Pour comprendre la ligne politique d’Emmanuel Macron, on peut choisir de se contenter du programme, annoncé le 2 mars. Il n’est pas inutile de revenir sur sa pratique du pouvoir. Car l’homme qui se présente comme un OVNI a été secrétaire général adjoint de l’Élysée de 2012 à 2014, puis ministre de l’Économie pendant deux ans, d’août 2014 à août 2016. Son principal fait d’armes est l’adoption de la « loi Macron »[1. Loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques, promulguée le 7 août 2015.], un vaste fourre-tout de 308 articles, liés par l’intention affichée de faire sauter des verrous, afin de relancer l’économie. Le texte porte son nom, mais porte t-il sa marque ? D’une certaine façon, oui : il est, pour l’essentiel, l’assemblage de propositions qui dormaient depuis longtemps dans des tiroirs, dont beaucoup figuraient notamment dans les préconisations de la commission Attali de 2008. Commission dont le rapporteur général était un jeune énarque nommé… Emmanuel Macron. Passage en revue.

Autocars Macron

Ils pourraient s’appeler les cars Lasserre, du nom de Bruno Lasserre, président de l’Autorité de la concurrence, voire les cars Umberto Berkani, rapporteur général adjoint de celle-ci, en charge du dossier sur la libéralisation du transport par autocar. En 2009, l’Autorité s’autosaisit du dossier de la concurrence dans le ferroviaire. Elle conclut rapidement à une hégémonie irrémédiable de la SNCF sur le rail. Reste la route. En février 2014, elle rend un avis qui trace le schéma de la libéralisation. C’est la source d’inspiration de la loi Macron. Tout est détaillé, jusqu’à la nécessité de réorganiser les gares routières pour accueillir les nouveaux venus. « On sait très bien que la SNCF, laissée à elle-même, va reléguer ses concurrents le plus loin possible des trains, au fin fond des zones industrielles », commente à l’époque un auditeur de la Cour des comptes. « Aberrant », dénonce immédiatement Jacques Auxiette, président de la région Pays de la Loire. La concurrence des autocars va creuser les déficits déjà colossaux des trains express régionaux ! Les recettes des TER couvrent 27 % des frais de fonctionnement, chaque abonné coûte en moyenne 7 800 € par an aux régions ! L’Autorité de la concurrence le sait très bien, mais quel gouvernement aura le courage de remettre à plat la gestion de la SNCF ? En accord avec la Cour des comptes, que le gaspillage des TER exaspère également, l’Autorité charge en fait l’autocar du sale boulot : tuer les trains trop déficitaires. Bilan, cinq millions de passagers en 2016 pour les cars Macron et un rail de plus en plus déficitaire. Selon la SNCF, les coûts des TER pour les régions vont augmenter de 23 % d’ici 2020…

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Par Alain Finkielkraut

Réforme des prud’hommes

La procédure a été entièrement remaniée afin de raccourcir les délais de jugement, devenus une honte pour la République (quinze mois en première instance !). L’État français avait été condamné par le tribunal de grande instance de Paris, le 18 janvier 2012, à indemniser 16 plaignants, qui avaient patienté des années aux prud’hommes. Rédigée à la suite de cette condamnation, la réforme visant à