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« Islamophobie »: les bobards de M. Boubakeur


Dans Le Point, le recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, « s’insurge contre les intellectuels, les médias et les politiques qui nourrissent la peur et l’islamophobie ».


La tribune de M. Boubakeur dans Le Point du 22 mars est désespérante. Voilà encore reprise, avec tous ses poncifs et toutes ses malhonnêtetés, la bouillie manichéenne, communautariste et contre-productive qui semble être devenue la norme de pensée des musulmans invités à s’exprimer dans les médias. Le « nous » et le « eux » ; la population majoritaire coupable, irrémédiablement, et les musulmans victimes, éternellement.

Rien n’y manque, pas même les mots pourtant si galvaudés d’ « amalgame » et de « stigmatisation ». Ni bien sûr la référence à l’ « islamophobie » qui « gangrène » la France, révélée tant par l’ « affaire du foulard » de Creil en 1989 que par les débats provoqués par les « prières de rue » ou même la « burqa », étendard s’il en est de l’idéologie la plus obscurantiste.

L’islam n’a rien à voir avec l’islamisme

En revanche, aucune réponse à ces faits eux-mêmes, pourtant constitutifs du problème de la pratique religieuse de certains musulmans aujourd’hui. Rien sur l’Etat islamique, sur le wahhabisme, sur les Frères musulmans, et sur les milliards investis par les théocraties propageant l’islam fondamentaliste, intolérant et conquérant partout dans le monde.

Rien non plus sur la haine montante de nos fameux « territoires perdus », où, pour un certain nombre d’habitants, Mohamed Merah n’est pas un monstre mais un héros et les assassins terroristes, des « résistants ».

M. Boubakeur oppose une fin de non-recevoir aux liens entre islam et islamisme, là où de nombreux spécialistes du monde musulman démontrent ou témoignent du fait que les préceptes invoqués par les fondamentalistes pour massacrer les « infidèles» procèdent d’une lecture ­ littérale ­ du Coran lui-même : les poètes syriens Adonis[tooltips content= »Violence et islam, Seuil, 2015. »]1[/tooltips] et Omar Youssef Souleimane[tooltips content= »Le Petit Terroriste, Flammarion, 2018. »]2[/tooltips], ancien salafiste éduqué dans une école wahhabite en Arabie Saoudite, le lanceur d’alerte et ex-Frère musulman français Mohamed Louizi,[tooltips content= »Pourquoi j’ai quitté les Frères musulmans, Michalon, 2016. »]3[/tooltips] le grand écrivain algérien Boualem Sansal.[tooltips content= »Grand prix du roman de l’Académie française en 2015 pour 2084 (Gallimard). »]4[/tooltips] Le très respecté Ibn Warraq[tooltips content= »Chercheur et co-fondateur de l’institut Inârah pour la recherche sur l’histoire de l’islam naissant et le Coran (Université de la Sarre), auteur notamment de « Pourquoi je ne suis pas musulman » (1995). »]5[/tooltips] vient tout récemment de décrypter ces liens dans L’Islam dans le terrorisme islamique.[tooltips content= »Traduction française à paraître en avril 2018 aux éditions Tatamis. »]6[/tooltips]

Tout cela constitue des faits, et non des opinions ; des constats, et non des insultes ou des slogans politiques. M. Boubakeur le sait, mais choisit de dérouler un discours de culpabilisation et de victimisation, dans la droite ligne de celui des Frères musulmans.

L’escroquerie « islamophobie »

Il est inenvisageable qu’un homme comme M. Boubakeur ignore la perversité de cette propagande. Forgé par l’islam politique, ce concept d’ « islamophobie » vise à créer une confusion entre, d’une part, la critique de l’islam, autorisée voire encouragée dans une culture comme la nôtre fondée sur la raison, et d’autre part la haine des musulmans, pénalisée et réprouvée par cette même culture. En anathémisant toute critique de l’islam, les Frères musulmans, cette association secrète et très puissante principale promotrice du concept, cherche à faire progressivement accepter les dogmes et préceptes les plus contraires à nos valeurs humanistes et libérales ; ils ne font guère mystère de leur objectif ultime, la « mise en orbite d’une société islamique »[tooltips content= »Cf. Ahmed Djaballah, animateur de l’UOIF, en 1991 : « L’UOIF ? Le faux-nez français des Frères musulmans », « une fusée à deux étages : le premier étage de lancement est démocratique, le second sera de mettre la société islamique sur orbite », in Une France sous influence: quand le Qatar fait de notre pays son terrain de jeu, de Pierre Péan et Vanessa Ratignier (Fayard, 2014). »]7[/tooltips]. Et de fait, partout où il s’est déployé avec succès, l’islamisme interdit la liberté de conscience, d’expression, et en définitive toute liberté. C’est sous l’influence d’un groupe de pays islamiques que l’ONU adopta en 2009 une résolution en faveur de la poursuite de la « diffamation des religions », comprenez, la répression pénale du blasphème ; mais c’est aussi dans ces pays-là que cette pénalisation est un outil d’oppression des minorités.

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Ce réquisitoire, dans la bouche d’un petit soldat de l’islam fondamentaliste, ne surprendrait guère. Mais il est particulièrement préoccupant dans celle de M. Boubakeur, éduqué dans les meilleures écoles de la République, blanchi sous le harnais de la raison critique, et connaisseur de l’Histoire des idées politiques en Occident ; un homme qui est passé au fil des années pour un défenseur du dialogue inter-confessionnel, au point de devenir un interlocuteur des pouvoirs publics.

Dalil Boubakeur témoigne de la progression de l’islamisme

La reprise de cette rhétorique-ci par cet homme-là donne la mesure de la progression de l’islamisme. Certes, ce discours tout en passions et en promesses, alternant les vertus enivrantes de l’amour (de soi et de ses pairs) et de la haine (des autres), où l’on choisit sa vérité en s’affranchissant de la réalité, possède un potentiel de galvanisation autrement plus puissant que notre rigoureuse rationalité.

Mais nous, Français, avons goûté aux deux formules ; nous savons que la première mène à l’obscurantisme et au malheur, et la seconde à la liberté, seule voie vers le bonheur et l’accomplissement de soi. C’est l’esprit critique, c’est-à-dire le recul pris sur nos propres idées et les modes de pensée qui façonnèrent notre société pendant des siècles, qui nous ouvrirent le chemin de la connaissance, de la liberté et de la tolérance ; qui fit de nous une nation civilisée. Notre identité culturelle est sans doute perfectible, les valeurs qu’elle prétend incarner ne sont pas toujours respectées en pratique ; mais comme le dit la sociologue Nathalie Heinich, « une valeur est une visée, pas un fait » ; et cette « visée » bénéficie aussi à nos compatriotes musulmans.

La France raciste de Dalil Boubakeur…

Il existe encore en France des obstacles puissants à la progression du poison séparatiste islamiste. Les Français connaissent bien les musulmans, pour vivre avec eux depuis longtemps, et appréhendent le fait religieux avec recul et finesse, sachant bien que les fidèles de toute religion n’en ont souvent qu’une connaissance superficielle. Et quand les musulmans qu’ils côtoient leur assurent que l’islam n’a rien à voir « avec tout cela », ils ne leur donnent pas forcément raison mais ne les soupçonnent pas nécessairement de mentir. Ils savent que, quand les musulmans sont interrogés sur les commandements les plus cruels du Coran (la main du voleur coupée, la femme adultère lapidée, l’apostat condamné à mort, le djihad y compris offensif devoir sacré, le leitmotiv de l’antisémitisme), la déférence de certains musulmans pour la parole de leur Dieu et du prophète de celui-ci les empêche d’émettre la moindre critique sans ressentir la terrible culpabilité du blasphémateur ; mais pour autant, la plupart d’entre eux ne songerait pas à appliquer réellement les commandements susmentionnés, ne serait-ce que parce qu’ils ont développé des liens d’amitié profonds et généreux, quasi-familiaux, dans la plus pure tradition proche-orientale, avec nombre de non-musulmans qu’ils ont côtoyés en Afrique ou en Europe. Contrairement aux islamistes, à ces musulmans qui haïssent tous les autres, y compris ceux qu’ils jugent moins bons croyants qu’eux, et qui, eux, prétendent appliquer le Coran à la lettre, avec tout l’enthousiasme de la haine.

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Le refus du dialogue, la critique du principe même du dialogue s’agissant de l’islam, recèle bien plus de dangers pour les musulmans que toutes les tribunes et déclarations des « journalises, intellectuels et hommes politiques » fustigés par M. Boubakeur.

Face à cela, le discours victimaire, déresponsabilisant que reprend à son compte M. Boubakeur est aussi un discours d’enfermement des musulmans dans une impuissance à agir sur leur propre sort, particulièrement efficace dans les quartiers où les immigrés ne côtoient plus la population majoritaire (en ce compris les musulmans intégrés) : si rien n’est de leur faute, que peuvent-ils donc changer ? A quoi bon les efforts, réussir dans ses études, aller à la rencontre de la société majoritaire et chercher à s’y intégrer, si ces initiatives sont vouées à l’échec, si les Français sont tous racistes et ne les accepteront jamais ?

…et la France telle qu’elle est

Mais ce que dit M. Boubakeur n’est pas la vérité. La société majoritaire n’est pas raciste. Elle est ouverte, tolérante, et les études, y compris celles qui émanent des organisations les plus hostiles au modèle français d’intégration, le confirment : comme l’indique M. d’Iribarne dans son analyse du rapport de l’Agence des Droits fondamentaux de l’UE sur les discriminations, « ceux [des musulmans] qui affirment que les musulmans en général sont discriminés sont beaucoup plus nombreux que ceux qui se déclarent discriminés personnellement. (…) en France, 75 % des musulmans déclarent qu’il existe une discrimination sur la base de la religion alors que seulement 20 % déclarent s’être sentis personnellement discriminés sur cette base au cours des cinq dernières années ». En d’autres termes, quatre musulmans sur cinq ont pu faire leur chemin dans la société française sans subir de discrimination. Non pas qu’il n’y ait aucun raciste en France ; mais la société française dans son ensemble a intégré pleinement le caractère dangereux et moralement inacceptable du racisme, de sorte que tout acte raciste provoque une condamnation collective immédiate. Même le Front national craint tellement l’effet électoral défavorable que pourrait avoir un tel anathème qu’il se sent obligé de dénoncer avec force fracas médiatique les propos racistes de l’un de ses cadres.

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C’est d’ailleurs en misant sur cette réaction épidermique au racisme, et en maquillant en racisme la critique d’une religion – qui rappelons-le, n’est jamais qu’une opinion – que l’islam politique a promu le concept d’ « islamophobie » dans les pays occidentaux.

Sauver les musulmans de Dalil Boubakeur

Mais toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, notamment celles qui contredisent l’utopie néo-antiraciste post-moderniste et la haine de soi qui la sous-tend (analysée par Paul Yonnet dès 1993[tooltips content= »Voyage au centre du malaise français, l’antiracisme et le roman national, coll. le Débat, Gallimard, 1993. »]8[/tooltips]). Servant à la fois l’idéologie révolutionnaire de l’extrême gauche, les objectifs capitalistes de l’élite mondialisée (qui y voient le meilleur moyen de faire accepter une immigration massive permettant de maintenir les salaires au plus bas), et les desseins séparatistes des islamistes, cette intoxication idéologique qu’est la croyance en une France ontologiquement raciste est abondamment entretenue, infusant la suspicion entre Français d’origine et ceux issus de l’immigration, dévastant le modèle intégratoire dont l’Histoire a démontré qu’il est, seul, pacificateur et viable.

S’il faut sauver les musulmans de France, c’est des discours comme celui de M. Boubakeur. C’est de la croyance en une « islamophobie » généralisée, de l’impossibilité de la critique de l’islam, critique qui n’est pas une façon d’exclure les musulmans mais de les inclure dans une société qui n’est ce qu’elle est, et qui ne leur donne ce qu’elle leur donne, que parce qu’elle a su elle-même s’émanciper du carcan religieux et de tout ce que celui-ci comportait de méfiance et de repli sur soi.

On respecte mieux les musulmans par la critique de l’islam et de ses pratiquants fondamentalistes, y compris lorsqu’on rappelle que l’islam porte hélas en lui le germe de l’extrémisme, que ne le fait M. Boubakeur avec ses mièvreries infantilisantes. Beaucoup de musulmans, insuffisamment médiatisés mais nombreux en France et dans le monde, se sont lancés dans ce combat et ne se sentent nullement représentés par M. Boubakeur. Eux savent que cette critique porte un espoir, celui que l’islam se débarrasse de l’islamisme, et une conviction, celle que les musulmans sont capables de comprendre la nécessité de cette évolution, qu’ils sont bien assez clairvoyants pour cela. Nous aimerions que M. Boubakeur lui aussi en soit convaincu.

Stéphane Audran, mort de la séduction

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L’actrice Stéphane Audran, égérie de Claude Chabrol, est décédée à l’âge de 85 ans. Chacune de ses apparitions était un choc pour le spectateur.


Quand un fantasme des années 1970 disparaît, au-delà de l’abandon, il y a ce sentiment de terre brûlée. Comme si la pellicule de nos souvenirs se rongeait, chaque jour, un peu plus sous l’effet du temps dérisoire et des modes idiotes. Grignotée par l’amertume et la tristesse, notre vieille bobine intérieure ne tourne plus rond. Bientôt, elle partira en poussières. Notre monde d’avant, notre cinéma-Paradiso, s’auto-détruit à une vitesse que nous ne pensions imaginer. Tout s’est détraqué depuis deux ou trois ans.

Adieu jeunesse

La liste de nos maîtres et nos maîtresses qui ont pris la fuite s’allonge inexorablement. Notre quarantaine rugissante prend des coups sur la tête sans que l’on puisse réagir et sans avoir les moyens de stopper ce manège infernal. Nous sommes sonnés comme si notre jeunesse que l’on croyait naïvement éternelle, perdait ses repères essentiels. Il serait juste aujourd’hui d’évoquer sa filmographie dans le détail, ses succès, ses récompenses, de rappeler ses premiers bains de pied dans la « Nouvelle Vague », son mariage éphémère avec Jean-Louis Trintignant et puis ce long compagnonnage avec Claude Chabrol. Nous n’en avons ni la force, ni l’envie. Ce serait trahir notre pensée, biffer nos années d’apprentissage dans les provinces reculées de France, moquer notre romantisme d’alors. L’image de cette femme fatale ne se résumera pas en dates et en chiffres ici. Elle ne se découpera pas en périodes à l’usage de gâteux cinéphiles qui fichent l’existence dans des étagères métalliques. Cet après-midi, si les films se mélangent, la puissance érotique de Stéphane Audran demeure.

Une dame de séduction massive

Pourquoi le cacher ? Chacune de ses apparitions provoquait chez les adolescent-e-s, une secousse tellurique suivie d’une dangereuse apnée. Comment encore respirer devant l’indicible ? Ce serait une effroyable faute de goût. Cette beauté froide et mystérieuse inspirait des sentiments contradictoires, la distance et l’attachement, le désir et l’angoisse. Elle jouait avec nos nerfs. Son charisme ne s’expliquait pas. Il explosait sur l’écran, c’est tout. Elle figeait notre subconscient avec cette insolence crâne et ces manières de bourgeoises plus folles que discrètes. Audran a grandement facilité le travail des réalisateurs. En fait, avec elle, peu importait l’inspiration, la qualité du scénario, le placement de la caméra, lorsqu’elle plantait son regard dans l’objectif, nous étions déjà ivres d’elle. Fascinés et perdus.

Dans cette opération de séduction massive, son physique comptait bien sûr, yeux de biche, port altier, poitrine haute, bouche légèrement boudeuse, toujours un peu dégoûtée et cette couleur de cheveux, rousseur démoniaque qui nous fit oublier pendant longtemps les blondes diaphanes et les brunes cuivrées. Les rousses laboureraient désormais notre cœur fragile. Nous lui en fîmes la promesse.

Une femme au-dessus

Après ce premier choc visuel, quel enchantement d’entendre sa voix à basse fréquence, presque blessante, avec dans cette agressivité naturelle, une pointe de morgue. Un délice à l’oreille. Un coup de fouet dès qu’elle entrouvrait les lèvres. Cette sacrée bonne femme brouillait les genres en installant le doute. Ce que l’on reproche aux actrices actuelles, c’est leur transparence abyssale, leur parole aussi lisse que leur jeu, leur normalité en somme. Avec Stéphane Audran, hitchcockienne versaillaise, infidèle et impudique, on était saisi d’effroi. Le danger était là, imminent, et tant pis, si elle aurait notre peau à la fin. Les vamps ont été inventées pour mater les garçons. Et l’interdit pour être franchi. Le mystère Audran mériterait à lui seul un traité de physiologie tant il recèle mille strates.

Elle ne se contentait pas d’être divine et sombre, elle était au-dessus de ces poses-là. Sous une couche de savoir-vivre, élégance un peu surannée et un peu raide dans les rapports sociaux, se nichait une frondeuse à la répartie presque boulevardière. Dans le registre sobre et lointain, elle emportait les foules. J’aimais encore plus la voir complètement vriller chez Audiard (Comment réussir quand on est con et pleurnichard) ou Tavernier (Coup de torchon). Cette pétroleuse en tailleur strict n’avait pas froid aux yeux, elle nous régalait de sa présence. Merci pour ce festin !

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« The Captain »: deux heures moins le quart avant qu’Hitler crie

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Dans The Captain, le réalisateur allemand, Robert Schwentke, met en scène la fin terrible du soldat Willi Herold qui, dans les derniers instants du IIIe Reich, s’est converti en capitaine de la mort.


Dans deux semaines, le Troisième Reich s’effondrera. Des unités entières de la Werhmacht livrées à elles-mêmes désertent, pillent, violent. Ce qui avait débuté avec panache et dans l’ivresse de la victoire s’achève dans la honte, la peur et le seul désir de survivre. Baiser la vie ou se laisser baiser par elle.

Willi Herold, captain flammes

Un jeune déserteur, vingt ans et des poussières, Willi Herold – magnifiquement interprété par l’acteur bernois Max Hubacher – est aidé par le destin : sur une route abandonnée, il découvre une jeep et un uniforme de capitaine. Il décide alors de changer d’identité : il sera désormais le capitaine Willi Herold, chargé par Hitler lui-même d’une « mission spéciale » : traquer les déserteurs. De victime, il se métamorphose en bourreau et y prend un plaisir qu’il n’aurait jamais cru à sa portée. Revêtir un uniforme de gradé et usurper une fonction, quoi de plus jouissif ? Encore faut-il se couler dans cette nouvelle identité.

Le capitaine Willi Herold a toutes les qualités nécessaires, y compris pour s’imposer auprès de la S.S. Il lui suffit de se montrer plus cruel, plus monstrueux encore et plus nationaliste que tous les officiers qui errent sur les routes allemandes, désabusés et défaitistes. Il était leur souffre-douleur, il sera le miroir de leur veulerie. L’heure des exécutions sommaires a sonné et c’est à lui, l’usurpateur, d’en être l’ordonnateur.

« Si tu ne baises pas la vie… »

Le film de Robert Schwentke, tourné en noir et blanc, est d’une noirceur absolue. À déconseiller aux âmes sensibles, comme on le disait jadis. Et celles ou ceux qui déjà ne se faisaient plus guère d’illusions sur la nature humaine sortiront de la salle K.O. S’ils veulent s’épargner cette épreuve, car c’en est une, et savoir ce qu’il est advenu du capitaine Willi Herold, nous ne serons pas assez sadiques pour ne pas le leur révéler : condamné à mort par les Anglais en 1946, il sera guillotiné avec cinq autres soldats. Il avait vingt et ans.

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En quelques mois, il a vécu plus de vies que beaucoup d’entre nous. Effroyables certes, mais ne le sont-elles pas toutes à un degré ou à un autre ? Son histoire avait déjà  fait l’objet de documentaires et d’un roman de T.X.H. Pantcheff : Le Pendu de l’Emsland Willi Herold, 19 ans. On n’est pas prêt de l’oublier, ni de retenir la leçon que, bien malgré lui, il livre dans ce film : ne jamais se soumettre à quelque forme d’autorité que ce soit. Même si comme il le répète : « si tu ne baises pas la vie, c’est elle qui te baisera. »

Emmanuel Macron, le sacrifice de ceux qui ne sont (presque) rien


Au nom d’un égalitarisme idéologique, Emmanuel Macron noie les classes moyennes – qui ont voté pour lui – sous l’impôt pour mieux faire en sorte… qu’elles restent moyennes. 


Les tensions sociales auxquelles nous assistons actuellement, ne sont que les prémisses des difficultés à venir pour le gouvernement Macron. L’homme de la mondialisation heureuse, de l’Europe ouverte et du libéralisme sociétal évolue à contre-sens de l’histoire ; celui des mouvements de fond qui travaillent les sociétés européennes. Les chocs répétés des vagues migratoires et la multiplication des conflits identitaires, dont le terrorisme n’est que la partie émergée de l’iceberg, redessine un nouveau paysage politique en Europe.

Les temps changent, et Matteo Renzi, quintessence d’un libéralisme de centre gauche, vient d’en faire  les frais ; le vent du boulet a également bousculé l’impassible lourdeur d’Angela Merkel. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il n’y a aucune raison d’imaginer qu’Emmanuel Macron puisse échapper aux conséquences logiques des mêmes phénomènes.

Ce n’est toutefois pas sur les enjeux sociétaux que la grande vulnérabilité du président français va d’abord se révéler mais bien sur les questions économiques, sur lesquelles il a forgé sa crédibilité politique et son succès électoral.

Ceux qui ne sont moyennement rien

Passons rapidement sur les effets d’annonce qui permettent de multiplier les messages positifs sur le retour de la croissance et la baisse du chômage. L’amélioration de l’indice de croissance, général à l’Europe, ne change rien aux fondamentaux de notre économie : les déficits publics s’aggravent, les prélèvements obligatoires s’alourdissent et notre compétitivité, si l’on en juge par les chiffres de notre commerce extérieur, ne cesse de se dégrader. Quant à la baisse du chômage, elle provient en bonne part d’un changement de méthode statistique en utilisant l’indicateur, très particulier, du Bureau international du Travail.

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Emmanuel Macron a donc joué toute sa mise politique sur le succès de sa politique économique, dans une séquence historique où les Français désabusés pouvaient entendre un discours d’audace et de réforme. La France de la mondialisation positive et des centres-villes bourgeois s’est reconnue en lui et la France « moyenne », celle des classes moyennes qui s’accrochent pour ne pas décrocher, a, globalement, suivi le mouvement, pour se donner aussi le plaisir de dégager les sortants. La France populaire, très majoritairement, a voté contre le système ou s’est abstenue.

En toute logique, ceux qui ont rejoint le pouvoir actuel avec conviction attendent à minima un effet neutre sur leurs situations sociales, et ceux qui l’ont suivi par défaut espèrent une amélioration de leurs conditions de vie. Or, d’évidence, il est déjà possible de dire que le compte n’y est pas. Le jeu de bonneteau présidentiel sur la baisse des prélèvements a tourné court une fois les factures présentées. Dans le même temps, deux institutions économiques que l’on ne peut soupçonner a priori d’être des ennemis du gouvernement – l’Insee et l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) – ont montré, chiffres à l’appui, l’inexistence du gain fiscal si magistralement vendu aux Français.

Le sacrifice des « riches » qui ne roulent pas sur l’or…

L’Insee a ainsi calculé que la pondération des  hausses et baisses d’impôts du budget 2018 dégage une amputation du pouvoir d’achat des ménages de 4,5 milliards d’euros, soit une baisse de 0,3 point. Le gouvernement, évidemment, conteste ces chiffres, mais en ajustant les deux approches, l’OFCE affirme, pour sa part, qu’au mieux les ménages ne gagneront rien en termes de pouvoir d’achat. La hausse de la CSG, des carburants et du tabac effaçant les maigres « cadeaux », principalement liés à la suppression de certaines cotisations sociales.

Mais le plus important dans la politique fiscale du gouvernement Macron n’est pas le débat sur le gain ou la perte globale de ses choix budgétaires, mais de comprendre la répartition sociale des gains et des pertes ; la vraie mesure qui révèle la véritable nature de la politique gouvernementale.

A cet examen nous voyons très vite que rien ne change vraiment dans la politique française et que Macron n’est que le digne successeur des politiques suivies depuis des décennies : la charge fiscale pèse avant tout sur les classes moyennes. La critique de « gauche », naïvement, se jette sur l’argument facile du cadeau aux plus riches : 46% des baisses d’impôts accordées, note l’OFCE, bénéficient aux 10% les plus riches.

La France égalitariste s’indigne ; mais si l’on y regarde de plus près, l’OFCE précise que, pour faire partie de ces 10% les plus riches, il faut gagner plus de 3599 euros net pas mois, soit, pour un couple, 1800 euros net par conjoint, soit encore le salaire médian français ! On est donc au cœur de la base de la classe moyenne, parler de « riches » est proprement un détournement de réalité. Les vrais riches (c’est-à-dire les très riches), pour leur part, savent depuis longtemps jouer de l’optimisation fiscale pour échapper aux filets de Bercy.

…au nom de l’égalitarisme

L’orientation des prélèvements obligatoires traduit une vision égalitariste qui postule que l’impôt a, d’abord, une fonction d’égalisation des conditions sociales, et que l’Etat a vocation à être le promoteur de cette volonté d’égalité. C’est au nom de ces grands principes que, depuis des décennies, la France s’adjuge un titre de championne toute catégorie des prélèvements obligatoires sur fond de dérive de la dépense et des déficits publics. Faute du courage nécessaire pour réformer le pays, les forces politiques françaises choisissent la solution la plus facile et immédiate, la hausse des prélèvements.

Cela a été le cas du premier gouvernement Chirac, et le coup de massue fiscale de Juppé a provoqué la défaite de 1997, cela a été également le cas pour Nicolas Sarkozy, puis pour le gouvernement Hollande en 2012. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la pression fiscale a pénalisé la croissance et engendré la défaite politique. Il n’y a aucune raison de penser que Macron, reproduisant le même schéma, échappe au même scénario politique.

Un contre-sens politique

Sans être un libéral acharné, il est facile de comprendre que le niveau de performance d’une économie moderne repose d’abord sur le niveau de performance et de qualification de sa population moyenne et moyenne supérieure. Elle forme les gros bataillons des cadres qualifiés et représente un vivier de forts potentiels par l’éducation qu’elle a reçu et qu’elle transmet à ses enfants.

Les classes moyennes sont très soucieuses de l’éducation de leurs enfants et forment, à ce titre, la clé de voûte de l’équilibre et du progrès social. Elles tentent d’échapper tant bien que mal au processus d’effondrement de l’école publique, mais leurs marges de manœuvre, là aussi, sont sans cesse réduites. Et contrairement à l’idée reçue, la politique de l’actuel ministre de l’Education nationale renforce cette tendance ; la priorité est clairement donnée aux zones dites « sensibles », au détriment des zones de « normalité », où les classes moyennes tentent encore de scolariser leurs enfants.

L’accumulation du capital social et culturel au fil des générations est un facteur essentiel  de développement des sociétés. Brider, voire briser, cette dynamique est un contre-sens politique grave qui repose sur une illusion idéologique qui imprègne la psychè française. Cette vision politique repose sur une appréhension égalitariste et individualiste de la vie sociale ; elle va à l’encontre de la réalité des sociétés portée par des dynamiques collectives de long terme.

La politique du gouvernement Macron ne sort pas de ce cadre idéologique : les très riches  bénéficient de quelques mesures avantageuses sur l’ISF et la fiscalité du capital, mais les classes moyennes et moyennes supérieures – le cœur de son électorat, donc – comprennent peu à peu qu’elles font les frais du « renouveau » politique que Macron est censé incarné.

Apologie du terrorisme: pourquoi l’affaire Poussier n’est pas un acte isolé


L’arrestation pour apologie du terrorisme de l’ex-candidat de la France insoumise, Stéphane Poussier, n’est pas qu’un « dérapage ». Pour l’historien, Philippe Fabry, cette convergence entre une certaine gauche et l’islamisme marque une tendance de fond qui pourrait faire de « l’islamo-gauchisme » le communisme du XXI° siècle.


Les actes terroristes qui ont ensanglanté l’Aude ces derniers jours ont montré, dans toute sa crudité, l’ignominie de la convergence entre l’extrême gauche et l’islamisme, lorsque Stéphane Poussier, ancien candidat de la France insoumise, s’est félicité de la mort du lieutenant-colonel Beltrame, par haine gauchiste du flic. Cette apologie d’un acte de terrorisme islamiste par un représentant du vieux gauchisme ne saurait être réduite à un comportement isolé, un dérapage individuel. Il s’agit au contraire de la manifestation d’une évolution profonde du paysage politique français, qui voit peu à peu se structurer une idéologie à la vigueur dangereuse, un parti de la haine de la civilisation occidentale.

Le récent effondrement des partis politiques traditionnels en France a pratiquement effacé le clivage gauche-droite au profit d’une hégémonie du progressisme modéré et pragmatique de La République En Marche (LREM). On peut être un peu décontenancé face à ce nouvel état de fait et s’interroger sur l’évolution d’une démocratie non clivée.

Par expérience historique, une démocratie dans laquelle le clivage s’est estompé jusqu’à donner le spectacle d’une sorte d’unanimisme dans la modération ne constitue qu’un équilibre précaire, précédant une percée idéologique à gauche et l’apparition de nouvelles lignes de fractures.

Le consensus avant la tempête

La référence se trouve dans le tournant politique du début du XXe siècle. La période 1893-1902 est en France celle du consensualisme républicain : la crise boulangiste passée, la République est acceptée et consolidée. En 1893, les Républicains modérés obtiennent 279 sièges à la Chambre, et en 1898 en tiennent encore 254. Cette dernière chambre va porter la belle loi de 1901 sur la liberté d’association.

Les débats nationaux perdent en enjeu : la période est marquée par l’affaire Dreyfus qui, pour avoir fait beaucoup de bruit et laissé une trace durable dans la culture politique française, demeure un fait divers monté en épingle : rien de comparable avec les querelles des années 1870 sur la nature-même du régime.

Le premier quart du XXe siècle est marqué par un double mouvement remettant en cause cet unanimisme fondamental : la percée du socialisme et l’apparition du communisme marxiste-léniniste.

Le socialisme prend son essor en 1905, avec le regroupement des socialistes français au sein de la SFIO, un an avant que la CGT n’adopte la Charte d’Amiens, marquant la victoire du syndicalisme révolutionnaire au sein du mouvement ouvrier français – le syndicalisme recueille ainsi de nombreux militants déçus par le positionnement modéré de la SFIO des années Jaurès.

Cela change avec l’entrée en scène fracassante du communisme, à la suite de la révolution de 1917, dont le « succès » redonne une crédibilité à l’action révolutionnaire, crédibilité perdue dans notre pays depuis l’écrasement de la Commune de Paris : de nombreux militants révolutionnaires rejoignent la Section française de l’Internationale communiste (SFIC) lors de la scission de la SFIO au Congrès de Tours en 1920. Le Parti communiste (PC) prend son indépendance et bouscule les socialistes – qui forment l’extrême-gauche de la IIIe République durant ses premières décennies – vers la droite, et du même coup les Républicains « radicaux » au centre, où ils sont toujours. Durant 70 ans, le Parti communiste sera l’aiguillon de la gauche française, représentant à son apogée un électeur français sur cinq.

La structuration de « l’islamo-gauchisme »

L’actuelle hégémonie de LREM correspond vraisemblablement à ce moment d’unanimisme pragmatique, et précède la percée à gauche – car c’est toujours de là que vient la radicalité nouvelle en matière idéologique – d’une nouvelle doctrine qui donnera le ton du débat pour les décennies futures, comme le fit le républicanisme durant le XIXe siècle et le socialo-communisme durant le XXe.

Il apparaît de plus en plus clairement que cette percée viendra du mouvement, encore confus mais qui se structure de jour en jour, qui est à juste titre appelé « islamo-gauchisme ». Il est une convergence de l’islamisme, spécifiquement de la doctrine des Frères musulmans, et du gauchisme occidental, rassemblant ce que l’on trouve de plus radical en matière de « féminisme » et « d’antiracisme ». Guillemets mérités, car ces nouvelles expressions de préoccupations politiques anciennes sont le produit d’une totale inversion de valeurs, où l’on défend le port du voile comme une liberté de la femme et la ségrégation raciale comme un droit des personnes « racisées », c’est-à-dire non blanches.

Ces positions radicales trouvent un écho dans les revendications de certains membres des populations musulmanes en Occident. L’on constate, sur les réseaux sociaux, la multiplication des vidéos d’AJ+, une chaîne du groupe qatari Al Jazeera, consacrées aux mouvances LGBT et à l’antiracisme, et dont le propos est toujours in fine de défendre le droit au port du voile et d’accuser les Occidentaux de racisme et d’islamophobie. Le Qatar est un sponsor notoire des Frères musulmans, et Al Jazeera leur est toujours favorable.

La convergence est donc de plus en plus totale entre les « social justice warriors », les guerriers de la justice sociale féministes et antiracistes, et les Frères musulmans dont la doctrine est contenue dans le livre de Sayyid Qutb, La justice sociale en islam. La synthèse est vraisemblablement assez puissamment révolutionnaire pour devenir une véritable tendance politique radicale dans les prochaines décennies, s’appuyant doublement sur l’intellectualisme de gauche et une clientèle électorale : hier les ouvriers, demain les musulmans.

Bien sûr, il s’agit là d’un phénomène global et non limité à la France, comme c’était le cas pour le communisme, et il faut se poser la question du centre de ce nouveau Komintern. Si le Qatar joue évidemment un grand rôle par ses médias, parions que l’URSS de l’islamogauchisme sera la Turquie d’Erdogan : ce dernier est précisément arrivé au pouvoir en opposant la « liberté démocratique » de porter le voile et de prôner l’islam politique contre l’ordre laïque kémaliste. Aujourd’hui, ce Staline islamiste ordonne à la diaspora turque, et à travers elle à tous les musulmans d’Occident, de refuser l’assimilation au nom des mêmes principes. Et l’on voit, sur le plan intérieur, où mène son idéologie.

Pas d’amalgame: l’islam au pays des merveilles

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De près ou de loin, l’islam n’a « rien à voir » avec l’islamisme. Pourquoi ne pas le croire ? La plupart des médias  l’affirment.


Cet article ayant été écrit avant l’attentat de Trèbes, j’ai une pensée émue pour Arnaud Beltrame et ses proches. Un authentique héros, à l’heure où ce mot est si souvent galvaudé. « L’homme est capable du meilleur comme du pire, mais plus souvent hélas du pire que du meilleur », écrit André Comte-Sponville. Vendredi dernier, on a eu les deux…

Je ne sais pas si ça vous fait le même effet. Mais moi, lorsque j’entends sur Arte, France Inter, France Culture, France Info, France 2, France 3, France 5, France 24 ou France 778 (au point où l’on en est) que « l’islamisme n’a rien à voir avec l’islam » ou que « l’immense majorité des musulmans n’ont rien à voir avec l’islamisme »… je tique un chouïa. Ceci dit, quel que soit le sujet, dès que quiconque entame une phrase par « l’immense majorité des » ou souligne que « ça n’a rien à voir », un léger rictus apparaît sur ma pomme, presque malgré moi. C’est quasi pavlovien. Je pressens aussitôt qu’il va s’ensuivre une version idéalisée de la réalité, un plongeon tête la première dans les méandres du politiquement correct : négation du réel au nom d’un idéal, confusion entre le vrai et le bien, basculement du monde réel vers le monde idéal… Bref, le grand plouf.

Tout le monde il est beau, tout le monde il est Charlie

C’est vrai quoi. Dans un monde idéal, l’immense majorité des automobilistes et a fortiori des motards respectent scrupuleusement le code de la route. Et l’ont toujours respecté. Dans un monde idéal, l’immense majorité des professions libérales (artisans, commerçants, travailleurs indépendants, garagistes, avocats, coiffeurs, restaurateurs, etc.) déclarent au centime près leurs revenus au fisc. Y compris les sommes perçues en liquide.

Dans ce monde-là, l’immense majorité des hommes n’ont jamais trompé leur femme ou leur petite amie. L’immense majorité des supporters de football font preuve d’une grande sportivité à l’égard de l’équipe adverse et de l’arbitre, l’immense majorité des joueurs étant eux-mêmes des exemples de fair-play sur la pelouse. L’immense majorité des chauffeurs de taxi parisiens sont aimables et souriants. Si une agression a lieu dans le métro, l’immense majorité des voyageurs présents interviennent aussitôt. Ce qui n’est guère étonnant puisque l’immense majorité de nos concitoyens sont altruistes, ponctuels, bienveillants, tolérants, courageux, rationnels, non violents, intègres, en pleine forme et ne mentent jamais. A commencer par l’immense majorité des lecteurs de Causeur et, surtout, de l’auteur de ces lignes.

Je rêvais d’un autre monde…

Dans un monde idéal, l’immense majorité des Français étaient gaullistes sous l’Occupation. D’ailleurs, Pétain n’a rien à voir avec la France. Tout comme le nazisme n’a rien à voir avec l’Allemagne, laquelle est uniquement la terre de Goethe et de Beethoven. L’Inquisition n’a rien à voir avec le christianisme et le stalinisme n’a rien à voir avec le communisme. C’est donc fort logiquement que l’islamisme n’a rien à voir avec l’islam, religion de paix et d’amour. Une religion pleinement – et sans contestation possible – compatible avec les valeurs de la République et des Lumières. Parmi lesquelles on trouve, en vrac : la laïcité, la liberté de conscience, la liberté d’expression, la liberté de changer de religion, l’égalité homme-femme ou encore la défense et le développement de l’esprit critique…

A lire aussi: Le « séparatisme islamiste » n’avance pas masqué, il est flamboyant

L’immense majorité des musulmans rejettent viscéralement toute forme d’antisémitisme, de sexisme et d’homophobie, ont été horrifiés par le 11 septembre 2001 et n’éprouvent aucune sympathie envers Dieudonné ou Tariq Ramadan. Bien au contraire. Enfin, et c’est sans doute le plus important : l’immense majorité des musulmans n’ont rien à voir avec l’islamisme. Et ce, même si les islamistes arrivent très souvent en tête lorsque des élections sont organisées en terre d’Islam. Et même si 28 % des musulmans en France (près de 50% chez les jeunes), selon un rapport de l’Institut Montaigne, placent la charia avant les lois de la République. Mais bon, comme « ça n’a rien à voir ».

Quel dommage que nous vivions dans le monde réel et non pas dans un monde idéal…

Arnaud Beltrame est immortel


Lettre à mon colonel et frère d’armes, Arnaud Beltrame, mort pour la France.


Mon colonel,

Cher Arnaud,

Nous ne nous sommes jamais rencontrés. J’aimerais croire que si ça avait été le cas, j’aurais eu l’intelligence de t’écouter, et d’apprendre à ton contact. Peut-être. Le dernier jour de ta vie, en tout cas, est une leçon pour nous tous.

Beaucoup parlent de toi. Certains, déjà, essayent de parler en ton nom. Je me demande ce que tu en aurais pensé. Il y a de grands discours, il y en aura encore, des hommages officiels dont certains seront sincères, mais d’autres ne chercheront qu’à briller un peu en volant un reflet de ta gloire, voire à t’utiliser pour tenter de faire oublier leur médiocrité, leur aveuglement, leur laxisme. Tenter de faire oublier qu’ils se servent de la République, alors que toi tu l’as servie, dans la discrétion pendant des décennies, et maintenant dans la gloire. Et d’autres encore, qui diront te pleurer, alors que sous mille prétextes ils ont laissé faire voire encouragé l’idéologie totalitaire islamiste, la haine de la France et la délinquance au quotidien qui ont causé ta mort. Ils prétendront s’incliner devant ta mémoire, alors que depuis longtemps ils s’inclinent devant ceux qui ont armé l’esprit et le bras du criminel qui t’a tué.

Mais la France est plus forte et plus grande que tout ça. Elle sait que tu as cent fois mérité qu’elle te rende hommage, et elle le fait, en toute vérité.

Car il y a les fleurs, Arnaud ! Où que tu sois désormais, j’espère que tu vois les fleurs. Depuis ta mort, d’innombrables anonymes viennent les déposer à pleins bouquets devant les mâts des couleurs des gendarmeries de tout le pays. On dirait qu’en versant ton sang tu as fait jaillir des myriades de fleurs au pied du drapeau tricolore, par les mains de tout un peuple. Il n’y avait jamais eu un tel printemps. Les gendarmes n’en reviennent pas, tes frères d’armes ne s’attendaient pas à autant de messages de soutien, autant de fraternité autour d’eux, autant d’émotion, simple, sincère, profonde.

Je crois que personne n’imaginait à quel point la France avait besoin de toi.

Tu n’aurais pas voulu que l’on oublie les victimes du djihadiste que tu as vaincu, que tu as terrassé par ton courage. Sur les photos de toi que l’on voit un peu partout, on découvre un sourire franc et des yeux rieurs, ou un visage sérieux et solennel, mais aucune arrogance. Nous te devons bien ça : ton exemple est là pour illuminer, inspirer, sans jamais rejeter dans l’ombre ces gens comme tous ceux auxquels tu avais consacré ta vie.

Jean Mazières, Christian Medves, Hervé Sosna.

Il y a cette inconnue que tu as sauvée. Aucun journaliste jusqu’ici n’a révélé son nom. Est-ce ton exemple qui les incite à cette pudeur bienvenue ? Toi-même, savais-tu comment elle s’appelait, lorsque tu as décidé de risquer ta vie pour l’arracher au monstre ? Risquer, et sans doute donner : ton expérience était trop grande pour que tu n’aies pas eu la lucidité de comprendre que tu n’avais presque aucune chance d’en revenir vivant. Et pourtant. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime », a dit l’évangéliste. Tu étais chrétien, et frère de la Grande Loge de France. Croyant sincère, et à l’esprit ouvert.

A lire aussi: Arnaud Beltrame, la France qui résiste

Il y a ta famille, il y a ton épouse, Marielle. Nous avons une dette envers toi, nous avons une dette envers elle. Aujourd’hui, dans dix ans, dans cinquante ans, Marielle pourra toujours compter sur le soutien de la gendarmerie, mais aussi de la France. Aujourd’hui, dans dix ans, dans cinquante ans, aucun Français honorable ne pourra lui refuser son aide. Même si le deuil de ce que vous désiriez, de ce que vous espériez, est et restera une blessure, tu ne l’as pas abandonnée. Tu lui as donné le soutien indéfectible de tout un peuple.

Tu n’es pas une victime. Tu n’as pas subi, tu as agi, tu as regardé le danger droit dans les yeux et tu t’es dressé face au mal. Et tu as gagné.

Il y a bien longtemps, un ancien chef de guerre de ceux qui aujourd’hui nous attaquent a déclaré que ses hommes « aiment la mort comme nous nous aimons la vie. » Toi, Arnaud, tu as aimé la vie avec une telle force que tu as fait le sacrifice de la tienne pour sauver celle de quelqu’un d’autre. Nos ennemis jouissent de mourir pour détruire. Tu as accepté de mourir pour protéger. Ton amour de la vie n’était pas, ou pas seulement, goût superficiel des plaisirs qu’elle offre, mais engagement fidèle, dévouement passionné, don de soi. Tu nous as prouvé de la plus belle des façons que nous sommes encore capables de grandeur, de courage, de noblesse, d’héroïsme. Car tu es un héros, et à ton sujet ce mot n’est pas galvaudé.

Parce qu’il y a Arnaud Beltrame, chaque Français peut se sentir fier de son pays et de sa culture, d’une certaine et chevaleresque idée de ce que nous aspirons à être. Parce qu’il y a le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, chaque soldat français peut porter plus haut encore l’honneur de l’armée, et chaque gendarme découvre désormais en enfilant son uniforme qu’il a un éclat bien plus grand qu’il ne le soupçonnait il y seulement quelques jours. Parce qu’il y a Arnaud Beltrame, chacun sait que la France en vaut la peine, que sa dignité est intacte, et qu’elle ne se soumettra pas.

Ceux qui nous méprisent, ceux qui nous accusent de tous les mots, ceux qui proclament que nous appartenons au passé, se heurtent maintenant à cette simple réalité : toi.

Du fond du cœur, et si tu veux bien de ces mots au milieu des fleurs, merci.

Tes camarades du GIGN ont vengé ta mort, mais c’est toi l’artisan de la plus grande victoire.

Et le prix que tu as payé pour cette victoire nous oblige, tous. Qu’allons-nous faire de ton exemple, de l’élan qu’il suscite, de la détermination qu’il prouve ?

Nous ne t’oublierons pas, tu le sais, et même si la légende s’empare de ton histoire je veux croire que nous saurons nous souvenir aussi de l’homme, simplement homme, que tu étais. Car c’est cet homme qui est devenu un héros.

Mais la mémoire ne suffit pas. Les larmes ne suffisent pas. Tu es mort au combat, et ce combat continue. La seule manière authentique de te rendre hommage est de voir la vérité en face, de regarder nos ennemis droit dans les yeux, et de combattre ! Sans brutalité, mais avec force. Sans esprit de vengeance aveugle, mais avec toute la sévérité nécessaire. Et sans compromission, sans relâche, sans tous ces abandons qui se donnent le nom d’accommodements, combattre !

Alors, un jour, lorsque les enfants de nos enfants demanderont non pas « pourquoi » mais « pour quoi » Arnaud Beltrame est-il mort ?, nos enfants pourront leur répondre : « Il est mort pour sauver une inconnue, parce qu’il était un homme bien. Il est mort pour sauver la France, parce qu’il était un soldat. Il est mort pour que nous puissions réfléchir et discuter librement aujourd’hui, parce qu’il était un homme de foi et un chercheur de vérité. Et, tu sais ? Arnaud Beltrame est immortel. »

Génération Mennel, l’émergence d’une France d’ailleurs?


Malgré le terrifiant bilan du djihadisme français, le camp islamo-sceptique a produit bien peu de violence et de réactions. On ne s’offusquera donc pas de l’indignation des réseaux sociaux devant une jeune fille voilée qui reprend la rhétorique de nos bourreaux. 


Je me souviens du témoignage de cette femme à l’accent du Maghreb qui s’exprimait après les attentats djihadistes de Toulouse en 2014, en larmes et à la radio. Elle avait prié pour que le responsable ne fût pas arabe avant de découvrir que l’assassin s’appelait Mohamed Merah. De mémoire, voilà ce qu’elle disait : « C’est une catastrophe. Les représailles seront terribles et jamais les musulmans de ce pays ne s’en remettront. » Elle se trompait : un peu plus de trois ans et 300 morts plus tard, ceux qui pratiquent l’amalgame l’ont sans doute gardé pour eux parce qu’on n’a pas vu de boucheries hallal vandalisées ni d’épiciers agressés. Même si ça ne saute pas aux yeux partout, la France n’est ni un pays du Moyen-Orient (les mosquées ne sont pas mitraillées quand un imam dit une bêtise, ou une horreur, c’est-à-dire une fatwa) ni un pays d’Afrique (l’armée n’a pas encore besoin de protéger un groupe ethnique menacé par les autres en période de crise pour cause de susceptibilité politique ou religieuse).

Les Français ne font pas d’amalgames

Alors que les éditorialistes de L’Obs et d’ailleurs se font depuis le début des attentats lanceurs d’alerte contre une islamophobie montante portée par un populisme dangereux, le camp des islamo-sceptiques a produit bien peu de terrorisme, bien peu de désordre, et finalement bien peu de réactions. La justice, submergée, en plus des attentats, par 17 000 Français Daesh friendly à surveiller, par les revenants et bientôt les fils et filles de, n’a eu qu’un attentat-charcutier à l’adresse d’une mosquée à se mettre sous la dent, qu’elle a eu dure puisque le condamné qui avait glissé du jambon dans la boîte aux lettres a pris plus cher que Jawad Bendaoud, le logeur de Daech.

Les Français ne pratiquent pas les amalgames, j’aime à croire que c’est par éducation plus que par soumission aux propagandes, mais ils ne peuvent s’empêcher d’observer des rapprochements. Les enquêtes qui se poursuivent après les attentats révèlent que sous les cellules terroristes isolées, il y a bien un terreau. La popularité de Mohamed Merah dans certaines banlieues et les 20 000 internautes qui ont tweeté « je suis Kouachi », mais aussi les résultats d’enquêtes et de sondages auprès de musulmans de France peuvent intimer à la prudence. À l’écart d’une France d’en haut ou d’en bas, n’assistons-nous pas à l’émergence d’une France d’ailleurs, et qui entend le rester ?

Dans ce contexte, les Français pratiquent si peu l’amalgame que la jeune Mennel avait toutes ses chances de gagner une notoriété et une popularité massive en participant à l’émission « The Voice », même voilée, et même en chantant une partie de sa chanson en arabe. Ou peut-être grâce à cela, si l’on considère un public jeune, avide de resservir la tolérance bien apprise par son éducation et par l’effet des propagandes, en consacrant l’Autre dans un exercice citoyen et un télé-crochet. Si elle n’avait eu que sa différence, si elle n’avait fait que porter sa culture d’origine en bandoulière, ou même en étendard, la demoiselle aurait pu se lancer dans la chanson et devenir un jour peut-être « personnalité préférée des Français », comme l’ont été Jamel Debbouze et Omar Sy.

L’islam c’est chic, mais…

Au lieu de cela, parce que des internautes fouineurs ont exhumé les propos d’une fille compréhensive ou complaisante avec ses coreligionnaires criminels, la chaîne a semble-t-il poussé la chanteuse à se retirer de la course. On peut trouver sévère la sentence parce que tous les jeunes disent des conneries conformes à leur milieu qu’on finit par leur pardonner, et il faut bien se faire à l’idée que les jeunes musulmans disent des conneries islamistes. Quand je rappelais à Charb que dans les cités, on taguait « Vive Ben Laden », il me répondait que les punks arboraient des croix gammées. De fait, il avait raison, mais les punks auraient fait de piètres nazis, alors que certaines racailles se sont révélées être de parfaits petits talibans. Toutes les époques ne se ressemblent pas, et toutes les jeunesses non plus.

Et c’est peut-être à une partie de notre jeunesse, dont la pauvre Mennel est devenue le visage avec son appartenance affichée et ses ambiguïtés, qu’une partie du pays qui ne s’exprime que sur les réseaux sociaux a voulu opposer une réaction, et poser des conditions. Si certains messages excluaient d’emblée une jeune fille préjugée étrangère à la nation, la plupart rejetaient une chanteuse qui ne savait pas elle-même ou n’avait pas su, même face aux crimes commis, qui étaient les vrais coupables et peut-être où allaient ses allégeances. Et les regrets de la chanteuse dépassée par l’affaire n’ont rien changé. Le rejet a dépassé de très loin, par son ampleur et par sa nature, le racisme ou l’islamophobie des messages habituels et marginaux qui circulent quand un Noir ou un Arabe est exposé dans les médias. Il semble qu’aujourd’hui le choix d’une musulmane affichée puisse être du dernier chic multiculturel, mais qu’il puisse poser problème si elle comprend, excuse ou exonère le terrorisme. Voilà ce que la chaîne a compris et pourquoi elle a préféré exclure la candidate.

Il reste interdit d’interdire

Certains compatissent. C’est bien triste en effet pour cette jeune fille qui a eu, nous dit-on, ses rêves brisés. Mais le petit peuple des réseaux sociaux peut-il encore, sans être insulté, rejeter ceux qui aspirent à être starisés quand ils parlent comme ceux qui tirent dans les foules et qu’ils ont la même religion ? Est-il légitime à discriminer une femme arabe et voilée sur la base d’un comportement, d’une attitude, d’une position ? Il semblerait que non. Après que les lanceurs d’alerte ont affolé le braillomètre en parlant d’exclusion, de racisme, d’islamophobie et de lynchage, on peut se demander ce qu’il reste du buzz dans l’opinion. J’ai posé la question autour de moi, à des jeunes de l’âge de la chanteuse. Les avis se sont partagés. Les uns ne voient pas où est le problème avec le voile, les autres trouvent qu’on a bien le droit de contester des « thèses officielles ». Les bras m’en sont tombés, mais après les avoir pas mal agités pour ramener tout ce petit monde à un peu de bon sens, j’ai dû me rendre à l’évidence : il reste toujours très mal vu d’interdire. On est mal barrés.

Une France soumise - Les voix du refus

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Les relations russo-britanniques empoisonnent le Mondial de foot

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La « guerre » diplomatique en cours entre le Royaume-Uni et la Russie pourraient avoir des conséquences sur le déplacement des supporters de l’équipe nationale d’Angleterre dans le pays de Vladimir Poutine pour assister au Mondial de football, mi-juin. 


A moins de trois mois de la Coupe du Monde de football qui se déroulera dans onze villes de Russie, les Anglais sont sous haute tension.

A la suite de l’empoisonnement de l’agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille Youlia, le 4 mars à Salisbury, le gouvernement britannique a accusé la Russie de cette tentative d’assassinat et a déjà enclenché des mesures de rétorsion telles que l’expulsion de 23 diplomates de l’ambassade de Russie à Londres. Par ailleurs, il n’y aura ni représentants du gouvernement ni membres de la famille royale britannique en Russie lors du prochain mondial.

Boris « Godwin » Johnson 

Le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson a d’ailleurs comparé, le 21 avril, Vladimir Poutine à Hitler en estimant que le président russe instrumentalisait la Coupe du Monde « pour redorer le blason du régime brutal et corrompu dont il est responsable », ce qui n’était pas sans rappeler, selon lui, les Jeux olympiques de Berlin en 1936.

A lire aussi: Empoisonnement au Royaume-Uni: bons baisers de Russie ?

En réponse à ces déclarations fracassantes, l’ambassadeur de Russie à Londres, Alexandre Yakovenko, a, lors d’une conférence de presse le 22 mars 2018, déclaré qu’il considérait ces affirmations comme « inacceptables et totalement irresponsables »[tooltips content= »Conférence de presse, Sky News International, 22 mars 2018. »]1[/tooltips]. Le diplomate a réitéré le fait que la Russie attendait toujours des preuves concernant l’affaire Skripal, insinuant même que l’agent innervant utilisé dans cette attaque était peut-être le fait des Britanniques eux-mêmes étant donné la proximité du laboratoire de recherche sur les armes chimiques de Porton Down situé à moins de 15 kilomètres du lieu de l’attaque !

Welcome to Russia ?

En  ce qui concerne le Mondial, le diplomate a annoncé que les 20 000 à 30 000 supporters anglais attendus sur place (24 000 selon Boris Johnson), seraient bien reçus et que leur sécurité serait garantie. Si ceux-ci disposent d’un billet pour un match, ils seront même dispensés de visas pour entrer en Russie.

Dans ce contexte explosif, dans une interview au Daily Star, l’expert sur les questions de sécurité et de renseignement, Anthony Glees, considère, pour sa part, que si le gouvernement britannique en est arrivé à la conclusion que la Russie était derrière l’empoisonnement de Skripal, alors il n’était plus question d’envoyer une équipe nationale en Russie.

Le président de la commission des Affaires étrangères Tom Tugendath a lui aussi exprimé son inquiétude et exhorté les autorités britanniques à se montrer extrêmement prudentes concernant le déplacement des supporters en Russie.

Avant même le déclenchement de l’affaire Skripal, le contingent de supporters anglais était parmi les plus faibles de tous les pays représentés cette année, à la 20ème place sur 32 pays. Seuls 57 957 billets leur ont été vendus sur un total de 2,5 millions mis en vente pour les 64 matches de cette Coupe du Monde.

Hooligans de fer

Échaudés par les violences entre supporters anglais et russes qui ont émaillé l’Euro de foot français en 2016, notamment à Marseille lors d’un match entre les deux pays, les Anglais ont, depuis plusieurs mois, des réticences à l’idée de se rendre en Russie. Au vu de la dégradation extrêmement rapide des relations entre le Royaume-Uni et la Russie depuis le 4 mars dernier, cette attitude précautionneuse est d’autant plus justifiée

Au regard des liens entremêlés entre le foot anglais et le pouvoir russe, il semblerait que l’équipe d’Angleterre en elle-même soit en revanche moins exposée à d’éventuelles éruptions de violence. Le richissime Roman Abramovitch, propriétaire du Chelsea FC, club de Premier League, est un proche de Vladimir Poutine. Mais pour les supporters qui se préparent à aller assister à des matches dans des villes de province russes, c’est une autre affaire…

Attaques terroristes dans l’Aude : l’analyse d’Alain Finkielkraut


Chaque dimanche, sur les ondes de RCJ, Alain Finkielkraut commente, face à Élisabeth Lévy, l’actualité de la semaine. Un rythme qui permet, dit-il, de « s’arracher au magma ou flux des humeurs ».


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« Islamophobie »: les bobards de M. Boubakeur

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Dalil Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris, septembre 2012. SIPA. 00643966_000009

Dans Le Point, le recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, « s’insurge contre les intellectuels, les médias et les politiques qui nourrissent la peur et l’islamophobie ».


La tribune de M. Boubakeur dans Le Point du 22 mars est désespérante. Voilà encore reprise, avec tous ses poncifs et toutes ses malhonnêtetés, la bouillie manichéenne, communautariste et contre-productive qui semble être devenue la norme de pensée des musulmans invités à s’exprimer dans les médias. Le « nous » et le « eux » ; la population majoritaire coupable, irrémédiablement, et les musulmans victimes, éternellement.

Rien n’y manque, pas même les mots pourtant si galvaudés d’ « amalgame » et de « stigmatisation ». Ni bien sûr la référence à l’ « islamophobie » qui « gangrène » la France, révélée tant par l’ « affaire du foulard » de Creil en 1989 que par les débats provoqués par les « prières de rue » ou même la « burqa », étendard s’il en est de l’idéologie la plus obscurantiste.

L’islam n’a rien à voir avec l’islamisme

En revanche, aucune réponse à ces faits eux-mêmes, pourtant constitutifs du problème de la pratique religieuse de certains musulmans aujourd’hui. Rien sur l’Etat islamique, sur le wahhabisme, sur les Frères musulmans, et sur les milliards investis par les théocraties propageant l’islam fondamentaliste, intolérant et conquérant partout dans le monde.

Rien non plus sur la haine montante de nos fameux « territoires perdus », où, pour un certain nombre d’habitants, Mohamed Merah n’est pas un monstre mais un héros et les assassins terroristes, des « résistants ».

M. Boubakeur oppose une fin de non-recevoir aux liens entre islam et islamisme, là où de nombreux spécialistes du monde musulman démontrent ou témoignent du fait que les préceptes invoqués par les fondamentalistes pour massacrer les « infidèles» procèdent d’une lecture ­ littérale ­ du Coran lui-même : les poètes syriens Adonis[tooltips content= »Violence et islam, Seuil, 2015. »]1[/tooltips] et Omar Youssef Souleimane[tooltips content= »Le Petit Terroriste, Flammarion, 2018. »]2[/tooltips], ancien salafiste éduqué dans une école wahhabite en Arabie Saoudite, le lanceur d’alerte et ex-Frère musulman français Mohamed Louizi,[tooltips content= »Pourquoi j’ai quitté les Frères musulmans, Michalon, 2016. »]3[/tooltips] le grand écrivain algérien Boualem Sansal.[tooltips content= »Grand prix du roman de l’Académie française en 2015 pour 2084 (Gallimard). »]4[/tooltips] Le très respecté Ibn Warraq[tooltips content= »Chercheur et co-fondateur de l’institut Inârah pour la recherche sur l’histoire de l’islam naissant et le Coran (Université de la Sarre), auteur notamment de « Pourquoi je ne suis pas musulman » (1995). »]5[/tooltips] vient tout récemment de décrypter ces liens dans L’Islam dans le terrorisme islamique.[tooltips content= »Traduction française à paraître en avril 2018 aux éditions Tatamis. »]6[/tooltips]

Tout cela constitue des faits, et non des opinions ; des constats, et non des insultes ou des slogans politiques. M. Boubakeur le sait, mais choisit de dérouler un discours de culpabilisation et de victimisation, dans la droite ligne de celui des Frères musulmans.

L’escroquerie « islamophobie »

Il est inenvisageable qu’un homme comme M. Boubakeur ignore la perversité de cette propagande. Forgé par l’islam politique, ce concept d’ « islamophobie » vise à créer une confusion entre, d’une part, la critique de l’islam, autorisée voire encouragée dans une culture comme la nôtre fondée sur la raison, et d’autre part la haine des musulmans, pénalisée et réprouvée par cette même culture. En anathémisant toute critique de l’islam, les Frères musulmans, cette association secrète et très puissante principale promotrice du concept, cherche à faire progressivement accepter les dogmes et préceptes les plus contraires à nos valeurs humanistes et libérales ; ils ne font guère mystère de leur objectif ultime, la « mise en orbite d’une société islamique »[tooltips content= »Cf. Ahmed Djaballah, animateur de l’UOIF, en 1991 : « L’UOIF ? Le faux-nez français des Frères musulmans », « une fusée à deux étages : le premier étage de lancement est démocratique, le second sera de mettre la société islamique sur orbite », in Une France sous influence: quand le Qatar fait de notre pays son terrain de jeu, de Pierre Péan et Vanessa Ratignier (Fayard, 2014). »]7[/tooltips]. Et de fait, partout où il s’est déployé avec succès, l’islamisme interdit la liberté de conscience, d’expression, et en définitive toute liberté. C’est sous l’influence d’un groupe de pays islamiques que l’ONU adopta en 2009 une résolution en faveur de la poursuite de la « diffamation des religions », comprenez, la répression pénale du blasphème ; mais c’est aussi dans ces pays-là que cette pénalisation est un outil d’oppression des minorités.

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Ce réquisitoire, dans la bouche d’un petit soldat de l’islam fondamentaliste, ne surprendrait guère. Mais il est particulièrement préoccupant dans celle de M. Boubakeur, éduqué dans les meilleures écoles de la République, blanchi sous le harnais de la raison critique, et connaisseur de l’Histoire des idées politiques en Occident ; un homme qui est passé au fil des années pour un défenseur du dialogue inter-confessionnel, au point de devenir un interlocuteur des pouvoirs publics.

Dalil Boubakeur témoigne de la progression de l’islamisme

La reprise de cette rhétorique-ci par cet homme-là donne la mesure de la progression de l’islamisme. Certes, ce discours tout en passions et en promesses, alternant les vertus enivrantes de l’amour (de soi et de ses pairs) et de la haine (des autres), où l’on choisit sa vérité en s’affranchissant de la réalité, possède un potentiel de galvanisation autrement plus puissant que notre rigoureuse rationalité.

Mais nous, Français, avons goûté aux deux formules ; nous savons que la première mène à l’obscurantisme et au malheur, et la seconde à la liberté, seule voie vers le bonheur et l’accomplissement de soi. C’est l’esprit critique, c’est-à-dire le recul pris sur nos propres idées et les modes de pensée qui façonnèrent notre société pendant des siècles, qui nous ouvrirent le chemin de la connaissance, de la liberté et de la tolérance ; qui fit de nous une nation civilisée. Notre identité culturelle est sans doute perfectible, les valeurs qu’elle prétend incarner ne sont pas toujours respectées en pratique ; mais comme le dit la sociologue Nathalie Heinich, « une valeur est une visée, pas un fait » ; et cette « visée » bénéficie aussi à nos compatriotes musulmans.

La France raciste de Dalil Boubakeur…

Il existe encore en France des obstacles puissants à la progression du poison séparatiste islamiste. Les Français connaissent bien les musulmans, pour vivre avec eux depuis longtemps, et appréhendent le fait religieux avec recul et finesse, sachant bien que les fidèles de toute religion n’en ont souvent qu’une connaissance superficielle. Et quand les musulmans qu’ils côtoient leur assurent que l’islam n’a rien à voir « avec tout cela », ils ne leur donnent pas forcément raison mais ne les soupçonnent pas nécessairement de mentir. Ils savent que, quand les musulmans sont interrogés sur les commandements les plus cruels du Coran (la main du voleur coupée, la femme adultère lapidée, l’apostat condamné à mort, le djihad y compris offensif devoir sacré, le leitmotiv de l’antisémitisme), la déférence de certains musulmans pour la parole de leur Dieu et du prophète de celui-ci les empêche d’émettre la moindre critique sans ressentir la terrible culpabilité du blasphémateur ; mais pour autant, la plupart d’entre eux ne songerait pas à appliquer réellement les commandements susmentionnés, ne serait-ce que parce qu’ils ont développé des liens d’amitié profonds et généreux, quasi-familiaux, dans la plus pure tradition proche-orientale, avec nombre de non-musulmans qu’ils ont côtoyés en Afrique ou en Europe. Contrairement aux islamistes, à ces musulmans qui haïssent tous les autres, y compris ceux qu’ils jugent moins bons croyants qu’eux, et qui, eux, prétendent appliquer le Coran à la lettre, avec tout l’enthousiasme de la haine.

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Le refus du dialogue, la critique du principe même du dialogue s’agissant de l’islam, recèle bien plus de dangers pour les musulmans que toutes les tribunes et déclarations des « journalises, intellectuels et hommes politiques » fustigés par M. Boubakeur.

Face à cela, le discours victimaire, déresponsabilisant que reprend à son compte M. Boubakeur est aussi un discours d’enfermement des musulmans dans une impuissance à agir sur leur propre sort, particulièrement efficace dans les quartiers où les immigrés ne côtoient plus la population majoritaire (en ce compris les musulmans intégrés) : si rien n’est de leur faute, que peuvent-ils donc changer ? A quoi bon les efforts, réussir dans ses études, aller à la rencontre de la société majoritaire et chercher à s’y intégrer, si ces initiatives sont vouées à l’échec, si les Français sont tous racistes et ne les accepteront jamais ?

…et la France telle qu’elle est

Mais ce que dit M. Boubakeur n’est pas la vérité. La société majoritaire n’est pas raciste. Elle est ouverte, tolérante, et les études, y compris celles qui émanent des organisations les plus hostiles au modèle français d’intégration, le confirment : comme l’indique M. d’Iribarne dans son analyse du rapport de l’Agence des Droits fondamentaux de l’UE sur les discriminations, « ceux [des musulmans] qui affirment que les musulmans en général sont discriminés sont beaucoup plus nombreux que ceux qui se déclarent discriminés personnellement. (…) en France, 75 % des musulmans déclarent qu’il existe une discrimination sur la base de la religion alors que seulement 20 % déclarent s’être sentis personnellement discriminés sur cette base au cours des cinq dernières années ». En d’autres termes, quatre musulmans sur cinq ont pu faire leur chemin dans la société française sans subir de discrimination. Non pas qu’il n’y ait aucun raciste en France ; mais la société française dans son ensemble a intégré pleinement le caractère dangereux et moralement inacceptable du racisme, de sorte que tout acte raciste provoque une condamnation collective immédiate. Même le Front national craint tellement l’effet électoral défavorable que pourrait avoir un tel anathème qu’il se sent obligé de dénoncer avec force fracas médiatique les propos racistes de l’un de ses cadres.

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C’est d’ailleurs en misant sur cette réaction épidermique au racisme, et en maquillant en racisme la critique d’une religion – qui rappelons-le, n’est jamais qu’une opinion – que l’islam politique a promu le concept d’ « islamophobie » dans les pays occidentaux.

Sauver les musulmans de Dalil Boubakeur

Mais toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, notamment celles qui contredisent l’utopie néo-antiraciste post-moderniste et la haine de soi qui la sous-tend (analysée par Paul Yonnet dès 1993[tooltips content= »Voyage au centre du malaise français, l’antiracisme et le roman national, coll. le Débat, Gallimard, 1993. »]8[/tooltips]). Servant à la fois l’idéologie révolutionnaire de l’extrême gauche, les objectifs capitalistes de l’élite mondialisée (qui y voient le meilleur moyen de faire accepter une immigration massive permettant de maintenir les salaires au plus bas), et les desseins séparatistes des islamistes, cette intoxication idéologique qu’est la croyance en une France ontologiquement raciste est abondamment entretenue, infusant la suspicion entre Français d’origine et ceux issus de l’immigration, dévastant le modèle intégratoire dont l’Histoire a démontré qu’il est, seul, pacificateur et viable.

S’il faut sauver les musulmans de France, c’est des discours comme celui de M. Boubakeur. C’est de la croyance en une « islamophobie » généralisée, de l’impossibilité de la critique de l’islam, critique qui n’est pas une façon d’exclure les musulmans mais de les inclure dans une société qui n’est ce qu’elle est, et qui ne leur donne ce qu’elle leur donne, que parce qu’elle a su elle-même s’émanciper du carcan religieux et de tout ce que celui-ci comportait de méfiance et de repli sur soi.

On respecte mieux les musulmans par la critique de l’islam et de ses pratiquants fondamentalistes, y compris lorsqu’on rappelle que l’islam porte hélas en lui le germe de l’extrémisme, que ne le fait M. Boubakeur avec ses mièvreries infantilisantes. Beaucoup de musulmans, insuffisamment médiatisés mais nombreux en France et dans le monde, se sont lancés dans ce combat et ne se sentent nullement représentés par M. Boubakeur. Eux savent que cette critique porte un espoir, celui que l’islam se débarrasse de l’islamisme, et une conviction, celle que les musulmans sont capables de comprendre la nécessité de cette évolution, qu’ils sont bien assez clairvoyants pour cela. Nous aimerions que M. Boubakeur lui aussi en soit convaincu.

2084: La fin du monde

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Stéphane Audran, mort de la séduction

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Stéphane Audran dans "Juste avant la nuit" de Claude Chabrol, 1971. SIPA. 00600822_000001

L’actrice Stéphane Audran, égérie de Claude Chabrol, est décédée à l’âge de 85 ans. Chacune de ses apparitions était un choc pour le spectateur.


Quand un fantasme des années 1970 disparaît, au-delà de l’abandon, il y a ce sentiment de terre brûlée. Comme si la pellicule de nos souvenirs se rongeait, chaque jour, un peu plus sous l’effet du temps dérisoire et des modes idiotes. Grignotée par l’amertume et la tristesse, notre vieille bobine intérieure ne tourne plus rond. Bientôt, elle partira en poussières. Notre monde d’avant, notre cinéma-Paradiso, s’auto-détruit à une vitesse que nous ne pensions imaginer. Tout s’est détraqué depuis deux ou trois ans.

Adieu jeunesse

La liste de nos maîtres et nos maîtresses qui ont pris la fuite s’allonge inexorablement. Notre quarantaine rugissante prend des coups sur la tête sans que l’on puisse réagir et sans avoir les moyens de stopper ce manège infernal. Nous sommes sonnés comme si notre jeunesse que l’on croyait naïvement éternelle, perdait ses repères essentiels. Il serait juste aujourd’hui d’évoquer sa filmographie dans le détail, ses succès, ses récompenses, de rappeler ses premiers bains de pied dans la « Nouvelle Vague », son mariage éphémère avec Jean-Louis Trintignant et puis ce long compagnonnage avec Claude Chabrol. Nous n’en avons ni la force, ni l’envie. Ce serait trahir notre pensée, biffer nos années d’apprentissage dans les provinces reculées de France, moquer notre romantisme d’alors. L’image de cette femme fatale ne se résumera pas en dates et en chiffres ici. Elle ne se découpera pas en périodes à l’usage de gâteux cinéphiles qui fichent l’existence dans des étagères métalliques. Cet après-midi, si les films se mélangent, la puissance érotique de Stéphane Audran demeure.

Une dame de séduction massive

Pourquoi le cacher ? Chacune de ses apparitions provoquait chez les adolescent-e-s, une secousse tellurique suivie d’une dangereuse apnée. Comment encore respirer devant l’indicible ? Ce serait une effroyable faute de goût. Cette beauté froide et mystérieuse inspirait des sentiments contradictoires, la distance et l’attachement, le désir et l’angoisse. Elle jouait avec nos nerfs. Son charisme ne s’expliquait pas. Il explosait sur l’écran, c’est tout. Elle figeait notre subconscient avec cette insolence crâne et ces manières de bourgeoises plus folles que discrètes. Audran a grandement facilité le travail des réalisateurs. En fait, avec elle, peu importait l’inspiration, la qualité du scénario, le placement de la caméra, lorsqu’elle plantait son regard dans l’objectif, nous étions déjà ivres d’elle. Fascinés et perdus.

Dans cette opération de séduction massive, son physique comptait bien sûr, yeux de biche, port altier, poitrine haute, bouche légèrement boudeuse, toujours un peu dégoûtée et cette couleur de cheveux, rousseur démoniaque qui nous fit oublier pendant longtemps les blondes diaphanes et les brunes cuivrées. Les rousses laboureraient désormais notre cœur fragile. Nous lui en fîmes la promesse.

Une femme au-dessus

Après ce premier choc visuel, quel enchantement d’entendre sa voix à basse fréquence, presque blessante, avec dans cette agressivité naturelle, une pointe de morgue. Un délice à l’oreille. Un coup de fouet dès qu’elle entrouvrait les lèvres. Cette sacrée bonne femme brouillait les genres en installant le doute. Ce que l’on reproche aux actrices actuelles, c’est leur transparence abyssale, leur parole aussi lisse que leur jeu, leur normalité en somme. Avec Stéphane Audran, hitchcockienne versaillaise, infidèle et impudique, on était saisi d’effroi. Le danger était là, imminent, et tant pis, si elle aurait notre peau à la fin. Les vamps ont été inventées pour mater les garçons. Et l’interdit pour être franchi. Le mystère Audran mériterait à lui seul un traité de physiologie tant il recèle mille strates.

Elle ne se contentait pas d’être divine et sombre, elle était au-dessus de ces poses-là. Sous une couche de savoir-vivre, élégance un peu surannée et un peu raide dans les rapports sociaux, se nichait une frondeuse à la répartie presque boulevardière. Dans le registre sobre et lointain, elle emportait les foules. J’aimais encore plus la voir complètement vriller chez Audiard (Comment réussir quand on est con et pleurnichard) ou Tavernier (Coup de torchon). Cette pétroleuse en tailleur strict n’avait pas froid aux yeux, elle nous régalait de sa présence. Merci pour ce festin !

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« The Captain »: deux heures moins le quart avant qu’Hitler crie

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Max Hubacher dans la peau du soldat Willi Herold dans "The Captain" du réalisateur Robert Schwentke (2018).

Dans The Captain, le réalisateur allemand, Robert Schwentke, met en scène la fin terrible du soldat Willi Herold qui, dans les derniers instants du IIIe Reich, s’est converti en capitaine de la mort.


Dans deux semaines, le Troisième Reich s’effondrera. Des unités entières de la Werhmacht livrées à elles-mêmes désertent, pillent, violent. Ce qui avait débuté avec panache et dans l’ivresse de la victoire s’achève dans la honte, la peur et le seul désir de survivre. Baiser la vie ou se laisser baiser par elle.

Willi Herold, captain flammes

Un jeune déserteur, vingt ans et des poussières, Willi Herold – magnifiquement interprété par l’acteur bernois Max Hubacher – est aidé par le destin : sur une route abandonnée, il découvre une jeep et un uniforme de capitaine. Il décide alors de changer d’identité : il sera désormais le capitaine Willi Herold, chargé par Hitler lui-même d’une « mission spéciale » : traquer les déserteurs. De victime, il se métamorphose en bourreau et y prend un plaisir qu’il n’aurait jamais cru à sa portée. Revêtir un uniforme de gradé et usurper une fonction, quoi de plus jouissif ? Encore faut-il se couler dans cette nouvelle identité.

Le capitaine Willi Herold a toutes les qualités nécessaires, y compris pour s’imposer auprès de la S.S. Il lui suffit de se montrer plus cruel, plus monstrueux encore et plus nationaliste que tous les officiers qui errent sur les routes allemandes, désabusés et défaitistes. Il était leur souffre-douleur, il sera le miroir de leur veulerie. L’heure des exécutions sommaires a sonné et c’est à lui, l’usurpateur, d’en être l’ordonnateur.

« Si tu ne baises pas la vie… »

Le film de Robert Schwentke, tourné en noir et blanc, est d’une noirceur absolue. À déconseiller aux âmes sensibles, comme on le disait jadis. Et celles ou ceux qui déjà ne se faisaient plus guère d’illusions sur la nature humaine sortiront de la salle K.O. S’ils veulent s’épargner cette épreuve, car c’en est une, et savoir ce qu’il est advenu du capitaine Willi Herold, nous ne serons pas assez sadiques pour ne pas le leur révéler : condamné à mort par les Anglais en 1946, il sera guillotiné avec cinq autres soldats. Il avait vingt et ans.

A lire aussi: Quand Churchill met nos « élites » face à leurs démissions

En quelques mois, il a vécu plus de vies que beaucoup d’entre nous. Effroyables certes, mais ne le sont-elles pas toutes à un degré ou à un autre ? Son histoire avait déjà  fait l’objet de documentaires et d’un roman de T.X.H. Pantcheff : Le Pendu de l’Emsland Willi Herold, 19 ans. On n’est pas prêt de l’oublier, ni de retenir la leçon que, bien malgré lui, il livre dans ce film : ne jamais se soumettre à quelque forme d’autorité que ce soit. Même si comme il le répète : « si tu ne baises pas la vie, c’est elle qui te baisera. »

Emmanuel Macron, le sacrifice de ceux qui ne sont (presque) rien

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Emmanuel Macron en visite aux Pays-Bas, mars 2018. SIPA. Shutterstock40637988_000047

Au nom d’un égalitarisme idéologique, Emmanuel Macron noie les classes moyennes – qui ont voté pour lui – sous l’impôt pour mieux faire en sorte… qu’elles restent moyennes. 


Les tensions sociales auxquelles nous assistons actuellement, ne sont que les prémisses des difficultés à venir pour le gouvernement Macron. L’homme de la mondialisation heureuse, de l’Europe ouverte et du libéralisme sociétal évolue à contre-sens de l’histoire ; celui des mouvements de fond qui travaillent les sociétés européennes. Les chocs répétés des vagues migratoires et la multiplication des conflits identitaires, dont le terrorisme n’est que la partie émergée de l’iceberg, redessine un nouveau paysage politique en Europe.

Les temps changent, et Matteo Renzi, quintessence d’un libéralisme de centre gauche, vient d’en faire  les frais ; le vent du boulet a également bousculé l’impassible lourdeur d’Angela Merkel. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il n’y a aucune raison d’imaginer qu’Emmanuel Macron puisse échapper aux conséquences logiques des mêmes phénomènes.

Ce n’est toutefois pas sur les enjeux sociétaux que la grande vulnérabilité du président français va d’abord se révéler mais bien sur les questions économiques, sur lesquelles il a forgé sa crédibilité politique et son succès électoral.

Ceux qui ne sont moyennement rien

Passons rapidement sur les effets d’annonce qui permettent de multiplier les messages positifs sur le retour de la croissance et la baisse du chômage. L’amélioration de l’indice de croissance, général à l’Europe, ne change rien aux fondamentaux de notre économie : les déficits publics s’aggravent, les prélèvements obligatoires s’alourdissent et notre compétitivité, si l’on en juge par les chiffres de notre commerce extérieur, ne cesse de se dégrader. Quant à la baisse du chômage, elle provient en bonne part d’un changement de méthode statistique en utilisant l’indicateur, très particulier, du Bureau international du Travail.

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Emmanuel Macron a donc joué toute sa mise politique sur le succès de sa politique économique, dans une séquence historique où les Français désabusés pouvaient entendre un discours d’audace et de réforme. La France de la mondialisation positive et des centres-villes bourgeois s’est reconnue en lui et la France « moyenne », celle des classes moyennes qui s’accrochent pour ne pas décrocher, a, globalement, suivi le mouvement, pour se donner aussi le plaisir de dégager les sortants. La France populaire, très majoritairement, a voté contre le système ou s’est abstenue.

En toute logique, ceux qui ont rejoint le pouvoir actuel avec conviction attendent à minima un effet neutre sur leurs situations sociales, et ceux qui l’ont suivi par défaut espèrent une amélioration de leurs conditions de vie. Or, d’évidence, il est déjà possible de dire que le compte n’y est pas. Le jeu de bonneteau présidentiel sur la baisse des prélèvements a tourné court une fois les factures présentées. Dans le même temps, deux institutions économiques que l’on ne peut soupçonner a priori d’être des ennemis du gouvernement – l’Insee et l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) – ont montré, chiffres à l’appui, l’inexistence du gain fiscal si magistralement vendu aux Français.

Le sacrifice des « riches » qui ne roulent pas sur l’or…

L’Insee a ainsi calculé que la pondération des  hausses et baisses d’impôts du budget 2018 dégage une amputation du pouvoir d’achat des ménages de 4,5 milliards d’euros, soit une baisse de 0,3 point. Le gouvernement, évidemment, conteste ces chiffres, mais en ajustant les deux approches, l’OFCE affirme, pour sa part, qu’au mieux les ménages ne gagneront rien en termes de pouvoir d’achat. La hausse de la CSG, des carburants et du tabac effaçant les maigres « cadeaux », principalement liés à la suppression de certaines cotisations sociales.

Mais le plus important dans la politique fiscale du gouvernement Macron n’est pas le débat sur le gain ou la perte globale de ses choix budgétaires, mais de comprendre la répartition sociale des gains et des pertes ; la vraie mesure qui révèle la véritable nature de la politique gouvernementale.

A cet examen nous voyons très vite que rien ne change vraiment dans la politique française et que Macron n’est que le digne successeur des politiques suivies depuis des décennies : la charge fiscale pèse avant tout sur les classes moyennes. La critique de « gauche », naïvement, se jette sur l’argument facile du cadeau aux plus riches : 46% des baisses d’impôts accordées, note l’OFCE, bénéficient aux 10% les plus riches.

La France égalitariste s’indigne ; mais si l’on y regarde de plus près, l’OFCE précise que, pour faire partie de ces 10% les plus riches, il faut gagner plus de 3599 euros net pas mois, soit, pour un couple, 1800 euros net par conjoint, soit encore le salaire médian français ! On est donc au cœur de la base de la classe moyenne, parler de « riches » est proprement un détournement de réalité. Les vrais riches (c’est-à-dire les très riches), pour leur part, savent depuis longtemps jouer de l’optimisation fiscale pour échapper aux filets de Bercy.

…au nom de l’égalitarisme

L’orientation des prélèvements obligatoires traduit une vision égalitariste qui postule que l’impôt a, d’abord, une fonction d’égalisation des conditions sociales, et que l’Etat a vocation à être le promoteur de cette volonté d’égalité. C’est au nom de ces grands principes que, depuis des décennies, la France s’adjuge un titre de championne toute catégorie des prélèvements obligatoires sur fond de dérive de la dépense et des déficits publics. Faute du courage nécessaire pour réformer le pays, les forces politiques françaises choisissent la solution la plus facile et immédiate, la hausse des prélèvements.

Cela a été le cas du premier gouvernement Chirac, et le coup de massue fiscale de Juppé a provoqué la défaite de 1997, cela a été également le cas pour Nicolas Sarkozy, puis pour le gouvernement Hollande en 2012. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la pression fiscale a pénalisé la croissance et engendré la défaite politique. Il n’y a aucune raison de penser que Macron, reproduisant le même schéma, échappe au même scénario politique.

Un contre-sens politique

Sans être un libéral acharné, il est facile de comprendre que le niveau de performance d’une économie moderne repose d’abord sur le niveau de performance et de qualification de sa population moyenne et moyenne supérieure. Elle forme les gros bataillons des cadres qualifiés et représente un vivier de forts potentiels par l’éducation qu’elle a reçu et qu’elle transmet à ses enfants.

Les classes moyennes sont très soucieuses de l’éducation de leurs enfants et forment, à ce titre, la clé de voûte de l’équilibre et du progrès social. Elles tentent d’échapper tant bien que mal au processus d’effondrement de l’école publique, mais leurs marges de manœuvre, là aussi, sont sans cesse réduites. Et contrairement à l’idée reçue, la politique de l’actuel ministre de l’Education nationale renforce cette tendance ; la priorité est clairement donnée aux zones dites « sensibles », au détriment des zones de « normalité », où les classes moyennes tentent encore de scolariser leurs enfants.

L’accumulation du capital social et culturel au fil des générations est un facteur essentiel  de développement des sociétés. Brider, voire briser, cette dynamique est un contre-sens politique grave qui repose sur une illusion idéologique qui imprègne la psychè française. Cette vision politique repose sur une appréhension égalitariste et individualiste de la vie sociale ; elle va à l’encontre de la réalité des sociétés portée par des dynamiques collectives de long terme.

La politique du gouvernement Macron ne sort pas de ce cadre idéologique : les très riches  bénéficient de quelques mesures avantageuses sur l’ISF et la fiscalité du capital, mais les classes moyennes et moyennes supérieures – le cœur de son électorat, donc – comprennent peu à peu qu’elles font les frais du « renouveau » politique que Macron est censé incarné.

Apologie du terrorisme: pourquoi l’affaire Poussier n’est pas un acte isolé

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Stéphane Poussier a été placé en garde à vue pour apologie du terrorisme après ses propos sur Twitter concernant les attentats de l'Aude. ©DR

L’arrestation pour apologie du terrorisme de l’ex-candidat de la France insoumise, Stéphane Poussier, n’est pas qu’un « dérapage ». Pour l’historien, Philippe Fabry, cette convergence entre une certaine gauche et l’islamisme marque une tendance de fond qui pourrait faire de « l’islamo-gauchisme » le communisme du XXI° siècle.


Les actes terroristes qui ont ensanglanté l’Aude ces derniers jours ont montré, dans toute sa crudité, l’ignominie de la convergence entre l’extrême gauche et l’islamisme, lorsque Stéphane Poussier, ancien candidat de la France insoumise, s’est félicité de la mort du lieutenant-colonel Beltrame, par haine gauchiste du flic. Cette apologie d’un acte de terrorisme islamiste par un représentant du vieux gauchisme ne saurait être réduite à un comportement isolé, un dérapage individuel. Il s’agit au contraire de la manifestation d’une évolution profonde du paysage politique français, qui voit peu à peu se structurer une idéologie à la vigueur dangereuse, un parti de la haine de la civilisation occidentale.

Le récent effondrement des partis politiques traditionnels en France a pratiquement effacé le clivage gauche-droite au profit d’une hégémonie du progressisme modéré et pragmatique de La République En Marche (LREM). On peut être un peu décontenancé face à ce nouvel état de fait et s’interroger sur l’évolution d’une démocratie non clivée.

Par expérience historique, une démocratie dans laquelle le clivage s’est estompé jusqu’à donner le spectacle d’une sorte d’unanimisme dans la modération ne constitue qu’un équilibre précaire, précédant une percée idéologique à gauche et l’apparition de nouvelles lignes de fractures.

Le consensus avant la tempête

La référence se trouve dans le tournant politique du début du XXe siècle. La période 1893-1902 est en France celle du consensualisme républicain : la crise boulangiste passée, la République est acceptée et consolidée. En 1893, les Républicains modérés obtiennent 279 sièges à la Chambre, et en 1898 en tiennent encore 254. Cette dernière chambre va porter la belle loi de 1901 sur la liberté d’association.

Les débats nationaux perdent en enjeu : la période est marquée par l’affaire Dreyfus qui, pour avoir fait beaucoup de bruit et laissé une trace durable dans la culture politique française, demeure un fait divers monté en épingle : rien de comparable avec les querelles des années 1870 sur la nature-même du régime.

Le premier quart du XXe siècle est marqué par un double mouvement remettant en cause cet unanimisme fondamental : la percée du socialisme et l’apparition du communisme marxiste-léniniste.

Le socialisme prend son essor en 1905, avec le regroupement des socialistes français au sein de la SFIO, un an avant que la CGT n’adopte la Charte d’Amiens, marquant la victoire du syndicalisme révolutionnaire au sein du mouvement ouvrier français – le syndicalisme recueille ainsi de nombreux militants déçus par le positionnement modéré de la SFIO des années Jaurès.

Cela change avec l’entrée en scène fracassante du communisme, à la suite de la révolution de 1917, dont le « succès » redonne une crédibilité à l’action révolutionnaire, crédibilité perdue dans notre pays depuis l’écrasement de la Commune de Paris : de nombreux militants révolutionnaires rejoignent la Section française de l’Internationale communiste (SFIC) lors de la scission de la SFIO au Congrès de Tours en 1920. Le Parti communiste (PC) prend son indépendance et bouscule les socialistes – qui forment l’extrême-gauche de la IIIe République durant ses premières décennies – vers la droite, et du même coup les Républicains « radicaux » au centre, où ils sont toujours. Durant 70 ans, le Parti communiste sera l’aiguillon de la gauche française, représentant à son apogée un électeur français sur cinq.

La structuration de « l’islamo-gauchisme »

L’actuelle hégémonie de LREM correspond vraisemblablement à ce moment d’unanimisme pragmatique, et précède la percée à gauche – car c’est toujours de là que vient la radicalité nouvelle en matière idéologique – d’une nouvelle doctrine qui donnera le ton du débat pour les décennies futures, comme le fit le républicanisme durant le XIXe siècle et le socialo-communisme durant le XXe.

Il apparaît de plus en plus clairement que cette percée viendra du mouvement, encore confus mais qui se structure de jour en jour, qui est à juste titre appelé « islamo-gauchisme ». Il est une convergence de l’islamisme, spécifiquement de la doctrine des Frères musulmans, et du gauchisme occidental, rassemblant ce que l’on trouve de plus radical en matière de « féminisme » et « d’antiracisme ». Guillemets mérités, car ces nouvelles expressions de préoccupations politiques anciennes sont le produit d’une totale inversion de valeurs, où l’on défend le port du voile comme une liberté de la femme et la ségrégation raciale comme un droit des personnes « racisées », c’est-à-dire non blanches.

Ces positions radicales trouvent un écho dans les revendications de certains membres des populations musulmanes en Occident. L’on constate, sur les réseaux sociaux, la multiplication des vidéos d’AJ+, une chaîne du groupe qatari Al Jazeera, consacrées aux mouvances LGBT et à l’antiracisme, et dont le propos est toujours in fine de défendre le droit au port du voile et d’accuser les Occidentaux de racisme et d’islamophobie. Le Qatar est un sponsor notoire des Frères musulmans, et Al Jazeera leur est toujours favorable.

La convergence est donc de plus en plus totale entre les « social justice warriors », les guerriers de la justice sociale féministes et antiracistes, et les Frères musulmans dont la doctrine est contenue dans le livre de Sayyid Qutb, La justice sociale en islam. La synthèse est vraisemblablement assez puissamment révolutionnaire pour devenir une véritable tendance politique radicale dans les prochaines décennies, s’appuyant doublement sur l’intellectualisme de gauche et une clientèle électorale : hier les ouvriers, demain les musulmans.

Bien sûr, il s’agit là d’un phénomène global et non limité à la France, comme c’était le cas pour le communisme, et il faut se poser la question du centre de ce nouveau Komintern. Si le Qatar joue évidemment un grand rôle par ses médias, parions que l’URSS de l’islamogauchisme sera la Turquie d’Erdogan : ce dernier est précisément arrivé au pouvoir en opposant la « liberté démocratique » de porter le voile et de prôner l’islam politique contre l’ordre laïque kémaliste. Aujourd’hui, ce Staline islamiste ordonne à la diaspora turque, et à travers elle à tous les musulmans d’Occident, de refuser l’assimilation au nom des mêmes principes. Et l’on voit, sur le plan intérieur, où mène son idéologie.

Pas d’amalgame: l’islam au pays des merveilles

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Manifestation en hommage aux victimes des attentats de Paris et Saint-Denis de novembre 2015, Rabat, 20 novembre 2015. SIPA. AP21825406_000002

De près ou de loin, l’islam n’a « rien à voir » avec l’islamisme. Pourquoi ne pas le croire ? La plupart des médias  l’affirment.


Cet article ayant été écrit avant l’attentat de Trèbes, j’ai une pensée émue pour Arnaud Beltrame et ses proches. Un authentique héros, à l’heure où ce mot est si souvent galvaudé. « L’homme est capable du meilleur comme du pire, mais plus souvent hélas du pire que du meilleur », écrit André Comte-Sponville. Vendredi dernier, on a eu les deux…

Je ne sais pas si ça vous fait le même effet. Mais moi, lorsque j’entends sur Arte, France Inter, France Culture, France Info, France 2, France 3, France 5, France 24 ou France 778 (au point où l’on en est) que « l’islamisme n’a rien à voir avec l’islam » ou que « l’immense majorité des musulmans n’ont rien à voir avec l’islamisme »… je tique un chouïa. Ceci dit, quel que soit le sujet, dès que quiconque entame une phrase par « l’immense majorité des » ou souligne que « ça n’a rien à voir », un léger rictus apparaît sur ma pomme, presque malgré moi. C’est quasi pavlovien. Je pressens aussitôt qu’il va s’ensuivre une version idéalisée de la réalité, un plongeon tête la première dans les méandres du politiquement correct : négation du réel au nom d’un idéal, confusion entre le vrai et le bien, basculement du monde réel vers le monde idéal… Bref, le grand plouf.

Tout le monde il est beau, tout le monde il est Charlie

C’est vrai quoi. Dans un monde idéal, l’immense majorité des automobilistes et a fortiori des motards respectent scrupuleusement le code de la route. Et l’ont toujours respecté. Dans un monde idéal, l’immense majorité des professions libérales (artisans, commerçants, travailleurs indépendants, garagistes, avocats, coiffeurs, restaurateurs, etc.) déclarent au centime près leurs revenus au fisc. Y compris les sommes perçues en liquide.

Dans ce monde-là, l’immense majorité des hommes n’ont jamais trompé leur femme ou leur petite amie. L’immense majorité des supporters de football font preuve d’une grande sportivité à l’égard de l’équipe adverse et de l’arbitre, l’immense majorité des joueurs étant eux-mêmes des exemples de fair-play sur la pelouse. L’immense majorité des chauffeurs de taxi parisiens sont aimables et souriants. Si une agression a lieu dans le métro, l’immense majorité des voyageurs présents interviennent aussitôt. Ce qui n’est guère étonnant puisque l’immense majorité de nos concitoyens sont altruistes, ponctuels, bienveillants, tolérants, courageux, rationnels, non violents, intègres, en pleine forme et ne mentent jamais. A commencer par l’immense majorité des lecteurs de Causeur et, surtout, de l’auteur de ces lignes.

Je rêvais d’un autre monde…

Dans un monde idéal, l’immense majorité des Français étaient gaullistes sous l’Occupation. D’ailleurs, Pétain n’a rien à voir avec la France. Tout comme le nazisme n’a rien à voir avec l’Allemagne, laquelle est uniquement la terre de Goethe et de Beethoven. L’Inquisition n’a rien à voir avec le christianisme et le stalinisme n’a rien à voir avec le communisme. C’est donc fort logiquement que l’islamisme n’a rien à voir avec l’islam, religion de paix et d’amour. Une religion pleinement – et sans contestation possible – compatible avec les valeurs de la République et des Lumières. Parmi lesquelles on trouve, en vrac : la laïcité, la liberté de conscience, la liberté d’expression, la liberté de changer de religion, l’égalité homme-femme ou encore la défense et le développement de l’esprit critique…

A lire aussi: Le « séparatisme islamiste » n’avance pas masqué, il est flamboyant

L’immense majorité des musulmans rejettent viscéralement toute forme d’antisémitisme, de sexisme et d’homophobie, ont été horrifiés par le 11 septembre 2001 et n’éprouvent aucune sympathie envers Dieudonné ou Tariq Ramadan. Bien au contraire. Enfin, et c’est sans doute le plus important : l’immense majorité des musulmans n’ont rien à voir avec l’islamisme. Et ce, même si les islamistes arrivent très souvent en tête lorsque des élections sont organisées en terre d’Islam. Et même si 28 % des musulmans en France (près de 50% chez les jeunes), selon un rapport de l’Institut Montaigne, placent la charia avant les lois de la République. Mais bon, comme « ça n’a rien à voir ».

Quel dommage que nous vivions dans le monde réel et non pas dans un monde idéal…

Arnaud Beltrame est immortel

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A Carcassonne, hommage à Arnaud Beltrame, lieutenant-colonel de gendarmerie qui a sacrifié sa vie pour sauver celle d'un otage du terroriste de l'Aude, mars 2018. SIPA. AP22182071_000013

Lettre à mon colonel et frère d’armes, Arnaud Beltrame, mort pour la France.


Mon colonel,

Cher Arnaud,

Nous ne nous sommes jamais rencontrés. J’aimerais croire que si ça avait été le cas, j’aurais eu l’intelligence de t’écouter, et d’apprendre à ton contact. Peut-être. Le dernier jour de ta vie, en tout cas, est une leçon pour nous tous.

Beaucoup parlent de toi. Certains, déjà, essayent de parler en ton nom. Je me demande ce que tu en aurais pensé. Il y a de grands discours, il y en aura encore, des hommages officiels dont certains seront sincères, mais d’autres ne chercheront qu’à briller un peu en volant un reflet de ta gloire, voire à t’utiliser pour tenter de faire oublier leur médiocrité, leur aveuglement, leur laxisme. Tenter de faire oublier qu’ils se servent de la République, alors que toi tu l’as servie, dans la discrétion pendant des décennies, et maintenant dans la gloire. Et d’autres encore, qui diront te pleurer, alors que sous mille prétextes ils ont laissé faire voire encouragé l’idéologie totalitaire islamiste, la haine de la France et la délinquance au quotidien qui ont causé ta mort. Ils prétendront s’incliner devant ta mémoire, alors que depuis longtemps ils s’inclinent devant ceux qui ont armé l’esprit et le bras du criminel qui t’a tué.

Mais la France est plus forte et plus grande que tout ça. Elle sait que tu as cent fois mérité qu’elle te rende hommage, et elle le fait, en toute vérité.

Car il y a les fleurs, Arnaud ! Où que tu sois désormais, j’espère que tu vois les fleurs. Depuis ta mort, d’innombrables anonymes viennent les déposer à pleins bouquets devant les mâts des couleurs des gendarmeries de tout le pays. On dirait qu’en versant ton sang tu as fait jaillir des myriades de fleurs au pied du drapeau tricolore, par les mains de tout un peuple. Il n’y avait jamais eu un tel printemps. Les gendarmes n’en reviennent pas, tes frères d’armes ne s’attendaient pas à autant de messages de soutien, autant de fraternité autour d’eux, autant d’émotion, simple, sincère, profonde.

Je crois que personne n’imaginait à quel point la France avait besoin de toi.

Tu n’aurais pas voulu que l’on oublie les victimes du djihadiste que tu as vaincu, que tu as terrassé par ton courage. Sur les photos de toi que l’on voit un peu partout, on découvre un sourire franc et des yeux rieurs, ou un visage sérieux et solennel, mais aucune arrogance. Nous te devons bien ça : ton exemple est là pour illuminer, inspirer, sans jamais rejeter dans l’ombre ces gens comme tous ceux auxquels tu avais consacré ta vie.

Jean Mazières, Christian Medves, Hervé Sosna.

Il y a cette inconnue que tu as sauvée. Aucun journaliste jusqu’ici n’a révélé son nom. Est-ce ton exemple qui les incite à cette pudeur bienvenue ? Toi-même, savais-tu comment elle s’appelait, lorsque tu as décidé de risquer ta vie pour l’arracher au monstre ? Risquer, et sans doute donner : ton expérience était trop grande pour que tu n’aies pas eu la lucidité de comprendre que tu n’avais presque aucune chance d’en revenir vivant. Et pourtant. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime », a dit l’évangéliste. Tu étais chrétien, et frère de la Grande Loge de France. Croyant sincère, et à l’esprit ouvert.

A lire aussi: Arnaud Beltrame, la France qui résiste

Il y a ta famille, il y a ton épouse, Marielle. Nous avons une dette envers toi, nous avons une dette envers elle. Aujourd’hui, dans dix ans, dans cinquante ans, Marielle pourra toujours compter sur le soutien de la gendarmerie, mais aussi de la France. Aujourd’hui, dans dix ans, dans cinquante ans, aucun Français honorable ne pourra lui refuser son aide. Même si le deuil de ce que vous désiriez, de ce que vous espériez, est et restera une blessure, tu ne l’as pas abandonnée. Tu lui as donné le soutien indéfectible de tout un peuple.

Tu n’es pas une victime. Tu n’as pas subi, tu as agi, tu as regardé le danger droit dans les yeux et tu t’es dressé face au mal. Et tu as gagné.

Il y a bien longtemps, un ancien chef de guerre de ceux qui aujourd’hui nous attaquent a déclaré que ses hommes « aiment la mort comme nous nous aimons la vie. » Toi, Arnaud, tu as aimé la vie avec une telle force que tu as fait le sacrifice de la tienne pour sauver celle de quelqu’un d’autre. Nos ennemis jouissent de mourir pour détruire. Tu as accepté de mourir pour protéger. Ton amour de la vie n’était pas, ou pas seulement, goût superficiel des plaisirs qu’elle offre, mais engagement fidèle, dévouement passionné, don de soi. Tu nous as prouvé de la plus belle des façons que nous sommes encore capables de grandeur, de courage, de noblesse, d’héroïsme. Car tu es un héros, et à ton sujet ce mot n’est pas galvaudé.

Parce qu’il y a Arnaud Beltrame, chaque Français peut se sentir fier de son pays et de sa culture, d’une certaine et chevaleresque idée de ce que nous aspirons à être. Parce qu’il y a le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, chaque soldat français peut porter plus haut encore l’honneur de l’armée, et chaque gendarme découvre désormais en enfilant son uniforme qu’il a un éclat bien plus grand qu’il ne le soupçonnait il y seulement quelques jours. Parce qu’il y a Arnaud Beltrame, chacun sait que la France en vaut la peine, que sa dignité est intacte, et qu’elle ne se soumettra pas.

Ceux qui nous méprisent, ceux qui nous accusent de tous les mots, ceux qui proclament que nous appartenons au passé, se heurtent maintenant à cette simple réalité : toi.

Du fond du cœur, et si tu veux bien de ces mots au milieu des fleurs, merci.

Tes camarades du GIGN ont vengé ta mort, mais c’est toi l’artisan de la plus grande victoire.

Et le prix que tu as payé pour cette victoire nous oblige, tous. Qu’allons-nous faire de ton exemple, de l’élan qu’il suscite, de la détermination qu’il prouve ?

Nous ne t’oublierons pas, tu le sais, et même si la légende s’empare de ton histoire je veux croire que nous saurons nous souvenir aussi de l’homme, simplement homme, que tu étais. Car c’est cet homme qui est devenu un héros.

Mais la mémoire ne suffit pas. Les larmes ne suffisent pas. Tu es mort au combat, et ce combat continue. La seule manière authentique de te rendre hommage est de voir la vérité en face, de regarder nos ennemis droit dans les yeux, et de combattre ! Sans brutalité, mais avec force. Sans esprit de vengeance aveugle, mais avec toute la sévérité nécessaire. Et sans compromission, sans relâche, sans tous ces abandons qui se donnent le nom d’accommodements, combattre !

Alors, un jour, lorsque les enfants de nos enfants demanderont non pas « pourquoi » mais « pour quoi » Arnaud Beltrame est-il mort ?, nos enfants pourront leur répondre : « Il est mort pour sauver une inconnue, parce qu’il était un homme bien. Il est mort pour sauver la France, parce qu’il était un soldat. Il est mort pour que nous puissions réfléchir et discuter librement aujourd’hui, parce qu’il était un homme de foi et un chercheur de vérité. Et, tu sais ? Arnaud Beltrame est immortel. »

Génération Mennel, l’émergence d’une France d’ailleurs?

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A Bobigny, des jeunes protestent en marge de l'affaire Théo, février 2017. SIPA. AP22015443_000004

Malgré le terrifiant bilan du djihadisme français, le camp islamo-sceptique a produit bien peu de violence et de réactions. On ne s’offusquera donc pas de l’indignation des réseaux sociaux devant une jeune fille voilée qui reprend la rhétorique de nos bourreaux. 


Je me souviens du témoignage de cette femme à l’accent du Maghreb qui s’exprimait après les attentats djihadistes de Toulouse en 2014, en larmes et à la radio. Elle avait prié pour que le responsable ne fût pas arabe avant de découvrir que l’assassin s’appelait Mohamed Merah. De mémoire, voilà ce qu’elle disait : « C’est une catastrophe. Les représailles seront terribles et jamais les musulmans de ce pays ne s’en remettront. » Elle se trompait : un peu plus de trois ans et 300 morts plus tard, ceux qui pratiquent l’amalgame l’ont sans doute gardé pour eux parce qu’on n’a pas vu de boucheries hallal vandalisées ni d’épiciers agressés. Même si ça ne saute pas aux yeux partout, la France n’est ni un pays du Moyen-Orient (les mosquées ne sont pas mitraillées quand un imam dit une bêtise, ou une horreur, c’est-à-dire une fatwa) ni un pays d’Afrique (l’armée n’a pas encore besoin de protéger un groupe ethnique menacé par les autres en période de crise pour cause de susceptibilité politique ou religieuse).

Les Français ne font pas d’amalgames

Alors que les éditorialistes de L’Obs et d’ailleurs se font depuis le début des attentats lanceurs d’alerte contre une islamophobie montante portée par un populisme dangereux, le camp des islamo-sceptiques a produit bien peu de terrorisme, bien peu de désordre, et finalement bien peu de réactions. La justice, submergée, en plus des attentats, par 17 000 Français Daesh friendly à surveiller, par les revenants et bientôt les fils et filles de, n’a eu qu’un attentat-charcutier à l’adresse d’une mosquée à se mettre sous la dent, qu’elle a eu dure puisque le condamné qui avait glissé du jambon dans la boîte aux lettres a pris plus cher que Jawad Bendaoud, le logeur de Daech.

Les Français ne pratiquent pas les amalgames, j’aime à croire que c’est par éducation plus que par soumission aux propagandes, mais ils ne peuvent s’empêcher d’observer des rapprochements. Les enquêtes qui se poursuivent après les attentats révèlent que sous les cellules terroristes isolées, il y a bien un terreau. La popularité de Mohamed Merah dans certaines banlieues et les 20 000 internautes qui ont tweeté « je suis Kouachi », mais aussi les résultats d’enquêtes et de sondages auprès de musulmans de France peuvent intimer à la prudence. À l’écart d’une France d’en haut ou d’en bas, n’assistons-nous pas à l’émergence d’une France d’ailleurs, et qui entend le rester ?

Dans ce contexte, les Français pratiquent si peu l’amalgame que la jeune Mennel avait toutes ses chances de gagner une notoriété et une popularité massive en participant à l’émission « The Voice », même voilée, et même en chantant une partie de sa chanson en arabe. Ou peut-être grâce à cela, si l’on considère un public jeune, avide de resservir la tolérance bien apprise par son éducation et par l’effet des propagandes, en consacrant l’Autre dans un exercice citoyen et un télé-crochet. Si elle n’avait eu que sa différence, si elle n’avait fait que porter sa culture d’origine en bandoulière, ou même en étendard, la demoiselle aurait pu se lancer dans la chanson et devenir un jour peut-être « personnalité préférée des Français », comme l’ont été Jamel Debbouze et Omar Sy.

L’islam c’est chic, mais…

Au lieu de cela, parce que des internautes fouineurs ont exhumé les propos d’une fille compréhensive ou complaisante avec ses coreligionnaires criminels, la chaîne a semble-t-il poussé la chanteuse à se retirer de la course. On peut trouver sévère la sentence parce que tous les jeunes disent des conneries conformes à leur milieu qu’on finit par leur pardonner, et il faut bien se faire à l’idée que les jeunes musulmans disent des conneries islamistes. Quand je rappelais à Charb que dans les cités, on taguait « Vive Ben Laden », il me répondait que les punks arboraient des croix gammées. De fait, il avait raison, mais les punks auraient fait de piètres nazis, alors que certaines racailles se sont révélées être de parfaits petits talibans. Toutes les époques ne se ressemblent pas, et toutes les jeunesses non plus.

Et c’est peut-être à une partie de notre jeunesse, dont la pauvre Mennel est devenue le visage avec son appartenance affichée et ses ambiguïtés, qu’une partie du pays qui ne s’exprime que sur les réseaux sociaux a voulu opposer une réaction, et poser des conditions. Si certains messages excluaient d’emblée une jeune fille préjugée étrangère à la nation, la plupart rejetaient une chanteuse qui ne savait pas elle-même ou n’avait pas su, même face aux crimes commis, qui étaient les vrais coupables et peut-être où allaient ses allégeances. Et les regrets de la chanteuse dépassée par l’affaire n’ont rien changé. Le rejet a dépassé de très loin, par son ampleur et par sa nature, le racisme ou l’islamophobie des messages habituels et marginaux qui circulent quand un Noir ou un Arabe est exposé dans les médias. Il semble qu’aujourd’hui le choix d’une musulmane affichée puisse être du dernier chic multiculturel, mais qu’il puisse poser problème si elle comprend, excuse ou exonère le terrorisme. Voilà ce que la chaîne a compris et pourquoi elle a préféré exclure la candidate.

Il reste interdit d’interdire

Certains compatissent. C’est bien triste en effet pour cette jeune fille qui a eu, nous dit-on, ses rêves brisés. Mais le petit peuple des réseaux sociaux peut-il encore, sans être insulté, rejeter ceux qui aspirent à être starisés quand ils parlent comme ceux qui tirent dans les foules et qu’ils ont la même religion ? Est-il légitime à discriminer une femme arabe et voilée sur la base d’un comportement, d’une attitude, d’une position ? Il semblerait que non. Après que les lanceurs d’alerte ont affolé le braillomètre en parlant d’exclusion, de racisme, d’islamophobie et de lynchage, on peut se demander ce qu’il reste du buzz dans l’opinion. J’ai posé la question autour de moi, à des jeunes de l’âge de la chanteuse. Les avis se sont partagés. Les uns ne voient pas où est le problème avec le voile, les autres trouvent qu’on a bien le droit de contester des « thèses officielles ». Les bras m’en sont tombés, mais après les avoir pas mal agités pour ramener tout ce petit monde à un peu de bon sens, j’ai dû me rendre à l’évidence : il reste toujours très mal vu d’interdire. On est mal barrés.

Une France soumise - Les voix du refus

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Les relations russo-britanniques empoisonnent le Mondial de foot

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Des hooligans russes agressent un supporter anglais au stade Vélodrome de Marseille pendant l'Euro 2016. SIPA. AP21988712_000023

La « guerre » diplomatique en cours entre le Royaume-Uni et la Russie pourraient avoir des conséquences sur le déplacement des supporters de l’équipe nationale d’Angleterre dans le pays de Vladimir Poutine pour assister au Mondial de football, mi-juin. 


A moins de trois mois de la Coupe du Monde de football qui se déroulera dans onze villes de Russie, les Anglais sont sous haute tension.

A la suite de l’empoisonnement de l’agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille Youlia, le 4 mars à Salisbury, le gouvernement britannique a accusé la Russie de cette tentative d’assassinat et a déjà enclenché des mesures de rétorsion telles que l’expulsion de 23 diplomates de l’ambassade de Russie à Londres. Par ailleurs, il n’y aura ni représentants du gouvernement ni membres de la famille royale britannique en Russie lors du prochain mondial.

Boris « Godwin » Johnson 

Le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson a d’ailleurs comparé, le 21 avril, Vladimir Poutine à Hitler en estimant que le président russe instrumentalisait la Coupe du Monde « pour redorer le blason du régime brutal et corrompu dont il est responsable », ce qui n’était pas sans rappeler, selon lui, les Jeux olympiques de Berlin en 1936.

A lire aussi: Empoisonnement au Royaume-Uni: bons baisers de Russie ?

En réponse à ces déclarations fracassantes, l’ambassadeur de Russie à Londres, Alexandre Yakovenko, a, lors d’une conférence de presse le 22 mars 2018, déclaré qu’il considérait ces affirmations comme « inacceptables et totalement irresponsables »[tooltips content= »Conférence de presse, Sky News International, 22 mars 2018. »]1[/tooltips]. Le diplomate a réitéré le fait que la Russie attendait toujours des preuves concernant l’affaire Skripal, insinuant même que l’agent innervant utilisé dans cette attaque était peut-être le fait des Britanniques eux-mêmes étant donné la proximité du laboratoire de recherche sur les armes chimiques de Porton Down situé à moins de 15 kilomètres du lieu de l’attaque !

Welcome to Russia ?

En  ce qui concerne le Mondial, le diplomate a annoncé que les 20 000 à 30 000 supporters anglais attendus sur place (24 000 selon Boris Johnson), seraient bien reçus et que leur sécurité serait garantie. Si ceux-ci disposent d’un billet pour un match, ils seront même dispensés de visas pour entrer en Russie.

Dans ce contexte explosif, dans une interview au Daily Star, l’expert sur les questions de sécurité et de renseignement, Anthony Glees, considère, pour sa part, que si le gouvernement britannique en est arrivé à la conclusion que la Russie était derrière l’empoisonnement de Skripal, alors il n’était plus question d’envoyer une équipe nationale en Russie.

Le président de la commission des Affaires étrangères Tom Tugendath a lui aussi exprimé son inquiétude et exhorté les autorités britanniques à se montrer extrêmement prudentes concernant le déplacement des supporters en Russie.

Avant même le déclenchement de l’affaire Skripal, le contingent de supporters anglais était parmi les plus faibles de tous les pays représentés cette année, à la 20ème place sur 32 pays. Seuls 57 957 billets leur ont été vendus sur un total de 2,5 millions mis en vente pour les 64 matches de cette Coupe du Monde.

Hooligans de fer

Échaudés par les violences entre supporters anglais et russes qui ont émaillé l’Euro de foot français en 2016, notamment à Marseille lors d’un match entre les deux pays, les Anglais ont, depuis plusieurs mois, des réticences à l’idée de se rendre en Russie. Au vu de la dégradation extrêmement rapide des relations entre le Royaume-Uni et la Russie depuis le 4 mars dernier, cette attitude précautionneuse est d’autant plus justifiée

Au regard des liens entremêlés entre le foot anglais et le pouvoir russe, il semblerait que l’équipe d’Angleterre en elle-même soit en revanche moins exposée à d’éventuelles éruptions de violence. Le richissime Roman Abramovitch, propriétaire du Chelsea FC, club de Premier League, est un proche de Vladimir Poutine. Mais pour les supporters qui se préparent à aller assister à des matches dans des villes de province russes, c’est une autre affaire…

Attaques terroristes dans l’Aude : l’analyse d’Alain Finkielkraut

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Chaque dimanche, sur les ondes de RCJ, Alain Finkielkraut commente, face à Élisabeth Lévy, l’actualité de la semaine. Un rythme qui permet, dit-il, de « s’arracher au magma ou flux des humeurs ».


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