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Balance ton humoriste (raciste) : lettre anonyme au CSA

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Homophobes, islamophobes, racistes, sexistes, poujadistes,…  balancez les Inconnus![tooltips content=’Note pour le CSA: ce qui suit est bien sûr ironique’]1[/tooltips] 


Très cher Conseil supérieur de l’Audiovisuel,

C’est un parent indigné qui vous écrit. Ma grande fille a eu la mauvaise idée de faire découvrir à sa petite sœur de 9 ans, via YouTube, l’intégrale des Inconnus. Ce groupe de fantaisistes, dont j’avais vaguement entendu parlé, a semble-t-il sévi avec beaucoup de succès dans les années 1990.

Mes enfants s’esclaffant de bon cœur, j’ai par curiosité et sans entrain regardé quelques-unes de ces vidéos aujourd’hui « collectors », paraît-il. Funeste visionnage. Mon sang n’a fait qu’un tour.

Je suis ainsi tombé sur ce sketch, aux relents particulièrement nauséabonds vous en conviendrez :

Les autres vidéos sont hélas à l’avenant. Tous les clichés les plus rétrogrades sont ainsi assénés par ce groupe de comique qui porte mal son nom, à mon grand désarroi. Homophobie, islamophobie, racisme ordinaire, sexisme, poujadisme, apologie de l’extrême-droite, vulgarité… tout y est. Et, pire que tout, cela fait rire notre jeunesse !

Que font les Indigènes de la République?

Je sais que votre haute autorité ne cesse de traquer les nombreux dérapages qui salissent trop souvent notre télévision nationale. Comme vous l’avez encore démontré récemment avec Laurent Baffie, ce bouffon macho et grossier, vous ne laissez plus rien passer. Pour combattre le politiquement abject, la moisissure, la beaufitude et le fascisme rampant d’un nombre croissant de nos concitoyens, vous avez fort judicieusement déplacé le curseur à l’extrémité opposée. Dans le pays de Robespierre et Jean-Marc Thibault, votre vigilance extrême vous honore. On ne transige pas avec la dignité humaine, fut-ce sous le fallacieux prétexte de faire rire.

Je sais qu’un nombre sans cesse croissant de nos téléspectateurs vous avertit quotidiennement de la moindre faute de goût cathodique. C’est la raison pour laquelle je remplis à mon tour mon devoir de veille sanitaire en dénonçant ci-joint certains sketchs, librement accessibles sur YouTube (et régulièrement rediffusés sur nos chaînes), qui devraient au plus vite être censurés par vos soins. J’avoue d’ailleurs ne pas comprendre pourquoi le Mrap, les Indigènes de la République et d’autres honorables mouvements du même acabit n’ont pas encore poursuivi en justice ces trois sinistres sires.

Que dire par exemple de cet autre sketch violemment islamophobe, censé représenter une speakerine de la télé française en… 2035 : une femme voilée (et moustachue!) au fort accent maghrébin.

Même Michel Houellebecq n’aurait pas osé. Cette parodie existe depuis près d’un quart de siècle, suis-je la seule personne dans le pays des droits de l’homme à m’en offusquer ?

Dans la même veine, ce pastiche de l’émission « Ushuaïa » où un clone casqué de Nicolas Hulot muni d’un haut-parleur croit spirituel de scander au cœur du Boulevard Barbès : « Rentrez chez vous les noirs et les bougnoules ! »… avant de prendre ses jambes à son cou. Vous trouvez ça drôle vous ?

Que penser aussi de ce clip vidéo où nos jeunes de banlieues, trop souvent stigmatisés, sont ici assimilés à des rappeurs analphabètes occupant leur journée à frauder dans le métro, à taguer et à faire des doigts d’honneur aux jeunes femmes… Comment peut-on laisser passer cela ?

Le mauvais goût n’a décidément aucune limite chez ce trio de comique populaire, pour ne pas dire populiste. Après l’islamophobie, le sexisme. Ainsi cette reprise borderline du clip de Didier Barbelivien et Félix Gray « A toutes les filles…»,  une vidéo elle-même très machiste. Guère étonnant quand on sait que Barbelivien a soutenu le très droitier Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle…

Bon bref, je m’égare. Dans cette parodie de Didier «Barbelavie» et Félix «Grave» – le calembour, une vieille tradition d’extrême-droite décidément – on voit l’un des chanteurs cogner sans ménagement sa femme (à la 50e seconde), le sexe dit faible étant réduit ici à un objet à grosse poitrine et à jupe très courte.

Lamentable ! Avec les Inconnus, on a le droit à tous les clichés les plus éculés. A l’instar de ce sketch, qui cumule racisme et sexisme, la double peine en somme. Dans ce reportage censé nous immerger au sein de l’hôpital public la nuit, des infirmières toutes antillaises font preuve d’indolence alors que les appels d’urgence s’accumulent.

A quand un gag sur les noirs qui ne savent pas conduire ou qui ne prononcent pas les «r» pendant qu’on y est ?!

Les lieux communs poujadistes sont également à la fête avec ces vampires Rap-tout, assoiffées de taxes en tout genre. Les Inconnus ignorent peut-être que nos impôts servent à financer nos écoles et nos hôpitaux…

Je n’épiloguerai pas non plus sur cette caricature de très mauvais goût sur les communistes, ce parti des 75 000 fusillés morts pour la France…

Ou encore sur cette parodie de chanteur engagé, indigné à juste titre par la guerre, les injustices et les malheurs du tiers-monde. Cela n’a vraiment rien d’amusant. Mais peut-on décemment laisser-dire que, je cite : « Charles Pasqua (ancien membre du SAC !) n’a pas toujours fait n’importe quoi » ou encore « Jean-Marie Le Pen, il dit pas que des conneries » !

Je ne peux accepter qu’en 2017 nos enfants puissent avoir librement accès à de telles vidéos. Même si ma petite fille semble préférer les chaînes Gulli et Télétoon, je lui impose Arte tous les soirs, pendant le dîner. Et France Inter au petit-déjeuner. Malgré ses larmes, cela lui offre un cadre de pensée légitime. C’est la mission du service public d’indiquer à nos petites têtes blondes le chemin à suivre. Et à vous d’y veiller.

Aussi, cher CSA, ai-je été stupéfait d’apprendre que ces nombreux sketchs avaient été diffusés en leur temps sur France 2, chaîne phare du service public. J’espère que les responsables seront a posteriori sanctionnés car il y a des domaines où la prescription ne peut être de mise et tout compromis, intolérable. De même, je compte sur vous pour épurer YouTube et toutes nos chaînes de télé de toutes ces farces écœurantes d’un autre temps.

Je tiens d’ailleurs à votre disposition une liste de comiques qui ont eux aussi dérapé à de nombreuses reprises, même si beaucoup sont désormais décédés.

Encore merci pour votre action et votre vigilance !

Signé : X

 

PS : J’envoie une copie de cette missive à Marlène Schiappa.

PS 2 : J’ai croisé avant-hier dans l’escalier mon voisin qui, pendu à son téléphone, tenait ces propos : « Tu connais l’histoire du juif, de l’arabe, du noir, du pédé et du handicapé qui sont sur un bateau… ? » J’ignore si cela entre dans vous attributions, mais je peux vous communiquer ses coordonnées complètes si vous le souhaitez.

Les Weinstein, certaines femmes s’en accommodent très bien

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Pour Weinstein, « tout le monde savait ». Mais pourquoi, pourquoi, pourquoi personne n’a rien dit?

Peut-être parce que la nature humaine est plus complexe qu’on feint de le penser.

Dans le monde universitaire, les postes sont précieux et les carrières reposent en grande partie sur des procédés de cooptation. Alors il n’est pas rare de rencontrer, au détour d’un couloir où d’un colloque, un gentil « collègue » plus âgé qui vous explique qu’il peut « vous aider ». Et cet univers d’intellectuels n’étant pas particulièrement hétéronormé, le phénomène concerne de manière égale les jeunes chercheurs des deux sexes.

#balancetacochonne

C’est aussi le cas dans le monde du cinéma, et l’info est trop peu relayée :

hommes-victimes-acteurs

A quoi il faudrait ajouter le nombre considérable de vieilles cochonnes qui lorgnent sur les nouveaux doctorants et se proposent de leur donner des séances privées d’initiation aux outils informatiques de la recherche. Hashtag #balancetacochonne.

A lire aussi: « Balance ton porc »: le grand Délathon a commencé ! – Par Elisabeth Lévy 

Mais en lisant et en écoutant tout ce qui se dit autour d’Harvey Weinstein, et notamment, en entendant revenir de manière récurrente cette question « pourquoi, alors que tout le monde savait, n’a-t-on jamais rien dit ? », j’ai repensé à mon Harvey Weinstein. Et moi je sais.

Mon Harvey Weinstein

La plupart des HW ne sont pas stupides. Ils ont soin de ne pas se mettre en infraction vis-à-vis de la loi. Seuls les plus fous d’entre eux vous coincent contre un mur ou vous envoient de très compromettants textos. Mon HW a fait venir la jeune collègue dans son bureau et l’a invitée à s’asseoir, non point sur le fauteuil, en face de son bureau, mais à côté d’elle, dans le petit salon qui occupe la moitié de la pièce. Elle connaît la réputation du bonhomme. A une amie qui lui disait : tu vas vraiment y aller ? Elle a répondu qu’on ne refusait pas un rendez-vous de travail en alléguant la réputation de quelqu’un et que, malheureusement, elle n’avait donc trouvé aucune raison valable de refuser. « Et puis il ne va pas me sauter dessus, quand même ! » Il ne lui sautera pas dessus. Il l’a convoquée sous prétexte d’évoquer le contenu d’un cours qu’elle doit donner. Mais la jeune collègue aura toutes les peines du monde à le faire rester dans le thème: si elle a des questions, elle n’aura qu’à lui envoyer des courriels dans l’année, tranche-t-il d’emblée. Ce rendez-vous, dit-il, c’est aussi l’occasion de « faire connaissance ». Ainsi, lui, il considère qu’il ne faut pas rester borné à l’étude des lettres. Être littéraire, c’est savoir s’ouvrir à… la pornographie par exemple. « Ah bon ? » Elle lui parle de sa thèse sur les moralistes : oh, mais il y a un grand moraliste auquel elle devrait s’intéresser de près, le marquis de Sade. « Vous croyez ? » Comme il se trompe sur l’attribution d’une citation de Pascal, elle le reprend poliment. Il rétorque : « je me sens si troublé auprès de vous que je ne sais plus ce que je dis ». Elle évoque une femme, Professeur, qu’elle admire particulièrement. Il répond : « c’est moi qui l’ai faite ». Une autre ? « Elle aussi, c’est moi qui l’ai faite ». Et ainsi va la conversation, sorte de calvaire interminable mais juridiquement inattaquable. On ne porte pas plainte contre quelqu’un qui, tout en accumulant les sujets gênants, vous a, durant une demi-heure, « regardée comme un morceau de viande » pour reprendre l’expression de Léa Seydoux.

Et surtout, toute dégradante que soit cette conversation, on a eu l’occasion de dire non, ou plutôt de ne pas dire oui : on n’a pas été forcée. Parce que ce qui se dessine entre les lignes, c’est bel et bien une « tractation » (Florence Darel emploie ce mot au sujet du comportement de Weinstein avec elle). Ces femmes que tu admires, me doivent leur carrière. Si tu veux la même qu’elles, c’est Sade, le porno et sois sensible à mon « trouble ». La raison pour laquelle je ne donnerai pas le nom de cet Harvey Weinstein, que certains auront reconnu, c’est justement (outre le fait qu’on ne crache pas sur les morts)  que, même si c’est un porc, il n’a rien fait de répréhensible. Il était trop malin pour cela.

Les tractations dangereuses…

Le problème est que cette « tractation » nous laisse faussement libres. Les jeux sont pipés. Cet homme n’est pas une minable petite frappe qui, au coin de la rue, vous demande si « y a moyen ». C’est quelqu’un pour qui vous êtes censée éprouver du respect, quelqu’un, surtout, qui a un pouvoir énorme sur votre carrière. Pour peu que vous accordiez beaucoup d’importance à celle-ci, plus même qu’à votre honneur, le choix qui s’impose n’est pas nécessairement celui que j’ai fait.

Pour ma part, j’ai adopté une attitude de froideur et de distance. Il reviendra à la charge au bout de quelques mois et, apprenant à ce moment que j’étais enceinte de mon premier enfant, ne me relancera pas.

Le principe étant de « faire connaissance » avec toutes les nouvelles jeunes collègues, je savais que mes camarades avaient eu droit à la même entrevue. Ce qui m’a surprise, c’est de voir comment quelques-unes se comportaient suite à cela. Je ne saurai jamais jusqu’à quel degré d’intimité elles avaient pris le parti d’aller. Mais elles avaient, pour certaines du moins, choisi d’entrer dans un jeu de séduction dangereux. Elles…

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux

Jeux olympiques: plus vite, plus haut, plus cher!


Connaissez-vous le syndrome de la robe de mariée? On prétend que cette dépense somptuaire est raisonnable, car la chose resservira ensuite pour d’autres grandes occasions. Ce qui, bien sûr, n’est jamais le cas. Exemple typique: les équipements sportifs hors de prix bâtis par les villes qui accueillent les JO. 


Amsterdam, le 12 mai 1970. Après une longue campagne pleine de rebondissements et deux tours de vote, le Comité international olympique (CIO) choisit Montréal comme ville hôte des Jeux olympiques d’été 1976. De retour chez lui, une petite semaine plus tard, Jean Drapeau, maire de l’heureuse élue, tient à rassurer les journalistes, plutôt sceptiques, ainsi que ses administrés. Les Jeux seront placés sous le signe de la simplicité, promet-il, répétant inlassablement qu’autofinancés par les revenus générés, ils « ne coûteront pas un sou aux contribuables ». Mieux encore, assure-t-il, « les Montréalais seront plus riches d’un stade et ça n’aura rien coûté ». Et l’édile de conclure par cet engagement aussi solennel qu’imagé : « Il est aussi impossible pour les Jeux olympiques de Montréal de produire un déficit que pour un homme de devenir enceinte ».

Montréal, 720% de dépassement

Un peu en avance sur son temps, l’éternel maire de Montréal (1954-1957, puis 1960-1986) n’avait pas complètement tort : l’homme enceint(e) n’est plus qu’une question de temps et le dépassement des coûts des JO de Montréal a atteint 720 % ! La Ville n’a fini de rembourser ses emprunts qu’en 2006, trente ans après la cérémonie de clôture. Respectivement, il est difficile de déterminer qui de la gymnaste prodige Nadia Comăneci ou du vieux routard de la politique québécoise Jean Drapeau (60 ans en 1976 !) aura réalisé les meilleures performances acrobatiques.

A lire aussi: Paris 2024: les JO d’Hidalgo, vous ne pouvez pas être contre ! – Par Elisabeth Lévy

À la décharge de Jean Drapeau, père du métro et de la loterie montréalais, on peut invoquer son ignorance : à la fin des années 1960, il était difficile de prévoir la débâcle à venir en se basant sur le bilan des six olympiades d’après-guerre (1948-1968). Quarante ans plus tard, il est impossible d’ignorer l’abondante littérature universitaire consacrée aux aspects économiques des JO d’été et d’écarter le consensus qui s’en dégage. Comme le formulent Robert Baade et Victor Matheson, deux spécialistes de la question, « la conclusion qui s’impose est que dans la plupart des cas, les JO sont une mauvaise affaire pour les villes hôtes, le contraire étant vrai uniquement dans des circonstances très rares et spécifiques ». Pourtant, pendant leurs campagnes, les villes candidates à l’organisation des JO continuent de promettre à leurs opinions publiques non seulement une gestion sobre et rigoureuse des coûts, mais surtout des retombées économiques importantes.

Les bons comptes font les bons paris

Ces promesses s’appuient en général sur des études prévoyant d’importants effets positifs en termes de recettes directes et indirectes, ainsi que des créations d’emploi largement exagérées. La raison principale du hiatus est que ces études, commandées par les villes candidates, se fondent sur des raccourcis. Ainsi, pour estimer la contribution au PIB, les recettes prévues ne prennent pas en compte les dépenses alternatives (un Français qui achète un billet pour un évènement sportif en 2024 aurait probablement dépensé cet argent autrement si les JO avaient eu lieu ailleurs, l’impact sur le PIB est donc nul ou minime).

Autre problème : l’estimation des effets sur le tourisme. À Londres, par exemple, le nombre de touristes pendant l’été olympique de 2012 (6 millions) a été plus faible qu’à l’été précédent (6,5 millions), probablement parce que beaucoup des voyageurs ont évité cette destination, craignant légitimement de subir des prix élevés et des foules de supporters. Pourtant, les prévisions économiques présentent le nombre de touristes déplacés spécialement pour les JO comme un gain net pour l’industrie touristique locale. Certes, les tarifs élevés des chambres d’hôtel compensent peut-être la perte de chiffre d’affaires. Mais s’agissant de villes déjà très prisées comme Londres ou Paris – où le tourisme de masse commence d’ailleurs à poser problème –, on a du mal à croire que les JO dopent le tourisme ou contribue à les faire connaître du monde entier. Quant aux retombées sur l’emploi, JO après JO, les prévisions relèvent carrément de la science-fiction : la réalité se résume à quelques milliers de postes créés, majoritairement temporaires.  Enfin, les coûts des équipements sportifs de grande envergure sont presque toujours sous-estimés. Sans reparler du stade de Montréal, songeons au difficile financement du stade Pierre-Mauroy de Lille. Et l’argument selon lequel ces équipements sont un bénéfice net pour la collectivité relève souvent du principe de la robe de mariée : pour avoir bonne conscience, la future épouse se dit qu’elle rentabilisera le prix exorbitant de sa robe en la portant à d’autres occasions. Et bien sûr, cela n’arrive jamais.

La privatisation de l’intérêt général

Reste l’effet « feel good » – dont la mesure relève davantage de la littérature que de la science : la fierté locale et nationale et l’effet escompté en termes d’optimisme, de dynamisme et de mobilisation. Ces arguments recevables figurent généralement à la fin de la liste, brandis en dernier recours quand les données économiques ne font pas l’affaire. En ce cas, il serait plus honnête de dire : « On va s’offrir un grand défi couronné par une grosse fête. Ça va nous coûter bonbon, mais tant pis, on va s’éclater. » Au moins, on saurait à quoi s’en tenir…

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Dans ces conditions, pourquoi se trouve-t-il encore des villes pour croire qu’accueillir les JO est une grande victoire, comme si on était toujours dans les années 1970 ? La réponse est que même si l’intérêt général n’y trouve pas son compte, beaucoup d’intérêts particuliers en sortent gagnants, sonnants et trébuchants. C’est le cas des comités olympiques nationaux et des politiques, comme Jean Drapeau, qui voulait entrer dans l’histoire en encaissant au passage budgets, postes et contrats à distribuer (il est vrai que sa trace historique n’aura pas été à la hauteur de ses espérances). Enfin, le secteur du BTP ne boude pas les grands projets d’équipements et d’infrastructures qu’il faut livrer en temps et en heure, donc littéralement coûte que coûte !

Néanmoins, plusieurs villes candidates aux JO ont fini par renoncer sous la pression d’une opinion publique avertie. Ce fut le cas récemment de Hambourg et de Boston, deux villes où, à la différence de ce qui s’est passé à Paris, le débat s’est ouvert avant la décision du CIO.

Terrorisme: enfin un traitement de choc!

Les tentatives de traitement psy des djihadistes s’étant en général avérées aussi efficaces que les illuminations de la tour Eiffel, un médecin a décidé de renverser le problème : déradicaliser la mémoire des victimes en gommant leurs souvenirs les plus traumatisants. Le 14 septembre, le magazine de France 2, « Envoyé spécial », nous a appris qu’il existait désormais un médicament pour ça.

Expérimenté sur 120 volontaires ayant survécu aux attaques du Bataclan et de Nice, ce protocole s’appuie sur un bêtabloquant connu depuis les années 1970 pour son efficacité contre l’hypertension, le propranolol. D’après Alain Brunet, le psy canadien à l’origine de cette thérapie, ce médicament « a la propriété de bloquer certaines protéines du cerveau qui aident un souvenir émotionnel (…) à se matérialiser ». Bref, le procédé se révèle « novateur de simplicité », comme l’indique si joliment la réalisatrice du documentaire.

Déradicaliser l’amour

On regrettera cependant qu’« Envoyé spécial » n’ait pas été exhaustif sur les vertus miraculeuses de ce nouveau traitement. Le très sérieux site Québec Science est allé interroger Michelle Lonergan, une doctorante de l’Institut de santé mentale de l’Université McGill, qui travaille sous la direction du même Alain Brunet.

D’après la chercheuse, le propranolol pourrait se révéler efficace contre ce qu’elle qualifie de « blessures romantiques », vécues par les gens « dont la vie chavire soudainement parce que leur conjoint les quitte, est infidèle ou les trahit ». Un médicament grâce auquel les chagrins d’amour ne durent qu’un jour ? À mon avis, dès la mise sur le marché, les stocks seront en rupture…

PMA/GPA: l’enfant pour tou·te·s est arrivé!

L’enfant de l’amour est de retour : le serpent de mer. Corrigeant la communication exaltée de Marlène Schiappa, le Premier ministre a annoncé récemment que le gouvernement profiterait de la révision de la loi de bioéthique de 2018 pour y inclure la PMA pour tous, ouvrant ainsi la voie à la GPA. Ce qui s’appellera faire d’une pierre deux coups. Merci à notre revue préférée de nous offrir, ce mois-ci, un avant-goût du match inédit à venir, avec  la photographie de la gaie farandole d’Anne, Jack et les autres, à la frimousse épanouie, tenant une banderole qui vaut son pesant d’égalité, de fraternité et de constitutionnalité : « PMA Filiation Egalité. »[tooltips content=’Voir Causeur n°50, octobre 2017, page 25′]1[/tooltips] Macron ne lâche rien. Les « bioconservateurs » non plus. A vos marques !

Et Taubira créa le mariage pour tous

Cette loi à venir s’inscrit dans le long temps. Le très long temps. Des millions d’années après le Big bang originel, on tombe sur Homo sapiens. Passons les étapes suivantes. En  un tour de cuiller à pot, autre big bang : l’ère Taubira, inaugurée par Amandine, avec l’homo sexualis sexualis. Plus besoin de copuler à l’ancienne, sur un lit de bruyères fossilisées, avec un partenaire d’un autre sexe. On est père et/ou mère (inclusion oblige) par action, par intention et par omission. On s’y… perd un peu mais comptons sur la chambre incubatrice de cerveaux pour nous y retrouver. Ce sera du lourd. Avec ce saut anthropologique, impossible de revenir en arrière. On ne sait pas trop pourquoi mais c’est ainsi. Aussi bien Madame Taubira avait-elle salué dans le « mariage pour tous » non seulement une révolution (c’est dans nos gènes) mais l’avènement d’une nouvelle civilisation.

Le mariage, c’est le mariage. Autrefois, dans des temps très anciens, l’impuissance était une cause de nullité. Mais ça, c’était le code Napoléon (un sacré machiste). Nos mariés de l’ère I, on ne peut dire que, s’ils sont heureux, on puisse leur souhaiter, pour l’instant, beaucoup d’enfants.

La technique au service de l’infécondité

Pour pallier cette infertilité sociale et/ou culturelle, l’homo sapiens sapiens a bien inventé des techniques opérationnelles depuis pas mal de temps, en attendant le droit opposable de l’enfant. Seulement voilà, ces moyens de production ou de reproduction restent à voter chez les primates que nous sommes et cette loi, ne nous le cachons pas, aura forcément une incidence sur le panier de la ménagère. Les gamètes, c’est comme les ortolans, c’est rare et cher. Le marché, il est vrai, s’avère de plus en plus juteux. Qui veut des gamètes ! Achetez mes gamètes ! Pour un p’tit gars tout frais, tout beau !

Madame Taubira avait l’art du verbe (dont n’a pas hérité son émule). On se souvient de ses élans poétiques à la Chambre des députés qui lui avaient valu, dans l’hémicycle, des éloges unanimes. Elle avait réuni les représentants des sept cultes (un chiffre sacré ?) et leur avait dit avec pertinence : « Le Code civil n’est pas votre champ. Ce n’est ni la Bible ni le Coran ni la Torah ». Fermez le ban. Tant il est vrai que l’ère de la Révolution française n’est jamais close. Et les muphtis de partir tout penauds. Madame Taubira avait dit aussi un jour : «  Qu’est-ce que la sexualité ? Seulement la reproduction ? » Là, pas besoin d’être grand muphti pour dire que ça y aide quand même un peu. Napoléon affirmait que ce qui resterait de lui, ce n’était pas Austerlitz mais son Code civil. Napoléon est un fils aléatoire de la Révolution et le nouveau Code civil achoppe sur la voie naturelle. A moins de passer au forceps, faire des enfants à plusieurs et les enregistrer sur un code de nationalité, ce n’est pas simple comme bonjour. En attendant que Marlène garde son sang-froid! La France n’est pas encore dans la rue.

Un saut anthropologique

Pour arriver à ses fins, que ne ferait l’espèce ? L’être humain ne cesse de jouer sur les deux tableaux de la nature et de la société. On comprend que le monde puisse être classé en « bioconservateurs » et les autres, adeptes de la révolution anthropologique. On peut dire aussi que, s’il y a, pour certains, une origine divine à la loi naturelle de la procréation, force est de reconnaître que cette loi l’emporte par sa simplicité sur une procréation assistée où les humains besognent à qui mieux mieux et plutôt mal que mieux, faute de l’outillage requis. La Nature fait efficacement les choses, avec le minimum de moyens et sans tralala. Economie non négligeable dans cette période de crise que nous vivons dont la Sécurité Sociale est la première victime. Avouons-le aussi. Tous ces débats procréatifs n’entravent-ils pas la joie de vivre nécessaire à la fertilité d’une nation ? Nul doute que des études démographiques très sérieuses vont le prouver prochainement. Dans ces conditions, invoquer un saut anthropologique irréversible est peut-être aller vite en besogne. Le calendrier révolutionnaire a duré treize ans. Un recul s’imposerait de quelques années lumière sur ce saut anthropologique avant de l’inscrire dans une loi.

La manif pour tous diabolisée

Quand il y a eu les manifs contre le mariage pour tous, que n’a-t on dit dans les médias télévisuels et les autres sur l’homophobie des manifestants ! Ce fut une accusation récurrente et indigne. Alors que les médias et les gens avertis savaient pertinemment que le Pacs ouvrait sur le mariage et tous ses droits. Et que le mariage entraînerait l’ouverture à la PMA et la GPA. On y est. Elisabeth Schemla l’écrit explicitement dans son dernier livre : « Les associations LGBT et homoparentales, un lobby gay surtout parisien relayé par la gauche, savaient pertinemment ce qu’ils enclenchaient. S’ils n’avaient pas eu d’arrière-pensée concernant la légalisation de la PMA et de la GPA, ils n’auraient pas réclamé le mariage… ». C’est on ne peut plus explicite. Réécoutons sur You Tube  l’émission de LCP, en date du 21 décembre 2012 sur le Pacs. Jean-Luc Romero  y dit en rigolant combien ses amis et lui rigolaient justement qu’on se moquât de Boutin laquelle avait raison de dire que le Pacs était la porte ouverte au mariage. « Bien sûr qu’elle avait raison.. » dit-il mais, dit-il encore : « On va dire tout le contraire devant les médias… Bien sûr qu’on rigolait. »  On imagine ce que ça doit être maintenant.

Tout enfant a une mère

Le temps est donc venu de la démystification pour tous, en tout. Tout le monde le sait bien : personne n’a deux mères, deux pères, une maman 1 et une maman 2, un père biologique et un père d’intention, sauf métaphoriquement où tout est permis : même un père spirituel si vous le désirez. Un enfant né par GPA d’un père – fût-il très célèbre – a une mère : la femme qui l’a porté. Qu’on le veuille ou pas, qu’on le dise ou non. Car personne ne peut aller contre le principe de réalité. C’est se moquer que de faire croire à une autre filiation décrétée en l’an de grâce 2013. Comme ils doivent encore plus se marrer, en effet, de nos  états d’âme et de conscience et de nos procédures, ceux qui militent pour les lois sur la PMA et la GPA !  « Patriotes ! Faites des enfants ! » lisait-on en lettres noires, il n’y a pas longtemps, sur les murs des maisons et sur le bitume. Faites des enfants par la voie naturelle, efficace et rentable ! Le Grand Marché vous tient par la barbichette ! Ne vous laissez pas faire ! Ne nous cassons pas la tête ni la tirelire de l’Etat !

Allons voir chez les Grecs

Oedipe n’est pas l’homme du divan mais celui qui veut savoir son origine. Antigone, c’est celle qui, adepte de la ligne rouge, fait prévaloir, quoi qui lui en coûte, la loi de sa conscience, en enterrant son frère malgré le décret de Créon. Le philosophe Diogène, se promenant sur l’agora avec une lanterne, répondit à celui qui l’interrogeait : « Je cherche un homme » ( au sens 1 du Dictionnaire de l’Académie Française). Récemment, à la Bibliothèque Médicis, Eva Ionesco, présentant son livre, disait sa joie d’avoir retrouvé sa  filiation paternelle.

Tous les grands écrivains, parce que c’est l’honneur d’être un homme, se sont aussi posé la question : qui suis-je ? D’où suis-je venu ? Où vais-je ? Sans ces questions et des réponses dignes d’elles, on peut faire de l’homme, avec l’homme, tout ce qui  possible. Il y a pourtant des lignes rouges à ne pas franchir.

Chaque époque connaît la tentation d’une idéologie. Au lieu de croire que nous réinventons la machine à vapeur, débusquons dans cette idéologie de la filiation fictive une loi du marché ultralibéral, à l’œuvre, en ce moment, dans notre pays même. Ce serait étrange de parler des idéologies mortifères des siècles passés et de ne pas voir celle qui crève nos yeux ! On ne peut pas dénoncer l’ultralibéralisme là et l’accepter ici. Comme le dit très justement Virginie Tellenne alias Frigide Barjot : « La procréation, avec les technologies et les géants économiques qui en sont les maîtres, est devenue l’otage du marché mondial de l’ultralibéralisme. » Ces lois sociétales sont tout simplement des lois du marché que nous refusons de nommer parce qu’il faudrait nous tirer de notre aveuglement ou de notre confort.

Fils de personne

Faisons un rêve. Un jour, Zeus eut mal à la tête. Il demanda à Héphaïstos de le soulager. Héphaïstos lui donna un grand coup de hache sur la tête. Athéna, déesse de l’intelligence, en sortit toute casquée et lui dit : «  Seigneur Zeus, tout le monde est dingue ! L’ère de la PMA et de la GPA est dépassée. L’avenir est à l’artefact. Il faut faire des enfants par la tête ». Jupiter se réveilla, prit les drapeaux français et européen, s’en enveloppa et entonna l’hymne de Johnny Hallyday pour conjurer les démons ambiants : «  Y en a qui sont nés dans les plis du drapeau / Pas moi. Avec dans leur berceau les milliards de leur père / Pas moi. On leur apprend que tout peut s’acheter. / Pas moi.  Je suis fils de personne. »`

Jupiter leva les yeux sur Marlène, plantée devant lui, hors d’elle, qui lui demandait d’accélérer le mouvement législatif. « Keep quiet, Marylin ! »  lui dit-il. Le soir, il ouvrit le roman de Montherlant placé sur sa table de chevet par Brigitte : Fils de personne, où il lit qu’un enfant, c’était pas de la tarte – et le président s’endormit du sommeil du juste. C’est ainsi que Jupiter renonça à la PMA et à la GPA pour tous et qu’il laissa son nom dans l’histoire de France.


Fils de personne - Suivi de Un incompris

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« Balance ton porc »: le grand Délathon a commencé! 

Il faudra peut-être se souvenir de ce jour d’octobre 2017 où le mot « dénonciation » est devenu synonyme de « parole libérée ». On a encore du mal à trouver le terme qui qualifiera une époque où la délation est devenue un acte de courage, la surveillance un devoir moral et le déballage un brevet de correction. « Balance ton porc », le dernier gadget idéologique à la mode, n’est certes pas le premier épisode du grand Délathon. Comme le savait très bien Debord, la dénonciation est devenue dans les années 80 le sport favori des journalistes de gauche et il faudra un jour compter les victimes innocentes de la calomnie médiatique. Mais avec le secours de la technologie, elle est devenue une industrie. Et quand cette industrie se met au service de la meilleure cause du monde, celle des Femmes, elle devient un pouvoir redoutable. On se rappelle le déchaînement suscité en novembre 2013 contre les avocats de la liberté de prostitution (entre adultes). Ces salauds, qui défendaient une opinion certes contestable mais légitime, furent noyés sous un torrent de boue grâce au site confectionné à ce seul effet par un militant…libertaire ! Cependant, cet appel au lynchage numérique n’avait pas suscité le même enthousiasme que BTP (pour Balance ton porc), ni attiré la même bienveillance publique (encore que notre chère Najat l’approuvait grandement).

Weinstein et les vierges outragées

Peut-être faut-il préciser que je suis fermement opposée à toute contrainte, à toute violence exercée sur une femme ou sur un homme pour obtenir des faveurs sexuelles. Un homme, ça s’empêche. Et ceux qui ne s’empêchent pas doivent être sanctionnés ou matés. Pourtant, quand des actrices célèbres et primées expliquent qu’elles se sont tues sur les agissements d’Harvey Weinstein, pour ne pas mettre leur carrière en danger, j’ai du mal à les plaindre. Et quand elles ne parlent que pour se joindre à un lynchage déjà presque fini, j’ai du mal à admirer leur courage. Le tout Hollywood qui mangeait dans la main du producteur quand il était puissant, nous fait le chœur des vierges outragées maintenant qu’il ne peut plus ni lui nuire, ni lui servir et que cracher sur lui fait de chacun un héros.

L’inflation galopante du mal

Que des hommes, tentent, dans la vie professionnelle de profiter de leur pouvoir pour coucher, en particulier dans le milieu du cinéma, comme le dit mon ami Marc Cohen, cela existe sans doute depuis Plaute et Aristophane. Des patrons lourdingues et des chefs harceleurs, il y en a certainement dans tous les milieux – des hommes qui tentent leur chance aussi et heureusement. L’ennui, c’est qu’à la faveur de chaque scandale, on nous raconte la même légende : toutes les femmes sont harcelées, puisque le harcèlement est la norme. Depuis que l’affaire Weinstein a éclaté, on assiste, sur les bandeaux des chaînes info, à une inflation galopante du mal : au début, c’étaient 38 % des femmes qui avaient subi du harcèlement dans leur travail. Une semaine plus tard, on en est à 90 % (à peu près autant que la réussite au bac). Balance ton porc, cela signifie que chaque femme en a au moins un et que si tu ne le balances pas, tu es complice.

Des témoignages ne font pas une vérité

Seulement, pour que toutes les femmes soient harcelées, il faut étendre très largement la définition du harcèlement. « Fixer, c’est harceler », « Insister, c’est harceler », proclame une campagne dont les Transports publics bordelais sont très fiers. Dans le flot de témoignages recueillis sous le hashtag #Balancetonporc, on a vu apparaître des noms connus, celui-ci m’a fait une blague lourde, celui-là a essayé de m’embrasser et tel autre a louché sur mon décolleté. Certes, il y a aussi des histoires terribles de femmes obligées de supporter des gros porcs. Reste que des témoignages, aussi poignants soient-ils, ne constituent pas une vérité. Pour arriver à celle-ci, la Justice doit entendre l’autre partie. Et la plupart des journaux ne publieraient pas non plus ces récits sans solliciter le harceleur présumé (même si c’est exactement ce que France Inter a fait dans l’affaire Baupin, diffusant des témoignages à charge sans même faire réagir l’avocat du présumé coupable).

Être une femme, c’est pas si difficile

Autant l’avouer : je n’ai pas de porc à balancer. Il est arrivé que des hommes de pouvoir, qui étaient parfois mes supérieurs, me fassent des avances, et il est arrivé que je les refuse – sans autre conséquence que, une fois, des menaces qui n’ont pas été mises à exécution, leur auteur ayant compris le ridicule de la situation. Non seulement je n’ai pas été traumatisée mais je suis encore amie avec certains de ces « harceleurs ». Et je n’ai pas été traumatisée non plus par le grand Noir qui, dimanche matin, dans le métro, m’a lancé : vous êtes superbe ! Je lui dirais même volontiers qu’il a fait ma journée. Alors peut-être que j’ai de la chance. Mais, alors que le harcèlement est un délit pénal et qu’il est unanimement condamné par la société, on ne me fera pas croire que l’existence des femmes en France est un calvaire.

Lemaire harcelé

Avec Balance ton porc, le féminisme victimaire, habile à se saisir des agissements d’un seul pour dénoncer tous azimuts, a encore franchi une étape. Non seulement la délation est célébrée, mais ceux qui osent émettre un soupçon de réserve se voient sommés de faire leur autocritique. Invité sur France Info, Bruno Lemaire a déclaré qu’il ne connaissait pas de politique harceleur, mais que, s’il en connaissait un il ne le dénoncerait pas car, a-t-il répété, « la dénonciation n’a jamais fait et ne fera jamais partie de mon identité politique ». Eh bien, croyez-le si vous voulez, mais trois heures plus tard, le même publiait une autocritique écrite et filmée sur son compte Twitter : « Je me suis exprimé ce matin sur le problème du harcèlement sexuel subi par les femmes en France et je me suis mal exprimé. Je le regrette », déclare-t-il en introduction avec la mine d’un garçonnet pris en train de mater les magazines pornos de son père, avant de dérouler une longue explication dont il ressort qu’on ne trouvera pas soldat plus zélé que lui, désormais, dans la lutte contre les violences faites aux femmes.

Si j’étais un homme…

Que l’on puisse exiger d’un adulte qu’il renie publiquement des convictions exprimées le matin même et qu’il approuve un appel à la délation pour se conformer à l’hystérie collective du moment devrait tous nous terrifier. Le plus grave est bien que cette scène digne de Milan Kundera n’ait pas suscité de réaction. Alors peut-être que le stalinisme nous revient sous forme de farce, mais je ne suis pas certaine que celle-là nous fera rire longtemps. Pour tout dire, si j’étais un homme, je ne rirais pas du tout. Et comme j’ai d’excellents amis hommes j’ai peur pour eux.

En effet, si nous sommes toutes victimes, tous les hommes sont coupables ou susceptibles de l’être. Il convient donc de les placer sous surveillance. Reste à savoir comment on évitera que des femmes se vengent d’avoir été trompées, quittées, privées de la promotion ou du week-end à la mer qu’elles exigeaient en accusant leur amant ou leur voisin de bureau. J’ai interrogé deux de mes amis qui ont des vies amoureuses disons compliquées. Leur réponse, identique, donne une idée de l’époque dans laquelle nous vivons : « Je garde tous les SMS ». C’est beau, l’amour au temps du féminisme.

Mark Zuckerberg aime la Maison Blanche

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L’un des chefs d’entreprise les plus riches et les plus puissants de la planète, Mark Zuckerberg, le président-directeur général de Facebook, nourrirait l’ambition de devenir président des Etats-Unis en 2020.

Il n’a rien officialisé, il est encore bien trop tôt, mais plusieurs de ses décisions ont été vues comme des indices trahissant ses velléités de conquête du pouvoir, en particulier sa volonté de visiter l’ensemble des Etats qui composent la première puissance du monde. Autre signe remarqué, le recrutement simultané, pour sa fondation, de plusieurs stratèges politiques chevronnés tels que Joel Benenson, l’ancien conseiller de Barack Obama et d’Hillary Clinton, David Plouffe, le directeur de campagne d’Obama en 2008, et de Ken Mehlman, également ancien directeur de campagne, mais cette fois-ci du côté républicain, aux manettes lors de la réélection de George W. Bush en 2004.

Claquettes, capuche, bière

Si la nouvelle affole l’univers médiatique, c’est que Mark Zuckerberg ferait un candidat très atypique compte tenu de la puissance de feu de Facebook. Son réseau social semble lui donner une longueur d’avance vertigineuse sur ses concurrents et pourrait même en quelque sorte ébranler la démocratie représentative.

Cela paraît pourtant risible si l’on se cantonne aux apparences. Sous ses airs débonnaires, entretenus par le port obstiné du sweat-shirt et de claquettes de piscine, il est vrai que le richissime trentenaire ressemble plus au gars cool avec qui l’on prendrait volontiers une bière qu’à un dictateur en puissance. Mieux, il incarne l’image archétypale du chef d’entreprise, le héros de notre temps, qui sut, dans sa chambre d’étudiant d’Harvard, créer l’un des sites les plus visités de la planète. De quoi alimenter une image romantique et attirer la bienveillance du grand public.

Sa vie de père de famille qu’il mène en compagnie de sa femme Priscilla Chan, ses manières simples et naturelles (soigneusement exposées sur Facebook), et ses actions caritatives abondent dans ce sens. On lui donnerait le Bon Dieu sans confession.

Le champion du rêve techno-libéral américain

Derrière cette image sympathique, l’homme a une vision du monde : il défend une idéologie que l’on peut qualifier de techno-libérale. Pour Éric Sadin, philosophe de la technique, il s’agit d’un modèle civilisationnel fondé sur la marchandisation intégrale de l’existence et l’organisation automatisée de la société.

Il la qualifie d’industrie de la vie en raison de cette quête constante à tirer profit du moindre de nos gestes. En soumettant l’esprit humain à de continuelles suggestions (issues d’algorithmes), il tente d’opérer des choix à notre place. Ces influences, de plus en plus pressantes, peuvent, à terme, remettre radicalement en cause notre libre arbitre.

Le techno-libéralisme, c’est aussi un type de management spécifique mis en place chez les géants du net, Google, Apple, Amazon… et Facebook, qui composent le quarteron infernal désigné par l’acronyme GAFA.

Dans ces entreprises, la manière de travailler se veut plus ludique et décontractée ; le fonctionnement hiérarchique, les horaires imposés et les codes vestimentaires ont été abandonnés, laissés à l’ancien monde (ringard). Sont privilégiés les organisations horizontales, la pensée positive, « l’open space », la cantine bio et les piscines à balles. Que les salariés fassent finalement bien plus d’heures, ne se déconnectant jamais vraiment, adhérent aux objectifs de leur boîte comme si leur salut en dépendait, s’auto-pressurisant au risque d’y laisser leur santé. C’est un détail.

Si cette apparence de décontraction réussit à faire illusion – nombreux sont les individus talentueux rêvant d’y être embauchés -, l’ambiance est sensiblement différente dans les usines délocalisées en Asie fabriquant smartphones et autres objets numériques où l’on sait bien que les conditions de travail sont déplorables.

Le techno-libéralisme, c’est aussi la suppression progressive du salariat, trop coûteux pour l’entreprise, qui préfère troquer ses employés contre des travailleurs indépendants ne disposant d’aucun droit ou presque (pas de sécurité sociale, pas de droit au chômage, aucun garde-fou pour mettre fin au contrat). On a d’ailleurs vu récemment les livreurs de Deliveroo manifester à Paris contre la nouvelle politique tarifaire de la direction (certains étaient rémunérés à l’heure, dorénavant ils seront tous payés à la course). Il s’agit d’un vaste mouvement de précarisation.

En somme, ce modèle de société n’est que l’exportation du mythe du rêve américain. A les entendre, il suffirait de monter sa boîte et de bosser dur pour réussir. Or les statistiques sont formelles, la plupart des start-ups déposent le bilan. Dans la perspective libérale, les épaules de l’individu supportent la totalité du poids de la responsabilité des succès comme des échecs. Reproduction sociale, rapports de domination et effets de réseau sont niés.

Quoi qu’il en dise, et cela malgré ses dénégations récentes, Mark Zuckerberg représente ce camp-là. On ne peut pas se poser comme le défenseur de la justice sociale et de la redistribution tout en trompant systématiquement les administrations fiscales.

Facebook, réseau de conquête du pouvoir

Outre cette nouvelle forme de capitalisme qu’il promeut, irénique et séduisante, la possession d’un outil tel que Facebook confère à Mark Zuckerberg un pouvoir immense et inquiétant qui l’éloigne de l’image du geek inoffensif qu’il s’est construite.

Avec deux milliards d’utilisateurs actifs, Facebook est le leader incontesté sur le marché des réseaux sociaux. Mieux, il est le troisième site le plus consulté au monde, derrière Google et Youtube.

Facebook est entré dans le quotidien de millions d’Américains qui s’en servent pour communiquer avec leurs amis, organiser des soirées, partager coups de cœur et coups de gueule. On s’y livre sans réserve, renseignant opinions politiques, religieuses et orientation(s) sexuelle(s). Addictif, le site crée une forte dépendance. Ces activités frénétiques partagées par des millions de citoyens américains génèrent des milliards de données qui constituent une mine d’or. Une exploitation fine pourra donner des indications précises sur leurs attentes en matière de politique. Il est d’ores et déjà possible de connaitre les mouvements de l’opinion en temps réel, de repérer les signaux faibles (capacité d’anticipation) et au bout du compte de connaitre les mots que les électeurs américains souhaitent entendre.

Pour sa gestion des données, Facebook s’est déjà fait taper sur les doigts dans différents pays. En France, la CNIL a condamné la société américaine à 150 000 euros d’amende à cause « de nombreux manquements à la loi Informatique et libertés ». Il lui a été reproché un ciblage publicitaire trop intrusif et le pistage des internautes sur d’autres sites web via un cookie.

Zuckerberg a le monopole du « like »

Si Mark Zuckerberg incarne les valeurs du libéralisme, avec une méfiance prononcée à l’égard des Etats, contournant sans honte les lois fiscales nationales afin de payer le moins d’impôts possible, il n’en demeure pas moins qu’il a réussi à bâtir avec Facebook un quasi-monopole, loin du dogme apologétique de la concurrence. Et il le restera longtemps. Les barrières d’entrée pour accéder à ce marché sont maintenant quasiment infranchissables.

On ne compte plus les réseaux sociaux morts-nés, et le peu qui survivent sont rachetés par Facebook. Instagram et WhatsApp, jeunes pousses prometteuses, sont déjà tombées dans son escarcelle. Ce fleuron de la Silicon Valley dispose d’un tel trésor de guerre qu’il n’a aucun mal à sortir le chéquier. Si Twitter peut apparaître comme un outsider avec plus de 300 millions d’utilisateurs actifs, il reste néanmoins nettement moins populaire que Facebook. Du reste, son modèle économique est encore incertain et les usages y sont sensiblement différents.

Il est clair que s’il existait une dizaine de Facebook en Occident, la peur qu’inspire la toute-puissance de ce média social s’évanouirait. Mais sa position incontournable sur le net pose un problème démocratique.

Il est aujourd’hui impensable de faire de la politique sans y avoir un compte. La plateforme permet de toucher un maximum de monde, de motiver les troupes, d’organiser des meetings et de diffuser de la publicité ciblée.

Or, en cas de candidature de Mark Zuckerberg, Facebook serait juge et partie. Il n’y aurait pas de séparation des pouvoirs qui tienne entre la firme américaine et son président-directeur général ; ce serait le conflit d’intérêts assuré. On peut alors envisager les dérives auxquelles on assisterait. La confidentialité des échanges entre partisans du camp adverse ne serait plus garantie. Si on n’ose imaginer qu’il suspendrait les comptes de ses adversaires, opération bien trop polémique et assurément contre-productive, il pourrait plus discrètement bloquer des profils soutenant ses rivaux et empêcher la propagation d’informations gênantes.

La chasse à la « fake news » offre aux censeurs d’appréciables marges de manœuvre afin de filtrer l’information. Si l’intention d’empêcher la propagation de fausses nouvelles est louable, elle suscite de nombreuses interrogations. Qui décide de ce qui est vrai ? Sur quels critères ? Juge-t-on les faits ou les opinions ? La démarche fournit en tout cas un parfait alibi pour museler les détracteurs véhéments. Quitte à aller, en période électorale, jusqu’à supprimer les billets trop virulents à l’égard du créateur de Facebook ?

Ligne de fuite

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Il faut revoir notre code de la sécurité sociale

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« Pour une clarification de la contributivité de la protection sociale ». C’est le titre d’une note publiée sur le site du ministère de l’Economie et des Finances en juin 2017. Saluons cette volonté de clarifier, et donc de définir correctement, un concept important. Une telle démarche est hélas trop rare, praticiens et universitaires ayant tendance à utiliser beaucoup de chiffres sans trop se préoccuper de savoir si la façon dont ils les interprètent est pertinente. Mais regrettons que des confusions entre règles juridiques et réalités économiques n’aient pas permis à l’auteur, Antoine Herlin – un haut-fonctionnaire -, d’aller au bout de ses louables intentions et de déboucher sur une conception valable à la fois pour le juriste et pour l’économiste de ce qu’est une prestation contributive.

Trois degrés de contributivité

Cet auteur considère comme contributives les cotisations qui « financent des prestations directement rattachées au cotisant et pouvant être perçues comme un revenu différé ou une assurance obligatoire plutôt que comme un impôt ». Il distingue trois degrés de contributivité, qui sont par ordre croissant :

– Des prestations qui « répondent à une logique assurantielle et contributive mais avec une forte dimension de solidarité en faveur des cotisants qui sont affectés par le risque couvert. » Antoine Herlin réunit dans cette catégorie des couvertures de risques directement proportionnelles au niveau des cotisations versées, notamment l’indemnisation du chômage, et des couvertures qui combinent cette proportionnalité avec une « dimension de solidarité » conduisant à verser davantage aux personnes dont les revenus sont les plus faibles, et le cas échéant à ne rien verser à celles dont les ressources dépassent un certain niveau.

– Les « pensions de retraite versées par les régimes en annuités », davantage contributives « car le niveau de pension dépend directement des salaires passés et de la durée d’assurance et donc des cotisations versées ». Il fait observer que ce caractère contributif est cependant tempéré par différents dispositifs, tels que les allégements de cotisations sur les bas salaires ou la validation gratuite de trimestres en cas de chômage, d’arrêts maladies, etc.

– Enfin, Antoine Herlin place au summum de la contributivité « les pensions de retraite versées par les régimes par points ». Selon lui, « ces régimes sont plus fortement contributifs que les régimes en annuités, notamment parce qu’ils prennent en compte l’ensemble des cotisations versées au cours de la carrière ». Il y trouve cependant des « mécanismes de solidarité », notamment les « majorations pour enfants à charge ».

Quand le droit oublie les réalités économiques

Cet exemple de « mécanisme de solidarité », selon Antoine Herlin, fournit un bon point de départ pour comprendre sur quoi il fonde ses appréciations : des dispositions juridiques – en l’occurrence, la proportionnalité entre cotisations versées et droits acquis édictée par une loi ou une convention collective. Malheureusement, il arrive que le droit fasse fi des réalités économiques : ainsi, par exemple, le droit fiscal français considère-t-il comme un revenu l’intégralité des intérêts nominaux servis aux épargnants, sans tenir compte de l’érosion monétaire qui rend l’intérêt réel inférieur à l’intérêt nominal. Et une erreur de même facture se produit en matière de retraites : en réalité, comme l’a expliqué Alfred Sauvy dans les années 1970, en répartition ce ne sont pas les cotisations qui préparent les futures retraites, mais la mise au monde, l’entretien et la formation des jeunes générations, dont les membres cotiseront un jour au profit de leurs aînés.

A lire aussi: La Sécurité sociale doit reposer sur l’échange, pas sur la confiscation

Les cotisations vieillesse ne contribuent en rien à préparer les pensions futures, et les droits qu’elles ouvrent juridiquement sont donc dépourvus de toute contributivité au sens économique du terme, tandis que les droits attribués parce que l’adhérent a élevé des enfants correspondent, fut-ce avec beaucoup d’injustice dans le cas français[tooltips content=’En Suède, dont le régime de retraite adopté à la fin du siècle dernier a servi de modèle au projet de réforme des retraites qui figurait dans le programme d’Emmanuel Macron, la contributivité est bien plus claire : chaque enfant élevé pendant une année donne droit à X points (X couronnes sur le compte de l’assuré social).’]1[/tooltips], à une contribution effective à la préparation des futures pensions. Nos retraites par répartition sont donc fondées sur un droit positif largement déconnecté de leur fonctionnement réel. Ce qui contribue à préparer les pensions des actifs actuels, ce ne sont pas leurs cotisations vieillesse mais leur participation au renouvellement des générations. Pour clarifier la notion de contributivité dans le domaine de la protection sociale, se référer au droit social actuel ne peut pas constituer une solution, puisque ce droit est une construction fantasmagorique dont une partie importante se situe aux antipodes de la réalité économique et du simple bon sens.

Autrement dit, en attribuant à X des droits à pension calculés au prorata des cotisations vieillesse qu’il a versées et qui ont été immédiatement reversées aux retraités, le droit positif s’est mis en porte-à-faux par rapport au fonctionnement réel du système de retraites. Du point de vue économique, les cotisations aux régimes de retraite par répartition, qu’ils fonctionnent administrativement en points ou en annuités, ne peuvent pas être considérées comme des contributions justifiant l’attribution de droits à pension. Le fait qu’une personne âgée de 30 ans en 2017 verse des cotisations de retraite à un régime par répartition ne contribue en rien à ce que dans 35 ans environ, vers 2052, ce régime ait la possibilité de lui verser une pension.

Décoder la sécu

Considérons par exemple le régime des ouvriers de l’État : tous ses affiliés ont jadis cotisé, mais seul un petit pourcentage d’entre eux est encore en activité, si bien que les ressources requises pour verser les pensions dues proviennent principalement de dotations en provenance du Trésor. Les cotisations versées il y a un demi-siècle à ce petit régime spécial peuvent bien être qualifiées juridiquement « contributives », mais elles n’ont en rien contribué au versement des pensions auxquelles elles ont ouvert des droits.

Faisant d’énormes contresens en matière de contributivité, le droit social en fait fatalement aussi à propos de la solidarité, mot qui, pour Antoine Herlin et beaucoup d’autres personnes, sert à désigner l’attribution de prestations dépassant nettement les contributions préalables ou futures, le cas limite étant l’absence de contribution. Prenons un exemple : « Le risque famille est largement non-contributif », écrit Antoine Herlin. Il semble prendre au sérieux la dénomination « risque famille », traditionnelle mais inadaptée : les prestations familiales seraient « non contributives » parce qu’elles sont attribuées indépendamment des cotisations versées. En fait, les parents contribuent en nature à la préparation des futures pensions, et les prestations qu’ils reçoivent au titre de leurs enfants constituent simplement une façon de partager le coût inhérent à l’entretien de ces enfants, qui est économiquement un investissement dans le capital humain, avec les personnes qui, au même moment, ont moins (ou pas) d’enfants à charge. C’est ce qui justifie que le dividende tiré de cet investissement – les futures cotisations vieillesse – ne soit pas ensuite réservé aux seuls pères et mères de famille, mais partagé, comme l’investissement lui-même.

A lire aussi: Pour une vraie réforme libérale de la Sécurité sociale

Exposer l’ensemble des contresens économiques sur lesquels repose le droit positif de la protection sociale prendrait des pages et des pages. Ce bref article vise seulement à montrer que notre code de la sécurité sociale doit être entièrement revu à la lumière de l’analyse économique. En effet, quand des règles juridiques importantes reposent sur des représentations de la réalité inexactes, et même parfois diamétralement opposées à la vérité, le pays en subit les conséquences. Supposons par exemple que le calcul de l’impôt sur les sociétés repose sur un bénéfice fiscal égal à la différence entre recettes et dépenses de fonctionnement, en oubliant de déduire les amortissements : les entreprises fermeraient les unes après les autres, et la population souffrirait cruellement du chômage et de la pauvreté.

Or, des contresens présents dans le droit positif, et particulièrement ceux que nous venons de mettre en évidence dans le droit social, ont le même genre de nocivité. Pour que les Français travaillent de bon cœur, il faut qu’ils aient le sentiment d’être convenablement rétribués. Mais le fisc, l’URSSAF et quelques autres organismes du même genre leur prélèvent une très forte proportion de leurs gains de façon si maladroite que la plupart d’entre eux ne se rendent pas compte de l’importance réelle de leur rémunération. Cette maladresse tient pour beaucoup aux contresens relatifs à la contributivité présents dans notre droit social, et à l’existence de cotisations patronales, qui cachent le fait que le salarié gagne la totalité du « super-brut » (salaire brut plus cotisations dites « patronales ») et paie toutes les cotisations, tant patronales que salariales. Une réforme de notre droit social le rendant économiquement logique serait un atout extrêmement important pour notre pays.

Victoire de Kurz en Autriche: le fantôme de l’Empire austro-hongrois

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Avec le jeune Kurz comme chancelier, l’Autriche s’associera-t-elle au Groupe de Visegrad?


Fulgurante ascension que celle de Sebastian Kurz. À l’âge où d’autres que lui songent à peine à fonder une famille, le chef des conservateurs de l’ÖVP s’apprête à devenir le chancelier de l’Autriche, au terme d’une campagne marquée par divers scandales.

Scandale chez les socdems

Le SPÖ (sociaux-démocrates) a ainsi été accusé d’avoir propagé des « fake news » calomnieuses à l’endroit du jeune Sebastian Kurz, via deux fausses pages diffusées sur Facebook. L’une d’elle, visant à discréditer le candidat conservateur auprès de la partie de l’électorat du FPÖ tentée de basculer, le dépeignait en « immigrationniste » patenté, marionnette d’Israël et de George Soros. L’autre, à l’inverse, le présentait comme un homme de droite radicale, de manière à ce que sa candidature soit intolérable aux yeux des centristes et des modérés. Une affaire qui a suscité une grande émotion à Vienne, entrainant la démission de Georg Niedermühlbichler, numéro deux du parti et directeur de la campagne. À l’origine de cette magistrale erreur, le communiquant israëlien Tal Silberstein, un personnage sulfureux interpellé dans son pays dans le cadre d’une affaire internationale de blanchiment d’argent mais aussi recherché en Roumanie pour une escroquerie de haut vol.

FPÖ, navire amiral de la droite populiste européenne

Des événements qui auront contribué au déclin relatif du SPÖ, en dépit de la candidature intéressante de Christian Kern censée relancer une formation aux abois depuis l’élection présidentielle de 2016, tiraillée par des oppositions internes fratricides. Replacé dans une perspective historique, le score du SPÖ est une immense déception, le plus faible depuis sa première présentation à une élection en 1919. Pourtant, la chute est moins brutale que prévu, les sociaux-démocrates étant au coude à coude avec le FPÖ, désormais navire amiral de la droite populiste européenne. Confirmant les clivages structurant nos sociétés, le vote autrichien montre que l’électorat âgé plébiscite les formations modérées, de même que les catégories les plus éduquées de la population, la droite populiste enregistrant de son côté ses meilleurs scores dans les catégories les plus populaires. Avec 27,4 % des suffrages exprimés pour 53 sièges, le mouvement emmené par Heinz-Christian Strache devance le SPÖ qui a enregistré un score de 26,7 % des voix pour 52 sièges, mais s’incline face à l’ÖVP et ses 31,4 % pour 61 élus. Présenté comme le grand gagnant de ces élections législatives d’octobre 2017, le FPÖ pouvait néanmoins espérer mieux. En février 2017, interrogé par le Visegrád Post, le candidat malheureux à l’élection présidentielle autrichienne Norbert Hofer déclarait ainsi que « le FPÖ devrait gagner les prochaines élections », estimant que cela conduirait immanquablement l’Autriche à se rapprocher du groupe de Visegrád. Il n’a finalement pas été pleinement exaucé.

Une campagne à la Sarkozy

Ce demi-succès ne doit toutefois pas cacher la réalité : le « parti de la liberté » (FPÖ) est désormais la force motrice politique autrichienne, suscitant toutes les convoitises dans un pays qui n’a pas les mêmes retenues à l’égard des « nationalistes » que la France, tant parce que la proportionnelle intégrale oblige à une culture du consensus que pour des raisons historiques et contextuelles. Vu de l’hexagone, où la politique autrichienne peut sembler n’avoir qu’une importance toute relative, les suites de l’élection devront être suivies avec attention. Première interrogation : avec quelle majorité gouvernera Sebastian Kurz ? La logique voudrait que le wunderwuzzi s’allie au FPÖ, comme le souhaitent 40 % de ses électeurs, soit plus du double de ceux favorables à la formation d’une coalition avec la gauche. En outre, celui qui accuse une troublante ressemblance avec François Bayrou a fait campagne sur les thèmes du FPÖ, à la manière du Nicolas Sarkozy de 2007, se montrant d’une extrême fermeté sur les problématiques liées à l’immigration, comme il avait déjà pu en faire la démonstration lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères en s’opposant officiellement à Angela Merkel, à laquelle il avait demandé la possibilité de fermer les frontières et le plafonnement du nombre de réfugiés accueillis, ou en rappelant son indignation à propos du maintien du processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. En tant que secrétaire d’Etat à l’Intégration, il a notamment prôné l’interdiction du financement étranger des mosquées ou l’exigence faite aux imams de parler allemand durant leurs prêches, tout en autorisant le halal à l’école. Une politique de « petits pas », habilement présentée dans les médias, qui aura convaincu le jeune Kurz des difficultés posées par l’intégration des immigrés extra-européens en Autriche.

Des ministres populistes?

Sebastian Kurz représente une évolution manifeste dans la vie politique européenne des dernières années, ayant réussi à réunir un grand nombre de ses suffrages au moins autant grâce à sa personnalité, sa jeunesse et son charisme, qu’à ses idées et à sa formation politique, auparavant considérée comme ringarde et poussiéreuse. Il ne prendrait pas grand risque en introduisant des ministres issus du FPÖ, alors que ces derniers gouvernent déjà le Land du Burgenland, frontalier de la Hongrie, avec les sociaux-démocrates. Contrairement à ce que voudraient les idées reçues hexagonales, le FPÖ a régulièrement participé à des coalitions gouvernementales, sans que la cousine germaine de l’Allemagne ne bascule dans une très tendance démocratie « illibérale » ou que l’Autriche ne soit exclue de l’Union européenne. Depuis 1970, cette formation aux racines pangermanistes a gouverné à trois reprises. Entre 2000 et 2006, l’ÖVP et le FPÖ ont dirigé l’Autriche ensemble. L’expérience fut difficile pour le parti actuellement dirigé par Strache, entraînant de nombreuses dissensions internes, mais les alliés du Front National au sein du Parlement européen semblent aujourd’hui mieux structurés, plus professionnels et aptes.

Cap à l’Est

La seconde interrogation posée par ce scrutin est la suivante : l’Autriche finira-t-elle par s’associer plus étroitement au Groupe de Visegrad ainsi qu’ont pu le laisser entendre Kurz et Strache durant la campagne ? Constitué de la Pologne, de la Hongrie, de la République Tchèque et de la Slovaquie, ce groupe s’est mieux fait connaître de l’opinion publique européenne à la faveur de la crise migratoire, pour avoir collégialement refusé de participer au programme européen de répartition des demandeurs d’asile depuis l’Italie et la Grèce. À l’évidence, ces nations prises séparément pourraient difficilement être entendues des institutions européennes ou de leurs puissants voisins. Souhaitant réformer l’Europe de l’intérieur, en introduisant de nouveaux niveaux de subsidiarité, les représentants du groupe de Visegrad livrent de nombreux bras de fer avec une Union européenne qu’ils ne souhaitent pas plus quitter que détruire, conscients de leurs intérêts les plus immédiats (parfois différents des nôtres, notamment pour ce qui concerne le contrôle du travail détaché).

… sans les Habsbourg

Le rapprochement éventuel de l’Autriche, puis de pays des Balkans ou de la Roumanie, ressemblerait donc fort à ce qu’était naguère la Double monarchie austro-hongroise, rempart occidental à l’impérialisme turc. Morte de ses contradictions, préfiguration de l’attelage hétéroclite qu’est aujourd’hui l’Union européenne, le souvenir de l’Autriche-Hongrie suscite pourtant toujours une nostalgie, une mélancolie de la puissance définitivement perdue. Son fantôme continue de planer au-dessus du continent, permettant aux nations qui composent cet espace géographique de se prendre à rêver d’un véritable rôle politique. Qu’il soit aujourd’hui très prématuré d’imaginer l’Autriche rejoindre pleinement ce cercle, tant son histoire récente la rapproche de l’Europe de l’Ouest, est une évidence qui ne souffre aucune contestation. Cependant, Vienne sait maintenant qu’elle a d’autres atouts dans son jeu, lesquels l’autorisent à reprendre une modeste place à la table de jeu de l’Histoire si d’aventure Angela Merkel se montre trop pressante…

Cantat, Weinstein, #balancetonporc : la semaine de la haine


Weinstein, Cantat, #balancetonporc : les violences faites aux femmes sont intolérables, mais ce n’est pas à la rue de rendre justice


Bertrand Cantat n’est pas un assassin, car les mots ont un sens. Mais c’est un imposteur. Son retour à la scène musicale a bénéficié d’un plan média minutieusement organisé dont les différentes déclinaisons l’établissent d’indiscutable façon.

Je connaissais très mal le groupe « Noir Désir » d’avant le drame de Vilnius. Il me semblait avoir compris que nous avions affaire à des rebelles autoproclamés, installés sur la niche politique d’un gauchisme vague et confortable, leur permettant de donner force leçons à cette jeunesse qui leur faisait confiance. Les violences mortelles infligées à Marie Trintignant par Bertrand Cantat, me plongèrent dans la stupéfaction, autant pour la disparition de Marie que j’avais eue l’occasion de croiser dans le passé, que par l’incohérence du comportement du héros d’une partie de la jeunesse. Comment avait-il pu à ce point la trahir, à ce point lui mentir ?

L’indécence de Bertrand Cantat

Entouré du soutien de ses amis du groupe musical, et du dévouement assez admirable de sa première épouse, il avait cependant adopté une défense de déni, passablement piteuse. Après une procédure régulière, condamné à huit ans de détention, et autorisé à effectuer sa peine en France, il avait ensuite bénéficié d’une libération anticipée régulière, accordée par le juge d’application des peines. Bertrand Cantat pouvait être alors considéré comme quitte de sa faute pénale, tant vis-à-vis de la société que vis-à-vis des victimes. Qu’en était-il de sa faute morale ?

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Le suicide postérieur de son épouse avec qui il vivait, le plongeait à nouveau dans la tragédie et jetait sur le personnage une ombre assez trouble. Mais ce sont les conditions de ce retour qui démontrent que nous avons affaire à un imposteur. En tuant Marie Trintignant, il a trahi la confiance et l’admiration de tous ceux qui écoutaient sa musique, achetaient ses disques et se pressaient à ses concerts. Il est moralement disqualifié pour continuer à nous donner des leçons. Or le premier acte de ce retour a été de mettre à la disposition du public le premier morceau de son nouvel album. Dont le texte reprend sans vergogne le ton et le style d’imprécations d’avant Vilnius.

Bertrand Cantat crache sur les couches populaires britanniques qui, à l’encontre de leurs élites et accablées par l’austérité, ont choisi le Brexit. Et il les somme, il nous somme de donner la priorité à « ses pauvres à lui », ignobles égoïstes que nous sommes. Mépris social et instrumentalisation de la misère des migrants, ce ne sont pas les scrupules qui étouffent celui qui est désormais occupé à une seule tâche, reconstruire la statue du professeur de morale, pulvérisée par la mort donnée à Marie Trintignant. La couverture des Inrocks, n’est qu’une pièce de ce dispositif obscène.

Perpète sur le plan moral

C’est pourtant elle qui a provoqué un déchaînement finalement assez terrifiant. De façon explosive, les réseaux, la presse, jusqu’au ministre se sont précipité sur Cantat avec un seul cri « haro sur l’assassin ». Remettant sans cesse en cause la partie judiciaire du dossier, foulant aux pieds tous les principes, appelant à la répression, hurlant à la mort, la cause de l’indispensable lutte contre les violences faites aux femmes, a montré avec le visage de la meute, sa face la plus laide. Certaines de ces dérives sont plus qu’inquiétantes.

Sur le plan judiciaire répétons-le, Bertrand Cantat est quitte. Sur le plan moral ce sera probablement perpète. Il avait donné l’impression lors de son premier retour musical qu’il pouvait prendre le chemin de la rédemption (morale) avec sa chanson Droit dans le soleil. À la fois belle, sombre et maladroite, elle était l’acte de celui qui essayait de nous dire quelque chose de la tragédie. Occasion manquée, maintenant c’est trop tard.

Weinstein: Oscar de l’hypocrisie à Barack Obama

La grande semaine de la haine ne s’est pas contentée de passer Bertrand Cantat à la moulinette : Harvey Weinstein a eu droit lui aussi à son traitement de faveur. Mais en mode planétaire, comme DSK. Si j’ai bien compris l’histoire de ce personnage dont je n’avais jamais entendu parler auparavant, il s’agit d’un producteur surpuissant d’Hollywood, capable de faire la pluie et le beau temps dans cette industrie dont chacun sait bien sûr qu’elle est le royaume de la douceur, du désintéressement et de la probité. Il semble qu’Harvey Weinstein avait une conception des rapports avec les femmes assez éloignée du modèle de l’amour courtois. Et comme il avait apparemment un pouvoir de vie et de mort sur les carrières dans ce monde du cinéma, les paroles ne se libèrent que maintenant qu’il est à terre, pour dire qu’il en abusait.

Le reproche qui est fait à celles qui parlent aujourd’hui de ne le faire que tardivement est absolument irrecevable. Personne parmi ces jeunes femmes n’avait les moyens de briser l’omerta, et de se promettre ainsi à une mort professionnelle, voire une mort civile tout court. C’est qu’il était puissant, très puissant le producteur. Régentant Hollywood, il était capable de le mobiliser pour faire attribuer un oscar à un film français en noir et blanc sans intérêt, mais surtout de l’activer au profit du camp démocrate américain. À chaque campagne affluaient les millions de dollars, et les prises de position des stars, en faveur qui d’Obama, qui d’Hillary Clinton.

Ce qui pose une question directement politique au-delà de celle du harcèlement sexuel insupportable subi par les femmes : tout le monde savait, et tout le monde en profitait. Le spectacle auquel on assiste est assez hallucinant, où l’on voit celui à qui on passait la main dans le dos ou claquait la bise, balancé par-dessus bord. Harvey Weinstein est devenu un bouc émissaire. De tous ses amis, de ceux qui lui mangeaient dans la main, c’est à qui le piétinera, lui plantera des couteaux dans le dos, se précipitera pour en rajouter. Et dans le même temps, on nettoie Google des photos compromettantes. Deux mentions spéciales, d’abord pour Barack Obama, homme le mieux informé du monde pendant son mandat, qui donc savait tout, et qui aujourd’hui avec son épouse, prend des pincettes et traite l’ami déchu de « dégoûtant ». L’Elysée ensuite, qui se précipite pour avertir les gazettes que Jupiter a saisi la chancellerie de la Légion d’honneur pour que la décoration remise au monstre lui soit retirée. Attendre d’en savoir plus ? Faire confiance à la Justice ? Ne pas en rajouter ? Garder son calme et sa dignité ? Et puis quoi encore.

Tout n’est pas bon dans le cochon

Car cette affaire, deuxième épisode de la grande semaine de la haine, pose aussi le rapport au droit et à la justice. Dans l’affaire Cantat, la clameur refuse de prendre en compte et de respecter une décision de justice déjà rendue. Dans l’affaire Weinstein, la même clameur refuse de s’en remettre aux procédures judiciaires engagées contre le producteur. La Roche Tarpéienne étant toujours très près du Capitole, celui-ci prend de plein fouet, un lynchage médiatique géant. Aucune contradiction possible, aucun débat, aucune discussion, Harvey Weinstein doit comprendre le sens du mot solitude. Encore plus grave, sous prétexte du nécessaire débat et du nécessaire traitement politique du harcèlement sexuel dans les organisations quelles qu’elles soient, on voit fleurir et se répandre des appels à la délation desquels émane un drôle de fumet. Soutenu par France Télévisions, le fameux hashtag #balancetonporc se répand comme une inondation sur les réseaux. Charriant avec elle, la haine, le ressentiment, l’amertume, le mensonge, une androphobie compulsive, dont rien de bon ne pourra sortir.

Les violences faites aux femmes, et le harcèlement sexuel sont deux questions essentielles. Politiques sociales et sociétales, elles doivent faire l’objet d’un traitement collectif, dans le cadre d’un débat qui ne soit pas manipulé dans l’hystérie médiatique, comme on l’avait vu par exemple de façon criante dans l’affaire Sauvage où le mensonge a triomphé. Cela s’appelle le fonctionnement d’une société démocratique.

Quant à la responsabilité personnelle des individus, c’est à la justice de faire son boulot, dans le respect de ses règles. Cela s’appelle aussi le fonctionnement d’une société démocratique.

Balance ton humoriste (raciste) : lettre anonyme au CSA

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Les Inconnus (Pascal Légitimus, Bernard Campan et Didier Bourdon) en 1989. SIPA. 00167450_000004

Homophobes, islamophobes, racistes, sexistes, poujadistes,…  balancez les Inconnus![tooltips content=’Note pour le CSA: ce qui suit est bien sûr ironique’]1[/tooltips] 


Très cher Conseil supérieur de l’Audiovisuel,

C’est un parent indigné qui vous écrit. Ma grande fille a eu la mauvaise idée de faire découvrir à sa petite sœur de 9 ans, via YouTube, l’intégrale des Inconnus. Ce groupe de fantaisistes, dont j’avais vaguement entendu parlé, a semble-t-il sévi avec beaucoup de succès dans les années 1990.

Mes enfants s’esclaffant de bon cœur, j’ai par curiosité et sans entrain regardé quelques-unes de ces vidéos aujourd’hui « collectors », paraît-il. Funeste visionnage. Mon sang n’a fait qu’un tour.

Je suis ainsi tombé sur ce sketch, aux relents particulièrement nauséabonds vous en conviendrez :

Les autres vidéos sont hélas à l’avenant. Tous les clichés les plus rétrogrades sont ainsi assénés par ce groupe de comique qui porte mal son nom, à mon grand désarroi. Homophobie, islamophobie, racisme ordinaire, sexisme, poujadisme, apologie de l’extrême-droite, vulgarité… tout y est. Et, pire que tout, cela fait rire notre jeunesse !

Que font les Indigènes de la République?

Je sais que votre haute autorité ne cesse de traquer les nombreux dérapages qui salissent trop souvent notre télévision nationale. Comme vous l’avez encore démontré récemment avec Laurent Baffie, ce bouffon macho et grossier, vous ne laissez plus rien passer. Pour combattre le politiquement abject, la moisissure, la beaufitude et le fascisme rampant d’un nombre croissant de nos concitoyens, vous avez fort judicieusement déplacé le curseur à l’extrémité opposée. Dans le pays de Robespierre et Jean-Marc Thibault, votre vigilance extrême vous honore. On ne transige pas avec la dignité humaine, fut-ce sous le fallacieux prétexte de faire rire.

Je sais qu’un nombre sans cesse croissant de nos téléspectateurs vous avertit quotidiennement de la moindre faute de goût cathodique. C’est la raison pour laquelle je remplis à mon tour mon devoir de veille sanitaire en dénonçant ci-joint certains sketchs, librement accessibles sur YouTube (et régulièrement rediffusés sur nos chaînes), qui devraient au plus vite être censurés par vos soins. J’avoue d’ailleurs ne pas comprendre pourquoi le Mrap, les Indigènes de la République et d’autres honorables mouvements du même acabit n’ont pas encore poursuivi en justice ces trois sinistres sires.

Que dire par exemple de cet autre sketch violemment islamophobe, censé représenter une speakerine de la télé française en… 2035 : une femme voilée (et moustachue!) au fort accent maghrébin.

Même Michel Houellebecq n’aurait pas osé. Cette parodie existe depuis près d’un quart de siècle, suis-je la seule personne dans le pays des droits de l’homme à m’en offusquer ?

Dans la même veine, ce pastiche de l’émission « Ushuaïa » où un clone casqué de Nicolas Hulot muni d’un haut-parleur croit spirituel de scander au cœur du Boulevard Barbès : « Rentrez chez vous les noirs et les bougnoules ! »… avant de prendre ses jambes à son cou. Vous trouvez ça drôle vous ?

Que penser aussi de ce clip vidéo où nos jeunes de banlieues, trop souvent stigmatisés, sont ici assimilés à des rappeurs analphabètes occupant leur journée à frauder dans le métro, à taguer et à faire des doigts d’honneur aux jeunes femmes… Comment peut-on laisser passer cela ?

Le mauvais goût n’a décidément aucune limite chez ce trio de comique populaire, pour ne pas dire populiste. Après l’islamophobie, le sexisme. Ainsi cette reprise borderline du clip de Didier Barbelivien et Félix Gray « A toutes les filles…»,  une vidéo elle-même très machiste. Guère étonnant quand on sait que Barbelivien a soutenu le très droitier Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle…

Bon bref, je m’égare. Dans cette parodie de Didier «Barbelavie» et Félix «Grave» – le calembour, une vieille tradition d’extrême-droite décidément – on voit l’un des chanteurs cogner sans ménagement sa femme (à la 50e seconde), le sexe dit faible étant réduit ici à un objet à grosse poitrine et à jupe très courte.

Lamentable ! Avec les Inconnus, on a le droit à tous les clichés les plus éculés. A l’instar de ce sketch, qui cumule racisme et sexisme, la double peine en somme. Dans ce reportage censé nous immerger au sein de l’hôpital public la nuit, des infirmières toutes antillaises font preuve d’indolence alors que les appels d’urgence s’accumulent.

A quand un gag sur les noirs qui ne savent pas conduire ou qui ne prononcent pas les «r» pendant qu’on y est ?!

Les lieux communs poujadistes sont également à la fête avec ces vampires Rap-tout, assoiffées de taxes en tout genre. Les Inconnus ignorent peut-être que nos impôts servent à financer nos écoles et nos hôpitaux…

Je n’épiloguerai pas non plus sur cette caricature de très mauvais goût sur les communistes, ce parti des 75 000 fusillés morts pour la France…

Ou encore sur cette parodie de chanteur engagé, indigné à juste titre par la guerre, les injustices et les malheurs du tiers-monde. Cela n’a vraiment rien d’amusant. Mais peut-on décemment laisser-dire que, je cite : « Charles Pasqua (ancien membre du SAC !) n’a pas toujours fait n’importe quoi » ou encore « Jean-Marie Le Pen, il dit pas que des conneries » !

Je ne peux accepter qu’en 2017 nos enfants puissent avoir librement accès à de telles vidéos. Même si ma petite fille semble préférer les chaînes Gulli et Télétoon, je lui impose Arte tous les soirs, pendant le dîner. Et France Inter au petit-déjeuner. Malgré ses larmes, cela lui offre un cadre de pensée légitime. C’est la mission du service public d’indiquer à nos petites têtes blondes le chemin à suivre. Et à vous d’y veiller.

Aussi, cher CSA, ai-je été stupéfait d’apprendre que ces nombreux sketchs avaient été diffusés en leur temps sur France 2, chaîne phare du service public. J’espère que les responsables seront a posteriori sanctionnés car il y a des domaines où la prescription ne peut être de mise et tout compromis, intolérable. De même, je compte sur vous pour épurer YouTube et toutes nos chaînes de télé de toutes ces farces écœurantes d’un autre temps.

Je tiens d’ailleurs à votre disposition une liste de comiques qui ont eux aussi dérapé à de nombreuses reprises, même si beaucoup sont désormais décédés.

Encore merci pour votre action et votre vigilance !

Signé : X

 

PS : J’envoie une copie de cette missive à Marlène Schiappa.

PS 2 : J’ai croisé avant-hier dans l’escalier mon voisin qui, pendu à son téléphone, tenait ces propos : « Tu connais l’histoire du juif, de l’arabe, du noir, du pédé et du handicapé qui sont sur un bateau… ? » J’ignore si cela entre dans vous attributions, mais je peux vous communiquer ses coordonnées complètes si vous le souhaitez.

Les Weinstein, certaines femmes s’en accommodent très bien

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Harvey Weinstein, octobre 2017. SIPA. AP22117728_000001

Pour Weinstein, « tout le monde savait ». Mais pourquoi, pourquoi, pourquoi personne n’a rien dit?

Peut-être parce que la nature humaine est plus complexe qu’on feint de le penser.

Dans le monde universitaire, les postes sont précieux et les carrières reposent en grande partie sur des procédés de cooptation. Alors il n’est pas rare de rencontrer, au détour d’un couloir où d’un colloque, un gentil « collègue » plus âgé qui vous explique qu’il peut « vous aider ». Et cet univers d’intellectuels n’étant pas particulièrement hétéronormé, le phénomène concerne de manière égale les jeunes chercheurs des deux sexes.

#balancetacochonne

C’est aussi le cas dans le monde du cinéma, et l’info est trop peu relayée :

hommes-victimes-acteurs

A quoi il faudrait ajouter le nombre considérable de vieilles cochonnes qui lorgnent sur les nouveaux doctorants et se proposent de leur donner des séances privées d’initiation aux outils informatiques de la recherche. Hashtag #balancetacochonne.

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Mais en lisant et en écoutant tout ce qui se dit autour d’Harvey Weinstein, et notamment, en entendant revenir de manière récurrente cette question « pourquoi, alors que tout le monde savait, n’a-t-on jamais rien dit ? », j’ai repensé à mon Harvey Weinstein. Et moi je sais.

Mon Harvey Weinstein

La plupart des HW ne sont pas stupides. Ils ont soin de ne pas se mettre en infraction vis-à-vis de la loi. Seuls les plus fous d’entre eux vous coincent contre un mur ou vous envoient de très compromettants textos. Mon HW a fait venir la jeune collègue dans son bureau et l’a invitée à s’asseoir, non point sur le fauteuil, en face de son bureau, mais à côté d’elle, dans le petit salon qui occupe la moitié de la pièce. Elle connaît la réputation du bonhomme. A une amie qui lui disait : tu vas vraiment y aller ? Elle a répondu qu’on ne refusait pas un rendez-vous de travail en alléguant la réputation de quelqu’un et que, malheureusement, elle n’avait donc trouvé aucune raison valable de refuser. « Et puis il ne va pas me sauter dessus, quand même ! » Il ne lui sautera pas dessus. Il l’a convoquée sous prétexte d’évoquer le contenu d’un cours qu’elle doit donner. Mais la jeune collègue aura toutes les peines du monde à le faire rester dans le thème: si elle a des questions, elle n’aura qu’à lui envoyer des courriels dans l’année, tranche-t-il d’emblée. Ce rendez-vous, dit-il, c’est aussi l’occasion de « faire connaissance ». Ainsi, lui, il considère qu’il ne faut pas rester borné à l’étude des lettres. Être littéraire, c’est savoir s’ouvrir à… la pornographie par exemple. « Ah bon ? » Elle lui parle de sa thèse sur les moralistes : oh, mais il y a un grand moraliste auquel elle devrait s’intéresser de près, le marquis de Sade. « Vous croyez ? » Comme il se trompe sur l’attribution d’une citation de Pascal, elle le reprend poliment. Il rétorque : « je me sens si troublé auprès de vous que je ne sais plus ce que je dis ». Elle évoque une femme, Professeur, qu’elle admire particulièrement. Il répond : « c’est moi qui l’ai faite ». Une autre ? « Elle aussi, c’est moi qui l’ai faite ». Et ainsi va la conversation, sorte de calvaire interminable mais juridiquement inattaquable. On ne porte pas plainte contre quelqu’un qui, tout en accumulant les sujets gênants, vous a, durant une demi-heure, « regardée comme un morceau de viande » pour reprendre l’expression de Léa Seydoux.

Et surtout, toute dégradante que soit cette conversation, on a eu l’occasion de dire non, ou plutôt de ne pas dire oui : on n’a pas été forcée. Parce que ce qui se dessine entre les lignes, c’est bel et bien une « tractation » (Florence Darel emploie ce mot au sujet du comportement de Weinstein avec elle). Ces femmes que tu admires, me doivent leur carrière. Si tu veux la même qu’elles, c’est Sade, le porno et sois sensible à mon « trouble ». La raison pour laquelle je ne donnerai pas le nom de cet Harvey Weinstein, que certains auront reconnu, c’est justement (outre le fait qu’on ne crache pas sur les morts)  que, même si c’est un porc, il n’a rien fait de répréhensible. Il était trop malin pour cela.

Les tractations dangereuses…

Le problème est que cette « tractation » nous laisse faussement libres. Les jeux sont pipés. Cet homme n’est pas une minable petite frappe qui, au coin de la rue, vous demande si « y a moyen ». C’est quelqu’un pour qui vous êtes censée éprouver du respect, quelqu’un, surtout, qui a un pouvoir énorme sur votre carrière. Pour peu que vous accordiez beaucoup d’importance à celle-ci, plus même qu’à votre honneur, le choix qui s’impose n’est pas nécessairement celui que j’ai fait.

Pour ma part, j’ai adopté une attitude de froideur et de distance. Il reviendra à la charge au bout de quelques mois et, apprenant à ce moment que j’étais enceinte de mon premier enfant, ne me relancera pas.

Le principe étant de « faire connaissance » avec toutes les nouvelles jeunes collègues, je savais que mes camarades avaient eu droit à la même entrevue. Ce qui m’a surprise, c’est de voir comment quelques-unes se comportaient suite à cela. Je ne saurai jamais jusqu’à quel degré d’intimité elles avaient pris le parti d’aller. Mais elles avaient, pour certaines du moins, choisi d’entrer dans un jeu de séduction dangereux. Elles…

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux

Jeux olympiques: plus vite, plus haut, plus cher!

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Le stade olympique de Montréal: son toit ouvrant censé être effectif pour les JO de 1976 n'aura jamais fonctionné. Photo: Daniel Thierry

Connaissez-vous le syndrome de la robe de mariée? On prétend que cette dépense somptuaire est raisonnable, car la chose resservira ensuite pour d’autres grandes occasions. Ce qui, bien sûr, n’est jamais le cas. Exemple typique: les équipements sportifs hors de prix bâtis par les villes qui accueillent les JO. 


Amsterdam, le 12 mai 1970. Après une longue campagne pleine de rebondissements et deux tours de vote, le Comité international olympique (CIO) choisit Montréal comme ville hôte des Jeux olympiques d’été 1976. De retour chez lui, une petite semaine plus tard, Jean Drapeau, maire de l’heureuse élue, tient à rassurer les journalistes, plutôt sceptiques, ainsi que ses administrés. Les Jeux seront placés sous le signe de la simplicité, promet-il, répétant inlassablement qu’autofinancés par les revenus générés, ils « ne coûteront pas un sou aux contribuables ». Mieux encore, assure-t-il, « les Montréalais seront plus riches d’un stade et ça n’aura rien coûté ». Et l’édile de conclure par cet engagement aussi solennel qu’imagé : « Il est aussi impossible pour les Jeux olympiques de Montréal de produire un déficit que pour un homme de devenir enceinte ».

Montréal, 720% de dépassement

Un peu en avance sur son temps, l’éternel maire de Montréal (1954-1957, puis 1960-1986) n’avait pas complètement tort : l’homme enceint(e) n’est plus qu’une question de temps et le dépassement des coûts des JO de Montréal a atteint 720 % ! La Ville n’a fini de rembourser ses emprunts qu’en 2006, trente ans après la cérémonie de clôture. Respectivement, il est difficile de déterminer qui de la gymnaste prodige Nadia Comăneci ou du vieux routard de la politique québécoise Jean Drapeau (60 ans en 1976 !) aura réalisé les meilleures performances acrobatiques.

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À la décharge de Jean Drapeau, père du métro et de la loterie montréalais, on peut invoquer son ignorance : à la fin des années 1960, il était difficile de prévoir la débâcle à venir en se basant sur le bilan des six olympiades d’après-guerre (1948-1968). Quarante ans plus tard, il est impossible d’ignorer l’abondante littérature universitaire consacrée aux aspects économiques des JO d’été et d’écarter le consensus qui s’en dégage. Comme le formulent Robert Baade et Victor Matheson, deux spécialistes de la question, « la conclusion qui s’impose est que dans la plupart des cas, les JO sont une mauvaise affaire pour les villes hôtes, le contraire étant vrai uniquement dans des circonstances très rares et spécifiques ». Pourtant, pendant leurs campagnes, les villes candidates à l’organisation des JO continuent de promettre à leurs opinions publiques non seulement une gestion sobre et rigoureuse des coûts, mais surtout des retombées économiques importantes.

Les bons comptes font les bons paris

Ces promesses s’appuient en général sur des études prévoyant d’importants effets positifs en termes de recettes directes et indirectes, ainsi que des créations d’emploi largement exagérées. La raison principale du hiatus est que ces études, commandées par les villes candidates, se fondent sur des raccourcis. Ainsi, pour estimer la contribution au PIB, les recettes prévues ne prennent pas en compte les dépenses alternatives (un Français qui achète un billet pour un évènement sportif en 2024 aurait probablement dépensé cet argent autrement si les JO avaient eu lieu ailleurs, l’impact sur le PIB est donc nul ou minime).

Autre problème : l’estimation des effets sur le tourisme. À Londres, par exemple, le nombre de touristes pendant l’été olympique de 2012 (6 millions) a été plus faible qu’à l’été précédent (6,5 millions), probablement parce que beaucoup des voyageurs ont évité cette destination, craignant légitimement de subir des prix élevés et des foules de supporters. Pourtant, les prévisions économiques présentent le nombre de touristes déplacés spécialement pour les JO comme un gain net pour l’industrie touristique locale. Certes, les tarifs élevés des chambres d’hôtel compensent peut-être la perte de chiffre d’affaires. Mais s’agissant de villes déjà très prisées comme Londres ou Paris – où le tourisme de masse commence d’ailleurs à poser problème –, on a du mal à croire que les JO dopent le tourisme ou contribue à les faire connaître du monde entier. Quant aux retombées sur l’emploi, JO après JO, les prévisions relèvent carrément de la science-fiction : la réalité se résume à quelques milliers de postes créés, majoritairement temporaires.  Enfin, les coûts des équipements sportifs de grande envergure sont presque toujours sous-estimés. Sans reparler du stade de Montréal, songeons au difficile financement du stade Pierre-Mauroy de Lille. Et l’argument selon lequel ces équipements sont un bénéfice net pour la collectivité relève souvent du principe de la robe de mariée : pour avoir bonne conscience, la future épouse se dit qu’elle rentabilisera le prix exorbitant de sa robe en la portant à d’autres occasions. Et bien sûr, cela n’arrive jamais.

La privatisation de l’intérêt général

Reste l’effet « feel good » – dont la mesure relève davantage de la littérature que de la science : la fierté locale et nationale et l’effet escompté en termes d’optimisme, de dynamisme et de mobilisation. Ces arguments recevables figurent généralement à la fin de la liste, brandis en dernier recours quand les données économiques ne font pas l’affaire. En ce cas, il serait plus honnête de dire : « On va s’offrir un grand défi couronné par une grosse fête. Ça va nous coûter bonbon, mais tant pis, on va s’éclater. » Au moins, on saurait à quoi s’en tenir…

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Dans ces conditions, pourquoi se trouve-t-il encore des villes pour croire qu’accueillir les JO est une grande victoire, comme si on était toujours dans les années 1970 ? La réponse est que même si l’intérêt général n’y trouve pas son compte, beaucoup d’intérêts particuliers en sortent gagnants, sonnants et trébuchants. C’est le cas des comités olympiques nationaux et des politiques, comme Jean Drapeau, qui voulait entrer dans l’histoire en encaissant au passage budgets, postes et contrats à distribuer (il est vrai que sa trace historique n’aura pas été à la hauteur de ses espérances). Enfin, le secteur du BTP ne boude pas les grands projets d’équipements et d’infrastructures qu’il faut livrer en temps et en heure, donc littéralement coûte que coûte !

Néanmoins, plusieurs villes candidates aux JO ont fini par renoncer sous la pression d’une opinion publique avertie. Ce fut le cas récemment de Hambourg et de Boston, deux villes où, à la différence de ce qui s’est passé à Paris, le débat s’est ouvert avant la décision du CIO.

Terrorisme: enfin un traitement de choc!

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Les tentatives de traitement psy des djihadistes s’étant en général avérées aussi efficaces que les illuminations de la tour Eiffel, un médecin a décidé de renverser le problème : déradicaliser la mémoire des victimes en gommant leurs souvenirs les plus traumatisants. Le 14 septembre, le magazine de France 2, « Envoyé spécial », nous a appris qu’il existait désormais un médicament pour ça.

Expérimenté sur 120 volontaires ayant survécu aux attaques du Bataclan et de Nice, ce protocole s’appuie sur un bêtabloquant connu depuis les années 1970 pour son efficacité contre l’hypertension, le propranolol. D’après Alain Brunet, le psy canadien à l’origine de cette thérapie, ce médicament « a la propriété de bloquer certaines protéines du cerveau qui aident un souvenir émotionnel (…) à se matérialiser ». Bref, le procédé se révèle « novateur de simplicité », comme l’indique si joliment la réalisatrice du documentaire.

Déradicaliser l’amour

On regrettera cependant qu’« Envoyé spécial » n’ait pas été exhaustif sur les vertus miraculeuses de ce nouveau traitement. Le très sérieux site Québec Science est allé interroger Michelle Lonergan, une doctorante de l’Institut de santé mentale de l’Université McGill, qui travaille sous la direction du même Alain Brunet.

D’après la chercheuse, le propranolol pourrait se révéler efficace contre ce qu’elle qualifie de « blessures romantiques », vécues par les gens « dont la vie chavire soudainement parce que leur conjoint les quitte, est infidèle ou les trahit ». Un médicament grâce auquel les chagrins d’amour ne durent qu’un jour ? À mon avis, dès la mise sur le marché, les stocks seront en rupture…

PMA/GPA: l’enfant pour tou·te·s est arrivé!

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"Bruno" avec Sacha Baron Cohen.

L’enfant de l’amour est de retour : le serpent de mer. Corrigeant la communication exaltée de Marlène Schiappa, le Premier ministre a annoncé récemment que le gouvernement profiterait de la révision de la loi de bioéthique de 2018 pour y inclure la PMA pour tous, ouvrant ainsi la voie à la GPA. Ce qui s’appellera faire d’une pierre deux coups. Merci à notre revue préférée de nous offrir, ce mois-ci, un avant-goût du match inédit à venir, avec  la photographie de la gaie farandole d’Anne, Jack et les autres, à la frimousse épanouie, tenant une banderole qui vaut son pesant d’égalité, de fraternité et de constitutionnalité : « PMA Filiation Egalité. »[tooltips content=’Voir Causeur n°50, octobre 2017, page 25′]1[/tooltips] Macron ne lâche rien. Les « bioconservateurs » non plus. A vos marques !

Et Taubira créa le mariage pour tous

Cette loi à venir s’inscrit dans le long temps. Le très long temps. Des millions d’années après le Big bang originel, on tombe sur Homo sapiens. Passons les étapes suivantes. En  un tour de cuiller à pot, autre big bang : l’ère Taubira, inaugurée par Amandine, avec l’homo sexualis sexualis. Plus besoin de copuler à l’ancienne, sur un lit de bruyères fossilisées, avec un partenaire d’un autre sexe. On est père et/ou mère (inclusion oblige) par action, par intention et par omission. On s’y… perd un peu mais comptons sur la chambre incubatrice de cerveaux pour nous y retrouver. Ce sera du lourd. Avec ce saut anthropologique, impossible de revenir en arrière. On ne sait pas trop pourquoi mais c’est ainsi. Aussi bien Madame Taubira avait-elle salué dans le « mariage pour tous » non seulement une révolution (c’est dans nos gènes) mais l’avènement d’une nouvelle civilisation.

Le mariage, c’est le mariage. Autrefois, dans des temps très anciens, l’impuissance était une cause de nullité. Mais ça, c’était le code Napoléon (un sacré machiste). Nos mariés de l’ère I, on ne peut dire que, s’ils sont heureux, on puisse leur souhaiter, pour l’instant, beaucoup d’enfants.

La technique au service de l’infécondité

Pour pallier cette infertilité sociale et/ou culturelle, l’homo sapiens sapiens a bien inventé des techniques opérationnelles depuis pas mal de temps, en attendant le droit opposable de l’enfant. Seulement voilà, ces moyens de production ou de reproduction restent à voter chez les primates que nous sommes et cette loi, ne nous le cachons pas, aura forcément une incidence sur le panier de la ménagère. Les gamètes, c’est comme les ortolans, c’est rare et cher. Le marché, il est vrai, s’avère de plus en plus juteux. Qui veut des gamètes ! Achetez mes gamètes ! Pour un p’tit gars tout frais, tout beau !

Madame Taubira avait l’art du verbe (dont n’a pas hérité son émule). On se souvient de ses élans poétiques à la Chambre des députés qui lui avaient valu, dans l’hémicycle, des éloges unanimes. Elle avait réuni les représentants des sept cultes (un chiffre sacré ?) et leur avait dit avec pertinence : « Le Code civil n’est pas votre champ. Ce n’est ni la Bible ni le Coran ni la Torah ». Fermez le ban. Tant il est vrai que l’ère de la Révolution française n’est jamais close. Et les muphtis de partir tout penauds. Madame Taubira avait dit aussi un jour : «  Qu’est-ce que la sexualité ? Seulement la reproduction ? » Là, pas besoin d’être grand muphti pour dire que ça y aide quand même un peu. Napoléon affirmait que ce qui resterait de lui, ce n’était pas Austerlitz mais son Code civil. Napoléon est un fils aléatoire de la Révolution et le nouveau Code civil achoppe sur la voie naturelle. A moins de passer au forceps, faire des enfants à plusieurs et les enregistrer sur un code de nationalité, ce n’est pas simple comme bonjour. En attendant que Marlène garde son sang-froid! La France n’est pas encore dans la rue.

Un saut anthropologique

Pour arriver à ses fins, que ne ferait l’espèce ? L’être humain ne cesse de jouer sur les deux tableaux de la nature et de la société. On comprend que le monde puisse être classé en « bioconservateurs » et les autres, adeptes de la révolution anthropologique. On peut dire aussi que, s’il y a, pour certains, une origine divine à la loi naturelle de la procréation, force est de reconnaître que cette loi l’emporte par sa simplicité sur une procréation assistée où les humains besognent à qui mieux mieux et plutôt mal que mieux, faute de l’outillage requis. La Nature fait efficacement les choses, avec le minimum de moyens et sans tralala. Economie non négligeable dans cette période de crise que nous vivons dont la Sécurité Sociale est la première victime. Avouons-le aussi. Tous ces débats procréatifs n’entravent-ils pas la joie de vivre nécessaire à la fertilité d’une nation ? Nul doute que des études démographiques très sérieuses vont le prouver prochainement. Dans ces conditions, invoquer un saut anthropologique irréversible est peut-être aller vite en besogne. Le calendrier révolutionnaire a duré treize ans. Un recul s’imposerait de quelques années lumière sur ce saut anthropologique avant de l’inscrire dans une loi.

La manif pour tous diabolisée

Quand il y a eu les manifs contre le mariage pour tous, que n’a-t on dit dans les médias télévisuels et les autres sur l’homophobie des manifestants ! Ce fut une accusation récurrente et indigne. Alors que les médias et les gens avertis savaient pertinemment que le Pacs ouvrait sur le mariage et tous ses droits. Et que le mariage entraînerait l’ouverture à la PMA et la GPA. On y est. Elisabeth Schemla l’écrit explicitement dans son dernier livre : « Les associations LGBT et homoparentales, un lobby gay surtout parisien relayé par la gauche, savaient pertinemment ce qu’ils enclenchaient. S’ils n’avaient pas eu d’arrière-pensée concernant la légalisation de la PMA et de la GPA, ils n’auraient pas réclamé le mariage… ». C’est on ne peut plus explicite. Réécoutons sur You Tube  l’émission de LCP, en date du 21 décembre 2012 sur le Pacs. Jean-Luc Romero  y dit en rigolant combien ses amis et lui rigolaient justement qu’on se moquât de Boutin laquelle avait raison de dire que le Pacs était la porte ouverte au mariage. « Bien sûr qu’elle avait raison.. » dit-il mais, dit-il encore : « On va dire tout le contraire devant les médias… Bien sûr qu’on rigolait. »  On imagine ce que ça doit être maintenant.

Tout enfant a une mère

Le temps est donc venu de la démystification pour tous, en tout. Tout le monde le sait bien : personne n’a deux mères, deux pères, une maman 1 et une maman 2, un père biologique et un père d’intention, sauf métaphoriquement où tout est permis : même un père spirituel si vous le désirez. Un enfant né par GPA d’un père – fût-il très célèbre – a une mère : la femme qui l’a porté. Qu’on le veuille ou pas, qu’on le dise ou non. Car personne ne peut aller contre le principe de réalité. C’est se moquer que de faire croire à une autre filiation décrétée en l’an de grâce 2013. Comme ils doivent encore plus se marrer, en effet, de nos  états d’âme et de conscience et de nos procédures, ceux qui militent pour les lois sur la PMA et la GPA !  « Patriotes ! Faites des enfants ! » lisait-on en lettres noires, il n’y a pas longtemps, sur les murs des maisons et sur le bitume. Faites des enfants par la voie naturelle, efficace et rentable ! Le Grand Marché vous tient par la barbichette ! Ne vous laissez pas faire ! Ne nous cassons pas la tête ni la tirelire de l’Etat !

Allons voir chez les Grecs

Oedipe n’est pas l’homme du divan mais celui qui veut savoir son origine. Antigone, c’est celle qui, adepte de la ligne rouge, fait prévaloir, quoi qui lui en coûte, la loi de sa conscience, en enterrant son frère malgré le décret de Créon. Le philosophe Diogène, se promenant sur l’agora avec une lanterne, répondit à celui qui l’interrogeait : « Je cherche un homme » ( au sens 1 du Dictionnaire de l’Académie Française). Récemment, à la Bibliothèque Médicis, Eva Ionesco, présentant son livre, disait sa joie d’avoir retrouvé sa  filiation paternelle.

Tous les grands écrivains, parce que c’est l’honneur d’être un homme, se sont aussi posé la question : qui suis-je ? D’où suis-je venu ? Où vais-je ? Sans ces questions et des réponses dignes d’elles, on peut faire de l’homme, avec l’homme, tout ce qui  possible. Il y a pourtant des lignes rouges à ne pas franchir.

Chaque époque connaît la tentation d’une idéologie. Au lieu de croire que nous réinventons la machine à vapeur, débusquons dans cette idéologie de la filiation fictive une loi du marché ultralibéral, à l’œuvre, en ce moment, dans notre pays même. Ce serait étrange de parler des idéologies mortifères des siècles passés et de ne pas voir celle qui crève nos yeux ! On ne peut pas dénoncer l’ultralibéralisme là et l’accepter ici. Comme le dit très justement Virginie Tellenne alias Frigide Barjot : « La procréation, avec les technologies et les géants économiques qui en sont les maîtres, est devenue l’otage du marché mondial de l’ultralibéralisme. » Ces lois sociétales sont tout simplement des lois du marché que nous refusons de nommer parce qu’il faudrait nous tirer de notre aveuglement ou de notre confort.

Fils de personne

Faisons un rêve. Un jour, Zeus eut mal à la tête. Il demanda à Héphaïstos de le soulager. Héphaïstos lui donna un grand coup de hache sur la tête. Athéna, déesse de l’intelligence, en sortit toute casquée et lui dit : «  Seigneur Zeus, tout le monde est dingue ! L’ère de la PMA et de la GPA est dépassée. L’avenir est à l’artefact. Il faut faire des enfants par la tête ». Jupiter se réveilla, prit les drapeaux français et européen, s’en enveloppa et entonna l’hymne de Johnny Hallyday pour conjurer les démons ambiants : «  Y en a qui sont nés dans les plis du drapeau / Pas moi. Avec dans leur berceau les milliards de leur père / Pas moi. On leur apprend que tout peut s’acheter. / Pas moi.  Je suis fils de personne. »`

Jupiter leva les yeux sur Marlène, plantée devant lui, hors d’elle, qui lui demandait d’accélérer le mouvement législatif. « Keep quiet, Marylin ! »  lui dit-il. Le soir, il ouvrit le roman de Montherlant placé sur sa table de chevet par Brigitte : Fils de personne, où il lit qu’un enfant, c’était pas de la tarte – et le président s’endormit du sommeil du juste. C’est ainsi que Jupiter renonça à la PMA et à la GPA pour tous et qu’il laissa son nom dans l’histoire de France.


Fils de personne - Suivi de Un incompris

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« Balance ton porc »: le grand Délathon a commencé! 

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Harvey Weinstein. Sipa. Numéro de reportage : AP21126645_000006.

Il faudra peut-être se souvenir de ce jour d’octobre 2017 où le mot « dénonciation » est devenu synonyme de « parole libérée ». On a encore du mal à trouver le terme qui qualifiera une époque où la délation est devenue un acte de courage, la surveillance un devoir moral et le déballage un brevet de correction. « Balance ton porc », le dernier gadget idéologique à la mode, n’est certes pas le premier épisode du grand Délathon. Comme le savait très bien Debord, la dénonciation est devenue dans les années 80 le sport favori des journalistes de gauche et il faudra un jour compter les victimes innocentes de la calomnie médiatique. Mais avec le secours de la technologie, elle est devenue une industrie. Et quand cette industrie se met au service de la meilleure cause du monde, celle des Femmes, elle devient un pouvoir redoutable. On se rappelle le déchaînement suscité en novembre 2013 contre les avocats de la liberté de prostitution (entre adultes). Ces salauds, qui défendaient une opinion certes contestable mais légitime, furent noyés sous un torrent de boue grâce au site confectionné à ce seul effet par un militant…libertaire ! Cependant, cet appel au lynchage numérique n’avait pas suscité le même enthousiasme que BTP (pour Balance ton porc), ni attiré la même bienveillance publique (encore que notre chère Najat l’approuvait grandement).

Weinstein et les vierges outragées

Peut-être faut-il préciser que je suis fermement opposée à toute contrainte, à toute violence exercée sur une femme ou sur un homme pour obtenir des faveurs sexuelles. Un homme, ça s’empêche. Et ceux qui ne s’empêchent pas doivent être sanctionnés ou matés. Pourtant, quand des actrices célèbres et primées expliquent qu’elles se sont tues sur les agissements d’Harvey Weinstein, pour ne pas mettre leur carrière en danger, j’ai du mal à les plaindre. Et quand elles ne parlent que pour se joindre à un lynchage déjà presque fini, j’ai du mal à admirer leur courage. Le tout Hollywood qui mangeait dans la main du producteur quand il était puissant, nous fait le chœur des vierges outragées maintenant qu’il ne peut plus ni lui nuire, ni lui servir et que cracher sur lui fait de chacun un héros.

L’inflation galopante du mal

Que des hommes, tentent, dans la vie professionnelle de profiter de leur pouvoir pour coucher, en particulier dans le milieu du cinéma, comme le dit mon ami Marc Cohen, cela existe sans doute depuis Plaute et Aristophane. Des patrons lourdingues et des chefs harceleurs, il y en a certainement dans tous les milieux – des hommes qui tentent leur chance aussi et heureusement. L’ennui, c’est qu’à la faveur de chaque scandale, on nous raconte la même légende : toutes les femmes sont harcelées, puisque le harcèlement est la norme. Depuis que l’affaire Weinstein a éclaté, on assiste, sur les bandeaux des chaînes info, à une inflation galopante du mal : au début, c’étaient 38 % des femmes qui avaient subi du harcèlement dans leur travail. Une semaine plus tard, on en est à 90 % (à peu près autant que la réussite au bac). Balance ton porc, cela signifie que chaque femme en a au moins un et que si tu ne le balances pas, tu es complice.

Des témoignages ne font pas une vérité

Seulement, pour que toutes les femmes soient harcelées, il faut étendre très largement la définition du harcèlement. « Fixer, c’est harceler », « Insister, c’est harceler », proclame une campagne dont les Transports publics bordelais sont très fiers. Dans le flot de témoignages recueillis sous le hashtag #Balancetonporc, on a vu apparaître des noms connus, celui-ci m’a fait une blague lourde, celui-là a essayé de m’embrasser et tel autre a louché sur mon décolleté. Certes, il y a aussi des histoires terribles de femmes obligées de supporter des gros porcs. Reste que des témoignages, aussi poignants soient-ils, ne constituent pas une vérité. Pour arriver à celle-ci, la Justice doit entendre l’autre partie. Et la plupart des journaux ne publieraient pas non plus ces récits sans solliciter le harceleur présumé (même si c’est exactement ce que France Inter a fait dans l’affaire Baupin, diffusant des témoignages à charge sans même faire réagir l’avocat du présumé coupable).

Être une femme, c’est pas si difficile

Autant l’avouer : je n’ai pas de porc à balancer. Il est arrivé que des hommes de pouvoir, qui étaient parfois mes supérieurs, me fassent des avances, et il est arrivé que je les refuse – sans autre conséquence que, une fois, des menaces qui n’ont pas été mises à exécution, leur auteur ayant compris le ridicule de la situation. Non seulement je n’ai pas été traumatisée mais je suis encore amie avec certains de ces « harceleurs ». Et je n’ai pas été traumatisée non plus par le grand Noir qui, dimanche matin, dans le métro, m’a lancé : vous êtes superbe ! Je lui dirais même volontiers qu’il a fait ma journée. Alors peut-être que j’ai de la chance. Mais, alors que le harcèlement est un délit pénal et qu’il est unanimement condamné par la société, on ne me fera pas croire que l’existence des femmes en France est un calvaire.

Lemaire harcelé

Avec Balance ton porc, le féminisme victimaire, habile à se saisir des agissements d’un seul pour dénoncer tous azimuts, a encore franchi une étape. Non seulement la délation est célébrée, mais ceux qui osent émettre un soupçon de réserve se voient sommés de faire leur autocritique. Invité sur France Info, Bruno Lemaire a déclaré qu’il ne connaissait pas de politique harceleur, mais que, s’il en connaissait un il ne le dénoncerait pas car, a-t-il répété, « la dénonciation n’a jamais fait et ne fera jamais partie de mon identité politique ». Eh bien, croyez-le si vous voulez, mais trois heures plus tard, le même publiait une autocritique écrite et filmée sur son compte Twitter : « Je me suis exprimé ce matin sur le problème du harcèlement sexuel subi par les femmes en France et je me suis mal exprimé. Je le regrette », déclare-t-il en introduction avec la mine d’un garçonnet pris en train de mater les magazines pornos de son père, avant de dérouler une longue explication dont il ressort qu’on ne trouvera pas soldat plus zélé que lui, désormais, dans la lutte contre les violences faites aux femmes.

Si j’étais un homme…

Que l’on puisse exiger d’un adulte qu’il renie publiquement des convictions exprimées le matin même et qu’il approuve un appel à la délation pour se conformer à l’hystérie collective du moment devrait tous nous terrifier. Le plus grave est bien que cette scène digne de Milan Kundera n’ait pas suscité de réaction. Alors peut-être que le stalinisme nous revient sous forme de farce, mais je ne suis pas certaine que celle-là nous fera rire longtemps. Pour tout dire, si j’étais un homme, je ne rirais pas du tout. Et comme j’ai d’excellents amis hommes j’ai peur pour eux.

En effet, si nous sommes toutes victimes, tous les hommes sont coupables ou susceptibles de l’être. Il convient donc de les placer sous surveillance. Reste à savoir comment on évitera que des femmes se vengent d’avoir été trompées, quittées, privées de la promotion ou du week-end à la mer qu’elles exigeaient en accusant leur amant ou leur voisin de bureau. J’ai interrogé deux de mes amis qui ont des vies amoureuses disons compliquées. Leur réponse, identique, donne une idée de l’époque dans laquelle nous vivons : « Je garde tous les SMS ». C’est beau, l’amour au temps du féminisme.

Mark Zuckerberg aime la Maison Blanche

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Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook. SIPA. AP22047226_000001

L’un des chefs d’entreprise les plus riches et les plus puissants de la planète, Mark Zuckerberg, le président-directeur général de Facebook, nourrirait l’ambition de devenir président des Etats-Unis en 2020.

Il n’a rien officialisé, il est encore bien trop tôt, mais plusieurs de ses décisions ont été vues comme des indices trahissant ses velléités de conquête du pouvoir, en particulier sa volonté de visiter l’ensemble des Etats qui composent la première puissance du monde. Autre signe remarqué, le recrutement simultané, pour sa fondation, de plusieurs stratèges politiques chevronnés tels que Joel Benenson, l’ancien conseiller de Barack Obama et d’Hillary Clinton, David Plouffe, le directeur de campagne d’Obama en 2008, et de Ken Mehlman, également ancien directeur de campagne, mais cette fois-ci du côté républicain, aux manettes lors de la réélection de George W. Bush en 2004.

Claquettes, capuche, bière

Si la nouvelle affole l’univers médiatique, c’est que Mark Zuckerberg ferait un candidat très atypique compte tenu de la puissance de feu de Facebook. Son réseau social semble lui donner une longueur d’avance vertigineuse sur ses concurrents et pourrait même en quelque sorte ébranler la démocratie représentative.

Cela paraît pourtant risible si l’on se cantonne aux apparences. Sous ses airs débonnaires, entretenus par le port obstiné du sweat-shirt et de claquettes de piscine, il est vrai que le richissime trentenaire ressemble plus au gars cool avec qui l’on prendrait volontiers une bière qu’à un dictateur en puissance. Mieux, il incarne l’image archétypale du chef d’entreprise, le héros de notre temps, qui sut, dans sa chambre d’étudiant d’Harvard, créer l’un des sites les plus visités de la planète. De quoi alimenter une image romantique et attirer la bienveillance du grand public.

Sa vie de père de famille qu’il mène en compagnie de sa femme Priscilla Chan, ses manières simples et naturelles (soigneusement exposées sur Facebook), et ses actions caritatives abondent dans ce sens. On lui donnerait le Bon Dieu sans confession.

Le champion du rêve techno-libéral américain

Derrière cette image sympathique, l’homme a une vision du monde : il défend une idéologie que l’on peut qualifier de techno-libérale. Pour Éric Sadin, philosophe de la technique, il s’agit d’un modèle civilisationnel fondé sur la marchandisation intégrale de l’existence et l’organisation automatisée de la société.

Il la qualifie d’industrie de la vie en raison de cette quête constante à tirer profit du moindre de nos gestes. En soumettant l’esprit humain à de continuelles suggestions (issues d’algorithmes), il tente d’opérer des choix à notre place. Ces influences, de plus en plus pressantes, peuvent, à terme, remettre radicalement en cause notre libre arbitre.

Le techno-libéralisme, c’est aussi un type de management spécifique mis en place chez les géants du net, Google, Apple, Amazon… et Facebook, qui composent le quarteron infernal désigné par l’acronyme GAFA.

Dans ces entreprises, la manière de travailler se veut plus ludique et décontractée ; le fonctionnement hiérarchique, les horaires imposés et les codes vestimentaires ont été abandonnés, laissés à l’ancien monde (ringard). Sont privilégiés les organisations horizontales, la pensée positive, « l’open space », la cantine bio et les piscines à balles. Que les salariés fassent finalement bien plus d’heures, ne se déconnectant jamais vraiment, adhérent aux objectifs de leur boîte comme si leur salut en dépendait, s’auto-pressurisant au risque d’y laisser leur santé. C’est un détail.

Si cette apparence de décontraction réussit à faire illusion – nombreux sont les individus talentueux rêvant d’y être embauchés -, l’ambiance est sensiblement différente dans les usines délocalisées en Asie fabriquant smartphones et autres objets numériques où l’on sait bien que les conditions de travail sont déplorables.

Le techno-libéralisme, c’est aussi la suppression progressive du salariat, trop coûteux pour l’entreprise, qui préfère troquer ses employés contre des travailleurs indépendants ne disposant d’aucun droit ou presque (pas de sécurité sociale, pas de droit au chômage, aucun garde-fou pour mettre fin au contrat). On a d’ailleurs vu récemment les livreurs de Deliveroo manifester à Paris contre la nouvelle politique tarifaire de la direction (certains étaient rémunérés à l’heure, dorénavant ils seront tous payés à la course). Il s’agit d’un vaste mouvement de précarisation.

En somme, ce modèle de société n’est que l’exportation du mythe du rêve américain. A les entendre, il suffirait de monter sa boîte et de bosser dur pour réussir. Or les statistiques sont formelles, la plupart des start-ups déposent le bilan. Dans la perspective libérale, les épaules de l’individu supportent la totalité du poids de la responsabilité des succès comme des échecs. Reproduction sociale, rapports de domination et effets de réseau sont niés.

Quoi qu’il en dise, et cela malgré ses dénégations récentes, Mark Zuckerberg représente ce camp-là. On ne peut pas se poser comme le défenseur de la justice sociale et de la redistribution tout en trompant systématiquement les administrations fiscales.

Facebook, réseau de conquête du pouvoir

Outre cette nouvelle forme de capitalisme qu’il promeut, irénique et séduisante, la possession d’un outil tel que Facebook confère à Mark Zuckerberg un pouvoir immense et inquiétant qui l’éloigne de l’image du geek inoffensif qu’il s’est construite.

Avec deux milliards d’utilisateurs actifs, Facebook est le leader incontesté sur le marché des réseaux sociaux. Mieux, il est le troisième site le plus consulté au monde, derrière Google et Youtube.

Facebook est entré dans le quotidien de millions d’Américains qui s’en servent pour communiquer avec leurs amis, organiser des soirées, partager coups de cœur et coups de gueule. On s’y livre sans réserve, renseignant opinions politiques, religieuses et orientation(s) sexuelle(s). Addictif, le site crée une forte dépendance. Ces activités frénétiques partagées par des millions de citoyens américains génèrent des milliards de données qui constituent une mine d’or. Une exploitation fine pourra donner des indications précises sur leurs attentes en matière de politique. Il est d’ores et déjà possible de connaitre les mouvements de l’opinion en temps réel, de repérer les signaux faibles (capacité d’anticipation) et au bout du compte de connaitre les mots que les électeurs américains souhaitent entendre.

Pour sa gestion des données, Facebook s’est déjà fait taper sur les doigts dans différents pays. En France, la CNIL a condamné la société américaine à 150 000 euros d’amende à cause « de nombreux manquements à la loi Informatique et libertés ». Il lui a été reproché un ciblage publicitaire trop intrusif et le pistage des internautes sur d’autres sites web via un cookie.

Zuckerberg a le monopole du « like »

Si Mark Zuckerberg incarne les valeurs du libéralisme, avec une méfiance prononcée à l’égard des Etats, contournant sans honte les lois fiscales nationales afin de payer le moins d’impôts possible, il n’en demeure pas moins qu’il a réussi à bâtir avec Facebook un quasi-monopole, loin du dogme apologétique de la concurrence. Et il le restera longtemps. Les barrières d’entrée pour accéder à ce marché sont maintenant quasiment infranchissables.

On ne compte plus les réseaux sociaux morts-nés, et le peu qui survivent sont rachetés par Facebook. Instagram et WhatsApp, jeunes pousses prometteuses, sont déjà tombées dans son escarcelle. Ce fleuron de la Silicon Valley dispose d’un tel trésor de guerre qu’il n’a aucun mal à sortir le chéquier. Si Twitter peut apparaître comme un outsider avec plus de 300 millions d’utilisateurs actifs, il reste néanmoins nettement moins populaire que Facebook. Du reste, son modèle économique est encore incertain et les usages y sont sensiblement différents.

Il est clair que s’il existait une dizaine de Facebook en Occident, la peur qu’inspire la toute-puissance de ce média social s’évanouirait. Mais sa position incontournable sur le net pose un problème démocratique.

Il est aujourd’hui impensable de faire de la politique sans y avoir un compte. La plateforme permet de toucher un maximum de monde, de motiver les troupes, d’organiser des meetings et de diffuser de la publicité ciblée.

Or, en cas de candidature de Mark Zuckerberg, Facebook serait juge et partie. Il n’y aurait pas de séparation des pouvoirs qui tienne entre la firme américaine et son président-directeur général ; ce serait le conflit d’intérêts assuré. On peut alors envisager les dérives auxquelles on assisterait. La confidentialité des échanges entre partisans du camp adverse ne serait plus garantie. Si on n’ose imaginer qu’il suspendrait les comptes de ses adversaires, opération bien trop polémique et assurément contre-productive, il pourrait plus discrètement bloquer des profils soutenant ses rivaux et empêcher la propagation d’informations gênantes.

La chasse à la « fake news » offre aux censeurs d’appréciables marges de manœuvre afin de filtrer l’information. Si l’intention d’empêcher la propagation de fausses nouvelles est louable, elle suscite de nombreuses interrogations. Qui décide de ce qui est vrai ? Sur quels critères ? Juge-t-on les faits ou les opinions ? La démarche fournit en tout cas un parfait alibi pour museler les détracteurs véhéments. Quitte à aller, en période électorale, jusqu’à supprimer les billets trop virulents à l’égard du créateur de Facebook ?

Ligne de fuite

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Il faut revoir notre code de la sécurité sociale

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« Pour une clarification de la contributivité de la protection sociale ». C’est le titre d’une note publiée sur le site du ministère de l’Economie et des Finances en juin 2017. Saluons cette volonté de clarifier, et donc de définir correctement, un concept important. Une telle démarche est hélas trop rare, praticiens et universitaires ayant tendance à utiliser beaucoup de chiffres sans trop se préoccuper de savoir si la façon dont ils les interprètent est pertinente. Mais regrettons que des confusions entre règles juridiques et réalités économiques n’aient pas permis à l’auteur, Antoine Herlin – un haut-fonctionnaire -, d’aller au bout de ses louables intentions et de déboucher sur une conception valable à la fois pour le juriste et pour l’économiste de ce qu’est une prestation contributive.

Trois degrés de contributivité

Cet auteur considère comme contributives les cotisations qui « financent des prestations directement rattachées au cotisant et pouvant être perçues comme un revenu différé ou une assurance obligatoire plutôt que comme un impôt ». Il distingue trois degrés de contributivité, qui sont par ordre croissant :

– Des prestations qui « répondent à une logique assurantielle et contributive mais avec une forte dimension de solidarité en faveur des cotisants qui sont affectés par le risque couvert. » Antoine Herlin réunit dans cette catégorie des couvertures de risques directement proportionnelles au niveau des cotisations versées, notamment l’indemnisation du chômage, et des couvertures qui combinent cette proportionnalité avec une « dimension de solidarité » conduisant à verser davantage aux personnes dont les revenus sont les plus faibles, et le cas échéant à ne rien verser à celles dont les ressources dépassent un certain niveau.

– Les « pensions de retraite versées par les régimes en annuités », davantage contributives « car le niveau de pension dépend directement des salaires passés et de la durée d’assurance et donc des cotisations versées ». Il fait observer que ce caractère contributif est cependant tempéré par différents dispositifs, tels que les allégements de cotisations sur les bas salaires ou la validation gratuite de trimestres en cas de chômage, d’arrêts maladies, etc.

– Enfin, Antoine Herlin place au summum de la contributivité « les pensions de retraite versées par les régimes par points ». Selon lui, « ces régimes sont plus fortement contributifs que les régimes en annuités, notamment parce qu’ils prennent en compte l’ensemble des cotisations versées au cours de la carrière ». Il y trouve cependant des « mécanismes de solidarité », notamment les « majorations pour enfants à charge ».

Quand le droit oublie les réalités économiques

Cet exemple de « mécanisme de solidarité », selon Antoine Herlin, fournit un bon point de départ pour comprendre sur quoi il fonde ses appréciations : des dispositions juridiques – en l’occurrence, la proportionnalité entre cotisations versées et droits acquis édictée par une loi ou une convention collective. Malheureusement, il arrive que le droit fasse fi des réalités économiques : ainsi, par exemple, le droit fiscal français considère-t-il comme un revenu l’intégralité des intérêts nominaux servis aux épargnants, sans tenir compte de l’érosion monétaire qui rend l’intérêt réel inférieur à l’intérêt nominal. Et une erreur de même facture se produit en matière de retraites : en réalité, comme l’a expliqué Alfred Sauvy dans les années 1970, en répartition ce ne sont pas les cotisations qui préparent les futures retraites, mais la mise au monde, l’entretien et la formation des jeunes générations, dont les membres cotiseront un jour au profit de leurs aînés.

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Les cotisations vieillesse ne contribuent en rien à préparer les pensions futures, et les droits qu’elles ouvrent juridiquement sont donc dépourvus de toute contributivité au sens économique du terme, tandis que les droits attribués parce que l’adhérent a élevé des enfants correspondent, fut-ce avec beaucoup d’injustice dans le cas français[tooltips content=’En Suède, dont le régime de retraite adopté à la fin du siècle dernier a servi de modèle au projet de réforme des retraites qui figurait dans le programme d’Emmanuel Macron, la contributivité est bien plus claire : chaque enfant élevé pendant une année donne droit à X points (X couronnes sur le compte de l’assuré social).’]1[/tooltips], à une contribution effective à la préparation des futures pensions. Nos retraites par répartition sont donc fondées sur un droit positif largement déconnecté de leur fonctionnement réel. Ce qui contribue à préparer les pensions des actifs actuels, ce ne sont pas leurs cotisations vieillesse mais leur participation au renouvellement des générations. Pour clarifier la notion de contributivité dans le domaine de la protection sociale, se référer au droit social actuel ne peut pas constituer une solution, puisque ce droit est une construction fantasmagorique dont une partie importante se situe aux antipodes de la réalité économique et du simple bon sens.

Autrement dit, en attribuant à X des droits à pension calculés au prorata des cotisations vieillesse qu’il a versées et qui ont été immédiatement reversées aux retraités, le droit positif s’est mis en porte-à-faux par rapport au fonctionnement réel du système de retraites. Du point de vue économique, les cotisations aux régimes de retraite par répartition, qu’ils fonctionnent administrativement en points ou en annuités, ne peuvent pas être considérées comme des contributions justifiant l’attribution de droits à pension. Le fait qu’une personne âgée de 30 ans en 2017 verse des cotisations de retraite à un régime par répartition ne contribue en rien à ce que dans 35 ans environ, vers 2052, ce régime ait la possibilité de lui verser une pension.

Décoder la sécu

Considérons par exemple le régime des ouvriers de l’État : tous ses affiliés ont jadis cotisé, mais seul un petit pourcentage d’entre eux est encore en activité, si bien que les ressources requises pour verser les pensions dues proviennent principalement de dotations en provenance du Trésor. Les cotisations versées il y a un demi-siècle à ce petit régime spécial peuvent bien être qualifiées juridiquement « contributives », mais elles n’ont en rien contribué au versement des pensions auxquelles elles ont ouvert des droits.

Faisant d’énormes contresens en matière de contributivité, le droit social en fait fatalement aussi à propos de la solidarité, mot qui, pour Antoine Herlin et beaucoup d’autres personnes, sert à désigner l’attribution de prestations dépassant nettement les contributions préalables ou futures, le cas limite étant l’absence de contribution. Prenons un exemple : « Le risque famille est largement non-contributif », écrit Antoine Herlin. Il semble prendre au sérieux la dénomination « risque famille », traditionnelle mais inadaptée : les prestations familiales seraient « non contributives » parce qu’elles sont attribuées indépendamment des cotisations versées. En fait, les parents contribuent en nature à la préparation des futures pensions, et les prestations qu’ils reçoivent au titre de leurs enfants constituent simplement une façon de partager le coût inhérent à l’entretien de ces enfants, qui est économiquement un investissement dans le capital humain, avec les personnes qui, au même moment, ont moins (ou pas) d’enfants à charge. C’est ce qui justifie que le dividende tiré de cet investissement – les futures cotisations vieillesse – ne soit pas ensuite réservé aux seuls pères et mères de famille, mais partagé, comme l’investissement lui-même.

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Exposer l’ensemble des contresens économiques sur lesquels repose le droit positif de la protection sociale prendrait des pages et des pages. Ce bref article vise seulement à montrer que notre code de la sécurité sociale doit être entièrement revu à la lumière de l’analyse économique. En effet, quand des règles juridiques importantes reposent sur des représentations de la réalité inexactes, et même parfois diamétralement opposées à la vérité, le pays en subit les conséquences. Supposons par exemple que le calcul de l’impôt sur les sociétés repose sur un bénéfice fiscal égal à la différence entre recettes et dépenses de fonctionnement, en oubliant de déduire les amortissements : les entreprises fermeraient les unes après les autres, et la population souffrirait cruellement du chômage et de la pauvreté.

Or, des contresens présents dans le droit positif, et particulièrement ceux que nous venons de mettre en évidence dans le droit social, ont le même genre de nocivité. Pour que les Français travaillent de bon cœur, il faut qu’ils aient le sentiment d’être convenablement rétribués. Mais le fisc, l’URSSAF et quelques autres organismes du même genre leur prélèvent une très forte proportion de leurs gains de façon si maladroite que la plupart d’entre eux ne se rendent pas compte de l’importance réelle de leur rémunération. Cette maladresse tient pour beaucoup aux contresens relatifs à la contributivité présents dans notre droit social, et à l’existence de cotisations patronales, qui cachent le fait que le salarié gagne la totalité du « super-brut » (salaire brut plus cotisations dites « patronales ») et paie toutes les cotisations, tant patronales que salariales. Une réforme de notre droit social le rendant économiquement logique serait un atout extrêmement important pour notre pays.

Victoire de Kurz en Autriche: le fantôme de l’Empire austro-hongrois

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Sebastian Kurz, alors chef de la diplomatie autrichienne, avec son homologue hongrois. Sipa. Numéro de reportage : AP21913514_000002.

Avec le jeune Kurz comme chancelier, l’Autriche s’associera-t-elle au Groupe de Visegrad?


Fulgurante ascension que celle de Sebastian Kurz. À l’âge où d’autres que lui songent à peine à fonder une famille, le chef des conservateurs de l’ÖVP s’apprête à devenir le chancelier de l’Autriche, au terme d’une campagne marquée par divers scandales.

Scandale chez les socdems

Le SPÖ (sociaux-démocrates) a ainsi été accusé d’avoir propagé des « fake news » calomnieuses à l’endroit du jeune Sebastian Kurz, via deux fausses pages diffusées sur Facebook. L’une d’elle, visant à discréditer le candidat conservateur auprès de la partie de l’électorat du FPÖ tentée de basculer, le dépeignait en « immigrationniste » patenté, marionnette d’Israël et de George Soros. L’autre, à l’inverse, le présentait comme un homme de droite radicale, de manière à ce que sa candidature soit intolérable aux yeux des centristes et des modérés. Une affaire qui a suscité une grande émotion à Vienne, entrainant la démission de Georg Niedermühlbichler, numéro deux du parti et directeur de la campagne. À l’origine de cette magistrale erreur, le communiquant israëlien Tal Silberstein, un personnage sulfureux interpellé dans son pays dans le cadre d’une affaire internationale de blanchiment d’argent mais aussi recherché en Roumanie pour une escroquerie de haut vol.

FPÖ, navire amiral de la droite populiste européenne

Des événements qui auront contribué au déclin relatif du SPÖ, en dépit de la candidature intéressante de Christian Kern censée relancer une formation aux abois depuis l’élection présidentielle de 2016, tiraillée par des oppositions internes fratricides. Replacé dans une perspective historique, le score du SPÖ est une immense déception, le plus faible depuis sa première présentation à une élection en 1919. Pourtant, la chute est moins brutale que prévu, les sociaux-démocrates étant au coude à coude avec le FPÖ, désormais navire amiral de la droite populiste européenne. Confirmant les clivages structurant nos sociétés, le vote autrichien montre que l’électorat âgé plébiscite les formations modérées, de même que les catégories les plus éduquées de la population, la droite populiste enregistrant de son côté ses meilleurs scores dans les catégories les plus populaires. Avec 27,4 % des suffrages exprimés pour 53 sièges, le mouvement emmené par Heinz-Christian Strache devance le SPÖ qui a enregistré un score de 26,7 % des voix pour 52 sièges, mais s’incline face à l’ÖVP et ses 31,4 % pour 61 élus. Présenté comme le grand gagnant de ces élections législatives d’octobre 2017, le FPÖ pouvait néanmoins espérer mieux. En février 2017, interrogé par le Visegrád Post, le candidat malheureux à l’élection présidentielle autrichienne Norbert Hofer déclarait ainsi que « le FPÖ devrait gagner les prochaines élections », estimant que cela conduirait immanquablement l’Autriche à se rapprocher du groupe de Visegrád. Il n’a finalement pas été pleinement exaucé.

Une campagne à la Sarkozy

Ce demi-succès ne doit toutefois pas cacher la réalité : le « parti de la liberté » (FPÖ) est désormais la force motrice politique autrichienne, suscitant toutes les convoitises dans un pays qui n’a pas les mêmes retenues à l’égard des « nationalistes » que la France, tant parce que la proportionnelle intégrale oblige à une culture du consensus que pour des raisons historiques et contextuelles. Vu de l’hexagone, où la politique autrichienne peut sembler n’avoir qu’une importance toute relative, les suites de l’élection devront être suivies avec attention. Première interrogation : avec quelle majorité gouvernera Sebastian Kurz ? La logique voudrait que le wunderwuzzi s’allie au FPÖ, comme le souhaitent 40 % de ses électeurs, soit plus du double de ceux favorables à la formation d’une coalition avec la gauche. En outre, celui qui accuse une troublante ressemblance avec François Bayrou a fait campagne sur les thèmes du FPÖ, à la manière du Nicolas Sarkozy de 2007, se montrant d’une extrême fermeté sur les problématiques liées à l’immigration, comme il avait déjà pu en faire la démonstration lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères en s’opposant officiellement à Angela Merkel, à laquelle il avait demandé la possibilité de fermer les frontières et le plafonnement du nombre de réfugiés accueillis, ou en rappelant son indignation à propos du maintien du processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. En tant que secrétaire d’Etat à l’Intégration, il a notamment prôné l’interdiction du financement étranger des mosquées ou l’exigence faite aux imams de parler allemand durant leurs prêches, tout en autorisant le halal à l’école. Une politique de « petits pas », habilement présentée dans les médias, qui aura convaincu le jeune Kurz des difficultés posées par l’intégration des immigrés extra-européens en Autriche.

Des ministres populistes?

Sebastian Kurz représente une évolution manifeste dans la vie politique européenne des dernières années, ayant réussi à réunir un grand nombre de ses suffrages au moins autant grâce à sa personnalité, sa jeunesse et son charisme, qu’à ses idées et à sa formation politique, auparavant considérée comme ringarde et poussiéreuse. Il ne prendrait pas grand risque en introduisant des ministres issus du FPÖ, alors que ces derniers gouvernent déjà le Land du Burgenland, frontalier de la Hongrie, avec les sociaux-démocrates. Contrairement à ce que voudraient les idées reçues hexagonales, le FPÖ a régulièrement participé à des coalitions gouvernementales, sans que la cousine germaine de l’Allemagne ne bascule dans une très tendance démocratie « illibérale » ou que l’Autriche ne soit exclue de l’Union européenne. Depuis 1970, cette formation aux racines pangermanistes a gouverné à trois reprises. Entre 2000 et 2006, l’ÖVP et le FPÖ ont dirigé l’Autriche ensemble. L’expérience fut difficile pour le parti actuellement dirigé par Strache, entraînant de nombreuses dissensions internes, mais les alliés du Front National au sein du Parlement européen semblent aujourd’hui mieux structurés, plus professionnels et aptes.

Cap à l’Est

La seconde interrogation posée par ce scrutin est la suivante : l’Autriche finira-t-elle par s’associer plus étroitement au Groupe de Visegrad ainsi qu’ont pu le laisser entendre Kurz et Strache durant la campagne ? Constitué de la Pologne, de la Hongrie, de la République Tchèque et de la Slovaquie, ce groupe s’est mieux fait connaître de l’opinion publique européenne à la faveur de la crise migratoire, pour avoir collégialement refusé de participer au programme européen de répartition des demandeurs d’asile depuis l’Italie et la Grèce. À l’évidence, ces nations prises séparément pourraient difficilement être entendues des institutions européennes ou de leurs puissants voisins. Souhaitant réformer l’Europe de l’intérieur, en introduisant de nouveaux niveaux de subsidiarité, les représentants du groupe de Visegrad livrent de nombreux bras de fer avec une Union européenne qu’ils ne souhaitent pas plus quitter que détruire, conscients de leurs intérêts les plus immédiats (parfois différents des nôtres, notamment pour ce qui concerne le contrôle du travail détaché).

… sans les Habsbourg

Le rapprochement éventuel de l’Autriche, puis de pays des Balkans ou de la Roumanie, ressemblerait donc fort à ce qu’était naguère la Double monarchie austro-hongroise, rempart occidental à l’impérialisme turc. Morte de ses contradictions, préfiguration de l’attelage hétéroclite qu’est aujourd’hui l’Union européenne, le souvenir de l’Autriche-Hongrie suscite pourtant toujours une nostalgie, une mélancolie de la puissance définitivement perdue. Son fantôme continue de planer au-dessus du continent, permettant aux nations qui composent cet espace géographique de se prendre à rêver d’un véritable rôle politique. Qu’il soit aujourd’hui très prématuré d’imaginer l’Autriche rejoindre pleinement ce cercle, tant son histoire récente la rapproche de l’Europe de l’Ouest, est une évidence qui ne souffre aucune contestation. Cependant, Vienne sait maintenant qu’elle a d’autres atouts dans son jeu, lesquels l’autorisent à reprendre une modeste place à la table de jeu de l’Histoire si d’aventure Angela Merkel se montre trop pressante…

Cantat, Weinstein, #balancetonporc : la semaine de la haine

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Harvey Weinstein (à gauche), le tweet qui a inauguré le hashtag #balancetonporc sur Twitter (au centre) et Bertrand Cantat (à droite). SIPA. 00639880_000008 / AP22117673_000002

Weinstein, Cantat, #balancetonporc : les violences faites aux femmes sont intolérables, mais ce n’est pas à la rue de rendre justice


Bertrand Cantat n’est pas un assassin, car les mots ont un sens. Mais c’est un imposteur. Son retour à la scène musicale a bénéficié d’un plan média minutieusement organisé dont les différentes déclinaisons l’établissent d’indiscutable façon.

Je connaissais très mal le groupe « Noir Désir » d’avant le drame de Vilnius. Il me semblait avoir compris que nous avions affaire à des rebelles autoproclamés, installés sur la niche politique d’un gauchisme vague et confortable, leur permettant de donner force leçons à cette jeunesse qui leur faisait confiance. Les violences mortelles infligées à Marie Trintignant par Bertrand Cantat, me plongèrent dans la stupéfaction, autant pour la disparition de Marie que j’avais eue l’occasion de croiser dans le passé, que par l’incohérence du comportement du héros d’une partie de la jeunesse. Comment avait-il pu à ce point la trahir, à ce point lui mentir ?

L’indécence de Bertrand Cantat

Entouré du soutien de ses amis du groupe musical, et du dévouement assez admirable de sa première épouse, il avait cependant adopté une défense de déni, passablement piteuse. Après une procédure régulière, condamné à huit ans de détention, et autorisé à effectuer sa peine en France, il avait ensuite bénéficié d’une libération anticipée régulière, accordée par le juge d’application des peines. Bertrand Cantat pouvait être alors considéré comme quitte de sa faute pénale, tant vis-à-vis de la société que vis-à-vis des victimes. Qu’en était-il de sa faute morale ?

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Le suicide postérieur de son épouse avec qui il vivait, le plongeait à nouveau dans la tragédie et jetait sur le personnage une ombre assez trouble. Mais ce sont les conditions de ce retour qui démontrent que nous avons affaire à un imposteur. En tuant Marie Trintignant, il a trahi la confiance et l’admiration de tous ceux qui écoutaient sa musique, achetaient ses disques et se pressaient à ses concerts. Il est moralement disqualifié pour continuer à nous donner des leçons. Or le premier acte de ce retour a été de mettre à la disposition du public le premier morceau de son nouvel album. Dont le texte reprend sans vergogne le ton et le style d’imprécations d’avant Vilnius.

Bertrand Cantat crache sur les couches populaires britanniques qui, à l’encontre de leurs élites et accablées par l’austérité, ont choisi le Brexit. Et il les somme, il nous somme de donner la priorité à « ses pauvres à lui », ignobles égoïstes que nous sommes. Mépris social et instrumentalisation de la misère des migrants, ce ne sont pas les scrupules qui étouffent celui qui est désormais occupé à une seule tâche, reconstruire la statue du professeur de morale, pulvérisée par la mort donnée à Marie Trintignant. La couverture des Inrocks, n’est qu’une pièce de ce dispositif obscène.

Perpète sur le plan moral

C’est pourtant elle qui a provoqué un déchaînement finalement assez terrifiant. De façon explosive, les réseaux, la presse, jusqu’au ministre se sont précipité sur Cantat avec un seul cri « haro sur l’assassin ». Remettant sans cesse en cause la partie judiciaire du dossier, foulant aux pieds tous les principes, appelant à la répression, hurlant à la mort, la cause de l’indispensable lutte contre les violences faites aux femmes, a montré avec le visage de la meute, sa face la plus laide. Certaines de ces dérives sont plus qu’inquiétantes.

Sur le plan judiciaire répétons-le, Bertrand Cantat est quitte. Sur le plan moral ce sera probablement perpète. Il avait donné l’impression lors de son premier retour musical qu’il pouvait prendre le chemin de la rédemption (morale) avec sa chanson Droit dans le soleil. À la fois belle, sombre et maladroite, elle était l’acte de celui qui essayait de nous dire quelque chose de la tragédie. Occasion manquée, maintenant c’est trop tard.

Weinstein: Oscar de l’hypocrisie à Barack Obama

La grande semaine de la haine ne s’est pas contentée de passer Bertrand Cantat à la moulinette : Harvey Weinstein a eu droit lui aussi à son traitement de faveur. Mais en mode planétaire, comme DSK. Si j’ai bien compris l’histoire de ce personnage dont je n’avais jamais entendu parler auparavant, il s’agit d’un producteur surpuissant d’Hollywood, capable de faire la pluie et le beau temps dans cette industrie dont chacun sait bien sûr qu’elle est le royaume de la douceur, du désintéressement et de la probité. Il semble qu’Harvey Weinstein avait une conception des rapports avec les femmes assez éloignée du modèle de l’amour courtois. Et comme il avait apparemment un pouvoir de vie et de mort sur les carrières dans ce monde du cinéma, les paroles ne se libèrent que maintenant qu’il est à terre, pour dire qu’il en abusait.

Le reproche qui est fait à celles qui parlent aujourd’hui de ne le faire que tardivement est absolument irrecevable. Personne parmi ces jeunes femmes n’avait les moyens de briser l’omerta, et de se promettre ainsi à une mort professionnelle, voire une mort civile tout court. C’est qu’il était puissant, très puissant le producteur. Régentant Hollywood, il était capable de le mobiliser pour faire attribuer un oscar à un film français en noir et blanc sans intérêt, mais surtout de l’activer au profit du camp démocrate américain. À chaque campagne affluaient les millions de dollars, et les prises de position des stars, en faveur qui d’Obama, qui d’Hillary Clinton.

Ce qui pose une question directement politique au-delà de celle du harcèlement sexuel insupportable subi par les femmes : tout le monde savait, et tout le monde en profitait. Le spectacle auquel on assiste est assez hallucinant, où l’on voit celui à qui on passait la main dans le dos ou claquait la bise, balancé par-dessus bord. Harvey Weinstein est devenu un bouc émissaire. De tous ses amis, de ceux qui lui mangeaient dans la main, c’est à qui le piétinera, lui plantera des couteaux dans le dos, se précipitera pour en rajouter. Et dans le même temps, on nettoie Google des photos compromettantes. Deux mentions spéciales, d’abord pour Barack Obama, homme le mieux informé du monde pendant son mandat, qui donc savait tout, et qui aujourd’hui avec son épouse, prend des pincettes et traite l’ami déchu de « dégoûtant ». L’Elysée ensuite, qui se précipite pour avertir les gazettes que Jupiter a saisi la chancellerie de la Légion d’honneur pour que la décoration remise au monstre lui soit retirée. Attendre d’en savoir plus ? Faire confiance à la Justice ? Ne pas en rajouter ? Garder son calme et sa dignité ? Et puis quoi encore.

Tout n’est pas bon dans le cochon

Car cette affaire, deuxième épisode de la grande semaine de la haine, pose aussi le rapport au droit et à la justice. Dans l’affaire Cantat, la clameur refuse de prendre en compte et de respecter une décision de justice déjà rendue. Dans l’affaire Weinstein, la même clameur refuse de s’en remettre aux procédures judiciaires engagées contre le producteur. La Roche Tarpéienne étant toujours très près du Capitole, celui-ci prend de plein fouet, un lynchage médiatique géant. Aucune contradiction possible, aucun débat, aucune discussion, Harvey Weinstein doit comprendre le sens du mot solitude. Encore plus grave, sous prétexte du nécessaire débat et du nécessaire traitement politique du harcèlement sexuel dans les organisations quelles qu’elles soient, on voit fleurir et se répandre des appels à la délation desquels émane un drôle de fumet. Soutenu par France Télévisions, le fameux hashtag #balancetonporc se répand comme une inondation sur les réseaux. Charriant avec elle, la haine, le ressentiment, l’amertume, le mensonge, une androphobie compulsive, dont rien de bon ne pourra sortir.

Les violences faites aux femmes, et le harcèlement sexuel sont deux questions essentielles. Politiques sociales et sociétales, elles doivent faire l’objet d’un traitement collectif, dans le cadre d’un débat qui ne soit pas manipulé dans l’hystérie médiatique, comme on l’avait vu par exemple de façon criante dans l’affaire Sauvage où le mensonge a triomphé. Cela s’appelle le fonctionnement d’une société démocratique.

Quant à la responsabilité personnelle des individus, c’est à la justice de faire son boulot, dans le respect de ses règles. Cela s’appelle aussi le fonctionnement d’une société démocratique.