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Québec: les nationalistes chamboulés par Le Pen

marine le pen fn quebec
Marine Le Pen. Sipa. Numéro de reportage : 00783850_000004.

Au Québec, avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche et la montée des droites souverainistes en Europe, tous les acteurs politiques sont obligés de se repositionner sur l’échiquier. Puisque l’actualité l’oblige, les grands partis doivent se réinventer en fonction des nouveaux enjeux que sont la montée de l’islamisme, l’identité nationale et l’immigration. On a beau en parler depuis au moins dix ans dans ce pays, rien n’est réglé. Le statu quo contribue aussi beaucoup à alimenter les tensions. La trêve qui a suivi l’attentat à la mosquée de Québec n’aura même pas duré deux semaines.

Les temps évoluent, et les programmes aussi. Aucun parti politique ne peut faire fi de la nouvelle donne : qu’ils soient identitaires ou multiculturalistes, tous doivent prendre position. Comme un peu partout en Occident, le clivage s’article désormais moins en fonction de la gauche et la droite qu’à partir du mondialisme et d’un certain conservatisme.

Multicu ou culture française

Le mouvement nationaliste québécois fait actuellement face à ses propres contradictions. Il est profondément divisé : d’un côté, les partisans d’un multiculturalisme édulcoré et de l’autre, ceux qui veulent assurer la transmission de la culture française en Amérique. La semaine dernière, un reportage diffusé aux heures de grande écoute sur Radio-Canada présentait le mouvement nationaliste québécois (et plus précisément le Parti québécois) comme fondamentalement lié à tous les partis « d’extrême droite » en Europe qui font de la lutte à l’islamisme une promesse électorale.

Dans un style sensationnaliste, la première chaîne de télévision canadienne n’a pas hésité à trainer dans la boue ceux et celles qui ont critiqué de près ou de loin l’expansion de l’islamisme dans les dernières années. Le message était clair : la défense de l’identité québécoise est réservée à des intellectuels et des militants aux tendances fascistes. Quiconque s’aventure sur ce terrain devrait maintenant comprendre qu’il appartient au camp de l’intolérance. La distorsion ajoutée au montage à la voix de Marine Le Pen donnait l’impression que le diable s’était emparé elle. Marine Le Pen serait possédée.

Pour répondre aux accusations « d’islamophobie » qui pesaient contre lui, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, s’était déjà empressé de se dissocier publiquement de la patronne du FN avant la diffusion du reportage. Lui qui avait pris position en faveur d’Hillary Clinton lors des dernières élections américaines a affirmé que les militants du Parti québécois qui avaient des sympathies pour le Front national devaient être dénoncés. Le 22 mars 2016, Lisée affirmait aussi sur sa page Facebook que le programme de Marine Le Pen était « hyper-réactionnaire ». Le chef du PQ sent la soupe chaude : les appuis au FN pourraient se multiplier dans sa propre base militante…

Vers un FN québécois?

Il faut dire que le passage de Marine Le Pen au Québec au printemps 2016 est loin d’avoir favorisé la concorde dans les rangs du PQ. Si aucune formation officielle n’a accepté de rencontrer la présidente du FN lors de son séjour au Québec, cette dernière a néanmoins trouvé un écho favorable auprès d’un vaste public allergique à la bien-pensance. Dans les rangs du PQ, tous hésitent à le reconnaître… mais le FN serait même intéressé à tisser des liens importants avec le Québec en renouant avec la vieille tradition gaulliste. Un projet que défendent ouvertement Florian Phillippot et le jeune cadre Loup Viallet dans le même reportage. Les souverainistes québécois sont si attachés à la France qu’on se demande comment ils pourraient refuser de s’engager dans un tel processus.

La question n’est pas de savoir si le programme du Parti québécois est vraiment compatible avec celui du FN. Sur plusieurs aspects, il ne l’est pas. Il s’agit plutôt de déterminer jusqu’à quel point le chef du PQ pourrait s’aliéner une partie de son électorat en se conformant au politiquement correct. Dans l’éventualité d’un second tour opposant Emmanuel Macron à Marine Le Pen, gageons que la frange mondialiste du PQ osera même soutenir un candidat qui prétend que la culture française n’existe pas à seule fin de plaire aux médias !

Macron, une cause sans peuple

Premier rassemblement du mouvement En Marche! à Paris, 12 juillet 2016.

De quoi Macron est-il le nom ? La question se pose à nouveau après ses récents propos polémiques. Pour avoir taxé, lors d’un voyage en Algérie, la colonisation française de « crime contre l’humanité », le leader d’En marche ! a suscité la colère des pieds-noirs et, au-delà, de la grande majorité de la droite. Pour avoir regretté que les opposants au mariage pour tous aient été « humiliés » par François Hollande et les socialistes, il a choqué la communauté gay et, au-delà, la grande majorité de la gauche. À moins de deux mois du premier tour de l’élection présidentielle, Macron semble illustrer quotidiennement l’adage selon lequel on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment. Ses opposants pavoisent. Ses partisans s’interrogent. François Fillon peut souffler : il n’est plus le seul présidentiable à alimenter la chronique.

« Il est urgent de réconcilier les France »

Il faut toujours juger les leaders politiques à l’aune de leur credo. Macron a maintes fois réaffirmé le sien : « Il est urgent de réconcilier les France » : la gauche et la droite, les gagnants et les perdants de la mondialisation, les élites et le peuple. Dans cette optique, la formule beaucoup trop lapidaire qu’il a utilisée à propos de la colonisation française est incontestablement une faute : on ne réconcilie pas en stigmatisant.

A lire aussi: Macron, candidat des milliardaires et des sous-prolétaires

Quand l’ex-ministre de l’Économie adresse un signe de respect à la France tradi, il est dans sa ligne. Quand il étrille les rapatriés, il se tire une balle dans le pied. Faut-il dès lors ne voir dans l’impromptu d’Alger qu’un clin d’œil grossier à la communauté musulmane ? Cette communauté, rappelons-le, a désormais un poids électoral non négligeable: en 2012, c’est elle qui a fait pencher la balance en faveur de François Hollande. Sans son soutien massif au candidat socialiste (plus de 90 % de ses suffrages), Nicolas Sarkozy aurait été réélu…

Les hommes politiques ont en commun d’être à la fois roués et sincères. Macron visait sans doute à Alger le vote beur mais, au-delà, il a la volonté d’aborder les sujets qui fâchent, ceux qui déchaînent les passions, comme la relation France-Algérie. Car la « réconciliation des France » passe, notamment, par la réconciliation de la France et de l’Algérie. Dans son dernier livre[1. La Cause du peuple, éditions Perrin.], Patrick Buisson affirme justement que « la guerre d’Algérie n’est pas terminée ». Cette plaie mal refermée est, avec la question de l’islam, au cœur du malaise entre les « de souche » et[access capability= »lire_inedits »] la communauté maghrébine.

Un ancien président l’avait compris, Jacques Chirac, qui a entrepris de négocier avec Abdelaziz Bouteflika un traité d’amitié sur le modèle du traité franco-allemand signé en 1963 par le général de Gaulle et Konrad Adenauer. De même qu’il convenait, au début de la Ve République, de tirer un trait sur les deux conflits qui nous avaient opposés à l’Allemagne, de même il est éminemment souhaitable de clore ce dernier chapitre de notre histoire coloniale. « Il faut savoir terminer une guerre », a-t-on envie d’écrire, pour faire la synthèse entre Patrick Buisson et… Maurice Thorez.

Un chrétien de gauche

Chirac a échoué pour deux raisons : d’une part, à cause d’une certaine mauvaise volonté des autorités algériennes ; d’autre part, à cause de l’hostilité d’une partie de la droite française qui, dans son tréfonds, n’a jamais accepté l’abandon de l’Algérie. Bouteflika a saisi le prétexte d’une initiative de députés UMP sur les mérites de la colonisation pour remettre sine die les négociations. Pour une partie de la droite, repentance signifie trahison. Or un traité franco-algérien comportera nécessairement un acte de contrition de la part de l’ancienne puissance coloniale… Le leader d’En Marche ! paraît disposé à reprendre le projet chiraquien. Apurer le passé pour construire l’avenir : telle est sa volonté.

De quoi Macron est-il vraiment le nom ? À travers ses différentes sorties, on le mesure un peu mieux : c’est, assez banalement, un chrétien de gauche. Il a fait ses études secondaires dans un établissement catholique d’Amiens où enseignait sa future femme, Brigitte Trogneux. Monté à Paris, il a été un temps l’assistant de Paul Ricœur. Il s’inscrit aujourd’hui dans la lignée de Michel Rocard et de Jacques Delors qui souhaitaient s’émanciper de la gauche de la gauche et gouverner avec une partie de la droite et du centre.

Pour prendre une référence plus actuelle, c’est un chrétien de gauche modèle pape François : il respecte les militants du droit à la vie, tout en manifestant une évidente empathie pour les populations venues du Sud. Lors d’un de ses déplacements moins controversé, en Allemagne, il a fait un éloge appuyé d’Angela Merkel sur la question des migrants. Encore au gouvernement, il n’avait pas caché à l’inverse son malaise devant la tentative de François Hollande de constitutionnaliser la déchéance de la nationalité pour les terroristes binationaux.

Il oublie une France, et de taille : celle des ouvriers et des employés !

N’en déplaise à Benoît Hamon et à Jean-Luc Mélenchon, qui se disputent le label de la « vraie » gauche, voilà qui fait de Macron un homme de gauche authentique. Comme Hamon et Mélenchon, il paraît réduire le peuple aux immigrés et à leurs enfants. Comme eux, il paraît atteint de « prolophobie », pour reprendre un mot de Patrick Buisson, encore lui. Naguère ouvriériste, la gauche a changé de peuple après Mai 68 et le refus de la CGT de saisir la main tendue par les étudiants en révolte. Les « damnés de la terre », ce sont désormais les immigrés, et eux seuls.

C’est là où Macron est peu cohérent avec lui-même. Il assure vouloir « réconcilier les France » mais en oublie une, et de taille : celle des ouvriers et des employés ! Aux États-Unis, on les appelle les petits blancs. Ce sont eux qui viennent d’élire Donald Trump. En Grande-Bretagne, ce sont eux qui viennent de faire gagner le Brexit. En France, ils votent massivement FN : ce sont eux qui s’apprêtent à placer Marine Le Pen en tête du premier tour de la présidentielle.

Soyons justes : dans son dernier livre, Révolution[2. Révolution, XO éditions.], Macron fait référence à cette France périphérique mise en exergue par le géographe Christophe Guilluy[3. La France périphérique, éditions Flammarion.]. Mais dans son discours public, il a jusqu’ici fait l’impasse dessus. Comme Hamon et Mélenchon, il semble succomber à ce que nous avons appelé « la préférence immigrée »[4. La Gauche et la préférence immigrée, éditions Plon.]: le soutien exclusif aux descendants des peuples naguère colonisés. Une « préférence immigrée » qui est l’exacte symétrie de la « préférence nationale » du FN.

Pour emporter la présidentielle en mai prochain, Macron compte sur le « vote utile », un réflexe traditionnel à gauche. Il pense qu’un certain nombre d’électeurs d’Hamon et même de Mélenchon voteront finalement pour lui dès le premier tour, afin d’assurer la présence de la gauche au second. Dans la foulée, il est convaincu de battre aussi bien Marine Le Pen que François Fillon. C’est là un calcul risqué car très politicien. Macron gagnerait plus sûrement en élargissant son assise : il a brisé le mur entre la gauche et la droite, il devrait s’attaquer à celui qui divise les catégories populaires. En d’autres termes, Macron devrait être plus… macronien : chercher à réconcilier toutes les France, pas seulement celles du politiquement correct.[/access]

La cause du peuple

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Révolution

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La gauche et la préférence immigrée

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Davos, ton univers impitoyable

macron davos euro
Emmanuel Macron au Forum de Davos, 2016. Sipa. Numéro de reportage : AP21847613_000026.

Prenons la définition de l’homme de Davos fournie par l’inventeur de l’expression, Samuel Huntington, dans son dernier livre  Qui sommes-nous (publié juste avant sa mort quelques années après son best-seller  Le choc des Civilisations. Dans la plupart des pays, le peuple est patriote, attaché à sa culture, favorable à l’immigration à condition qu’elle soit contrôlée et donc faite de populations qui cherchent à s’assimiler en embrassant le « roman national », cher à Ernest Renan.

La sécession des élites mondialisées

Mais de plus en plus, nous dit Huntington, les élites qui sont effectivement au gouvernement se veulent internationales, opposées à toute préférence nationale, favorables à des mouvements de population massifs changeant la nature même des cultures locales et violemment opposées à tout roman national tant ils veulent que les nouveaux arrivants conservent leurs cultures nationales (?).

Pour résumer, les élites se veulent et se disent citoyens du monde (les hommes de Davos) et n’ont que mépris pour les citoyens des pays qu’ils administrent, comme le démontre la phrase de madame Clinton traitant la moitié de la population américaine de « déplorables et de racistes misogynes » et s’étonnant d’être battue à  l’arrivée.  La réalité est que les hommes de Davos détestent les hommes ancrés dans leur sol. Pourquoi ? Je ne le sais pas.

Et nous informe notre auteur, toute cette élite a été formée dans les mêmes écoles, passant allègrement d’HEC à Harvard ou Cambridge ou de Polytechnique au MIT ou Cambridge.

Et ceux qui ne sont pas au gouvernement sont aux commandes des grands groupes multinationaux qui sont bien entendu les principaux bénéficiaires de cette mondialisation heureuse.

Et ceux qui ne sont ni au gouvernement ni dans les affaires sont dans les media où ils font ce que leurs copains de classe leur disent de faire.

Ils lisent tous The Economist, le Financial Times, le New York  Times et Le Monde, participent aux mêmes séminaires et aux mêmes congrès, vont en vacances aux mêmes endroits, se marient entre eux et se congratulent les uns les autres d’être arrivés là où en sont par l’intermédiaire des media ou ils publient de nombreux papiers pour expliquer, comme ce brave Pangloss juste avant la Révolution française, que nous vivons dans le meilleur des mondes.

Comme dans la parabole du pharisien et du publicain, dans toute cérémonie officielle, ils s’assoient toujours au premier rang tandis que le pauvre publicain, c’est à dire vous et moi, avons le droit de nous mettre au dernier rang à condition de ne pas trop nous montrer et de ne pas sentir trop mauvais et bien sûr, à condition aussi que nous payions la note.

Bien entendu, ils sont favorables à une immigration de masse qui leur permet de payer très peu les nounous pour leurs enfants, les jardiniers pour leurs propriétés ou les chauffeurs pour emmener leurs enfants à l’école.

Cette superclasse domine le monde de la politique et des affaires depuis vingt-cinq ans, c’est-à-dire depuis la chute du mur de Berlin, sans interruption. Avant, ils faisaient attention tant les débiles en dessous auraient pu voter communistes.

Les carabistouilles de l’hyperclasse

Hélas pour eux, cette classe, au sens marxiste du terme, vient de ramasser quelques solides raclées lors des dernières consultations électorales telles la déroute du Brexit, le triomphe de Trump ou la déculottée du dernier référendum italien. Et du coup notre classe de génies s’est rendu compte que le peuple n’était plus dupe de leurs mensonges et qu’il fallait trouver autre chose. Et comme ils sont beaucoup moins malins qu’ils ne le pensent, les moyens qu’ils utilisent pour essayer de conserver leur monopole sur le pouvoir sont complètement prévisibles et transparents de naïveté. J’ai donc pensé qu’il serait intéressant que je fasse une petite recension de leurs carabistouilles. Mon but est très simple: je veux lancer un jeu facile et tout d’exécution.

Quand vous entendrez l’une de ces éminences se lancer dans une explication visant à le faire élire ou réélire, il faudra reconnaître le numéro de la carabistouille et en faire part aux autres lecteurs, en expliquant sur quel sentiment nos héros essaient de jouer pour inciter les auditeurs à voter pour eux. Les entrées reconnues comme valides auront droit à un livre gratuit parmi ceux que je réédite.

Voici donc les carabistouilles rangées sans ordre particulier.

Numéro 1: Vous qui êtes intelligents et qui faites quasiment partie de la super classe vous ne POUVEZ pas voter avec ces demeurés? On fait appel ici à deux ressorts, l’envie d’appartenir et la peur d’être confondu avec les crétins du bas. Cela marche très bien avec les demi-intellectuels qui bossent dans les media ou dans l’éducation.

Numéro 2: si vous expliquez que dans le fond vous aimez bien votre pays, l’on vous rétorque qu’Hitler aussi aimait le sien. C’est ce que j’appelle la « réduction ad hitlerum » et cela marche parfaitement dans tous les débats télévisés. L’idée est de vous couvrir de honte pour que vous vous taisiez à jamais, le principe étant celui de l’excommunication pratiquée autrefois avec beaucoup de succès par l’Eglise catholique. Ça a fonctionné à la satisfaction générale quand la superclasse avait le monopole des media, ça ne marche plus depuis que tous les exclus se parlent les uns aux autres par internet et se rendent compte qu’ils sont une majorité. Dans un monde où il n’y a que des Protestants, être excommunié par l’Eglise Catholique n’est pas très grave.

Numéro 3: depuis l’an 2000 c’est-à-dire bien avant que le FN ne le dise, je dis à qui veut l’entendre que l’euro est un désastre et qu’il va disparaitre. Voilà une preuve irréfutable que je suis un partisan du FN et que donc je n’ai pas le droit à la parole dans une société civilisée. La méthode ici est très simple: les surhommes pensent qu’ils contrôlent le « logos » (voir mon récent article sur le sujet). C’est donc eux qui décident de ce qui peut ou ne peut pas être discuté dans la société. Il s’agit ici d’une forme de censure non déguisée, appuyée sur le principe d’autorité qui d’après Saint Thomas d’Aquin est irrecevable lors d’une discussion entre gens normaux.

« La question ne sera pas posée » comme le disait l’avocat général au moment de l’affaire de Panama.  Deux remarques içi: je ne leur ai donné aucune autorisation pour monopoliser l’ordre du jour de ce qui peut ou ne pas être discuté et ensuite je ne vois pas ce qui leur permet d’exclure trente pour cent de la population du débat publique. Il faudrait que quelqu’un informe mes surhommes qu’ils ne contrôlent plus le Logos.

Numéro 4: vous qui êtes un homme pragmatique (ce qui veut dire malhonnête en bon français), rejoignez-nous. Nous contrôlons tous les media, toutes les universités, nous vous nommerons à la commission d’éthique de la fédération française de pétanque ou de chasse,vous serez invité à faire des voyages d’études en Polynésie ou à la Martinique en hiver, vous  aurez votre tabouret à la télévision où vous direz bien sur ce que l’on vous a dit de dire et vous ferez la fierté de votre quartier. Ça, c’est tout simplement de la corruption et croyez moi, ça marche très bien surtout avec les journalistes officiels ou non.

La Numéro 5 est de loin la plus subtile. Les pouvoirs souterrains qui nous gouvernent préparent longtemps à l’avance l‘arrivée d’un homme «nouveau», sans histoire personnelle, sans aucune idée à lui, dont nul ne sait d’où il vient, et cet homme se présente aux élections et est élu triomphalement. Comme chacun des lecteurs s’en est rendu compte, du moins je l’espère, je fais allusion ici à monsieur Obama, créature forgée de toutes pièces par le parti Démocrate dont nul se souvient à Columbia où il a fait soit disant ses études, personne ne sachant qui les a payé au demeurant, son dossier à l’université étant bloqué pour cinquante ans, sans que nul ne sache pourquoi. Bien que ne s’étant jamais présenté à une élection concurrentielle et n’ayant jamais exercé la moindre responsabilité il fût élu président des USA en ne débitant que des platitudes. Et cette élection permit à ma superclasse de rester au pouvoir et ce continuer à tondre les moutons tranquillement. Chacun se rend compte cependant, huit ans après, que cela faisait des années que la marionnette était sculptée jusque dans ses moindres détails et qu’il fallait être idiot pour croire qu’une idole représentait une solution.

Je tiens à préciser ici que toute ressemblance avec monsieur Macron n’est en rien le fait du hasard. Le parti socialiste est en train d’essayer de rééditer en France le coup Obama en remplaçant Obama par Macron. Voter pour monsieur Macron, c’est bien évidemment voter pour une marionnette encore plus improbable que monsieur Obama et ceux qui ne s’en rendent pas compte ont, à mon avis, un vrai problème de compréhension du monde qui les entoure.

Fillon : un péché n’est pas un crime

Cela me fait penser à des esclaves qui voteraient avec enthousiasme pour le chaouch qui les garde en bon ordre à grands coups de fouet. Les cinq premières carabistouilles sont à dire vrai d’aimables plaisanteries sans grande conséquences. La sixième est beaucoup plus grave parce qu’elle s’attaque a ce qui constitue l’essence de la volonté de vivre ensemble, c’est-à-dire a la croyance qu’une justice impartiale existe. Détruire cette croyance, c’est détruire la nation et cela peut amener à une guerre civile. Elle consiste à se servir des institutions de l’Etat conquis de haute lutte depuis des décennies pour faire tomber les opposants un peu trop efficaces en se servant de la Justice pour museler de tels hommes avec bien sur la complicité des médias.

Prenons François Fillon qui n’ a rien fait d’illégal mais qui a peut-être fait quelque chose que la majorité de la population considère comme immoral, ce qui n’est pas la même chose. Le rôle de l’Etat est de punir le crime et non le péché, qui ne regarde que la conscience de tout un chacun. Monsieur Fillon a peut-être commis un péché, mais en aucun cas un crime puisque ce qu’il a fait était autorisé par la Loi.

Par contre, si monsieur Hollande et monsieur Macron se sont servis de la justice pour biaiser les résultats de l’élection, alors là, il s’agit certainement d’un crime et ils devraient tous aller en prison si on pouvait le prouver, les juges en premier.

Si la réalité est que l’on poursuit monsieur Fillon en justice, tout en étant certain qu’en fin de compte il y aura un non-lieu une fois l’élection passée et si les media se joignent à la curée puisqu’ils sont tous détenus par des membres éminents de la superclasse, alors on pourra sans doute faire élire le pantin mentionné au paragraphe précédent, en laissant un homme à près honorable brisé avec toute sa famille sur le bord de la route.

Et le peuple deviendra enragé. C’est ce que les journalistes politiques, toujours aux ordres, appellent  » être habile ». Ce n’est en rien être habile. C’est tout simplement être criminel. Le résultat est évident : Si vous voulez faire rire l’assistance dans un café ou dans une réunion vous dites simplement: « moi, je fais confiance à la justice de mon pays« . Et tout le monde de s’écrouler de rire. Et ces rires me terrifient.

Car la Bible, dans les « proverbes » n’a pas de mot trop dur pour le juge inique qui se soumet aux ordres des puissants. Et pour cet homme, ou cette femme, il n’y a pas de pardon possible. Le peuple, depuis un certain temps a parfaitement compris qu’il était manipulé grâce aux techniques allant de un à cinq. Il a tendance à se dire c’est de bonne guerre, je me suis fait avoir et à passer à autre chose.

Mais je suis certain d’une chose : en aucun cas, il ne pardonnera la manipulation criminelle de la justice à des fins aussi basses s’il se rend compte que l’on cherche à l’empêcher de voter pour qui il veut. Ce que je ne sais pas cependant est très important. Cette inéluctable révolte va-t-elle amener le peuple à voter pour monsieur Fillon ou pour madame Le Pen ? Il votera pour madame Le Pen s’il pense que monsieur Fillon fait partie lui aussi de la superclasse.

Et dans ce cas-là, madame Le Pen sera élue. Et les hommes de Davos n’auront que ce qu’ils méritent.

Retrouvez la version initiale de cet article sur le site de l’Institut des libertés.

Qui sommes-nous ?: Identité nationale et choc des cultures

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Le choc des civilisations

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Affaire Fillon: quel contre-pouvoir face au quatrième pouvoir?

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Conférence de presse de François Fillon, février 2017. SIPA. 00792053_000013

Que n’a-t-on pas fait et dit pour disqualifier le candidat que Les Républicains ont pourtant majoritairement choisi et élu, lors des primaires de la droite et du centre, et de l’empêcher de les représenter à l’élection présidentielle ? Délation téléguidée, fuites minutieusement dosées, lynchage médiatique, propos calomnieux, harcèlement psychologique… Et comme François Fillon s’est avéré, notamment dans son dernier meeting au Trocadéro, homme d’Etat à la carapace gaullienne, certains ont dû recourir à la machine judiciaire pour enquêter, non guère sur un délit présumé que les lois répriment, mais sur une attitude humaine que la morale réprouve et dont les faits remontent à plus de vingt ans.

«Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser» 

Ce n’est pas l’information judiciaire ouverte contre X par le parquet national financier (PNF), ensuite la possible mise en examen de François Fillon, qui sont suspectes. Indépendante et souveraine, la justice a le droit, le devoir et la vocation d’enquêter sur qui elle veut et quand elle veut. C’est plutôt l’instrumentalisation effrénée et éhontée de cette affaire qui suscite l’interrogation et provoque l’indignation. C’est aussi la violation des droits de la défense qui est inacceptable dans une démocratie. C’est la violation permanente du secret de l’instruction et le grand étalage dans la presse de documents censés rester confidentiels, qui n’est pas digne, ni du deuxième pouvoir, ni du quatrième sacro-saint pouvoir, celui des médias.

Le précurseur de la séparation des pouvoirs, Montesquieu, a vu juste lorsqu’il a écrit dans L’esprit des lois que « c’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser (…) Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». Cela vaut aussi bien pour le pouvoir exécutif que pour le pouvoir judiciaire, et à plus forte raison pour le pouvoir médiatique, qui n’est plus le quatrième pouvoir mais le premier, ne rencontrant qui plus est aucun contre pouvoir. Bientôt, dans la logique démocratique de Montesquieu, il va falloir inventer un cinquième pouvoir pour limiter l’omnipotence d’un quatrième qui s’emballe. Puis un sixième pour contrôler le cinquième, puis un septième pour surveiller le sixième…

Balzac avait également vu juste lorsqu’il écrivait, déjà en 1840, que « la presse est en France un quatrième pouvoir dans l’Etat ; elle attaque tout et personne ne l’attaque. Elle blâme à tort et à travers. Elle prétend que les hommes politiques et littéraires lui appartiennent et ne veut pas qu’il y ait réciprocité ». Description parfaite de certains plateaux de télévision où la « neutralité axiologique » chère à Weber s’éclipse au profit de la subjectivité idéologique et du parti pris politique.

Tocqueville aussi voyait juste lorsqu’il écrivait dans La Démocratie en Amérique : « J’avoue que je ne porte point à la liberté de la presse cet amour complet et instantané qu’on accorde aux choses souverainement bonnes de leur nature. Je l’aime par la considération des maux qu’elle empêche bien plus que pour les biens qu’elle fait. »

A quand un contrôle des journalistes par les journalistes?

Plus proche de nous, enfin, Régis Debray, qui, à la suite de son remarquable essai L’Emprise, déclarait en avril 2000 : « les journalistes m’effrayent, ils me font peur. J’ai peur du pouvoir qu’ils ont…Autrement dit j’ai le même sentiment qu’on peut avoir devant des inquisiteurs au XIIIème siècle ou devant des évêques au XVIIIème…Ce sont des gens capables de fulminer, d’excommunier, de massacrer par les mots ou les images des êtres humains…Les journalistes sont les magistrats de la morale publique. C’est extraordinaire et je trouve cela démesuré et dangereux ».

Pas plus que l’indépendance absolue de la justice, loin de moi l’idée de limiter la liberté d’expression, qui est vitale dans une démocratie digne de ce nom. En outre, une justice souveraine et égale pour tous est au fondement même du contrat social. Le journalisme est une école de citoyenneté et le poumon même de la République. Il s’agit au contraire de préserver la liberté d’expression de ses propres dérives et de lui opposer un cinquième contre pouvoir, ou plus exactement une autorité exercée par les journalistes eux-mêmes. Il y a bien un Conseil de l’ordre pour sanctionner le médecin coupable de faute professionnelle, un Barreau des avocats pour veiller au prestige et à la réputation de cette profession, un Conseil des architectes, des ingénieurs… Il n’y a point d’autorité, dans le sens qu’Alain donnait à ce terme, pour rappeler à l’ordre le journaliste coupable de désinformation, de parti pris politique ou de faute déontologique, qui est parfois nettement plus grave que le morceau d’une compresse oublié par un chirurgien dans le ventre d’un patient. Souvenons-nous du père Di Falco, de Dominique Baudis, ou encore du suicide de Pierre Beregovoy, le plus honnête et le plus intègre des ministres socialistes.

On répète souvent et à juste titre que le tempo judiciaire n’est pas celui du politique. Certes, mais dans l’affaire François Fillon, comme d’ailleurs dans le cas de Marine le Pen, la synchronie entre les deux temps est pour le moins troublante, et la concomitance des calendriers stupéfiante.

Le premier pouvoir, c’est l’isoloir

François Fillon, comme Marine le Pen, comme tous les autres candidats à l’élection présidentielle, ont été choisi par leurs partis et par leurs bases, pour se disputer loyalement et démocratiquement le pouvoir suprême. Quels que soient les faits présumés que l’on peut reprocher aux uns et aux autres, aucune autorité et aucun pouvoir ne peut se substituer au verdict des urnes et les empêcher de se présenter devant le suffrage universel des Français. C’est à lui et à lui seul de déterminer le sort de ces candidats… et le destin de ce pays. A 45 jours du premier tour, il faut transcender cette polémique politico-juridico-médiatique et laisser, enfin, les candidats débattre sur les questions de fond, sur les idées et les projets.

Avec 6 millions de chômeurs et 9 millions de paupérisés, avec une économie et une industrie en berne, avec une métastase de l’islamo-fascisme, avec une montée sans précédent du terrorisme global, avec un choc des civilisations qui n’est plus « cassandresque » mais réel, avec une invasion migratoire aussi tragique que périlleuse, avec des turbulences prévisibles dans les relations internationales… les Français ont besoin de paroles rassurantes… et surtout d’actions déterminantes.

Que les journalistes enquêtent en respectant leur déontologie, que les juges enquêtent sans y associer les médias, et que les candidats à l’élection présidentielle débattent démocratiquement sur les questions de fond et non sur des affaires qui n’intéressent guère les Français.

Erdogan: le match du courage et de la lâcheté

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Le Grand Turc et le petit président: François Hollande reçoit Recep Tayyip Erdogan à l'Elysée, octobre 2014. SIPA. AP21645889_000005

La lâcheté de nos dirigeants est parfois, comme il est dit du mystère de Dieu, non pas impénétrable mais insondable… D’autres responsables régionaux, dans d’autres pays, savent heureusement faire preuve de plus de courage.

Il est ainsi de ceux de la Suède, de la Suisse ou de l’Autriche, où des meetings de soutien à Recep Tayyip Erdogan ont été annulés. Il en est ainsi, encore, de l’Allemagne, où plusieurs réunions électorales pro-AKP dans plusieurs villes ont été interdites, et où le ministre turc de la justice a dû annuler son déplacement en vue de ces réunions, malgré une réponse peut-être un peu trop mesurée d’Angela Merkel qui, après qu’Erdogan a accusé Berlin de « pratiques nazies » a sobrement appelé à garder son sang-froid, et rappelé l’absurdité, en l’espèce, de ce type de comparaisons historiques. La déclaration du nouveau Grand Turc aurait mérité une vraie colère, mais madame Merkel tient avant tout à préserver l’accord indigne de mars 2016 qu’elle avait négocié avec Ankara sur les migrants, accord entériné par l’Union européenne, et qui, en nous préservant pour l’instant des flots de réfugiés que nous ne voulons pas connaître, fait du sultan d’Ankara un maître-chanteur, toujours la main sur les vannes de l’exode qu’il peut rouvrir selon ses humeurs ou ses intérêts…

La honte, la honte, la honte

Il en est ainsi, enfin, des Pays-Bas, qui n’ont pas hésité à interdire l’atterrissage du ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, lequel devait prendre la parole à un meeting de soutien à Erdogan à Rotterdam, puis à reconduire à la frontière avec l’Allemagne Fatma Betül Sayan Kaya, ministre turque de la Famille, désireuse de remplacer Mevlüt Çavuşoğlu à ce même meeting… Les Pays-Bas, à leur tour, se sont vus traiter par Erdogan de « fascistes » et de « nazis », lequel les a même avertis qu’ils « paieraient le prix fort » pour leur « attitude », tandis que son ministre des Affaires étrangères déclarait que La Haye devrait faire des excuses… Pas trop atteint par la menace, le gouvernement néerlandais a déclaré, par la voix de son Premier ministre, qu’Erdogan dépassait les bornes, et qu’il était hors de question de faire des excuses à des gens qui traitaient les Néerlandais de nazis… Digne, courageux, honorable.

On aurait aimé pouvoir en dire autant des autorités françaises… Mais, avant de parler de la honte, une remarque : il est étrange, et assez incohérent, que l’insulte « nazi » soit utilisée par monsieur Erdogan, lequel n’avait pas hésité, à l’occasion d’un discours public, à citer l’Allemagne nazie comme exemple de régime présidentiel fort, comme celui qu’il voudrait instaurer en Turquie, pays où, Mein Kampf a été publié en 2005 et reste un best-seller

La honte, donc. Celle d’avoir laissé le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, encore tout énervé de sa mésaventure néerlandaise, venir à Metz, en France, et prendre la parole à un meeting de soutien en faveur de la réforme constitutionnelle voulue par Erdogan. Et le laisser, pendant cette réunion, continuer à s’en prendre, sur notre territoire, aux autorités de La Haye, un pays membre comme nous de l’Union européenne… Cette lâcheté est injustifiable. La moindre des choses, le minimum de courage politique et de dignité d’Etat eût été de se montrer solidaire avec l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas. Nous n’en avons pas été capables. Et le Grand Turc, cynique, nous a en retour gratifiés d’un compliment, saluant la France pour « ne pas être tombée dans le piège »… Il y a des compliments plus infâmants que des injures, quand ce sont des despotes affichant le mépris le plus absolu pour la démocratie qui les formulent…

Le scandale, une arme électorale

Ce mépris pour la démocratie est au cœur de ce qui se joue ici. Il ne s’agit pas seulement de dignité, et de fierté nationale allemande, néerlandaise ou française. Erdogan jette tout ce qu’il peut dans la bataille électorale, avant le référendum du 16 avril prochain. Profitant du coup d’Etat raté de juillet 2016, celui qui n’a pas hésité à rallumer une guerre intérieure et extérieure avec les Kurdes pour s’assurer une majorité législative, et qui a fait depuis l’été 2016 emprisonner près de 40 000 personnes, poursuivre des centaines de journalistes et « effacer » de tout emploi public et privé près de 130 000 fonctionnaires, les condamnant ainsi à une « mort sociale », veut à tout prix réaliser son rêve : restaurer en l’incarnant la « grandeur » totalitaire du pouvoir ottoman, celui du sultan, le Grand Turc comme on disait. Pour cela, il faut que sa réforme institutionnelle passe. Cette réforme en termine une bonne fois pour toute avec la démocratie, ses principes et ses valeurs : le président (Erdogan) exercera tout le pouvoir exécutif, sans Premier ministre ; il nommera et limogera les ministres ; il pourra intervenir sur l’exercice de la justice en nommant plusieurs des membres du Haut-Conseil des juges et procureurs en charge de nommer et destituer le personnel judiciaire ; fini l’indépendance de la justice.

Mais Recep Tayyip Erdogan n’est pas totalement assuré de la victoire au référendum. Une partie importante de l’électorat turc hésite, ou réprouve sa réforme. La répression post-coup d’Etat a peut-être été un peu trop loin… et la situation économique ne cesse de se détériorer, dans une société désagrégée par ladite répression, les conflits, l’instabilité… Et puis l’idéal démocratique n’est pas mort aux yeux de beaucoup de Turcs, qui résistent, comme ils peuvent, au quotidien. Même au sein de l’AKP, le parti d’Erdogan, il y a des éléments qui doutent, qui rechignent… Alors les voix des millions d’électeurs résidant en Allemagne, au Pays-Bas, en France, ailleurs en Europe, sont cruciales, et peuvent faire la différence… D’où l’agressivité des ministres envoyés par Erdogan mobiliser ceux-ci en Europe, autour d’un nationalisme toujours vivace dans les communautés expatriées…

C’était donc là qu’il fallait se montrer à la hauteur. Courageux, dignes, solidaires, européens, et démocrates, face au Grand Turc et ses colères de tyran. Hélas la France n’en a pas été capable. Nous avons encore une fois choisi le déshonneur pour éviter le conflit. Nous aurons de toute façon à la fin le conflit, mais avec le déshonneur. Winston Churchill, père de la formule, aurait probablement déjà demandé, lui, l’exclusion de la Turquie de l’Otan, en dirigeant lucide qu’il était, averti que l’on ne saurait avoir une alliance militaire opérante, durable et fiable avec un pays dont les dirigeants ne partagent pas nos fondamentaux politiques… et nous insultent sans vergogne.

Imagine-t-on De Gaulle se coucher devant Erdogan?

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Sipa. Feature Reference: AP21967032_000003 .

Il ne faut pas abuser des grands mots, et encore moins des comparaisons historiques. Mais là on a du mal à éviter les uns et les autres. Après le communiqué de Jean-Marc Ayrault appelant à « l’apaisement », dans la crise opposant la Turquie à deux pays de l’Union européenne, les termes qui viennent à l’esprit sont : Indignité, déshonneur, honte. Quant à la comparaison historique, elle s’impose d’elle-même : en 1938,  Chamberlain et Daladier nous invitaient à l’appeasement face à Hitler, en 2017, Ayrault prône l’apaisement face à Erdogan. On aimerait penser que c’est par hasard ­ – et par une ignorance historique crasse – que le chef de notre diplomatie a précisément choisi, parmi tous les mots qu’il aurait pu employer, celui qui rappelle comment, à Munich, l’Europe s’est couchée devant le Führer. Mais on ne voit pas comment un professeur d’allemand pourrait ignorer ce triste épisode devenu un nom commun. Difficile, dans ces conditions, de ne pas voir dans le communiqué du Quai d’Orsay l’expression d’un inconscient munichois qui nous pousse à capituler aujourd’hui devant l’islam radical comme hier devant le nazisme.

L’UE sans chair ni passé

Car il ne s’agit pas seulement ici de « solécisme en parlant », comme aurait dit Molière, mais d’une étrange faute dans la conduite de notre politique étrangère. S’il y a une continuité dans le quinquennat de François Hollande, et aussi une cohérence entre les discours et les actes, c’est bien la préférence européenne. Le président de la République a fait de la solidarité avec l’Europe en général et l’Allemagne en particulier le point névralgique de sa politique, y compris, souvent, contre l’avis des Français. Après avoir juré qu’on allait voir ce qu’on allait voir et promis que Merkel saurait de quel bois il se chauffe, il s’est pratiquement inscrit, au long de ces cinq années, dans le sillage de Berlin.

Face à la Turquie d’Erdogan et à ses prétentions folles à venir enrôler sous notre nez des citoyens européens, c’était le moment ou jamais de parler d’une seule voix. Et c’est la France qui se couche, la France qui aime tant donner çà ses partenaires des leçons de savoir-vivre européen. Si on avait voulu prouver que l’UE n’est qu’une série de règles destinées à faciliter la vie des multinationales et qu’elle n’est porteuse ni de la civilisation, ni des valeurs dans lesquelles les gouvernants européens, particulièrement les Français, adorent se draper, on ne s’y serait pas pris autrement.

Toutefois, que l’UE prouve, une fois de plus, qu’elle n’a ni chair, ni passé, ni d’ailleurs la moindre ambition de transmettre l’héritage historique de l’Europe, n’est pas le plus grave. Ce qui cause un véritable chagrin, et pour tout dire, de la honte, c’est de voir la France se singulariser dans la soumission. On croyait que les Pays Bas, et dans une moindre mesure l’Allemagne, qui ont ouvertement choisi le modèle multiculturel de coexistence des différences, étaient plus vulnérables que la France républicaine aux défis identitaires. Lancé de l’extérieur par le chef d’un Etat supposé ami, celui-ci semble avoir réveillé la fierté nationale des Hollandais et des Allemands, quand celle-ci paraît absente au plus haut niveau de l’Etat en France. Alors que le chef de l’Etat turc, rendu fou furieux par le refus de deux pays européens de laisser tenir meeting, se répandait en imprécations, allant jusqu’à évoquer le nazisme, Jean-Marc Ayrault ne voyait « pas de raison d’interdire » une réunion similaire organisée à Metz, « réunion qui, au demeurant, ne présentait aucune possibilité d’ingérence dans la vie politique française. »

Nous sommes les champions de la tolérance

Que les représentants d’un parti étranger viennent prêcher des valeurs étrangères ou frontalement opposées aux nôtres devant des citoyens français ou des étrangers établis en France, ne constitue pas seulement une ingérence dans notre vie politique, mais une  inacceptable intervention dans notre existence collective assortie d’un risque de trouble à l’ordre public qui devrait suffire à n’importe quel Tribunal administratif pour interdire la réunion. Du reste, on voit mal pourquoi des partis étrangers, même parfaitement aux normes de la démocratie libérale, feraient campagne en France. Jean-Marc Ayrault se monterait-il aussi accommodant si les responsables du Likoud, par exemple, avaient la très mauvaise idée de tenir meeting à Sarcelles ?

Mais voilà que nous sommes désormais les champions de la tolérance, face à un régime qui s’éloigne chaque jour un peu plus de ces normes. Et, tout cela, me rappelle Alain Finkielkraut, pour un type qui bafoue les libertés, emprisonne les opposants et a, sous couvert de réprimer un coup d’Etat, organisé un contre-coup d’Etat. Sans parler de son palais de 600 pièces. On dirait qu’Erdogan se croit tout permis. « C’est un seigneur ottoman qui nous traite de nazis », résume Finkielkraut. Et qui sait à merveille retourner nos libertés contre nous.

La position française a été condamnée par une grande partie de la classe politique, de Esther Benbassa à Marine Le Pen, en passant par Macron et Fillon, mais à la notable exception de Benoît Hamon qui, à la Guadeloupe, a estimé  que  « le rôle de la France n’était pas d’interdire a priori un débat en dépit de nos désaccords avec Erdogan », tout en déplorant, bien sûr, les noms d’oiseaux et autres comparaisons infâmantes employés par celui-ci et en appelant la Turquie à la raison. Si on leur demande gentiment ça va sûrement marcher. En attendant, la diplomatie du laisser-faire de Jean-Marc Ayrault et François Hollande est parfaitement en phase avec le discours de l’excuse qui a cours dans une grande partie de la gauche au sujet des méfaits commis par des enfants d’immigrés, dont une partie refuse avec constance de changer de généalogie, préférant la loi des Frères à celle de la République. C’est aussi devant ceux-là que Jean-Marc Ayrault capitule. Pas parce qu’il aime les islamistes. Parce qu’il croit qu’ils sont les plus forts. C’est encore moins glorieux.

Lyon, capitale de la Macronie

Emmanuel Macron aux côtés de Gérard Collomb, maire de Lyon, à un rassemblement du mouvement En Marche !, Paris, 5 novembre 2016.

Si, d’aventure, Emmanuel Macron devait se retrouver président de la République française à l’issue de la mêlée électorale à rebondissements à laquelle nous assistons, c’est à Lyon qu’il devrait, en toute gratitude, venir célébrer son historique victoire.

La métropole rhodanienne, considérée (à tort !) comme peu encline à se mêler d’influer de manière décisive sur le destin de la nation et préférant des édiles besogneux et discrets aux ténors de la « grande » politique parisienne pour la gérer et la représenter dans la capitale, s’est en effet engagée comme jamais dans son histoire en faveur d’un candidat venu d’ailleurs.

Le laboratoire du vieux Macron

Une aventure politique singulière, celle d’un jeune homme se lançant à l’assaut du sommet sans parti, sans expérience des luttes d’appareils, en méprisant souverainement le « cursus honorum » classique décrit jadis lapidairement par Valéry Giscard d’Estaing (député à 30 ans, ministre à 40, président de la République à 50), aurait-elle pu se frayer un chemin vers le succès sans qu’un homme, le sénateur maire Gérard Collomb, et une ville, Lyon, se soient rangés derrière lui, avec une ferveur peu coutumière du lieu et des gens qui l’habitent ? Il est permis d’en douter.

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Même si la victoire finale est encore loin d’être acquise pour Emmanuel Macron, cette conquête politique de la capitale des Gaules est l’assurance, pour lui, de ne pas tomber dans le néant qui menace ceux qui, comme François Bayrou, échouent de justesse au pied de la dernière marche… Si cela devait être le cas, Lyon la prospère, l’internationale, entrée avec succès dans la mondialisation heureuse et la révolution numérique, pourrait l’accueillir comme un des siens, pour se préparer au combat suivant. Gérard Collomb, 69 ans, s’est trouvé un héritier spirituel à sa convenance après avoir pris soin, tout au long de sa carrière, de savonner la planche de tous ceux de ses « amis » politiques qui étaient susceptibles de contester sa prééminence.

Lyon a été un laboratoire du macronisme avant même que le dénommé Macron songe à entrer par la grande porte dans l’arène politique. L’alliance historique de la social-démocratie avec le monde de l’entreprise, l’appel aux compétences issues de la société civile pour gérer la cité, l’assèchement, à son profit, du marais centriste pour confiner la droite locale dans son ghetto sociologique sont les marqueurs de l’exercice du pouvoir municipal et métropolitain exercé par Gérard Collomb depuis son accès à l’Hôtel de Ville et à la tête du Grand Lyon en 2008.

Lorsque, en 2011, la candidature de Dominique Strauss-Kahn se fracasse dans une chambre d’hôtel de Manhattan, Collomb se sent délié de toute allégeance envers un socialisme solférinien incarné par François Hollande, qui l’a[access capability= »lire_inedits »] toujours snobé au profit de ses rivaux locaux au sein du parti, comme l’ancien ministre et président de la région Rhône-Alpes Jean-Jack Queyranne. En 2016, Gérard Collomb n’a pas levé le petit doigt, dans la campagne des régionales, pour aider Queyranne à défendre un fauteuil qu’il a dû céder au très droitier Laurent Wauquiez…

C’est donc sans états d’âme, et même avec une visible jubilation, que Gérard Collomb met alors toute son énergie à placer son poulain en orbite présidentielle, avant même que Macron n’ait franchi le Rubicon en quittant le gouvernement Valls, le 30 août 2016 : réception fastueuse et chaleureuse à l’Hôtel de Ville, mise à sa disposition des réseaux locaux, nationaux et internationaux du maire de Lyon. Manuel Valls est furieux : il organise, en mai 2016, une réunion interministérielle consacrée à la politique de la ville à Vaulx-en-Velin, commune membre de la Métropole de Lyon, sans convier son président Gérard Collomb, pourtant principal financeur des actions menées dans cette banlieue difficile dans le cadre de l’aide aux quartiers sensibles… Le camouflet est d’autant plus cuisant que Valls est alors accompagné de Najat Vallaud-Belkacem, ancien « bébé Collomb » au PS lyonnais qui vise ouvertement, contre son ancien mentor, le leadership de la gauche locale lorsque les urnes de mai auront parlé et, espère-t-elle, fait d’elle la députée de Villeurbanne, deuxième ville de la Métropole…

Une nouvelle bourgeoisie plus entreprenante que bohème

Les poids lourds du système Collomb sont détachés au service de Macron : Jean-Marie Girier, fidèle chef de cabinet du maire depuis 1995, devient directeur national de campagne du candidat Macron et Bruno Bonnell, icône lyonnaise de la nouvelle économie numérique et collombiste de toujours, est le « référent » (c’est comme cela qu’on désigne les chefs en Macronie) d’En Marche ! pour la Métropole et le département du Rhône.

Ce n’est pas encore la rencontre d’un homme et d’un peuple, comme le veut la légende dorée de l’élection présidentielle de la Ve République, mais c’est déjà le flirt poussé entre la réalité sociologique d’une cité où la nouvelle bourgeoisie est plus entreprenante que bohème, et un jeune prodige de la politique qui sait leur parler avec les mots qu’ils comprennent : le franglais décomplexé, le texto en rafales, les tics de langages du jargon managérial… le supplément d’âme c’est la posture christique du candidat en meeting pendant que la « Team ambiance » chauffe par Instagram les « helpers » (jeunes militants en tee-shirts) chargés de guider le public et de faire la claque.

En quelques semaines, les comités En Marche ! éclosent en région lyonnaise comme les champignons après une pluie d’automne. Collomb jubile : les marcheurs macronistes seraient, selon lui, plus nombreux que les membres encartés du PS dans le département. Et il évoque, devant les journalistes, l’hypothèse d’une adhésion collective des partisans de Macron au vieux parti pour faire bouger les lignes après l’élection présidentielle, quel que soit son résultat.

Cependant, ces « marcheurs », dans leur grande majorité, ne sont pas sortis de leur bulle individualiste pour rejoindre les chemins d’une action politique à l’ancienne : ils sont là pour soutenir un homme qui leur semble capable de rompre avec le monde ancien sans chambouler une société dans laquelle, pour la plupart, ils tirent leur épingle du jeu. Leur révolte (bien sage) contre ce système honni de toute part, c’est la version française du « soulèvement des modérés » évoqué par Milan Kundera pour caractériser la révolution de velours à Prague en 1989, contre un pouvoir communiste en déliquescence. Ils sont le « parti du progrès modéré dans les limites de la loi », fondé jadis par l’humoriste tchèque Jaroslav Hašek », le père du Brave Soldat Chvéïk. Tous ces gens-là n’attendent pas de leur candidat un programme clés en main qui comblerait leurs attentes et leurs aspirations : des projets, ils en ont déjà, pour eux et pour leurs enfants. Ils demandent simplement que l’on dégage, pour eux qui sont pleins d’idées, d’énergie et d’espoir, un chemin encombré par les pesanteurs héritées du passé, les vieux partis, les vieilles idées, les vieilles lois, les vieux tabous. Et les vieux tout courts…

Ils marchent, côte à côte, ravis de se retrouver ensemble dans un meeting politique auquel beaucoup d’entre eux participent pour la première fois de leur vie. Ils sont modérément enthousiastes en dépit des efforts de la « Team ambiance ». Ils font du tourisme politique comme on fait un city trip à Vienne ou Copenhague pour décompresser après une séquence de stress au boulot. On apprécie le show, mais on garde une bonne part de son quant-à-soi. Si cela marche, tant mieux, sinon tant pis. On se consolera avec la sagesse de Guignol, lequel estimait, fataliste, que « tout le monde, y peut pas être de Lyon, passque y en faut bien qu’ils soyent d’ailleurs » !

 

Entretien avec Loïc Chabrier, maire-adjoint (PS) de Villeurbanne, chargé de la culture.

Loïc Chabrier, 50 ans, maître de conférences en droit public à l’université Lyon 2, est élu au conseil municipal de Villeurbanne depuis 2008 et conseiller de la Métropole de Lyon. Il est adhérent du parti socialiste depuis 1996.

Causeur. Vous avez choisi de soutenir la candidature d’Emmanuel Macron dès que celui-ci a déclaré son intention de briguer l’Élysée. Pourquoi ?

Loïc Chabrier. Ce choix se situe dans la logique de mon parcours intellectuel et politique commencé il y a vingt ans, lorsque j’ai adhéré au parti socialiste après la fin de mes études. Je me suis toujours situé dans la tradition d’une gauche réaliste en économie, proche des préoccupations de la société, engagée dans la construction européenne. C’est pourquoi j’avais soutenu DSK lors de la primaire de 2006, tout en appréciant le style nouveau de la campagne présidentielle menée par Ségolène Royal… Je pense qu’il est temps de procéder à la clarification politique imposée par la fracture au sein du PS apparue lors du référendum de 2005 sur le projet de constitution européenne. En dépit des efforts de synthèse de François Hollande, cette fracture existe toujours… Emmanuel Macron me semble le mieux à même d’opérer cette nécessaire clarification. Pour résumer : si j’avais appartenu à la génération précédant la mienne, j’aurais été mendésiste, aujourd’hui je suis macroniste !

Si à Lyon la majorité des élus socialistes ont suivi le sénateur maire Gérard Collomb dans son soutien à Macron, à Villeurbanne les élus PS de la majorité municipale se sont prononcés en faveur de Benoît Hamon. Et vous n’êtes que trois macronistes dans le conseil municipal. Cela ne risque-t-il pas de créer des problèmes internes ?

En ce qui me concerne, mon engagement au côté d’Emmanuel Macron s’est effectué dans la clarté et la transparence… J’ai toujours été loyal, sur tous les sujets politiques municipaux envers le maire Jean-Paul Bret, et celui-ci me fait confiance pour la délégation aux affaires culturelles, un gros dossier pour notre ville qui abrite le TNP, l’École nationale de musique, des institutions au rayonnement national. Jean Paul Bret a toujours été respectueux du choix des uns et des autres au niveau national.

Parlons culture, justement, votre domaine d’intervention politique. Les propositions du candidat Macron dans ce domaine ne sont pas très consistantes, on ne voit pas de grands projets culturels à la mesure de ceux mis en œuvre par quelques-uns de ses prédécesseurs…

Vous en voyez, vous, des projets culturels consistants dans les programmes de ses concurrents ? Sur ce point comme sur d’autres, ses propositions développées surviendront en temps utile, dans le processus d’élaboration collective du programme mis en œuvre par les équipes d’En Marche ! Mais je constate que d’ores et déjà, il a lancé des pistes intéressantes, comme l’idée d’ouvrir les bibliothèques publiques le soir et les jours fériés, un moyen efficace de réduire les inégalités culturelles. Plus généralement, on trouve chez Macron la volonté de bousculer les immobilismes, les situations acquises, et la recherche de solutions innovantes qui doivent s’appliquer au domaine culturel comme ailleurs. Le financement public des institutions culturelles fait actuellement de ce secteur la variable d’ajustement des budgets de l’État et des collectivités territoriales. On pourrait, par exemple, faire davantage appel au mécénat, comme cela se produit dans d’autres pays comparables.

Lors de son meeting du 4 février à Lyon, Emmanuel Macron a déclaré : « Il n’y a pas de culture française. Il y a une culture en France. Et elle est diverse. » Ces propos ont provoqué quelques réactions, notamment de la part de ceux qui rejettent le relativisme culturel à la mode… Qu’en pensez-vous ?

De mon point de vue, ces réactions témoignent d’une crispation identitaire que ces propos n’auraient pas provoquée quelques années plus tôt. Pour moi, j’entends cela comme l’affirmation que notre culture française, si riche et variée, s’est nourrie au fil des siècles d’une multitude d’apports, issus des régions et des étrangers venus créer en France. Ces réactions me semblent donc excessives.

Emmanuel Macron a qualifié de « crime contre l’humanité » la colonisation française en Algérie. Qu’en pensez-vous, comme juriste ? 

Je pense d’abord que le propos visait la colonisation dans son ensemble et pas seulement en Algérie. La qualification s’entend sur le plan juridique mais elle a aussi une connotation morale, celle à laquelle faisait sans doute allusion Emmanuel Macron. Il n’empêche que ce n’est pas un terme que j’aurais utilisé moi-même. En revanche, il est légitime de regarder cette histoire de manière objective, comme nous l’avons fait pour d’autres périodes troubles de l’histoire de France. Je noterai surtout qu’Emmanuel Macron a bien souligné qu’il n’était ni dans le déni ni dans la repentance.

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Face à Erdogan, l’honneur des Pays-Bas

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Le consultat des Pays-Bas à Istanbul attaqué par des manifestants qui y hissent le drapeau turc, mars 2017. Sipa. Numéro de reportage : AP22026134_000033.

Au royaume de Hollande, pas si loin de chez nous, on ne veut plus transiger avec la démocratie et la souveraineté nationale.

Ingérences multiples

Il se trouve que les provocations verbales du clan Erdogan hérissent depuis peu l’Europe du nord. L’internement de plusieurs journalistes turcs a fait sortir de leur réserve les diplomaties occidentales les moins lâches. Angela Merkel a eu le toupet de regretter que « plus de 100 journalistes sont emprisonnés » en Turquie, et elle a demandé la libération de Deniz Yücel, le correspondant du quotidien Die Welt en Turquie. Ses électeurs s’agacent de cette campagne de l’étranger, menée au nom d’un parti islamiste qui bafoue chaque jour les principes élémentaires de l’Etat de droit. Le 7 mars, le meeting de Hambourg était annulé. C’est depuis le balcon de la résidence du consul général de Turquie que M. Cavusoglu a déploré que « l’Allemagne ne devrait pas intervenir dans nos élections! ». Les Turcs s’y connaissent en droit d’ingérence…

L’Autriche, la Suisse, l’Allemagne, la Suède, le Danemark et les Pays-Bas ont tour à tour pris des mesures pour interdire des rassemblements pro-AKP. Le nettoyage politique de la population kurde et le combat à double tranchant de l’armée turque en Syrie ont fini par gêner les partis conservateurs qui briguent une réélection en Allemagne et aux Pays-Bas.

Metz plutôt que Rotterdam

L’avion du ministre turc des Affaires étrangères n’a donc pas pu se poser à Rotterdam où il comptait mobiliser ses soutiens. Mevlut Cavusoglu, le ministre des Affaires étrangères, a bien essayé d’atterrir de force à Rotterdam où le maire de la ville, Ahmed Aboutaleb acceptait de l’accueillir. Mais le gouvernement de Mark Rutte a maintenu qu’il n’était pas le bienvenu. Sa venue faisait courir un risque de trouble à l’ordre public. La diaspora kurde et arménienne mais aussi des militants des droits de l’homme avaient l’intention de manifester leur mécontentement. C’est donc à Metz que le représentant de l’AKP  a pu tenir son meeting en toute tranquillité. Les femmes voilées d’un côté et les hommes barbus de l’autre, comme à Strasbourg il y a quelques mois. Et Jean-Marc Ayrault d’appeler les parties à « l’apaisement ».

Le régime de Recep Tayyip Erdogan est en campagne plébiscitaire pour se donner toujours plus de pouvoir. La réforme constitutionnelle, taillée sur mesure pour le néo-sultan d’Ankara, cherche des militants dans ses bastions électoraux: la diaspora d’Europe occidentale. Il s’agit d’étouffer les dernières velléités d’opposition et de donner au Président Erdogan les quasi-pleins pouvoirs. Ces millions d’admirateurs du Président turc résident sur notre continent mais vivent comme en Turquie. Ils soutiennent le leader turc et veulent faire campagne à Strasbourg, à Rotterdam et à Hambourg. Chez nous, l’AKP est chez lui. Un militant turc de Rotterdam menaçait vendredi soir: « nous sommes 250 000 turcs ici et nous sommes tous des soldats ottomans! »

Erdogan voit des nazis partout

Les réticences européennes ont entraîné la fureur de Recep Tayyip Erdogan. Lequel a riposté avec des facilités oratoires bien de chez nous: les Pays-Bas sont des «vestiges nazis, fascistes» a-t-il simplement répondu. Erdogan, qui semble bien connaître l’histoire de l’Empire ottoman, est moins à l’aise avec l’histoire de la République turque. Aurait-il oublié que la Turquie avait signé en 1941 un pacte de non-agression avec Hitler ? Pacte qui ne fut rompu qu’en 1945, alors que le régime nazi s’effondrait. Que fit la Turquie quand la Hollande fut envahie avec la France par les panzer de la Wehrmacht? C’est une question qu’il faudrait poser à M. Erdogan. Tandis que la famille royale s’exilait à Londres, l’armée hollandaise résistait courageusement avant de subir quatre années d’occupation nazie sous la férule du Reichskommissar Arthur Seyss-Inquart.

Les grands rassemblements de masse qui couvrent les meetings turcs de drapeaux rouges au croissant et à l’étoile blanche rappellent de douloureux souvenirs aux Néerlandais. On a souvent complaisamment qualifié le régime AKP d' »islamo-conservateur ». On s’est trompé, le parti d’Erdogan est dans une dérive fascisante qu’il serait bon de dénoncer ouvertement. Et pas qu’en Hollande.

L’Âge d’homme: le cercle des poètes réels

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Vladimir Dimitrijevic. Photo : Slobodan Despot.

Je suis entré aux éditions L’Age d’Homme en 1986, à peine âgé de dix-neuf ans. Je m’étais inscrit à l’université de Lausanne sans conviction et je voulais financer mes études tout seul. Mon professeur de français au lycée m’avait recommandé d’aller frapper à la porte de cette maison prestigieuse dont le siège était également à Lausanne. A l’époque, L’Age d’Homme jouissait d’une renommée mondiale pour ses grandes traductions du monde slave, en particulier les œuvres immenses de Vassili Grossman et d’Alexandre Zinoviev. En plus de leurs exceptionnelles qualités littéraires, les grands auteurs slaves publiés à L’Age d’Homme étaient porteurs de témoignages capitaux et irréfutables contre un empire qu’il était encore malséant et dangereux de critiquer: le régime soviétique. Grossman comme Zinoviev, du reste, avaient d’abord été imprimés à L’Age d’Homme en langue originale russe et réintroduits en URSS par des canaux clandestins.

Premiers labeurs

Vladimir Dimitrijevic (Dimitri pour le cercle des amis et connaissances) passait pour un énergumène, un flibustier et un fieffé réactionnaire. On lui reconnaissait néanmoins une culture immense, des intuitions de prophète ainsi qu’un flair éditorial hors du commun. Avant d’être reçu par lui, j’avais dû attendre des heures durant, comme chez le dentiste, dans une salle d’attente constituée de deux banquettes de bus VW. Je lui avais apporté des essais de traduction manuscrits. Il n’avait pas même ouvert mon cahier, mais m’avait fixé d’un air maussade, s’était tourné vers son fouillis de dossiers et en a tiré un pavé de la taille d’une Bible. «Pourriez-vous me traduire ceci?» Ce n’était pas la Bible, mais ce n’en était pas loin. Le Pécheur de Dobrica Ćosić (Dobritsa Tchossitch), le plus grand écrivain serbe vivant, qui était aussi le plus illustre opposant au régime titiste. Il vivait encore en résidence surveillée, mais sa production littéraire était tolérée. Tolérée sans plus: Le Pécheur était à la fois un best-seller et un motif de mise aux arrêts si on vous piquait à le lire pendant votre service militaire. C’était aussi la première partie d’une trilogie colossale sur la folie des luttes intestines du communisme à la veille de la IIe Guerre mondiale: Le Temps du Mal. Cette imposante œuvre littéraire et politique était confiée sans un instant d’hésitation aux bons soins d’un étudiant inconnu.

J’ai donc traduit les 800 pages du Pécheur, maladroitement, en quelques mois. Puis la suite — plus de 1000 pages —, durant l’été de mes vingt ans. Dix heures de travail de forçat chaque jour pendant que mes camarades d’études bourlinguaient ou se doraient la pilule. Le métier du livre m’a été inculqué comme chez les artisans de jadis le maniement des outils: à force d’usage, jusqu’au sang, jusqu’à l’évanouissement.

Je pensais alors que ces travaux n’étaient que des expédients. Mon projet était de m’inscrire à l’académie de cinéma de Prague. On n’y avait pas voulu de moi. J’ai poursuivi en parallèle des études de lettres à l’université et la pratique des lettres dans la traduction et l’édition. Inutile de dire que la différence entre la théorie et la pratique s’est rapidement révélée abyssale.

C’est stupéfiant à écrire aujourd’hui, mais on était encore au temps du Rideau de Fer. Au-delà de Checkpoint Charlie, c’était la misère, la terreur, la censure. En-deçà, à Berlin, la liberté d’expression, d’entreprise, de développement… Et une sécurité, une aisance qui rendaient la vie presqu’insipide. Influencé par mes lectures de l’époque, j’ai cru comme beaucoup que nous touchions à la «fin de l’histoire».

Le réveil de l’histoire

J’y ai cru, mais pas très longtemps. La guerre a éclaté en Yougoslavie, comme une tempête dans un ciel bleu, au tournant des années 1990. Une monstrueuse machine de propagande et de désinformation s’est mise en place. Bien que d’origine mixte, serbo-croate — typiquement yougoslave, donc —, j’ai pris parti pour le camp des proscrits: les Serbes. De même que je soutenais les Indiens dans les westerns, à l’époque où on les peignait encore comme des sous-humains.

L’Age d’Homme venait de vivre son apogée. En 1986, Migrations de Milos Tsernianski, le «plus beau roman du monde», lui avait valu le Grand Prix de l’Académie française. En Suisse, la collection Contemporains rassemblait les plus fortes voix de la littérature contemporaine, tandis que Poche Suisse rassemblait le meilleur de l’héritage helvétique. L’Age d’Homme hébergeait les plus éminents auteurs belges, les grandes traductions classiques, l’histoire du cinéma, le théâtre d’avant-garde. L’Age d’Homme publiait l’intégrale du merveilleux Georges Haldas et poussait avec Vladimir Volkoff jusque dans les eaux du best-seller…

Au moment de mon arrivée, ces belles années prenaient fin. Avec Gorbatchev et le démantèlement de l’URSS, on s’était empressé de décréter l’antisoviétisme has-been pour ne pas devoir lui donner raison. Vladimir avait perdu de précieux soutiens. Les ventes fléchissaient. J’attribuais alors cette crise à la conjoncture. Je vois aujourd’hui qu’elle avait aussi d’autres motifs. Notamment celui-ci, qui était encore invisible: le règlement de comptes du monde occidental avec le monde russe. L’assèchement graduel de l’intérêt culturel pour le monde de l’est. La réduction de la littérature et du cinéma russes «eurocompatibles» à des histoires d’ivrognes et de crétins corrompus.

De 1989 aux années 2000, la Russie n’a plus existé sur la scène internationale. Les Allemands et les Américains avaient décidé de dépecer la Yougoslavie et de «punir» les fidèles alliés des Russes sur place (qui étaient aussi ceux des Français, autres absents de l’histoire): les Serbes. C’était une curée explicite, haineuse, à ciel ouvert, masquée par un lavage de cerveaux d’une ampleur jamais vue. Volkoff, spécialiste du genre, allait l’appeler un «cas d’école» de désinformation. Dans ce contexte, nous avons créé, V. D. et moi, un «institut serbe» à Lausanne ainsi qu’une petite revue brochée que nous imprimions nous-mêmes, dans nos locaux: Raison garder. Qu’on le croie ou non, cette revue — et elle seule — a recensé en temps réel les grandes manipulations de masse et les false flags que des auteurs impartiaux décortiqueront après coup. (Voir notamment Les vérités yougoslaves ne sont pas toutes bonnes à dire (Albin Michel) de Jacques Merlino, qui vaudra à son auteur, alors directeur des infos à France 2, une spectaculaire déchéance professionnelle.)

Je n’ai pas une ligne à regretter, pas une phrase à changer à cette première incursion dans l’«antipresse». Notre revue avait vraiment su «raison garder» en une époque de folie et d’aveuglement où des ouvrages tendancieux truffés de centaines d’erreurs factuelles comme Vie et Mort de la Yougoslavie du ridicule Paul Garde tenaient lieux de référence pour les journalistes et les diplomates. Une décennie après les événements, je créerais une nouvelle maison d’édition, Xenia, entre autres afin de continuer de publier des grands «chaînons manquants» tels que l’enquête de Jürgen Elsässer sur la manipulation du djihadisme par les services secrets occidentaux au temps de la guerre yougoslave (Comment le Djihad est arrivé en Europe).

Le grand tri

En attendant, cette polémique avait changé mon destin. Je ne deviendrais ni cinéaste, ni grand mandarin. J’ai fini par abandonner l’université, découragé tant par le conformisme pompeux qui y tenait lieu de science que par la passivité du milieu académique à l’égard d’une déformation massive de l’histoire par les médias. L’Age d’Homme, dont le patron lui-même avait mis en jeu la réputation à cause de cette guerre, restait mon dernier refuge et ma seule académie. Mon frère Marko m’y a rejoint en ce temps-là. Nous avons traduit, mis en forme, illustré, édité, des centaines d’ouvrages. Le premier conflit de l’après-guerre froide avait fait le tri autour de nous. Il y avait les spectres qui, tout instruits qu’ils étaient, s’alignaient sur la rumeur commune et nous répudiaient pour péché d’opinion. Et puis les vivants qui, comme Volkoff, Zinoviev, Dutourd, Marejko, Werner ou Haldas, restaient fidèles à la maison dans la tourmente.

Dimitri était malcommode, avare, caractériel et orgueilleux, mais il mettait la littérature et les idées au-dessus de tout. Avec lui et ses auteurs, j’ai appris très jeune que la régression totalitaire n’était pas liée à un pays, ni à une idéologie, mais à la modernité elle-même. Et que la littérature en soi, quand on y croit et qu’on s’y consacre vraiment, est une forme de résistance universelle.

La liberté d’esprit avait un prix: celui de la solitude, de l’incompréhension et du dénuement. There is no free dinner, disent les Anglo-Saxons. Si vous voulez manger à la table des esprits libres et des écrivains sans concessions, vous devez souvent vous contenter de pâté froid. Et c’était bien notre menu. Dimitri était tout le temps sur la route avec ses fourgonnettes. Nous nous arrêtions sur des aires de repos, en Bourgogne ou dans le Jura, pour avaler un bout de fromage et de saucission, fouettés par le vent. Nous parlions des auteurs, des projets, de l’idiotie contemporaine ou des beautés de la France. Nous étions libres.

J’ai quitté l’Age d’Homme en 2004, n’arrivant plus à m’entendre avec cet homme difficile. En partant, je lui ai prédit son sort et celui de la maison. Aujourd’hui, sous la direction de sa fille Andonia, L’Age d’Homme a changé de domaines d’intérêt. Ceux qui l’ont connu dans les années héroïques savent que c’était bien plus qu’une maison d’édition: une zone libérée.

Cet article a initialement été publié sur Antipresse.

Québec: les nationalistes chamboulés par Le Pen

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marine le pen fn quebec
Marine Le Pen. Sipa. Numéro de reportage : 00783850_000004.
marine le pen fn quebec
Marine Le Pen. Sipa. Numéro de reportage : 00783850_000004.

Au Québec, avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche et la montée des droites souverainistes en Europe, tous les acteurs politiques sont obligés de se repositionner sur l’échiquier. Puisque l’actualité l’oblige, les grands partis doivent se réinventer en fonction des nouveaux enjeux que sont la montée de l’islamisme, l’identité nationale et l’immigration. On a beau en parler depuis au moins dix ans dans ce pays, rien n’est réglé. Le statu quo contribue aussi beaucoup à alimenter les tensions. La trêve qui a suivi l’attentat à la mosquée de Québec n’aura même pas duré deux semaines.

Les temps évoluent, et les programmes aussi. Aucun parti politique ne peut faire fi de la nouvelle donne : qu’ils soient identitaires ou multiculturalistes, tous doivent prendre position. Comme un peu partout en Occident, le clivage s’article désormais moins en fonction de la gauche et la droite qu’à partir du mondialisme et d’un certain conservatisme.

Multicu ou culture française

Le mouvement nationaliste québécois fait actuellement face à ses propres contradictions. Il est profondément divisé : d’un côté, les partisans d’un multiculturalisme édulcoré et de l’autre, ceux qui veulent assurer la transmission de la culture française en Amérique. La semaine dernière, un reportage diffusé aux heures de grande écoute sur Radio-Canada présentait le mouvement nationaliste québécois (et plus précisément le Parti québécois) comme fondamentalement lié à tous les partis « d’extrême droite » en Europe qui font de la lutte à l’islamisme une promesse électorale.

Dans un style sensationnaliste, la première chaîne de télévision canadienne n’a pas hésité à trainer dans la boue ceux et celles qui ont critiqué de près ou de loin l’expansion de l’islamisme dans les dernières années. Le message était clair : la défense de l’identité québécoise est réservée à des intellectuels et des militants aux tendances fascistes. Quiconque s’aventure sur ce terrain devrait maintenant comprendre qu’il appartient au camp de l’intolérance. La distorsion ajoutée au montage à la voix de Marine Le Pen donnait l’impression que le diable s’était emparé elle. Marine Le Pen serait possédée.

Pour répondre aux accusations « d’islamophobie » qui pesaient contre lui, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, s’était déjà empressé de se dissocier publiquement de la patronne du FN avant la diffusion du reportage. Lui qui avait pris position en faveur d’Hillary Clinton lors des dernières élections américaines a affirmé que les militants du Parti québécois qui avaient des sympathies pour le Front national devaient être dénoncés. Le 22 mars 2016, Lisée affirmait aussi sur sa page Facebook que le programme de Marine Le Pen était « hyper-réactionnaire ». Le chef du PQ sent la soupe chaude : les appuis au FN pourraient se multiplier dans sa propre base militante…

Vers un FN québécois?

Il faut dire que le passage de Marine Le Pen au Québec au printemps 2016 est loin d’avoir favorisé la concorde dans les rangs du PQ. Si aucune formation officielle n’a accepté de rencontrer la présidente du FN lors de son séjour au Québec, cette dernière a néanmoins trouvé un écho favorable auprès d’un vaste public allergique à la bien-pensance. Dans les rangs du PQ, tous hésitent à le reconnaître… mais le FN serait même intéressé à tisser des liens importants avec le Québec en renouant avec la vieille tradition gaulliste. Un projet que défendent ouvertement Florian Phillippot et le jeune cadre Loup Viallet dans le même reportage. Les souverainistes québécois sont si attachés à la France qu’on se demande comment ils pourraient refuser de s’engager dans un tel processus.

La question n’est pas de savoir si le programme du Parti québécois est vraiment compatible avec celui du FN. Sur plusieurs aspects, il ne l’est pas. Il s’agit plutôt de déterminer jusqu’à quel point le chef du PQ pourrait s’aliéner une partie de son électorat en se conformant au politiquement correct. Dans l’éventualité d’un second tour opposant Emmanuel Macron à Marine Le Pen, gageons que la frange mondialiste du PQ osera même soutenir un candidat qui prétend que la culture française n’existe pas à seule fin de plaire aux médias !

Macron, une cause sans peuple

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Premier rassemblement du mouvement En Marche! à Paris, 12 juillet 2016.
Premier rassemblement du mouvement En Marche! à Paris, 12 juillet 2016.

De quoi Macron est-il le nom ? La question se pose à nouveau après ses récents propos polémiques. Pour avoir taxé, lors d’un voyage en Algérie, la colonisation française de « crime contre l’humanité », le leader d’En marche ! a suscité la colère des pieds-noirs et, au-delà, de la grande majorité de la droite. Pour avoir regretté que les opposants au mariage pour tous aient été « humiliés » par François Hollande et les socialistes, il a choqué la communauté gay et, au-delà, la grande majorité de la gauche. À moins de deux mois du premier tour de l’élection présidentielle, Macron semble illustrer quotidiennement l’adage selon lequel on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment. Ses opposants pavoisent. Ses partisans s’interrogent. François Fillon peut souffler : il n’est plus le seul présidentiable à alimenter la chronique.

« Il est urgent de réconcilier les France »

Il faut toujours juger les leaders politiques à l’aune de leur credo. Macron a maintes fois réaffirmé le sien : « Il est urgent de réconcilier les France » : la gauche et la droite, les gagnants et les perdants de la mondialisation, les élites et le peuple. Dans cette optique, la formule beaucoup trop lapidaire qu’il a utilisée à propos de la colonisation française est incontestablement une faute : on ne réconcilie pas en stigmatisant.

A lire aussi: Macron, candidat des milliardaires et des sous-prolétaires

Quand l’ex-ministre de l’Économie adresse un signe de respect à la France tradi, il est dans sa ligne. Quand il étrille les rapatriés, il se tire une balle dans le pied. Faut-il dès lors ne voir dans l’impromptu d’Alger qu’un clin d’œil grossier à la communauté musulmane ? Cette communauté, rappelons-le, a désormais un poids électoral non négligeable: en 2012, c’est elle qui a fait pencher la balance en faveur de François Hollande. Sans son soutien massif au candidat socialiste (plus de 90 % de ses suffrages), Nicolas Sarkozy aurait été réélu…

Les hommes politiques ont en commun d’être à la fois roués et sincères. Macron visait sans doute à Alger le vote beur mais, au-delà, il a la volonté d’aborder les sujets qui fâchent, ceux qui déchaînent les passions, comme la relation France-Algérie. Car la « réconciliation des France » passe, notamment, par la réconciliation de la France et de l’Algérie. Dans son dernier livre[1. La Cause du peuple, éditions Perrin.], Patrick Buisson affirme justement que « la guerre d’Algérie n’est pas terminée ». Cette plaie mal refermée est, avec la question de l’islam, au cœur du malaise entre les « de souche » et[access capability= »lire_inedits »] la communauté maghrébine.

Un ancien président l’avait compris, Jacques Chirac, qui a entrepris de négocier avec Abdelaziz Bouteflika un traité d’amitié sur le modèle du traité franco-allemand signé en 1963 par le général de Gaulle et Konrad Adenauer. De même qu’il convenait, au début de la Ve République, de tirer un trait sur les deux conflits qui nous avaient opposés à l’Allemagne, de même il est éminemment souhaitable de clore ce dernier chapitre de notre histoire coloniale. « Il faut savoir terminer une guerre », a-t-on envie d’écrire, pour faire la synthèse entre Patrick Buisson et… Maurice Thorez.

Un chrétien de gauche

Chirac a échoué pour deux raisons : d’une part, à cause d’une certaine mauvaise volonté des autorités algériennes ; d’autre part, à cause de l’hostilité d’une partie de la droite française qui, dans son tréfonds, n’a jamais accepté l’abandon de l’Algérie. Bouteflika a saisi le prétexte d’une initiative de députés UMP sur les mérites de la colonisation pour remettre sine die les négociations. Pour une partie de la droite, repentance signifie trahison. Or un traité franco-algérien comportera nécessairement un acte de contrition de la part de l’ancienne puissance coloniale… Le leader d’En Marche ! paraît disposé à reprendre le projet chiraquien. Apurer le passé pour construire l’avenir : telle est sa volonté.

De quoi Macron est-il vraiment le nom ? À travers ses différentes sorties, on le mesure un peu mieux : c’est, assez banalement, un chrétien de gauche. Il a fait ses études secondaires dans un établissement catholique d’Amiens où enseignait sa future femme, Brigitte Trogneux. Monté à Paris, il a été un temps l’assistant de Paul Ricœur. Il s’inscrit aujourd’hui dans la lignée de Michel Rocard et de Jacques Delors qui souhaitaient s’émanciper de la gauche de la gauche et gouverner avec une partie de la droite et du centre.

Pour prendre une référence plus actuelle, c’est un chrétien de gauche modèle pape François : il respecte les militants du droit à la vie, tout en manifestant une évidente empathie pour les populations venues du Sud. Lors d’un de ses déplacements moins controversé, en Allemagne, il a fait un éloge appuyé d’Angela Merkel sur la question des migrants. Encore au gouvernement, il n’avait pas caché à l’inverse son malaise devant la tentative de François Hollande de constitutionnaliser la déchéance de la nationalité pour les terroristes binationaux.

Il oublie une France, et de taille : celle des ouvriers et des employés !

N’en déplaise à Benoît Hamon et à Jean-Luc Mélenchon, qui se disputent le label de la « vraie » gauche, voilà qui fait de Macron un homme de gauche authentique. Comme Hamon et Mélenchon, il paraît réduire le peuple aux immigrés et à leurs enfants. Comme eux, il paraît atteint de « prolophobie », pour reprendre un mot de Patrick Buisson, encore lui. Naguère ouvriériste, la gauche a changé de peuple après Mai 68 et le refus de la CGT de saisir la main tendue par les étudiants en révolte. Les « damnés de la terre », ce sont désormais les immigrés, et eux seuls.

C’est là où Macron est peu cohérent avec lui-même. Il assure vouloir « réconcilier les France » mais en oublie une, et de taille : celle des ouvriers et des employés ! Aux États-Unis, on les appelle les petits blancs. Ce sont eux qui viennent d’élire Donald Trump. En Grande-Bretagne, ce sont eux qui viennent de faire gagner le Brexit. En France, ils votent massivement FN : ce sont eux qui s’apprêtent à placer Marine Le Pen en tête du premier tour de la présidentielle.

Soyons justes : dans son dernier livre, Révolution[2. Révolution, XO éditions.], Macron fait référence à cette France périphérique mise en exergue par le géographe Christophe Guilluy[3. La France périphérique, éditions Flammarion.]. Mais dans son discours public, il a jusqu’ici fait l’impasse dessus. Comme Hamon et Mélenchon, il semble succomber à ce que nous avons appelé « la préférence immigrée »[4. La Gauche et la préférence immigrée, éditions Plon.]: le soutien exclusif aux descendants des peuples naguère colonisés. Une « préférence immigrée » qui est l’exacte symétrie de la « préférence nationale » du FN.

Pour emporter la présidentielle en mai prochain, Macron compte sur le « vote utile », un réflexe traditionnel à gauche. Il pense qu’un certain nombre d’électeurs d’Hamon et même de Mélenchon voteront finalement pour lui dès le premier tour, afin d’assurer la présence de la gauche au second. Dans la foulée, il est convaincu de battre aussi bien Marine Le Pen que François Fillon. C’est là un calcul risqué car très politicien. Macron gagnerait plus sûrement en élargissant son assise : il a brisé le mur entre la gauche et la droite, il devrait s’attaquer à celui qui divise les catégories populaires. En d’autres termes, Macron devrait être plus… macronien : chercher à réconcilier toutes les France, pas seulement celles du politiquement correct.[/access]

La cause du peuple

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Révolution

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La gauche et la préférence immigrée

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Davos, ton univers impitoyable

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macron davos euro
Emmanuel Macron au Forum de Davos, 2016. Sipa. Numéro de reportage : AP21847613_000026.
macron davos euro
Emmanuel Macron au Forum de Davos, 2016. Sipa. Numéro de reportage : AP21847613_000026.

Prenons la définition de l’homme de Davos fournie par l’inventeur de l’expression, Samuel Huntington, dans son dernier livre  Qui sommes-nous (publié juste avant sa mort quelques années après son best-seller  Le choc des Civilisations. Dans la plupart des pays, le peuple est patriote, attaché à sa culture, favorable à l’immigration à condition qu’elle soit contrôlée et donc faite de populations qui cherchent à s’assimiler en embrassant le « roman national », cher à Ernest Renan.

La sécession des élites mondialisées

Mais de plus en plus, nous dit Huntington, les élites qui sont effectivement au gouvernement se veulent internationales, opposées à toute préférence nationale, favorables à des mouvements de population massifs changeant la nature même des cultures locales et violemment opposées à tout roman national tant ils veulent que les nouveaux arrivants conservent leurs cultures nationales (?).

Pour résumer, les élites se veulent et se disent citoyens du monde (les hommes de Davos) et n’ont que mépris pour les citoyens des pays qu’ils administrent, comme le démontre la phrase de madame Clinton traitant la moitié de la population américaine de « déplorables et de racistes misogynes » et s’étonnant d’être battue à  l’arrivée.  La réalité est que les hommes de Davos détestent les hommes ancrés dans leur sol. Pourquoi ? Je ne le sais pas.

Et nous informe notre auteur, toute cette élite a été formée dans les mêmes écoles, passant allègrement d’HEC à Harvard ou Cambridge ou de Polytechnique au MIT ou Cambridge.

Et ceux qui ne sont pas au gouvernement sont aux commandes des grands groupes multinationaux qui sont bien entendu les principaux bénéficiaires de cette mondialisation heureuse.

Et ceux qui ne sont ni au gouvernement ni dans les affaires sont dans les media où ils font ce que leurs copains de classe leur disent de faire.

Ils lisent tous The Economist, le Financial Times, le New York  Times et Le Monde, participent aux mêmes séminaires et aux mêmes congrès, vont en vacances aux mêmes endroits, se marient entre eux et se congratulent les uns les autres d’être arrivés là où en sont par l’intermédiaire des media ou ils publient de nombreux papiers pour expliquer, comme ce brave Pangloss juste avant la Révolution française, que nous vivons dans le meilleur des mondes.

Comme dans la parabole du pharisien et du publicain, dans toute cérémonie officielle, ils s’assoient toujours au premier rang tandis que le pauvre publicain, c’est à dire vous et moi, avons le droit de nous mettre au dernier rang à condition de ne pas trop nous montrer et de ne pas sentir trop mauvais et bien sûr, à condition aussi que nous payions la note.

Bien entendu, ils sont favorables à une immigration de masse qui leur permet de payer très peu les nounous pour leurs enfants, les jardiniers pour leurs propriétés ou les chauffeurs pour emmener leurs enfants à l’école.

Cette superclasse domine le monde de la politique et des affaires depuis vingt-cinq ans, c’est-à-dire depuis la chute du mur de Berlin, sans interruption. Avant, ils faisaient attention tant les débiles en dessous auraient pu voter communistes.

Les carabistouilles de l’hyperclasse

Hélas pour eux, cette classe, au sens marxiste du terme, vient de ramasser quelques solides raclées lors des dernières consultations électorales telles la déroute du Brexit, le triomphe de Trump ou la déculottée du dernier référendum italien. Et du coup notre classe de génies s’est rendu compte que le peuple n’était plus dupe de leurs mensonges et qu’il fallait trouver autre chose. Et comme ils sont beaucoup moins malins qu’ils ne le pensent, les moyens qu’ils utilisent pour essayer de conserver leur monopole sur le pouvoir sont complètement prévisibles et transparents de naïveté. J’ai donc pensé qu’il serait intéressant que je fasse une petite recension de leurs carabistouilles. Mon but est très simple: je veux lancer un jeu facile et tout d’exécution.

Quand vous entendrez l’une de ces éminences se lancer dans une explication visant à le faire élire ou réélire, il faudra reconnaître le numéro de la carabistouille et en faire part aux autres lecteurs, en expliquant sur quel sentiment nos héros essaient de jouer pour inciter les auditeurs à voter pour eux. Les entrées reconnues comme valides auront droit à un livre gratuit parmi ceux que je réédite.

Voici donc les carabistouilles rangées sans ordre particulier.

Numéro 1: Vous qui êtes intelligents et qui faites quasiment partie de la super classe vous ne POUVEZ pas voter avec ces demeurés? On fait appel ici à deux ressorts, l’envie d’appartenir et la peur d’être confondu avec les crétins du bas. Cela marche très bien avec les demi-intellectuels qui bossent dans les media ou dans l’éducation.

Numéro 2: si vous expliquez que dans le fond vous aimez bien votre pays, l’on vous rétorque qu’Hitler aussi aimait le sien. C’est ce que j’appelle la « réduction ad hitlerum » et cela marche parfaitement dans tous les débats télévisés. L’idée est de vous couvrir de honte pour que vous vous taisiez à jamais, le principe étant celui de l’excommunication pratiquée autrefois avec beaucoup de succès par l’Eglise catholique. Ça a fonctionné à la satisfaction générale quand la superclasse avait le monopole des media, ça ne marche plus depuis que tous les exclus se parlent les uns aux autres par internet et se rendent compte qu’ils sont une majorité. Dans un monde où il n’y a que des Protestants, être excommunié par l’Eglise Catholique n’est pas très grave.

Numéro 3: depuis l’an 2000 c’est-à-dire bien avant que le FN ne le dise, je dis à qui veut l’entendre que l’euro est un désastre et qu’il va disparaitre. Voilà une preuve irréfutable que je suis un partisan du FN et que donc je n’ai pas le droit à la parole dans une société civilisée. La méthode ici est très simple: les surhommes pensent qu’ils contrôlent le « logos » (voir mon récent article sur le sujet). C’est donc eux qui décident de ce qui peut ou ne peut pas être discuté dans la société. Il s’agit ici d’une forme de censure non déguisée, appuyée sur le principe d’autorité qui d’après Saint Thomas d’Aquin est irrecevable lors d’une discussion entre gens normaux.

« La question ne sera pas posée » comme le disait l’avocat général au moment de l’affaire de Panama.  Deux remarques içi: je ne leur ai donné aucune autorisation pour monopoliser l’ordre du jour de ce qui peut ou ne pas être discuté et ensuite je ne vois pas ce qui leur permet d’exclure trente pour cent de la population du débat publique. Il faudrait que quelqu’un informe mes surhommes qu’ils ne contrôlent plus le Logos.

Numéro 4: vous qui êtes un homme pragmatique (ce qui veut dire malhonnête en bon français), rejoignez-nous. Nous contrôlons tous les media, toutes les universités, nous vous nommerons à la commission d’éthique de la fédération française de pétanque ou de chasse,vous serez invité à faire des voyages d’études en Polynésie ou à la Martinique en hiver, vous  aurez votre tabouret à la télévision où vous direz bien sur ce que l’on vous a dit de dire et vous ferez la fierté de votre quartier. Ça, c’est tout simplement de la corruption et croyez moi, ça marche très bien surtout avec les journalistes officiels ou non.

La Numéro 5 est de loin la plus subtile. Les pouvoirs souterrains qui nous gouvernent préparent longtemps à l’avance l‘arrivée d’un homme «nouveau», sans histoire personnelle, sans aucune idée à lui, dont nul ne sait d’où il vient, et cet homme se présente aux élections et est élu triomphalement. Comme chacun des lecteurs s’en est rendu compte, du moins je l’espère, je fais allusion ici à monsieur Obama, créature forgée de toutes pièces par le parti Démocrate dont nul se souvient à Columbia où il a fait soit disant ses études, personne ne sachant qui les a payé au demeurant, son dossier à l’université étant bloqué pour cinquante ans, sans que nul ne sache pourquoi. Bien que ne s’étant jamais présenté à une élection concurrentielle et n’ayant jamais exercé la moindre responsabilité il fût élu président des USA en ne débitant que des platitudes. Et cette élection permit à ma superclasse de rester au pouvoir et ce continuer à tondre les moutons tranquillement. Chacun se rend compte cependant, huit ans après, que cela faisait des années que la marionnette était sculptée jusque dans ses moindres détails et qu’il fallait être idiot pour croire qu’une idole représentait une solution.

Je tiens à préciser ici que toute ressemblance avec monsieur Macron n’est en rien le fait du hasard. Le parti socialiste est en train d’essayer de rééditer en France le coup Obama en remplaçant Obama par Macron. Voter pour monsieur Macron, c’est bien évidemment voter pour une marionnette encore plus improbable que monsieur Obama et ceux qui ne s’en rendent pas compte ont, à mon avis, un vrai problème de compréhension du monde qui les entoure.

Fillon : un péché n’est pas un crime

Cela me fait penser à des esclaves qui voteraient avec enthousiasme pour le chaouch qui les garde en bon ordre à grands coups de fouet. Les cinq premières carabistouilles sont à dire vrai d’aimables plaisanteries sans grande conséquences. La sixième est beaucoup plus grave parce qu’elle s’attaque a ce qui constitue l’essence de la volonté de vivre ensemble, c’est-à-dire a la croyance qu’une justice impartiale existe. Détruire cette croyance, c’est détruire la nation et cela peut amener à une guerre civile. Elle consiste à se servir des institutions de l’Etat conquis de haute lutte depuis des décennies pour faire tomber les opposants un peu trop efficaces en se servant de la Justice pour museler de tels hommes avec bien sur la complicité des médias.

Prenons François Fillon qui n’ a rien fait d’illégal mais qui a peut-être fait quelque chose que la majorité de la population considère comme immoral, ce qui n’est pas la même chose. Le rôle de l’Etat est de punir le crime et non le péché, qui ne regarde que la conscience de tout un chacun. Monsieur Fillon a peut-être commis un péché, mais en aucun cas un crime puisque ce qu’il a fait était autorisé par la Loi.

Par contre, si monsieur Hollande et monsieur Macron se sont servis de la justice pour biaiser les résultats de l’élection, alors là, il s’agit certainement d’un crime et ils devraient tous aller en prison si on pouvait le prouver, les juges en premier.

Si la réalité est que l’on poursuit monsieur Fillon en justice, tout en étant certain qu’en fin de compte il y aura un non-lieu une fois l’élection passée et si les media se joignent à la curée puisqu’ils sont tous détenus par des membres éminents de la superclasse, alors on pourra sans doute faire élire le pantin mentionné au paragraphe précédent, en laissant un homme à près honorable brisé avec toute sa famille sur le bord de la route.

Et le peuple deviendra enragé. C’est ce que les journalistes politiques, toujours aux ordres, appellent  » être habile ». Ce n’est en rien être habile. C’est tout simplement être criminel. Le résultat est évident : Si vous voulez faire rire l’assistance dans un café ou dans une réunion vous dites simplement: « moi, je fais confiance à la justice de mon pays« . Et tout le monde de s’écrouler de rire. Et ces rires me terrifient.

Car la Bible, dans les « proverbes » n’a pas de mot trop dur pour le juge inique qui se soumet aux ordres des puissants. Et pour cet homme, ou cette femme, il n’y a pas de pardon possible. Le peuple, depuis un certain temps a parfaitement compris qu’il était manipulé grâce aux techniques allant de un à cinq. Il a tendance à se dire c’est de bonne guerre, je me suis fait avoir et à passer à autre chose.

Mais je suis certain d’une chose : en aucun cas, il ne pardonnera la manipulation criminelle de la justice à des fins aussi basses s’il se rend compte que l’on cherche à l’empêcher de voter pour qui il veut. Ce que je ne sais pas cependant est très important. Cette inéluctable révolte va-t-elle amener le peuple à voter pour monsieur Fillon ou pour madame Le Pen ? Il votera pour madame Le Pen s’il pense que monsieur Fillon fait partie lui aussi de la superclasse.

Et dans ce cas-là, madame Le Pen sera élue. Et les hommes de Davos n’auront que ce qu’ils méritent.

Retrouvez la version initiale de cet article sur le site de l’Institut des libertés.

Qui sommes-nous ?: Identité nationale et choc des cultures

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Le choc des civilisations

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Affaire Fillon: quel contre-pouvoir face au quatrième pouvoir?

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Conférence de presse de François Fillon, février 2017. SIPA. 00792053_000013
Conférence de presse de François Fillon, février 2017. SIPA. 00792053_000013

Que n’a-t-on pas fait et dit pour disqualifier le candidat que Les Républicains ont pourtant majoritairement choisi et élu, lors des primaires de la droite et du centre, et de l’empêcher de les représenter à l’élection présidentielle ? Délation téléguidée, fuites minutieusement dosées, lynchage médiatique, propos calomnieux, harcèlement psychologique… Et comme François Fillon s’est avéré, notamment dans son dernier meeting au Trocadéro, homme d’Etat à la carapace gaullienne, certains ont dû recourir à la machine judiciaire pour enquêter, non guère sur un délit présumé que les lois répriment, mais sur une attitude humaine que la morale réprouve et dont les faits remontent à plus de vingt ans.

«Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser» 

Ce n’est pas l’information judiciaire ouverte contre X par le parquet national financier (PNF), ensuite la possible mise en examen de François Fillon, qui sont suspectes. Indépendante et souveraine, la justice a le droit, le devoir et la vocation d’enquêter sur qui elle veut et quand elle veut. C’est plutôt l’instrumentalisation effrénée et éhontée de cette affaire qui suscite l’interrogation et provoque l’indignation. C’est aussi la violation des droits de la défense qui est inacceptable dans une démocratie. C’est la violation permanente du secret de l’instruction et le grand étalage dans la presse de documents censés rester confidentiels, qui n’est pas digne, ni du deuxième pouvoir, ni du quatrième sacro-saint pouvoir, celui des médias.

Le précurseur de la séparation des pouvoirs, Montesquieu, a vu juste lorsqu’il a écrit dans L’esprit des lois que « c’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser (…) Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». Cela vaut aussi bien pour le pouvoir exécutif que pour le pouvoir judiciaire, et à plus forte raison pour le pouvoir médiatique, qui n’est plus le quatrième pouvoir mais le premier, ne rencontrant qui plus est aucun contre pouvoir. Bientôt, dans la logique démocratique de Montesquieu, il va falloir inventer un cinquième pouvoir pour limiter l’omnipotence d’un quatrième qui s’emballe. Puis un sixième pour contrôler le cinquième, puis un septième pour surveiller le sixième…

Balzac avait également vu juste lorsqu’il écrivait, déjà en 1840, que « la presse est en France un quatrième pouvoir dans l’Etat ; elle attaque tout et personne ne l’attaque. Elle blâme à tort et à travers. Elle prétend que les hommes politiques et littéraires lui appartiennent et ne veut pas qu’il y ait réciprocité ». Description parfaite de certains plateaux de télévision où la « neutralité axiologique » chère à Weber s’éclipse au profit de la subjectivité idéologique et du parti pris politique.

Tocqueville aussi voyait juste lorsqu’il écrivait dans La Démocratie en Amérique : « J’avoue que je ne porte point à la liberté de la presse cet amour complet et instantané qu’on accorde aux choses souverainement bonnes de leur nature. Je l’aime par la considération des maux qu’elle empêche bien plus que pour les biens qu’elle fait. »

A quand un contrôle des journalistes par les journalistes?

Plus proche de nous, enfin, Régis Debray, qui, à la suite de son remarquable essai L’Emprise, déclarait en avril 2000 : « les journalistes m’effrayent, ils me font peur. J’ai peur du pouvoir qu’ils ont…Autrement dit j’ai le même sentiment qu’on peut avoir devant des inquisiteurs au XIIIème siècle ou devant des évêques au XVIIIème…Ce sont des gens capables de fulminer, d’excommunier, de massacrer par les mots ou les images des êtres humains…Les journalistes sont les magistrats de la morale publique. C’est extraordinaire et je trouve cela démesuré et dangereux ».

Pas plus que l’indépendance absolue de la justice, loin de moi l’idée de limiter la liberté d’expression, qui est vitale dans une démocratie digne de ce nom. En outre, une justice souveraine et égale pour tous est au fondement même du contrat social. Le journalisme est une école de citoyenneté et le poumon même de la République. Il s’agit au contraire de préserver la liberté d’expression de ses propres dérives et de lui opposer un cinquième contre pouvoir, ou plus exactement une autorité exercée par les journalistes eux-mêmes. Il y a bien un Conseil de l’ordre pour sanctionner le médecin coupable de faute professionnelle, un Barreau des avocats pour veiller au prestige et à la réputation de cette profession, un Conseil des architectes, des ingénieurs… Il n’y a point d’autorité, dans le sens qu’Alain donnait à ce terme, pour rappeler à l’ordre le journaliste coupable de désinformation, de parti pris politique ou de faute déontologique, qui est parfois nettement plus grave que le morceau d’une compresse oublié par un chirurgien dans le ventre d’un patient. Souvenons-nous du père Di Falco, de Dominique Baudis, ou encore du suicide de Pierre Beregovoy, le plus honnête et le plus intègre des ministres socialistes.

On répète souvent et à juste titre que le tempo judiciaire n’est pas celui du politique. Certes, mais dans l’affaire François Fillon, comme d’ailleurs dans le cas de Marine le Pen, la synchronie entre les deux temps est pour le moins troublante, et la concomitance des calendriers stupéfiante.

Le premier pouvoir, c’est l’isoloir

François Fillon, comme Marine le Pen, comme tous les autres candidats à l’élection présidentielle, ont été choisi par leurs partis et par leurs bases, pour se disputer loyalement et démocratiquement le pouvoir suprême. Quels que soient les faits présumés que l’on peut reprocher aux uns et aux autres, aucune autorité et aucun pouvoir ne peut se substituer au verdict des urnes et les empêcher de se présenter devant le suffrage universel des Français. C’est à lui et à lui seul de déterminer le sort de ces candidats… et le destin de ce pays. A 45 jours du premier tour, il faut transcender cette polémique politico-juridico-médiatique et laisser, enfin, les candidats débattre sur les questions de fond, sur les idées et les projets.

Avec 6 millions de chômeurs et 9 millions de paupérisés, avec une économie et une industrie en berne, avec une métastase de l’islamo-fascisme, avec une montée sans précédent du terrorisme global, avec un choc des civilisations qui n’est plus « cassandresque » mais réel, avec une invasion migratoire aussi tragique que périlleuse, avec des turbulences prévisibles dans les relations internationales… les Français ont besoin de paroles rassurantes… et surtout d’actions déterminantes.

Que les journalistes enquêtent en respectant leur déontologie, que les juges enquêtent sans y associer les médias, et que les candidats à l’élection présidentielle débattent démocratiquement sur les questions de fond et non sur des affaires qui n’intéressent guère les Français.

Erdogan: le match du courage et de la lâcheté

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Le Grand Turc et le petit président: François Hollande reçoit Recep Tayyip Erdogan à l'Elysée, octobre 2014. SIPA. AP21645889_000005
Le Grand Turc et le petit président: François Hollande reçoit Recep Tayyip Erdogan à l'Elysée, octobre 2014. SIPA. AP21645889_000005

La lâcheté de nos dirigeants est parfois, comme il est dit du mystère de Dieu, non pas impénétrable mais insondable… D’autres responsables régionaux, dans d’autres pays, savent heureusement faire preuve de plus de courage.

Il est ainsi de ceux de la Suède, de la Suisse ou de l’Autriche, où des meetings de soutien à Recep Tayyip Erdogan ont été annulés. Il en est ainsi, encore, de l’Allemagne, où plusieurs réunions électorales pro-AKP dans plusieurs villes ont été interdites, et où le ministre turc de la justice a dû annuler son déplacement en vue de ces réunions, malgré une réponse peut-être un peu trop mesurée d’Angela Merkel qui, après qu’Erdogan a accusé Berlin de « pratiques nazies » a sobrement appelé à garder son sang-froid, et rappelé l’absurdité, en l’espèce, de ce type de comparaisons historiques. La déclaration du nouveau Grand Turc aurait mérité une vraie colère, mais madame Merkel tient avant tout à préserver l’accord indigne de mars 2016 qu’elle avait négocié avec Ankara sur les migrants, accord entériné par l’Union européenne, et qui, en nous préservant pour l’instant des flots de réfugiés que nous ne voulons pas connaître, fait du sultan d’Ankara un maître-chanteur, toujours la main sur les vannes de l’exode qu’il peut rouvrir selon ses humeurs ou ses intérêts…

La honte, la honte, la honte

Il en est ainsi, enfin, des Pays-Bas, qui n’ont pas hésité à interdire l’atterrissage du ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, lequel devait prendre la parole à un meeting de soutien à Erdogan à Rotterdam, puis à reconduire à la frontière avec l’Allemagne Fatma Betül Sayan Kaya, ministre turque de la Famille, désireuse de remplacer Mevlüt Çavuşoğlu à ce même meeting… Les Pays-Bas, à leur tour, se sont vus traiter par Erdogan de « fascistes » et de « nazis », lequel les a même avertis qu’ils « paieraient le prix fort » pour leur « attitude », tandis que son ministre des Affaires étrangères déclarait que La Haye devrait faire des excuses… Pas trop atteint par la menace, le gouvernement néerlandais a déclaré, par la voix de son Premier ministre, qu’Erdogan dépassait les bornes, et qu’il était hors de question de faire des excuses à des gens qui traitaient les Néerlandais de nazis… Digne, courageux, honorable.

On aurait aimé pouvoir en dire autant des autorités françaises… Mais, avant de parler de la honte, une remarque : il est étrange, et assez incohérent, que l’insulte « nazi » soit utilisée par monsieur Erdogan, lequel n’avait pas hésité, à l’occasion d’un discours public, à citer l’Allemagne nazie comme exemple de régime présidentiel fort, comme celui qu’il voudrait instaurer en Turquie, pays où, Mein Kampf a été publié en 2005 et reste un best-seller

La honte, donc. Celle d’avoir laissé le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, encore tout énervé de sa mésaventure néerlandaise, venir à Metz, en France, et prendre la parole à un meeting de soutien en faveur de la réforme constitutionnelle voulue par Erdogan. Et le laisser, pendant cette réunion, continuer à s’en prendre, sur notre territoire, aux autorités de La Haye, un pays membre comme nous de l’Union européenne… Cette lâcheté est injustifiable. La moindre des choses, le minimum de courage politique et de dignité d’Etat eût été de se montrer solidaire avec l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas. Nous n’en avons pas été capables. Et le Grand Turc, cynique, nous a en retour gratifiés d’un compliment, saluant la France pour « ne pas être tombée dans le piège »… Il y a des compliments plus infâmants que des injures, quand ce sont des despotes affichant le mépris le plus absolu pour la démocratie qui les formulent…

Le scandale, une arme électorale

Ce mépris pour la démocratie est au cœur de ce qui se joue ici. Il ne s’agit pas seulement de dignité, et de fierté nationale allemande, néerlandaise ou française. Erdogan jette tout ce qu’il peut dans la bataille électorale, avant le référendum du 16 avril prochain. Profitant du coup d’Etat raté de juillet 2016, celui qui n’a pas hésité à rallumer une guerre intérieure et extérieure avec les Kurdes pour s’assurer une majorité législative, et qui a fait depuis l’été 2016 emprisonner près de 40 000 personnes, poursuivre des centaines de journalistes et « effacer » de tout emploi public et privé près de 130 000 fonctionnaires, les condamnant ainsi à une « mort sociale », veut à tout prix réaliser son rêve : restaurer en l’incarnant la « grandeur » totalitaire du pouvoir ottoman, celui du sultan, le Grand Turc comme on disait. Pour cela, il faut que sa réforme institutionnelle passe. Cette réforme en termine une bonne fois pour toute avec la démocratie, ses principes et ses valeurs : le président (Erdogan) exercera tout le pouvoir exécutif, sans Premier ministre ; il nommera et limogera les ministres ; il pourra intervenir sur l’exercice de la justice en nommant plusieurs des membres du Haut-Conseil des juges et procureurs en charge de nommer et destituer le personnel judiciaire ; fini l’indépendance de la justice.

Mais Recep Tayyip Erdogan n’est pas totalement assuré de la victoire au référendum. Une partie importante de l’électorat turc hésite, ou réprouve sa réforme. La répression post-coup d’Etat a peut-être été un peu trop loin… et la situation économique ne cesse de se détériorer, dans une société désagrégée par ladite répression, les conflits, l’instabilité… Et puis l’idéal démocratique n’est pas mort aux yeux de beaucoup de Turcs, qui résistent, comme ils peuvent, au quotidien. Même au sein de l’AKP, le parti d’Erdogan, il y a des éléments qui doutent, qui rechignent… Alors les voix des millions d’électeurs résidant en Allemagne, au Pays-Bas, en France, ailleurs en Europe, sont cruciales, et peuvent faire la différence… D’où l’agressivité des ministres envoyés par Erdogan mobiliser ceux-ci en Europe, autour d’un nationalisme toujours vivace dans les communautés expatriées…

C’était donc là qu’il fallait se montrer à la hauteur. Courageux, dignes, solidaires, européens, et démocrates, face au Grand Turc et ses colères de tyran. Hélas la France n’en a pas été capable. Nous avons encore une fois choisi le déshonneur pour éviter le conflit. Nous aurons de toute façon à la fin le conflit, mais avec le déshonneur. Winston Churchill, père de la formule, aurait probablement déjà demandé, lui, l’exclusion de la Turquie de l’Otan, en dirigeant lucide qu’il était, averti que l’on ne saurait avoir une alliance militaire opérante, durable et fiable avec un pays dont les dirigeants ne partagent pas nos fondamentaux politiques… et nous insultent sans vergogne.

Imagine-t-on De Gaulle se coucher devant Erdogan?

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ayrault erdogan turquie hollande
Sipa. Feature Reference: AP21967032_000003 .
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Sipa. Feature Reference: AP21967032_000003 .

Il ne faut pas abuser des grands mots, et encore moins des comparaisons historiques. Mais là on a du mal à éviter les uns et les autres. Après le communiqué de Jean-Marc Ayrault appelant à « l’apaisement », dans la crise opposant la Turquie à deux pays de l’Union européenne, les termes qui viennent à l’esprit sont : Indignité, déshonneur, honte. Quant à la comparaison historique, elle s’impose d’elle-même : en 1938,  Chamberlain et Daladier nous invitaient à l’appeasement face à Hitler, en 2017, Ayrault prône l’apaisement face à Erdogan. On aimerait penser que c’est par hasard ­ – et par une ignorance historique crasse – que le chef de notre diplomatie a précisément choisi, parmi tous les mots qu’il aurait pu employer, celui qui rappelle comment, à Munich, l’Europe s’est couchée devant le Führer. Mais on ne voit pas comment un professeur d’allemand pourrait ignorer ce triste épisode devenu un nom commun. Difficile, dans ces conditions, de ne pas voir dans le communiqué du Quai d’Orsay l’expression d’un inconscient munichois qui nous pousse à capituler aujourd’hui devant l’islam radical comme hier devant le nazisme.

L’UE sans chair ni passé

Car il ne s’agit pas seulement ici de « solécisme en parlant », comme aurait dit Molière, mais d’une étrange faute dans la conduite de notre politique étrangère. S’il y a une continuité dans le quinquennat de François Hollande, et aussi une cohérence entre les discours et les actes, c’est bien la préférence européenne. Le président de la République a fait de la solidarité avec l’Europe en général et l’Allemagne en particulier le point névralgique de sa politique, y compris, souvent, contre l’avis des Français. Après avoir juré qu’on allait voir ce qu’on allait voir et promis que Merkel saurait de quel bois il se chauffe, il s’est pratiquement inscrit, au long de ces cinq années, dans le sillage de Berlin.

Face à la Turquie d’Erdogan et à ses prétentions folles à venir enrôler sous notre nez des citoyens européens, c’était le moment ou jamais de parler d’une seule voix. Et c’est la France qui se couche, la France qui aime tant donner çà ses partenaires des leçons de savoir-vivre européen. Si on avait voulu prouver que l’UE n’est qu’une série de règles destinées à faciliter la vie des multinationales et qu’elle n’est porteuse ni de la civilisation, ni des valeurs dans lesquelles les gouvernants européens, particulièrement les Français, adorent se draper, on ne s’y serait pas pris autrement.

Toutefois, que l’UE prouve, une fois de plus, qu’elle n’a ni chair, ni passé, ni d’ailleurs la moindre ambition de transmettre l’héritage historique de l’Europe, n’est pas le plus grave. Ce qui cause un véritable chagrin, et pour tout dire, de la honte, c’est de voir la France se singulariser dans la soumission. On croyait que les Pays Bas, et dans une moindre mesure l’Allemagne, qui ont ouvertement choisi le modèle multiculturel de coexistence des différences, étaient plus vulnérables que la France républicaine aux défis identitaires. Lancé de l’extérieur par le chef d’un Etat supposé ami, celui-ci semble avoir réveillé la fierté nationale des Hollandais et des Allemands, quand celle-ci paraît absente au plus haut niveau de l’Etat en France. Alors que le chef de l’Etat turc, rendu fou furieux par le refus de deux pays européens de laisser tenir meeting, se répandait en imprécations, allant jusqu’à évoquer le nazisme, Jean-Marc Ayrault ne voyait « pas de raison d’interdire » une réunion similaire organisée à Metz, « réunion qui, au demeurant, ne présentait aucune possibilité d’ingérence dans la vie politique française. »

Nous sommes les champions de la tolérance

Que les représentants d’un parti étranger viennent prêcher des valeurs étrangères ou frontalement opposées aux nôtres devant des citoyens français ou des étrangers établis en France, ne constitue pas seulement une ingérence dans notre vie politique, mais une  inacceptable intervention dans notre existence collective assortie d’un risque de trouble à l’ordre public qui devrait suffire à n’importe quel Tribunal administratif pour interdire la réunion. Du reste, on voit mal pourquoi des partis étrangers, même parfaitement aux normes de la démocratie libérale, feraient campagne en France. Jean-Marc Ayrault se monterait-il aussi accommodant si les responsables du Likoud, par exemple, avaient la très mauvaise idée de tenir meeting à Sarcelles ?

Mais voilà que nous sommes désormais les champions de la tolérance, face à un régime qui s’éloigne chaque jour un peu plus de ces normes. Et, tout cela, me rappelle Alain Finkielkraut, pour un type qui bafoue les libertés, emprisonne les opposants et a, sous couvert de réprimer un coup d’Etat, organisé un contre-coup d’Etat. Sans parler de son palais de 600 pièces. On dirait qu’Erdogan se croit tout permis. « C’est un seigneur ottoman qui nous traite de nazis », résume Finkielkraut. Et qui sait à merveille retourner nos libertés contre nous.

La position française a été condamnée par une grande partie de la classe politique, de Esther Benbassa à Marine Le Pen, en passant par Macron et Fillon, mais à la notable exception de Benoît Hamon qui, à la Guadeloupe, a estimé  que  « le rôle de la France n’était pas d’interdire a priori un débat en dépit de nos désaccords avec Erdogan », tout en déplorant, bien sûr, les noms d’oiseaux et autres comparaisons infâmantes employés par celui-ci et en appelant la Turquie à la raison. Si on leur demande gentiment ça va sûrement marcher. En attendant, la diplomatie du laisser-faire de Jean-Marc Ayrault et François Hollande est parfaitement en phase avec le discours de l’excuse qui a cours dans une grande partie de la gauche au sujet des méfaits commis par des enfants d’immigrés, dont une partie refuse avec constance de changer de généalogie, préférant la loi des Frères à celle de la République. C’est aussi devant ceux-là que Jean-Marc Ayrault capitule. Pas parce qu’il aime les islamistes. Parce qu’il croit qu’ils sont les plus forts. C’est encore moins glorieux.

Lyon, capitale de la Macronie

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Emmanuel Macron aux côtés de Gérard Collomb, maire de Lyon, à un rassemblement du mouvement En Marche !, Paris, 5 novembre 2016.
Emmanuel Macron aux côtés de Gérard Collomb, maire de Lyon, à un rassemblement du mouvement En Marche !, Paris, 5 novembre 2016.

Si, d’aventure, Emmanuel Macron devait se retrouver président de la République française à l’issue de la mêlée électorale à rebondissements à laquelle nous assistons, c’est à Lyon qu’il devrait, en toute gratitude, venir célébrer son historique victoire.

La métropole rhodanienne, considérée (à tort !) comme peu encline à se mêler d’influer de manière décisive sur le destin de la nation et préférant des édiles besogneux et discrets aux ténors de la « grande » politique parisienne pour la gérer et la représenter dans la capitale, s’est en effet engagée comme jamais dans son histoire en faveur d’un candidat venu d’ailleurs.

Le laboratoire du vieux Macron

Une aventure politique singulière, celle d’un jeune homme se lançant à l’assaut du sommet sans parti, sans expérience des luttes d’appareils, en méprisant souverainement le « cursus honorum » classique décrit jadis lapidairement par Valéry Giscard d’Estaing (député à 30 ans, ministre à 40, président de la République à 50), aurait-elle pu se frayer un chemin vers le succès sans qu’un homme, le sénateur maire Gérard Collomb, et une ville, Lyon, se soient rangés derrière lui, avec une ferveur peu coutumière du lieu et des gens qui l’habitent ? Il est permis d’en douter.

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Même si la victoire finale est encore loin d’être acquise pour Emmanuel Macron, cette conquête politique de la capitale des Gaules est l’assurance, pour lui, de ne pas tomber dans le néant qui menace ceux qui, comme François Bayrou, échouent de justesse au pied de la dernière marche… Si cela devait être le cas, Lyon la prospère, l’internationale, entrée avec succès dans la mondialisation heureuse et la révolution numérique, pourrait l’accueillir comme un des siens, pour se préparer au combat suivant. Gérard Collomb, 69 ans, s’est trouvé un héritier spirituel à sa convenance après avoir pris soin, tout au long de sa carrière, de savonner la planche de tous ceux de ses « amis » politiques qui étaient susceptibles de contester sa prééminence.

Lyon a été un laboratoire du macronisme avant même que le dénommé Macron songe à entrer par la grande porte dans l’arène politique. L’alliance historique de la social-démocratie avec le monde de l’entreprise, l’appel aux compétences issues de la société civile pour gérer la cité, l’assèchement, à son profit, du marais centriste pour confiner la droite locale dans son ghetto sociologique sont les marqueurs de l’exercice du pouvoir municipal et métropolitain exercé par Gérard Collomb depuis son accès à l’Hôtel de Ville et à la tête du Grand Lyon en 2008.

Lorsque, en 2011, la candidature de Dominique Strauss-Kahn se fracasse dans une chambre d’hôtel de Manhattan, Collomb se sent délié de toute allégeance envers un socialisme solférinien incarné par François Hollande, qui l’a[access capability= »lire_inedits »] toujours snobé au profit de ses rivaux locaux au sein du parti, comme l’ancien ministre et président de la région Rhône-Alpes Jean-Jack Queyranne. En 2016, Gérard Collomb n’a pas levé le petit doigt, dans la campagne des régionales, pour aider Queyranne à défendre un fauteuil qu’il a dû céder au très droitier Laurent Wauquiez…

C’est donc sans états d’âme, et même avec une visible jubilation, que Gérard Collomb met alors toute son énergie à placer son poulain en orbite présidentielle, avant même que Macron n’ait franchi le Rubicon en quittant le gouvernement Valls, le 30 août 2016 : réception fastueuse et chaleureuse à l’Hôtel de Ville, mise à sa disposition des réseaux locaux, nationaux et internationaux du maire de Lyon. Manuel Valls est furieux : il organise, en mai 2016, une réunion interministérielle consacrée à la politique de la ville à Vaulx-en-Velin, commune membre de la Métropole de Lyon, sans convier son président Gérard Collomb, pourtant principal financeur des actions menées dans cette banlieue difficile dans le cadre de l’aide aux quartiers sensibles… Le camouflet est d’autant plus cuisant que Valls est alors accompagné de Najat Vallaud-Belkacem, ancien « bébé Collomb » au PS lyonnais qui vise ouvertement, contre son ancien mentor, le leadership de la gauche locale lorsque les urnes de mai auront parlé et, espère-t-elle, fait d’elle la députée de Villeurbanne, deuxième ville de la Métropole…

Une nouvelle bourgeoisie plus entreprenante que bohème

Les poids lourds du système Collomb sont détachés au service de Macron : Jean-Marie Girier, fidèle chef de cabinet du maire depuis 1995, devient directeur national de campagne du candidat Macron et Bruno Bonnell, icône lyonnaise de la nouvelle économie numérique et collombiste de toujours, est le « référent » (c’est comme cela qu’on désigne les chefs en Macronie) d’En Marche ! pour la Métropole et le département du Rhône.

Ce n’est pas encore la rencontre d’un homme et d’un peuple, comme le veut la légende dorée de l’élection présidentielle de la Ve République, mais c’est déjà le flirt poussé entre la réalité sociologique d’une cité où la nouvelle bourgeoisie est plus entreprenante que bohème, et un jeune prodige de la politique qui sait leur parler avec les mots qu’ils comprennent : le franglais décomplexé, le texto en rafales, les tics de langages du jargon managérial… le supplément d’âme c’est la posture christique du candidat en meeting pendant que la « Team ambiance » chauffe par Instagram les « helpers » (jeunes militants en tee-shirts) chargés de guider le public et de faire la claque.

En quelques semaines, les comités En Marche ! éclosent en région lyonnaise comme les champignons après une pluie d’automne. Collomb jubile : les marcheurs macronistes seraient, selon lui, plus nombreux que les membres encartés du PS dans le département. Et il évoque, devant les journalistes, l’hypothèse d’une adhésion collective des partisans de Macron au vieux parti pour faire bouger les lignes après l’élection présidentielle, quel que soit son résultat.

Cependant, ces « marcheurs », dans leur grande majorité, ne sont pas sortis de leur bulle individualiste pour rejoindre les chemins d’une action politique à l’ancienne : ils sont là pour soutenir un homme qui leur semble capable de rompre avec le monde ancien sans chambouler une société dans laquelle, pour la plupart, ils tirent leur épingle du jeu. Leur révolte (bien sage) contre ce système honni de toute part, c’est la version française du « soulèvement des modérés » évoqué par Milan Kundera pour caractériser la révolution de velours à Prague en 1989, contre un pouvoir communiste en déliquescence. Ils sont le « parti du progrès modéré dans les limites de la loi », fondé jadis par l’humoriste tchèque Jaroslav Hašek », le père du Brave Soldat Chvéïk. Tous ces gens-là n’attendent pas de leur candidat un programme clés en main qui comblerait leurs attentes et leurs aspirations : des projets, ils en ont déjà, pour eux et pour leurs enfants. Ils demandent simplement que l’on dégage, pour eux qui sont pleins d’idées, d’énergie et d’espoir, un chemin encombré par les pesanteurs héritées du passé, les vieux partis, les vieilles idées, les vieilles lois, les vieux tabous. Et les vieux tout courts…

Ils marchent, côte à côte, ravis de se retrouver ensemble dans un meeting politique auquel beaucoup d’entre eux participent pour la première fois de leur vie. Ils sont modérément enthousiastes en dépit des efforts de la « Team ambiance ». Ils font du tourisme politique comme on fait un city trip à Vienne ou Copenhague pour décompresser après une séquence de stress au boulot. On apprécie le show, mais on garde une bonne part de son quant-à-soi. Si cela marche, tant mieux, sinon tant pis. On se consolera avec la sagesse de Guignol, lequel estimait, fataliste, que « tout le monde, y peut pas être de Lyon, passque y en faut bien qu’ils soyent d’ailleurs » !

 

Entretien avec Loïc Chabrier, maire-adjoint (PS) de Villeurbanne, chargé de la culture.

Loïc Chabrier, 50 ans, maître de conférences en droit public à l’université Lyon 2, est élu au conseil municipal de Villeurbanne depuis 2008 et conseiller de la Métropole de Lyon. Il est adhérent du parti socialiste depuis 1996.

Causeur. Vous avez choisi de soutenir la candidature d’Emmanuel Macron dès que celui-ci a déclaré son intention de briguer l’Élysée. Pourquoi ?

Loïc Chabrier. Ce choix se situe dans la logique de mon parcours intellectuel et politique commencé il y a vingt ans, lorsque j’ai adhéré au parti socialiste après la fin de mes études. Je me suis toujours situé dans la tradition d’une gauche réaliste en économie, proche des préoccupations de la société, engagée dans la construction européenne. C’est pourquoi j’avais soutenu DSK lors de la primaire de 2006, tout en appréciant le style nouveau de la campagne présidentielle menée par Ségolène Royal… Je pense qu’il est temps de procéder à la clarification politique imposée par la fracture au sein du PS apparue lors du référendum de 2005 sur le projet de constitution européenne. En dépit des efforts de synthèse de François Hollande, cette fracture existe toujours… Emmanuel Macron me semble le mieux à même d’opérer cette nécessaire clarification. Pour résumer : si j’avais appartenu à la génération précédant la mienne, j’aurais été mendésiste, aujourd’hui je suis macroniste !

Si à Lyon la majorité des élus socialistes ont suivi le sénateur maire Gérard Collomb dans son soutien à Macron, à Villeurbanne les élus PS de la majorité municipale se sont prononcés en faveur de Benoît Hamon. Et vous n’êtes que trois macronistes dans le conseil municipal. Cela ne risque-t-il pas de créer des problèmes internes ?

En ce qui me concerne, mon engagement au côté d’Emmanuel Macron s’est effectué dans la clarté et la transparence… J’ai toujours été loyal, sur tous les sujets politiques municipaux envers le maire Jean-Paul Bret, et celui-ci me fait confiance pour la délégation aux affaires culturelles, un gros dossier pour notre ville qui abrite le TNP, l’École nationale de musique, des institutions au rayonnement national. Jean Paul Bret a toujours été respectueux du choix des uns et des autres au niveau national.

Parlons culture, justement, votre domaine d’intervention politique. Les propositions du candidat Macron dans ce domaine ne sont pas très consistantes, on ne voit pas de grands projets culturels à la mesure de ceux mis en œuvre par quelques-uns de ses prédécesseurs…

Vous en voyez, vous, des projets culturels consistants dans les programmes de ses concurrents ? Sur ce point comme sur d’autres, ses propositions développées surviendront en temps utile, dans le processus d’élaboration collective du programme mis en œuvre par les équipes d’En Marche ! Mais je constate que d’ores et déjà, il a lancé des pistes intéressantes, comme l’idée d’ouvrir les bibliothèques publiques le soir et les jours fériés, un moyen efficace de réduire les inégalités culturelles. Plus généralement, on trouve chez Macron la volonté de bousculer les immobilismes, les situations acquises, et la recherche de solutions innovantes qui doivent s’appliquer au domaine culturel comme ailleurs. Le financement public des institutions culturelles fait actuellement de ce secteur la variable d’ajustement des budgets de l’État et des collectivités territoriales. On pourrait, par exemple, faire davantage appel au mécénat, comme cela se produit dans d’autres pays comparables.

Lors de son meeting du 4 février à Lyon, Emmanuel Macron a déclaré : « Il n’y a pas de culture française. Il y a une culture en France. Et elle est diverse. » Ces propos ont provoqué quelques réactions, notamment de la part de ceux qui rejettent le relativisme culturel à la mode… Qu’en pensez-vous ?

De mon point de vue, ces réactions témoignent d’une crispation identitaire que ces propos n’auraient pas provoquée quelques années plus tôt. Pour moi, j’entends cela comme l’affirmation que notre culture française, si riche et variée, s’est nourrie au fil des siècles d’une multitude d’apports, issus des régions et des étrangers venus créer en France. Ces réactions me semblent donc excessives.

Emmanuel Macron a qualifié de « crime contre l’humanité » la colonisation française en Algérie. Qu’en pensez-vous, comme juriste ? 

Je pense d’abord que le propos visait la colonisation dans son ensemble et pas seulement en Algérie. La qualification s’entend sur le plan juridique mais elle a aussi une connotation morale, celle à laquelle faisait sans doute allusion Emmanuel Macron. Il n’empêche que ce n’est pas un terme que j’aurais utilisé moi-même. En revanche, il est légitime de regarder cette histoire de manière objective, comme nous l’avons fait pour d’autres périodes troubles de l’histoire de France. Je noterai surtout qu’Emmanuel Macron a bien souligné qu’il n’était ni dans le déni ni dans la repentance.

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Face à Erdogan, l’honneur des Pays-Bas

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turquie pays bas ayrault
Le consultat des Pays-Bas à Istanbul attaqué par des manifestants qui y hissent le drapeau turc, mars 2017. Sipa. Numéro de reportage : AP22026134_000033.
turquie pays bas ayrault
Le consultat des Pays-Bas à Istanbul attaqué par des manifestants qui y hissent le drapeau turc, mars 2017. Sipa. Numéro de reportage : AP22026134_000033.

Au royaume de Hollande, pas si loin de chez nous, on ne veut plus transiger avec la démocratie et la souveraineté nationale.

Ingérences multiples

Il se trouve que les provocations verbales du clan Erdogan hérissent depuis peu l’Europe du nord. L’internement de plusieurs journalistes turcs a fait sortir de leur réserve les diplomaties occidentales les moins lâches. Angela Merkel a eu le toupet de regretter que « plus de 100 journalistes sont emprisonnés » en Turquie, et elle a demandé la libération de Deniz Yücel, le correspondant du quotidien Die Welt en Turquie. Ses électeurs s’agacent de cette campagne de l’étranger, menée au nom d’un parti islamiste qui bafoue chaque jour les principes élémentaires de l’Etat de droit. Le 7 mars, le meeting de Hambourg était annulé. C’est depuis le balcon de la résidence du consul général de Turquie que M. Cavusoglu a déploré que « l’Allemagne ne devrait pas intervenir dans nos élections! ». Les Turcs s’y connaissent en droit d’ingérence…

L’Autriche, la Suisse, l’Allemagne, la Suède, le Danemark et les Pays-Bas ont tour à tour pris des mesures pour interdire des rassemblements pro-AKP. Le nettoyage politique de la population kurde et le combat à double tranchant de l’armée turque en Syrie ont fini par gêner les partis conservateurs qui briguent une réélection en Allemagne et aux Pays-Bas.

Metz plutôt que Rotterdam

L’avion du ministre turc des Affaires étrangères n’a donc pas pu se poser à Rotterdam où il comptait mobiliser ses soutiens. Mevlut Cavusoglu, le ministre des Affaires étrangères, a bien essayé d’atterrir de force à Rotterdam où le maire de la ville, Ahmed Aboutaleb acceptait de l’accueillir. Mais le gouvernement de Mark Rutte a maintenu qu’il n’était pas le bienvenu. Sa venue faisait courir un risque de trouble à l’ordre public. La diaspora kurde et arménienne mais aussi des militants des droits de l’homme avaient l’intention de manifester leur mécontentement. C’est donc à Metz que le représentant de l’AKP  a pu tenir son meeting en toute tranquillité. Les femmes voilées d’un côté et les hommes barbus de l’autre, comme à Strasbourg il y a quelques mois. Et Jean-Marc Ayrault d’appeler les parties à « l’apaisement ».

Le régime de Recep Tayyip Erdogan est en campagne plébiscitaire pour se donner toujours plus de pouvoir. La réforme constitutionnelle, taillée sur mesure pour le néo-sultan d’Ankara, cherche des militants dans ses bastions électoraux: la diaspora d’Europe occidentale. Il s’agit d’étouffer les dernières velléités d’opposition et de donner au Président Erdogan les quasi-pleins pouvoirs. Ces millions d’admirateurs du Président turc résident sur notre continent mais vivent comme en Turquie. Ils soutiennent le leader turc et veulent faire campagne à Strasbourg, à Rotterdam et à Hambourg. Chez nous, l’AKP est chez lui. Un militant turc de Rotterdam menaçait vendredi soir: « nous sommes 250 000 turcs ici et nous sommes tous des soldats ottomans! »

Erdogan voit des nazis partout

Les réticences européennes ont entraîné la fureur de Recep Tayyip Erdogan. Lequel a riposté avec des facilités oratoires bien de chez nous: les Pays-Bas sont des «vestiges nazis, fascistes» a-t-il simplement répondu. Erdogan, qui semble bien connaître l’histoire de l’Empire ottoman, est moins à l’aise avec l’histoire de la République turque. Aurait-il oublié que la Turquie avait signé en 1941 un pacte de non-agression avec Hitler ? Pacte qui ne fut rompu qu’en 1945, alors que le régime nazi s’effondrait. Que fit la Turquie quand la Hollande fut envahie avec la France par les panzer de la Wehrmacht? C’est une question qu’il faudrait poser à M. Erdogan. Tandis que la famille royale s’exilait à Londres, l’armée hollandaise résistait courageusement avant de subir quatre années d’occupation nazie sous la férule du Reichskommissar Arthur Seyss-Inquart.

Les grands rassemblements de masse qui couvrent les meetings turcs de drapeaux rouges au croissant et à l’étoile blanche rappellent de douloureux souvenirs aux Néerlandais. On a souvent complaisamment qualifié le régime AKP d' »islamo-conservateur ». On s’est trompé, le parti d’Erdogan est dans une dérive fascisante qu’il serait bon de dénoncer ouvertement. Et pas qu’en Hollande.

L’Âge d’homme: le cercle des poètes réels

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vladimir dimitrijevic age homme
Vladimir Dimitrijevic. Photo : Slobodan Despot.
vladimir dimitrijevic age homme
Vladimir Dimitrijevic. Photo : Slobodan Despot.

Je suis entré aux éditions L’Age d’Homme en 1986, à peine âgé de dix-neuf ans. Je m’étais inscrit à l’université de Lausanne sans conviction et je voulais financer mes études tout seul. Mon professeur de français au lycée m’avait recommandé d’aller frapper à la porte de cette maison prestigieuse dont le siège était également à Lausanne. A l’époque, L’Age d’Homme jouissait d’une renommée mondiale pour ses grandes traductions du monde slave, en particulier les œuvres immenses de Vassili Grossman et d’Alexandre Zinoviev. En plus de leurs exceptionnelles qualités littéraires, les grands auteurs slaves publiés à L’Age d’Homme étaient porteurs de témoignages capitaux et irréfutables contre un empire qu’il était encore malséant et dangereux de critiquer: le régime soviétique. Grossman comme Zinoviev, du reste, avaient d’abord été imprimés à L’Age d’Homme en langue originale russe et réintroduits en URSS par des canaux clandestins.

Premiers labeurs

Vladimir Dimitrijevic (Dimitri pour le cercle des amis et connaissances) passait pour un énergumène, un flibustier et un fieffé réactionnaire. On lui reconnaissait néanmoins une culture immense, des intuitions de prophète ainsi qu’un flair éditorial hors du commun. Avant d’être reçu par lui, j’avais dû attendre des heures durant, comme chez le dentiste, dans une salle d’attente constituée de deux banquettes de bus VW. Je lui avais apporté des essais de traduction manuscrits. Il n’avait pas même ouvert mon cahier, mais m’avait fixé d’un air maussade, s’était tourné vers son fouillis de dossiers et en a tiré un pavé de la taille d’une Bible. «Pourriez-vous me traduire ceci?» Ce n’était pas la Bible, mais ce n’en était pas loin. Le Pécheur de Dobrica Ćosić (Dobritsa Tchossitch), le plus grand écrivain serbe vivant, qui était aussi le plus illustre opposant au régime titiste. Il vivait encore en résidence surveillée, mais sa production littéraire était tolérée. Tolérée sans plus: Le Pécheur était à la fois un best-seller et un motif de mise aux arrêts si on vous piquait à le lire pendant votre service militaire. C’était aussi la première partie d’une trilogie colossale sur la folie des luttes intestines du communisme à la veille de la IIe Guerre mondiale: Le Temps du Mal. Cette imposante œuvre littéraire et politique était confiée sans un instant d’hésitation aux bons soins d’un étudiant inconnu.

J’ai donc traduit les 800 pages du Pécheur, maladroitement, en quelques mois. Puis la suite — plus de 1000 pages —, durant l’été de mes vingt ans. Dix heures de travail de forçat chaque jour pendant que mes camarades d’études bourlinguaient ou se doraient la pilule. Le métier du livre m’a été inculqué comme chez les artisans de jadis le maniement des outils: à force d’usage, jusqu’au sang, jusqu’à l’évanouissement.

Je pensais alors que ces travaux n’étaient que des expédients. Mon projet était de m’inscrire à l’académie de cinéma de Prague. On n’y avait pas voulu de moi. J’ai poursuivi en parallèle des études de lettres à l’université et la pratique des lettres dans la traduction et l’édition. Inutile de dire que la différence entre la théorie et la pratique s’est rapidement révélée abyssale.

C’est stupéfiant à écrire aujourd’hui, mais on était encore au temps du Rideau de Fer. Au-delà de Checkpoint Charlie, c’était la misère, la terreur, la censure. En-deçà, à Berlin, la liberté d’expression, d’entreprise, de développement… Et une sécurité, une aisance qui rendaient la vie presqu’insipide. Influencé par mes lectures de l’époque, j’ai cru comme beaucoup que nous touchions à la «fin de l’histoire».

Le réveil de l’histoire

J’y ai cru, mais pas très longtemps. La guerre a éclaté en Yougoslavie, comme une tempête dans un ciel bleu, au tournant des années 1990. Une monstrueuse machine de propagande et de désinformation s’est mise en place. Bien que d’origine mixte, serbo-croate — typiquement yougoslave, donc —, j’ai pris parti pour le camp des proscrits: les Serbes. De même que je soutenais les Indiens dans les westerns, à l’époque où on les peignait encore comme des sous-humains.

L’Age d’Homme venait de vivre son apogée. En 1986, Migrations de Milos Tsernianski, le «plus beau roman du monde», lui avait valu le Grand Prix de l’Académie française. En Suisse, la collection Contemporains rassemblait les plus fortes voix de la littérature contemporaine, tandis que Poche Suisse rassemblait le meilleur de l’héritage helvétique. L’Age d’Homme hébergeait les plus éminents auteurs belges, les grandes traductions classiques, l’histoire du cinéma, le théâtre d’avant-garde. L’Age d’Homme publiait l’intégrale du merveilleux Georges Haldas et poussait avec Vladimir Volkoff jusque dans les eaux du best-seller…

Au moment de mon arrivée, ces belles années prenaient fin. Avec Gorbatchev et le démantèlement de l’URSS, on s’était empressé de décréter l’antisoviétisme has-been pour ne pas devoir lui donner raison. Vladimir avait perdu de précieux soutiens. Les ventes fléchissaient. J’attribuais alors cette crise à la conjoncture. Je vois aujourd’hui qu’elle avait aussi d’autres motifs. Notamment celui-ci, qui était encore invisible: le règlement de comptes du monde occidental avec le monde russe. L’assèchement graduel de l’intérêt culturel pour le monde de l’est. La réduction de la littérature et du cinéma russes «eurocompatibles» à des histoires d’ivrognes et de crétins corrompus.

De 1989 aux années 2000, la Russie n’a plus existé sur la scène internationale. Les Allemands et les Américains avaient décidé de dépecer la Yougoslavie et de «punir» les fidèles alliés des Russes sur place (qui étaient aussi ceux des Français, autres absents de l’histoire): les Serbes. C’était une curée explicite, haineuse, à ciel ouvert, masquée par un lavage de cerveaux d’une ampleur jamais vue. Volkoff, spécialiste du genre, allait l’appeler un «cas d’école» de désinformation. Dans ce contexte, nous avons créé, V. D. et moi, un «institut serbe» à Lausanne ainsi qu’une petite revue brochée que nous imprimions nous-mêmes, dans nos locaux: Raison garder. Qu’on le croie ou non, cette revue — et elle seule — a recensé en temps réel les grandes manipulations de masse et les false flags que des auteurs impartiaux décortiqueront après coup. (Voir notamment Les vérités yougoslaves ne sont pas toutes bonnes à dire (Albin Michel) de Jacques Merlino, qui vaudra à son auteur, alors directeur des infos à France 2, une spectaculaire déchéance professionnelle.)

Je n’ai pas une ligne à regretter, pas une phrase à changer à cette première incursion dans l’«antipresse». Notre revue avait vraiment su «raison garder» en une époque de folie et d’aveuglement où des ouvrages tendancieux truffés de centaines d’erreurs factuelles comme Vie et Mort de la Yougoslavie du ridicule Paul Garde tenaient lieux de référence pour les journalistes et les diplomates. Une décennie après les événements, je créerais une nouvelle maison d’édition, Xenia, entre autres afin de continuer de publier des grands «chaînons manquants» tels que l’enquête de Jürgen Elsässer sur la manipulation du djihadisme par les services secrets occidentaux au temps de la guerre yougoslave (Comment le Djihad est arrivé en Europe).

Le grand tri

En attendant, cette polémique avait changé mon destin. Je ne deviendrais ni cinéaste, ni grand mandarin. J’ai fini par abandonner l’université, découragé tant par le conformisme pompeux qui y tenait lieu de science que par la passivité du milieu académique à l’égard d’une déformation massive de l’histoire par les médias. L’Age d’Homme, dont le patron lui-même avait mis en jeu la réputation à cause de cette guerre, restait mon dernier refuge et ma seule académie. Mon frère Marko m’y a rejoint en ce temps-là. Nous avons traduit, mis en forme, illustré, édité, des centaines d’ouvrages. Le premier conflit de l’après-guerre froide avait fait le tri autour de nous. Il y avait les spectres qui, tout instruits qu’ils étaient, s’alignaient sur la rumeur commune et nous répudiaient pour péché d’opinion. Et puis les vivants qui, comme Volkoff, Zinoviev, Dutourd, Marejko, Werner ou Haldas, restaient fidèles à la maison dans la tourmente.

Dimitri était malcommode, avare, caractériel et orgueilleux, mais il mettait la littérature et les idées au-dessus de tout. Avec lui et ses auteurs, j’ai appris très jeune que la régression totalitaire n’était pas liée à un pays, ni à une idéologie, mais à la modernité elle-même. Et que la littérature en soi, quand on y croit et qu’on s’y consacre vraiment, est une forme de résistance universelle.

La liberté d’esprit avait un prix: celui de la solitude, de l’incompréhension et du dénuement. There is no free dinner, disent les Anglo-Saxons. Si vous voulez manger à la table des esprits libres et des écrivains sans concessions, vous devez souvent vous contenter de pâté froid. Et c’était bien notre menu. Dimitri était tout le temps sur la route avec ses fourgonnettes. Nous nous arrêtions sur des aires de repos, en Bourgogne ou dans le Jura, pour avaler un bout de fromage et de saucission, fouettés par le vent. Nous parlions des auteurs, des projets, de l’idiotie contemporaine ou des beautés de la France. Nous étions libres.

J’ai quitté l’Age d’Homme en 2004, n’arrivant plus à m’entendre avec cet homme difficile. En partant, je lui ai prédit son sort et celui de la maison. Aujourd’hui, sous la direction de sa fille Andonia, L’Age d’Homme a changé de domaines d’intérêt. Ceux qui l’ont connu dans les années héroïques savent que c’était bien plus qu’une maison d’édition: une zone libérée.

Cet article a initialement été publié sur Antipresse.