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L’antisémitisme et la francophobie se développent davantage que le racisme anti-musulmans

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André Versaille publie en ce moment un feuilleton sur le site du Monde, intitulé: « Les musulmans ne sont pas des bébés phoques »

Nous savons qu’un racisme frappe des immigrés en général, et certains de culture musulmane en particulier. En revanche, il me semble nécessaire de parler d’autres racismes que l’on rencontre très fréquemment dans les cités, et dont nous ne voulons pas entendre parler : l’antisémitisme, devenu un marqueur identitaire pour beaucoup de jeunes musulmans, et la francophobie.

On entend souvent dire que la parole raciste antimusulmane s’est libérée. C’est bien mal connaître l’histoire récente de la France. Sans remonter à la période coloniale, il suffit de se souvenir des blagues racistes anti-arabes débitées par des chansonniers dans les années 1960. Les mêmes blagues, qui à l’époque ne choquaient pas grand monde, seraient regardées aujourd’hui comme autant d’incitations à la haine raciale, et les chansonniers traînés devant les tribunaux. Même les attentats n’ont, heureusement, pas provoqué de soulèvement de haine. Les réactions les plus visibles ont été la multiplication de dépôts de bougies, et quelquefois de peluches, en même temps que de déclarations enjoignant de ne pas faire d’amalgame avec la population musulmane. Et combien de « Vous n’aurez pas ma haine ! », adressés aux djihadistes, n’avons-nous pas entendus…

« On refuse de voir l’idéologie intégriste, on retient la culpabilité occidentale. »

Par contre, la parole antisémite, elle, s’est libérée. En témoignent le succès des spectacles de Dieudonné ou les délires complotistes sur les réseaux sociaux, en particulier ceux d’Alain Soral dont les vidéos sur YouTube font des audiences spectaculaires (entre cent mille et trois cent mille vues). Leurs propos étaient inimaginables il y a quarante ans. Autres témoignages du retour décomplexé de l’antisémitisme : la violence qui a éclaté, en août 2014, pendant la bataille de Gaza, lors de plusieurs manifestations. Non pas l’agitation anti-israélienne, qui peut tout à fait se comprendre, mais la brutalité de slogans antisémites, et les voies de fait : des synagogues et des commerces juifs ont été vandalisés, et des juifs isolés ont été molestés. La vague antisémite fut telle que Ban Ki-moon, s’en était inquiété : « le secrétaire général des Nations unies a déploré la récente flambée d’attaques antisémites, notamment en Europe, en lien avec les manifestations concernant l’escalade de la violence à Gaza. »

Cette violence contraste avec l’absence de toute manifestation de quelque ampleur condamnant les crimes d’Al-Qaeda, de Bachar el-Assad ou de Boko Haram, dont les tueries font des milliers de victimes. Je mentionnerai également le fait que, depuis des années, les lieux juifs (synagogues, cercles culturels, écoles) sont visés par des attentats et doivent être gardés par la police, voire par l’armée ; et bien sûr, le brutal antisémitisme qui se déploie depuis plus de vingt ans dans les cités sensibles, comme l’a montré Les Territoires perdus de la République. Des professeurs y ont fait état de l’augmentation de manifestations agressives à l’égard des juifs et des Français de souche. L’un des auteurs de l’ouvrage, Élisabeth Amblard, écrit : « On refuse de voir l’idéologie intégriste, on retient la culpabilité occidentale. […] Les identités meurtrières se disent de façon virulente : “Sale feuj, sale pute, sale française”. “Juif” se dit plutôt entre élèves arabes, suprême injure qu’ils s’adressent à eux-mêmes. Au-delà de l’injure, les coups : “Ma fille a une amie algérienne ; son frère l’a assommée car elle fréquente une juive” (un professeur d’origine kabyle).[tooltips content=’Élisabeth Amblard, professeur agrégée de philosophie, « Scènes de la vie de province », dans Emmanuel Brenner (dir.), Les Territoires perdus de la République, Paris, Mille et Une Nuits, 2002. Réédité à la librairie Arthème Fayard/Pluriel en 2015.’]1[/tooltips] » Le même auteur rapporte des paroles violentes d’un élève. Réponse d’un représentant du culte musulman : « C’est de l’ignorance ; on ne peut pas leur en vouloir. » Élisabeth Amblard ajoute : « C’est aussi le discours du MRAP…»

L’école, un monde perdu

Le rapport Obin confirme la réalité de cette situation : « On observe la banalisation, parfois dès le plus jeune âge, des insultes à caractère antisémite. Le mot “juif” lui-même et son équivalent “feuj” semblent être devenus chez nombre d’enfants et d’adolescents une insulte indifférenciée, pouvant être émise par quiconque à l’endroit de quiconque. […] Cette banalisation ne semble en moyenne que peu émouvoir les personnels et les responsables, qui mettent en avant, pour justifier leur indifférence, le caractère banalisé et non ciblé du propos, ou encore l’existence généralisée d’insultes à caractère raciste ou xénophobe entre élèves : […] une composante de la “culture jeune” en quelque sorte. D’autre part, les insultes, les menaces, les agressions, bien ciblées […] se multiplient à l’encontre d’élèves juifs ou présumés tels, à l’intérieur comme à l’extérieur des établissements ; elles sont généralement le fait de condisciples d’origine maghrébine. » Comme on l’imagine, « les événements du Proche-Orient ainsi qu’une sourate du Coran sont fréquemment invoqués par les élèves pour légitimer leurs propos et leurs agressions. Ces justifications peuvent aller jusqu’à assumer les persécutions ou l’extermination des juifs. L’apologie du nazisme et d’Hitler n’est pas exceptionnelle […] même parfois dans des propos ouvertement tenus à des instituteurs, professeurs et personnels d’éducation. Ces agressions n’épargnent pas […] d’autres élèves, comme cette collégienne turque nouvellement arrivée en France et devenue le souffre-douleur de sa classe parce que son pays “est un allié d’Israël”. Il est […] devenu fréquent, pour les élèves, de demander sa religion à un nouvel élève ou à un nouveau professeur. Nous avons constaté que beaucoup de professeurs ne refusaient pas de répondre à cette question. »

A lire aussi: Les territoires perdus des femmes en France

Le rapport précise que, dans certains établissements, la scolarisation d’élèves juifs ne se faisait plus qu’au prix de la dissimulation de la judéité de ceux-ci, le principal seul en ayant été informé par les parents qui lui demandaient discrétion et vigilance. Cependant, le patronyme de ces élèves ne le permettait pas toujours. « Quoi qu’il en soit, dit encore le rapport Obin, si le racisme le plus développé dans la société reste le racisme anti-maghrébin, ce n’est plus le cas dans les établissements scolaires, où il a été très nettement supplanté par le racisme antijuif. Il est en effet […] une stupéfiante et cruelle réalité : en France les enfants juifs – et ils sont les seuls dans ce cas – ne peuvent plus de nos jours être scolarisés dans n’importe quel établissement[tooltips content=’Rapport Obin, Les Signes et Manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires. Rapport à Monsieur le ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Le rapport a été publié, accompagné de commentaires de vingt auteurs, journalistes, directeurs d’école, enseignants, sous le titre : L’École face à l’obscurantisme religieux, Max Milo, 2014.’]2[/tooltips]. »

Pas né de la dernière pluie

Idéologie tiers-mondiste oblige, cette nouvelle forme d’antisémitisme qui émane de la part de personnes qui sont indubitablement victimes de discrimination et de racisme nous avait paru une chose inimaginable. Pourtant, l’antisémitisme existe bel et bien dans le monde arabe, et depuis très longtemps, et non, comme on se plaît souvent à le croire, depuis la naissance d’Israël et la non-naissance de la Palestine[tooltips content=’Georges Bensoussan, Les Juifs du monde arabe. La question interdite, Paris, Odile Jacob, 2017.’]3[/tooltips]. Certes, l’antisémitisme d’extrême droite est toujours vivant, mais aussi abject soit-il, il ne tue pas. Aujourd’hui ceux qui tuent des juifs parce que juifs sont des islamistes et ils le font au nom de l’islam.

Pour ce qui est des Blancs, Michèle Tribalat dénonce, depuis plusieurs années, la multiplication, dans les banlieues, d’agressions anti-blancs, et une francophobie de plus en plus ostensible depuis les attentats de janvier 2015. Ces attaques représenteraient la moitié des violences racistes en France, mais ce phénomène, dit la démographe, reste toujours sous-évalué. Comme dans plusieurs établissements scolaires des quartiers sensibles, les bons élèves sont fréquemment agressés comme autant de « pédés » et de « bouffons », ceux-ci, à l’instar des élèves juifs, ont fini par quitter leurs écoles, jusqu’à pratiquement disparaître des zones difficiles – phénomène qui n’a pas manqué d’approfondir la fracture géoculturelle…

Retrouvez André Versaille sur son blog, Les musulmans ne sont pas des bébés phoques

Les juifs du monde arabe: La question interdite

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Les territoires perdus de la République

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Macron, l’honneur perdu des libéraux français

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Nos libéraux méprisent la nation et vénèrent la finance. On ne s’étonnera donc pas qu’ils se croient massivement ralliés à Macron. Une tribune signée par les Arvernes, groupe de hauts fonctionnaires, d’intellectuels et d’entrepreneurs qui veulent contribuer à reconstruire la droite française.


La France a un problème avec le libéralisme. Il n’est pas né d’hier. Alexis de Tocqueville, à cet égard, a presque tout dit. L’entrée dans la modernité politique de la France, par la Révolution française, a durablement placé le curseur de la démocratie du côté de l’égalité, au détriment des libertés. L’expérience américaine, elle, est inverse, qui place le curseur du côté de la liberté, au détriment de l’égalité.

La France a surtout besoin de se retrouver elle-même comme nation

La « question libérale », comme l’on disait naguère la « question sociale », n’est pas un débat d’initiés. Elle est au cœur des maux de notre pays, dont l’ardent besoin de réformes est passé au crible de cette question. Libérale la réforme d’un marché du travail jusqu’ici pensé pour dispenser le « bon Français » de travailler et déléguer aux immigrés les travaux jugés indignes, dont pourtant tant de nos grands-parents se sont acquittés avec courage et sans se plaindre ? Libérale la volonté de remettre de l’ordre dans nos finances publiques à bout de souffle après trente années d’un mariage sordide entre keynésianisme, socialisme et financiarisation de la société ? Libérale, la volonté, au cœur de la construction européenne, d’éradiquer le politique au profit de considérations économiques, dans un monde dont les Européens s’obstinent à ne pas saisir la dangerosité ? Libéral, le besoin exprimé par tant de Français de talent de sentir le poids de l’impôt, de la norme – et plus encore de la médiocrité devenue religion d’État sous l’influence des destructeurs de l’école républicaine – s’alléger de leurs épaules ? On pourrait continuer…

Disons-le tout net : si l’épithète « libéral » n’est pas plus frappée d’infamie à nos yeux que « démocrate » ou « républicain », nous ne craignons pas d’affirmer, depuis que nous nous efforçons de travailler à la refondation idéologique de la droite, que nous ne sommes pas libéraux.

Nous ne sommes pas libéraux, car, comme en toute chose, il n’est pas de martingale. Bien sûr, le redressement de la France passe par une remise en ordre de nos dépenses publiques, une plus grande liberté laissée aux acteurs économiques nationaux, la lutte contre les rentes et la baisse des prélèvements ; toutes mesures qui pourraient être qualifiées de « libérales ». Pourtant, réduire la France au tamis d’une doctrine, aussi séduisante soit-elle, serait précisément passer à côté de sa complexité. Et la France, au-delà de ces mesures économiques nécessaires, a surtout besoin de se retrouver elle-même comme nation, fière de ce qu’elle est, forte de l’adhésion de son peuple à tout ce qui en fait l’identité. Cette cohésion nationale retrouvée est la condition du redressement économique et de l’acceptation des efforts indispensables. Une telle vision politique n’est pas incompatible avec les idées libérales qui constituent un des grands héritages de la pensée française du XIXe siècle. Les libéraux traditionnels (y compris Friedrich Hayek) ont toujours accepté l’idée que la défense de la liberté est la mieux assurée par un État fort dans ses fonctions régaliennes, y compris la promotion d’une concurrence saine, la protection d’un certain ordre social et la défense des frontières. Oui, la France a besoin aujourd’hui de libéralisme pour lutter contre l’égalitarisme stérile, la réglementation dictée par les lobbies, l’addiction d’une bonne partie de la population à la dépense publique et la fuite des talents. Mais encore faut-il inscrire ce libéralisme dans une vision politique réaliste.

Le macronisme est une imposture

Surtout, nous ne sommes pas libéraux, car sauf rares exceptions – dont Aurélien Véron, président du PLD – les soi-disant libéraux français se sont sans nuances ralliés au macronisme, disqualifiant encore un peu plus leur cause. L’on vit ainsi l’un des jeunes gourous du libéralisme déclarer en mars dernier qu’Emmanuel Macron était « le prophète du libéralisme (sic) ». Un autre, indéfectible soutien du président (quel qu’il soit en réalité), estimait de son côté qu’Emmanuel Macron avait « compris mieux que tout le monde la puissance de rassemblement d’une politique fondée sur la liberté (resic) ». Le libéralisme à la française a fait le choix délétère de se confondre avec le macronisme. Disons-le tout net, cette convergence est le signe d’une double imposture.

A lire aussi: Les Arvernes: pourquoi nous ne sommes pas macroniens

Imposture, d’abord, du côté d’Emmanuel Macron, enfant chéri des grandes puissances d’argent et de leurs médias, issu de la technocratie d’État la plus pure (l’Inspection des finances et ses réseaux de connivence si peu « libéraux ») et porteur d’une vision néo-colbertiste si classique lorsqu’il s’agit de nationaliser les chantiers de Saint-Nazaire à la barbe des « étrangers » italiens (dixit B. Le Maire). Le « libéralisme » d’Emmanuel Macron se résume pour le moment à des ajustements à la marge du droit du travail. Qui peut croire qu’une équipe gouvernementale menée par l’élite de la technocratie d’État – technocratie dont certains d’entre nous, à l’issue d’études difficiles, s’honorent de faire partie – sera en mesure de remettre en cause la place de la dépense publique ? L’éviction des cabinets ministériels de tous les économistes néo-libéraux non issus du sérail est un signe, parmi d’autres, qui ne trompe pas. En fait de doctrine, Emmanuel Macron n’a qu’une seule idée en tête : lui-même.

Imposture, aussi, du côté de nos idéologues libéraux. Leur empressement à rejoindre le macronisme naissant était déjà suspect durant la campagne électorale, alors même que Fillon affichait un programme résolument plus moderne. Leur soutien sans nuances au président élu alors même que le manque de portée véritable de ses réformes éclate au grand jour en devient gênant. Mais qui sont nos libéraux ? Si Alain Madelin, par ses outrances, son passé, son incapacité à assumer le combat électoral en 2002 n’avait rien d’un homme d’État de premier plan, il faut bien lui reconnaître, en fait d’idées, une réelle colonne vertébrale. Nos libéraux nouvelle mode, eux, vivent à Londres, pour échapper au fisc français, au crochet des subventions des grandes puissances d’argent (consultants, think tank) et trouvent intelligent, entre autres âneries, de plaider, après le Brexit, pour une déclaration d’indépendance du grand Londres cosmopolite et aimable par rapport au reste de ce Royaume-Uni si xénophobe et peu plaisant.

Idiots utiles

Comment les libéraux sont-ils tombés si bas et ont-ils discrédité une doctrine dont, répétons-le, nous avons besoin pour soigner ce socialisme congénital qui nous fait tant de mal ? Nous voudrions ici formuler une hypothèse : trop de libéraux prétendent aimer la liberté, or c’est l’argent qu’ils aiment ! C’est là, nous semble-t-il, une des clés essentielles de compréhension de l’échec partiel du thatchérisme : la financiarisation excessive a été une erreur politique et économique que nous n’en finissons pas de payer. Margaret Thatcher, issue d’un milieu modeste, se vantait d’avoir compris l’économie dans une boutique, et ne déguisait pas sa méfiance pour l’oligarchie britannique. Pourtant, elle a été dupée par la City et son mur de l’argent. Elle n’a pas su admettre que ce que le libéralisme le plus absolu recherche, quand il marche main dans la main avec le capitalisme le plus intégral, c’est l’absence de concurrence et, comme le socialisme, le monopole. Le libéralisme le plus aigu, quand il se fait l’auxiliaire zélé des puissants, hait tout autant la liberté laissée à son concurrent que ne le fait le socialisme. Force est aujourd’hui d’admettre, pour reprendre une expression qui leur est chère, que nos libéraux français sont bien « capturés » par les grands intérêts économiques et politiques qui les font vivre et dont ils sont les idiots utiles.

La politique en France meurt de tant d’imposture. Il faut la dénoncer et réhabiliter, loin de ce libéralisme de connivence et d’argent, une pensée libérale authentique, qui doit être au centre de la pensée de droite que nous souhaitons contribuer à reconstruire.

Macron, une « pensée complexe » au service d’intérêts simples

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Dans le championnat du mépris envers ses électeurs et les autres, j’avais toujours trouvé qu’Emmanuel Macron avait battu tous les records avec son refus de donner l’interview habituelle aux journalistes après le défilé du 14 juillet dernier. Comme motif, le nouveau président avait invoqué « sa pensée complexe ». Traduisez : « Moi, je suis trop intelligent, j’ai une vision trop subtile de la France pour la faire comprendre juste avant les petits fours de la garden party à deux journalistes abrutis par l’obséquiosité et qui vont très mal l’expliquer et la commenter pour des Français encore moins intelligents qui n’en ont rien à fiche puisqu’ils sont déjà en vacances, ces feignasses. En plus, je suis un président philosophe et vertical, je dois marquer ma hauteur et ma différence avec mes prédécesseurs, le VRP à gourmettes qui disait des gros mots et le gros pépère qui voulait être normal et qui passait son temps à faire des confidences aux journalistes, alors qu’un président ne devrait pas dire ça. » Oui, mais voilà, quelques mois ont passé.

Noms d’oiseaux

Malgré sa hauteur de vue, la popularité de Macron s’effondre. Et puis l’homme à la pensée complexe est en fait un Sarkozy comme les autres. Il dit « foutre le bordel » en parlant des ouvriers de GMS, « fainéants » en parlant des fonctionnaires qui font grève, des « cyniques » et des « extrêmes » pour tout opposant refusant sa politique néo-libérale : on devrait dire archéo-libérale puisque c’est la copie conforme, répétons-le, avec quarante ans de retard, des projets reagano-thatchériens.

Alors, pour éviter que ça continue comme ça, pour casser l’image de président des riches, notre Philosophe élyséen a décidé de faire comme les copains : le JT de 20h sur TF1 le dimanche soir, avant le film. Bon, il a fait déranger Pujadas l’Elysée qui ne demandait que ça et qui avec le temps ressemble de plus à plus à Sganarelle ou Scapin. Avec deux collègues à lui et huit caméras.

Parly s’est goinfrée

Faut ce qu’il faut. Du grand spectacle solennel. De la communication millimétrée « Mais qu’est-ce qu’il lit le président ? », « Dis, t’as vu les jolis tableaux au mur, maman ?
Pourquoi Macron se serait-il gêné ? Alors qu’on apprend la même semaine que Florence Parly, sa ministre de la Défense, s’est littéralement goinfrée pendant qu’elle était directrice de branche à la SNCF avec 52 000 euros mensuels (alors que les hauts fonctionnaires sont plafonnés à 40 000) dans une entreprise pourtant déficitaire où l’on demande des sacrifices à tous, il n’y a pas eu une question des journalistes là-dessus. Non, on lui a laissé défiler un discours dégoulinant d’autosatisfaction et de violence rentrée.

Il ne regrette rien, Macron, il assume. Aider les riches, « les premiers de cordée » et mettre en garde les chômeurs qui seraient des « multirécidivistes » du refus. Mieux, il ne croit pas que les Français soient « jaloux » à propos de la suppression de l’ISF qui passe mal. On est là au cœur de la psychologie macronienne. Ces gens-là ne comprennent plus rien, ne vivent plus dans le même monde que nous. Il ne s’agit pas de « jalousie », il s’agit d’indignation, de colère. Ce n’est pas l’envie d’avoir un yacht ou des portefeuilles d’actions, c’est juste la fatigue de devoir gratter cinq euros dans le porte-monnaie pour compléter un loyer.

Et pendant ce temps, en Autriche…

Sinon, évidemment, pendant que Macron parle, le monde cesse d’exister. On aura peut-être oublié, du coup, de signaler qu’en Autriche un jeune conservateur, plus jeune que Macron, a gagné les élections et qu’il va gouverner avec l’extrême droite. Comme un peu partout en Europe, voilà où nous mène le macronisme, son cynisme et sa brutalité. Les jaloux, les fainéants, les fouteurs de bordel se vengent dans les urnes. Pas comme il faudrait : en se trompant de colère.

Etat limite et démocratie: leçon catalane pour le Québec libre

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La situation de crise qui secoue l’Espagne et la Catalogne, depuis le 1er octobre dernier, donne lieu à quantité d’interventions contradictoires. Les esprits s’échauffent et avec la chaleur s’envole la lucidité. Le Québec est possiblement un des endroits au monde où les aspirations sécessionnistes de petites nations suscitent le plus d’intérêt. La situation catalane ne fait bien sûr pas exception. Le Québec a beaucoup de raisons de s’y intéresser de près, la lutte de notre peuple pour accéder à sa souveraineté nationale ayant déterminé l’essentiel de notre vie politique depuis près de 50 ans. Notre dernière tentative – soldée par un échec causé par la fraude du gouvernement fédéral – de nous extirper du paradis des droits de l’homme qu’est la fédération multiculturelle canadienne datant d’octobre 1995, il est plus qu’intéressant de voir comment, aujourd’hui, ce genre de situation politique se déroule. Il convient toutefois de garder la tête froide et de tirer de vraies leçons de la situation catalane plutôt que de nous projeter et nous émouvoir de la tournure spectaculaire des événements. Il s’agit non pas de « ne pas nous mêler des affaires d’un autre pays » pour ne pas compromettre d’éventuels appuis à notre propre indépendance, mais simplement d’être de sages et surtout lucides observateurs.

Etat de droit

Depuis que le projet souverainiste s’est imposé comme principal clivage politique au Québec, ses promoteurs officiels ont pris grand soin d’inclure dans leur discours moult références au droit à l’autodétermination des peuples – droit mentionné au second alinéa du premier article de la Charte des Nations Unies – pour le légitimer quant au droit international. Si, du point de vue du marketing politique, cela est empreint de beaucoup de sens, il n’en est rien de celui de l’effectivité et de la realpolitik. Le déroulement et les suites du référendum en Catalogne en sont des exemples criants.

En effet, lors de la journée fatidique à laquelle devait avoir lieu la consultation référendaire catalane, l’État espagnol n’a lésiné sur aucun moyen pour écarter le danger potentiel de sa dislocation. Un État, bien qu’on aime nier cette réalité, se comporte un peu à la manière d’un organisme biologique. Comme un être vivant qui cherche à se défendre devant un agresseur. Madrid, avant de s’embarrasser du droit international et des exigences de la sacro-sainte Union européenne quant à l’interdiction d’utiliser l’armée contre son propre peuple, a voulu avant tout préserver son intégrité territoriale. L’Espagne était prête à prendre les moyens nécessaires pour arriver à cette fin, sans regard pour d’autre chose que sa survie. Un exemplaire État de droit, aujourd’hui bien libéral et démocratique, bien sage, n’a hésité à aucun moment à utiliser la violence physique pour empêcher une de ses régions de se prononcer démocratiquement sur son avenir.

Pax capitalis

Comme quoi un pays montrant habituellement patte blanche politiquement retrouve bien vite sa virilité autoritaire lorsque vient le droit de se protéger lui-même. Les belles âmes ne cessent de s’en désoler, mais peut-on réellement reprocher à l’Espagne de se préoccuper d’abord de sa survie? Ces mêmes belles âmes ne manquent pas de s’étonner du relatif silence de ces institutions supranationales (ONU, Union européenne) qui leur sont habituellement si chères, ainsi que de celui de la communauté internationale elle-même. Si plusieurs chefs d’État ont exprimé de timides regrets face à la tournure des événements, aucun, en effet, n’a ouvertement donné son appui à Barcelone au nom du respect des principes du droit international. Pourquoi?

La raison en est fort simple : le droit international est le tentacule coercitif principal de l’hégémonique régime libéral « gallo-ricain » que nous chérissons de nos jours sans aucune remise en question. Ce régime idéologique est axé principalement sur le principe de la pax capitalis selon lequel une collectivité d’individus « libérés » du politique et des conflits qui y sont inhérents, culturellement uniformes et dont les occupations principales sont la consommation et le divertissement, est vectrice de paix et de prospérité. Si un des documents fondateurs de ce droit international mentionne le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, il n’est, factuellement, absolument pas fait pour que s’émancipent et se pérennisent de nouveaux États-nations.

Ce droit n’a rien d’universel. Il est en effet généralement admis que le droit à l’autodétermination des peuples ne s’applique pas dans le cas de velléités sécessionnistes exprimées par une région d’un État considéré comme « bon soldat » de l’Empire du Bien libéral. Un nouvel État-nation dans ce contexte est, pour le maintien de cette idéologie hégémonique, un recul, la dissolution des États-nations était pour elle éminemment préférable afin de pérenniser sa promesse de pax capitalis. Qu’on se comprenne bien : cela est dans son intérêt. Le tentacule coercitif des institutions protégeant cette domination idéologique ne prendra jamais la défense d’un peuple occidental, blanc et prospère qui cherche à s’affranchir d’un État ayant adhéré à ces institutions, leurs chartes et leurs traités. Ces institutions n’hésiteront pas, malgré leur propension à se draper de toutes les vertus morales, à tolérer la répression à l’égard de ceux qui troublent leur quiétude. S’en étonner relève de la naïveté.

Dommages à la Catalogne

Certains commentateurs condamnent sans hésitation la Catalogne en l’accusant d’avoir provoqué, en s’obstinant à tenir un référendum d’autodétermination bien que cela fut interdit par la constitution de l’État dont elle souhaitait faire sécession, une sortie de l’État de droit, bafouant ainsi la démocratie pour arriver à ses fins. Cette réaction n’est guère plus brillante que celle des vierges effarouchées qui se surprennent que la guardia civil soit intervenue par la force pour saboter le référendum. La Catalogne n’a pourtant, dans les faits, que joué le jeu des forces en place qui allaient de toute façon l’empêcher de procéder. Cela s’appelle prendre les moyens d’arriver à ses fins, provoquer un état limite, une situation d’exception politique, le seul terrain qui, vraisemblablement, peut être fertile pour fonder un nouvel État-nation en 2017, à l’heure où le libéralisme gallo-ricain souhaite voir s’abattre les frontières politiques.

Cette capacité à penser l’état limite, à se projeter à l’extérieur des garde-fous du régime qui nous empêche de naître, à assumer les risques et les turbulences de cette situation exceptionnelle, c’est l’état d’esprit, précisément, qui a manqué au mouvement souverainiste québécois depuis 50 ans, chez ceux qui le soutiennent encore malgré l’état de déréliction dans lequel il se trouve, et qui manque encore aujourd’hui chez ceux qui prétendent le porter au bout de leurs bras. Qu’on se le tienne pour dit. La lutte pour la survie de l’âme d’une petite nation telle que le Québec, personne ne pourra l’aider à la légitimer et à la mener à terme sans sortir de la rectitude politique, sans provoquer d’esclandre aux sommets des institutions gardiennes de l’hégémonie libérale. Il faudra, pour que le foyer lumineux de l’Amérique française devienne un peuple adulte, que ce dernier sorte de son état de colonisé et fasse l’effort nécessaire pour le devenir envers et contre tous – ou à peu près tous si le gouvernement alors en place en France désire s’inscrire dans la tradition gaulliste davantage que plaire à l’ONU, au Canada et aux États-Unis. L’exemple catalan nous montre en tout cas que la démocratie et la liberté passent parfois, aussi paradoxal que cela puisse paraître, par l’acceptation et le maniement habile de situations critiques et exceptionnelles qui repoussent les limites de l’État de droit. Rien ne prouve que le gouvernement catalan était réellement prêt à faire face à cette impitoyable musique. Il n’empêche que c’est cette leçon que le Québec et les amis de sa cause nationale devraient actuellement méditer en observant la Catalogne et l’Espagne.

« La comparaison de Libé entre le poilu juif Hertz et Merah est abjecte »

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Chaque dimanche, sur les ondes de RCJ, Alain Finkielkraut commente, face à Élisabeth Lévy, l’actualité de la semaine. Un rythme qui permet, dit-il, de « s’arracher au magma ou flux des humeurs ».


Vous avez dit « Romantisme fasciste »?

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C’est une superbe réédition, préfacée par un texte fouillé d’Olivier Dard, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-Sorbonne et fin connaisseur des courants politiques de la première moitié du XXe siècle, dont la Jeune Droite ou l’Action Française. Son Maurras paru en 2013 est d’ailleurs un ouvrage de référence, tout comme son Rendez-vous manqué des relèves des années 30, paru en 2002. Le genre d’essai qui permet de penser une période de manière non binaire, loin des mythologies idéologiques. De comprendre cette période, ce que furent les groupes politiques dits de droite radicale et d’appréhender l’évolution de leurs acteurs. À commencer par celle des écrivains entrés dans la Collaboration par engagement fasciste. Tout cela, le livre de Paul Sérant ne permet pas seulement de le comprendre. Il permet de le vivre. L’écrivain a vécu cette époque et a connu une partie des hommes dont il étudie le parcours, à partir de leurs textes politiques — et avant tout de leurs articles parus dans la presse de la Collaboration, dont il donne à lire de larges extraits. Plus qu’un document d’histoire : comme si leur témoignage était retranscrit par Paul Sérant.

Six écrivains dans la Collaboration

D’abord paru en 1959, avec un important retentissement, toujours lu et cité par les historiens des idées, Le romantisme fasciste n’a pas pris une ride. C’est le livre d’un écrivain, d’un styliste même. Le ton est entraînant, difficile d’en lâcher les pages. L’ouvrage est organisé en 10 chapitres : la décadence française, ni droite, ni gauche, nationaux et socialistes, le chef et le parti, la race et la jeunesse, paganisme ou christianisme, la France dans l’Europe, la guerre ou la paix, l’instant décisif, une révolution avortée et au-delà du fascisme. Autrement dit, chacun des grands thèmes qui irriguent les articles politiques des écrivains dont l’œuvre a été lue par Paul Sérant : Lucien Rebatet, auteur après-guerre de l’un des plus beaux romans de la littérature française, Les deux étendards, disponible en collection Blanche chez Gallimard, Céline, Alphonse de Chateaubriant, l’académicien Abel Bonnard, Drieu la Rochelle, alors directeur de la NRF, suicidé après la libération de Paris, et Robert Brasillach, fusillé à la Libération. Ces écrivains ont contribué à la presse de la Collaboration, Je Suis Partout ou Révolution Nationale entre autres. Cependant, Paul Sérant ne présente pas leur portrait, et c’est ce qui fait l’intérêt et l’originalité de cet essai. Leurs écrits, leurs pensées, leurs conceptions traversent les chapitres du Romantisme fasciste, de façon habilement transversale.

Le fascisme à vif

Autrement dit, Sérant tente de comprendre ce que fut le fascisme de ces écrivains, et donc le fascisme d’opinion, celui s’exprimant dans les journaux, en partant des mots des six écrivains choisis. Ce livre est une étude sur la pensée politique de ces hommes qui, avec leurs différences, trouvèrent des points d’accords sur divers sujets, en particulier de politique nationale et internationale. Six figures importantes de la presse de cette époque, tous ayant écrit des propos maintenant considérés comme outranciers — ce qu’ils furent parfois d’ailleurs. C’est justement ce qui fait le sel de cette réédition chez Pierre-Guillaume de Roux, éditeur des « proscrits » si l’on en croit un portrait idiot paru dans Le Monde au printemps 2017 : Sérant plonge son lecteur dans le vif du sujet, dans le vif du fascisme et dans un fascisme à vif, vécu ainsi par ces écrivains.

Esthétique de l’ennemi

Un fascisme entendu comme une esthétique, d’où l’expression de « romantisme fasciste ». Ce furent des hommes qui cherchèrent une poétisation de la vie comme de l’ordre politique et social. Et c’est cela qui est difficile à comprendre aujourd’hui, en une époque où le mot « fascisme » est utilisé à tire-larigot, pour désigner tout et n’importe quoi, ou plutôt tout mode de pensée qui ne serait pas politiquement correctement dit de gauche.

Lire cet essai permettra d’approcher les raisons qui poussèrent ces hommes-là, ces écrivains, ces hommes de pensée, à s’engager sur un chemin que nombre de nos contemporains jugent a priori négativement. Comprendre aussi qu’à force d’utiliser des mots tels que « fascisme » n’importe comment, l’on participe à la confusion contemporaine des esprits.

Paul Sérant, Le romantisme fasciste, préface d’Olivier Dard, Pierre-Guillaume de Roux éditeur, 2017.

Charles Maurras

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Les territoires perdus des femmes en France

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André Versaille publie en ce moment un feuilleton sur le site du Monde, intitulé: « Les musulmans ne sont pas des bébés phoques »

Cela fait des années que l’on voit l’islamisme irriguer des banlieues et y imposer progressivement sa loi, notamment sur les femmes. Nombre d’entre elles sont surveillées et leur liberté s’y restreint chaque jour davantage. Elles ont non seulement perdu le droit de s’habiller comme elles l’entendent sous peine d’être insultées, voire molestées, mais, ainsi qu’un reportage diffusé le 16 décembre 2016 sur France 2 l’a montré, dans plusieurs quartiers de la périphérie de Paris et de Lyon, par exemple, elles deviennent de plus en plus indésirables dans l’espace public. Là, pour une femme, se promener en jupe ou prendre un verre en terrasse s’apparente, aux yeux de certains musulmans, à une attitude de défi. Dans le reportage, une femme, Aziza Sayah, déclare : « Pour moi, l’islam, c’est comme le Code pénal, maintenant “Ça, c’est interdit ! Ça, c’est interdit ! Tout est interdit !” On est en France, quand même ! » Le reportage montre des femmes résignées comme cette assistante maternelle qui fait tout pour ne pas être remarquée : « Je mets des vêtements sombres, des pantalons, pas de jupe, pas de maquillage. On s’efface. – Pourquoi ? – Parce qu’on a peur, tout simplement ! »


Société : quand les femmes sont indésirables dans les lieux publics

De leur côté, Michèle Tribalat et Hélène Kaltenbach signalent que le nombre des mariages forcés (des dizaines de milliers de jeunes Françaises) est en augmentation. Elles dénoncent également l’obsession de la dissimulation totale du corps féminin considérée comme le summum de la pudeur, et s’interrogent : « Est-ce un hasard si les jeux de la séduction, qui constituent une forme de civilité, se raréfient dans nos banlieues au profit des viols en bandes organisées ? »[tooltips content=’Michèle Tribalat, Hélène Kaltenbach, La République et l’Islam. Entre crainte et aveuglement, Paris, Gallimard, 2002.’]1[/tooltips]

« Partout le contrôle moral et la surveillance des hommes sur les femmes tendent à se renforcer »

Or, en 2004, le rapport Obin[tooltips content=’Rapport Obin, Les Signes et Manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires. Rapport à Monsieur le ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Le rapport a été publié, accompagné de commentaires de vingt auteurs, journalistes, directeurs d’école, enseignants, sous le titre : L’École face à l’obscurantisme religieux, Max Milo, 2014.’]2[/tooltips] parlait déjà de régressions de la condition féminine au collège. C’est là, disait-il, le « côté le plus grave, le plus scandaleux et en même temps le plus spectaculaire de l’évolution de certains quartiers ».[tooltips content=’Rapport Obin, op. cit.‘]3[/tooltips] Les enquêteurs semblent avoir eu du mal à en croire leurs yeux : « Le simple fait de déambuler aux abords d’une école ou d’un collège constitue parfois un véritable choc. Partout le contrôle moral et la surveillance des hommes sur les femmes tendent à se renforcer […], à prendre des proportions obsessionnelles. Il faut avoir vu ces femmes entièrement couvertes de noir, y compris les mains et les yeux, accompagnées d’un homme, […] parfois un pliant à la main pour qu’elles n’aient pas à s’asseoir sur un endroit “impur”, que plus personne ne semble remarquer tant elles font partie du paysage, et dont personne ne semble s’offusquer de la condition, pour saisir […] la formidable régression dont nous sommes les témoins. » Les femmes, mais aussi les adolescentes et même les fillettes : « Alors que l’on observe de plus en plus souvent des fillettes voilées, les adolescentes font l’objet d’une surveillance rigoureuse, d’ailleurs exercée davantage par les garçons que par les parents. Un frère, même plus jeune, peut être à la fois surveillant et protecteur de ses sœurs. »

À côté des fréquentations et des comportements, poursuit le rapport, le vêtement est souvent l’objet de prescriptions rigoureuses : « Comme le maquillage, la jupe et la robe sont interdits, le pantalon est sombre, ample, style “jogging”, la tunique doit descendre suffisamment bas pour masquer toute rondeur. Dans telle cité […] les filles doivent rester le week-end en pyjama afin de ne pouvoir ne serait-ce que sortir au pied de l’immeuble. Dans tel lycée elles enfilent leur manteau avant d’aller au tableau afin de n’éveiller aucune concupiscence. » Presque partout la mixité est dénoncée, pourchassée et les lieux mixtes comme les cinémas, les centres sociaux et les équipements sportifs sont interdits. « À plusieurs reprises on nous a parlé de la recrudescence des mariages traditionnels, “forcés” ou “arrangés”, dès quatorze ou quinze ans. Beaucoup de jeunes filles se plaignent de l’ordre moral imposé par les “grands frères”, peu osent parler des punitions […] qu’on leur inflige en cas de transgression et qui peuvent revêtir les formes les plus brutales […]. Les violences à l’encontre des filles ne sont hélas pas nouvelles, ce qui l’est davantage est qu’elles puissent être commises de plus en plus ouvertement au nom de la religion. »

De « la préservation de la “pudeur” des filles »

Et le rapport fait état de nombreuses critiques tournant autour de la mixité, ou « de la préservation de la “pudeur” des filles ». Des manifestations de nature religieuse perturbent souvent les cours d’éducation physique et sportive, et l’absentéisme ou le rejet de certaines activités sont fréquents, notamment en piscine et en plein air. Un nombre croissant d’élèves refusent de porter les tenues sportives réglementaires qu’ils remplacent, chez les filles mais aussi chez les garçons, par d’autres vêtements qui dissimulent le plus possible les formes de leur corps. « Certains comportements révèlent les conceptions obsessionnelles de la pureté de certains prescripteurs, comme le refus de se baigner dans “l’eau des filles” ou dans celle des “non musulmans”. » 

Cette situation, nous ne voulons pas la voir non plus. Au nom du droit à la différence, on répondra qu’il faut cesser de toujours stigmatiser les musulmans (lorsqu’il s’agit de musulmans, pointer un problème revient toujours à stigmatiser), que c’est culturel, que ce sont leurs traditions, et que ce n’est pas en revenant à chaque fois sur ce genre d’incident que l’on fera avancer les choses. Cette attitude est également adoptée par les autorités politiques, de haut en bas. Quand des parents, inquiets de voir leur enfant changer de comportement, d’habitudes vestimentaires (le voile pour les filles), contester l’école, adopter un langage religieux radical, alertent les autorités, celles-ci, jusqu’à présent, justifient leur refus d’intervenir parce qu’il s’agit là d’une conduite relevant du religieux, que cela participe de la sphère privée, et qu’elles n’ont pas vocation à juger du degré de religiosité des adolescents.

Paresse ? Lâcheté ? Un mélange des deux ? Quoi qu’il en soit, cette démission a contribué, au moins partiellement, à la rupture de ces jeunes avec leurs familles et à leur dérive sectaire.

Retrouvez André Versaille sur son blog, Les musulmans ne sont pas des bébés phoques

Les territoires perdus de la République

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Brexit: In bed with Jacob Rees-Mogg

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Depuis le Brexit, les yeux des continentaux se sont à nouveaux tournés vers l’indomptable Albion, et on attend. Beaucoup attendent que les britanniques se prennent les pieds dans le tapis de leur arrogance : les élections législatives de juin dernier ont donné à ces marchands du temple, une partielle satisfaction, les conservateurs ayant dû subir un échec tout relatif, notamment dû à l’incapacité pour Theresa May de revêtir les habits trop grands de Madame Thatcher. D ‘où l’importance de ces 4 jours de grand-messe Tory, censés réunifier le parti alors que les tensions se font sentir et que la légitimité de Mme May semble se fondre dans le fog anglais.

Jacob le prêcheur

Malgré un important dispositif sécuritaire encadrant les différentes conférences prévues, les passants sont invités à venir écouter Jacob, comme les paroissiens d’une église s’attroupent autour du prêcheur, par un regain d’espoir. Devant l’entrée, quelques opposants, revêtus du drapeau européen, mais qui font pâle figure à côté des fringants jeunes militants conservateurs, qui ont sortis pour l’occasion, leur plus beau costume de chez Marks & Spencer.

En ce 2 octobre, ce que les conservateurs venus des quatre coins du pays attendent, c’est la sensation du moment : Jacob Rees-Mogg, le trublion député du Somerset. Pour le peuple de droite français, Jacob représente un ovni politique, un potentiel modèle de courage que l’on regarde cependant avec les yeux suspicieux du cynique gaulois envers ces fourbes de Grand-bretons. Ses prises de position anti-avortement notamment, sont devenues virales ces dernières semaines dans le milieu de la réinfosphère française, laquelle aime souvent s’attacher à des figures héroïques correspondant à ses critères mythiques : catholique, père de 7 enfants, résolument conservateur mais aussi farouchement libéral, son profile semble s’inscrire parfaitement dans les aspirations actuelles de cette fameuse droite « hors les murs » qui échoua à se réunifier à Béziers l’an dernier mais ne désespère pas de trouver un entrepreneur à sa hauteur pour rebâtir la maison France.

Si tu ne peux combattre tes opposants…

L’excitation est palpable alors que je pénètre dans le grand hall de l’imposante mairie de Manchester, réquisitionnée pour l’occasion.  Jacob Rees-Mog monte sur scène sous un tonnerre d’acclamations. Une mise en scène qui détonne non seulement avec l’humilité toute aristocratique du personnage, mais encore avec la solennité d’une pièce néo-gothique à la gloire de l’histoire de la ville, d’ailleurs ravagée par l’ère post-industrielle. Les conservateurs sont déjà débout. Même ceux ayant voté le Traité de Maastricht en 1992. Là est tout le pragmatisme des britanniques : si tu ne peux combattre tes opposants politiques, embrasse leur cause et devient leur leader.  Une leçon qu’un Ukip déserté par Nigel Farage est déjà en train d’apprendre.

Jacob a à peine entamé ses premiers mots de remerciements que, déjà, des agitateurs anti-tories sortent leur pancarte : « Tories out ! ». Pour l’observateur étranger – et je dois sûrement être la seule dans la salle – la scène est revigorante. Cette capacité qu’ont les anglais à assumer la violence des oppositions dans une attitude toute chevaleresque et courtoise est délicieuse. On ne fait pas semblant de chercher le consensus mou cher aux eurocrates de Bruxelles ou à nos marcheurs qui « pensent Printemps » ; on ne prétend pas gommer les antagonismes via le langage politiquement correct ; non, les ennemis se font face et aucun d’entre eux ne baisse les yeux. Mais tout est fait avec une élégance propre aux gentlemen. Tandis que le début de son intervention est retardé par ces impromptus activistes, Jacob prendra le temps de discuter avec eux. Et même, plus tard dans son discours, de remercier les électeurs travaillistes ayant voté en faveur du Brexit. Savoureuse démocratie anglaise, où les choses sont dites avec fermeté et sarcasme, mais toujours avec politesse.

Vive le Brexit… et la mondialisation !

Les autres intervenants sont tous, en dehors du politicien rebelle, des économistes de renom venus vanter les bienfaits du Brexit, et ce, au nom du libéralisme. C’est en effet le fil rouge de ce colloque d’une heure et demi : l’Union européenne, carcan de régulation, a mis un frein au libre-échange britannique. Jacob Rees-Mogg l’affirmera ensuite : la régulation excessive profite aux grandes entreprises en leur assurant un monopole. Le premier intervenant déclare, quant à lui, que le Royaume-Uni doit profiter du Brexit pour redevenir le champion de la mondialisation, le mouvement de libéralisation mondiale ayant été brutalement freiné par les règles européennes.

Et c’est sans doute ici que l’eurosceptique français est le plus remis en question. Les Britanniques ont voulu quitter l’UE, certes, pour retrouver leur souveraineté ; mais celle-ci ne s’épanouit vraiment que si elle permet à l’île d’étendre son empire, puisque tel a toujours été le destin de ce peuple de marchands. Non pas qu’ils se désintéressent de leur identité, bien au contraire. Mais le libéralisme EST leur identité. Ils l’ont façonné et élevé au rang d’un mode de vie tout aussi crucial que le thé de 5h.

Thatcher not dead

Aussi peut-il être perturbant pour un conservateur français, souvent teinté de colbertisme, d’assister à une conférence sur le Brexit où l’économisme règne en maître et où la main-invisible semble planer au-dessus des têtes de l’auditoire.

Ainsi le résumera Jacob Rees-Mogg dans son intervention. Au travers du Brexit, les Britanniques devront être généreux, fermes et conservateurs. Généreux en assurant la sécurité de leurs voisins ; fermes dans les négociations car, chacun l’a bien compris, l’Union européenne a plus a perdre, dans cette histoire, que le Royaume-Uni ; et conservateurs dans leurs valeurs : la démocratie, la liberté, l’autonomie. Si Margaret avait été présente, elle aurait pu elle-même conclure : « Connaissez-vous Bastiat ? »

Virgile le fondateur

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Si le latin, tour à tour langue des administrations et des armées impériales, des érudits et des ecclésiastiques (jusqu’en 1962, avec quelques îlots de résistance), des lettrés d’hier (Montherlant) ou d’aujourd’hui (Matzneff, Oberlé, Féquant), peut à juste titre être qualifié d’idiome sacré de l’Europe, Virgile est bien l’un de ses principaux prophètes.

Avec Virgile, notre vigie, un essai appelé à devenir classique, Xavier Darcos, de l’Académie française, le rappelle avec brio, lui qui cite le Poète, dans l’Enéide, Antiquam inquirite matrem – recherchez la mère ancienne. Cette antiqua mater, c’est la langue de César et de Cicéron, de Tacite et d’Ovide, de Virgile enfin, qui « rédige le poème de Rome et de la latinité tout entière, la Rome d’Auguste et de toujours, la reine de l’Occident qui survit à ses dieux païens ».

Fidespietasmaiestasgravitasvirtus

A lire ces lignes, ami lecteur, je devine ton discret soupir : encore un essai scrogneugneu sur l’héritage antique, qu’il faudrait admirer par décret, suivi de l’inévitable lamentation sur le déclin de nos tempora et de nos mores, et caetera. Eh bien pas du tout ! Servi par un enthousiasme qui le rend parfois injuste à l’égard d’Homère, Xavier Darcos, sans nostalgie aucune, dépoussière le Poète de Mantoue. En ce sens, il s’inscrit dans la lignée des Carcopino, Boyancé, Grimal – la fine fleur de l’humanisme français. Surtout, il propose à notre admiration un immense poète, vigie au milieu du chaos, celui du Ier siècle A.C. avec ses guerres civiles et ses conjurations, comme celui de notre société « rapiécée et vaporisée ». Car Virgile a vécu la fin d’un monde, celui d’une République sénescente et vermoulue et l’avènement d’un nouveau régime, l’Imperium d’Auguste, que Darcos définit justement comme une révolution conservatrice. Proche du Princeps Octave, futur Auguste, le frugal Virgile sert le nouveau régime sans servilité aucune, par reconnaissance pour un chef d’état qui rétablit la paix et fait de Rome la capitale du monde civilisé. L’ancien provincial, resté si proche de ses racines paysannes, chante l’ordo saeculorum magnus, ce grand agencement des siècles où règne la concorde et qui bannit, un temps, les passions destructrices.

Exhorté par le Souverain, Virgile compose l’Enéide, la chanson de geste romaine par excellence, l’épopée qui, depuis sa divulgation il y a vingt siècles et son phénoménal succès, a connu une nouvelle traduction tous les sept ans, comme par un sortilège de l’antique magie. L’aventure d’Enée le Troyen y rejoint celle d’Auguste le Romain ; deux hommes providentiels y incarnent les vertus de la race romaine – piété filiale, sens du sacré, courage physique et moral, sentiment du devoir et acceptation du destin. Darcos a mille fois raison de définir Enée comme un héros moderne, affranchi de tout sauf de ses devoirs dictés par la providence (Dieu ou les Dieux), mais aussi comme un « remède mental », car, depuis toujours, Virgile a fasciné l’Occident, de Dante à Hugo, de Broch à Valéry. Ce remède, décliné par Virgile et appliqué par Auguste, tient en quelques principes sains : fides, pietas, maiestas, gravitas, virtus… Nul besoin de dictionnaire pour comprendre que nous nous trouvons là aux antipodes de notre bel aujourd’hui. Raison de plus pour partir sur les traces du poète qui chanta la réconciliation entre les citoyens et leur prince, entre les hommes et le monde, entre les humains et les Dieux.

Xavier Darcos, Virgile, notre vigie, Fayard, 2017.

Virgile, notre vigie

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L’antisémitisme et la francophobie se développent davantage que le racisme anti-musulmans

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Tags antisémites dans la station de métro Corentin Cariou à Paris, décembre 2015. SIPA. 00735741_000001

André Versaille publie en ce moment un feuilleton sur le site du Monde, intitulé: « Les musulmans ne sont pas des bébés phoques »

Nous savons qu’un racisme frappe des immigrés en général, et certains de culture musulmane en particulier. En revanche, il me semble nécessaire de parler d’autres racismes que l’on rencontre très fréquemment dans les cités, et dont nous ne voulons pas entendre parler : l’antisémitisme, devenu un marqueur identitaire pour beaucoup de jeunes musulmans, et la francophobie.

On entend souvent dire que la parole raciste antimusulmane s’est libérée. C’est bien mal connaître l’histoire récente de la France. Sans remonter à la période coloniale, il suffit de se souvenir des blagues racistes anti-arabes débitées par des chansonniers dans les années 1960. Les mêmes blagues, qui à l’époque ne choquaient pas grand monde, seraient regardées aujourd’hui comme autant d’incitations à la haine raciale, et les chansonniers traînés devant les tribunaux. Même les attentats n’ont, heureusement, pas provoqué de soulèvement de haine. Les réactions les plus visibles ont été la multiplication de dépôts de bougies, et quelquefois de peluches, en même temps que de déclarations enjoignant de ne pas faire d’amalgame avec la population musulmane. Et combien de « Vous n’aurez pas ma haine ! », adressés aux djihadistes, n’avons-nous pas entendus…

« On refuse de voir l’idéologie intégriste, on retient la culpabilité occidentale. »

Par contre, la parole antisémite, elle, s’est libérée. En témoignent le succès des spectacles de Dieudonné ou les délires complotistes sur les réseaux sociaux, en particulier ceux d’Alain Soral dont les vidéos sur YouTube font des audiences spectaculaires (entre cent mille et trois cent mille vues). Leurs propos étaient inimaginables il y a quarante ans. Autres témoignages du retour décomplexé de l’antisémitisme : la violence qui a éclaté, en août 2014, pendant la bataille de Gaza, lors de plusieurs manifestations. Non pas l’agitation anti-israélienne, qui peut tout à fait se comprendre, mais la brutalité de slogans antisémites, et les voies de fait : des synagogues et des commerces juifs ont été vandalisés, et des juifs isolés ont été molestés. La vague antisémite fut telle que Ban Ki-moon, s’en était inquiété : « le secrétaire général des Nations unies a déploré la récente flambée d’attaques antisémites, notamment en Europe, en lien avec les manifestations concernant l’escalade de la violence à Gaza. »

Cette violence contraste avec l’absence de toute manifestation de quelque ampleur condamnant les crimes d’Al-Qaeda, de Bachar el-Assad ou de Boko Haram, dont les tueries font des milliers de victimes. Je mentionnerai également le fait que, depuis des années, les lieux juifs (synagogues, cercles culturels, écoles) sont visés par des attentats et doivent être gardés par la police, voire par l’armée ; et bien sûr, le brutal antisémitisme qui se déploie depuis plus de vingt ans dans les cités sensibles, comme l’a montré Les Territoires perdus de la République. Des professeurs y ont fait état de l’augmentation de manifestations agressives à l’égard des juifs et des Français de souche. L’un des auteurs de l’ouvrage, Élisabeth Amblard, écrit : « On refuse de voir l’idéologie intégriste, on retient la culpabilité occidentale. […] Les identités meurtrières se disent de façon virulente : “Sale feuj, sale pute, sale française”. “Juif” se dit plutôt entre élèves arabes, suprême injure qu’ils s’adressent à eux-mêmes. Au-delà de l’injure, les coups : “Ma fille a une amie algérienne ; son frère l’a assommée car elle fréquente une juive” (un professeur d’origine kabyle).[tooltips content=’Élisabeth Amblard, professeur agrégée de philosophie, « Scènes de la vie de province », dans Emmanuel Brenner (dir.), Les Territoires perdus de la République, Paris, Mille et Une Nuits, 2002. Réédité à la librairie Arthème Fayard/Pluriel en 2015.’]1[/tooltips] » Le même auteur rapporte des paroles violentes d’un élève. Réponse d’un représentant du culte musulman : « C’est de l’ignorance ; on ne peut pas leur en vouloir. » Élisabeth Amblard ajoute : « C’est aussi le discours du MRAP…»

L’école, un monde perdu

Le rapport Obin confirme la réalité de cette situation : « On observe la banalisation, parfois dès le plus jeune âge, des insultes à caractère antisémite. Le mot “juif” lui-même et son équivalent “feuj” semblent être devenus chez nombre d’enfants et d’adolescents une insulte indifférenciée, pouvant être émise par quiconque à l’endroit de quiconque. […] Cette banalisation ne semble en moyenne que peu émouvoir les personnels et les responsables, qui mettent en avant, pour justifier leur indifférence, le caractère banalisé et non ciblé du propos, ou encore l’existence généralisée d’insultes à caractère raciste ou xénophobe entre élèves : […] une composante de la “culture jeune” en quelque sorte. D’autre part, les insultes, les menaces, les agressions, bien ciblées […] se multiplient à l’encontre d’élèves juifs ou présumés tels, à l’intérieur comme à l’extérieur des établissements ; elles sont généralement le fait de condisciples d’origine maghrébine. » Comme on l’imagine, « les événements du Proche-Orient ainsi qu’une sourate du Coran sont fréquemment invoqués par les élèves pour légitimer leurs propos et leurs agressions. Ces justifications peuvent aller jusqu’à assumer les persécutions ou l’extermination des juifs. L’apologie du nazisme et d’Hitler n’est pas exceptionnelle […] même parfois dans des propos ouvertement tenus à des instituteurs, professeurs et personnels d’éducation. Ces agressions n’épargnent pas […] d’autres élèves, comme cette collégienne turque nouvellement arrivée en France et devenue le souffre-douleur de sa classe parce que son pays “est un allié d’Israël”. Il est […] devenu fréquent, pour les élèves, de demander sa religion à un nouvel élève ou à un nouveau professeur. Nous avons constaté que beaucoup de professeurs ne refusaient pas de répondre à cette question. »

A lire aussi: Les territoires perdus des femmes en France

Le rapport précise que, dans certains établissements, la scolarisation d’élèves juifs ne se faisait plus qu’au prix de la dissimulation de la judéité de ceux-ci, le principal seul en ayant été informé par les parents qui lui demandaient discrétion et vigilance. Cependant, le patronyme de ces élèves ne le permettait pas toujours. « Quoi qu’il en soit, dit encore le rapport Obin, si le racisme le plus développé dans la société reste le racisme anti-maghrébin, ce n’est plus le cas dans les établissements scolaires, où il a été très nettement supplanté par le racisme antijuif. Il est en effet […] une stupéfiante et cruelle réalité : en France les enfants juifs – et ils sont les seuls dans ce cas – ne peuvent plus de nos jours être scolarisés dans n’importe quel établissement[tooltips content=’Rapport Obin, Les Signes et Manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires. Rapport à Monsieur le ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Le rapport a été publié, accompagné de commentaires de vingt auteurs, journalistes, directeurs d’école, enseignants, sous le titre : L’École face à l’obscurantisme religieux, Max Milo, 2014.’]2[/tooltips]. »

Pas né de la dernière pluie

Idéologie tiers-mondiste oblige, cette nouvelle forme d’antisémitisme qui émane de la part de personnes qui sont indubitablement victimes de discrimination et de racisme nous avait paru une chose inimaginable. Pourtant, l’antisémitisme existe bel et bien dans le monde arabe, et depuis très longtemps, et non, comme on se plaît souvent à le croire, depuis la naissance d’Israël et la non-naissance de la Palestine[tooltips content=’Georges Bensoussan, Les Juifs du monde arabe. La question interdite, Paris, Odile Jacob, 2017.’]3[/tooltips]. Certes, l’antisémitisme d’extrême droite est toujours vivant, mais aussi abject soit-il, il ne tue pas. Aujourd’hui ceux qui tuent des juifs parce que juifs sont des islamistes et ils le font au nom de l’islam.

Pour ce qui est des Blancs, Michèle Tribalat dénonce, depuis plusieurs années, la multiplication, dans les banlieues, d’agressions anti-blancs, et une francophobie de plus en plus ostensible depuis les attentats de janvier 2015. Ces attaques représenteraient la moitié des violences racistes en France, mais ce phénomène, dit la démographe, reste toujours sous-évalué. Comme dans plusieurs établissements scolaires des quartiers sensibles, les bons élèves sont fréquemment agressés comme autant de « pédés » et de « bouffons », ceux-ci, à l’instar des élèves juifs, ont fini par quitter leurs écoles, jusqu’à pratiquement disparaître des zones difficiles – phénomène qui n’a pas manqué d’approfondir la fracture géoculturelle…

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Les juifs du monde arabe: La question interdite

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Les territoires perdus de la République

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Macron, l’honneur perdu des libéraux français

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Emmanuel Macron lors de son premier entretien télévisé, 15 octobre 2017. SIPA. 00827678_000009

Nos libéraux méprisent la nation et vénèrent la finance. On ne s’étonnera donc pas qu’ils se croient massivement ralliés à Macron. Une tribune signée par les Arvernes, groupe de hauts fonctionnaires, d’intellectuels et d’entrepreneurs qui veulent contribuer à reconstruire la droite française.


La France a un problème avec le libéralisme. Il n’est pas né d’hier. Alexis de Tocqueville, à cet égard, a presque tout dit. L’entrée dans la modernité politique de la France, par la Révolution française, a durablement placé le curseur de la démocratie du côté de l’égalité, au détriment des libertés. L’expérience américaine, elle, est inverse, qui place le curseur du côté de la liberté, au détriment de l’égalité.

La France a surtout besoin de se retrouver elle-même comme nation

La « question libérale », comme l’on disait naguère la « question sociale », n’est pas un débat d’initiés. Elle est au cœur des maux de notre pays, dont l’ardent besoin de réformes est passé au crible de cette question. Libérale la réforme d’un marché du travail jusqu’ici pensé pour dispenser le « bon Français » de travailler et déléguer aux immigrés les travaux jugés indignes, dont pourtant tant de nos grands-parents se sont acquittés avec courage et sans se plaindre ? Libérale la volonté de remettre de l’ordre dans nos finances publiques à bout de souffle après trente années d’un mariage sordide entre keynésianisme, socialisme et financiarisation de la société ? Libérale, la volonté, au cœur de la construction européenne, d’éradiquer le politique au profit de considérations économiques, dans un monde dont les Européens s’obstinent à ne pas saisir la dangerosité ? Libéral, le besoin exprimé par tant de Français de talent de sentir le poids de l’impôt, de la norme – et plus encore de la médiocrité devenue religion d’État sous l’influence des destructeurs de l’école républicaine – s’alléger de leurs épaules ? On pourrait continuer…

Disons-le tout net : si l’épithète « libéral » n’est pas plus frappée d’infamie à nos yeux que « démocrate » ou « républicain », nous ne craignons pas d’affirmer, depuis que nous nous efforçons de travailler à la refondation idéologique de la droite, que nous ne sommes pas libéraux.

Nous ne sommes pas libéraux, car, comme en toute chose, il n’est pas de martingale. Bien sûr, le redressement de la France passe par une remise en ordre de nos dépenses publiques, une plus grande liberté laissée aux acteurs économiques nationaux, la lutte contre les rentes et la baisse des prélèvements ; toutes mesures qui pourraient être qualifiées de « libérales ». Pourtant, réduire la France au tamis d’une doctrine, aussi séduisante soit-elle, serait précisément passer à côté de sa complexité. Et la France, au-delà de ces mesures économiques nécessaires, a surtout besoin de se retrouver elle-même comme nation, fière de ce qu’elle est, forte de l’adhésion de son peuple à tout ce qui en fait l’identité. Cette cohésion nationale retrouvée est la condition du redressement économique et de l’acceptation des efforts indispensables. Une telle vision politique n’est pas incompatible avec les idées libérales qui constituent un des grands héritages de la pensée française du XIXe siècle. Les libéraux traditionnels (y compris Friedrich Hayek) ont toujours accepté l’idée que la défense de la liberté est la mieux assurée par un État fort dans ses fonctions régaliennes, y compris la promotion d’une concurrence saine, la protection d’un certain ordre social et la défense des frontières. Oui, la France a besoin aujourd’hui de libéralisme pour lutter contre l’égalitarisme stérile, la réglementation dictée par les lobbies, l’addiction d’une bonne partie de la population à la dépense publique et la fuite des talents. Mais encore faut-il inscrire ce libéralisme dans une vision politique réaliste.

Le macronisme est une imposture

Surtout, nous ne sommes pas libéraux, car sauf rares exceptions – dont Aurélien Véron, président du PLD – les soi-disant libéraux français se sont sans nuances ralliés au macronisme, disqualifiant encore un peu plus leur cause. L’on vit ainsi l’un des jeunes gourous du libéralisme déclarer en mars dernier qu’Emmanuel Macron était « le prophète du libéralisme (sic) ». Un autre, indéfectible soutien du président (quel qu’il soit en réalité), estimait de son côté qu’Emmanuel Macron avait « compris mieux que tout le monde la puissance de rassemblement d’une politique fondée sur la liberté (resic) ». Le libéralisme à la française a fait le choix délétère de se confondre avec le macronisme. Disons-le tout net, cette convergence est le signe d’une double imposture.

A lire aussi: Les Arvernes: pourquoi nous ne sommes pas macroniens

Imposture, d’abord, du côté d’Emmanuel Macron, enfant chéri des grandes puissances d’argent et de leurs médias, issu de la technocratie d’État la plus pure (l’Inspection des finances et ses réseaux de connivence si peu « libéraux ») et porteur d’une vision néo-colbertiste si classique lorsqu’il s’agit de nationaliser les chantiers de Saint-Nazaire à la barbe des « étrangers » italiens (dixit B. Le Maire). Le « libéralisme » d’Emmanuel Macron se résume pour le moment à des ajustements à la marge du droit du travail. Qui peut croire qu’une équipe gouvernementale menée par l’élite de la technocratie d’État – technocratie dont certains d’entre nous, à l’issue d’études difficiles, s’honorent de faire partie – sera en mesure de remettre en cause la place de la dépense publique ? L’éviction des cabinets ministériels de tous les économistes néo-libéraux non issus du sérail est un signe, parmi d’autres, qui ne trompe pas. En fait de doctrine, Emmanuel Macron n’a qu’une seule idée en tête : lui-même.

Imposture, aussi, du côté de nos idéologues libéraux. Leur empressement à rejoindre le macronisme naissant était déjà suspect durant la campagne électorale, alors même que Fillon affichait un programme résolument plus moderne. Leur soutien sans nuances au président élu alors même que le manque de portée véritable de ses réformes éclate au grand jour en devient gênant. Mais qui sont nos libéraux ? Si Alain Madelin, par ses outrances, son passé, son incapacité à assumer le combat électoral en 2002 n’avait rien d’un homme d’État de premier plan, il faut bien lui reconnaître, en fait d’idées, une réelle colonne vertébrale. Nos libéraux nouvelle mode, eux, vivent à Londres, pour échapper au fisc français, au crochet des subventions des grandes puissances d’argent (consultants, think tank) et trouvent intelligent, entre autres âneries, de plaider, après le Brexit, pour une déclaration d’indépendance du grand Londres cosmopolite et aimable par rapport au reste de ce Royaume-Uni si xénophobe et peu plaisant.

Idiots utiles

Comment les libéraux sont-ils tombés si bas et ont-ils discrédité une doctrine dont, répétons-le, nous avons besoin pour soigner ce socialisme congénital qui nous fait tant de mal ? Nous voudrions ici formuler une hypothèse : trop de libéraux prétendent aimer la liberté, or c’est l’argent qu’ils aiment ! C’est là, nous semble-t-il, une des clés essentielles de compréhension de l’échec partiel du thatchérisme : la financiarisation excessive a été une erreur politique et économique que nous n’en finissons pas de payer. Margaret Thatcher, issue d’un milieu modeste, se vantait d’avoir compris l’économie dans une boutique, et ne déguisait pas sa méfiance pour l’oligarchie britannique. Pourtant, elle a été dupée par la City et son mur de l’argent. Elle n’a pas su admettre que ce que le libéralisme le plus absolu recherche, quand il marche main dans la main avec le capitalisme le plus intégral, c’est l’absence de concurrence et, comme le socialisme, le monopole. Le libéralisme le plus aigu, quand il se fait l’auxiliaire zélé des puissants, hait tout autant la liberté laissée à son concurrent que ne le fait le socialisme. Force est aujourd’hui d’admettre, pour reprendre une expression qui leur est chère, que nos libéraux français sont bien « capturés » par les grands intérêts économiques et politiques qui les font vivre et dont ils sont les idiots utiles.

La politique en France meurt de tant d’imposture. Il faut la dénoncer et réhabiliter, loin de ce libéralisme de connivence et d’argent, une pensée libérale authentique, qui doit être au centre de la pensée de droite que nous souhaitons contribuer à reconstruire.

Macron, une « pensée complexe » au service d’intérêts simples

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Emmanuel Macron sur TF1. Sipa. Numéro de reportage : 00827678_000018.

Dans le championnat du mépris envers ses électeurs et les autres, j’avais toujours trouvé qu’Emmanuel Macron avait battu tous les records avec son refus de donner l’interview habituelle aux journalistes après le défilé du 14 juillet dernier. Comme motif, le nouveau président avait invoqué « sa pensée complexe ». Traduisez : « Moi, je suis trop intelligent, j’ai une vision trop subtile de la France pour la faire comprendre juste avant les petits fours de la garden party à deux journalistes abrutis par l’obséquiosité et qui vont très mal l’expliquer et la commenter pour des Français encore moins intelligents qui n’en ont rien à fiche puisqu’ils sont déjà en vacances, ces feignasses. En plus, je suis un président philosophe et vertical, je dois marquer ma hauteur et ma différence avec mes prédécesseurs, le VRP à gourmettes qui disait des gros mots et le gros pépère qui voulait être normal et qui passait son temps à faire des confidences aux journalistes, alors qu’un président ne devrait pas dire ça. » Oui, mais voilà, quelques mois ont passé.

Noms d’oiseaux

Malgré sa hauteur de vue, la popularité de Macron s’effondre. Et puis l’homme à la pensée complexe est en fait un Sarkozy comme les autres. Il dit « foutre le bordel » en parlant des ouvriers de GMS, « fainéants » en parlant des fonctionnaires qui font grève, des « cyniques » et des « extrêmes » pour tout opposant refusant sa politique néo-libérale : on devrait dire archéo-libérale puisque c’est la copie conforme, répétons-le, avec quarante ans de retard, des projets reagano-thatchériens.

Alors, pour éviter que ça continue comme ça, pour casser l’image de président des riches, notre Philosophe élyséen a décidé de faire comme les copains : le JT de 20h sur TF1 le dimanche soir, avant le film. Bon, il a fait déranger Pujadas l’Elysée qui ne demandait que ça et qui avec le temps ressemble de plus à plus à Sganarelle ou Scapin. Avec deux collègues à lui et huit caméras.

Parly s’est goinfrée

Faut ce qu’il faut. Du grand spectacle solennel. De la communication millimétrée « Mais qu’est-ce qu’il lit le président ? », « Dis, t’as vu les jolis tableaux au mur, maman ?
Pourquoi Macron se serait-il gêné ? Alors qu’on apprend la même semaine que Florence Parly, sa ministre de la Défense, s’est littéralement goinfrée pendant qu’elle était directrice de branche à la SNCF avec 52 000 euros mensuels (alors que les hauts fonctionnaires sont plafonnés à 40 000) dans une entreprise pourtant déficitaire où l’on demande des sacrifices à tous, il n’y a pas eu une question des journalistes là-dessus. Non, on lui a laissé défiler un discours dégoulinant d’autosatisfaction et de violence rentrée.

Il ne regrette rien, Macron, il assume. Aider les riches, « les premiers de cordée » et mettre en garde les chômeurs qui seraient des « multirécidivistes » du refus. Mieux, il ne croit pas que les Français soient « jaloux » à propos de la suppression de l’ISF qui passe mal. On est là au cœur de la psychologie macronienne. Ces gens-là ne comprennent plus rien, ne vivent plus dans le même monde que nous. Il ne s’agit pas de « jalousie », il s’agit d’indignation, de colère. Ce n’est pas l’envie d’avoir un yacht ou des portefeuilles d’actions, c’est juste la fatigue de devoir gratter cinq euros dans le porte-monnaie pour compléter un loyer.

Et pendant ce temps, en Autriche…

Sinon, évidemment, pendant que Macron parle, le monde cesse d’exister. On aura peut-être oublié, du coup, de signaler qu’en Autriche un jeune conservateur, plus jeune que Macron, a gagné les élections et qu’il va gouverner avec l’extrême droite. Comme un peu partout en Europe, voilà où nous mène le macronisme, son cynisme et sa brutalité. Les jaloux, les fainéants, les fouteurs de bordel se vengent dans les urnes. Pas comme il faudrait : en se trompant de colère.

Etat limite et démocratie: leçon catalane pour le Québec libre

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Deux femmes se tiennent la main à Barcelone. L'une porte un drapeau catalan (à gauche), l'autre un drapeau espagnol, octobre 2017. SIPA. AP22112545_000001

La situation de crise qui secoue l’Espagne et la Catalogne, depuis le 1er octobre dernier, donne lieu à quantité d’interventions contradictoires. Les esprits s’échauffent et avec la chaleur s’envole la lucidité. Le Québec est possiblement un des endroits au monde où les aspirations sécessionnistes de petites nations suscitent le plus d’intérêt. La situation catalane ne fait bien sûr pas exception. Le Québec a beaucoup de raisons de s’y intéresser de près, la lutte de notre peuple pour accéder à sa souveraineté nationale ayant déterminé l’essentiel de notre vie politique depuis près de 50 ans. Notre dernière tentative – soldée par un échec causé par la fraude du gouvernement fédéral – de nous extirper du paradis des droits de l’homme qu’est la fédération multiculturelle canadienne datant d’octobre 1995, il est plus qu’intéressant de voir comment, aujourd’hui, ce genre de situation politique se déroule. Il convient toutefois de garder la tête froide et de tirer de vraies leçons de la situation catalane plutôt que de nous projeter et nous émouvoir de la tournure spectaculaire des événements. Il s’agit non pas de « ne pas nous mêler des affaires d’un autre pays » pour ne pas compromettre d’éventuels appuis à notre propre indépendance, mais simplement d’être de sages et surtout lucides observateurs.

Etat de droit

Depuis que le projet souverainiste s’est imposé comme principal clivage politique au Québec, ses promoteurs officiels ont pris grand soin d’inclure dans leur discours moult références au droit à l’autodétermination des peuples – droit mentionné au second alinéa du premier article de la Charte des Nations Unies – pour le légitimer quant au droit international. Si, du point de vue du marketing politique, cela est empreint de beaucoup de sens, il n’en est rien de celui de l’effectivité et de la realpolitik. Le déroulement et les suites du référendum en Catalogne en sont des exemples criants.

En effet, lors de la journée fatidique à laquelle devait avoir lieu la consultation référendaire catalane, l’État espagnol n’a lésiné sur aucun moyen pour écarter le danger potentiel de sa dislocation. Un État, bien qu’on aime nier cette réalité, se comporte un peu à la manière d’un organisme biologique. Comme un être vivant qui cherche à se défendre devant un agresseur. Madrid, avant de s’embarrasser du droit international et des exigences de la sacro-sainte Union européenne quant à l’interdiction d’utiliser l’armée contre son propre peuple, a voulu avant tout préserver son intégrité territoriale. L’Espagne était prête à prendre les moyens nécessaires pour arriver à cette fin, sans regard pour d’autre chose que sa survie. Un exemplaire État de droit, aujourd’hui bien libéral et démocratique, bien sage, n’a hésité à aucun moment à utiliser la violence physique pour empêcher une de ses régions de se prononcer démocratiquement sur son avenir.

Pax capitalis

Comme quoi un pays montrant habituellement patte blanche politiquement retrouve bien vite sa virilité autoritaire lorsque vient le droit de se protéger lui-même. Les belles âmes ne cessent de s’en désoler, mais peut-on réellement reprocher à l’Espagne de se préoccuper d’abord de sa survie? Ces mêmes belles âmes ne manquent pas de s’étonner du relatif silence de ces institutions supranationales (ONU, Union européenne) qui leur sont habituellement si chères, ainsi que de celui de la communauté internationale elle-même. Si plusieurs chefs d’État ont exprimé de timides regrets face à la tournure des événements, aucun, en effet, n’a ouvertement donné son appui à Barcelone au nom du respect des principes du droit international. Pourquoi?

La raison en est fort simple : le droit international est le tentacule coercitif principal de l’hégémonique régime libéral « gallo-ricain » que nous chérissons de nos jours sans aucune remise en question. Ce régime idéologique est axé principalement sur le principe de la pax capitalis selon lequel une collectivité d’individus « libérés » du politique et des conflits qui y sont inhérents, culturellement uniformes et dont les occupations principales sont la consommation et le divertissement, est vectrice de paix et de prospérité. Si un des documents fondateurs de ce droit international mentionne le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, il n’est, factuellement, absolument pas fait pour que s’émancipent et se pérennisent de nouveaux États-nations.

Ce droit n’a rien d’universel. Il est en effet généralement admis que le droit à l’autodétermination des peuples ne s’applique pas dans le cas de velléités sécessionnistes exprimées par une région d’un État considéré comme « bon soldat » de l’Empire du Bien libéral. Un nouvel État-nation dans ce contexte est, pour le maintien de cette idéologie hégémonique, un recul, la dissolution des États-nations était pour elle éminemment préférable afin de pérenniser sa promesse de pax capitalis. Qu’on se comprenne bien : cela est dans son intérêt. Le tentacule coercitif des institutions protégeant cette domination idéologique ne prendra jamais la défense d’un peuple occidental, blanc et prospère qui cherche à s’affranchir d’un État ayant adhéré à ces institutions, leurs chartes et leurs traités. Ces institutions n’hésiteront pas, malgré leur propension à se draper de toutes les vertus morales, à tolérer la répression à l’égard de ceux qui troublent leur quiétude. S’en étonner relève de la naïveté.

Dommages à la Catalogne

Certains commentateurs condamnent sans hésitation la Catalogne en l’accusant d’avoir provoqué, en s’obstinant à tenir un référendum d’autodétermination bien que cela fut interdit par la constitution de l’État dont elle souhaitait faire sécession, une sortie de l’État de droit, bafouant ainsi la démocratie pour arriver à ses fins. Cette réaction n’est guère plus brillante que celle des vierges effarouchées qui se surprennent que la guardia civil soit intervenue par la force pour saboter le référendum. La Catalogne n’a pourtant, dans les faits, que joué le jeu des forces en place qui allaient de toute façon l’empêcher de procéder. Cela s’appelle prendre les moyens d’arriver à ses fins, provoquer un état limite, une situation d’exception politique, le seul terrain qui, vraisemblablement, peut être fertile pour fonder un nouvel État-nation en 2017, à l’heure où le libéralisme gallo-ricain souhaite voir s’abattre les frontières politiques.

Cette capacité à penser l’état limite, à se projeter à l’extérieur des garde-fous du régime qui nous empêche de naître, à assumer les risques et les turbulences de cette situation exceptionnelle, c’est l’état d’esprit, précisément, qui a manqué au mouvement souverainiste québécois depuis 50 ans, chez ceux qui le soutiennent encore malgré l’état de déréliction dans lequel il se trouve, et qui manque encore aujourd’hui chez ceux qui prétendent le porter au bout de leurs bras. Qu’on se le tienne pour dit. La lutte pour la survie de l’âme d’une petite nation telle que le Québec, personne ne pourra l’aider à la légitimer et à la mener à terme sans sortir de la rectitude politique, sans provoquer d’esclandre aux sommets des institutions gardiennes de l’hégémonie libérale. Il faudra, pour que le foyer lumineux de l’Amérique française devienne un peuple adulte, que ce dernier sorte de son état de colonisé et fasse l’effort nécessaire pour le devenir envers et contre tous – ou à peu près tous si le gouvernement alors en place en France désire s’inscrire dans la tradition gaulliste davantage que plaire à l’ONU, au Canada et aux États-Unis. L’exemple catalan nous montre en tout cas que la démocratie et la liberté passent parfois, aussi paradoxal que cela puisse paraître, par l’acceptation et le maniement habile de situations critiques et exceptionnelles qui repoussent les limites de l’État de droit. Rien ne prouve que le gouvernement catalan était réellement prêt à faire face à cette impitoyable musique. Il n’empêche que c’est cette leçon que le Québec et les amis de sa cause nationale devraient actuellement méditer en observant la Catalogne et l’Espagne.

« La comparaison de Libé entre le poilu juif Hertz et Merah est abjecte »

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Chaque dimanche, sur les ondes de RCJ, Alain Finkielkraut commente, face à Élisabeth Lévy, l’actualité de la semaine. Un rythme qui permet, dit-il, de « s’arracher au magma ou flux des humeurs ».


Vous avez dit « Romantisme fasciste »?

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Louis-Ferdinand Céline, début des années 50. SIPA. 00072493_000001

C’est une superbe réédition, préfacée par un texte fouillé d’Olivier Dard, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-Sorbonne et fin connaisseur des courants politiques de la première moitié du XXe siècle, dont la Jeune Droite ou l’Action Française. Son Maurras paru en 2013 est d’ailleurs un ouvrage de référence, tout comme son Rendez-vous manqué des relèves des années 30, paru en 2002. Le genre d’essai qui permet de penser une période de manière non binaire, loin des mythologies idéologiques. De comprendre cette période, ce que furent les groupes politiques dits de droite radicale et d’appréhender l’évolution de leurs acteurs. À commencer par celle des écrivains entrés dans la Collaboration par engagement fasciste. Tout cela, le livre de Paul Sérant ne permet pas seulement de le comprendre. Il permet de le vivre. L’écrivain a vécu cette époque et a connu une partie des hommes dont il étudie le parcours, à partir de leurs textes politiques — et avant tout de leurs articles parus dans la presse de la Collaboration, dont il donne à lire de larges extraits. Plus qu’un document d’histoire : comme si leur témoignage était retranscrit par Paul Sérant.

Six écrivains dans la Collaboration

D’abord paru en 1959, avec un important retentissement, toujours lu et cité par les historiens des idées, Le romantisme fasciste n’a pas pris une ride. C’est le livre d’un écrivain, d’un styliste même. Le ton est entraînant, difficile d’en lâcher les pages. L’ouvrage est organisé en 10 chapitres : la décadence française, ni droite, ni gauche, nationaux et socialistes, le chef et le parti, la race et la jeunesse, paganisme ou christianisme, la France dans l’Europe, la guerre ou la paix, l’instant décisif, une révolution avortée et au-delà du fascisme. Autrement dit, chacun des grands thèmes qui irriguent les articles politiques des écrivains dont l’œuvre a été lue par Paul Sérant : Lucien Rebatet, auteur après-guerre de l’un des plus beaux romans de la littérature française, Les deux étendards, disponible en collection Blanche chez Gallimard, Céline, Alphonse de Chateaubriant, l’académicien Abel Bonnard, Drieu la Rochelle, alors directeur de la NRF, suicidé après la libération de Paris, et Robert Brasillach, fusillé à la Libération. Ces écrivains ont contribué à la presse de la Collaboration, Je Suis Partout ou Révolution Nationale entre autres. Cependant, Paul Sérant ne présente pas leur portrait, et c’est ce qui fait l’intérêt et l’originalité de cet essai. Leurs écrits, leurs pensées, leurs conceptions traversent les chapitres du Romantisme fasciste, de façon habilement transversale.

Le fascisme à vif

Autrement dit, Sérant tente de comprendre ce que fut le fascisme de ces écrivains, et donc le fascisme d’opinion, celui s’exprimant dans les journaux, en partant des mots des six écrivains choisis. Ce livre est une étude sur la pensée politique de ces hommes qui, avec leurs différences, trouvèrent des points d’accords sur divers sujets, en particulier de politique nationale et internationale. Six figures importantes de la presse de cette époque, tous ayant écrit des propos maintenant considérés comme outranciers — ce qu’ils furent parfois d’ailleurs. C’est justement ce qui fait le sel de cette réédition chez Pierre-Guillaume de Roux, éditeur des « proscrits » si l’on en croit un portrait idiot paru dans Le Monde au printemps 2017 : Sérant plonge son lecteur dans le vif du sujet, dans le vif du fascisme et dans un fascisme à vif, vécu ainsi par ces écrivains.

Esthétique de l’ennemi

Un fascisme entendu comme une esthétique, d’où l’expression de « romantisme fasciste ». Ce furent des hommes qui cherchèrent une poétisation de la vie comme de l’ordre politique et social. Et c’est cela qui est difficile à comprendre aujourd’hui, en une époque où le mot « fascisme » est utilisé à tire-larigot, pour désigner tout et n’importe quoi, ou plutôt tout mode de pensée qui ne serait pas politiquement correctement dit de gauche.

Lire cet essai permettra d’approcher les raisons qui poussèrent ces hommes-là, ces écrivains, ces hommes de pensée, à s’engager sur un chemin que nombre de nos contemporains jugent a priori négativement. Comprendre aussi qu’à force d’utiliser des mots tels que « fascisme » n’importe comment, l’on participe à la confusion contemporaine des esprits.

Paul Sérant, Le romantisme fasciste, préface d’Olivier Dard, Pierre-Guillaume de Roux éditeur, 2017.

Charles Maurras

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Les territoires perdus des femmes en France

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Capture d'écran France 2

André Versaille publie en ce moment un feuilleton sur le site du Monde, intitulé: « Les musulmans ne sont pas des bébés phoques »

Cela fait des années que l’on voit l’islamisme irriguer des banlieues et y imposer progressivement sa loi, notamment sur les femmes. Nombre d’entre elles sont surveillées et leur liberté s’y restreint chaque jour davantage. Elles ont non seulement perdu le droit de s’habiller comme elles l’entendent sous peine d’être insultées, voire molestées, mais, ainsi qu’un reportage diffusé le 16 décembre 2016 sur France 2 l’a montré, dans plusieurs quartiers de la périphérie de Paris et de Lyon, par exemple, elles deviennent de plus en plus indésirables dans l’espace public. Là, pour une femme, se promener en jupe ou prendre un verre en terrasse s’apparente, aux yeux de certains musulmans, à une attitude de défi. Dans le reportage, une femme, Aziza Sayah, déclare : « Pour moi, l’islam, c’est comme le Code pénal, maintenant “Ça, c’est interdit ! Ça, c’est interdit ! Tout est interdit !” On est en France, quand même ! » Le reportage montre des femmes résignées comme cette assistante maternelle qui fait tout pour ne pas être remarquée : « Je mets des vêtements sombres, des pantalons, pas de jupe, pas de maquillage. On s’efface. – Pourquoi ? – Parce qu’on a peur, tout simplement ! »


Société : quand les femmes sont indésirables dans les lieux publics

De leur côté, Michèle Tribalat et Hélène Kaltenbach signalent que le nombre des mariages forcés (des dizaines de milliers de jeunes Françaises) est en augmentation. Elles dénoncent également l’obsession de la dissimulation totale du corps féminin considérée comme le summum de la pudeur, et s’interrogent : « Est-ce un hasard si les jeux de la séduction, qui constituent une forme de civilité, se raréfient dans nos banlieues au profit des viols en bandes organisées ? »[tooltips content=’Michèle Tribalat, Hélène Kaltenbach, La République et l’Islam. Entre crainte et aveuglement, Paris, Gallimard, 2002.’]1[/tooltips]

« Partout le contrôle moral et la surveillance des hommes sur les femmes tendent à se renforcer »

Or, en 2004, le rapport Obin[tooltips content=’Rapport Obin, Les Signes et Manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires. Rapport à Monsieur le ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Le rapport a été publié, accompagné de commentaires de vingt auteurs, journalistes, directeurs d’école, enseignants, sous le titre : L’École face à l’obscurantisme religieux, Max Milo, 2014.’]2[/tooltips] parlait déjà de régressions de la condition féminine au collège. C’est là, disait-il, le « côté le plus grave, le plus scandaleux et en même temps le plus spectaculaire de l’évolution de certains quartiers ».[tooltips content=’Rapport Obin, op. cit.‘]3[/tooltips] Les enquêteurs semblent avoir eu du mal à en croire leurs yeux : « Le simple fait de déambuler aux abords d’une école ou d’un collège constitue parfois un véritable choc. Partout le contrôle moral et la surveillance des hommes sur les femmes tendent à se renforcer […], à prendre des proportions obsessionnelles. Il faut avoir vu ces femmes entièrement couvertes de noir, y compris les mains et les yeux, accompagnées d’un homme, […] parfois un pliant à la main pour qu’elles n’aient pas à s’asseoir sur un endroit “impur”, que plus personne ne semble remarquer tant elles font partie du paysage, et dont personne ne semble s’offusquer de la condition, pour saisir […] la formidable régression dont nous sommes les témoins. » Les femmes, mais aussi les adolescentes et même les fillettes : « Alors que l’on observe de plus en plus souvent des fillettes voilées, les adolescentes font l’objet d’une surveillance rigoureuse, d’ailleurs exercée davantage par les garçons que par les parents. Un frère, même plus jeune, peut être à la fois surveillant et protecteur de ses sœurs. »

À côté des fréquentations et des comportements, poursuit le rapport, le vêtement est souvent l’objet de prescriptions rigoureuses : « Comme le maquillage, la jupe et la robe sont interdits, le pantalon est sombre, ample, style “jogging”, la tunique doit descendre suffisamment bas pour masquer toute rondeur. Dans telle cité […] les filles doivent rester le week-end en pyjama afin de ne pouvoir ne serait-ce que sortir au pied de l’immeuble. Dans tel lycée elles enfilent leur manteau avant d’aller au tableau afin de n’éveiller aucune concupiscence. » Presque partout la mixité est dénoncée, pourchassée et les lieux mixtes comme les cinémas, les centres sociaux et les équipements sportifs sont interdits. « À plusieurs reprises on nous a parlé de la recrudescence des mariages traditionnels, “forcés” ou “arrangés”, dès quatorze ou quinze ans. Beaucoup de jeunes filles se plaignent de l’ordre moral imposé par les “grands frères”, peu osent parler des punitions […] qu’on leur inflige en cas de transgression et qui peuvent revêtir les formes les plus brutales […]. Les violences à l’encontre des filles ne sont hélas pas nouvelles, ce qui l’est davantage est qu’elles puissent être commises de plus en plus ouvertement au nom de la religion. »

De « la préservation de la “pudeur” des filles »

Et le rapport fait état de nombreuses critiques tournant autour de la mixité, ou « de la préservation de la “pudeur” des filles ». Des manifestations de nature religieuse perturbent souvent les cours d’éducation physique et sportive, et l’absentéisme ou le rejet de certaines activités sont fréquents, notamment en piscine et en plein air. Un nombre croissant d’élèves refusent de porter les tenues sportives réglementaires qu’ils remplacent, chez les filles mais aussi chez les garçons, par d’autres vêtements qui dissimulent le plus possible les formes de leur corps. « Certains comportements révèlent les conceptions obsessionnelles de la pureté de certains prescripteurs, comme le refus de se baigner dans “l’eau des filles” ou dans celle des “non musulmans”. » 

Cette situation, nous ne voulons pas la voir non plus. Au nom du droit à la différence, on répondra qu’il faut cesser de toujours stigmatiser les musulmans (lorsqu’il s’agit de musulmans, pointer un problème revient toujours à stigmatiser), que c’est culturel, que ce sont leurs traditions, et que ce n’est pas en revenant à chaque fois sur ce genre d’incident que l’on fera avancer les choses. Cette attitude est également adoptée par les autorités politiques, de haut en bas. Quand des parents, inquiets de voir leur enfant changer de comportement, d’habitudes vestimentaires (le voile pour les filles), contester l’école, adopter un langage religieux radical, alertent les autorités, celles-ci, jusqu’à présent, justifient leur refus d’intervenir parce qu’il s’agit là d’une conduite relevant du religieux, que cela participe de la sphère privée, et qu’elles n’ont pas vocation à juger du degré de religiosité des adolescents.

Paresse ? Lâcheté ? Un mélange des deux ? Quoi qu’il en soit, cette démission a contribué, au moins partiellement, à la rupture de ces jeunes avec leurs familles et à leur dérive sectaire.

Retrouvez André Versaille sur son blog, Les musulmans ne sont pas des bébés phoques

Les territoires perdus de la République

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Brexit: In bed with Jacob Rees-Mogg

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Jacob Rees-Mogg à la tribune du Congrès du Parti conservateur, Manchester. Sipa. Numéro de reportage : Shutterstock40603267_000068.

Depuis le Brexit, les yeux des continentaux se sont à nouveaux tournés vers l’indomptable Albion, et on attend. Beaucoup attendent que les britanniques se prennent les pieds dans le tapis de leur arrogance : les élections législatives de juin dernier ont donné à ces marchands du temple, une partielle satisfaction, les conservateurs ayant dû subir un échec tout relatif, notamment dû à l’incapacité pour Theresa May de revêtir les habits trop grands de Madame Thatcher. D ‘où l’importance de ces 4 jours de grand-messe Tory, censés réunifier le parti alors que les tensions se font sentir et que la légitimité de Mme May semble se fondre dans le fog anglais.

Jacob le prêcheur

Malgré un important dispositif sécuritaire encadrant les différentes conférences prévues, les passants sont invités à venir écouter Jacob, comme les paroissiens d’une église s’attroupent autour du prêcheur, par un regain d’espoir. Devant l’entrée, quelques opposants, revêtus du drapeau européen, mais qui font pâle figure à côté des fringants jeunes militants conservateurs, qui ont sortis pour l’occasion, leur plus beau costume de chez Marks & Spencer.

En ce 2 octobre, ce que les conservateurs venus des quatre coins du pays attendent, c’est la sensation du moment : Jacob Rees-Mogg, le trublion député du Somerset. Pour le peuple de droite français, Jacob représente un ovni politique, un potentiel modèle de courage que l’on regarde cependant avec les yeux suspicieux du cynique gaulois envers ces fourbes de Grand-bretons. Ses prises de position anti-avortement notamment, sont devenues virales ces dernières semaines dans le milieu de la réinfosphère française, laquelle aime souvent s’attacher à des figures héroïques correspondant à ses critères mythiques : catholique, père de 7 enfants, résolument conservateur mais aussi farouchement libéral, son profile semble s’inscrire parfaitement dans les aspirations actuelles de cette fameuse droite « hors les murs » qui échoua à se réunifier à Béziers l’an dernier mais ne désespère pas de trouver un entrepreneur à sa hauteur pour rebâtir la maison France.

Si tu ne peux combattre tes opposants…

L’excitation est palpable alors que je pénètre dans le grand hall de l’imposante mairie de Manchester, réquisitionnée pour l’occasion.  Jacob Rees-Mog monte sur scène sous un tonnerre d’acclamations. Une mise en scène qui détonne non seulement avec l’humilité toute aristocratique du personnage, mais encore avec la solennité d’une pièce néo-gothique à la gloire de l’histoire de la ville, d’ailleurs ravagée par l’ère post-industrielle. Les conservateurs sont déjà débout. Même ceux ayant voté le Traité de Maastricht en 1992. Là est tout le pragmatisme des britanniques : si tu ne peux combattre tes opposants politiques, embrasse leur cause et devient leur leader.  Une leçon qu’un Ukip déserté par Nigel Farage est déjà en train d’apprendre.

Jacob a à peine entamé ses premiers mots de remerciements que, déjà, des agitateurs anti-tories sortent leur pancarte : « Tories out ! ». Pour l’observateur étranger – et je dois sûrement être la seule dans la salle – la scène est revigorante. Cette capacité qu’ont les anglais à assumer la violence des oppositions dans une attitude toute chevaleresque et courtoise est délicieuse. On ne fait pas semblant de chercher le consensus mou cher aux eurocrates de Bruxelles ou à nos marcheurs qui « pensent Printemps » ; on ne prétend pas gommer les antagonismes via le langage politiquement correct ; non, les ennemis se font face et aucun d’entre eux ne baisse les yeux. Mais tout est fait avec une élégance propre aux gentlemen. Tandis que le début de son intervention est retardé par ces impromptus activistes, Jacob prendra le temps de discuter avec eux. Et même, plus tard dans son discours, de remercier les électeurs travaillistes ayant voté en faveur du Brexit. Savoureuse démocratie anglaise, où les choses sont dites avec fermeté et sarcasme, mais toujours avec politesse.

Vive le Brexit… et la mondialisation !

Les autres intervenants sont tous, en dehors du politicien rebelle, des économistes de renom venus vanter les bienfaits du Brexit, et ce, au nom du libéralisme. C’est en effet le fil rouge de ce colloque d’une heure et demi : l’Union européenne, carcan de régulation, a mis un frein au libre-échange britannique. Jacob Rees-Mogg l’affirmera ensuite : la régulation excessive profite aux grandes entreprises en leur assurant un monopole. Le premier intervenant déclare, quant à lui, que le Royaume-Uni doit profiter du Brexit pour redevenir le champion de la mondialisation, le mouvement de libéralisation mondiale ayant été brutalement freiné par les règles européennes.

Et c’est sans doute ici que l’eurosceptique français est le plus remis en question. Les Britanniques ont voulu quitter l’UE, certes, pour retrouver leur souveraineté ; mais celle-ci ne s’épanouit vraiment que si elle permet à l’île d’étendre son empire, puisque tel a toujours été le destin de ce peuple de marchands. Non pas qu’ils se désintéressent de leur identité, bien au contraire. Mais le libéralisme EST leur identité. Ils l’ont façonné et élevé au rang d’un mode de vie tout aussi crucial que le thé de 5h.

Thatcher not dead

Aussi peut-il être perturbant pour un conservateur français, souvent teinté de colbertisme, d’assister à une conférence sur le Brexit où l’économisme règne en maître et où la main-invisible semble planer au-dessus des têtes de l’auditoire.

Ainsi le résumera Jacob Rees-Mogg dans son intervention. Au travers du Brexit, les Britanniques devront être généreux, fermes et conservateurs. Généreux en assurant la sécurité de leurs voisins ; fermes dans les négociations car, chacun l’a bien compris, l’Union européenne a plus a perdre, dans cette histoire, que le Royaume-Uni ; et conservateurs dans leurs valeurs : la démocratie, la liberté, l’autonomie. Si Margaret avait été présente, elle aurait pu elle-même conclure : « Connaissez-vous Bastiat ? »

Virgile le fondateur

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xavier darcos virgile
Virgile. Wikipedia;

Si le latin, tour à tour langue des administrations et des armées impériales, des érudits et des ecclésiastiques (jusqu’en 1962, avec quelques îlots de résistance), des lettrés d’hier (Montherlant) ou d’aujourd’hui (Matzneff, Oberlé, Féquant), peut à juste titre être qualifié d’idiome sacré de l’Europe, Virgile est bien l’un de ses principaux prophètes.

Avec Virgile, notre vigie, un essai appelé à devenir classique, Xavier Darcos, de l’Académie française, le rappelle avec brio, lui qui cite le Poète, dans l’Enéide, Antiquam inquirite matrem – recherchez la mère ancienne. Cette antiqua mater, c’est la langue de César et de Cicéron, de Tacite et d’Ovide, de Virgile enfin, qui « rédige le poème de Rome et de la latinité tout entière, la Rome d’Auguste et de toujours, la reine de l’Occident qui survit à ses dieux païens ».

Fidespietasmaiestasgravitasvirtus

A lire ces lignes, ami lecteur, je devine ton discret soupir : encore un essai scrogneugneu sur l’héritage antique, qu’il faudrait admirer par décret, suivi de l’inévitable lamentation sur le déclin de nos tempora et de nos mores, et caetera. Eh bien pas du tout ! Servi par un enthousiasme qui le rend parfois injuste à l’égard d’Homère, Xavier Darcos, sans nostalgie aucune, dépoussière le Poète de Mantoue. En ce sens, il s’inscrit dans la lignée des Carcopino, Boyancé, Grimal – la fine fleur de l’humanisme français. Surtout, il propose à notre admiration un immense poète, vigie au milieu du chaos, celui du Ier siècle A.C. avec ses guerres civiles et ses conjurations, comme celui de notre société « rapiécée et vaporisée ». Car Virgile a vécu la fin d’un monde, celui d’une République sénescente et vermoulue et l’avènement d’un nouveau régime, l’Imperium d’Auguste, que Darcos définit justement comme une révolution conservatrice. Proche du Princeps Octave, futur Auguste, le frugal Virgile sert le nouveau régime sans servilité aucune, par reconnaissance pour un chef d’état qui rétablit la paix et fait de Rome la capitale du monde civilisé. L’ancien provincial, resté si proche de ses racines paysannes, chante l’ordo saeculorum magnus, ce grand agencement des siècles où règne la concorde et qui bannit, un temps, les passions destructrices.

Exhorté par le Souverain, Virgile compose l’Enéide, la chanson de geste romaine par excellence, l’épopée qui, depuis sa divulgation il y a vingt siècles et son phénoménal succès, a connu une nouvelle traduction tous les sept ans, comme par un sortilège de l’antique magie. L’aventure d’Enée le Troyen y rejoint celle d’Auguste le Romain ; deux hommes providentiels y incarnent les vertus de la race romaine – piété filiale, sens du sacré, courage physique et moral, sentiment du devoir et acceptation du destin. Darcos a mille fois raison de définir Enée comme un héros moderne, affranchi de tout sauf de ses devoirs dictés par la providence (Dieu ou les Dieux), mais aussi comme un « remède mental », car, depuis toujours, Virgile a fasciné l’Occident, de Dante à Hugo, de Broch à Valéry. Ce remède, décliné par Virgile et appliqué par Auguste, tient en quelques principes sains : fides, pietas, maiestas, gravitas, virtus… Nul besoin de dictionnaire pour comprendre que nous nous trouvons là aux antipodes de notre bel aujourd’hui. Raison de plus pour partir sur les traces du poète qui chanta la réconciliation entre les citoyens et leur prince, entre les hommes et le monde, entre les humains et les Dieux.

Xavier Darcos, Virgile, notre vigie, Fayard, 2017.

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Mes haïkus visuels: Cioran, Proust, Hamilton, etc.

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