsque l’on parle de la loi, en termes généraux, on fait référence à l’ordre juridique global dans lequel se déploie le fonctionnement de la République française. Et non pas à la loi votée par le Parlement par opposition aux décrets du gouvernement. C’est ce que l’on appelle là aussi d’un terme général le « Droit français ». Dont les sources, comme on l’apprend en première année de droit sont la loi, la jurisprudence, la doctrine, et la coutume. L’ordre juridique est l’articulation de tous ces éléments, parmi lesquels il existe des règles qui pourraient s’avérer littéralement incompatibles et que l’on s’efforce justement d’harmoniser. Et cette responsabilité incombe au juge. Or il est un principe fondamental, ce que les publicistes appellent un « principe général du droit », qui est celui de la sincérité du scrutin démocratique. Celle-ci est vérifiée par le juge administratif après chaque élection si nécessaire. Si des événements, des manœuvres, des initiatives ont pu altérer la sincérité du scrutin et modifier son résultat, la conséquence en est l’annulation par le juge. Force est de constater que d’ores et déjà l’élection présidentielle 2017 est faussée. Au premier tour la qualification pour le second derrière Marine Le Pen se jouera dans un mouchoir. Tout ce qui s’est passé depuis un mois, cette intervention de l’État en faveur d’un candidat, la conduite des procédures judiciaires, le comportement des médias de service public, seront autant de motifs d’annulation. Si le Conseil constitutionnel passait outre, le candidat élu alors au deuxième tour perdrait toute légitimité. Car celle-ci dépend fondamentalement du caractère régulier du scrutin.

Aucune des procédures ne présente la moindre urgence

Pour permettre un débat politique serein et l’expression régulière du suffrage universel,  surtout pour le scrutin le plus important de la Ve République, il appartient au juge d’adopter une mesure et un tempo prudent même en l’absence de texte express. Et surtout pour des procédures dont aucune ne présente la moindre urgence. Oui, l’exigence de régularité du scrutin est bien au-dessus de cette volonté compulsive d’intervenir sans contrôle dans un processus fondamental. Parce que rappeler que les magistrats n’agissent que sous le contrôle des juridictions supérieures, lorsque l’on sait que celles-ci n’interviendront que dans quelques années, une fois que le mal sera fait est d’une parfaite hypocrisie. Demandons à Éric Woerth ou à Gérard Longuet ce qu’ils en pensent. Et que l’on n’avance pas l’argument trivial : « il faut faire confiance à la justice », celui-ci n’a aucun sens. Tout le dispositif judiciaire repose sur la défiance vis-à-vis de l’homme juge. On ne lui fait aucune confiance, et c’est pour cela que l’on enferme sa décision dans des règles de procédure stricte pour assurer la loyauté du débat, qu’existent les avocats et leur secret professionnel, la collégialité, le double degré de juridiction, la Cour de cassation. Tout ce formalisme qui nous renvoie à la fameuse formule de Von Jhering : « adversaire acharnée de l’arbitraire la forme est la sœur jumelle de la liberté ». C’est l’honneur de ces magistrats français très majoritaires de s’astreindre à cette rigueur dans l’application de ces règles, sachant qu’elle construit le socle de la légitimité de leurs décisions qui sinon ne seraient que de guerre civile.

Je ne sais pas si François Fillon sera condamné définitif en 2023, mais même si je ne voterai pas pour lui à l’élection présidentielle prochaine, je souhaiterais que certains magistrats évitent de faire le tri entre les candidats. C’est à l’électeur que je suis qu’appartient cette compétence.

Féminisme: vivement le 9 mars!

Manifestation féministe à Lyon, janvier 2017. SIPA. 00789773_000003

Cela n’a pas dû vous échapper: nous sommes le 8 mars. Pourquoi cette journée est-elle différente des autres jours ? Parce qu’hier nous étions esclaves et qu’aujourd’hui nous sommes des femmes libres – ce qui mériterait bien quelques festivités et libations ? Que nenni. Tous les autres jours, les femmes pensent, parlent, travaillent, aiment, rient, produisent, quittent, souffrent, s’énervent, énervent, pleurent, en un mot vivent. Mais ce jour-là, elles doivent exclusivement se plaindre et être plaintes. Et n’essayez pas d’en profiter  messieurs (ou mesdames, d’ailleurs), l’ambiance n’est pas à la drague, même légère. Airs graves, statistiques effrayantes et récits apocalyptiques sont de rigueur. « Toutes victimes ! », c’est la devise de cette belle journée. D’ailleurs, je me suis faite avoiner par la secrétaire d’Etat Pascale Boistard pour avoir osé prôner un féminisme joyeux. Joyeux, vous vous rendez compte.

 

Moi j’appelle ça la sainte-chipie, de façon un peu conjuratoire. Parce que, je vous jure, chaque année c’est un calvaire. D’accord, je suis souvent invitée à la télé où je suis gracieusement pomponnée et coiffée par des gens adorables. Cette année, c’était chez Pascal Praud, sur CNews, où j’aime bien aller. Bonne ambiance, rien à dire, même la fille d’Osez le féminisme était aimable (Caroline de Haas, c’était pas vraiment ma copine). En plus, il y avait ma chère Eugénie Bastié, qui se bat comme une lionne. L’ennui, c’est que tout le monde a la même idée super-transgressive : le 8 mars, on fait un plateau de femmes, c’est bon ça chef ! Toute la journée, vous avez donc entendu ou vu des femmes (et le premier qui parle de volière devra en subir les conséquences). Les seuls hommes tolérés sont priés de faire leur autocritique pour toutes leurs mauvaises actions, paroles ou pensées passées, présentes ou futures. Alors, il paraît qu’on vit sous le joug de la domination masculine, mais des femmes qui parlent de problèmes de femmes entre femmes, ça peut évoquer ce que d’aucuns appellent la toute-puissance féminine. Enfin, ça doit être un fantasme de juif viennois. Il ne saurait y avoir de pouvoir des femmes, puisqu’elles sont dominées. En plus, avec tous ces techniciens Orange qui rôdent et risquent d’utiliser votre zéro-six pour vous faire un compliment on n’est plus en sécurité.

De toute façon, quand je suis arrivée sur le plateau, j’étais déjà bien déprimée. En faisant ma gym – avec le sentiment coupable d’être aliéné aux stéréotypes masculins –, j’ai écouté comme chaque jour ou presque la matinale de Guillaume Erner sur France Culture. Deux minutes après 7 heures, premier chiffre accablant : 26 % de différence salariale, pauvre exploitée, à partir de 15h40 t’es pas payée. Bien sûr, c’est une entourloupe, qui repose sur une moyenne –, et qui, comme l’a rappelé Eugénie, tient au fait, pour l’instant dirimant (quoi que veuillent certaines-et-certains  comme on dit dans le jargon bêtement féminisé de notre époque), que les femmes portent les enfants. D’ailleurs, plus tard j’ai appris que selon l’INSEE, pour les jeunes diplômés, cette différence n’existe quasiment plus, ce qui signifie que les écarts actuels sont un héritage d’époques où l’égalité n’était ni la norme, ni la loi. C’est moche d’annoncer une bonne nouvelle pour les femmes le 8 Mars.

À 7h15, toujours sur Culture, on m’avait promis un bilan à charge et à décharge du quinquennat de Hollande sous ce rapport. Je résume, avec un zeste d’ironie : Hollande comme tous les autres a fait de chouettes lois pour les femmes. Sauf qu’elles ne sont pas appliquées. Conclusion, il faut bien sûr plus de lois, ça ne fait jamais de mal, mais surtout plus de sanctions et plus de contrôles : des Inspecteurs du sexisme au travail, des Brigades des plumeaux dans les foyers pour mesurer le partage des charges domestiques. Sans oublier l’élaboration urgente d’un indice permettant de dénoncer les entreprises sexistes – et accessoirement de faire prospérer quelques entreprises créées par des femmes avisées pour décerner le précieux label. Dans la foulée, on parlera, bien sûr, des violences faites aux femmes – dont il ne s’agit pas de minimiser la gravité, mais peut-être pas non plus d’exagérer l’ampleur. Or, à entendre la litanie de chiffres égrenés tout au long de la journée, avoir échappé à toutes ces violences relève du miracle.

Ma journée n’avait pas commencé depuis une demi-heure que tout l’attirail idéologique et rhétorique du nouveau féminisme s’était déployé : victimisation générale pour les filles, soupçon universel pour les garçons. Et surtout, humour pour personne. Non seulement les héritières présumées de mai 68 adorent les interdits, les sanctions et les contrôles, mais elles détestent les blagues.

En sortant de chez moi, je me sentais maltraitée, mal payée, exploitée. Pour un peu j’serais remontée me coucher. Dans la voiture qui me conduisait à Boulogne, le chauffeur m’entendant parler au téléphone, apprend que c’est la fête des femmes. Il ne savait pas mais il allait, m’a-t-il dit, offrir des fleurs à la sienne. Malheureux ! Il n’avait pas écouté France Culture où une journaliste avait solennellement mis en garde : la « Journée internationale des droits des femmes » (c’est comme ça qu’on dit), ce n’est pas une fête pour offrir des fleurs ou des chocolats à ses copines ou à sa mère et faire marcher le commerce, c’est une journée de lutte. Aujourd’hui les filles, trêve de badineries, l’homme est un ennemi de classe. Pascal Praud a tout de même dû rappeler que les hommes n’étaient pas tous des violeurs en puissance.

Dans notre pays, il y a des femmes qui ne peuvent pas se promener où et quand bon leur semble

Coup de chance, j’avais rendez-vous avec Natacha (la Polonium en personne). On a parlé chiffons, politique et coiffure (et aussi de Orwell TV qu’elle lance bientôt), dit quelques vacheries, ça m’a bien remonté le moral. Et puis je me suis précipitée chez moi pour écrire tant que j’étais payée. Et là, avant de m’y coller, je m’suis accordé mon péché mignon : La Nouvelle Edition, sur CNews. C’est le royaume de la bien-pensance mais il y a plein de filles marrantes, comme la grande Daphné, meneuse de jeu qui réussit l’exploit de rester jolie dans les tenues les plus fantasques. Et puis, Emilie Bez, qui présente le JT de Canal à la mi-journée est, à mon avis, l’une des journalistes les plus compétentes et les plus distinguées du PAF (je n’ose pas dire charmante ou jolie elle trouverait ça sexiste). Elle déteste les blagues graveleuses et les anorexiques exhibées pour vendre des bagnoles, elle est même parfois un brin collet monté, mais ce quant-à-soi tranche délicieusement dans l’atmosphère furieusement cool de Canal. Et voilà qu’elle m’assène le dernier chiffre catastrophe : 87% des femmes auraient déjà subi une agression sexuelle dans les transports en commun. Rokhaya Diallo parle de « sollicitations non désirées » pour désigner ce que le commun des mortels appelle la drague. Peut-être faut-il pour parvenir à ce chiffre de 87 % considérer comme une agression tout regard non désiré.

Inutile de vous énerver, je sais parfaitement que les violences faites aux femmes existent et il me semble même qu’il y a des lois pour les interdire, une police pour les empêcher et une justice pour les sanctionner. De même, ce que le féminisme plaintif oublie dans sa lutte contre une domination masculine dont il ne reste plus, dans nos sociétés, que des lambeaux, c’est que l’égalité entre les sexes est aujourd’hui la norme sociale, politique et même économique (qui renoncerait aujourd’hui à la contribution des femmes ?). Qu’elle ne soit pas pleinement réalisée (comme toute chose en ce bas monde) est indéniable. Cela ne justifie certainement pas de décrire la vie des femmes en France sous le seul signe de l’oppression. Le mâle blanc de plus de cinquante ans, harceleur et amateur de grosses blagues lourdes, que les néo-féministes adorent détester, existe encore mais il n’est pas très en forme. D’ailleurs, la preuve que le féminisme a réussi est qu’il est devenu un vecteur de marketing. Ainsi, pour la sainte-gonzesse, Axa nous a offert une publicité rappelant que, si en grammaire le masculin l’emporte sur le féminin, dans la vie c’est pas vrai… Et que dire de cet hilarant supplément du Monde intitulé « Féminisme la nouvelle vogue » et destiné, avec force photos, à nous vendre de la fripe de luxe ?

Hilarant, sauf que, sous couvert de combat pour l’égalité, c’est la différence des sexes qui est menacée. Les nouvelles dames patronnesses qui aiment fourrer leur nez dans nos chambres à coucher, voudraient soumettre le désir aux bienséances démocratiques, oubliant que celui des hommes et celui des femmes ne paraît pas obéir aux mêmes lois (ni à aucune loi d’ailleurs, même s’il doit s’incliner devant elles). Oubliant aussi que dans le monde occidental, les hommes portent désormais une muselière intérieure qui leur permet de ne pas prendre leur désir pour un consentement. Elles rêvent d’un monde où, enfin affranchis des lois d’airain de la biologie, on pourra se reproduire sans avoir à rencontrer – donc à affronter – l’autre sexe. Ça fait rêver.

Surtout, cette obsession de l‘égalité a fini par rendre le féminisme d’aujourd’hui presque indifférent à un bien, peut-être plus précieux encore, qui est la liberté des femmes. Des hommes gagnent plus que des femmes, d’accord (le contraire est aussi vrai du reste). Mais la plupart des femmes se voient offrir les mêmes chances de réussite, d’épanouissement et de réalisation que les hommes. Or, non seulement nos féministes font mine de ne pas voir les progrès réalisés, mais elles refusent aussi de voir que, dans certains territoires engagés dans un processus de séparatisme culturel sous l’influence d’un islam radical, ces progrès n’ont pas cours. Dans notre pays, il y a des femmes qui ne peuvent pas se promener où et quand bon leur semble, s’habiller comme elles veulent et fréquenter qui elles veulent. Et tant que les féministes préféreront faire la police du langage et de la pensée que de mener ce combat, je les combattrai. En attendant, je pars à RTL. Je crois qu’il n’y aura que des femmes autour de Fogiel, mais on ne parlera pas de femmes. Vous voyez, on progresse.

Malika Sorel-Sutter: « Macron est le digne héritier de Terra Nova »

Malika Sorel-Sutter, 2012. SIPA. 00631901_000044

J’étais en train de lire Décomposition française, le beau livre de Malika Sorel paru le 12 novembre 2015 — la veille des attentats du Bataclan —, qui vient opportunément de paraître en Poche, quand Emmanuel Macron a fait en Algérie les déclarations que nous savons sur la colonisation (« crime contre l’humanité », etc.) et a, quelques jours plus tard, aggravé son cas en reprenant, en meeting à Toulon, la déclaration quelque peu ambiguë de De Gaulle aux Pieds-Noirs en 1958, le célèbre « Je vous ai compris ». Je dis « ambiguë » parce que sur le coup, la foule massée à Alger n’a pas bien compris ce que MonGénéral (comme l’écrivait à l’époque le Canard enchaîné) était en train de lui faire — collectivement. Mais ils ont pigé assez vite.

J’ai donc eu l’idée de demander son avis à Malika Sorel, ancien membre de ce Haut Conseil à l’intégration dissous sur décision du gouvernement Ayrault (on sait que le PS ne joue pas l’intégration, mais la dispersion façon puzzle de l’identité française en communautés susceptibles de voter pour lui).

Je reviendrai sur Décomposition française (beau titre !) en évoquant le livre qui vient de sortir d’Amine El Khatmi (Non, je ne me tairai plus, chez Lattès). En attendant, merci à Malika Sorel d’avoir bien voulu répondre aux questions de Bonnet d’âne

JPB.  De passage à Alger, Emmanuel Macron fait les yeux doux à la télévision algérienne et décrète que le colonialisme est globalement « un crime contre l’humanité ». Que vous inspire cette déclaration péremptoire et unilatérale ?

Sa déclaration constitue une accusation lourde contre plusieurs générations de militaires français. Une accusation qui ravive par ailleurs des plaies encore douloureuses et qui dresse, de fait, les populations les unes contre les autres. Cela ne contribue pas à la pacification des esprits mais entretient la bataille des mémoires et la pente victimaire. L’effet peut être désastreux sur des enfants ou adolescents issus de l’immigration algérienne qui éprouveraient un malaise ou un inconfort sur le plan de leur identité personnelle. La comparaison de la démographie algérienne de 1962 à celle de 1830 met en lumière un fort développement qui invalide le jugement d’Emmanuel Macron. Ce qui est navrant, c’est aussi l’absence de sagesse. Pourquoi ouvrir un tel sujet alors que nous sommes en état d’urgence ? La France se trouve justement ciblée en raison même d’une haine tenace qui puise sa source dans tout ce qu’elle est ou a été.

Quel bénéfice électoral Macron espère-t-il d’une telle prise de position ?

Il convient de rappeler qu’il n’est pas le premier candidat à aller faire la danse du ventre à Alger dans l’espoir de séduire, en France, une portion de l’électorat issue de l’Algérie et plus largement des anciennes colonies. Les politiques parient sur le fait qu’une part conséquente de l’immigration ne s’est pas assimilée et continue de vibrer au diapason de sa terre d’origine. Et pour cause ! Ils ont eux-mêmes créé les conditions d’une quasi impossibilité d’intégration culturelle : flux migratoires si importants qu’ils ont aidé à la duplication des cultures d’origine sur la terre d’accueil ; évolution des programmes scolaires et des horaires alloués à la langue française dans le sens d’une dégradation constante de la transmission du patrimoine culturel fran…

Lisez la suite de l’entretien sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

 

 

Décomposition française

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Voltaire ou le jihad

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Le nucléaire? Has been!

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russie armee usa chine nucleaire
Bombardier russe en mission vers la Syrie. Numéro de reportage : AP21977759_000008.

Bon nombre d’œuvres artistiques et littéraires ont agité le spectre de la menace nucléaire, qu’il s’agisse d’œuvres historiques sur la guerre froide ou de récits de science fiction, si bien que l’imaginaire collectif s’attend toujours à voir les champignons atomiques pousser sur la planète lors d’une hypothétique troisième Guerre mondiale entre Russes et Américains.

Moscou aguerri par la guerre en Syrie

Et s’il en était tout autrement ? Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgu a ainsi déclaré le 12 janvier dernier que la Russie pourrait utiliser ses armes de haute précision pour remplacer partiellement les armes nucléaires comme un moyen de dissuasion d’ici à 2021. « Formidable, c’est une avancée vers la paix mondiale ! », réagiront certains. A tort. Car avec ces nouvelles armes, la Russie ne vise pas le désarmement général. Moscou veut prouver qu’elle existe encore face aux Etats-Unis, à la Chine et à l’Inde.

Ces dernières années, les Russes n’ont pas vraiment innové sur les questions militaires. Durant sa campagne en Syrie, l’armée russe a rappelé au monde militaire qu’une campagne de guerre se gagnait à la fois par un soutien aérien massif et indiscriminatoire (quitte à causer des dommages collatéraux…), des renseignements humains recueillis sur le terrain, et l’adhésion d’au moins une partie de la population locale. Bref, tout le contraire des frappes américaines par drones.

A l’instar des Etats-Unis pendant les guerres du Golfe successives (1991, 2003), la Russie a réussi une telle démonstration de force en Syrie que son industrie d’armement a reçu plusieurs commandes fermes de la part d’Etats, notamment dans le domaine de l’aviation militaire.

Dans un secteur en perpétuelle innovation, pour rester dans le jeu diplomatique, la Russie ne peut se satisfaire de sa seule stratégie nucléaire. Non seulement le nucléaire devient sujet à obsolescence, les moyens de contrer ces armes étant de plus en plus perfectionnés, mais la recherche balistique avance à grands pas. Andrei Akulov, expert du Strategic Culture fondation, a dévoilé des projets de missiles hypersoniques ultramaniables comme le Yu-74 qui pourraient contrer le fameux dôme de protection antibalistique de l’OTAN en atteignant une cible à 10 000 kilomètres en seulement une heure.

Radiation générale

Comme l’a écrit Andreï Sakharov, père de la bombe H soviétique, puis dissident devenu prix Nobel de la paix, l’emploi du nucléaire n’est pas sans conséquences sur les Etats neutres restés officiellement à l’abri du conflit : « Ce qui distingue les conséquences biologiques lointaines des explosions nucléaires, surtout lorsqu’elles ont lieu dans l’atmosphère, les retombées radioactives se diffusant sur toute la Terre ou plutôt sur tout l’hémisphère, c’est qu’on peut les calculer, on peut déterminer avec plus ou moins de précision le nombre total des victimes, mais on ne peut pratiquement pas indiquer qui sont ces victimes, car elles sont perdues dans la marée humaine […] à terme, l’ensemble de l’humanité est soumise aux radiations ».
De leurs côtés, les Américains préparent une solution de rechange pour contrer les nouvelles armes russes. Le Pentagone a annoncé qu’il avait essayé un nouveau système d’armes laser, qui pourrait renforcer les forces terrestres et aériennes du pays d’ici à 2025. Les spécialistes militaires américains ont ainsi essayé dans les pays du Golfe le système mobile d’arme laser à haute énergie (High Energy Laser mobile Truck Test, HELMTT) afin de mieux contrer les potentielles menaces de l’ours russe.

Pendant ce temps, les Indiens se préparent à un éventuel affrontement sino-pakistanais au Cachemire et les Chinois multiplient les démonstrations de force en mer de Chine pour récupérer les zones perdues par la révolution maoïste.

Inde et Chine planchent déjà sur des armes d’origines spatiales pour contrer les deux puissances russo-américaines dans de possibles cyber-attaques et autres rayons lasers dignes de Star Wars.

Ainsi, au monde bipolaire de jadis succédera un système quadripolaire (Etats-Unis, Russie, Chine, Inde), conflit latent entre quatre mammouths militaires avec un équilibre de la terreur fondé sur les hautes technologies. Si vis pacem para bellum

Misère du féminisme de souche

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Manifestation féministe à Lyon, janvier 2017. SIPA. 00789773_000011

Dans sa forme actuelle, le féminisme officiel est, à grandes lignes, un ressassement désuet de tout ce qui a déjà été dit il y a quarante ans. Il dispose d’une presse amicale et nourrit la doxa ambiante de revendications attendues. Porté par des associations ayant pignon sur rue, ce féminisme autorisé emprunte les mêmes postures qu’à la grande époque, prend les mêmes intonations, mais sans plus le moindre allant. Il est routinier et n’enregistre plus aucun résultat depuis de très nombreuses années.

Un féminisme consanguin

L’homogénéité sociologique du milieu associatif dans lequel ses militantes évoluent, et qui détermine et organise ce qu’elles croient être les priorités du combat féministe contemporain, n’est jamais interrogée. Nous avons affaire à une très grande majorité de femmes blanches, cheveux courts, plutôt non maquillées, mangeant bio, dont le compagnon fait la vaisselle un jour sur deux. Elles sont bien éduquées, toujours bien intentionnées et, pour l’essentiel, bien insérées professionnellement. Une toute petite catégorie de femmes, dans les faits, est en charge du féminisme français depuis plus de vingt ans.

Ainsi, peu ou prou, leur mât de cocagne se résume à une bataille pour la suppression de la mention « Mademoiselle » des formulaires administratifs, le droit d’habiller sa petite fille en bleu et la parité dans les conseils d’administration des entreprises du CAC 40. Voilà. C’est à peu près tout. On parle souvent d’égalité salariale mais on ne fait qu’en parler. Pas le début d’une idée pour l’imposer. Cette revendication a d’ailleurs pris l’allure inoffensive d’une litanie. Une certaine mollesse, bien mystérieuse, qui joue la résignation sur cette question, devrait faire débat. La dénonciation du harcèlement de rue se fait enfin plutôt prudemment, sur un mode pudique. C’est qu’elle pourrait verser rapidement dans le politiquement incorrect, pour peu que l’on cerne explicitement le profil des harceleurs.

Ce féminisme, très préoccupé de questions symboliques, ignore, et depuis longtemps, le sort des femmes pauvres ou isolées. Ce n’est même pas une question pour lui. Il se préoccupe très peu du maillage des crèches hors des grandes villes, à la campagne par exemple, et se couvre les yeux quand on lui parle des milliers de femmes voilées. Il est pétri de relativisme culturel, obsédé par le signe, les dominations invisibles, la théorie du genre et les parités institutionnelles. C’est un féminisme de croisière, de classes moyennes bien-pensantes. Un féminisme qui voudrait certes bien faire, mais qui ne voit midi qu’à sa porte, la porte d’un immeuble du centre-ville. C’est un féminisme intramuros. Abstrait, théorisant, se voulant l’héritier du féminisme d’antan, il est usé à force d’être trop bien rodé. À bien des égards, pour un peu tout le monde, il en est même devenu folklorique.

Un féminisme intramuros

Ignoré de ce féminisme, à la périphérie de la société tout entière, un autre féminisme, presque clandestin médiatiquement, et passablement désorganisé, existe tant bien que mal depuis plusieurs années, et affronte des problèmes bien plus rudes. Il est porté par des femmes qui vivent loin, dans des tours et qui sont d’origine quelque chose. Ce féminisme-là, ce féminisme de banlieue, est tout bonnement ignoré par le féminisme de souche. Il ne s’agit pas seulement d’une indifférence polie mais d’un abandon en rase campagne.

Presque systématiquement, le féminisme de souche prend officiellement le contre-pied des revendications du féminisme de banlieue. Ainsi quand les féministes de banlieue supplient pour que la laïcité soit davantage respectée et imposée dans les quartiers, le féminisme de souche croit de son devoir de défendre dans sa presse et sur ses ondes la liberté des femmes de se voiler. Quand les féministes de banlieue remettent en cause l’éducation des fils d’immigrés et le mépris de la femme qui leur est inculqué dans les familles, les féministes de souche balaient cette question et le problème du harcèlement de rue reste à leurs yeux un vice de la population masculine dans son ensemble. Tout viendrait du trop grand nombre de figurines de Batman offertes à Noël aux petits Paul, Vincent et Sébastien. Seules face au rouleau compresseur intégriste, les féministes de banlieue sont sacrifiées sur l’autel d’une hypocrisie froussarde.

Un féminisme du dimanche

La notion de courage politique est au cœur de cette dissonance. Le féminisme de souche a de petits bras. Aucun courage n’est en effet nécessaire pour aller manifester sous les fenêtres du siège social de Saint-Gobain ou pour lancer des pétitions internet sur la féminisation des mots. Disposant de temps libre, le féminisme de souche frissonne à peu de frais, en s’affublant de barbes postiches pour débouler dans les couloirs du Théâtre de l’Odéon. Régulièrement, il se fend d’un manifeste signé par moultes actrices et personnalités, publié bien sûr dans Libération, qui retrace dans le ciel des idées, au même endroit exactement, le cercle de la vertu. Drôle de guerre, distrayante, menée par des militantes du dimanche.

Passé le périphérique, le courage extrême en revanche est de mise. Le courage de celles qui se coltinent les barbus, les vrais, face à face, ou dénoncent, sur place, la mise sous coupe réglée de quartiers entiers par le salafisme. Quartiers dans lesquels les femmes ne peuvent plus s’asseoir dans les cafés ou porter une jupe. Quartiers dans lesquels les filles sont convaincues explicitement par leur entourage de l’infériorité de leur statut métaphysique, avec force arguments religieux, et mandales dans la gueule quand ça ne suffit pas. La véritable offensive d’une phallocratie conquérante a lieu sur ce front aujourd’hui. Mais – pour dire les choses comme elles sont – il existe pour nos féministes de souche deux mondes de femmes, distincts, deux populations de femmes en France, qui ne peuvent – on se demande pourquoi – prétendre aux mêmes libertés.

La jonction ne s’est jamais faite entre les filles et les petites-filles des premières féministes françaises et les militantes féministes de banlieues, fraîchement révoltées et issues de l’immigration. Les premières ne fréquentent pas les secondes. Elle ne les connaissent pas, les ignorent, et tiennent absolument à continuer de les ignorer. Plus que tout, elle méprisent leur réalité. Les unes s’attaquent aux symboles de l’oppression patriarcale de l’homme blanc, encore et toujours. Les autres subissent l’oppression patriarcale en acte des Frères musulmans… mais c’est leur affaire après tout ! Les unes engueulent leur Jules parce qu’il laisse traîner ses chaussettes dans l’appartement. Les autres sont mariées de force au bled à seize ans. Rien à voir.

L’exception Femen

Hormis le mouvement Femen, qui est le seul à faire preuve de bravoure, avec le désordre et la violence de toute bravoure, mais qui sauve, techniquement, depuis plusieurs années, l’honneur du féminisme français, l’immense majorité des associations féministes en France ne pratique qu’un simulacre de combat féministe, à destination d’une société du spectacle et de la bonne conscience qui se nourrit seulement de leur rhétorique. C’est un théâtre, une scène où l’on vient chercher un brevet de femme libérée pour pas cher, un dada culturel d’occidentale conscientisée, souvent à l’abri de tout, et en tout cas du pire. C’est une mascarade à l’usage d’une société blanche nostalgique de l’effervescence des années 70.

Un féminisme de classe

L’abandon à leur sort, par les féministes de souche, des féministes issues de l’immigration, n’est pas uniquement la conséquence d’un éloignement géographique, sociologique ou culturel. Il est une des variantes d’une lutte des classes classique, livrée ici au sein de la population des femmes françaises. Une lutte que se mènent les femmes entre elles.

Que l’immense majorité des militantes féministes de souche renvoie depuis des décennies maintenant les féministes de banlieue à leur isolement constitue à lui seul un cas d’école dans l’histoire du combat que tous les privilégiés mène contre tous les déshérités. Une relégation est ici à l’oeuvre. Comme l’ouvrière il y a quarante ans, le sort de la pauvresse de banlieue fait plus qu’indifférer la féministe déjà émancipée, la féministe embourgeoisée. Il la conforte secrètement dans le miroir qu’elle se tend à elle-même de femme libérée.

Au début du siècle, les femmes de banquiers conduisaient de grosses cylindrées, à tambour battant, sur les routes ensoleillées de la Riviera. Ceci cinquante ans avant que les autres femmes aient simplement l’opportunité de passer le permis. Au plaisir de sentir le vent tiède de la côte d’Azur les décoiffer et faire s’envoler leur carré Hermès devait s’ajouter une satisfaction mesquine : celle d’avoir été plus maline que leurs semblables, d’avoir su tirer leur épingle du jeu. La féministe de souche n’épouse pas les luttes de la féministe de banlieue parce qu’elle méprise, au fond, toutes ces oies encore soumises, toutes ces idiotes qui n’ont pas l’énergie de se libérer ou le bon goût de l’être déjà. Chez la féministe de souche, l’orgueil est dédaigneux. C’est qu’elle s’imagine avoir plus de mérite que l’habitante infortunée des cités.

Un féminisme post-colonial

Mais le féminisme de souche, blanc et sclérosé, soutenu par une large classe moyenne bien-pensante, n’est pas seulement un corpus idéologique embourgeoisé. C’est aussi le prolongement d’une arrogance coloniale, pourtant si souvent dénoncée dans ses rangs. L’égalité homme-femme pour la blanche de souche, mais la soumission, tolérable, compréhensible, si exotique, si pittoresque, pour l’indigène récemment débarquée des colonies.

Une indigène avec laquelle aucune communauté de destin n’est envisagée, aucune solidarité théorique ou actée, ni hier, ni maintenant, ni jamais. Là encore, l’entre-soi impose sa loi, un entre-soi ethnique grimé en multiculturalisme tolérant. Chacune chez soi et les vaches seront bien gardées. Le relent colonial, ce fameux relent qui emplit la bouche de tant de gens irréprochables, il me saute aux yeux chez celles qui encouragent l’assignation des femmes de banlieue à leurs moeurs d’origine, comme on parle de langues et cultures d’origine. Beaucoup de celles qui justifient des rapports de domination dont elles n’ont pas à souffrir, mais qui pèsent sans ménagement sur des femmes sans défense, portent un faux nez, le faux nez de la tolérance.

Le féminisme de souche est multiculturaliste parce qu’il est, en profondeur, ségrégationniste. Il faudrait que les féministes de souches reconnaissent les femmes de banlieue comme leur égales, leurs soeurs, leurs amies à la rigueur, pour qu’elles envisagent de les défendre. Or ce n’est pas le cas. Les représentations post-coloniales sapent chez la féministe de souche le moindre élan, même timide, de solidarité avec la fatma en tchador et l’africaine à doudous. L’indigène est un bon sauvage, et sa femelle est à coup sûr heureuse de le servir docilement. Ne nous en mêlons pas. Ces femmes à l’évidence ne sont pas comme nous. Elles appartiennent à une autre race de femmes. Laissons-les régler leurs affaires entre eux.

Un féminisme indigne de son combat

Si l’on considère que l’égalité homme-femme n’est pas un principe universel, mais une spécificité, une création propre aux sociétés occidentales, au même titre que le hula hoop ou le camembert au lait cru, alors il est logique que les acquis des luttes féministes soient réservés aux femmes occidentales. Voici le raisonnement actuel du féminisme de souche. Il a renoncé, sans le dire à personne, à la portée universelle de l’impératif d’égalité homme-femme.

Si en revanche l’égalité hommes-femmes est un principe universel, alors ce principe est supérieur, par définition, à l’argument des coutumes ou des traditions, ainsi qu’à celui des religions. Tout relativisme culturel est impossible en regard d’un principe universel. Entre féminisme et multiculturalisme, il faut choisir.

Je crois pour ma part que l’égalité hommes-femmes est un principe universel, qu’il s’agit de défendre à l’échelle de l’humanité tout entière. Ce n’est pas un simple luxe d’occidentales. Tant que le féminisme de souche réservera à la défense des droits des blanches sa vindicte, parce qu’il ne se définit lui-même comme légitime que dans sa sphère culturel d’origine, il restera indigne de son combat. Et il laissera sur le côté bien des Françaises qui auraient besoin de son appui. S’il se décide enfin à se (re)penser comme un principe universel, et vient au secours de toutes les femmes opprimées parce que femmes, il pourra sortir de l’éther pathétique dans lequel il barbotte depuis des décennies. Il pourra alors se faire à nouveau le fer de lance puissant de l’idéal d’égalité entre les sexes.

Les féministes de souche inquiètes des dysfonctionnements patents de leur lutte devraient décrocher leur téléphone et appeler les féministes de banlieue, afin de faire leur connaissance, tout bêtement. Il faut briser ce mur géographique, sociologique et culturel immense, haut, ancien, qui isole les femmes des quartiers de leurs concitoyennes des centre-villes. Il faut défragmenter la sociologie du militantisme féministe, organiser un front unique, commun, pour que la lutte produise à nouveau des résultats utiles, réels, tangibles. Le sort des femmes de notre pays dépend de cet effort. Seules les militantes actives des centre-villes peuvent agir ici, opérer une révolution, pour peu qu’elles remettent en cause la portée, le périmètre de leur lutte et qu’elles s’interrogent sur l’étendue de leur solidarité.

Enfin, si un grand travail de rescousse en direction de toutes les féministes de banlieue est à entreprendre, il faut tendre aussi la main aux féministes du Maghreb, d’Afrique noire, à toutes les féministes en somme, sans distinction d’origine, de race ou de religion. Seul un féminisme qui assume son universalité et organise la diversité de ses troupes pourra à nouveau agir efficacement.

Addendum

Je prie les militantes féministes spécialisées dans les inquisitions de ne pas perdre trop de temps à m’agonir. Qu’elles me fassent grâce des anathèmes automatiques qui leur viennent sans réfléchir dès que le titulaire d’un pénis se mêle de leurs affaires. Je veux leur dire ici que si j’ai effectivement un pénis, il ne m’empêche pas de penser, il ne fait pas de moi un être mal intentionné, un demeuré ou un dominant sournois. En fait il m’a permis d’avoir une fille, que j’aime et qui m’aime, et que j’aimerais voir grandir dans une société harmonieuse et égalitaire. Aucune autre raison ne m’a poussé à écrire ce texte.

Macron: un bilan plein de bonnes intentions…

Emmanuel Macron, alors secrétaire général adjoint de l'Elysée, aux côtés de Manuel Valls, Premier ministre, Paris, 7 mai 2014.

Pour comprendre la ligne politique d’Emmanuel Macron, on peut choisir de se contenter du programme, annoncé le 2 mars. Il n’est pas inutile de revenir sur sa pratique du pouvoir. Car l’homme qui se présente comme un OVNI a été secrétaire général adjoint de l’Élysée de 2012 à 2014, puis ministre de l’Économie pendant deux ans, d’août 2014 à août 2016. Son principal fait d’armes est l’adoption de la « loi Macron »[1. Loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques, promulguée le 7 août 2015.], un vaste fourre-tout de 308 articles, liés par l’intention affichée de faire sauter des verrous, afin de relancer l’économie. Le texte porte son nom, mais porte t-il sa marque ? D’une certaine façon, oui : il est, pour l’essentiel, l’assemblage de propositions qui dormaient depuis longtemps dans des tiroirs, dont beaucoup figuraient notamment dans les préconisations de la commission Attali de 2008. Commission dont le rapporteur général était un jeune énarque nommé… Emmanuel Macron. Passage en revue.

Autocars Macron

Ils pourraient s’appeler les cars Lasserre, du nom de Bruno Lasserre, président de l’Autorité de la concurrence, voire les cars Umberto Berkani, rapporteur général adjoint de celle-ci, en charge du dossier sur la libéralisation du transport par autocar. En 2009, l’Autorité s’autosaisit du dossier de la concurrence dans le ferroviaire. Elle conclut rapidement à une hégémonie irrémédiable de la SNCF sur le rail. Reste la route. En février 2014, elle rend un avis qui trace le schéma de la libéralisation. C’est la source d’inspiration de la loi Macron. Tout est détaillé, jusqu’à la nécessité de réorganiser les gares routières pour accueillir les nouveaux venus. « On sait très bien que la SNCF, laissée à elle-même, va reléguer ses concurrents le plus loin possible des trains, au fin fond des zones industrielles », commente à l’époque un auditeur de la Cour des comptes. « Aberrant », dénonce immédiatement Jacques Auxiette, président de la région Pays de la Loire. La concurrence des autocars va creuser les déficits déjà colossaux des trains express régionaux ! Les recettes des TER couvrent 27 % des frais de fonctionnement, chaque abonné coûte en moyenne 7 800 € par an aux régions ! L’Autorité de la concurrence le sait très bien, mais quel gouvernement aura le courage de remettre à plat la gestion de la SNCF ? En accord avec la Cour des comptes, que le gaspillage des TER exaspère également, l’Autorité charge en fait l’autocar du sale boulot : tuer les trains trop déficitaires. Bilan, cinq millions de passagers en 2016 pour les cars Macron et un rail de plus en plus déficitaire. Selon la SNCF, les coûts des TER pour les régions vont augmenter de 23 % d’ici 2020…

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Par Alain Finkielkraut

Réforme des prud’hommes

La procédure a été entièrement remaniée afin de raccourcir les délais de jugement, devenus une honte pour la République (quinze mois en première instance !). L’État français avait été condamné par le tribunal de grande instance de Paris, le 18 janvier 2012, à indemniser 16 plaignants, qui avaient patienté des années aux prud’hommes. Rédigée à la suite de cette condamnation, la réforme visant à[access capability= »lire_inedits »] accélérer les procédures était prête. Un rapport avait été remis à la chancellerie en juillet 2014. Le Conseil d’État avait examiné le projet de loi à l’automne 2014. Il a dormi un an dans les tiroirs. La CGT soutenait, non sans arguments, que les prud’hommes manquent cruellement de moyens et qu’une nouvelle procédure n’y changera pas grand-chose. La loi Macron leur alloue une rallonge de quelques millions d’euros, bien faible au regard des enjeux. Le 18 janvier 2017, le procureur de Lille, Philippe Peyroux, a encore dénoncé la misère des prud’hommes, lors de son audience de rentrée. La CGT, solidaire, tractait sur le même thème à l’entrée du bâtiment…

Révolution, un ouvrage collectif signé Emmanuel Macron

À la sortie de Révolution, le 24 novembre 2016, Le Parisien a parlé d’un « livre très personnel ». En réalité, à part le premier chapitre, où Emmanuel Macron évoque son enfance, son épouse et sa formation, Révolution évoque plutôt un travail collectif. Le candidat, assisté par son équipe, a synthétisé diverses contributions. C’est la règle de l’exercice. Il serait paradoxal de reprocher à Emmanuel Macron d’être à l’écoute des spécialistes, que l’on partage ou non leurs analyses, mais en aucun cas Révolution n’est la voix originale d’une personnalité politique habitée par une vision de la France. Dans le livre, on retrouve quasiment telles quelles des phrases entières extraites d’une dépêche AFP (« La Syrie a connu entre 2006 et 2011 la pire sécheresse de son histoire. Attribuée au changement climatique… »), d’un rapport du WWF (« Les populations de vertébrés – poissons, oiseaux, mammifères, amphibiens et reptiles – ont chuté de 58 % entre 1970 et 2012 »), ou de la leçon inaugurale au Collège de France de l’économiste Philippe Aghion (« Aussi devons-nous passer d’une économie de rattrapage à une économie de l’innovation »). C’est un livre en forme de costume d’Arlequin, riche d’enseignements sur les experts qu’Emmanuel Macron a écoutés, pas sur ce qu’il ferait s’il arrivait au pouvoir.

Révolution, Emmanuel Macron, XO éditions, novembre 2016.

Ouverture des magasins le dimanche

Des semaines de polémiques pour une réforme bien timide. L’ouverture le dimanche était une réalité en zone touristique depuis la loi Mallié de 2009. La loi Macron apporte seulement des aménagements à la marge. On passe de cinq à douze dimanches, si le maire est d’accord. En pratique, la loi régularise des ouvertures sauvages devenues fréquentes.

Réforme des professions réglementées du droit

L’essentiel date de 2012 et d’un rapport commandé à l’inspection générale des Finances par Pierre Moscovici, ministre de l’Économie. Ce dossier hyper-technique, touchant à la liberté d’installation et aux tarifs des notaires, greffiers de tribunaux de commerce et huissiers de justice, a fait l’objet d’années de tractations avec les intéressés. Intervenu dans la dernière ligne droite, Emmanuel Macron s’est appuyé, une fois encore, sur l’Autorité de la concurrence, dont le rapport de janvier 2015 appelait à battre en brèche les monopoles de justice. Facile à dire. La loi Macron prévoyait un millier d’études notariales en plus (elles sont 8 625 aujourd’hui), attribuées par tirage au sort. La procédure a été bloquée en décembre 2016 par un recours en référé devant le Conseil d’État ! Le dossier rebondira sûrement. Les revenus des notaires (230 000 € nets en moyenne en 2015) font trop d’envieux. Les grands cabinets d’avocats rêvent de casser leur monopole sur les actes immobiliers. Une vaste partie de lobbying et de contre-lobbying est en cours. La loi Macron en était seulement l’écho.

Ce que le ministre Macron n’a pas fait

Les omissions sont parfois aussi révélatrices que les actes. Deux reproches reviennent régulièrement à propos du ministère des Finances. Il cultive l’opacité et il tolère trop d’allers-retours de hauts fonctionnaires entre les banques et le service de l’État. Côté opacité, Emmanuel Macron a été intraitable. Depuis des années, par exemple, le ministère de l’Économie refuse de publier le détail des contrats conclus avec les concessions d’autoroute. Un rapport de la Cour des comptes datant de 2013 les jugeaient trop favorables aux concessionnaires. En juillet 2015, le tribunal administratif de Paris, saisi par le militant écologiste grenoblois Raymond Avrillier, a jugé la position du ministère illégale. Ce dernier, qui avait déjà ignoré les injonctions de la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada) et celles de quelques parlementaires, a fait appel devant le Conseil d’État. Question conflit d’intérêt, Emmanuel Macron a également respecté les traditions de la maison. Il était ministre au moment de la nomination du numéro deux de la BNP, François Villeroy de Galhau, à la tête de la Banque de France, en novembre 2015. La décision a sidéré les économistes. 150 d’entre eux, universitaires ou chercheurs, ont signé une pétition de protestation, dénonçant « un grave conflit d’intérêts ». Sans succès. La nomination du gouverneur de la Banque de France est une prérogative du chef de l’État, mais le ministre de l’Économie est évidemment consulté. Inspecteur des Finances passé par la banque d’affaire, Emmanuel Macron n’était probablement pas le mieux placé pour entendre les mises en garde de nos économistes : « Il est totalement illusoire d’affirmer qu’on peut avoir servi l’industrie bancaire puis, quelques mois plus tard, en assurer le contrôle avec impartialité et en toute indépendance… »

La lutte contre les recours abusifs visant les permis de construire

La loi Macron restreint les possibilités d’action en démolition visant à faire raser un bâtiment, suite à l’annulation du permis de construire. C’est une mesure de lutte contre les recours abusifs, comme ceux qui ont ralenti des années la réfection de la Samaritaine, à Paris. Vive colère chez France nature environnement : « Le message adressé est catastrophique : pour construire en violant les règles d’urbanisme, privilégiez le passage en force ! » Champagne, en revanche, à la Fédération des promoteurs constructeurs (FCP). Son président, Marc Pigeon, réclamait une telle mesure depuis une décennie…

Le programme Macron, flou, mais déjà contesté

Conclusion ? Emmanuel Macron a écouté des groupes de pression. Rien de répréhensible, tous les gouvernements le font. Par ailleurs, il a repris un texte déjà largement ficelé. Si Arnaud Montebourg n’avait pas démissionné de Bercy, la loi Macron s’appellerait la loi Montebourg. Emmanuel Macron, au moins, a-t-il bien défendu le texte ? Difficile de trancher. Le jeune ministre a mouillé la chemise, mais sans convaincre sa majorité. La loi Macron a été adoptée en vote bloqué, par la procédure du 49.3.

« Finalement, s’est-il énervé à la tribune de l’Assemblée le 17 février, vous retrouvez de part et d’autre une forme d’union : ceux qui ne veulent pas changer le pays, ceux qui préfèrent dire que tout va bien. » Macron, homme neuf, aurait été le recours d’un système à bout de souffle ? En réalité, toutes les grandes démocraties sont devenues des tuyauteries complexes, où la volonté politique se heurte à des obstacles insoupçonnés. Jusqu’au bout de ses deux mandats, Barack Obama a vu des recours juridiques et des votes du Congrès freiner la mise en œuvre de son programme[2. Le patronat américain a attaqué sa loi anti-évasion fiscale, une compagnie pétrolière canadienne a attaqué une décision environnementale, l’Obamacare a fait l’objet de plusieurs recours, etc. ]. Il n’a même pas essayé de limiter le port d’armes, jugeant le combat perdu d’avance.

Une des rares mesures détaillées du candidat Macron, d’ailleurs, est déjà contestée par des juristes. Il s’agit du basculement des cotisations d’assurance maladie et d’assurance chômage vers la contribution sociale généralisée (CSG). Le but est d’alléger les charges qui pèsent sur les salaires, en répartissant plus largement le poids de la protection sociale. Seul problème, mais de taille, le Conseil constitutionnel retoquerait probablement cette réforme qui transformerait des cotisations en impôts[3. Du moins s’il suit sa propre jurisprudence, décision n° 2014-698 DC du 6 août 2014. ]. On voit mal le président s’affranchir du strict respect des règles constitutionnelles.

Les silences d’Emmanuel Macron suscitent un doute, sur ses intentions, et sur sa capacité d’action. En juin 2005, Nicolas Sarkozy apostrophait Dominique de Villepin : « Il faut leur raconter une histoire, aux Français. Qu’est-ce que vous allez leur raconter, comme histoire, en juillet, en août, en septembre, l’année prochaine ? »[4. Rapporté par Bruno Le Maire dans Des hommes d’État, éditions Grasset, 2008.] Aujourd’hui, c’est exactement la question qu’on a envie de poser à Emmanuel Macron.[/access]

À 5 ans, il fait un doigt d’honneur à la police!

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Sipa. Numéro de reportage : 00786278_000002.

Vous connaissez le quartier de La Madeleine à Evreux ? Non et vous ne perdez rien. Pourtant, si l’envie vous prenait d’y habiter, sachez que les loyers y sont ridiculement bas. Il y a quelques raisons à cela. Les poubelles débordent ; les éboueurs ne vont qu’occasionnellement à La Madeleine, découragés par les jets de pierres qui les visent. Le trafic de shit est l’une des principales ressources économiques du quartier qui connait, en conséquence, son lot de règlements de compte (beaucoup moins qu’à Marseille quand même…). Un quartier qu’on qualifie de « populaire » si on pense bien. Et de « sensible » ou « dangereux » si on pense mal.

J’y suis passé hier en voiture. Devant moi, il y avait un véhicule de police. Les flics devaient avoir faim. Ils se sont arrêtés devant un kebab pour acheter un chawarma. Tout près, sur le trottoir, un gamin de 4 ou 5 ans les regardait. Il leur a fait un doigt d’honneur. Les flics ont froncé les sourcils. Ils n’auraient pas dû. Un grand (son père, son frère ?) a surgi. Il va l’engueuler ? Lui flanquer une paire de baffes ? Pas du tout ! Car à La Madeleine les choses se passent autrement, conformément à des codes qui appartiennent en propre à ce quartier. Le type a commencé à insulter les flics.

Cet enfant est une victime

Je ne suis pas sûr d’avoir bien entendu. J’étais un peu loin. Mais il m’a semblé distinguer un « Enculés de flics ! ». En tout cas, les gesticulations de l’individu ne laissaient aucun doute sur l’amour qu’il portait aux forces de l’ordre. Sans réagir – une émeute est vite arrivée – les flics sont remontés dans leur véhicule et ont démarré aussitôt. J’ai fait de même. Je ne suis pas flic. Mais je suis étranger au quartier. Et il est à craindre que des habitants de La Madeleine n’aiment pas les étrangers…

Depuis, je ne peux m’empêcher de penser à l’enfant qui faisait le doigt d’honneur. Cinq ans et a priori la vie devant soi. Le bac un jour, peut-être ? La fac, pourquoi pas ? Le brevet, s’il est pressé d’entrer dans la vie active. Un métier. Une famille. Mais ce n’est pas ce qui l’attend. Car à La Madeleine on vit comme dans une enclave extra-territoriale. Et s’il y a apartheid, il est volontaire et assumé.

Mais qu’est-ce que ses parents, ses voisins, les adolescents qui lui servent de modèles, ont appris à ce gamin ? La haine ! Déteste-il déjà les filles qui s’occupent de lui à la maternelle ? Quand il sera à l’école, va-t-il cracher à la gueule de ses profs ? Ira-t-il plus tard faire quelques séjours à Fleury-Merogis ? Cet enfant est une victime. On lui a enfoncé dans le crâne un bréviaire haineux.  C’est lui qu’on assassine. Et les coupables sont connus.

Mais si, on peut critiquer la justice

François Fillon au Trocadéro, Paris, mars 2017. SIPA. REX40492524_000011

Il n’existe aucun principe juridique qui placerait un candidat au-dessus des lois. Tout comme il n’existe aucune règle de droit qui imposerait à l’autorité judiciaire de faire preuve d’un peu de bon sens.

Comment des juges, fussent-ils indépendants, peuvent il faire semblant d’ignorer tant les conséquences politiques de leurs décisions que les soupçons de partialité auxquels ils s’exposent ?

Curieusement, ceux-là mêmes qui vocifèrent pour réclamer le retrait de François Fillon, alors qu’il est innocent, ne comprennent pas pourquoi ses partisans en veulent à la justice, alors qu’elle est indépendante.

Certes, en le convoquant à deux jours de la date limite du dépôt des candidatures, la justice ne fait qu’appliquer la loi. Pour autant, en se maintenant candidat, François Fillon n’enfreint aucune règle de droit. Où est le problème ?

Il est peut-être éthique, moral ou politique, mais, en l’occurrence, pas juridique. Et nous n’avons pas besoin d’un juge pour le trancher. Le peuple souverain pourra le faire. Que ceux qui réclament le retrait de François Fillon se rassurent, le 23 avril prochain, ils auront l’occasion de le faire. C’est ce qu’on appelle la démocratie.

Tout bon juriste sait qu’un raisonnement juridique s’opère en deux temps. Dans une première partie, on analyse un principe ; dans une seconde on étudie les modalités de sa mise en œuvre. Cette méthode est universelle, on la trouve dans toutes les facultés de droit. A l’Université catholique y compris : si nous devions y exposer la Sainte Trinité, nous le ferions en deux parties.

Ainsi critiquer l’application d’un principe ne revient nullement à procéder à la remise en cause dudit principe.

Se poser légitimement des questions sur les interférences du temps judiciaire avec le temps politique ne revient pas à critiquer l’indépendance de la justice. Il s’agit simplement de s’interroger sur les modalités d’application de ce principe d’indépendance.

Le débat public est bloqué. Et on patauge dans l’absurde…

La France est secouée par une crise identitaire, vit avec un niveau de chômage important et le terrorisme l’a plongée en état d’urgence permanent. La situation internationale inquiète, l’Etat islamique sévit au Moyen-Orient, l’élection de Trump modifie le cours des relations internationales, la Russie poursuit tranquillement sa quête d’hégémonie et le Brexit rabat les cartes de la construction européenne.

L’élection présidentielle est l’occasion pour que l’ensemble de ces sujets soient portés au débat public et qu’une confrontation ait lieu entre plusieurs projets. Mais quand le doigt montre le ciel, l’imbécile regarde le doigt.

A 47 jours du premier tour, il n’existe aucun débat public. La France préfère se demander si Penelope Fillon aurait été aperçue un jour au bal des pompiers de Sablé-sur-Sarthe ou si s’il lui est déjà arrivé de « badger » avant d’accéder au Palais-Bourbon. Un soir de février, le pays sera même tenu en haleine par la télévision. L’enjeu, avoir la confirmation que Madame Fillon, au détour d’une conversation dans un café, a réellement confié n’avoir jamais été l’assistante de son mari. Passionnant…

François Fillon n’a pas perdu la primaire et n’a pas été condamné pour emplois fictifs.  S’il a été désigné candidat en novembre, c’est justement parce qu’il représentait une ligne politique. Celle du refus des accommodements raisonnables contre celle de « l’identité heureuse ».

Malgré cela, sa propre famille politique lui en veut à un tel point qu’elle a fortement songé à substituer à sa candidature, obtenue par la voix démocratique, celle de son concurrent sèchement battu dans les urnes et déjà condamné pénalement.

Outre ce mépris ouvertement affiché pour la démocratie, qu’est-ce que le citoyen lambda, las de cet acharnement politique, peut observer ? :

– Des faits datant de plusieurs années qui refont surface dans Le Canard enchaîné en janvier. Faits qui sont pourtant connus de longue date de l’administration fiscale à qui étaient déclarés les contrats litigieux.

– Le mépris de la séparation des pouvoirs. En voulant porter une appréciation sur les contours de la notion d’activité d’assistant parlementaire, le juge judiciaire envisage de porter une appréciation sur l’activité du parlementaire. Or, le contrôle du respect d’une obligation par un parlementaire n’est pas de son ressort mais relève du bureau de l’Assemblée nationale et, le cas échéant, du Conseil constitutionnel.

–  Une enquête confiée à un parquet d’exception, le parquet national financier (PNF). En application du paragraphe 1° de l’article 705 du code de procédure pénale, le PNF n’est pourtant compétent que pour « les affaires qui sont ou apparaîtraient d’une grande complexité, en raison notamment du grand nombre d’auteurs, de complices ou de victimes ou du ressort géographique sur lequel elles s’étendent ». Autrement dit, le PNF a davantage été institué pour surveiller l’activité de sociétés offshore aux Îles Caïman que celle du Crédit agricole de Sablé-sur-Sarthe.

– L’application de la notion de détournement de fonds publics alors que l’article 432-15 du code pénal, qui s’interprète strictement, ne vise expressément que les dépositaires de l’autorité publique et les personnes chargées d’une mission de service public. Un parlementaire n’est ni l’un ni l’autre.

– Une opportunité des poursuites appréciée à la hâte. Compte tenu du climat politique désastreux, en quoi est-ce opportun de  saisir le juge d’instruction la veille de la publication de la loi du 27 février 2017 portant réforme de la prescription en matière pénale ?

– La nomination du juge Tournaire, chargé de l’enquête, le même qui a renvoyé Nicolas Sarkozy en correctionnelle pour ses dépenses de campagne en 2012.

– Une convocation opportunément programmée deux jours avant la date limite du dépôt des candidatures.

Cela commence à faire beaucoup.

Etre indépendant c’est bien, montrer qu’on l’est c’est mieux.

Certes tout ceci est parfaitement légal. Pour reprendre la sacro-sainte formule, la justice « fait son travail ».  Mais s’il y a urgence à réagir d’un point de vue politique, moral ou éthique, ce n’est certainement pas le cas d’un point de vue juridique.

Juridiquement, le dossier sonne creux. Alors à quoi bon s’acharner ? En tout état de cause, l’article 67 de la Constitution prévoit une interruption de la prescription pour le futur président de la République et, un jour, François Fillon sera de toute façon jugé en droit.

A ceux qui rétorquent qu’il existe un problème politique, éthique ou moral, qu’ils soient rassurés, ils pourront trancher cette question le 23 avril prochain.

Mais si la justice est indépendante, alors qu’elle ne laisse pas prise au doute ! Où est son intérêt à contribuer, par son attitude, à la défiance croissante des citoyens envers les institutions ?

Qu’avons-nous comme réponse ? : « Indépendance de la Justice » ! Le slogan est automatiquement retourné à ceux qui se posent des questions, à la manière d’un « padamalgam ! »  envoyé comme anathème, dans d’autres situations, en pleine figure afin d’empêcher toute discussion.

Et voici que Madame Hidalgo compare le rassemblement du 5 mars 2017 au Trocadéro à celui du 6 février 1934. Ah oui c’est vrai, ce fameux climat des années 30 : depuis le temps qu’on l’attendait ! La fameuse référence aux « heures les plus sombres de notre histoire ».

Dans cette triste atmosphère de fin de règne, le pouvoir crépusculaire se complait à pratiquer la politique de la terre brûlée. Le président de la République s’est porté garant de l’indépendance de la Justice et a sollicité le respect dû aux Institutions.

Mais où était le respect dû à l’armée lorsqu’on laissa le compagnon d’une ministre en exercice qualifier le défilé du 14 juillet de « défilé de bottes » ?

Mais où était le respect dû à l’indépendance de la justice lorsqu’il a été décidé de libérer Jacqueline Sauvage condamnée pour meurtre par la justice indépendante: deux cours d’assises, 6 magistrats et 21 jurés populaires ?

Mais où était le respect dû à la fonction présidentielle lorsqu’au lieu de traiter d’égal à égal avec Obama ou Poutine on préférait se faire éconduire publiquement par Leonarda ?

Mais où était le respect dû à l’institution policière lorsqu’il a fallu s’empresser de courir au chevet du jeune Théo ?

Oui, la justice est indépendante, mais se poser des questions et espérer un peu de bon sens dans la prise de décision ne signifient nullement remettre en cause ce principe. Alors pas d’amalgame !

« Le travail détaché est dangereux pour tous les ouvriers »

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travail detache vincent you ue
Chantier au Mans, 2015. Sipa. Numéro de reportage : 00723234_000002.
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Chantier au Mans, 2015. Sipa. Numéro de reportage : 00723234_000002.

Daoud Boughezala. Au total, combien y a-t-il de travailleurs détachés en France ?

Vincent You.[1. Vincent You est adjoint LR au maire d’Angoulême, vice-président de GrandAngoulême.] Suivant qu’on parle de travailleurs détachés légaux ou illégaux, il y a un flou autour du chiffre de 500 000 qu’on évoque régulièrement. D’après les quelques études publiées sur le sujet, la majeure partie d’entre eux travaille dans les secteurs du bâtiment et travaux publics (BTP) et du transport.

Comment avez-vous pris conscience de l’ampleur du phénomène ?

Lorsque j’ai commandé la construction d’un hôpital de proximité, j’ai fait en sorte que les marchés soient attribués à des entreprises de la région. J’étais satisfait de voir des PME locales travailler sur place mais, à ma venue sur le chantier, je ne savais pas à qui parler parce que s’y trouvaient toutes les nationalités (Roumains, Polonais, Espagnols, Chypriotes…). C’est là que je me suis dit qu’on marchait sur la tête : un chantier de 20 millions d’euros payé par la Sécurité sociale française bénéficiait à des entreprises embauchant des gens qui ne cotisaient pas à la Sécurité sociale. On marche sur la tête ! Les travailleurs détachés sont justement embauchés moins cher parce que leur sécurité sociale est payée ailleurs, à moindre coût. J’ai alors pris conscience qu’on sciait la branche sur laquelle on était assis et me suis dit qu’on ne m’y reprendrait plus.

Qu’avez-vous fait ?

Le chantier s’est poursuivi, j’en avais un autre à ouvrir pour rénover un Ehpad (maison de retraite médicalisée). Et j’ai lancé une réflexion avec des architectes et d’autres personnes travaillant sur des chantiers pour trouver la parade au travail détaché. Ils m’ont expliqué que la responsabilité du maître d’œuvre que j’étais était d’assurer la sécurité sur le chantier. C’est sur cet aspect que j’ai joué…

… en rédigeant la « clause Molière » afin de contourner la directive européenne sur le travail détaché. En quoi consiste-t-elle ?

Le travail détaché, au-delà de la dimension purement économique qui rend les gens moins « chers » à engager parce qu’ils paient leurs charges sociales ailleurs, pose un problème de sécurité. Comment comprendre les règles de sécurité, toujours écrites en français, quand on ne parle pas notre langue ?  Des amis juristes ont travaillé, certains m’ont dit que la discrimination était passible de cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende. Mais la clause Molière y échappe car elle n’impose pas de pratiquer une langue mais que les ouvriers soient en mesure de comprendre les règles de sécurité du chantier. Soit ils sont francophones, soit ils sont accompagnés d’un interprète, ce qui renchérit de fait le coût d’embauche d’un non-francophone. C’est la subtilité de cette disposition. La discrimination serait d’accepter qu’il y ait deux types d’ouvriers : d’un côté, ceux qui sont correctement payés et comprennent les règles de sécurité ; de l’autre, ceux qui sont moins chers et dont on se fiche des conditions de sécurité puisqu’ils seront repartis dans leur pays trois semaines ou trois mois plus tard.

Est-il envisageable d’étendre l’application de cette clause à la France entière ?

De plus en plus d’élus locaux appliquent la clause Molière. Ils prennent un petit risque politique et juridique. Mais plutôt que de compter sur le courage des élus, il faudrait que la loi française fasse cette clarification. Aujourd’hui, il existe une carte professionnelle du BTP nécessaire aux travailleurs détachés. Pourquoi ne pas ajouter un test de compréhension du français à la procédure d’obtention de cette carte ? Cette mesure s’applique déjà aux médecins et aux infirmiers. En tant que directeur d’hôpital, en situation de pénurie de main d’œuvre, il m’arrive de recruter des médecins roumains ou des infirmières espagnoles. Dans ces métiers-là, le Code de la santé publique exige un test de français préalable.

Certains parlementaires ont tenté de greffer la clause Molière à la loi El Khomri. Pourquoi ont-ils échoué à faire adopter cet amendement ?

A l’Assemblée nationale, l’emploi du 49-3 a arrêté tout débat. Et au Sénat, le résultat fut pitoyable : parmi les quelques sénateurs présents en séance, un certain nombre d’élus UDI ont considéré l’amendement comme inapplicable. Sur un chantier, le coordinateur sécurité-protection de la santé (CSPS) doit vérifier l’application des règles de sécurité. Or, pour être appliquée, une règle doit d’abord être comprise ! Les quatre sénateurs qui ont trouvé l’amendement inapplicable n’ont jamais dû se rendre sur un chantier, passée la pose de la première pierre.

Et dans la campagne présidentielle, y a-t-il des candidats qui prévoient de limiter le travail détaché ?

Beaucoup de candidats affirment qu’il faudra supprimer la directive européenne  « travailleurs détachés », ce qui est une mesure encore plus forte que celle que je préconise. A Matignon, Manuel Valls l’avait déjà promis mais je n’ai pas vu le résultat. Au-delà des promesses de suppression de la directive européenne, j’espère que les candidats trouveront des solutions opérationnelles. J’ai bon espoir parce que les régions qui appliquent la clause Molière sont : les Pays de la Loire présidés par Bruno Retailleau, bras droit de Fillon ; les Hauts-de-France présidés par Xavier Bertrand ; le Centre qui est à gauche et l’a votée à l’unanimité ; la Normandie présidée par Hervé Morin ; et Auvergne-Rhône-Alpes présidée par Laurent Wauquiez, numéro 2 des Républicains et l’Île-de-France qui doit la voter cette semaine.

Pourquoi jugez-vous la gestion du travail détaché emblématique des difficultés françaises ?

D’une part, la question de la maîtrise du français est fondamentale à beaucoup d’égards, notamment par rapport aux problématiques d’intégration des populations issues de l’immigration.

D’autre part, le fossé entre élus locaux et certains responsables politiques nationaux coupés des réalités est l’une des causes de nos problèmes. Globalement, sur notre territoire, il y a beaucoup de gens ingénieux qui trouvent des solutions aux problèmes concrets mais cela ne monte pas à Paris et Bruxelles.

La preuve: le Préfet de Région Auvergne Rhône-Alpes vient de rejeter la clause Molière appliquée par Laurent Wauquiez. Ce grand commis de l’Etat dénonce une discrimination et une atteinte à l’égalité de traitement des candidats. Que lui répondez-vous ?

Sur la discrimination, la question mérite un débat de fond. Je pense que le détachement est une forme légale d’esclavage moderne qui mérite mieux que le recours aux grands principes. En 1994, le Conseil constitutionnel avait considéré que le législateur pouvait « imposer dans les cas et conditions qu’il a prévus l’usage de la langue française, ce qui n’exclut pas l’utilisation de traductions » … nous y sommes ! Tout est une question de proportionnalité, mais personne ne peut concevoir que le cadre existant pour les médecins est discriminatoire. Dans un chantier avec de nombreux corps de métiers, il y a de vrais risques pour le plombier qui travaille sous l’électricien. Nous sommes donc fondés à poser des règles qui protègent les travailleurs.

Pour ce qui est de l’égalité de traitement des candidats, c’est une erreur d’appréciation. La clause est une clause d’exécution et non d’attribution. On ne choisit pas l’entreprise sur ce critère. On impose à celle qui est choisie et à qui on attribue le chantier de respecter cette règle. Les entreprises non retenues ne peuvent donc pas mettre en exergue la clause Molière. Seule celle qui est retenue pourrait choisir de la remettre en question. Cela reviendrait à dire « vous m’avez attribué un marché, laissez-moi le faire sans que les ouvriers en comprennent les risques et les règles ! ». Il est donc très étonnant que le préfet évoque cet argument !

Sur le fond, on voit bien que le gouvernement est impuissant face au travail détaché. Il cherche donc à bloquer ceux qui trouvent des solutions. Je pense que François Fillon a ici un thème de fond pour défendre le sens du travail et soutenir les ouvriers… tout en stoppant une dérive de l’Union européenne qui laisse les pays européens courir vers le moins disant social. Je l’appelle à retrouver la verve de Philippe Séguin pour stopper cette machine infernale!

Macron, candidat des milliardaires et des sous-prolétaires

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Emmanuel Macron sert des mains dans un restaurant des Mureaux, mars 2017. SIPA. AP22024106_000005
Emmanuel Macron sert des mains dans un restaurant des Mureaux, mars 2017. SIPA. AP22024106_000005

Emmanuel Macron n’avait pas plutôt installé son bureau de ministre de l’Économie à Bercy que les médias faisaient son éloge préalable. La France était bénie des dieux. Elle disposait d’un homme providentiel, de grande capacité économique, capable de surmonter les difficultés accumulées au long de quarante années de déboires économiques, de déficits et de chômage. Emmanuel Macron nous était présenté comme un Bonaparte économique.

Que cet homme ait fait l’objet de dithyrambes de la part de médias aussi différents en apparence que Les Échos ou Challenges aurait dû nous faire comprendre d’emblée qu’il représentait une nouvelle carte sortie de la manche des organes du système néolibéral pour confirmer les choix de l’euro, de l’Europe, de la globalisation. À partir d’un postulat : les choix stratégiques que nous avons faits avec les deux compères Mitterrand et Chirac ne sont pas en cause dans nos échecs. Nous manquons cependant d’hommes de l’art capables de mettre en œuvre les réformes salvatrices auxquelles le bon peuple ignorant répugne. Mais, enfin Macron vint, et avec lui, l’espoir revint.

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Comme Philippe Cohen nous manque ! Il avait été le premier à diagnostiquer le « parti des médias » comme un parti caché qui gouverne les consciences des dirigeants politiques et formate l’opinion publique. Il aurait vu immédiatement dans Emmanuel Macron le serviteur du système parrainé par les médias pour imposer la continuité de nos choix stratégiques. Il nous aurait appelés à la vigilance face à la mise en scène médiatique et politique du personnage. Et il insisterait sur le fait, inédit, que ce n’est pas seulement dans les médias bien-pensants de la bourgeoisie hexagonale que la promotion du Macron se déploie, mais aussi dans le Financial Times, le Wall Street Journal, le New York Times. Emmanuel Macron y est présenté comme l’antidote français au virus qui a ravagé l’Angleterre du Brexit et l’Amérique de Trump. On le voit, dans les caricatures des médias concernés, mener la contre-offensive idéologique, armé d’un drapeau tricolore ! What a surprise !

On aurait tort, cependant, de croire que le candidat du système néolibéral n’en est que le dernier avatar politique. Il est novateur dans son genre. C’est ce qu’un journaliste du Figaro, Jean-Pierre Robin, nous révèle dans un article informé sur le vrai programme du candidat.

Le programme de France Stratégie

Jean-Pierre Robin nous dit que, loin d’être dissimulé, le programme d’Emmanuel Macron est, comme la lettre volée de Poe, « exposé aux yeux de tous ». Il a été rédigé sous la houlette de Jean Pisani-Ferry par les équipes de France Stratégie, un organisme officiel mais étrange, qui est une sorte de think tank financé par l’argent public. France Stratégie est installé cité Martignac, dans les locaux de l’ancien Commissariat au Plan, en plein cœur du VIIe arrondissement. On ne saurait incarner mieux l’abandon de l’ambition d’après-guerre d’un développement maîtrisé avec l’aide de l’État, au profit d’une prospérité acquise dans le cadre du libre-échange global[1. Comme nous y exhorte Élie Cohen à chacune de ses interventions médiatiques : « Il faut relever les défis et saisir les opportunités de la mondialisation. »].

Jean Pisani-Ferry a quitté la cité Martignac pour se mettre au service de l’ambition présidentielle de notre Bonaparte en complet d’énarque[2. Après avoir été à la tête de l’institut Bruegel, think tank dédié à l’Europe. Il est aussi membre du Cercle des économistes, qui réunit chaque année la tribu des économistes néolibéraux à l’université d’Aix-en-Provence, et membre du Conseil d’analyse économique.]. Mais il a emporté dans ses bagages[access capability= »lire_inedits »] les notes d’orientation de France Stratégie, élaborées en vue du nouveau quinquennat, dans différents domaines : économie, finances, social, éducation, écologie, culture. Nous avons retenu trois propositions majeures qui pourraient être au cœur du programme du candidat : la transformation du crédit d’impôt pour la compétitivité et pour l’emploi en allègements de charges pérennes pour les entreprises, l’exonération de charges sur les bas salaires, l’imposition des loyers fictifs.

La première est la plus anodine en apparence. Elle consisterait à supprimer une sorte d’usine à gaz issue des cerveaux fertiles de Bercy afin de basculer les 22 milliards de coût qu’elle représente vers un dispositif connu d’allègements de charges. Ce serait revenir à la préconisation simple du rapport Gallois. Mais avec une différence de taille. Louis Gallois demandait que l’allègement porte sur les salaires des personnes qualifiées pour toucher les entreprises orientées vers les marchés extérieurs. Tandis que le nouveau dispositif serait réparti sur l’ensemble de la grille salariale.

La deuxième laisse perplexe. L’État supporte présentement le coût d’un allègement de charges spécifique sur les bas salaires évalué à plus de 20 milliards d’euros par la Cour des comptes, coût qui se cumule avec celui du CICE. Un coût que les conseillers jugent prohibitif au regard de son impact sur l’emploi dès lors qu’il est empoché comme un profit d’aubaine par les employeurs concernés. Or la nouvelle proposition instituerait une exonération au lieu d’un allègement, pour les salaires compris entre 0,5 et 1,3 Smic, dont le coût serait forcément supérieur, sans remédier à la tare constitutive de l’allègement actuel. Et sans apporter de solution au manque de compétitivité de nos activités exportatrices dont les salaires sont notoirement plus élevés. Où est donc l’enjeu de ce mistigri sur les charges sociales ?

La troisième est potentiellement explosive. L’imposition des loyers fictifs – les loyers qui seraient dus par les propriétaires s’ils devaient payer le loyer du logement qu’ils occupent –, qui existait sous la IVe République, a été abandonnée par la Ve dont les dirigeants s’étaient fixé l’ambition de promouvoir l’accession à la propriété et la consolidation des classes moyennes. Remise à l’étude par le PS dans les années 1970, elle n’a pas revu le jour, par crainte de son impact politique négatif. Mais que dire aujourd’hui ? Les prix des immeubles ont explosé et leurs loyers avec eux. Un appartement de 50 mètres carrés situé à Montmartre supporte un loyer de plus de 1 000 euros. Que l’intéressé fasse le calcul : il devrait ajouter 12 000 euros à son revenu imposable ! Il s’agirait en fait d’un super ISF, tapi au sein de l’IRPP, élargissant dramatiquement le champ de celui-ci, aujourd’hui applicable à partir de 1 300 000 euros. Il frapperait des personnes modestes qui ont pu hériter d’un logement acquis par leurs parents. Dès lors, la question se pose : la proposition émane-t-elle de cerveaux ravagés ou de titulaires d’appartements de fonction ou d’appartements à bas prix tels que ceux obligeamment fournis par la mairie de Paris ?

Les banlieues plutôt que les bobos

Jean-Pierre Robin s’interroge à la fin de son article. Sachant qu’Emmanuel Macron dispose d’un électorat de bobos, comment se fait-il qu’il ouvre la voie à une surimposition de son public fétiche. « Avis aux bobos proprios du baby-boom, c’est eux qui vont raquer. » Certes, mais l’idéologie peut l’emporter sur l’intérêt de classe. Et il faudra bien de l’argent pour couvrir ces opérations d’allègement ou d’exonération de charges qui forment le cœur du dispositif.

Mais si l’on comprend que les grands bénéficiaires de son application sont nos banlieues, nous voyons apparaître un autre électorat officiellement guigné par le candidat Macron. À la faveur de la mondialisation et de la politique d’immigration, une véritable économie du tiers-monde s’est installée en France, triplement subventionnée par la protection sociale la plus coûteuse du monde, les collectivités territoriales et la politique de la ville. Elle serait amenée à prospérer de façon décisive. Là est l’innovation de Macron : non plus appliquer des rustines à notre tissu social déchiré, mais développer une nouvelle forme d’économie enkystée au sein d’une France engagée dans la compétition tous azimuts[3. Comme toujours, il faut renvoyer à La France périphérique de Christophe Guilluy, éditions Flammarion, 2014.]. Le candidat du système coupe le pays en deux : d’une part, la France bénéficiaire de la masse de nos aides sociales, mais exonérée de charges sociales ou fiscales, et, d’autre part, la France qui paie plein pot pour bénéficier de la même protection sociale.

Il convient ici de rappeler la réaction d’Emmanuel Macron au lendemain des attentats du 13 novembre 2015. Il imputait le terrorisme au « manque d’opportunités économiques ». Propos en forme de négationnisme quand on sait que les djihadistes se recrutent dans les couches plutôt instruites issues de nos banlieues. Mais Macron oublie spontanément la dimension idéologique du problème pour retrouver une explication « économiciste ». À l’occasion, le personnage, qui traite élégamment les ouvriers bretons d’« illettrés économiques », nous a apporté la preuve de son crétinisme politique.

L’Europe ou la mort

Macron est aujourd’hui l’incarnation la plus pure, si l’on ose dire, de l’européisme dans notre paysage politique. Il milite pour une intégration européenne plus poussée encore, nonobstant le pouvoir prééminent acquis par l’Allemagne et les échecs de la construction européenne analysés par Hubert Védrine dans son dernier ouvrage[4. Sauver l’Europe, éditions Liana Levi, 2016.].

Le fait le plus singulier est cependant que Macron soit soutenu par le patronat tandis qu’il ne propose rien qui puisse traiter le problème le plus crucial de notre économie : son manque de compétitivité vis-à-vis de l’Allemagne (la moitié de notre déficit commercial, égal à 47 milliards d’euros, résulte du déséquilibre de nos échanges avec notre grand voisin qui a accumulé en 2016 un excédent commercial total de 296 milliards d’euros !). Et l’on ne saurait affirmer sans ridicule que l’allègement du droit du travail constituerait le remède approprié.

Notre histoire récente, sous ses deux angles économique et politique, est aussi celle de l’aveuglement des chefs d’entreprises dont la conscience politique a été prise en otage par l’idéologie dominante. Passe encore que les banquiers et les assureurs s’accommodent d’un système qui les a si bien servis. Mais que dire pour les chefs des entreprises non financières ? L’Europe nous interdit d’alléger les charges sociales des entreprises engagées dans la compétition internationale : il faut alléger corrélativement les charges du bistrot de quartier et des supermarchés ! Elle nous interdit de réduire ou d’annuler l’impôt sur les bénéfices des entreprises réinvestis sur le site national. Car elle se voit, au-delà de son périmètre officiel, comme une sorte de laboratoire de la globalisation, statuant comme si elle était un organe de la gouvernance mondiale.

Le parti des médias ne nous laisse que le choix de poursuivre sur la voie du déclin, sous la conduite du chef de chœur Macron, en scandant : « L’Europe ou la mort. »[/access]

Affaire Fillon: la justice contre l’élection

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François Fillon en meeting à Orléans, mars 2017. SIPA. AP22024106_000022
François Fillon en meeting à Orléans, mars 2017. SIPA. AP22024106_000022

Depuis le déclenchement de l’affaire Fillon, le caractère monté de toutes pièces de l’opération saute aux yeux tous les jours. Dans le but de favoriser la candidature Hollandienne d’Emmanuel Macron, une manipulation montée de longue main a déclenché ce qu’il est désormais commun d’appeler un véritable coup d’État. L’objectif étant bien évidemment de priver la droite républicaine d’un candidat crédible. Que François Fillon ait donné des verges pour se faire battre est une évidence. Mais j’ai dit en son temps ce qu’il fallait en penser tant sur la nature politique de l’opération que sur la vulnérabilité de la cible. Et la dimension judiciaire qui saute désormais aux yeux, n’en est qu’une facette dont il est déplorable que certains acceptent d’en être les instruments.

Détruire le candidat de la droite

François Hollande qui aura tenu à avilir la fonction de président de la République française vient de montrer qu’il le ferait jusqu’aux dernier jours. À l’occasion d’une conférence de presse, il a osé déclarer à propos des critiques qui fusaient de toutes parts contre le comportement du parquet financier et du juge d’instruction : « En tant que garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire, je tiens à m’élever solennellement contre toute mise en cause des magistrats dans les enquêtes et les instructions qu’ils mènent dans le respect de l’État de droit. » Est-il nécessaire de lui rappeler ce qu’il a dit dans un livre: « Cette institution, qui est une institution de lâcheté… Parce que c’est quand même ça, tous ces procureurs, tous ces hauts magistrats, on se planque, on joue les vertueux… On n’aime pas le politique ». Est-il nécessaire également de rappeler la façon dont il a bravé la justice, foulé aux pieds une instruction, deux décisions de cour d’assises et deux décisions de juridictions d’application des peines en accordant une grâce scandaleuse à une personne condamnée pour meurtre. On notera d’ailleurs à cette occasion que les braillards à qui il a voulu donner satisfaction, vilipendent sans crainte de la contradiction, ceux qui critiquent le comportement de la justice dans l’affaire Fillon.

Oui, la façon dont s’est déroulée la procédure, tant dans sa célérité tout à fait inhabituelle que dans la nature des mesures prises, témoigne de la volonté de détruire la candidature de la droite à l’élection présidentielle. Depuis le premier jour de cette affaire, j’ai toujours annoncé avec au moins une semaine d’avance ce qui allait se produire sur le plan judiciaire. J’ai pu le faire, non pas pour avoir pris l’option arts divinatoires pendant mes études de droit, mais parce que je connais le fonctionnement de la boutique.

C’est pourquoi ce que nous avons entendu la semaine dernière émanant du monde de la justice est préoccupant.

Il y a tout d’abord le communiqué commun (!) du premier président de la Cour de cassation et de l’avocat général auprès de celle-ci. Certes ils l’ont fait au titre de coprésidents du Conseil supérieur de la magistrature, mais mélanger à cette occasion parquet et magistrature du siège n’était peut-être pas une excellente idée. Au-delà de ce qui est quand même question de fond, on y trouve deux jolies choses. À propos du travail de la justice : « Les uns prétendent qu’elle est instrumentalisée par l’Exécutif. Celui-ci réplique qu’il soutient la liberté d’action des magistrats. En réalité, la justice n’encourt pas plus les reproches outranciers qui lui sont faits qu’elle n’a besoin de soutiens d’où qu’ils viennent. » Prends ça dans les dents Pépère ! Tu te croyais président de la République et par conséquent garant du fonctionnement des institutions, eh bien retourne dans ta niche. Et puis: «Les magistrats suivent leur rythme en toute indépendance sous le seul contrôle des juridictions supérieures. » Répétons pour la énième fois que l’indépendance n’est pas un objectif mais seulement le moyen de l’impartialité. Or c’est justement de ce rythme tout à fait inhabituel que se déduit l’absence criante d’impartialité. L’indépendance n’est pas là pour permettre d’être partial, voyons !

«Ni la Constitution ni aucune loi ne prévoit – heureusement – ce que d’aucuns nomment une « trêve judiciaire ». »

Il y a eu ensuite la tribune signée par la présidente de l’Union syndicale des Magistrats. La violence et l’arrogance du ton, les imprécations lancées à l’égard de la représentation nationale, le choix des mots témoignent non seulement d’une certaine perte de sang-froid, mais également d’une conception inquiétante de la place de la justice dans la cité. On laissera chacun prendre connaissance de ce brûlot, en soulignant que l’on est peut-être encore plus loin que le fameux « mur des cons ». Pour ceux qui auraient la flemme, je précise qu’il n’y a aucune mention du rythme des magistrats qui ont été saisis de la plainte de François Fillon pour violation du secret de l’enquête : la transmission d’urgence aux journalistes du Monde des premiers PV, accomplie sur la base d’une très grave illégalité. Les mauvaises langues prétendent que seuls les magistrats du parquet national financier (PNF) ou les policiers chargés de l’enquête le pouvaient. Là, ce sera un rythme lent, très lent, genre slow langoureux. Et d’ailleurs, probablement pas de rythme du tout, comme d’habitude.

Relevons cependant deux phrases, expression d’un sentiment de toute-puissance qui montre où peuvent mener certaines dérives.

« En réalité, les prétendus arguments procéduraux des uns ou des autres, souvent infondés, ne visent qu’à troubler l’électorat, à des fins purement politiciennes. » Là on est carrément dans l’insulte des professeurs de droit, des avocats, et des praticiens spécialistes, qui se sont exprimés sur les lourds motifs d’illégalité qui semblent peser sur les procédures intentées en particulier par celles du parquet financier. Ensuite on peut s’inquiéter du caractère péremptoire de cette affirmation de la part d’une magistrate. Donc la messe serait dite, les décisions de la chambre d’instruction et de la Cour de cassation seraient-elles déjà prises ?

Et puis il y a ce sommet : «ni la Constitution ni aucune loi ne prévoit – heureusement – ce que d’aucuns nomment une « trêve judiciaire ». »

Pardon ? Lorsque l’on parle de la loi, en termes généraux, on fait référence à l’ordre juridique global dans lequel se déploie le fonctionnement de la République française. Et non pas à la loi votée par le Parlement par opposition aux décrets du gouvernement. C’est ce que l’on appelle là aussi d’un terme général le « Droit français ». Dont les sources, comme on l’apprend en première année de droit sont la loi, la jurisprudence, la doctrine, et la coutume. L’ordre juridique est l’articulation de tous ces éléments, parmi lesquels il existe des règles qui pourraient s’avérer littéralement incompatibles et que l’on s’efforce justement d’harmoniser. Et cette responsabilité incombe au juge. Or il est un principe fondamental, ce que les publicistes appellent un « principe général du droit », qui est celui de la sincérité du scrutin démocratique. Celle-ci est vérifiée par le juge administratif après chaque élection si nécessaire. Si des événements, des manœuvres, des initiatives ont pu altérer la sincérité du scrutin et modifier son résultat, la conséquence en est l’annulation par le juge. Force est de constater que d’ores et déjà l’élection présidentielle 2017 est faussée. Au premier tour la qualification pour le second derrière Marine Le Pen se jouera dans un mouchoir. Tout ce qui s’est passé depuis un mois, cette intervention de l’État en faveur d’un candidat, la conduite des procédures judiciaires, le comportement des médias de service public, seront autant de motifs d’annulation. Si le Conseil constitutionnel passait outre, le candidat élu alors au deuxième tour perdrait toute légitimité. Car celle-ci dépend fondamentalement du caractère régulier du scrutin.

Aucune des procédures ne présente la moindre urgence

Pour permettre un débat politique serein et l’expression régulière du suffrage universel,  surtout pour le scrutin le plus important de la Ve République, il appartient au juge d’adopter une mesure et un tempo prudent même en l’absence de texte express. Et surtout pour des procédures dont aucune ne présente la moindre urgence. Oui, l’exigence de régularité du scrutin est bien au-dessus de cette volonté compulsive d’intervenir sans contrôle dans un processus fondamental. Parce que rappeler que les magistrats n’agissent que sous le contrôle des juridictions supérieures, lorsque l’on sait que celles-ci n’interviendront que dans quelques années, une fois que le mal sera fait est d’une parfaite hypocrisie. Demandons à Éric Woerth ou à Gérard Longuet ce qu’ils en pensent. Et que l’on n’avance pas l’argument trivial : « il faut faire confiance à la justice », celui-ci n’a aucun sens. Tout le dispositif judiciaire repose sur la défiance vis-à-vis de l’homme juge. On ne lui fait aucune confiance, et c’est pour cela que l’on enferme sa décision dans des règles de procédure stricte pour assurer la loyauté du débat, qu’existent les avocats et leur secret professionnel, la collégialité, le double degré de juridiction, la Cour de cassation. Tout ce formalisme qui nous renvoie à la fameuse formule de Von Jhering : « adversaire acharnée de l’arbitraire la forme est la sœur jumelle de la liberté ». C’est l’honneur de ces magistrats français très majoritaires de s’astreindre à cette rigueur dans l’application de ces règles, sachant qu’elle construit le socle de la légitimité de leurs décisions qui sinon ne seraient que de guerre civile.

Je ne sais pas si François Fillon sera condamné définitif en 2023, mais même si je ne voterai pas pour lui à l’élection présidentielle prochaine, je souhaiterais que certains magistrats évitent de faire le tri entre les candidats. C’est à l’électeur que je suis qu’appartient cette compétence.

Féminisme: vivement le 9 mars!

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Manifestation féministe à Lyon, janvier 2017. SIPA. 00789773_000003
Manifestation féministe à Lyon, janvier 2017. SIPA. 00789773_000003

Cela n’a pas dû vous échapper: nous sommes le 8 mars. Pourquoi cette journée est-elle différente des autres jours ? Parce qu’hier nous étions esclaves et qu’aujourd’hui nous sommes des femmes libres – ce qui mériterait bien quelques festivités et libations ? Que nenni. Tous les autres jours, les femmes pensent, parlent, travaillent, aiment, rient, produisent, quittent, souffrent, s’énervent, énervent, pleurent, en un mot vivent. Mais ce jour-là, elles doivent exclusivement se plaindre et être plaintes. Et n’essayez pas d’en profiter  messieurs (ou mesdames, d’ailleurs), l’ambiance n’est pas à la drague, même légère. Airs graves, statistiques effrayantes et récits apocalyptiques sont de rigueur. « Toutes victimes ! », c’est la devise de cette belle journée. D’ailleurs, je me suis faite avoiner par la secrétaire d’Etat Pascale Boistard pour avoir osé prôner un féminisme joyeux. Joyeux, vous vous rendez compte.

 

Moi j’appelle ça la sainte-chipie, de façon un peu conjuratoire. Parce que, je vous jure, chaque année c’est un calvaire. D’accord, je suis souvent invitée à la télé où je suis gracieusement pomponnée et coiffée par des gens adorables. Cette année, c’était chez Pascal Praud, sur CNews, où j’aime bien aller. Bonne ambiance, rien à dire, même la fille d’Osez le féminisme était aimable (Caroline de Haas, c’était pas vraiment ma copine). En plus, il y avait ma chère Eugénie Bastié, qui se bat comme une lionne. L’ennui, c’est que tout le monde a la même idée super-transgressive : le 8 mars, on fait un plateau de femmes, c’est bon ça chef ! Toute la journée, vous avez donc entendu ou vu des femmes (et le premier qui parle de volière devra en subir les conséquences). Les seuls hommes tolérés sont priés de faire leur autocritique pour toutes leurs mauvaises actions, paroles ou pensées passées, présentes ou futures. Alors, il paraît qu’on vit sous le joug de la domination masculine, mais des femmes qui parlent de problèmes de femmes entre femmes, ça peut évoquer ce que d’aucuns appellent la toute-puissance féminine. Enfin, ça doit être un fantasme de juif viennois. Il ne saurait y avoir de pouvoir des femmes, puisqu’elles sont dominées. En plus, avec tous ces techniciens Orange qui rôdent et risquent d’utiliser votre zéro-six pour vous faire un compliment on n’est plus en sécurité.

De toute façon, quand je suis arrivée sur le plateau, j’étais déjà bien déprimée. En faisant ma gym – avec le sentiment coupable d’être aliéné aux stéréotypes masculins –, j’ai écouté comme chaque jour ou presque la matinale de Guillaume Erner sur France Culture. Deux minutes après 7 heures, premier chiffre accablant : 26 % de différence salariale, pauvre exploitée, à partir de 15h40 t’es pas payée. Bien sûr, c’est une entourloupe, qui repose sur une moyenne –, et qui, comme l’a rappelé Eugénie, tient au fait, pour l’instant dirimant (quoi que veuillent certaines-et-certains  comme on dit dans le jargon bêtement féminisé de notre époque), que les femmes portent les enfants. D’ailleurs, plus tard j’ai appris que selon l’INSEE, pour les jeunes diplômés, cette différence n’existe quasiment plus, ce qui signifie que les écarts actuels sont un héritage d’époques où l’égalité n’était ni la norme, ni la loi. C’est moche d’annoncer une bonne nouvelle pour les femmes le 8 Mars.

À 7h15, toujours sur Culture, on m’avait promis un bilan à charge et à décharge du quinquennat de Hollande sous ce rapport. Je résume, avec un zeste d’ironie : Hollande comme tous les autres a fait de chouettes lois pour les femmes. Sauf qu’elles ne sont pas appliquées. Conclusion, il faut bien sûr plus de lois, ça ne fait jamais de mal, mais surtout plus de sanctions et plus de contrôles : des Inspecteurs du sexisme au travail, des Brigades des plumeaux dans les foyers pour mesurer le partage des charges domestiques. Sans oublier l’élaboration urgente d’un indice permettant de dénoncer les entreprises sexistes – et accessoirement de faire prospérer quelques entreprises créées par des femmes avisées pour décerner le précieux label. Dans la foulée, on parlera, bien sûr, des violences faites aux femmes – dont il ne s’agit pas de minimiser la gravité, mais peut-être pas non plus d’exagérer l’ampleur. Or, à entendre la litanie de chiffres égrenés tout au long de la journée, avoir échappé à toutes ces violences relève du miracle.

Ma journée n’avait pas commencé depuis une demi-heure que tout l’attirail idéologique et rhétorique du nouveau féminisme s’était déployé : victimisation générale pour les filles, soupçon universel pour les garçons. Et surtout, humour pour personne. Non seulement les héritières présumées de mai 68 adorent les interdits, les sanctions et les contrôles, mais elles détestent les blagues.

En sortant de chez moi, je me sentais maltraitée, mal payée, exploitée. Pour un peu j’serais remontée me coucher. Dans la voiture qui me conduisait à Boulogne, le chauffeur m’entendant parler au téléphone, apprend que c’est la fête des femmes. Il ne savait pas mais il allait, m’a-t-il dit, offrir des fleurs à la sienne. Malheureux ! Il n’avait pas écouté France Culture où une journaliste avait solennellement mis en garde : la « Journée internationale des droits des femmes » (c’est comme ça qu’on dit), ce n’est pas une fête pour offrir des fleurs ou des chocolats à ses copines ou à sa mère et faire marcher le commerce, c’est une journée de lutte. Aujourd’hui les filles, trêve de badineries, l’homme est un ennemi de classe. Pascal Praud a tout de même dû rappeler que les hommes n’étaient pas tous des violeurs en puissance.

Dans notre pays, il y a des femmes qui ne peuvent pas se promener où et quand bon leur semble

Coup de chance, j’avais rendez-vous avec Natacha (la Polonium en personne). On a parlé chiffons, politique et coiffure (et aussi de Orwell TV qu’elle lance bientôt), dit quelques vacheries, ça m’a bien remonté le moral. Et puis je me suis précipitée chez moi pour écrire tant que j’étais payée. Et là, avant de m’y coller, je m’suis accordé mon péché mignon : La Nouvelle Edition, sur CNews. C’est le royaume de la bien-pensance mais il y a plein de filles marrantes, comme la grande Daphné, meneuse de jeu qui réussit l’exploit de rester jolie dans les tenues les plus fantasques. Et puis, Emilie Bez, qui présente le JT de Canal à la mi-journée est, à mon avis, l’une des journalistes les plus compétentes et les plus distinguées du PAF (je n’ose pas dire charmante ou jolie elle trouverait ça sexiste). Elle déteste les blagues graveleuses et les anorexiques exhibées pour vendre des bagnoles, elle est même parfois un brin collet monté, mais ce quant-à-soi tranche délicieusement dans l’atmosphère furieusement cool de Canal. Et voilà qu’elle m’assène le dernier chiffre catastrophe : 87% des femmes auraient déjà subi une agression sexuelle dans les transports en commun. Rokhaya Diallo parle de « sollicitations non désirées » pour désigner ce que le commun des mortels appelle la drague. Peut-être faut-il pour parvenir à ce chiffre de 87 % considérer comme une agression tout regard non désiré.

Inutile de vous énerver, je sais parfaitement que les violences faites aux femmes existent et il me semble même qu’il y a des lois pour les interdire, une police pour les empêcher et une justice pour les sanctionner. De même, ce que le féminisme plaintif oublie dans sa lutte contre une domination masculine dont il ne reste plus, dans nos sociétés, que des lambeaux, c’est que l’égalité entre les sexes est aujourd’hui la norme sociale, politique et même économique (qui renoncerait aujourd’hui à la contribution des femmes ?). Qu’elle ne soit pas pleinement réalisée (comme toute chose en ce bas monde) est indéniable. Cela ne justifie certainement pas de décrire la vie des femmes en France sous le seul signe de l’oppression. Le mâle blanc de plus de cinquante ans, harceleur et amateur de grosses blagues lourdes, que les néo-féministes adorent détester, existe encore mais il n’est pas très en forme. D’ailleurs, la preuve que le féminisme a réussi est qu’il est devenu un vecteur de marketing. Ainsi, pour la sainte-gonzesse, Axa nous a offert une publicité rappelant que, si en grammaire le masculin l’emporte sur le féminin, dans la vie c’est pas vrai… Et que dire de cet hilarant supplément du Monde intitulé « Féminisme la nouvelle vogue » et destiné, avec force photos, à nous vendre de la fripe de luxe ?

Hilarant, sauf que, sous couvert de combat pour l’égalité, c’est la différence des sexes qui est menacée. Les nouvelles dames patronnesses qui aiment fourrer leur nez dans nos chambres à coucher, voudraient soumettre le désir aux bienséances démocratiques, oubliant que celui des hommes et celui des femmes ne paraît pas obéir aux mêmes lois (ni à aucune loi d’ailleurs, même s’il doit s’incliner devant elles). Oubliant aussi que dans le monde occidental, les hommes portent désormais une muselière intérieure qui leur permet de ne pas prendre leur désir pour un consentement. Elles rêvent d’un monde où, enfin affranchis des lois d’airain de la biologie, on pourra se reproduire sans avoir à rencontrer – donc à affronter – l’autre sexe. Ça fait rêver.

Surtout, cette obsession de l‘égalité a fini par rendre le féminisme d’aujourd’hui presque indifférent à un bien, peut-être plus précieux encore, qui est la liberté des femmes. Des hommes gagnent plus que des femmes, d’accord (le contraire est aussi vrai du reste). Mais la plupart des femmes se voient offrir les mêmes chances de réussite, d’épanouissement et de réalisation que les hommes. Or, non seulement nos féministes font mine de ne pas voir les progrès réalisés, mais elles refusent aussi de voir que, dans certains territoires engagés dans un processus de séparatisme culturel sous l’influence d’un islam radical, ces progrès n’ont pas cours. Dans notre pays, il y a des femmes qui ne peuvent pas se promener où et quand bon leur semble, s’habiller comme elles veulent et fréquenter qui elles veulent. Et tant que les féministes préféreront faire la police du langage et de la pensée que de mener ce combat, je les combattrai. En attendant, je pars à RTL. Je crois qu’il n’y aura que des femmes autour de Fogiel, mais on ne parlera pas de femmes. Vous voyez, on progresse.

Malika Sorel-Sutter: « Macron est le digne héritier de Terra Nova »

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Malika Sorel-Sutter, 2012. SIPA. 00631901_000044

J’étais en train de lire Décomposition française, le beau livre de Malika Sorel paru le 12 novembre 2015 — la veille des attentats du Bataclan —, qui vient opportunément de paraître en Poche, quand Emmanuel Macron a fait en Algérie les déclarations que nous savons sur la colonisation (« crime contre l’humanité », etc.) et a, quelques jours plus tard, aggravé son cas en reprenant, en meeting à Toulon, la déclaration quelque peu ambiguë de De Gaulle aux Pieds-Noirs en 1958, le célèbre « Je vous ai compris ». Je dis « ambiguë » parce que sur le coup, la foule massée à Alger n’a pas bien compris ce que MonGénéral (comme l’écrivait à l’époque le Canard enchaîné) était en train de lui faire — collectivement. Mais ils ont pigé assez vite.

J’ai donc eu l’idée de demander son avis à Malika Sorel, ancien membre de ce Haut Conseil à l’intégration dissous sur décision du gouvernement Ayrault (on sait que le PS ne joue pas l’intégration, mais la dispersion façon puzzle de l’identité française en communautés susceptibles de voter pour lui).

Je reviendrai sur Décomposition française (beau titre !) en évoquant le livre qui vient de sortir d’Amine El Khatmi (Non, je ne me tairai plus, chez Lattès). En attendant, merci à Malika Sorel d’avoir bien voulu répondre aux questions de Bonnet d’âne

JPB.  De passage à Alger, Emmanuel Macron fait les yeux doux à la télévision algérienne et décrète que le colonialisme est globalement « un crime contre l’humanité ». Que vous inspire cette déclaration péremptoire et unilatérale ?

Sa déclaration constitue une accusation lourde contre plusieurs générations de militaires français. Une accusation qui ravive par ailleurs des plaies encore douloureuses et qui dresse, de fait, les populations les unes contre les autres. Cela ne contribue pas à la pacification des esprits mais entretient la bataille des mémoires et la pente victimaire. L’effet peut être désastreux sur des enfants ou adolescents issus de l’immigration algérienne qui éprouveraient un malaise ou un inconfort sur le plan de leur identité personnelle. La comparaison de la démographie algérienne de 1962 à celle de 1830 met en lumière un fort développement qui invalide le jugement d’Emmanuel Macron. Ce qui est navrant, c’est aussi l’absence de sagesse. Pourquoi ouvrir un tel sujet alors que nous sommes en état d’urgence ? La France se trouve justement ciblée en raison même d’une haine tenace qui puise sa source dans tout ce qu’elle est ou a été.

Quel bénéfice électoral Macron espère-t-il d’une telle prise de position ?

Il convient de rappeler qu’il n’est pas le premier candidat à aller faire la danse du ventre à Alger dans l’espoir de séduire, en France, une portion de l’électorat issue de l’Algérie et plus largement des anciennes colonies. Les politiques parient sur le fait qu’une part conséquente de l’immigration ne s’est pas assimilée et continue de vibrer au diapason de sa terre d’origine. Et pour cause ! Ils ont eux-mêmes créé les conditions d’une quasi impossibilité d’intégration culturelle : flux migratoires si importants qu’ils ont aidé à la duplication des cultures d’origine sur la terre d’accueil ; évolution des programmes scolaires et des horaires alloués à la langue française dans le sens d’une dégradation constante de la transmission du patrimoine culturel fran…

Lisez la suite de l’entretien sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

 

 

Décomposition française

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Voltaire ou le jihad

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Le nucléaire? Has been!

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russie armee usa chine nucleaire
Bombardier russe en mission vers la Syrie. Numéro de reportage : AP21977759_000008.
russie armee usa chine nucleaire
Bombardier russe en mission vers la Syrie. Numéro de reportage : AP21977759_000008.

Bon nombre d’œuvres artistiques et littéraires ont agité le spectre de la menace nucléaire, qu’il s’agisse d’œuvres historiques sur la guerre froide ou de récits de science fiction, si bien que l’imaginaire collectif s’attend toujours à voir les champignons atomiques pousser sur la planète lors d’une hypothétique troisième Guerre mondiale entre Russes et Américains.

Moscou aguerri par la guerre en Syrie

Et s’il en était tout autrement ? Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgu a ainsi déclaré le 12 janvier dernier que la Russie pourrait utiliser ses armes de haute précision pour remplacer partiellement les armes nucléaires comme un moyen de dissuasion d’ici à 2021. « Formidable, c’est une avancée vers la paix mondiale ! », réagiront certains. A tort. Car avec ces nouvelles armes, la Russie ne vise pas le désarmement général. Moscou veut prouver qu’elle existe encore face aux Etats-Unis, à la Chine et à l’Inde.

Ces dernières années, les Russes n’ont pas vraiment innové sur les questions militaires. Durant sa campagne en Syrie, l’armée russe a rappelé au monde militaire qu’une campagne de guerre se gagnait à la fois par un soutien aérien massif et indiscriminatoire (quitte à causer des dommages collatéraux…), des renseignements humains recueillis sur le terrain, et l’adhésion d’au moins une partie de la population locale. Bref, tout le contraire des frappes américaines par drones.

A l’instar des Etats-Unis pendant les guerres du Golfe successives (1991, 2003), la Russie a réussi une telle démonstration de force en Syrie que son industrie d’armement a reçu plusieurs commandes fermes de la part d’Etats, notamment dans le domaine de l’aviation militaire.

Dans un secteur en perpétuelle innovation, pour rester dans le jeu diplomatique, la Russie ne peut se satisfaire de sa seule stratégie nucléaire. Non seulement le nucléaire devient sujet à obsolescence, les moyens de contrer ces armes étant de plus en plus perfectionnés, mais la recherche balistique avance à grands pas. Andrei Akulov, expert du Strategic Culture fondation, a dévoilé des projets de missiles hypersoniques ultramaniables comme le Yu-74 qui pourraient contrer le fameux dôme de protection antibalistique de l’OTAN en atteignant une cible à 10 000 kilomètres en seulement une heure.

Radiation générale

Comme l’a écrit Andreï Sakharov, père de la bombe H soviétique, puis dissident devenu prix Nobel de la paix, l’emploi du nucléaire n’est pas sans conséquences sur les Etats neutres restés officiellement à l’abri du conflit : « Ce qui distingue les conséquences biologiques lointaines des explosions nucléaires, surtout lorsqu’elles ont lieu dans l’atmosphère, les retombées radioactives se diffusant sur toute la Terre ou plutôt sur tout l’hémisphère, c’est qu’on peut les calculer, on peut déterminer avec plus ou moins de précision le nombre total des victimes, mais on ne peut pratiquement pas indiquer qui sont ces victimes, car elles sont perdues dans la marée humaine […] à terme, l’ensemble de l’humanité est soumise aux radiations ».
De leurs côtés, les Américains préparent une solution de rechange pour contrer les nouvelles armes russes. Le Pentagone a annoncé qu’il avait essayé un nouveau système d’armes laser, qui pourrait renforcer les forces terrestres et aériennes du pays d’ici à 2025. Les spécialistes militaires américains ont ainsi essayé dans les pays du Golfe le système mobile d’arme laser à haute énergie (High Energy Laser mobile Truck Test, HELMTT) afin de mieux contrer les potentielles menaces de l’ours russe.

Pendant ce temps, les Indiens se préparent à un éventuel affrontement sino-pakistanais au Cachemire et les Chinois multiplient les démonstrations de force en mer de Chine pour récupérer les zones perdues par la révolution maoïste.

Inde et Chine planchent déjà sur des armes d’origines spatiales pour contrer les deux puissances russo-américaines dans de possibles cyber-attaques et autres rayons lasers dignes de Star Wars.

Ainsi, au monde bipolaire de jadis succédera un système quadripolaire (Etats-Unis, Russie, Chine, Inde), conflit latent entre quatre mammouths militaires avec un équilibre de la terreur fondé sur les hautes technologies. Si vis pacem para bellum

Misère du féminisme de souche

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Manifestation féministe à Lyon, janvier 2017. SIPA. 00789773_000011
Manifestation féministe à Lyon, janvier 2017. SIPA. 00789773_000011

Dans sa forme actuelle, le féminisme officiel est, à grandes lignes, un ressassement désuet de tout ce qui a déjà été dit il y a quarante ans. Il dispose d’une presse amicale et nourrit la doxa ambiante de revendications attendues. Porté par des associations ayant pignon sur rue, ce féminisme autorisé emprunte les mêmes postures qu’à la grande époque, prend les mêmes intonations, mais sans plus le moindre allant. Il est routinier et n’enregistre plus aucun résultat depuis de très nombreuses années.

Un féminisme consanguin

L’homogénéité sociologique du milieu associatif dans lequel ses militantes évoluent, et qui détermine et organise ce qu’elles croient être les priorités du combat féministe contemporain, n’est jamais interrogée. Nous avons affaire à une très grande majorité de femmes blanches, cheveux courts, plutôt non maquillées, mangeant bio, dont le compagnon fait la vaisselle un jour sur deux. Elles sont bien éduquées, toujours bien intentionnées et, pour l’essentiel, bien insérées professionnellement. Une toute petite catégorie de femmes, dans les faits, est en charge du féminisme français depuis plus de vingt ans.

Ainsi, peu ou prou, leur mât de cocagne se résume à une bataille pour la suppression de la mention « Mademoiselle » des formulaires administratifs, le droit d’habiller sa petite fille en bleu et la parité dans les conseils d’administration des entreprises du CAC 40. Voilà. C’est à peu près tout. On parle souvent d’égalité salariale mais on ne fait qu’en parler. Pas le début d’une idée pour l’imposer. Cette revendication a d’ailleurs pris l’allure inoffensive d’une litanie. Une certaine mollesse, bien mystérieuse, qui joue la résignation sur cette question, devrait faire débat. La dénonciation du harcèlement de rue se fait enfin plutôt prudemment, sur un mode pudique. C’est qu’elle pourrait verser rapidement dans le politiquement incorrect, pour peu que l’on cerne explicitement le profil des harceleurs.

Ce féminisme, très préoccupé de questions symboliques, ignore, et depuis longtemps, le sort des femmes pauvres ou isolées. Ce n’est même pas une question pour lui. Il se préoccupe très peu du maillage des crèches hors des grandes villes, à la campagne par exemple, et se couvre les yeux quand on lui parle des milliers de femmes voilées. Il est pétri de relativisme culturel, obsédé par le signe, les dominations invisibles, la théorie du genre et les parités institutionnelles. C’est un féminisme de croisière, de classes moyennes bien-pensantes. Un féminisme qui voudrait certes bien faire, mais qui ne voit midi qu’à sa porte, la porte d’un immeuble du centre-ville. C’est un féminisme intramuros. Abstrait, théorisant, se voulant l’héritier du féminisme d’antan, il est usé à force d’être trop bien rodé. À bien des égards, pour un peu tout le monde, il en est même devenu folklorique.

Un féminisme intramuros

Ignoré de ce féminisme, à la périphérie de la société tout entière, un autre féminisme, presque clandestin médiatiquement, et passablement désorganisé, existe tant bien que mal depuis plusieurs années, et affronte des problèmes bien plus rudes. Il est porté par des femmes qui vivent loin, dans des tours et qui sont d’origine quelque chose. Ce féminisme-là, ce féminisme de banlieue, est tout bonnement ignoré par le féminisme de souche. Il ne s’agit pas seulement d’une indifférence polie mais d’un abandon en rase campagne.

Presque systématiquement, le féminisme de souche prend officiellement le contre-pied des revendications du féminisme de banlieue. Ainsi quand les féministes de banlieue supplient pour que la laïcité soit davantage respectée et imposée dans les quartiers, le féminisme de souche croit de son devoir de défendre dans sa presse et sur ses ondes la liberté des femmes de se voiler. Quand les féministes de banlieue remettent en cause l’éducation des fils d’immigrés et le mépris de la femme qui leur est inculqué dans les familles, les féministes de souche balaient cette question et le problème du harcèlement de rue reste à leurs yeux un vice de la population masculine dans son ensemble. Tout viendrait du trop grand nombre de figurines de Batman offertes à Noël aux petits Paul, Vincent et Sébastien. Seules face au rouleau compresseur intégriste, les féministes de banlieue sont sacrifiées sur l’autel d’une hypocrisie froussarde.

Un féminisme du dimanche

La notion de courage politique est au cœur de cette dissonance. Le féminisme de souche a de petits bras. Aucun courage n’est en effet nécessaire pour aller manifester sous les fenêtres du siège social de Saint-Gobain ou pour lancer des pétitions internet sur la féminisation des mots. Disposant de temps libre, le féminisme de souche frissonne à peu de frais, en s’affublant de barbes postiches pour débouler dans les couloirs du Théâtre de l’Odéon. Régulièrement, il se fend d’un manifeste signé par moultes actrices et personnalités, publié bien sûr dans Libération, qui retrace dans le ciel des idées, au même endroit exactement, le cercle de la vertu. Drôle de guerre, distrayante, menée par des militantes du dimanche.

Passé le périphérique, le courage extrême en revanche est de mise. Le courage de celles qui se coltinent les barbus, les vrais, face à face, ou dénoncent, sur place, la mise sous coupe réglée de quartiers entiers par le salafisme. Quartiers dans lesquels les femmes ne peuvent plus s’asseoir dans les cafés ou porter une jupe. Quartiers dans lesquels les filles sont convaincues explicitement par leur entourage de l’infériorité de leur statut métaphysique, avec force arguments religieux, et mandales dans la gueule quand ça ne suffit pas. La véritable offensive d’une phallocratie conquérante a lieu sur ce front aujourd’hui. Mais – pour dire les choses comme elles sont – il existe pour nos féministes de souche deux mondes de femmes, distincts, deux populations de femmes en France, qui ne peuvent – on se demande pourquoi – prétendre aux mêmes libertés.

La jonction ne s’est jamais faite entre les filles et les petites-filles des premières féministes françaises et les militantes féministes de banlieues, fraîchement révoltées et issues de l’immigration. Les premières ne fréquentent pas les secondes. Elle ne les connaissent pas, les ignorent, et tiennent absolument à continuer de les ignorer. Plus que tout, elle méprisent leur réalité. Les unes s’attaquent aux symboles de l’oppression patriarcale de l’homme blanc, encore et toujours. Les autres subissent l’oppression patriarcale en acte des Frères musulmans… mais c’est leur affaire après tout ! Les unes engueulent leur Jules parce qu’il laisse traîner ses chaussettes dans l’appartement. Les autres sont mariées de force au bled à seize ans. Rien à voir.

L’exception Femen

Hormis le mouvement Femen, qui est le seul à faire preuve de bravoure, avec le désordre et la violence de toute bravoure, mais qui sauve, techniquement, depuis plusieurs années, l’honneur du féminisme français, l’immense majorité des associations féministes en France ne pratique qu’un simulacre de combat féministe, à destination d’une société du spectacle et de la bonne conscience qui se nourrit seulement de leur rhétorique. C’est un théâtre, une scène où l’on vient chercher un brevet de femme libérée pour pas cher, un dada culturel d’occidentale conscientisée, souvent à l’abri de tout, et en tout cas du pire. C’est une mascarade à l’usage d’une société blanche nostalgique de l’effervescence des années 70.

Un féminisme de classe

L’abandon à leur sort, par les féministes de souche, des féministes issues de l’immigration, n’est pas uniquement la conséquence d’un éloignement géographique, sociologique ou culturel. Il est une des variantes d’une lutte des classes classique, livrée ici au sein de la population des femmes françaises. Une lutte que se mènent les femmes entre elles.

Que l’immense majorité des militantes féministes de souche renvoie depuis des décennies maintenant les féministes de banlieue à leur isolement constitue à lui seul un cas d’école dans l’histoire du combat que tous les privilégiés mène contre tous les déshérités. Une relégation est ici à l’oeuvre. Comme l’ouvrière il y a quarante ans, le sort de la pauvresse de banlieue fait plus qu’indifférer la féministe déjà émancipée, la féministe embourgeoisée. Il la conforte secrètement dans le miroir qu’elle se tend à elle-même de femme libérée.

Au début du siècle, les femmes de banquiers conduisaient de grosses cylindrées, à tambour battant, sur les routes ensoleillées de la Riviera. Ceci cinquante ans avant que les autres femmes aient simplement l’opportunité de passer le permis. Au plaisir de sentir le vent tiède de la côte d’Azur les décoiffer et faire s’envoler leur carré Hermès devait s’ajouter une satisfaction mesquine : celle d’avoir été plus maline que leurs semblables, d’avoir su tirer leur épingle du jeu. La féministe de souche n’épouse pas les luttes de la féministe de banlieue parce qu’elle méprise, au fond, toutes ces oies encore soumises, toutes ces idiotes qui n’ont pas l’énergie de se libérer ou le bon goût de l’être déjà. Chez la féministe de souche, l’orgueil est dédaigneux. C’est qu’elle s’imagine avoir plus de mérite que l’habitante infortunée des cités.

Un féminisme post-colonial

Mais le féminisme de souche, blanc et sclérosé, soutenu par une large classe moyenne bien-pensante, n’est pas seulement un corpus idéologique embourgeoisé. C’est aussi le prolongement d’une arrogance coloniale, pourtant si souvent dénoncée dans ses rangs. L’égalité homme-femme pour la blanche de souche, mais la soumission, tolérable, compréhensible, si exotique, si pittoresque, pour l’indigène récemment débarquée des colonies.

Une indigène avec laquelle aucune communauté de destin n’est envisagée, aucune solidarité théorique ou actée, ni hier, ni maintenant, ni jamais. Là encore, l’entre-soi impose sa loi, un entre-soi ethnique grimé en multiculturalisme tolérant. Chacune chez soi et les vaches seront bien gardées. Le relent colonial, ce fameux relent qui emplit la bouche de tant de gens irréprochables, il me saute aux yeux chez celles qui encouragent l’assignation des femmes de banlieue à leurs moeurs d’origine, comme on parle de langues et cultures d’origine. Beaucoup de celles qui justifient des rapports de domination dont elles n’ont pas à souffrir, mais qui pèsent sans ménagement sur des femmes sans défense, portent un faux nez, le faux nez de la tolérance.

Le féminisme de souche est multiculturaliste parce qu’il est, en profondeur, ségrégationniste. Il faudrait que les féministes de souches reconnaissent les femmes de banlieue comme leur égales, leurs soeurs, leurs amies à la rigueur, pour qu’elles envisagent de les défendre. Or ce n’est pas le cas. Les représentations post-coloniales sapent chez la féministe de souche le moindre élan, même timide, de solidarité avec la fatma en tchador et l’africaine à doudous. L’indigène est un bon sauvage, et sa femelle est à coup sûr heureuse de le servir docilement. Ne nous en mêlons pas. Ces femmes à l’évidence ne sont pas comme nous. Elles appartiennent à une autre race de femmes. Laissons-les régler leurs affaires entre eux.

Un féminisme indigne de son combat

Si l’on considère que l’égalité homme-femme n’est pas un principe universel, mais une spécificité, une création propre aux sociétés occidentales, au même titre que le hula hoop ou le camembert au lait cru, alors il est logique que les acquis des luttes féministes soient réservés aux femmes occidentales. Voici le raisonnement actuel du féminisme de souche. Il a renoncé, sans le dire à personne, à la portée universelle de l’impératif d’égalité homme-femme.

Si en revanche l’égalité hommes-femmes est un principe universel, alors ce principe est supérieur, par définition, à l’argument des coutumes ou des traditions, ainsi qu’à celui des religions. Tout relativisme culturel est impossible en regard d’un principe universel. Entre féminisme et multiculturalisme, il faut choisir.

Je crois pour ma part que l’égalité hommes-femmes est un principe universel, qu’il s’agit de défendre à l’échelle de l’humanité tout entière. Ce n’est pas un simple luxe d’occidentales. Tant que le féminisme de souche réservera à la défense des droits des blanches sa vindicte, parce qu’il ne se définit lui-même comme légitime que dans sa sphère culturel d’origine, il restera indigne de son combat. Et il laissera sur le côté bien des Françaises qui auraient besoin de son appui. S’il se décide enfin à se (re)penser comme un principe universel, et vient au secours de toutes les femmes opprimées parce que femmes, il pourra sortir de l’éther pathétique dans lequel il barbotte depuis des décennies. Il pourra alors se faire à nouveau le fer de lance puissant de l’idéal d’égalité entre les sexes.

Les féministes de souche inquiètes des dysfonctionnements patents de leur lutte devraient décrocher leur téléphone et appeler les féministes de banlieue, afin de faire leur connaissance, tout bêtement. Il faut briser ce mur géographique, sociologique et culturel immense, haut, ancien, qui isole les femmes des quartiers de leurs concitoyennes des centre-villes. Il faut défragmenter la sociologie du militantisme féministe, organiser un front unique, commun, pour que la lutte produise à nouveau des résultats utiles, réels, tangibles. Le sort des femmes de notre pays dépend de cet effort. Seules les militantes actives des centre-villes peuvent agir ici, opérer une révolution, pour peu qu’elles remettent en cause la portée, le périmètre de leur lutte et qu’elles s’interrogent sur l’étendue de leur solidarité.

Enfin, si un grand travail de rescousse en direction de toutes les féministes de banlieue est à entreprendre, il faut tendre aussi la main aux féministes du Maghreb, d’Afrique noire, à toutes les féministes en somme, sans distinction d’origine, de race ou de religion. Seul un féminisme qui assume son universalité et organise la diversité de ses troupes pourra à nouveau agir efficacement.

Addendum

Je prie les militantes féministes spécialisées dans les inquisitions de ne pas perdre trop de temps à m’agonir. Qu’elles me fassent grâce des anathèmes automatiques qui leur viennent sans réfléchir dès que le titulaire d’un pénis se mêle de leurs affaires. Je veux leur dire ici que si j’ai effectivement un pénis, il ne m’empêche pas de penser, il ne fait pas de moi un être mal intentionné, un demeuré ou un dominant sournois. En fait il m’a permis d’avoir une fille, que j’aime et qui m’aime, et que j’aimerais voir grandir dans une société harmonieuse et égalitaire. Aucune autre raison ne m’a poussé à écrire ce texte.

Adieu mademoiselle

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Macron: un bilan plein de bonnes intentions…

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Emmanuel Macron, alors secrétaire général adjoint de l'Elysée, aux côtés de Manuel Valls, Premier ministre, Paris, 7 mai 2014.
Emmanuel Macron, alors secrétaire général adjoint de l'Elysée, aux côtés de Manuel Valls, Premier ministre, Paris, 7 mai 2014.

Pour comprendre la ligne politique d’Emmanuel Macron, on peut choisir de se contenter du programme, annoncé le 2 mars. Il n’est pas inutile de revenir sur sa pratique du pouvoir. Car l’homme qui se présente comme un OVNI a été secrétaire général adjoint de l’Élysée de 2012 à 2014, puis ministre de l’Économie pendant deux ans, d’août 2014 à août 2016. Son principal fait d’armes est l’adoption de la « loi Macron »[1. Loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques, promulguée le 7 août 2015.], un vaste fourre-tout de 308 articles, liés par l’intention affichée de faire sauter des verrous, afin de relancer l’économie. Le texte porte son nom, mais porte t-il sa marque ? D’une certaine façon, oui : il est, pour l’essentiel, l’assemblage de propositions qui dormaient depuis longtemps dans des tiroirs, dont beaucoup figuraient notamment dans les préconisations de la commission Attali de 2008. Commission dont le rapporteur général était un jeune énarque nommé… Emmanuel Macron. Passage en revue.

Autocars Macron

Ils pourraient s’appeler les cars Lasserre, du nom de Bruno Lasserre, président de l’Autorité de la concurrence, voire les cars Umberto Berkani, rapporteur général adjoint de celle-ci, en charge du dossier sur la libéralisation du transport par autocar. En 2009, l’Autorité s’autosaisit du dossier de la concurrence dans le ferroviaire. Elle conclut rapidement à une hégémonie irrémédiable de la SNCF sur le rail. Reste la route. En février 2014, elle rend un avis qui trace le schéma de la libéralisation. C’est la source d’inspiration de la loi Macron. Tout est détaillé, jusqu’à la nécessité de réorganiser les gares routières pour accueillir les nouveaux venus. « On sait très bien que la SNCF, laissée à elle-même, va reléguer ses concurrents le plus loin possible des trains, au fin fond des zones industrielles », commente à l’époque un auditeur de la Cour des comptes. « Aberrant », dénonce immédiatement Jacques Auxiette, président de la région Pays de la Loire. La concurrence des autocars va creuser les déficits déjà colossaux des trains express régionaux ! Les recettes des TER couvrent 27 % des frais de fonctionnement, chaque abonné coûte en moyenne 7 800 € par an aux régions ! L’Autorité de la concurrence le sait très bien, mais quel gouvernement aura le courage de remettre à plat la gestion de la SNCF ? En accord avec la Cour des comptes, que le gaspillage des TER exaspère également, l’Autorité charge en fait l’autocar du sale boulot : tuer les trains trop déficitaires. Bilan, cinq millions de passagers en 2016 pour les cars Macron et un rail de plus en plus déficitaire. Selon la SNCF, les coûts des TER pour les régions vont augmenter de 23 % d’ici 2020…

A lire aussi >> La France n’est pas un open space

Par Alain Finkielkraut

Réforme des prud’hommes

La procédure a été entièrement remaniée afin de raccourcir les délais de jugement, devenus une honte pour la République (quinze mois en première instance !). L’État français avait été condamné par le tribunal de grande instance de Paris, le 18 janvier 2012, à indemniser 16 plaignants, qui avaient patienté des années aux prud’hommes. Rédigée à la suite de cette condamnation, la réforme visant à[access capability= »lire_inedits »] accélérer les procédures était prête. Un rapport avait été remis à la chancellerie en juillet 2014. Le Conseil d’État avait examiné le projet de loi à l’automne 2014. Il a dormi un an dans les tiroirs. La CGT soutenait, non sans arguments, que les prud’hommes manquent cruellement de moyens et qu’une nouvelle procédure n’y changera pas grand-chose. La loi Macron leur alloue une rallonge de quelques millions d’euros, bien faible au regard des enjeux. Le 18 janvier 2017, le procureur de Lille, Philippe Peyroux, a encore dénoncé la misère des prud’hommes, lors de son audience de rentrée. La CGT, solidaire, tractait sur le même thème à l’entrée du bâtiment…

Révolution, un ouvrage collectif signé Emmanuel Macron

À la sortie de Révolution, le 24 novembre 2016, Le Parisien a parlé d’un « livre très personnel ». En réalité, à part le premier chapitre, où Emmanuel Macron évoque son enfance, son épouse et sa formation, Révolution évoque plutôt un travail collectif. Le candidat, assisté par son équipe, a synthétisé diverses contributions. C’est la règle de l’exercice. Il serait paradoxal de reprocher à Emmanuel Macron d’être à l’écoute des spécialistes, que l’on partage ou non leurs analyses, mais en aucun cas Révolution n’est la voix originale d’une personnalité politique habitée par une vision de la France. Dans le livre, on retrouve quasiment telles quelles des phrases entières extraites d’une dépêche AFP (« La Syrie a connu entre 2006 et 2011 la pire sécheresse de son histoire. Attribuée au changement climatique… »), d’un rapport du WWF (« Les populations de vertébrés – poissons, oiseaux, mammifères, amphibiens et reptiles – ont chuté de 58 % entre 1970 et 2012 »), ou de la leçon inaugurale au Collège de France de l’économiste Philippe Aghion (« Aussi devons-nous passer d’une économie de rattrapage à une économie de l’innovation »). C’est un livre en forme de costume d’Arlequin, riche d’enseignements sur les experts qu’Emmanuel Macron a écoutés, pas sur ce qu’il ferait s’il arrivait au pouvoir.

Révolution, Emmanuel Macron, XO éditions, novembre 2016.

Ouverture des magasins le dimanche

Des semaines de polémiques pour une réforme bien timide. L’ouverture le dimanche était une réalité en zone touristique depuis la loi Mallié de 2009. La loi Macron apporte seulement des aménagements à la marge. On passe de cinq à douze dimanches, si le maire est d’accord. En pratique, la loi régularise des ouvertures sauvages devenues fréquentes.

Réforme des professions réglementées du droit

L’essentiel date de 2012 et d’un rapport commandé à l’inspection générale des Finances par Pierre Moscovici, ministre de l’Économie. Ce dossier hyper-technique, touchant à la liberté d’installation et aux tarifs des notaires, greffiers de tribunaux de commerce et huissiers de justice, a fait l’objet d’années de tractations avec les intéressés. Intervenu dans la dernière ligne droite, Emmanuel Macron s’est appuyé, une fois encore, sur l’Autorité de la concurrence, dont le rapport de janvier 2015 appelait à battre en brèche les monopoles de justice. Facile à dire. La loi Macron prévoyait un millier d’études notariales en plus (elles sont 8 625 aujourd’hui), attribuées par tirage au sort. La procédure a été bloquée en décembre 2016 par un recours en référé devant le Conseil d’État ! Le dossier rebondira sûrement. Les revenus des notaires (230 000 € nets en moyenne en 2015) font trop d’envieux. Les grands cabinets d’avocats rêvent de casser leur monopole sur les actes immobiliers. Une vaste partie de lobbying et de contre-lobbying est en cours. La loi Macron en était seulement l’écho.

Ce que le ministre Macron n’a pas fait

Les omissions sont parfois aussi révélatrices que les actes. Deux reproches reviennent régulièrement à propos du ministère des Finances. Il cultive l’opacité et il tolère trop d’allers-retours de hauts fonctionnaires entre les banques et le service de l’État. Côté opacité, Emmanuel Macron a été intraitable. Depuis des années, par exemple, le ministère de l’Économie refuse de publier le détail des contrats conclus avec les concessions d’autoroute. Un rapport de la Cour des comptes datant de 2013 les jugeaient trop favorables aux concessionnaires. En juillet 2015, le tribunal administratif de Paris, saisi par le militant écologiste grenoblois Raymond Avrillier, a jugé la position du ministère illégale. Ce dernier, qui avait déjà ignoré les injonctions de la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada) et celles de quelques parlementaires, a fait appel devant le Conseil d’État. Question conflit d’intérêt, Emmanuel Macron a également respecté les traditions de la maison. Il était ministre au moment de la nomination du numéro deux de la BNP, François Villeroy de Galhau, à la tête de la Banque de France, en novembre 2015. La décision a sidéré les économistes. 150 d’entre eux, universitaires ou chercheurs, ont signé une pétition de protestation, dénonçant « un grave conflit d’intérêts ». Sans succès. La nomination du gouverneur de la Banque de France est une prérogative du chef de l’État, mais le ministre de l’Économie est évidemment consulté. Inspecteur des Finances passé par la banque d’affaire, Emmanuel Macron n’était probablement pas le mieux placé pour entendre les mises en garde de nos économistes : « Il est totalement illusoire d’affirmer qu’on peut avoir servi l’industrie bancaire puis, quelques mois plus tard, en assurer le contrôle avec impartialité et en toute indépendance… »

La lutte contre les recours abusifs visant les permis de construire

La loi Macron restreint les possibilités d’action en démolition visant à faire raser un bâtiment, suite à l’annulation du permis de construire. C’est une mesure de lutte contre les recours abusifs, comme ceux qui ont ralenti des années la réfection de la Samaritaine, à Paris. Vive colère chez France nature environnement : « Le message adressé est catastrophique : pour construire en violant les règles d’urbanisme, privilégiez le passage en force ! » Champagne, en revanche, à la Fédération des promoteurs constructeurs (FCP). Son président, Marc Pigeon, réclamait une telle mesure depuis une décennie…

Le programme Macron, flou, mais déjà contesté

Conclusion ? Emmanuel Macron a écouté des groupes de pression. Rien de répréhensible, tous les gouvernements le font. Par ailleurs, il a repris un texte déjà largement ficelé. Si Arnaud Montebourg n’avait pas démissionné de Bercy, la loi Macron s’appellerait la loi Montebourg. Emmanuel Macron, au moins, a-t-il bien défendu le texte ? Difficile de trancher. Le jeune ministre a mouillé la chemise, mais sans convaincre sa majorité. La loi Macron a été adoptée en vote bloqué, par la procédure du 49.3.

« Finalement, s’est-il énervé à la tribune de l’Assemblée le 17 février, vous retrouvez de part et d’autre une forme d’union : ceux qui ne veulent pas changer le pays, ceux qui préfèrent dire que tout va bien. » Macron, homme neuf, aurait été le recours d’un système à bout de souffle ? En réalité, toutes les grandes démocraties sont devenues des tuyauteries complexes, où la volonté politique se heurte à des obstacles insoupçonnés. Jusqu’au bout de ses deux mandats, Barack Obama a vu des recours juridiques et des votes du Congrès freiner la mise en œuvre de son programme[2. Le patronat américain a attaqué sa loi anti-évasion fiscale, une compagnie pétrolière canadienne a attaqué une décision environnementale, l’Obamacare a fait l’objet de plusieurs recours, etc. ]. Il n’a même pas essayé de limiter le port d’armes, jugeant le combat perdu d’avance.

Une des rares mesures détaillées du candidat Macron, d’ailleurs, est déjà contestée par des juristes. Il s’agit du basculement des cotisations d’assurance maladie et d’assurance chômage vers la contribution sociale généralisée (CSG). Le but est d’alléger les charges qui pèsent sur les salaires, en répartissant plus largement le poids de la protection sociale. Seul problème, mais de taille, le Conseil constitutionnel retoquerait probablement cette réforme qui transformerait des cotisations en impôts[3. Du moins s’il suit sa propre jurisprudence, décision n° 2014-698 DC du 6 août 2014. ]. On voit mal le président s’affranchir du strict respect des règles constitutionnelles.

Les silences d’Emmanuel Macron suscitent un doute, sur ses intentions, et sur sa capacité d’action. En juin 2005, Nicolas Sarkozy apostrophait Dominique de Villepin : « Il faut leur raconter une histoire, aux Français. Qu’est-ce que vous allez leur raconter, comme histoire, en juillet, en août, en septembre, l’année prochaine ? »[4. Rapporté par Bruno Le Maire dans Des hommes d’État, éditions Grasset, 2008.] Aujourd’hui, c’est exactement la question qu’on a envie de poser à Emmanuel Macron.[/access]

À 5 ans, il fait un doigt d’honneur à la police!

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police evreux banlieue
Sipa. Numéro de reportage : 00786278_000002.
police evreux banlieue
Sipa. Numéro de reportage : 00786278_000002.

Vous connaissez le quartier de La Madeleine à Evreux ? Non et vous ne perdez rien. Pourtant, si l’envie vous prenait d’y habiter, sachez que les loyers y sont ridiculement bas. Il y a quelques raisons à cela. Les poubelles débordent ; les éboueurs ne vont qu’occasionnellement à La Madeleine, découragés par les jets de pierres qui les visent. Le trafic de shit est l’une des principales ressources économiques du quartier qui connait, en conséquence, son lot de règlements de compte (beaucoup moins qu’à Marseille quand même…). Un quartier qu’on qualifie de « populaire » si on pense bien. Et de « sensible » ou « dangereux » si on pense mal.

J’y suis passé hier en voiture. Devant moi, il y avait un véhicule de police. Les flics devaient avoir faim. Ils se sont arrêtés devant un kebab pour acheter un chawarma. Tout près, sur le trottoir, un gamin de 4 ou 5 ans les regardait. Il leur a fait un doigt d’honneur. Les flics ont froncé les sourcils. Ils n’auraient pas dû. Un grand (son père, son frère ?) a surgi. Il va l’engueuler ? Lui flanquer une paire de baffes ? Pas du tout ! Car à La Madeleine les choses se passent autrement, conformément à des codes qui appartiennent en propre à ce quartier. Le type a commencé à insulter les flics.

Cet enfant est une victime

Je ne suis pas sûr d’avoir bien entendu. J’étais un peu loin. Mais il m’a semblé distinguer un « Enculés de flics ! ». En tout cas, les gesticulations de l’individu ne laissaient aucun doute sur l’amour qu’il portait aux forces de l’ordre. Sans réagir – une émeute est vite arrivée – les flics sont remontés dans leur véhicule et ont démarré aussitôt. J’ai fait de même. Je ne suis pas flic. Mais je suis étranger au quartier. Et il est à craindre que des habitants de La Madeleine n’aiment pas les étrangers…

Depuis, je ne peux m’empêcher de penser à l’enfant qui faisait le doigt d’honneur. Cinq ans et a priori la vie devant soi. Le bac un jour, peut-être ? La fac, pourquoi pas ? Le brevet, s’il est pressé d’entrer dans la vie active. Un métier. Une famille. Mais ce n’est pas ce qui l’attend. Car à La Madeleine on vit comme dans une enclave extra-territoriale. Et s’il y a apartheid, il est volontaire et assumé.

Mais qu’est-ce que ses parents, ses voisins, les adolescents qui lui servent de modèles, ont appris à ce gamin ? La haine ! Déteste-il déjà les filles qui s’occupent de lui à la maternelle ? Quand il sera à l’école, va-t-il cracher à la gueule de ses profs ? Ira-t-il plus tard faire quelques séjours à Fleury-Merogis ? Cet enfant est une victime. On lui a enfoncé dans le crâne un bréviaire haineux.  C’est lui qu’on assassine. Et les coupables sont connus.

Mais si, on peut critiquer la justice

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François Fillon au Trocadéro, Paris, mars 2017. SIPA. REX40492524_000011
François Fillon au Trocadéro, Paris, mars 2017. SIPA. REX40492524_000011

Il n’existe aucun principe juridique qui placerait un candidat au-dessus des lois. Tout comme il n’existe aucune règle de droit qui imposerait à l’autorité judiciaire de faire preuve d’un peu de bon sens.

Comment des juges, fussent-ils indépendants, peuvent il faire semblant d’ignorer tant les conséquences politiques de leurs décisions que les soupçons de partialité auxquels ils s’exposent ?

Curieusement, ceux-là mêmes qui vocifèrent pour réclamer le retrait de François Fillon, alors qu’il est innocent, ne comprennent pas pourquoi ses partisans en veulent à la justice, alors qu’elle est indépendante.

Certes, en le convoquant à deux jours de la date limite du dépôt des candidatures, la justice ne fait qu’appliquer la loi. Pour autant, en se maintenant candidat, François Fillon n’enfreint aucune règle de droit. Où est le problème ?

Il est peut-être éthique, moral ou politique, mais, en l’occurrence, pas juridique. Et nous n’avons pas besoin d’un juge pour le trancher. Le peuple souverain pourra le faire. Que ceux qui réclament le retrait de François Fillon se rassurent, le 23 avril prochain, ils auront l’occasion de le faire. C’est ce qu’on appelle la démocratie.

Tout bon juriste sait qu’un raisonnement juridique s’opère en deux temps. Dans une première partie, on analyse un principe ; dans une seconde on étudie les modalités de sa mise en œuvre. Cette méthode est universelle, on la trouve dans toutes les facultés de droit. A l’Université catholique y compris : si nous devions y exposer la Sainte Trinité, nous le ferions en deux parties.

Ainsi critiquer l’application d’un principe ne revient nullement à procéder à la remise en cause dudit principe.

Se poser légitimement des questions sur les interférences du temps judiciaire avec le temps politique ne revient pas à critiquer l’indépendance de la justice. Il s’agit simplement de s’interroger sur les modalités d’application de ce principe d’indépendance.

Le débat public est bloqué. Et on patauge dans l’absurde…

La France est secouée par une crise identitaire, vit avec un niveau de chômage important et le terrorisme l’a plongée en état d’urgence permanent. La situation internationale inquiète, l’Etat islamique sévit au Moyen-Orient, l’élection de Trump modifie le cours des relations internationales, la Russie poursuit tranquillement sa quête d’hégémonie et le Brexit rabat les cartes de la construction européenne.

L’élection présidentielle est l’occasion pour que l’ensemble de ces sujets soient portés au débat public et qu’une confrontation ait lieu entre plusieurs projets. Mais quand le doigt montre le ciel, l’imbécile regarde le doigt.

A 47 jours du premier tour, il n’existe aucun débat public. La France préfère se demander si Penelope Fillon aurait été aperçue un jour au bal des pompiers de Sablé-sur-Sarthe ou si s’il lui est déjà arrivé de « badger » avant d’accéder au Palais-Bourbon. Un soir de février, le pays sera même tenu en haleine par la télévision. L’enjeu, avoir la confirmation que Madame Fillon, au détour d’une conversation dans un café, a réellement confié n’avoir jamais été l’assistante de son mari. Passionnant…

François Fillon n’a pas perdu la primaire et n’a pas été condamné pour emplois fictifs.  S’il a été désigné candidat en novembre, c’est justement parce qu’il représentait une ligne politique. Celle du refus des accommodements raisonnables contre celle de « l’identité heureuse ».

Malgré cela, sa propre famille politique lui en veut à un tel point qu’elle a fortement songé à substituer à sa candidature, obtenue par la voix démocratique, celle de son concurrent sèchement battu dans les urnes et déjà condamné pénalement.

Outre ce mépris ouvertement affiché pour la démocratie, qu’est-ce que le citoyen lambda, las de cet acharnement politique, peut observer ? :

– Des faits datant de plusieurs années qui refont surface dans Le Canard enchaîné en janvier. Faits qui sont pourtant connus de longue date de l’administration fiscale à qui étaient déclarés les contrats litigieux.

– Le mépris de la séparation des pouvoirs. En voulant porter une appréciation sur les contours de la notion d’activité d’assistant parlementaire, le juge judiciaire envisage de porter une appréciation sur l’activité du parlementaire. Or, le contrôle du respect d’une obligation par un parlementaire n’est pas de son ressort mais relève du bureau de l’Assemblée nationale et, le cas échéant, du Conseil constitutionnel.

–  Une enquête confiée à un parquet d’exception, le parquet national financier (PNF). En application du paragraphe 1° de l’article 705 du code de procédure pénale, le PNF n’est pourtant compétent que pour « les affaires qui sont ou apparaîtraient d’une grande complexité, en raison notamment du grand nombre d’auteurs, de complices ou de victimes ou du ressort géographique sur lequel elles s’étendent ». Autrement dit, le PNF a davantage été institué pour surveiller l’activité de sociétés offshore aux Îles Caïman que celle du Crédit agricole de Sablé-sur-Sarthe.

– L’application de la notion de détournement de fonds publics alors que l’article 432-15 du code pénal, qui s’interprète strictement, ne vise expressément que les dépositaires de l’autorité publique et les personnes chargées d’une mission de service public. Un parlementaire n’est ni l’un ni l’autre.

– Une opportunité des poursuites appréciée à la hâte. Compte tenu du climat politique désastreux, en quoi est-ce opportun de  saisir le juge d’instruction la veille de la publication de la loi du 27 février 2017 portant réforme de la prescription en matière pénale ?

– La nomination du juge Tournaire, chargé de l’enquête, le même qui a renvoyé Nicolas Sarkozy en correctionnelle pour ses dépenses de campagne en 2012.

– Une convocation opportunément programmée deux jours avant la date limite du dépôt des candidatures.

Cela commence à faire beaucoup.

Etre indépendant c’est bien, montrer qu’on l’est c’est mieux.

Certes tout ceci est parfaitement légal. Pour reprendre la sacro-sainte formule, la justice « fait son travail ».  Mais s’il y a urgence à réagir d’un point de vue politique, moral ou éthique, ce n’est certainement pas le cas d’un point de vue juridique.

Juridiquement, le dossier sonne creux. Alors à quoi bon s’acharner ? En tout état de cause, l’article 67 de la Constitution prévoit une interruption de la prescription pour le futur président de la République et, un jour, François Fillon sera de toute façon jugé en droit.

A ceux qui rétorquent qu’il existe un problème politique, éthique ou moral, qu’ils soient rassurés, ils pourront trancher cette question le 23 avril prochain.

Mais si la justice est indépendante, alors qu’elle ne laisse pas prise au doute ! Où est son intérêt à contribuer, par son attitude, à la défiance croissante des citoyens envers les institutions ?

Qu’avons-nous comme réponse ? : « Indépendance de la Justice » ! Le slogan est automatiquement retourné à ceux qui se posent des questions, à la manière d’un « padamalgam ! »  envoyé comme anathème, dans d’autres situations, en pleine figure afin d’empêcher toute discussion.

Et voici que Madame Hidalgo compare le rassemblement du 5 mars 2017 au Trocadéro à celui du 6 février 1934. Ah oui c’est vrai, ce fameux climat des années 30 : depuis le temps qu’on l’attendait ! La fameuse référence aux « heures les plus sombres de notre histoire ».

Dans cette triste atmosphère de fin de règne, le pouvoir crépusculaire se complait à pratiquer la politique de la terre brûlée. Le président de la République s’est porté garant de l’indépendance de la Justice et a sollicité le respect dû aux Institutions.

Mais où était le respect dû à l’armée lorsqu’on laissa le compagnon d’une ministre en exercice qualifier le défilé du 14 juillet de « défilé de bottes » ?

Mais où était le respect dû à l’indépendance de la justice lorsqu’il a été décidé de libérer Jacqueline Sauvage condamnée pour meurtre par la justice indépendante: deux cours d’assises, 6 magistrats et 21 jurés populaires ?

Mais où était le respect dû à la fonction présidentielle lorsqu’au lieu de traiter d’égal à égal avec Obama ou Poutine on préférait se faire éconduire publiquement par Leonarda ?

Mais où était le respect dû à l’institution policière lorsqu’il a fallu s’empresser de courir au chevet du jeune Théo ?

Oui, la justice est indépendante, mais se poser des questions et espérer un peu de bon sens dans la prise de décision ne signifient nullement remettre en cause ce principe. Alors pas d’amalgame !