On accable notre Université d’une mission impossible qui est d’accueillir tous les bacheliers et notamment ceux qui sont refusés par les Instituts universitaires de technologie (IUT) et les classes préparatoires aux Grandes Écoles (CPGE). Absurdité du système. À la rentrée, les Travaux dirigés (TD) – du moins les miens – sont à 80 étudiants, pour des salles de 25. Ils sont assis par terre dans les allées et dans les couloirs. Il faut laisser la porte ouverte pour qu’ils entendent les cours. Au secrétariat où je vais réclamer une salle plus grande, on me dit de patienter : dans deux mois les effectifs tomberont à 25. En 10 ans de Deug (L1 et L2 aujourd’hui) à Paris I-Tolbiac, cela s’est toujours confirmé.

L’Université n’est pas un second lycée

En amphi, c’est le même problème. Sur les 300 inscrits à mon cours d’épistémologie pour les étudiants d’arts plastiques, très peu sont capables de suivre, malgré mes efforts de clarté. Je vois bien qu’ils ne comprennent rien ou plutôt que ça ne leur parle pas, ce qui n’est pas la même chose. Les étudiants, qui sont généralement intellectuellement capables, n’ont pas les moyens culturels de suivre un enseignement universitaire. Ils n’ont même pas, pour la plupart, le niveau d’un vrai bac et les deux premières années d’université ne peuvent qu’être, au mieux, des années de mise à niveau. Ces années ne relèvent donc pas de l’Université, mais bien de l’enseignement secondaire.

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Alors quelle solution ? Certainement pas une sélection à l’entrée de l’Université, impossible à définir. Elle ferait double emploi avec le baccalauréat et serait de toute façon inacceptable par l’opinion publique.

Il faut être plus simple et plus radical et mettre les étudiants en mesure de suivre des enseignements universitaires. Dans leur propre intérêt, mais aussi dans l’intérêt de l’Université, laquelle a besoin d’étudiants capables. L’Université ne doit pas être un service d’assistance publique pour étudiants refusés ailleurs, mais un lieu de recherche et d’enseignement par la recherche.

Un nouvel échelon entre lycée et Université

Le besoin est donc d’intercaler entre les lycées et l’Université un échelon d’enseignement spécifique, qui conduise les étudiants au niveau leur permettant de suivre des enseignements universitaires. En somme, des sortes de collèges universitaires. Avantages de ces collèges ?

  1. Ils peuvent être installés dans des lycées et regrouper les Terminales des lycées et les deux premières années d’Université et fonctionner sur le modèle des classes préparatoires aux Grandes Écoles (CPGE). En gros, des CPGE ouvertes à tous les titulaires d’un baccalauréat, dès lors délivré en classe de Première.
  1. Ces établissements, de type second degré supérieur, peuvent être multipliés. Un, deux ou trois par département. L’enseignement, confié principalement à des agrégés (qu’il faut arrêter de nommer en collège) et non à des enseignants-chercheurs puisqu’il ne s’agit que de mise à niveau et non d’un enseignement par la recherche.
  1. Le nombre des Universités, ainsi ramenées à leurs missions essentielles, pourrait être réduit et les budgets renforcés (puissamment) pour leurs missions essentielles : recherche et enseignement par la recherche. Il y a 70 universités en France. Il est impossible d’avoir 70 universités de haut niveau.

En premier cycle à Paris I, la faiblesse culturelle des étudiants interdit de faire des cours de niveau universitaire. Les étudiants s’en rendent bien compte et les deux tiers abandonnent en milieu du premier trimestre. Mais lorsque nous arrivons en troisième année (L3), l’arrivée des étudiants venus des classes préparatoires des lycées autour de la Sorbonne change tout. D’un seul coup nous retrouvons des étudiants capables d’étudier. Cultivés (suffisamment) et bien motivés.

Alors la solution vient d’elle-même : des CPGE (adaptées) pour tout le monde. En trois ans avec des sorties honorables à chaque fin d’année.

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Agrégé et docteur en philosophie