Accueil Site Page 1768

Féminisme: Molière avait vu juste!

0

Une réplique de Tartuffe présente d’étonnantes coïncidences avec l’actualité du féminisme. Un peu comme si Molière avait anticipé la tribune que Catherine Deneuve, Peggy Sastre, Catherine Millet et toutes les autres ont publié dans Le Monde. D’une bigoterie l’autre, nous sommes passés des faux dévots aux ligues de vertu féministes. Qu’Emmanuel Lévy, qui nous a fait découvrir ce parallèle éclatant, soit remercié. 


(Tartuffe : Acte IV, scène 3)
Elmire

Est-ce qu’au simple aveu d’un amoureux transport,

Il faut que notre honneur se gendarme si fort ?
Et ne peut-on répondre à tout ce qui le touche
Que le feu dans les yeux, et l’injure à la bouche ?
Pour moi, de tels propos je me ris simplement ;
Et l’éclat, là-dessus, ne me plaît nullement.
J’aime qu’avec douceur nous nous montrions sages ;
1330 Et ne suis point du tout pour ces prudes sauvages
Dont l’honneur est armé de griffes et de dents,
Et veut au moindre mot dévisager les gens.
Me préserve le ciel d’une telle sagesse !
Je veux une vertu qui ne soit point diablesse,
1335 Et crois que d’un refus la discrète froideur
N’en est pas moins puissante à rebuter un cœur.

Le Tartuffe: Nouvelle édition avec cahier photos

Price: ---

0 used & new available from

Dolce & Gabbana : excès homos ?

Il y a deux ans, dans une interview à l’hebdo Panorama, Domenico Dolce et Stefano Gabbana, le célèbre duo gay italien à la tête de D&G, avaient affirmé que « la seule famille est la famille traditionnelle » et que chaque enfant a donc droit à un père et une mère. À la suite de ces déclarations, Elton John avait appelé au boycott de Dolce et Gabbana et certains sites italiens de défense des homosexuels avaient traité les deux couturiers d’affreux réacs.

« Je ne veux pas être identifié comme gay parce que tout d’abord je suis un homme »

Mi-novembre, dans le Corriere della Sera, Gabbana a délibérément aggravé son cas en déclarant la guerre au communautairement correct. « Je ne veux pas être identifié comme gay parce que tout d’abord je suis un homme. C’est incroyable qu’aujourd’hui on continue à employer ce terme : biologiquement, je suis un mâle. C’est la même chose pour une femme : elle est une femme, tout d’abord, point barre. Le mot “gay” a été inventé par ceux qui ont besoin de donner des étiquettes et moi je ne veux pas être identifié sur la base de mes choix sexuels », explique-t-il. Ensuite, le styliste pointe du doigt la tendance à l’autoghettoïsation de certains homosexuels : « Faire des classifications crée seulement des problèmes : cinéma gay, club gay, culture gay… Mais de quoi parle-t-on ? Le cinéma, les livres et la culture appartiennent à tous. »

Mais l’attaque la plus violente de l’hérétique vise nommément le « lobby gay », qui est selon lui « très puissant », et les nombreuses associations LGBT qui érigent les minorités sexuelles en espèces menacées à protéger : « Moi, je ne veux pas être protégé, parce que je n’ai rien fait de mal. Je suis simplement un homme ». Gay.it, le site italien de référence, a aussitôt accusé Gabbana d’avoir « détruit plus d’un demi-siècle de batailles orgueilleusement LGBT avec ses déclarations. On attend avec impatience le procès en homophobie…

Sélection à l’université: les sous-doués à la fac


Au lieu de lutter contre l’affaiblissement des savoirs et le dépérissement de l’université, le gouvernement Philippe, comme les précédents, refuse de s’attaquer au totem de la sélection à l’université.


Au début des années 1960 seulement 10 % d’une génération atteignait la classe de terminale et pouvait envisager l’accès à un cycle universitaire, que les deux tiers des étudiants abandonnaient avant même l’obtention de leur licence. Mais dans une France d’après-guerre baignée dans l’insouciance des Trente Glorieuses, il n’y avait guère que le général de Gaulle pour s’en émouvoir au sommet de l’État. C’est ainsi qu’il confia à Alain Peyrefitte la délicate mission de traiter les problématiques essentielles d’orientation et de sélection ; autrement dit, de mettre en application le credo de Paul Langevin à la sortie de la Libération : assurer par l’école « la promotion de tous et la sélection des meilleurs ».

A lire aussi: Education: tu es né prolo et tu resteras prolo

Les événements de Mai 68 eurent raison du pragmatisme visionnaire du Général et ouvrirent la voie à plusieurs décennies d’errances politiques, dont le funeste système APB de Vallaud-Belkacem et la cocasse université-pour-tous-oui-si du gouvernement Philippe sont les derniers soubresauts en date.

Autodéconstructions

On doit à Jean-Pierre Chevènement en 1985 le lénifiant objectif de « 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat en l’an 2000 ». De la loi Jospin de 1989 à la tentative Fillon de 2005, tous – à droite comme à gauche – ont contribué à la réalisation de ce si louable dessein, enivrés des relents égalitaristes de la pensée postmoderne et activement aiguillonnés par la technostructure européenne. Pour y parvenir, on a labellisé des examens techniques et professionnels « baccalauréat », on a significativement abaissé le niveau de l’enseignement primaire et secondaire, on a soutenu avec ferveur le principe d’un collège unique. Dans le même temps, on a pris grand soin de vider l’examen terminal de toute substance afin d’en assurer la péréquation aux « compétences » réelles des élèves. De toute manière, la dictée était culturellement discriminatoire et la dissertation n’était plus en phase avec l’« immédiateté informationnelle du savoir numérique ». L’usage de méthodes mathématiques avancées en sciences physiques ou l’analyse critique de corpus historiques étaient au mieux superfétatoires, au pire déstabilisants pour les pédagogistes ; les QCM sur l’oxydoréduction au bac S et l’analyse des photographies mises en ligne des Noëls solidaires des Obama sur iPad rétabliront le subtil équilibre qu’il convient d’assurer entre la médiocrité de l’examen et celui de ses candidats.

Université: la promotion d’aucuns au détriment des meilleurs

Le redoublement n’existe presque pas en classes préparatoires aux grandes écoles et rares sont ceux qui abandonnent ; à l’autre extrémité du spectre, « une fois entrés à l’université, sur neuf étudiants, en moyenne, trois seulement réussissent à passer en deuxième année », de l’aveu même de notre actuelle ministre de l’Enseignement supérieur. Autrement dit, depuis le général de Gaulle, rien n’a changé : l’absence de sélection produit ironiquement les mêmes effets qu’il y a un demi-siècle. À ceci près que les étudiants d’antan étaient dix fois moins nombreux que ceux qui hantent aujourd’hui les amphithéâtres de nos universités inclusives. La dernière tentative réelle de traitement de la question essentielle de la sélection universitaire date de trente ans. Portée par le ministre Devaquet sous le deuxième gouvernement Chirac de 1986, elle fut balayée par les manifestations étudiantes et marquée du sceau de l’infamie liée au drame de la mort de Malik Oussekine.

Car ce que proposent Emmanuel Macron et son gouvernement n’a que peu à voir avec une sélection ; il s’agit pour l’essentiel de principes de gestion administrative de bon aloi. En lieu et place du grand-guignolesque système de tirage au sort institutionnalisé lors de la précédente mandature, les universités pourront désormais – pour les filières « en tension » (sport, psychologie, sociologie…) – constituer des listes d’attente ou répondre par un « oui, si » exigeant une mise à niveau de la part de l’étudiant. Pour le reste des cursus, l’étudiant restera souverain. Macron ne vainc pas l’opposition étudiante, là où de Gaulle et Chirac ont échoué, il l’anesthésie en gesticulant beaucoup, mais en ne faisant rien.

Le mal du Grand Déclassement

Si la démocratisation de l’accès aux études supérieures qui a suivi la Seconde Guerre mondiale a permis un accroissement tangible des savoirs et des compétences de toute une génération, qui a en outre pu bénéficier de l’aubaine historique d’une hausse rapide de la demande en profils professionnels qualifiés, on constate depuis plus de deux décennies une tendance inverse : le niveau réel moyen baissant dans un contexte de pénurie d’emplois et de chômage structurel. L’Université se meurt, faute de moyens et de prestige ; les correcteurs à qui l’on intime la complaisance au baccalauréat sont les complices de ce désastre ; les professeurs qui tolèrent, voire encouragent, l’abandon de l’exigence requise par l’apprentissage par cœur de connaissances fondamentales ou par la lecture de grands classiques littéraires sont les fossoyeurs du sens profond de l’égalitarisme républicain. Ce dernier requiert effort et mérite, là où le socialisme ingénu réclame quotas, aplanissement de toute contrainte et régimes d’exception.

A lire aussi: La crise de l’Université est une crise des lycées

À la seule évocation du concept honni de « sélection », les syndicats étudiants et lycéens de gauche, UNEF en tête, ont réagi en parfaite cohérence avec le conditionnement pavlovien qu’on leur connaît : en appelant la jeunesse de France à descendre dans la rue et en continuant d’exiger « des places supplémentaires dans les filières trop demandées » (sic). Peu leur chaut que les financements publics manquent ou que les débouchés de ces filières si prisées conduisent les rescapés de l’échec massif au cours des premières années universitaires à occuper bien souvent des emplois sous-qualifiés au regard de la valeur faciale de leurs diplômes. Lorsque les beaux jours du printemps reviendront, on attribuera le sentiment de déclassement induit à un marché de l’emploi discriminatoire pour les moins favorisés et l’on ira battre le pavé pour dénoncer l’iniquité du système.

Notre-Dame-des-Landes: « Le contribuable va devoir payer l’équivalent de trois aéroports »

0

Président PS du conseil départemental de Loire-Atlantique, à la tête du Syndicat mixte aéroportuaire du Grand Ouest qui regroupe les collectivités locales concernées Notre-Dame-des-Landes, Philippe Grosvalet déplore l’abandon de ce projet par l’Etat. Entretien. 


Daoud Boughezala. Le gouvernement vient d’annoncer l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. En parallèle, afin de préserver l’agglomération nantaise et son environnement, l’aéroport de Nantes-Atlantique ne sera vraisemblablement pas agrandi. Dans votre campagne en faveur du projet Notre-Dame-des-Landes, pourquoi n’avez-vous pas mis en avant l’absence d’alternative ?

Philippe Grosvalet. Nous n’avons cessé d’alerter sur cette impasse depuis que le rapport orienté des « experts » a été rendu public à la mi-décembre. Dès que nous en avons pris connaissance, nous avons adressé un courrier au président de la République pour lui dire que ce rapport était truffé d’erreurs et pouvait fausser son jugement, quitte à le conduire dans une impasse.

Nous avons notamment soulevé neuf points qui n’étaient pas précisés dans le rapport et qu’il fallait impérativement prendre en compte. Parmi ceux-ci figuraient, par exemple, les procédures de réaménagement de l’aéroport de Nantes-Atlantique décrites sur 7 pages du rapport pour une durée annoncée de 2 ans… Comment croire que ce qui a mis 15 ans à Notre-Dame-des-Landes, avec moins d’un millier d’habitants impactés (sic), pourrait se faire en seulement 2 ans sur un site où 70 000 personnes sont touchées ? C’est d’une grande malhonnêteté intellectuelle.

Cette manipulation est valable sur tous les autres points que nous avons soulevés, à commencer par l’évolution des trafics, complètement minorée dans ce fameux rapport, ainsi que par les coûts publics, qui n’ont pas été chiffrés pour le réaménagement de Nantes-Atlantique.

La vérité est qu’il n’y a malheureusement pas de plan B. Pas pour les habitants survolés, ni pour le développement de notre territoire.

Le Syndicat mixte aéroportuaire du Grand Ouest (SMA) que vous présidez n’incluait pas de communes vendéennes, pourtant concernées par le projet d’aéroport. De même, les Vendéens n’avaient pas été consultés lors du référendum sur Notre-Dame-des-Landes. Avez-vous craint que vos voisins rejettent une initiative que vous soutenez de longue date ?

De même que c’est l’Etat qui porte la déclaration d’utilité publique, et donc la maîtrise d’ouvrage, pour le site de Notre-Dame-des-Landes, c’est l’Etat qui a décidé du périmètre de consultation pour le référendum de juin 2016 qu’il a choisi de maintenir sur le périmètre de la DUP. Nous n’avions pas notre mot à dire. D’ailleurs, nous ne voulions pas de cette consultation !

Malgré tout, le périmètre retenu me semble tout à fait logique : la Loire-Atlantique est le département concerné par les impacts. Bruit, nuisances, emplois, développement économique, biodiversité, ressources, foncier : tout est concentré en Loire-Atlantique.

Les habitants ont ainsi voté en masse, plus que pour les élections locales. Et leur message a été clair : un « oui » massif en faveur du transfert. Ne pas tenir compte d’un vote majoritaire, dans une démocratie, c’est grave. Et dangereux…

Il va falloir financer le réaménagement de Nantes-Atlantique puis son transfert à l’horizon 2040.

Combien coûtera l’abandon de Notre-Dame-des-Landes au contribuable ?

Très cher. Au final, les contribuables vont devoir payer l’équivalent de trois aéroports : il va falloir verser des indemnités au concessionnaire, il va falloir financer le réaménagement de Nantes-Atlantique et il faudra payer pour son transfert à l’horizon 2040. Car les « experts » qui ont poussé le président de la République à prendre une décision aussi désastreuse l’ont écrit dans leur rapport : Nantes-Atlantique ne pourra plus assurer le trafic aéroportuaire d’ici 20 ans.

A lire aussi: Notre-Dame-des-Landes: et si le contribuable n’avait rien à payer?

Indépendamment de toute autre considération (respect des engagements de l’Etat, refus de la ZAD), le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes était-il viable ? 

Les besoins ont été étudiés et clairement définis. En termes de trafics, nous avons dix ans d’avance sur toutes les prévisions : nous sommes déjà à près de 6 millions de passagers par an, quand Notre-Dame-des-Landes devait ouvrir pour 4 millions de passagers en 2017… La différence, c’est que le nouvel aéroport était prévu pour pouvoir évoluer dans le temps et supporter ainsi une augmentation du trafic aérien.

Le défi consistait donc à doter le Grand Ouest d’une infrastructure moderne pour le connecter aux autres grandes régions européennes. Un outil indispensable à notre territoire pour poursuivre son développement économique et garder son dynamisme.

Les habitants vont devoir subir davantage de nuisances

Maintenant que l’Etat a définitivement renoncé à Notre-Dame-des-Landes, avez-vous encore des revendications à faire valoir ? Quelles seraient vos éventuelles compensations ?

Le président de la République a pris une mauvaise décision qui n’aura que des mauvaises conséquences. Mauvaises conséquences pour les habitants, qui vont devoir subir davantage de nuisances, mauvaises conséquences pour notre territoire, stoppé en plein élan, mauvaises conséquences pour la démocratie, puisque cette décision piétine des procédures publiques, 179 décisions de justice et un vote populaire, et mauvaises conséquences pour le président de la République, qui signe là son premier grand reniement en trahissant sa parole et en décidant de ne rien faire. Il n’y a donc que des perdants. Mais ce n’est pas moi qui ai pris cette décision : c’est à l’Etat d’en assumer les mauvaises conséquences.

RETOUR A NOTRE-DAME-DES-LANDES

Price: ---

0 used & new available from

Guerre et pape : François vit-il dans le même monde que nous ?

0

Le 15 janvier, juste avant son départ pour le Chili, le pape François a distribué aux journalistes la photo d’un garçon japonais d’une dizaine d’années, portant dans son dos son petit frère mort en attendant que les agents du service funéraire prennent le corps pour la crémation. Nagasaki, 1945.

La pape a accompagné la photo d’un commentaire : « le fruit de la guerre ». Ceci s’inscrivant dans le cadre des démarches du Saint Siège pour, je cite, « éliminer les armements nucléaires » et plus généralement promouvoir un « désarmement intégral ».

L’attitude de François n’a rien de surprenant : il est le vicaire du Christ, à qui les Évangiles attribuent la phrase « si on te frappe sur une joue, tend l’autre ». Elle appelle tout de même quelques remarques et quelques réflexions, certaines purement stratégiques, d’autres plus philosophiques.

Colères légitimes et révoltes nécessaires

A ma connaissance, personne aujourd’hui ne sait qui sont ces deux enfants, ce qu’a été leur vie avant le bombardement, ni ce qu’a été ensuite celle du survivant. Il me semble néanmoins raisonnable d’affirmer que le profond courage et l’infinie dignité du grand frère viennent d’une culture qui a accepté la possibilité de la guerre et s’y est préparée, d’une éducation totalement imprégnée de ce qui a fait la grandeur des samouraïs, guerriers s’il en est, depuis que Susano-ô composa le poème des Huit Nuages.

A lire aussi: Le pape n’est pas de gauche, il est le pape

Bien sûr, la même époque a vu des militaires japonais commettre des crimes atroces, comme les massacres de Nankin. Rappelons que ces abominations étaient contraires à l’éthique des samouraïs, le respect de l’ennemi vaincu faisant partie intégrante du bushido. Rien dans les écrits de Takeda Shingen ou Yagyû Munenori ne permet de penser qu’ils auraient approuvé de telles horreurs. De plus, la prise de conscience de ces crimes de guerre a amené un sincère travail d’introspection et d’autocritique des tenants de la « Voie du Guerrier », le plus connu chez nous étant sans doute celui de Morihei Ueshiba.

Quoi qu’il en soit, il y a des colères légitimes et des révoltes nécessaires, mais toutes ne le sont pas, et à l’heure de la concurrence victimaire et de la multiplication des revendications tour à tour pleurnichardes et rageuses, l’attitude de cet enfant est une leçon pour nous tous.

C’est la guerre qui a abattu Hitler

Si dur que ce soit de le constater – et ce n’est pas d’un cœur léger que je l’écris en regardant une telle photo – la guerre a aussi eu d’autres fruits, notamment la chute du régime nazi (je parle bien de la guerre, pas de l’arme nucléaire). Des enfants sont morts aussi du fait de l’emploi d’armes conventionnelles, et si je ne me sens pas le droit moral de donner une réponse j’ai néanmoins le devoir de poser la question : la chute du régime hitlérien et la libération des prisonniers d’Auschwitz valait-elle la mort des enfants tués dans les bombardements de Berlin, Hambourg, Dresde ? Aurait-il fallu abandonner les enfants déportés dans les camps pour préserver les enfants vivant dans les villes allemandes ? Ils étaient tous des enfants, ils étaient tous aussi innocents les uns que les autres des crimes et des folies des adultes.

Dans un monde idéal la question ne se poserait pas, les gentils disposeraient toujours d’un moyen de vaincre les méchants et en même temps de protéger tous les enfants, quel que soit le camp de leurs parents. Mais c’est dans le monde réel que nous vivons, et dans ce monde il n’est pas toujours possible de trouver une solution satisfaisante et, pour difficiles qu’ils soient, certains choix doivent être faits.

A lire aussi: François, le pape qui ne savait plus être pape

Loin de la sécurité éthérée de nos constructions intellectuelles, tendre l’autre joue conduit parfois à laisser passivement massacrer des enfants, alors que saisir fermement son katana donne une chance de les protéger.

Si le Japon avait aussi disposé de l’arme nucléaire à cette époque, les États-Unis n’auraient jamais pris le risque d’utiliser cet armement contre Hiroshima et Nagasaki, de crainte de s’attirer une riposte de même nature. Mais, bien évidemment, si le Japon en avait disposé, rien ne dit que certains jusqu’au-boutistes n’auraient pas choisi l’apocalypse plutôt que la défaite.

L’équilibre, jusqu’à quand ?

Et c’est là tout l’enjeu. L’humanité ne peut pas oublier ce qu’elle a découvert. Que les Etats renoncent tous à l’arme nucléaire donnera-t-il une garantie suffisante qu’aucun groupe fanatique ou nihiliste n’en dispose jamais ? Et si cela arrivait, vaudrait-il mieux que nous possédions nous aussi cette arme, ou que nous y ayons renoncé ? La France a souvent commis l’erreur de faire de la dissuasion nucléaire l’alpha et l’oméga de sa réflexion stratégique, oubliant que, dans la presque totalité des conflits, l’arme nucléaire est soit inutile, soit insuffisante. Mais l’hypothèse où nous serions confrontés à un ennemi nous menaçant avec cette arme, pour improbable qu’elle soit, n’est pas impossible. Se pose donc une question cruciale : quelle réponse efficace et crédible envisager face à une menace nucléaire à part la dissuasion nucléaire ?

Dans un monde idéal, la totalité des armes nucléaires serait donnée à l’ONU, qui n’aurait le droit de les utiliser qu’en ultime recours pour empêcher quiconque d’en produire ou d’en acquérir d’autres – ou des armes présentant le même niveau de dangerosité globale.

Dans le monde réel, qui peut sérieusement vouloir confier la puissance ultime à une institution connue pour ses gesticulations, ses protestations sans effet, et capable de faire siéger l’Arabie Saoudite dans la Commission de la condition de la femme et de lui confier la présidence du Conseil des droits de l’homme ?

Le devoir du monde réel

Il est profondément lâche, cynique et dangereux de renoncer à améliorer les choses sous prétexte de réalisme. Il est peut-être moins cynique, mais tout aussi lâche et dangereux, de refuser de voir la réalité, et immensément égoïste de s’accrocher aux beaux principes d’un monde idéal sans se soucier de ceux qui en subissent ou en subiront les conséquences dans le monde réel.

Le « désarmement intégral » que prône François a été une réalité, il y a bien longtemps. L’humanité a connu un âge sans armes, et il n’a pas fallu longtemps à nos ancêtres pour ramasser des pierres et des gourdins pour s’entre-tuer. La non-violence est un idéal vers lequel tendre, mais nous ne pouvons y parvenir qu’en distinguant soigneusement la violence de l’emploi de la force. Refuser en toute circonstance le recours à la force, c’est tôt ou tard encourager la violence de nos ennemis, et trahir ce et ceux que nous avons la responsabilité de protéger. Mais nous abandonner à la violence lorsque la force est nécessaire, c’est rendre notre éventuelle victoire inacceptable pour nos ennemis, qui dès lors se résigneront peut-être à la défaite, mais ne désireront pas la paix.

Avoir conscience de la violence et de l’obscurité qui sont en nous et les maîtriser est nécessaire, mais ne nous dispense pas de lutter lorsque d’autres y succombent. Vaincre sans combattre, aboutissement des disciplines martiales, n’est envisageable qu’après un long entraînement. Mieux vaut donc nous préparer moralement et techniquement à un emploi éthique et régulé des armes, sans tomber dans la surenchère d’une course à l’armement aveugle, que prôner l’impuissance choisie d’un « désarmement intégral », même s’il est accompagné d’un objectif de « développement intégral ».

Car les guerres ne sont pas uniquement causées par des injustices, et les nations prospères ne sont pas forcément pacifiques.

La politique n’est pas chrétienne

La justice sociale et le respect mutuel sont nécessaires à toute paix durable, entre individus et entre états. La pauvreté et le mépris conduisent à la révolte, et rendent bien séduisants les discours des semeurs de haine – ceux qui affichent à longueur de temps leur mépris pour la civilisation européenne feraient d’ailleurs bien de s’en souvenir. N’est-ce pas François ? Et ceux qui condamnent sans sourciller leurs semblables à la misère par intérêt ou par indifférence feraient bien de s’en souvenir aussi…

Mais ni la justice ni le respect ne suffisent à la paix, hélas. Nous pouvons et nous devons y œuvrer sans relâche, et nos efforts porteront des fruits qui en valent largement la peine. Mais nous ne devons pas escompter aboutir à un monde débarrassé à jamais de la violence et du mal. Cela relève peut-être du Christ et d’Amaterasu, mais certainement pas de la politique, de la stratégie ou de la diplomatie des seuls mortels. Pour nous, la dissuasion est une composante indispensable de la paix, et cette dissuasion n’est crédible et donc efficace que si nous savons ne pas faire usage de la force, mais aussi en faire usage – ce qui suppose de disposer des armes nécessaires.

Plutôt le bushido que l’impuissance volontaire

Gardons toujours présente à l’esprit la différence entre un samouraï et une brute, ou en termes européens entre la chevalerie et la sauvagerie, entre Athéna et Arès, et choisissons plutôt le bushido que le refus d’agir.

J’ai moi aussi été transporté par ce film magnifique qu’est Les heures sombres et je ne résiste pas à l’opportunité qu’il me donne. Il est heureux qu’à une certaine époque Churchill ait choisi d’appliquer les principes des samouraïs, et de préférer que son pays et son peuple combattent jusqu’à la mort plutôt que de se soumettre. S’il avait tendu l’autre joue, ce sont sûrement de bien sinistres drapeaux qui flotteraient aujourd’hui sur Westminster… et sur le Vatican.

A lire aussi: Le Churchill « patriotique » que Le Monde et Télérama n’ont pas aimé

Politique et société

Price: ---

0 used & new available from

Médias: pour un droit universel à la relecture des interviews

0

Patrick Jankielewicz, rédacteur en chef de La Voix du Nord, annonce dans son éditorial du lundi 15 janvier, la décision du journal : ne plus permettre aux hommes politiques de relire leurs interviews avant publication.

Le refus de participer à un « plan de com »

Cette décision peut se comprendre quand on lit les justifications de Patrick Jankielewicz :

Jusque-là, comme la quasi-totalité de nos confrères, nous acceptions cette relecture sous prétexte que la parole d’un ministre a quasiment force de loi. Mais si certains des interviewés jouent le jeu en corrigeant à la marge des aspects techniques, la relecture est devenue un exercice de réécriture pour la plupart. Dernièrement, on nous a renvoyé un texte totalement ‘caviardé’, coupant des réponses qui avaient été faites et ajoutant des questions qui n’avaient pas été posées!

Révisés par des professionnels de la communication, les entretiens n’ont plus rien de naturel et deviennent aussi calculés que des discours préécrits. On ne saurait défendre cette pratique devenue apparemment courante.

Mais quand on lit que ce traficotage a posteriori a pour principal défaut de produire des propos « aseptisés », difficile de ne pas penser que notre personnel politique n’a pas besoin de cela. Il est très bien formé, déjà, à débiter des discours vides et plats, y compris en direct sur les plateaux de télévision. On ne peut pas dire que l’oral de nos hommes politiques soit tellement plus naturel et spontané que leurs entretiens écrits et scrupuleusement relus !

Alors, si l’on peut comprendre l’agacement de Patrick Jankielewicz, on peut aussi se demander si cette suppression de l’autorisation de relecture ne manifeste pas, de la part des journalistes, une volonté de reprendre un pouvoir dont ils se voyaient privés : celui de la sélection.

Égalité devant le droit à la relecture

Parce que tout est là : un entretien mené par oral (par opposition aux envois de questions par mail avec spécification du nombre de caractères autorisé) n’a pas vocation à être reproduit mot à mot. Outre la nécessité de nettoyer les phrases qui ont pu, dans le flot de la conversation, être bégayantes, interrompues ou plusieurs fois reformulées (et ce nettoyage implique déjà la possibilité de trahir la pensée de l’autre), l’entretien en version papier impose un calibrage contraignant en termes de place : le nombre de caractères est limité. Le journaliste doit donc effectuer un choix dans ce qui a été dit. Une idée qui nous est chère et que l’on a développée avec rigueur et conviction peut totalement disparaître dans la version finale d’une interview, tandis qu’un passage faiblard ou, à nos yeux, peu significatif, sera maintenu. Sans compter la surprise que l’on peut ressentir en voyant quelle citation a été retenue en titre de l’article !

Intervenant sur France Info mardi 16 dans la matinée (voir à 10h44) pour commenter la décision de la Voix du Nord, Patrick Jankielewicz signale que la pratique du caviardage d’interviews est propre aux « personnalités politiques d’envergure nationale », qui « l’imposent » (par une espèce de chantage puisque l’acceptation de l’entretien est soumise à cette condition). Les élus locaux ne s’adonnent pas à cela. Refuser la relecture à tout le monde est donc une manière de rétablir une forme d’égalité (même si tout le monde n’est pas formé à l’art de la parole publique). Comme le fait très justement remarquer Jankielewicz: après tout, le garagiste du coin pourrait aussi réclamer le droit de relire ses interviews ! Et moi je dis: pourquoi pas ?

Nous devrions tous avoir le droit de contrôler l’utilisation qui est faite de notre propos. Il ne s’agit pas de réclamer la possibilité de modifier la version écrite de l’interview mais de conserver le droit, en dernier recours, de la valider ou non. Et sa non-validation vaudrait interdiction de parution.

Il est frappant de voir le souvenir que laisse aux gens leur rencontre avec des journalistes. Toujours ou presque, l’impression que leur propos a été déformé par…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux <<<

 

Allemagne: Schulz en sursis, Merkel dans la seringue, Macron sur la touche

0

En obtenant, dimanche 21 janvier, 56% des voix des délégués au congrès extraordinaire du SPD en faveur de la poursuite des négociations pour former un gouvernement avec la CDU/CSU d’Angela Merkel, le leader social-démocrate Martin Schulz a évité le pire. Une défaite aurait signifié pour lui l’éviction immédiate de son poste et le choix d’un nouveau chef pour de nouvelles élections au printemps prochain.

La «coalition des perdants»

Cependant, cette « victoire » n’est réjouissante ni pour l’ancien président du Parlement européen, ni pour Angela Merkel qui se retrouve avec un partenaire affaibli et sommé par sa base d’obtenir, dans la suite des négociations, un infléchissement vers la gauche du pré-accord de gouvernement conclu, fin décembre entre la CDU/CSU et le SPD. Déjà fustigée dans une partie de la presse et de l’opinion comme la « coalition des perdants » des élections législatives de septembre, cette nouvelle version de la grande coalition est maintenant soumise à l’approbation par référendum des 440 000 adhérents du SPD du contrat de gouvernement qui doit maintenant être finalisé. Et l’affaire est loin d’être dans le sac. Les quelque 600 délégués au congrès de Bonn sont pour la plupart des apparatchiks politiques ou syndicaux dont l’avenir personnel dépend de la bonne tenue du parti lors des élections nationales, et surtout régionales ou municipales, qui garantissent des places dans les exécutifs locaux.

La base du SPD penche à gauche

On remarquera, d’ailleurs, que les gros bataillons des opposants au retour au pouvoir avec Merkel proviennent de Länder où le SPD gouverne avec Die Linke et/ou les Verts, comme Berlin, la Thuringe ou Hambourg, ainsi que des Jusos, les jeunes socialistes qui on trouvé un leader charismatique avec Kevin Kühnert, 28 ans. La base du parti, déjà ébranlée par le revirement de Martin Schulz, qui avait exclu avant les élections de gouverner à nouveau comme junior partner de la CDU, risque d’être sensible aux arguments de la gauche du SPD, si Schulz ne parvient pas à donner au programme gouvernemental une coloration plus sociale. Cela concerne la défense du CDI comme règle général du contrat de travail, la fusion de l’assurance maladie, aujourd’hui « à deux vitesses », avec un secteur public et un secteur privé, et la politique d’immigration, jugée trop restrictive par la gauche du SPD. Ce qui a permis à Schulz d’obtenir sa courte majorité, c’est la perspective de nouvelles élections, où les augures créditent son parti d’un score encore plus lamentable que celui de septembre…

Merkel cernée

Ces exigences mettent Angela Merkel dans la seringue : à sa droite la CSU bavaroise qui a d’ores et déjà annoncé qu’il n’était pas question de renégocier les principes établis dans le pré-accord de décembre, et qu’il convenait seulement désormais de le mettre en musique gouvernementale; à sa gauche un Martin Schulz qui va tirer argument de sa faiblesse. « Si vous ne me donnez  pas du sucre pour calmer mes troupes, je ne réponds de rien ! », va-t-il plaider auprès de la chancelière. Une Angela Merkel en fin de parcours, qui commence à être défiée en interne par quelques jeunes ambitieux – comme Jens Spahn, partisan d’un coup de barre à droite du parti pour récupérer les voix parties vers l’AfD – pourra-t-elle imposer le compromis capable d’assurer son maintien au pouvoir ? Ses admirateurs inconditionnels, en Allemagne comme en France en sont persuadés. Mais cela relève de la prophétie autoréalisatrise, qui méconnaît gravement les ressorts de la politique telle qu’elle se pratique au-delà du Rhin.

Macron séduit peu la base sociale-démocrate

On aura remarqué que la question de la relance européenne, enfourchée allègrement par un Martin Schulz croyant utiliser à son profit la popularité en Allemagne d’Emmanuel Macron a fait un flop devant les congressistes de Bonn. Ce sont des « Oh ! Oh ! Ah ! Ah ! » ironiques qui se sont élevés dans les travées des délégués lorsqu’il s’est vanté d’être en liaison téléphonique régulière avec le président français pour le tenir au courant de l’évolution de la situation politique. Du côté de la CDU, on fait savoir à Macron qu’il serait malvenu de faire encore le malin sur les estrades en proposant des idées comme un gouvernement de la zone euro ou la mutualisation de la garantie des emprunts nationaux par l’UE, des idées qui hérissent le poil à la droite de l’échiquier politique.

Les sujets qui ne fâchent pas

C’est pourquoi la célébration du 55ème anniversaire du traité de l’Elysée, qui devait être, dans l’esprit du président français, le départ grandiose d’une relance de l’Europe dans l’harmonie franco-allemande s’est limitée à l’évocation des sujets qui ne fâchent pas,  comme le rappel des grands principes et l’exhortation à la jeunesse de mieux connaître l’autre. Emmanuel Macron devra encore attendre sur le banc de touche qu’une Merkel confortée et sereine l’appelle sur le terrain. Ce qui est loin d’être acquis. Le nouveau gouvernement Merkel IV devrait voir le jour à Pâques, ou à la Trinité, ou pas…

Alain Finkielkraut revient sur Notre-Dame-des-Landes, la GPA et l’agression d’une enseignante à Marseille

0

Chaque dimanche, sur les ondes de RCJ, Alain Finkielkraut commente, face à Élisabeth Lévy, l’actualité de la semaine. Un rythme qui permet, dit-il, de « s’arracher au magma ou flux des humeurs ».


Lire la vidéo

Extension de la laideur de la France


La BnF présente une rétrospective de photos des paysages français des années 1980 à nos jours. Si la visite réserve de belles surprises, on peut regretter que ces images privilégient une vision esthétisante et convenue de notre pays. En évitant soigneusement les sujets sensibles. 


Plus d’un millier de clichés, 167 auteurs, dont beaucoup de noms prestigieux : la Bibliothèque nationale de France (BnF) met les petits plats dans les grands. Les photos présentées traitent non seulement du cadre naturel ou artificialisé (paysage au sens strict), mais aussi des hommes qui y habitent et de la vie sociale qui s’y développe. Il s’agit, selon les organisateurs, de donner au visiteur « les clés pour comprendre les évolutions de la France ». L’exposition réserve au spectateur de nombreuses étapes magnifiques ou passionnantes. Cependant, de salle en salle, on a l’impression que l’accrochage ne fait qu’effleurer les sujets jugés sensibles et livre une vision souvent édulcorée des transformations de notre pays.

Commençons par les réussites indiscutables. Il y a d’abord, en 1983, une initiative de la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (Datar). Ce service interministériel entend fêter dignement son 20e anniversaire. Il lui vient une idée en se souvenant que peu après la crise de 1929, l’administration Roosevelt, dans le cadre du New Deal, avait envoyé des photographes aux quatre coins des États-Unis pour rendre compte des réalités sociales. Certains clichés de Dorothea Lange, Walker Evans ou Arthur Rothstein ont marqué leur époque. C’est dans cet esprit que la Datar décide de financer un programme intitulé : « Photographie de la France de 1983 ». Le temps de mener à bien ce projet, l’année immortalisée est 1984. Dans les décennies suivantes, à l’instar de la Datar, de nombreux ministères et établissements publics se dotent d’un service photographique, financent des commandes ou soutiennent des associations « indépendantes ». C’est ainsi que se sont constitués de riches fonds photographiques paysagers. Ce sont eux qui alimentent l’exposition de la BnF.

La plupart des auteurs sont avant tout des artistes ayant chacun un style, une patte. L’accrochage propose donc en premier lieu des rencontres avec des artistes. Des figures aussi fameuses que Raymond Depardon, Robert Doisneau, Joseph Koudelka, Massimo Vitali ou Gabriele Basilico côtoient des personnalités moins connues du public, mais souvent excellentes. Chacun fait partager un regard personnel sur le monde. Un bon exemple est donné par Michel Houellebecq, qui intervient ici principalement en tant que photographe. Il est représenté par trois paysages ordinaires du centre de la France. Les cadrages, classiques et de petit format, relèvent d’un parti pris de modestie. Il s’agit tout simplement de vues sur des prairies, des vaches, des arbres et une rivière. Tout y est tranquille et d’une parfaite vacuité. Ces photos sont accompagnées d’un court texte, irréfutable et désolant, comme sait en écrire l’auteur des Particules élémentaires. Une vraie gâterie !

La nature plutôt que la ruralité

Les photos de paysages sont, pour une partie d’entre elles, comme c’est prévisible, des vues de la campagne ou des espaces naturels. Les artistes concernés fuient à bon escient la recherche du pittoresque, la carte postale ou la photo touristique aguicheuse. Les clichés présentés sont souvent émouvants par leur capacité à s’attarder sur des paysages très ordinaires auxquels on ne prêterait probablement pas attention en y passant pour de vrai. C’est ainsi qu’en 1987 Pierre de Fenoÿl photographie une petite colline du Tarn. Divisé en microparcelles irrégulières et parsemé d’arbres aux feuillages bien détachés les uns des autres, ce bénin monticule s’avère, à y bien regarder, plein de fantaisie et de poésie.

Tout au long de la période, on trouve des photographes plutôt attirés par la ruralité et d’autres plutôt par la nature. Cependant, on sent bien que, progressivement, le second pôle prend l’avantage. En 1984, Raymond Depardon livre une série de très beaux clichés de sa ferme natale dans la Saône, alors qu’Emmanuelle Blanc, en 2011 et 2012, se focalise sur des vues des massifs du Chablais et du Mont-Blanc. De même, Patrick Messina s’applique à rendre compte des pinèdes et de diverses formations végétales dans la presqu’île de Rhuys (golfe du Morbihan). Regrettons qu’aucun photographe n’ait remarqué l’accroissement continu de la forêt en France (+ 25 % environ sur la période), qui s’inscrit dans une tendance séculaire. Certains départements sont désormais principalement forestiers et couverts de formations spontanées, en grande partie inexploitables et peu pénétrables. Cette progression s’effectue au détriment de l’agriculture, de l’élevage et de la vie rurale. On aurait aimé en trouver quelques traces dans l’exposition.

L’extension de la laideur ordinaire

Il y a cependant un changement majeur du visage de la France que les photographes concernés ne ratent pas. Il s’agit du développement des infrastructures, des grands ensembles, des sites industriels, des centres commerciaux, des rocades, des lotissements, etc. Le sentiment du chaos se conjugue avec la répétition à l’infini de formes dénuées d’intérêt. Ce que l’exposition nous met sous les yeux, souvent avec brio, n’est rien d’autre qu’une extension de la laideur. Les passants paraissent dépossédés des choix qui les concernent. C’est ainsi que Laurent Kronental livre la photo accablante d’un vieil homme perplexe dans les délires de béton de Noisy-le-Grand. De nombreuses vues expriment douloureusement la propension de l’architecture et de l’urbanisme à s’appliquer trop souvent de façon unilatérale sur le territoire et sur les populations. Seuls quelques cas isolés comme Albert Giordan ou Tom Drahos recherchent encore des jouissances modernistes dans les surprises géométriques d’un parking de supermarché désert ou dans la succession des bandes blanches des passages piétons.

Là où les photographes sont les plus convaincants, c’est probablement dans certaines vues paradoxales où des infrastructures inquiétantes côtoient la bonne humeur des habitants. Citons par exemple Jürgen Nefzger. Il montre un inoubliable pêcheur installé au bord de l’eau dans un transat et surveillant ses cannes, juste en face de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine. À côté, le même auteur présente des baigneurs heureux en famille sur la plage jouxtant la centrale de Penly. C’est gai, tranquille et un peu angoissant.

En dépit de tous les talents rassemblés, l’exposition peine cependant à atteindre le but ambitieux de nous permettre d’appréhender les changements de la France. D’abord, il y a des questions de forme. Les cartouches et surtout le catalogue ont tendance à beaucoup emprunter à la novlangue de l’art contemporain. En quoi consiste, par exemple, la proposition de « partir de l’homophonie existant entre lettre et l’être » ? Que faut-il vraiment comprendre par « territoire ductile » et « France liquide », expressions revenant sans arrêt ? On s’étonne aussi de l’enchaînement de certaines photos. Ainsi, au détour d’une cimaise, apparaît une vue des bords du lac Léman. Elle est prise en saison balnéaire par Bertrand Stofleth. À l’arrière-plan, on devine le château de Montreux. La photo s’avère une vue de Villeneuve, commune suisse du canton de Vaud. S’agit-il d’une erreur ou d’un choix dont les raisons sont difficiles à percer ?

Une préférence à l’évitement

Certaines photos paraissent plus relever de la mise en scène artistique que du témoignage. C’est le cas par exemple d’une série de clichés d’Elina Brotherus, où une sorte de mystique chelou en manteau rouge prend d’étranges bains de pieds dans un choix d’étangs. Marion Gambin présente également un curieux couple daté de 2013. Habillés dans un style kitsch inspiré des années 1960, l’homme et la femme sont extatiques l’un et l’autre. Ils font semblant de faire le plein d’essence de leur impeccable voiture dans une station-service parfaitement propre et déserte. Avec cette photo, on entre de plain-pied dans l’irréalité non dénuée de charme de la photographie plasticienne. Mais est-on dans un « paysage français » ?

Les évolutions qui auraient le plus intéressé le visiteur sont sans doute celles qui transforment actuellement certains territoires. Je veux parler, en particulier, de la nouvelle géographie sociale de la France, et notamment celle ayant trait à l’immigration, à la France périphérique, etc. Quelques photographes abordent utilement ce sujet. C’est le cas de Jean Revillard, qui n’a pas son appareil dans sa poche et qui livre la photo grand format d’un habitacle de fortune sous la neige. Cependant, la plupart des photographes concernés donnent le sentiment d’éviter les sujets sensibles. Par exemple, Julien Chapsal consacre une série à « Calais » où il ne montre que dunes et espaces naturels. Les migrants dont il voudrait nous parler, semble-t-il, sont tous hors champ. Le commentaire d’accompagnement précise avec optimisme : « Si l’humain en est absent, les lieux pourtant transpirent de sa présence. »

Cyrille Weiner, quant à lui, présente une photo panoramique des tours de Nanterre en 2008. La personne au premier plan, représentant les habitants de cette commune des Hauts-de-Seine, est un dénommé Roger. Il se promène là, tranquillement, avec un cheval de trait. Il semble heureux de se livrer à une activité agreste non identifiée. Cette magnifique photo, évidemment, n’est pas truquée, et elle nous montre un aspect insoupçonné et bien réel de Nanterre. Mais est-il raisonnable de s’appuyer sur un cliché de ce genre pour penser les évolutions de la France ?

Au total, l’exposition va trop souvent dans le sens de l’évitement. Il en résulte une vision lisse et peu problématisée de notre pays. C’est sans doute dommage. Je dois pourtant reconnaître que malgré cela, et peut-être même à cause de cela, j’ai pris beaucoup de plaisir à me promener dans ces « Paysages français ».

« Paysages français, une aventure photographique, 1984-2017 » à la Bibliothèque nationale de France, à Paris, jusqu’au 4 février 2018. 

Les particules élémentaires

Price: ---

0 used & new available from

Quand Churchill met nos « élites » face à leurs démissions

0

La sortie du film Les Heures sombres consacré au Churchill des mois de mai et juin 1940 a provoqué un peu d’agitation dans le mainstream intellectuel français. Le Monde et Télérama en tête ont pincé le nez devant « ce film raté » et ce « navet hagiographique et patriotique ». Jean-Paul Brighelli, et d’autres avec lui, ont vu dans ces réactions une forme de rejet primaire. Je crois qu’ils ont tort, ceux qui se proclament les élites ont parfaitement vu le danger et analysé la force politique de l’œuvre.

« Nous ne nous rendrons jamais »

Grâce à la VOD (vidéo à la demande), la trêve des confiseurs m’a permis d’éponger un peu mon retard et c’est ainsi que j’ai téléchargé (légalement), Dunkerque, le film de Christopher Nolan sorti au début de l’été dernier. J’étais un peu méfiant à cause des commentaires de mes chers amis les historiens militaires qui sont tous de grands malades. Ça râlait ferme au sein de la secte, à cause de l’absence totale des Français dans le film, qui faisait effectivement l’impasse sur leur résistance qui avait considérablement aidé à l’évacuation des troupes anglaises. Prévention infondée, le film est remarquable, et s’il développe le point de vue anglais au niveau de la troupe, les Français, quoiqu’indirectement, sont présents. Ne serait-ce qu’avec la réplique sublime de l’amiral britannique, joué par le non moins sublime Kenneth Branagh, qui, constatant son devoir accompli avec l’évacuation terminée sur son secteur et malgré la captivité qui l’attend, refuse d’embarquer en disant : « je reste pour les Français ». Ma fibre patriotique étant facile à solliciter, j’étais dans des dispositions particulièrement réceptives, quelques jours plus tard, en allant voir le Churchill de Joe Wright.

On rappellera bien sûr l’ahurissante performance de Gary Oldman capable de nous persuader que c’est bien Churchill qui joue son propre rôle ; la classe de la réalisation, qui mélange avec virtuosité, intimisme familier et solennité ; et la collection de morceaux de bravoure comme autant de friandises, dont le discours « we shall never surrender » aux communes. Qui donne envie de se lever et de chanter. Parce que rosbifs et grenouilles ensembles, nous savons bien que c’est le dernier qui chante qui a raison.

Alors, il ne faut pas bouder son plaisir, et suivre encore une fois l’homme au cigare quand il nous dit qu’il faut avoir des goûts simples et se contenter du meilleur.

Mais ce qu’il faut d’abord retenir de ce film, c’est son étonnante force politique. Au contraire de ce que raconte les commentaires mesquins des organes de la Doxa. Cette œuvre est certes hagiographique et patriotique, mais tout en finesse et contradictions.

Churchill, une leçon politique

La leçon politique est celle qui démontre subtilement pourquoi en juin 1940 la bourgeoisie et les élites françaises ont capitulé et trahi, et comment une partie de l’élite britannique, en résonance avec son peuple a fait le choix inverse, point de départ du chemin qui aboutira à aller, cinq ans plus tard, tuer la bête dans sa tanière.

La majorité au pouvoir en 1940 en Angleterre est celle des conservateurs qui, pour mener la guerre déclenchée par l’invasion allemande de la Pologne en septembre 1939, a maintenu sa confiance à Neville Chamberlain, pourtant l’homme de Munich et de la politique « d’apaisement » avec Hitler. Dans leur grande majorité, les conservateurs se défient de Churchill qui appartient certes à leur monde, mais leur apparaît comme un aventurier et un ivrogne. Ce qu’il est d’ailleurs probablement. C’est donc l’appui des travaillistes qui veulent un cabinet d’union nationale qui lui permet d’être désigné par le roi. Churchill est intronisé le 10 mai 1940, le jour du déclenchement de l’offensive allemande. Au bout de quelques jours, la défaite sur le continent est consommée. Les élites économiques et politiques anglaises sont terrorisées et persuadées que la défaite et l’invasion de leur île sont inévitables. Elles essaient compulsivement de convaincre Churchill de négocier et, à défaut, veulent le renverser en propulsant le défaitiste Hallifax pour sauver ce qui peut l’être. C’est-à-dire leurs intérêts étroits. Survivre en tant que caste au prix de la honte et de la servitude du plus grand nombre si nécessaire.

Reproches infondés

Churchill, quoiqu’il ait probablement eu des hésitations face à toutes ces pressions du milieu dont il est issu, résiste et refuse. Parmi les reproches grotesques faits au film il y en a deux qui montrent jusqu’où peut aller l’ignorance. D’abord celui qui prétend qu’il ne montre que les élites et que le peuple en est absent. Alors qu’on ne voit que lui, mais présenté avec intelligence et subtilité. Comme le plan, le même que dans Dunkerque, où l’on voit sur la Manche, l’immense flottille des vaisseaux civils venus chercher leurs soldats. Ou lors de la magnifique séquence du métro, brillante métaphore de la rencontre et de l’accord de cet homme avec son peuple. Il y fait d’ailleurs l’aveu « qu’il a la larme facile », ce qui m’a permis de constater que j’étais quelqu’un dans le genre de Churchill…

L’autre reproche fait au film est que son portrait n’en montrerait pas les failles. Pauvres ignares obtus, on ne voit qu’elles ! Béantes. Comme lorsqu’il exprime à sa secrétaire son aversion pour Hitler, « ce tyran, ce voyou, cette brute… ce….ce… peintre en bâtiment… ». Le retour implacable, à ce moment précis, du mépris social qui vient quand même s’accrocher à l’amour de la liberté. Et la leçon politique est bien là, que donne le spectacle de cette élite britannique qui, brutalisée par l’un des siens et poussée par son peuple, refusera la capitulation et partant la trahison. Le fait que certains se soient sentis relativement protégés par un fossé antichar de 30 km de large ne change rien. Sans oublier que ce peuple britannique, qui avait fait confiance à l’aristocrate Churchill pour le conduire pendant la guerre, le congédiera dès la paix revenue.

La trahison des clercs obscurs

Que notre bourgeoisie et nos élites, qui pratiquent depuis si longtemps la culture de la soumission, détestent ce film, c’est tout à fait normal. Quatre présidents de la République successifs, le dernier, contre toute évidence politique et ne rechignant pas devant l’insulte, nous ont martelé que « Vichy c’était la France ». Proposition obscène nécessitée par la poursuite d’un projet européen sous domination allemande, et pour lequel, comme le dit très bien Bertrand Renouvin, fils de Compagnon de la Libération, on nous présente « des criminels vaincus érigés en victimes. Des vainqueurs désignés comme coupables ».

A lire aussi: Le Churchill « patriotique » que Le Monde et Télérama n’ont pas aimé

La bourgeoisie et les élites françaises avaient fait dès 1938 le choix de la défaite. Quoiqu’excessive et un peu sotte, le slogan : « plutôt Hitler que le Front populaire » renvoyait à une réalité, dont on trouvera une expression déjà très claire dans L’étrange défaite de Marc Bloch. Ce choix débouchera sur la défaite militaire, la capitulation et la trahison. Les élites anglaises ont fait le contraire. Le 18 juin 1941, dans son discours du Caire, Charles De Gaulle, parlant des Français, nous dira en quatre phrases définitives qui étaient ces gens et ce qu’il s’était passé.

« Le 17 juin 1940, disparaissait à Bordeaux le dernier gouvernement régulier de la France. L’équipe mixte du défaitisme et de la trahison s’emparait du pouvoir dans un pronunciamento de panique. Une clique de politiciens tarés, d’affairistes sans honneur, de fonctionnaires arrivistes et de mauvais généraux se ruait à l’usurpation en même temps qu’à la servitude. Un vieillard de 84 ans, triste enveloppe d’une gloire passée, était hissé sur le pavois de la défaite pour endosser la capitulation et tromper le peuple stupéfait. »

Depuis le départ de Charles de Gaulle, les élites françaises n’ont eu de cesse de se débarrasser de cette réalité pour elles insupportable. À coups de révisionnisme historique, de quolibets contre « le mensonge gaulliste, et le roman national », de déformations et d’oublis calculés, on a tenté de nous imposer l’image d’une France, pays vaincu et sans avenir, devant prendre modèle sur son voisin allemand si efficace.

« L’équipe mixte du défaitisme de la trahison »

Dans un livre remarqué, publié en 2012, De quoi Sarkozy est-il le nom ?, Alain Badiou avait parlé de « pétainisme transcendantal ». Beaucoup avaient fait semblant de le comprendre comme une comparaison de Sarkozy à Pétain. Ce qui était complètement faux. Il mettait, à sa façon souvent pénible, le doigt sur la réalité d’un trait de la bourgeoisie française capable de trahir pour la préservation de ses intérêts étroits : « disposition nationale ancienne, qui avait fait ses preuves en 1815 au moment de l’invasion étrangère et de la Restauration, et en 1870 au moment de l’invasion prussienne et de la capitulation des « républicains ». »

Le pétainisme, c’est donc « l’équipe mixte du défaitisme de la trahison ». Merci à nos amis « britishs » de nous avoir rappelé brillamment que, « transcendantale » ou pas, l’on n’était jamais obligé de s’y soumettre.

L'étrange défaite

Price: ---

0 used & new available from

Mémoires de guerre: Tome 1, 1919-Février 1941

Price: ---

0 used & new available from

Vichy, Londres et la France

Price: ---

0 used & new available from

Féminisme: Molière avait vu juste!

0
tartuffe deneuve feminisme
"Tartuffe" par La Comédie française, 2018. Sipa. Numéro de reportage : 00693467_000047

Une réplique de Tartuffe présente d’étonnantes coïncidences avec l’actualité du féminisme. Un peu comme si Molière avait anticipé la tribune que Catherine Deneuve, Peggy Sastre, Catherine Millet et toutes les autres ont publié dans Le Monde. D’une bigoterie l’autre, nous sommes passés des faux dévots aux ligues de vertu féministes. Qu’Emmanuel Lévy, qui nous a fait découvrir ce parallèle éclatant, soit remercié. 


(Tartuffe : Acte IV, scène 3)
Elmire

Est-ce qu’au simple aveu d’un amoureux transport,

Il faut que notre honneur se gendarme si fort ?
Et ne peut-on répondre à tout ce qui le touche
Que le feu dans les yeux, et l’injure à la bouche ?
Pour moi, de tels propos je me ris simplement ;
Et l’éclat, là-dessus, ne me plaît nullement.
J’aime qu’avec douceur nous nous montrions sages ;
1330 Et ne suis point du tout pour ces prudes sauvages
Dont l’honneur est armé de griffes et de dents,
Et veut au moindre mot dévisager les gens.
Me préserve le ciel d’une telle sagesse !
Je veux une vertu qui ne soit point diablesse,
1335 Et crois que d’un refus la discrète froideur
N’en est pas moins puissante à rebuter un cœur.

Le Tartuffe: Nouvelle édition avec cahier photos

Price: ---

0 used & new available from

Dolce & Gabbana : excès homos ?

0
Naomi Campbell, Domenico Dolce (droite) et Stefano Gabbana (gauche) Crédits Photo: D.R

Il y a deux ans, dans une interview à l’hebdo Panorama, Domenico Dolce et Stefano Gabbana, le célèbre duo gay italien à la tête de D&G, avaient affirmé que « la seule famille est la famille traditionnelle » et que chaque enfant a donc droit à un père et une mère. À la suite de ces déclarations, Elton John avait appelé au boycott de Dolce et Gabbana et certains sites italiens de défense des homosexuels avaient traité les deux couturiers d’affreux réacs.

« Je ne veux pas être identifié comme gay parce que tout d’abord je suis un homme »

Mi-novembre, dans le Corriere della Sera, Gabbana a délibérément aggravé son cas en déclarant la guerre au communautairement correct. « Je ne veux pas être identifié comme gay parce que tout d’abord je suis un homme. C’est incroyable qu’aujourd’hui on continue à employer ce terme : biologiquement, je suis un mâle. C’est la même chose pour une femme : elle est une femme, tout d’abord, point barre. Le mot “gay” a été inventé par ceux qui ont besoin de donner des étiquettes et moi je ne veux pas être identifié sur la base de mes choix sexuels », explique-t-il. Ensuite, le styliste pointe du doigt la tendance à l’autoghettoïsation de certains homosexuels : « Faire des classifications crée seulement des problèmes : cinéma gay, club gay, culture gay… Mais de quoi parle-t-on ? Le cinéma, les livres et la culture appartiennent à tous. »

Mais l’attaque la plus violente de l’hérétique vise nommément le « lobby gay », qui est selon lui « très puissant », et les nombreuses associations LGBT qui érigent les minorités sexuelles en espèces menacées à protéger : « Moi, je ne veux pas être protégé, parce que je n’ai rien fait de mal. Je suis simplement un homme ». Gay.it, le site italien de référence, a aussitôt accusé Gabbana d’avoir « détruit plus d’un demi-siècle de batailles orgueilleusement LGBT avec ses déclarations. On attend avec impatience le procès en homophobie…

Sélection à l’université: les sous-doués à la fac

0
Manifestation des lycéens contre "la sélection à l'université", Paris, 22 novembre 2017. Photo: Julien Mattia

Au lieu de lutter contre l’affaiblissement des savoirs et le dépérissement de l’université, le gouvernement Philippe, comme les précédents, refuse de s’attaquer au totem de la sélection à l’université.


Au début des années 1960 seulement 10 % d’une génération atteignait la classe de terminale et pouvait envisager l’accès à un cycle universitaire, que les deux tiers des étudiants abandonnaient avant même l’obtention de leur licence. Mais dans une France d’après-guerre baignée dans l’insouciance des Trente Glorieuses, il n’y avait guère que le général de Gaulle pour s’en émouvoir au sommet de l’État. C’est ainsi qu’il confia à Alain Peyrefitte la délicate mission de traiter les problématiques essentielles d’orientation et de sélection ; autrement dit, de mettre en application le credo de Paul Langevin à la sortie de la Libération : assurer par l’école « la promotion de tous et la sélection des meilleurs ».

A lire aussi: Education: tu es né prolo et tu resteras prolo

Les événements de Mai 68 eurent raison du pragmatisme visionnaire du Général et ouvrirent la voie à plusieurs décennies d’errances politiques, dont le funeste système APB de Vallaud-Belkacem et la cocasse université-pour-tous-oui-si du gouvernement Philippe sont les derniers soubresauts en date.

Autodéconstructions

On doit à Jean-Pierre Chevènement en 1985 le lénifiant objectif de « 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat en l’an 2000 ». De la loi Jospin de 1989 à la tentative Fillon de 2005, tous – à droite comme à gauche – ont contribué à la réalisation de ce si louable dessein, enivrés des relents égalitaristes de la pensée postmoderne et activement aiguillonnés par la technostructure européenne. Pour y parvenir, on a labellisé des examens techniques et professionnels « baccalauréat », on a significativement abaissé le niveau de l’enseignement primaire et secondaire, on a soutenu avec ferveur le principe d’un collège unique. Dans le même temps, on a pris grand soin de vider l’examen terminal de toute substance afin d’en assurer la péréquation aux « compétences » réelles des élèves. De toute manière, la dictée était culturellement discriminatoire et la dissertation n’était plus en phase avec l’« immédiateté informationnelle du savoir numérique ». L’usage de méthodes mathématiques avancées en sciences physiques ou l’analyse critique de corpus historiques étaient au mieux superfétatoires, au pire déstabilisants pour les pédagogistes ; les QCM sur l’oxydoréduction au bac S et l’analyse des photographies mises en ligne des Noëls solidaires des Obama sur iPad rétabliront le subtil équilibre qu’il convient d’assurer entre la médiocrité de l’examen et celui de ses candidats.

Université: la promotion d’aucuns au détriment des meilleurs

Le redoublement n’existe presque pas en classes préparatoires aux grandes écoles et rares sont ceux qui abandonnent ; à l’autre extrémité du spectre, « une fois entrés à l’université, sur neuf étudiants, en moyenne, trois seulement réussissent à passer en deuxième année », de l’aveu même de notre actuelle ministre de l’Enseignement supérieur. Autrement dit, depuis le général de Gaulle, rien n’a changé : l’absence de sélection produit ironiquement les mêmes effets qu’il y a un demi-siècle. À ceci près que les étudiants d’antan étaient dix fois moins nombreux que ceux qui hantent aujourd’hui les amphithéâtres de nos universités inclusives. La dernière tentative réelle de traitement de la question essentielle de la sélection universitaire date de trente ans. Portée par le ministre Devaquet sous le deuxième gouvernement Chirac de 1986, elle fut balayée par les manifestations étudiantes et marquée du sceau de l’infamie liée au drame de la mort de Malik Oussekine.

Car ce que proposent Emmanuel Macron et son gouvernement n’a que peu à voir avec une sélection ; il s’agit pour l’essentiel de principes de gestion administrative de bon aloi. En lieu et place du grand-guignolesque système de tirage au sort institutionnalisé lors de la précédente mandature, les universités pourront désormais – pour les filières « en tension » (sport, psychologie, sociologie…) – constituer des listes d’attente ou répondre par un « oui, si » exigeant une mise à niveau de la part de l’étudiant. Pour le reste des cursus, l’étudiant restera souverain. Macron ne vainc pas l’opposition étudiante, là où de Gaulle et Chirac ont échoué, il l’anesthésie en gesticulant beaucoup, mais en ne faisant rien.

Le mal du Grand Déclassement

Si la démocratisation de l’accès aux études supérieures qui a suivi la Seconde Guerre mondiale a permis un accroissement tangible des savoirs et des compétences de toute une génération, qui a en outre pu bénéficier de l’aubaine historique d’une hausse rapide de la demande en profils professionnels qualifiés, on constate depuis plus de deux décennies une tendance inverse : le niveau réel moyen baissant dans un contexte de pénurie d’emplois et de chômage structurel. L’Université se meurt, faute de moyens et de prestige ; les correcteurs à qui l’on intime la complaisance au baccalauréat sont les complices de ce désastre ; les professeurs qui tolèrent, voire encouragent, l’abandon de l’exigence requise par l’apprentissage par cœur de connaissances fondamentales ou par la lecture de grands classiques littéraires sont les fossoyeurs du sens profond de l’égalitarisme républicain. Ce dernier requiert effort et mérite, là où le socialisme ingénu réclame quotas, aplanissement de toute contrainte et régimes d’exception.

A lire aussi: La crise de l’Université est une crise des lycées

À la seule évocation du concept honni de « sélection », les syndicats étudiants et lycéens de gauche, UNEF en tête, ont réagi en parfaite cohérence avec le conditionnement pavlovien qu’on leur connaît : en appelant la jeunesse de France à descendre dans la rue et en continuant d’exiger « des places supplémentaires dans les filières trop demandées » (sic). Peu leur chaut que les financements publics manquent ou que les débouchés de ces filières si prisées conduisent les rescapés de l’échec massif au cours des premières années universitaires à occuper bien souvent des emplois sous-qualifiés au regard de la valeur faciale de leurs diplômes. Lorsque les beaux jours du printemps reviendront, on attribuera le sentiment de déclassement induit à un marché de l’emploi discriminatoire pour les moins favorisés et l’on ira battre le pavé pour dénoncer l’iniquité du système.

Notre-Dame-des-Landes: « Le contribuable va devoir payer l’équivalent de trois aéroports »

0
Philippe Grosvalet, président du conseil départemental de Loire-Atlantique. Photo: ESTELLE RUIZ / CROWDSPARK

Président PS du conseil départemental de Loire-Atlantique, à la tête du Syndicat mixte aéroportuaire du Grand Ouest qui regroupe les collectivités locales concernées Notre-Dame-des-Landes, Philippe Grosvalet déplore l’abandon de ce projet par l’Etat. Entretien. 


Daoud Boughezala. Le gouvernement vient d’annoncer l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. En parallèle, afin de préserver l’agglomération nantaise et son environnement, l’aéroport de Nantes-Atlantique ne sera vraisemblablement pas agrandi. Dans votre campagne en faveur du projet Notre-Dame-des-Landes, pourquoi n’avez-vous pas mis en avant l’absence d’alternative ?

Philippe Grosvalet. Nous n’avons cessé d’alerter sur cette impasse depuis que le rapport orienté des « experts » a été rendu public à la mi-décembre. Dès que nous en avons pris connaissance, nous avons adressé un courrier au président de la République pour lui dire que ce rapport était truffé d’erreurs et pouvait fausser son jugement, quitte à le conduire dans une impasse.

Nous avons notamment soulevé neuf points qui n’étaient pas précisés dans le rapport et qu’il fallait impérativement prendre en compte. Parmi ceux-ci figuraient, par exemple, les procédures de réaménagement de l’aéroport de Nantes-Atlantique décrites sur 7 pages du rapport pour une durée annoncée de 2 ans… Comment croire que ce qui a mis 15 ans à Notre-Dame-des-Landes, avec moins d’un millier d’habitants impactés (sic), pourrait se faire en seulement 2 ans sur un site où 70 000 personnes sont touchées ? C’est d’une grande malhonnêteté intellectuelle.

Cette manipulation est valable sur tous les autres points que nous avons soulevés, à commencer par l’évolution des trafics, complètement minorée dans ce fameux rapport, ainsi que par les coûts publics, qui n’ont pas été chiffrés pour le réaménagement de Nantes-Atlantique.

La vérité est qu’il n’y a malheureusement pas de plan B. Pas pour les habitants survolés, ni pour le développement de notre territoire.

Le Syndicat mixte aéroportuaire du Grand Ouest (SMA) que vous présidez n’incluait pas de communes vendéennes, pourtant concernées par le projet d’aéroport. De même, les Vendéens n’avaient pas été consultés lors du référendum sur Notre-Dame-des-Landes. Avez-vous craint que vos voisins rejettent une initiative que vous soutenez de longue date ?

De même que c’est l’Etat qui porte la déclaration d’utilité publique, et donc la maîtrise d’ouvrage, pour le site de Notre-Dame-des-Landes, c’est l’Etat qui a décidé du périmètre de consultation pour le référendum de juin 2016 qu’il a choisi de maintenir sur le périmètre de la DUP. Nous n’avions pas notre mot à dire. D’ailleurs, nous ne voulions pas de cette consultation !

Malgré tout, le périmètre retenu me semble tout à fait logique : la Loire-Atlantique est le département concerné par les impacts. Bruit, nuisances, emplois, développement économique, biodiversité, ressources, foncier : tout est concentré en Loire-Atlantique.

Les habitants ont ainsi voté en masse, plus que pour les élections locales. Et leur message a été clair : un « oui » massif en faveur du transfert. Ne pas tenir compte d’un vote majoritaire, dans une démocratie, c’est grave. Et dangereux…

Il va falloir financer le réaménagement de Nantes-Atlantique puis son transfert à l’horizon 2040.

Combien coûtera l’abandon de Notre-Dame-des-Landes au contribuable ?

Très cher. Au final, les contribuables vont devoir payer l’équivalent de trois aéroports : il va falloir verser des indemnités au concessionnaire, il va falloir financer le réaménagement de Nantes-Atlantique et il faudra payer pour son transfert à l’horizon 2040. Car les « experts » qui ont poussé le président de la République à prendre une décision aussi désastreuse l’ont écrit dans leur rapport : Nantes-Atlantique ne pourra plus assurer le trafic aéroportuaire d’ici 20 ans.

A lire aussi: Notre-Dame-des-Landes: et si le contribuable n’avait rien à payer?

Indépendamment de toute autre considération (respect des engagements de l’Etat, refus de la ZAD), le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes était-il viable ? 

Les besoins ont été étudiés et clairement définis. En termes de trafics, nous avons dix ans d’avance sur toutes les prévisions : nous sommes déjà à près de 6 millions de passagers par an, quand Notre-Dame-des-Landes devait ouvrir pour 4 millions de passagers en 2017… La différence, c’est que le nouvel aéroport était prévu pour pouvoir évoluer dans le temps et supporter ainsi une augmentation du trafic aérien.

Le défi consistait donc à doter le Grand Ouest d’une infrastructure moderne pour le connecter aux autres grandes régions européennes. Un outil indispensable à notre territoire pour poursuivre son développement économique et garder son dynamisme.

Les habitants vont devoir subir davantage de nuisances

Maintenant que l’Etat a définitivement renoncé à Notre-Dame-des-Landes, avez-vous encore des revendications à faire valoir ? Quelles seraient vos éventuelles compensations ?

Le président de la République a pris une mauvaise décision qui n’aura que des mauvaises conséquences. Mauvaises conséquences pour les habitants, qui vont devoir subir davantage de nuisances, mauvaises conséquences pour notre territoire, stoppé en plein élan, mauvaises conséquences pour la démocratie, puisque cette décision piétine des procédures publiques, 179 décisions de justice et un vote populaire, et mauvaises conséquences pour le président de la République, qui signe là son premier grand reniement en trahissant sa parole et en décidant de ne rien faire. Il n’y a donc que des perdants. Mais ce n’est pas moi qui ai pris cette décision : c’est à l’Etat d’en assumer les mauvaises conséquences.

RETOUR A NOTRE-DAME-DES-LANDES

Price: ---

0 used & new available from

Guerre et pape : François vit-il dans le même monde que nous ?

0
Le pape François salue la foule du Vatican, octobre 2017. SIPA. 00827516_000024

Le 15 janvier, juste avant son départ pour le Chili, le pape François a distribué aux journalistes la photo d’un garçon japonais d’une dizaine d’années, portant dans son dos son petit frère mort en attendant que les agents du service funéraire prennent le corps pour la crémation. Nagasaki, 1945.

La pape a accompagné la photo d’un commentaire : « le fruit de la guerre ». Ceci s’inscrivant dans le cadre des démarches du Saint Siège pour, je cite, « éliminer les armements nucléaires » et plus généralement promouvoir un « désarmement intégral ».

L’attitude de François n’a rien de surprenant : il est le vicaire du Christ, à qui les Évangiles attribuent la phrase « si on te frappe sur une joue, tend l’autre ». Elle appelle tout de même quelques remarques et quelques réflexions, certaines purement stratégiques, d’autres plus philosophiques.

Colères légitimes et révoltes nécessaires

A ma connaissance, personne aujourd’hui ne sait qui sont ces deux enfants, ce qu’a été leur vie avant le bombardement, ni ce qu’a été ensuite celle du survivant. Il me semble néanmoins raisonnable d’affirmer que le profond courage et l’infinie dignité du grand frère viennent d’une culture qui a accepté la possibilité de la guerre et s’y est préparée, d’une éducation totalement imprégnée de ce qui a fait la grandeur des samouraïs, guerriers s’il en est, depuis que Susano-ô composa le poème des Huit Nuages.

A lire aussi: Le pape n’est pas de gauche, il est le pape

Bien sûr, la même époque a vu des militaires japonais commettre des crimes atroces, comme les massacres de Nankin. Rappelons que ces abominations étaient contraires à l’éthique des samouraïs, le respect de l’ennemi vaincu faisant partie intégrante du bushido. Rien dans les écrits de Takeda Shingen ou Yagyû Munenori ne permet de penser qu’ils auraient approuvé de telles horreurs. De plus, la prise de conscience de ces crimes de guerre a amené un sincère travail d’introspection et d’autocritique des tenants de la « Voie du Guerrier », le plus connu chez nous étant sans doute celui de Morihei Ueshiba.

Quoi qu’il en soit, il y a des colères légitimes et des révoltes nécessaires, mais toutes ne le sont pas, et à l’heure de la concurrence victimaire et de la multiplication des revendications tour à tour pleurnichardes et rageuses, l’attitude de cet enfant est une leçon pour nous tous.

C’est la guerre qui a abattu Hitler

Si dur que ce soit de le constater – et ce n’est pas d’un cœur léger que je l’écris en regardant une telle photo – la guerre a aussi eu d’autres fruits, notamment la chute du régime nazi (je parle bien de la guerre, pas de l’arme nucléaire). Des enfants sont morts aussi du fait de l’emploi d’armes conventionnelles, et si je ne me sens pas le droit moral de donner une réponse j’ai néanmoins le devoir de poser la question : la chute du régime hitlérien et la libération des prisonniers d’Auschwitz valait-elle la mort des enfants tués dans les bombardements de Berlin, Hambourg, Dresde ? Aurait-il fallu abandonner les enfants déportés dans les camps pour préserver les enfants vivant dans les villes allemandes ? Ils étaient tous des enfants, ils étaient tous aussi innocents les uns que les autres des crimes et des folies des adultes.

Dans un monde idéal la question ne se poserait pas, les gentils disposeraient toujours d’un moyen de vaincre les méchants et en même temps de protéger tous les enfants, quel que soit le camp de leurs parents. Mais c’est dans le monde réel que nous vivons, et dans ce monde il n’est pas toujours possible de trouver une solution satisfaisante et, pour difficiles qu’ils soient, certains choix doivent être faits.

A lire aussi: François, le pape qui ne savait plus être pape

Loin de la sécurité éthérée de nos constructions intellectuelles, tendre l’autre joue conduit parfois à laisser passivement massacrer des enfants, alors que saisir fermement son katana donne une chance de les protéger.

Si le Japon avait aussi disposé de l’arme nucléaire à cette époque, les États-Unis n’auraient jamais pris le risque d’utiliser cet armement contre Hiroshima et Nagasaki, de crainte de s’attirer une riposte de même nature. Mais, bien évidemment, si le Japon en avait disposé, rien ne dit que certains jusqu’au-boutistes n’auraient pas choisi l’apocalypse plutôt que la défaite.

L’équilibre, jusqu’à quand ?

Et c’est là tout l’enjeu. L’humanité ne peut pas oublier ce qu’elle a découvert. Que les Etats renoncent tous à l’arme nucléaire donnera-t-il une garantie suffisante qu’aucun groupe fanatique ou nihiliste n’en dispose jamais ? Et si cela arrivait, vaudrait-il mieux que nous possédions nous aussi cette arme, ou que nous y ayons renoncé ? La France a souvent commis l’erreur de faire de la dissuasion nucléaire l’alpha et l’oméga de sa réflexion stratégique, oubliant que, dans la presque totalité des conflits, l’arme nucléaire est soit inutile, soit insuffisante. Mais l’hypothèse où nous serions confrontés à un ennemi nous menaçant avec cette arme, pour improbable qu’elle soit, n’est pas impossible. Se pose donc une question cruciale : quelle réponse efficace et crédible envisager face à une menace nucléaire à part la dissuasion nucléaire ?

Dans un monde idéal, la totalité des armes nucléaires serait donnée à l’ONU, qui n’aurait le droit de les utiliser qu’en ultime recours pour empêcher quiconque d’en produire ou d’en acquérir d’autres – ou des armes présentant le même niveau de dangerosité globale.

Dans le monde réel, qui peut sérieusement vouloir confier la puissance ultime à une institution connue pour ses gesticulations, ses protestations sans effet, et capable de faire siéger l’Arabie Saoudite dans la Commission de la condition de la femme et de lui confier la présidence du Conseil des droits de l’homme ?

Le devoir du monde réel

Il est profondément lâche, cynique et dangereux de renoncer à améliorer les choses sous prétexte de réalisme. Il est peut-être moins cynique, mais tout aussi lâche et dangereux, de refuser de voir la réalité, et immensément égoïste de s’accrocher aux beaux principes d’un monde idéal sans se soucier de ceux qui en subissent ou en subiront les conséquences dans le monde réel.

Le « désarmement intégral » que prône François a été une réalité, il y a bien longtemps. L’humanité a connu un âge sans armes, et il n’a pas fallu longtemps à nos ancêtres pour ramasser des pierres et des gourdins pour s’entre-tuer. La non-violence est un idéal vers lequel tendre, mais nous ne pouvons y parvenir qu’en distinguant soigneusement la violence de l’emploi de la force. Refuser en toute circonstance le recours à la force, c’est tôt ou tard encourager la violence de nos ennemis, et trahir ce et ceux que nous avons la responsabilité de protéger. Mais nous abandonner à la violence lorsque la force est nécessaire, c’est rendre notre éventuelle victoire inacceptable pour nos ennemis, qui dès lors se résigneront peut-être à la défaite, mais ne désireront pas la paix.

Avoir conscience de la violence et de l’obscurité qui sont en nous et les maîtriser est nécessaire, mais ne nous dispense pas de lutter lorsque d’autres y succombent. Vaincre sans combattre, aboutissement des disciplines martiales, n’est envisageable qu’après un long entraînement. Mieux vaut donc nous préparer moralement et techniquement à un emploi éthique et régulé des armes, sans tomber dans la surenchère d’une course à l’armement aveugle, que prôner l’impuissance choisie d’un « désarmement intégral », même s’il est accompagné d’un objectif de « développement intégral ».

Car les guerres ne sont pas uniquement causées par des injustices, et les nations prospères ne sont pas forcément pacifiques.

La politique n’est pas chrétienne

La justice sociale et le respect mutuel sont nécessaires à toute paix durable, entre individus et entre états. La pauvreté et le mépris conduisent à la révolte, et rendent bien séduisants les discours des semeurs de haine – ceux qui affichent à longueur de temps leur mépris pour la civilisation européenne feraient d’ailleurs bien de s’en souvenir. N’est-ce pas François ? Et ceux qui condamnent sans sourciller leurs semblables à la misère par intérêt ou par indifférence feraient bien de s’en souvenir aussi…

Mais ni la justice ni le respect ne suffisent à la paix, hélas. Nous pouvons et nous devons y œuvrer sans relâche, et nos efforts porteront des fruits qui en valent largement la peine. Mais nous ne devons pas escompter aboutir à un monde débarrassé à jamais de la violence et du mal. Cela relève peut-être du Christ et d’Amaterasu, mais certainement pas de la politique, de la stratégie ou de la diplomatie des seuls mortels. Pour nous, la dissuasion est une composante indispensable de la paix, et cette dissuasion n’est crédible et donc efficace que si nous savons ne pas faire usage de la force, mais aussi en faire usage – ce qui suppose de disposer des armes nécessaires.

Plutôt le bushido que l’impuissance volontaire

Gardons toujours présente à l’esprit la différence entre un samouraï et une brute, ou en termes européens entre la chevalerie et la sauvagerie, entre Athéna et Arès, et choisissons plutôt le bushido que le refus d’agir.

J’ai moi aussi été transporté par ce film magnifique qu’est Les heures sombres et je ne résiste pas à l’opportunité qu’il me donne. Il est heureux qu’à une certaine époque Churchill ait choisi d’appliquer les principes des samouraïs, et de préférer que son pays et son peuple combattent jusqu’à la mort plutôt que de se soumettre. S’il avait tendu l’autre joue, ce sont sûrement de bien sinistres drapeaux qui flotteraient aujourd’hui sur Westminster… et sur le Vatican.

A lire aussi: Le Churchill « patriotique » que Le Monde et Télérama n’ont pas aimé

Politique et société

Price: ---

0 used & new available from

Médias: pour un droit universel à la relecture des interviews

0
Le candidat Macron accorde une interview au JDD, mars 2017. SIPA. 00798523_000027

Patrick Jankielewicz, rédacteur en chef de La Voix du Nord, annonce dans son éditorial du lundi 15 janvier, la décision du journal : ne plus permettre aux hommes politiques de relire leurs interviews avant publication.

Le refus de participer à un « plan de com »

Cette décision peut se comprendre quand on lit les justifications de Patrick Jankielewicz :

Jusque-là, comme la quasi-totalité de nos confrères, nous acceptions cette relecture sous prétexte que la parole d’un ministre a quasiment force de loi. Mais si certains des interviewés jouent le jeu en corrigeant à la marge des aspects techniques, la relecture est devenue un exercice de réécriture pour la plupart. Dernièrement, on nous a renvoyé un texte totalement ‘caviardé’, coupant des réponses qui avaient été faites et ajoutant des questions qui n’avaient pas été posées!

Révisés par des professionnels de la communication, les entretiens n’ont plus rien de naturel et deviennent aussi calculés que des discours préécrits. On ne saurait défendre cette pratique devenue apparemment courante.

Mais quand on lit que ce traficotage a posteriori a pour principal défaut de produire des propos « aseptisés », difficile de ne pas penser que notre personnel politique n’a pas besoin de cela. Il est très bien formé, déjà, à débiter des discours vides et plats, y compris en direct sur les plateaux de télévision. On ne peut pas dire que l’oral de nos hommes politiques soit tellement plus naturel et spontané que leurs entretiens écrits et scrupuleusement relus !

Alors, si l’on peut comprendre l’agacement de Patrick Jankielewicz, on peut aussi se demander si cette suppression de l’autorisation de relecture ne manifeste pas, de la part des journalistes, une volonté de reprendre un pouvoir dont ils se voyaient privés : celui de la sélection.

Égalité devant le droit à la relecture

Parce que tout est là : un entretien mené par oral (par opposition aux envois de questions par mail avec spécification du nombre de caractères autorisé) n’a pas vocation à être reproduit mot à mot. Outre la nécessité de nettoyer les phrases qui ont pu, dans le flot de la conversation, être bégayantes, interrompues ou plusieurs fois reformulées (et ce nettoyage implique déjà la possibilité de trahir la pensée de l’autre), l’entretien en version papier impose un calibrage contraignant en termes de place : le nombre de caractères est limité. Le journaliste doit donc effectuer un choix dans ce qui a été dit. Une idée qui nous est chère et que l’on a développée avec rigueur et conviction peut totalement disparaître dans la version finale d’une interview, tandis qu’un passage faiblard ou, à nos yeux, peu significatif, sera maintenu. Sans compter la surprise que l’on peut ressentir en voyant quelle citation a été retenue en titre de l’article !

Intervenant sur France Info mardi 16 dans la matinée (voir à 10h44) pour commenter la décision de la Voix du Nord, Patrick Jankielewicz signale que la pratique du caviardage d’interviews est propre aux « personnalités politiques d’envergure nationale », qui « l’imposent » (par une espèce de chantage puisque l’acceptation de l’entretien est soumise à cette condition). Les élus locaux ne s’adonnent pas à cela. Refuser la relecture à tout le monde est donc une manière de rétablir une forme d’égalité (même si tout le monde n’est pas formé à l’art de la parole publique). Comme le fait très justement remarquer Jankielewicz: après tout, le garagiste du coin pourrait aussi réclamer le droit de relire ses interviews ! Et moi je dis: pourquoi pas ?

Nous devrions tous avoir le droit de contrôler l’utilisation qui est faite de notre propos. Il ne s’agit pas de réclamer la possibilité de modifier la version écrite de l’interview mais de conserver le droit, en dernier recours, de la valider ou non. Et sa non-validation vaudrait interdiction de parution.

Il est frappant de voir le souvenir que laisse aux gens leur rencontre avec des journalistes. Toujours ou presque, l’impression que leur propos a été déformé par…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux <<<

 

Allemagne: Schulz en sursis, Merkel dans la seringue, Macron sur la touche

0
merkel spd schulz allemagne
Angela Merkel et Martin Schulz, janvier 2018. Sipa. Numéro de reportage : AP22150636_000011.

En obtenant, dimanche 21 janvier, 56% des voix des délégués au congrès extraordinaire du SPD en faveur de la poursuite des négociations pour former un gouvernement avec la CDU/CSU d’Angela Merkel, le leader social-démocrate Martin Schulz a évité le pire. Une défaite aurait signifié pour lui l’éviction immédiate de son poste et le choix d’un nouveau chef pour de nouvelles élections au printemps prochain.

La «coalition des perdants»

Cependant, cette « victoire » n’est réjouissante ni pour l’ancien président du Parlement européen, ni pour Angela Merkel qui se retrouve avec un partenaire affaibli et sommé par sa base d’obtenir, dans la suite des négociations, un infléchissement vers la gauche du pré-accord de gouvernement conclu, fin décembre entre la CDU/CSU et le SPD. Déjà fustigée dans une partie de la presse et de l’opinion comme la « coalition des perdants » des élections législatives de septembre, cette nouvelle version de la grande coalition est maintenant soumise à l’approbation par référendum des 440 000 adhérents du SPD du contrat de gouvernement qui doit maintenant être finalisé. Et l’affaire est loin d’être dans le sac. Les quelque 600 délégués au congrès de Bonn sont pour la plupart des apparatchiks politiques ou syndicaux dont l’avenir personnel dépend de la bonne tenue du parti lors des élections nationales, et surtout régionales ou municipales, qui garantissent des places dans les exécutifs locaux.

La base du SPD penche à gauche

On remarquera, d’ailleurs, que les gros bataillons des opposants au retour au pouvoir avec Merkel proviennent de Länder où le SPD gouverne avec Die Linke et/ou les Verts, comme Berlin, la Thuringe ou Hambourg, ainsi que des Jusos, les jeunes socialistes qui on trouvé un leader charismatique avec Kevin Kühnert, 28 ans. La base du parti, déjà ébranlée par le revirement de Martin Schulz, qui avait exclu avant les élections de gouverner à nouveau comme junior partner de la CDU, risque d’être sensible aux arguments de la gauche du SPD, si Schulz ne parvient pas à donner au programme gouvernemental une coloration plus sociale. Cela concerne la défense du CDI comme règle général du contrat de travail, la fusion de l’assurance maladie, aujourd’hui « à deux vitesses », avec un secteur public et un secteur privé, et la politique d’immigration, jugée trop restrictive par la gauche du SPD. Ce qui a permis à Schulz d’obtenir sa courte majorité, c’est la perspective de nouvelles élections, où les augures créditent son parti d’un score encore plus lamentable que celui de septembre…

Merkel cernée

Ces exigences mettent Angela Merkel dans la seringue : à sa droite la CSU bavaroise qui a d’ores et déjà annoncé qu’il n’était pas question de renégocier les principes établis dans le pré-accord de décembre, et qu’il convenait seulement désormais de le mettre en musique gouvernementale; à sa gauche un Martin Schulz qui va tirer argument de sa faiblesse. « Si vous ne me donnez  pas du sucre pour calmer mes troupes, je ne réponds de rien ! », va-t-il plaider auprès de la chancelière. Une Angela Merkel en fin de parcours, qui commence à être défiée en interne par quelques jeunes ambitieux – comme Jens Spahn, partisan d’un coup de barre à droite du parti pour récupérer les voix parties vers l’AfD – pourra-t-elle imposer le compromis capable d’assurer son maintien au pouvoir ? Ses admirateurs inconditionnels, en Allemagne comme en France en sont persuadés. Mais cela relève de la prophétie autoréalisatrise, qui méconnaît gravement les ressorts de la politique telle qu’elle se pratique au-delà du Rhin.

Macron séduit peu la base sociale-démocrate

On aura remarqué que la question de la relance européenne, enfourchée allègrement par un Martin Schulz croyant utiliser à son profit la popularité en Allemagne d’Emmanuel Macron a fait un flop devant les congressistes de Bonn. Ce sont des « Oh ! Oh ! Ah ! Ah ! » ironiques qui se sont élevés dans les travées des délégués lorsqu’il s’est vanté d’être en liaison téléphonique régulière avec le président français pour le tenir au courant de l’évolution de la situation politique. Du côté de la CDU, on fait savoir à Macron qu’il serait malvenu de faire encore le malin sur les estrades en proposant des idées comme un gouvernement de la zone euro ou la mutualisation de la garantie des emprunts nationaux par l’UE, des idées qui hérissent le poil à la droite de l’échiquier politique.

Les sujets qui ne fâchent pas

C’est pourquoi la célébration du 55ème anniversaire du traité de l’Elysée, qui devait être, dans l’esprit du président français, le départ grandiose d’une relance de l’Europe dans l’harmonie franco-allemande s’est limitée à l’évocation des sujets qui ne fâchent pas,  comme le rappel des grands principes et l’exhortation à la jeunesse de mieux connaître l’autre. Emmanuel Macron devra encore attendre sur le banc de touche qu’une Merkel confortée et sereine l’appelle sur le terrain. Ce qui est loin d’être acquis. Le nouveau gouvernement Merkel IV devrait voir le jour à Pâques, ou à la Trinité, ou pas…

Alain Finkielkraut revient sur Notre-Dame-des-Landes, la GPA et l’agression d’une enseignante à Marseille

0

Chaque dimanche, sur les ondes de RCJ, Alain Finkielkraut commente, face à Élisabeth Lévy, l’actualité de la semaine. Un rythme qui permet, dit-il, de « s’arracher au magma ou flux des humeurs ».


Lire la vidéo

Extension de la laideur de la France

1
Photo: Jürgen Nefzger, Galerie François Paviot, Paris Bnf

La BnF présente une rétrospective de photos des paysages français des années 1980 à nos jours. Si la visite réserve de belles surprises, on peut regretter que ces images privilégient une vision esthétisante et convenue de notre pays. En évitant soigneusement les sujets sensibles. 


Plus d’un millier de clichés, 167 auteurs, dont beaucoup de noms prestigieux : la Bibliothèque nationale de France (BnF) met les petits plats dans les grands. Les photos présentées traitent non seulement du cadre naturel ou artificialisé (paysage au sens strict), mais aussi des hommes qui y habitent et de la vie sociale qui s’y développe. Il s’agit, selon les organisateurs, de donner au visiteur « les clés pour comprendre les évolutions de la France ». L’exposition réserve au spectateur de nombreuses étapes magnifiques ou passionnantes. Cependant, de salle en salle, on a l’impression que l’accrochage ne fait qu’effleurer les sujets jugés sensibles et livre une vision souvent édulcorée des transformations de notre pays.

Commençons par les réussites indiscutables. Il y a d’abord, en 1983, une initiative de la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (Datar). Ce service interministériel entend fêter dignement son 20e anniversaire. Il lui vient une idée en se souvenant que peu après la crise de 1929, l’administration Roosevelt, dans le cadre du New Deal, avait envoyé des photographes aux quatre coins des États-Unis pour rendre compte des réalités sociales. Certains clichés de Dorothea Lange, Walker Evans ou Arthur Rothstein ont marqué leur époque. C’est dans cet esprit que la Datar décide de financer un programme intitulé : « Photographie de la France de 1983 ». Le temps de mener à bien ce projet, l’année immortalisée est 1984. Dans les décennies suivantes, à l’instar de la Datar, de nombreux ministères et établissements publics se dotent d’un service photographique, financent des commandes ou soutiennent des associations « indépendantes ». C’est ainsi que se sont constitués de riches fonds photographiques paysagers. Ce sont eux qui alimentent l’exposition de la BnF.

La plupart des auteurs sont avant tout des artistes ayant chacun un style, une patte. L’accrochage propose donc en premier lieu des rencontres avec des artistes. Des figures aussi fameuses que Raymond Depardon, Robert Doisneau, Joseph Koudelka, Massimo Vitali ou Gabriele Basilico côtoient des personnalités moins connues du public, mais souvent excellentes. Chacun fait partager un regard personnel sur le monde. Un bon exemple est donné par Michel Houellebecq, qui intervient ici principalement en tant que photographe. Il est représenté par trois paysages ordinaires du centre de la France. Les cadrages, classiques et de petit format, relèvent d’un parti pris de modestie. Il s’agit tout simplement de vues sur des prairies, des vaches, des arbres et une rivière. Tout y est tranquille et d’une parfaite vacuité. Ces photos sont accompagnées d’un court texte, irréfutable et désolant, comme sait en écrire l’auteur des Particules élémentaires. Une vraie gâterie !

La nature plutôt que la ruralité

Les photos de paysages sont, pour une partie d’entre elles, comme c’est prévisible, des vues de la campagne ou des espaces naturels. Les artistes concernés fuient à bon escient la recherche du pittoresque, la carte postale ou la photo touristique aguicheuse. Les clichés présentés sont souvent émouvants par leur capacité à s’attarder sur des paysages très ordinaires auxquels on ne prêterait probablement pas attention en y passant pour de vrai. C’est ainsi qu’en 1987 Pierre de Fenoÿl photographie une petite colline du Tarn. Divisé en microparcelles irrégulières et parsemé d’arbres aux feuillages bien détachés les uns des autres, ce bénin monticule s’avère, à y bien regarder, plein de fantaisie et de poésie.

Tout au long de la période, on trouve des photographes plutôt attirés par la ruralité et d’autres plutôt par la nature. Cependant, on sent bien que, progressivement, le second pôle prend l’avantage. En 1984, Raymond Depardon livre une série de très beaux clichés de sa ferme natale dans la Saône, alors qu’Emmanuelle Blanc, en 2011 et 2012, se focalise sur des vues des massifs du Chablais et du Mont-Blanc. De même, Patrick Messina s’applique à rendre compte des pinèdes et de diverses formations végétales dans la presqu’île de Rhuys (golfe du Morbihan). Regrettons qu’aucun photographe n’ait remarqué l’accroissement continu de la forêt en France (+ 25 % environ sur la période), qui s’inscrit dans une tendance séculaire. Certains départements sont désormais principalement forestiers et couverts de formations spontanées, en grande partie inexploitables et peu pénétrables. Cette progression s’effectue au détriment de l’agriculture, de l’élevage et de la vie rurale. On aurait aimé en trouver quelques traces dans l’exposition.

L’extension de la laideur ordinaire

Il y a cependant un changement majeur du visage de la France que les photographes concernés ne ratent pas. Il s’agit du développement des infrastructures, des grands ensembles, des sites industriels, des centres commerciaux, des rocades, des lotissements, etc. Le sentiment du chaos se conjugue avec la répétition à l’infini de formes dénuées d’intérêt. Ce que l’exposition nous met sous les yeux, souvent avec brio, n’est rien d’autre qu’une extension de la laideur. Les passants paraissent dépossédés des choix qui les concernent. C’est ainsi que Laurent Kronental livre la photo accablante d’un vieil homme perplexe dans les délires de béton de Noisy-le-Grand. De nombreuses vues expriment douloureusement la propension de l’architecture et de l’urbanisme à s’appliquer trop souvent de façon unilatérale sur le territoire et sur les populations. Seuls quelques cas isolés comme Albert Giordan ou Tom Drahos recherchent encore des jouissances modernistes dans les surprises géométriques d’un parking de supermarché désert ou dans la succession des bandes blanches des passages piétons.

Là où les photographes sont les plus convaincants, c’est probablement dans certaines vues paradoxales où des infrastructures inquiétantes côtoient la bonne humeur des habitants. Citons par exemple Jürgen Nefzger. Il montre un inoubliable pêcheur installé au bord de l’eau dans un transat et surveillant ses cannes, juste en face de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine. À côté, le même auteur présente des baigneurs heureux en famille sur la plage jouxtant la centrale de Penly. C’est gai, tranquille et un peu angoissant.

En dépit de tous les talents rassemblés, l’exposition peine cependant à atteindre le but ambitieux de nous permettre d’appréhender les changements de la France. D’abord, il y a des questions de forme. Les cartouches et surtout le catalogue ont tendance à beaucoup emprunter à la novlangue de l’art contemporain. En quoi consiste, par exemple, la proposition de « partir de l’homophonie existant entre lettre et l’être » ? Que faut-il vraiment comprendre par « territoire ductile » et « France liquide », expressions revenant sans arrêt ? On s’étonne aussi de l’enchaînement de certaines photos. Ainsi, au détour d’une cimaise, apparaît une vue des bords du lac Léman. Elle est prise en saison balnéaire par Bertrand Stofleth. À l’arrière-plan, on devine le château de Montreux. La photo s’avère une vue de Villeneuve, commune suisse du canton de Vaud. S’agit-il d’une erreur ou d’un choix dont les raisons sont difficiles à percer ?

Une préférence à l’évitement

Certaines photos paraissent plus relever de la mise en scène artistique que du témoignage. C’est le cas par exemple d’une série de clichés d’Elina Brotherus, où une sorte de mystique chelou en manteau rouge prend d’étranges bains de pieds dans un choix d’étangs. Marion Gambin présente également un curieux couple daté de 2013. Habillés dans un style kitsch inspiré des années 1960, l’homme et la femme sont extatiques l’un et l’autre. Ils font semblant de faire le plein d’essence de leur impeccable voiture dans une station-service parfaitement propre et déserte. Avec cette photo, on entre de plain-pied dans l’irréalité non dénuée de charme de la photographie plasticienne. Mais est-on dans un « paysage français » ?

Les évolutions qui auraient le plus intéressé le visiteur sont sans doute celles qui transforment actuellement certains territoires. Je veux parler, en particulier, de la nouvelle géographie sociale de la France, et notamment celle ayant trait à l’immigration, à la France périphérique, etc. Quelques photographes abordent utilement ce sujet. C’est le cas de Jean Revillard, qui n’a pas son appareil dans sa poche et qui livre la photo grand format d’un habitacle de fortune sous la neige. Cependant, la plupart des photographes concernés donnent le sentiment d’éviter les sujets sensibles. Par exemple, Julien Chapsal consacre une série à « Calais » où il ne montre que dunes et espaces naturels. Les migrants dont il voudrait nous parler, semble-t-il, sont tous hors champ. Le commentaire d’accompagnement précise avec optimisme : « Si l’humain en est absent, les lieux pourtant transpirent de sa présence. »

Cyrille Weiner, quant à lui, présente une photo panoramique des tours de Nanterre en 2008. La personne au premier plan, représentant les habitants de cette commune des Hauts-de-Seine, est un dénommé Roger. Il se promène là, tranquillement, avec un cheval de trait. Il semble heureux de se livrer à une activité agreste non identifiée. Cette magnifique photo, évidemment, n’est pas truquée, et elle nous montre un aspect insoupçonné et bien réel de Nanterre. Mais est-il raisonnable de s’appuyer sur un cliché de ce genre pour penser les évolutions de la France ?

Au total, l’exposition va trop souvent dans le sens de l’évitement. Il en résulte une vision lisse et peu problématisée de notre pays. C’est sans doute dommage. Je dois pourtant reconnaître que malgré cela, et peut-être même à cause de cela, j’ai pris beaucoup de plaisir à me promener dans ces « Paysages français ».

« Paysages français, une aventure photographique, 1984-2017 » à la Bibliothèque nationale de France, à Paris, jusqu’au 4 février 2018. 

Les particules élémentaires

Price: ---

0 used & new available from

Quand Churchill met nos « élites » face à leurs démissions

0
Gary Oldman incarne Winston Churchill dans "Les Heures sombres" de Joe Wright (2017).

La sortie du film Les Heures sombres consacré au Churchill des mois de mai et juin 1940 a provoqué un peu d’agitation dans le mainstream intellectuel français. Le Monde et Télérama en tête ont pincé le nez devant « ce film raté » et ce « navet hagiographique et patriotique ». Jean-Paul Brighelli, et d’autres avec lui, ont vu dans ces réactions une forme de rejet primaire. Je crois qu’ils ont tort, ceux qui se proclament les élites ont parfaitement vu le danger et analysé la force politique de l’œuvre.

« Nous ne nous rendrons jamais »

Grâce à la VOD (vidéo à la demande), la trêve des confiseurs m’a permis d’éponger un peu mon retard et c’est ainsi que j’ai téléchargé (légalement), Dunkerque, le film de Christopher Nolan sorti au début de l’été dernier. J’étais un peu méfiant à cause des commentaires de mes chers amis les historiens militaires qui sont tous de grands malades. Ça râlait ferme au sein de la secte, à cause de l’absence totale des Français dans le film, qui faisait effectivement l’impasse sur leur résistance qui avait considérablement aidé à l’évacuation des troupes anglaises. Prévention infondée, le film est remarquable, et s’il développe le point de vue anglais au niveau de la troupe, les Français, quoiqu’indirectement, sont présents. Ne serait-ce qu’avec la réplique sublime de l’amiral britannique, joué par le non moins sublime Kenneth Branagh, qui, constatant son devoir accompli avec l’évacuation terminée sur son secteur et malgré la captivité qui l’attend, refuse d’embarquer en disant : « je reste pour les Français ». Ma fibre patriotique étant facile à solliciter, j’étais dans des dispositions particulièrement réceptives, quelques jours plus tard, en allant voir le Churchill de Joe Wright.

On rappellera bien sûr l’ahurissante performance de Gary Oldman capable de nous persuader que c’est bien Churchill qui joue son propre rôle ; la classe de la réalisation, qui mélange avec virtuosité, intimisme familier et solennité ; et la collection de morceaux de bravoure comme autant de friandises, dont le discours « we shall never surrender » aux communes. Qui donne envie de se lever et de chanter. Parce que rosbifs et grenouilles ensembles, nous savons bien que c’est le dernier qui chante qui a raison.

Alors, il ne faut pas bouder son plaisir, et suivre encore une fois l’homme au cigare quand il nous dit qu’il faut avoir des goûts simples et se contenter du meilleur.

Mais ce qu’il faut d’abord retenir de ce film, c’est son étonnante force politique. Au contraire de ce que raconte les commentaires mesquins des organes de la Doxa. Cette œuvre est certes hagiographique et patriotique, mais tout en finesse et contradictions.

Churchill, une leçon politique

La leçon politique est celle qui démontre subtilement pourquoi en juin 1940 la bourgeoisie et les élites françaises ont capitulé et trahi, et comment une partie de l’élite britannique, en résonance avec son peuple a fait le choix inverse, point de départ du chemin qui aboutira à aller, cinq ans plus tard, tuer la bête dans sa tanière.

La majorité au pouvoir en 1940 en Angleterre est celle des conservateurs qui, pour mener la guerre déclenchée par l’invasion allemande de la Pologne en septembre 1939, a maintenu sa confiance à Neville Chamberlain, pourtant l’homme de Munich et de la politique « d’apaisement » avec Hitler. Dans leur grande majorité, les conservateurs se défient de Churchill qui appartient certes à leur monde, mais leur apparaît comme un aventurier et un ivrogne. Ce qu’il est d’ailleurs probablement. C’est donc l’appui des travaillistes qui veulent un cabinet d’union nationale qui lui permet d’être désigné par le roi. Churchill est intronisé le 10 mai 1940, le jour du déclenchement de l’offensive allemande. Au bout de quelques jours, la défaite sur le continent est consommée. Les élites économiques et politiques anglaises sont terrorisées et persuadées que la défaite et l’invasion de leur île sont inévitables. Elles essaient compulsivement de convaincre Churchill de négocier et, à défaut, veulent le renverser en propulsant le défaitiste Hallifax pour sauver ce qui peut l’être. C’est-à-dire leurs intérêts étroits. Survivre en tant que caste au prix de la honte et de la servitude du plus grand nombre si nécessaire.

Reproches infondés

Churchill, quoiqu’il ait probablement eu des hésitations face à toutes ces pressions du milieu dont il est issu, résiste et refuse. Parmi les reproches grotesques faits au film il y en a deux qui montrent jusqu’où peut aller l’ignorance. D’abord celui qui prétend qu’il ne montre que les élites et que le peuple en est absent. Alors qu’on ne voit que lui, mais présenté avec intelligence et subtilité. Comme le plan, le même que dans Dunkerque, où l’on voit sur la Manche, l’immense flottille des vaisseaux civils venus chercher leurs soldats. Ou lors de la magnifique séquence du métro, brillante métaphore de la rencontre et de l’accord de cet homme avec son peuple. Il y fait d’ailleurs l’aveu « qu’il a la larme facile », ce qui m’a permis de constater que j’étais quelqu’un dans le genre de Churchill…

L’autre reproche fait au film est que son portrait n’en montrerait pas les failles. Pauvres ignares obtus, on ne voit qu’elles ! Béantes. Comme lorsqu’il exprime à sa secrétaire son aversion pour Hitler, « ce tyran, ce voyou, cette brute… ce….ce… peintre en bâtiment… ». Le retour implacable, à ce moment précis, du mépris social qui vient quand même s’accrocher à l’amour de la liberté. Et la leçon politique est bien là, que donne le spectacle de cette élite britannique qui, brutalisée par l’un des siens et poussée par son peuple, refusera la capitulation et partant la trahison. Le fait que certains se soient sentis relativement protégés par un fossé antichar de 30 km de large ne change rien. Sans oublier que ce peuple britannique, qui avait fait confiance à l’aristocrate Churchill pour le conduire pendant la guerre, le congédiera dès la paix revenue.

La trahison des clercs obscurs

Que notre bourgeoisie et nos élites, qui pratiquent depuis si longtemps la culture de la soumission, détestent ce film, c’est tout à fait normal. Quatre présidents de la République successifs, le dernier, contre toute évidence politique et ne rechignant pas devant l’insulte, nous ont martelé que « Vichy c’était la France ». Proposition obscène nécessitée par la poursuite d’un projet européen sous domination allemande, et pour lequel, comme le dit très bien Bertrand Renouvin, fils de Compagnon de la Libération, on nous présente « des criminels vaincus érigés en victimes. Des vainqueurs désignés comme coupables ».

A lire aussi: Le Churchill « patriotique » que Le Monde et Télérama n’ont pas aimé

La bourgeoisie et les élites françaises avaient fait dès 1938 le choix de la défaite. Quoiqu’excessive et un peu sotte, le slogan : « plutôt Hitler que le Front populaire » renvoyait à une réalité, dont on trouvera une expression déjà très claire dans L’étrange défaite de Marc Bloch. Ce choix débouchera sur la défaite militaire, la capitulation et la trahison. Les élites anglaises ont fait le contraire. Le 18 juin 1941, dans son discours du Caire, Charles De Gaulle, parlant des Français, nous dira en quatre phrases définitives qui étaient ces gens et ce qu’il s’était passé.

« Le 17 juin 1940, disparaissait à Bordeaux le dernier gouvernement régulier de la France. L’équipe mixte du défaitisme et de la trahison s’emparait du pouvoir dans un pronunciamento de panique. Une clique de politiciens tarés, d’affairistes sans honneur, de fonctionnaires arrivistes et de mauvais généraux se ruait à l’usurpation en même temps qu’à la servitude. Un vieillard de 84 ans, triste enveloppe d’une gloire passée, était hissé sur le pavois de la défaite pour endosser la capitulation et tromper le peuple stupéfait. »

Depuis le départ de Charles de Gaulle, les élites françaises n’ont eu de cesse de se débarrasser de cette réalité pour elles insupportable. À coups de révisionnisme historique, de quolibets contre « le mensonge gaulliste, et le roman national », de déformations et d’oublis calculés, on a tenté de nous imposer l’image d’une France, pays vaincu et sans avenir, devant prendre modèle sur son voisin allemand si efficace.

« L’équipe mixte du défaitisme de la trahison »

Dans un livre remarqué, publié en 2012, De quoi Sarkozy est-il le nom ?, Alain Badiou avait parlé de « pétainisme transcendantal ». Beaucoup avaient fait semblant de le comprendre comme une comparaison de Sarkozy à Pétain. Ce qui était complètement faux. Il mettait, à sa façon souvent pénible, le doigt sur la réalité d’un trait de la bourgeoisie française capable de trahir pour la préservation de ses intérêts étroits : « disposition nationale ancienne, qui avait fait ses preuves en 1815 au moment de l’invasion étrangère et de la Restauration, et en 1870 au moment de l’invasion prussienne et de la capitulation des « républicains ». »

Le pétainisme, c’est donc « l’équipe mixte du défaitisme de la trahison ». Merci à nos amis « britishs » de nous avoir rappelé brillamment que, « transcendantale » ou pas, l’on n’était jamais obligé de s’y soumettre.

L'étrange défaite

Price: ---

0 used & new available from

Mémoires de guerre: Tome 1, 1919-Février 1941

Price: ---

0 used & new available from

Vichy, Londres et la France

Price: ---

0 used & new available from