Le message du pape François sur les migrants, rédigé le 15 et publié le 21 août, est tellement caricatural, tellement détaché des réalités géopolitiques d’aujourd’hui, qu’on pourrait croire à un faux, un pamphlet concocté sur-mesure pour rendre haïssables la papauté et toute la chrétienté avec elle. Qu’on en juge par la seule phrase : « Il faut faire passer la sécurité personnelle (des migrants) avant la sécurité nationale », écrite deux jours après les sanglants attentats de Catalogne !

Y a-t-il un pilote dans l’avion?

Cet appel à l’invasion de l’Occident par des populations qui dans leur immense majorité ne sont pas chrétiennes est contraire à toute la tradition théologique du christianisme. On dirait que ce texte ahurissant a été rédigé par un homme qui ne sait pas qu’il est le chef du catholicisme et doit veiller à ses intérêts et à sa propagation. Le mouvement initial du christianisme est centrifuge : à la fin de son passage sur terre, le Christ dit à ses apôtres : « allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Mathieu, 28, 19-20). L’esprit de conquête s’est certes émoussé aujourd’hui, les chrétiens ne pratiquent plus la conversion que par la douceur et la conviction, à l’inverse de l’islam radical qui reste conquérant par le sabre, l’épée et les voitures des écraseurs. Mais voilà qu’un pape propose un étrange mouvement centripète : que toutes les nations non-chrétiennes viennent s’installer en Europe !

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Le beau film de Scorsese Silence a été mal compris. Les missionnaires jésuites qui partirent à l’assaut du Japon eurent certes quelques succès dans la propagation de cette religion étonnante qui est la seule à proposer un amour passionnel entre Dieu et sa créature. Mais ils se heurtèrent à un Japon très raffiné, très sûr de lui, convaincu de l’excellence de sa civilisation. En sortant de la salle de cinéma, je me demandais si Scorsese avait fait un film sur l’héroïsme des martyrs jésuites ou sur la noblesse de la résistance identitaire du Japon. Rappelons que le Japon d’aujourd’hui refuse fermement toute immigration, surtout musulmane. On peut se promener en paix sur les trottoirs de Tokyo ou Nagasaki, aucun bolide islamiste ne viendra démantibuler les passants et mêler à l’asphalte leurs chairs et leurs os écrasés.

Souverain poncif

Le texte puéril du pape oublie complètement la théologie de la Rédemption et le problème du mal. Le Christ est venu pour nous racheter du péché et nous arracher au mal à condition que nous nous tournions vers lui et devenions l’un de ses disciples. Le Christ nous donne le salut si, agissant en toute liberté, nous choisissons de le suivre. Le pape devrait se soucier de l’âme et du salut éternel des migrants avant de se soucier de leur salut temporel. Il devrait donc exiger que ceux-ci se convertissent avant de poser le pied en Europe. L’Eglise catholique est encore riche, avec un peu de logistique et d’organisation, elle pourrait envoyer partout des flottilles chargées de curés et de moines convertisseurs. Le processus d’intégration serait accéléré, car on ne débarquerait sur les ports de la côte nord de la Méditerranée que des voyageurs chrétiens.

Mais le pape a lui-même bouché cette issue raisonnable (la conversion au christianisme des candidats à l’immigration) en déclarant dans le même message : « L’intégration n’est pas une assimilation qui conduit à supprimer ou à oublier sa propre identité culturelle ». La religion d’un peuple fait partie de son identité culturelle, il me semble. Le pape (ou la personne suspecte qui a écrit ça) tombe en plein dans « l’équivalencisme » contemporain. Tout se vaut. Le rap vaut Beethoven, les tags n’ont pas moins d’importance que Delacroix, Christine Angot c’est kif kif Marguerite Yourcenar ou Simone Weil, les femmes voilées manifestent leur liberté avec autant de force que les femmes « en cheveux », comme on disait au temps de ma mère.

La position démissionnaire

Pourquoi imposerait-on le christianisme aux nouveaux-venus dont certains ont déjà leurs respectables traditions religieuses et culturelles, comme l’excision ou l’assassinat des apostats ? François déclare que tout se vaut, donc François ne croit pas à la supériorité du christianisme ! C’est comme si M. Michelin parcourait les rues de Clermont-Ferrand en voiture montée sur pneus Dunlop. Il faut que le soi-disant chef de l’Eglise catholique change de job au plus vite. Reviens Benoît XVI, ton successeur est devenu fou ! Toi au moins tu avais eu l’audace de poser l’épineux problème des rapports entre l’islam et le mal.

Je ne reviendrai pas sur les arguments contre l’immigration de masse que tout le monde connaît : ses liens évidents avec le terrorisme, les dépenses énormes que doivent assumer les Etats pour entretenir, loger, déloger et reloger ces hôtes qui se sont eux-mêmes invités, la peur identitaire des autochtones qui se voient dépossédés de leur territoire. Je conclurai plutôt par une autre remarque d’ordre théologique. L’archétype de la trahison absolue, c’est le berger qui vend ses moutons aux loups, le chef qui passe secrètement à l’ennemi, l’archange divin qui devient le chef des troupes du mal. Il a beaucoup été question ces jours-ci du « Malin », à propos de la dernière phrase qu’a prononcée le père Hamel avant d’être égorgé. De plus extrémistes que moi pourraient insinuer qu’il circule dans les couloirs du Vatican un bien étrange personnage, qu’un drôle d’oiseau délivre le jour de l’Assomption des messages bien peu inspirés par la Vierge. « La plus belle des ruses du Diable est de vous persuader qu’il n’existe pas », disait plaisamment Baudelaire.