Dans Arrêt sur images, Daniel Schneidermann a accueilli Arnaud Gauthier-Fawas, un individu qui n’est pas ce que vous croyez qu’il est.
Les élucubrations d’un gauchisme culturel moribond en pleine phase de décomposition et de décompensation extatique n’en finissent plus de nous aider à traverser l’époque dans la joie et la bonne humeur.
Le plateau de l’émission Arrêt sur Images du pourtant très ouvert Daniel Schneidermann s’est ainsi transformé en une surprenante cage aux phobes qui a promptement fait le tour de réseaux sociaux hilares, ce dont la rédaction s’est ensuite indignée en invoquant la désormais fameuse « fachosphère » toujours aussi maléfique et omniprésente.
« Je ne sais pas ce qui vous fait dire ça »
Il s’agissait en l’occurrence de réunir sur le plateau certains représentants du milieu militant gay et lesbien – LGBT et plus si affinités -, à l’occasion de la tenue à Paris de la traditionnelle « marche des fiertés ». Daniel Schneidermann salue ses invités, puis se tourne dans un bel élan de paritarisme féministe vers sa collaboratrice afin de lui demander comment il se fait qu’il n’y ait que des hommes présents sur ce plateau. La jeune femme répond qu’effectivement dans ce milieu, comme partout, existent des éléments de sexisme et que, par ailleurs, les femmes sollicitées n’étaient pas forcément disponibles. Jusque-là, on a l’impression de regarder une émission comme on en a vu d’autres. On a toutefois senti l’un des invités s’agiter, en la personne d’Arnaud Gauthier-Fawas (administrateur de l’Inter-LGBT), lequel – on l’imagine hors-cadre – a commencé à se tortiller sur sa chaise d’un air indigné à l’évocation de ces hommes dont serait exclusivement composé le plateau. Il aurait pu, lui aussi, s’offusquer de l’absence de femmes. Mais c’était là raisonner en mode bien trop archaïque. L’individu, manifestement excédé de devoir supporter plus longtemps pareil affront, explose soudain en dodelinant du chef de-ci de-là sous le poids de l’outrage, afin de rectifier le tir et de recadrer un Daniel Schneidermann dépassé dans son propre gauchisme : « Je ne suis pas un homme, Monsieur ».
Surprise décontenancée du journaliste, qui accuse discrètement le coup et qui va jusqu’à s’excuser pour son abominable bévue. S’ensuivent quelques saillies agacées de l’individu frétillant pour expliquer aux Béotiens que « l’identité de genre » n’est pas « l’expression de genre » (entendez par là l’aspect d’un individu tel que la société l’interprète communément) et tout un salmigondis issu tout à la fois des drolatiques gender studies dans leurs errements outrés et de quelques cerveaux originaux. La créature de couleur apparemment blanche embraie ensuite sur sa non-blanchitude, expliquant qu’il/elle est en partie Libanais ; les deux n’étaient jusque-là pas incompatibles mais passons.
Les mauvais combats du militantisme LGBT
Voici donc un homme blanc expliquant le plus sérieusement du monde qu’il n’est pas un homme blanc. On hésite entre rire et pleurer et l’on finit par pleurer de rire. Cet état d’esprit confus et véhément est pourtant préjudiciable par bien des aspects à la cause qu’il croit défendre, tout comme l’ont été certaines des revendications de cette gay pride. En ridiculisant, par leur outrance hystérique la cause homosexuelle, ces individus manifestement tourmentés et heureusement marginaux renvoient une image très dommageable d’un monde homosexuel composé très majoritairement de gens qui souhaitent juste pouvoir vivre leur vie tranquillement sans être ramenés, précisément, à ces cas caricaturaux et pathétiques.
Le militantisme LGBTI+++ est secoué depuis quelques temps par des mouvements encombrants qui lui font soutenir les pires causes. Car le vrai scandale de cette session 2018 de la « marche des fiertés », c’est ce collectif qui a revendiqué d’être placé en tête de cortège et a demandé aux « non-racisés » – entendez par là aux blancs – de ne pas se mélanger à eux. Bel exemple d’une cause anti-discrimination qui finit par promouvoir la pire des discriminations, fondée sur un hypothétique concept de race, et donc à promouvoir le racisme.
Signalons également qu’une bonne dose d’antisémitisme, déguisé comme d’habitude en anti-sionisme, s’y mêle bien volontiers. Le logiciel victimaire de la cause palestinienne n’est jamais en reste de recyclage dans toutes les causes de combats post-modernes de l’univers. Cette fois-ci, la dénonciation du « pinkwashing » était à l’honneur, cette nouvelle coqueluche du gauchiste complotiste qui accuse Israël, et plus globalement l’Occident, de vanter son modèle de société gay-friendly afin de mieux dissimuler ses abominables forfaits racistes et islamophobes. Il est vrai que la situation concrète des homosexuels dans de nombreux pays islamiques est particulièrement enviable et que l’on a vraiment très envie de s’y faire tuer, fouetter, torturer, jeter du haut des immeubles ou simplement tabasser comme dans certains territoires pas si lointains… On comprend donc en effet qu’il faille à toute force critiquer l’Occident sur ce point.
Faut-il en rire ?
Bref, on le voit, le grand n’importe quoi s’est saisi d’une partie de cet univers militant au détriment de certaines associations de terrain qui font un travail remarquable. On ne peut que recommander aux esprits sains et individus de toutes sortes – hommes, femmes et autres – de se carapater au plus vite.
Par chance, le rire est le propre de l’ « homme », mais ce Monsieur Rabelais devait être bien borné pour proférer pareils propos normatifs. C’est évidemment celui de « l’individu non-binaire », encore que, de toute évidence, ce dernier n’aime pas du tout rire. Il est à parier que c’est également discriminant.
Doubler sur les routes de France est devenu encore plus compliqué. Depuis le début du mois, la vitesse sur certaines routes secondaires est limitée à 80 km/h. De quoi agacer les automobilistes. D’autant plus que la mesure pourrait ne servir à rien…
Depuis le 1er juillet, 400 000 km de routes sont officiellement limitées à 80 km/h contre leur 90 habituels. Désormais, c’est pour tout le monde pareil: les automobilistes expérimentés devront rouler à la même vitesse que les jeunes conducteurs (ceux qui ont moins de trois ans d’expérience) et les poids lourds. Cette nouvelle mesure du gouvernement s’accompagne de sondages et d’estimations en tout genre. Marianne nous apprend que 74% des Français sont contre cette réforme de « la France d’en haut » tandis que Ouest France, dans le même sens, nous dit que 79% pensent la mesure « inefficace ». Au total, ce sont 11 000 panneaux qui ont été remplacés pour un coût estimé entre 6 et 12 millions d’euros. Le but étant de sauver de 350 à 400 vies par an. Vous aussi, ces chiffres vous donnent mal à la tête ?
« Ils vont ramasser 400 millions supplémentaires avec la mesure du ‘80’ »
Le gouvernement a promis que l’expérience se jouerait jusqu’en 2020 seulement. Emmanuel Macron a même assuré : « Si ça ne marche pas, on ne continuera pas ». Mais on imagine mal Emmanuel Macron et Edouard Philippe retrousser leurs manches pour démonter de si précieux panneaux. S’il y a une question qui vient d’abord à l’esprit, c’est en effet celle de l’argent. Comment financer l’installation de ces indicateurs de vitesse ? Si c’est bien l’État qui se propose d’investir, la question du « qui » va rembourser turlupine les Français. A peu près tous sauf un : Michel Raison. Le sénateur LR de la Haute Saône fait partie d’un groupe de travail sur le sujet. Et pour lui, le coût des panneaux n’est « qu’une goutte d’eau dans le budget de l’État ». Il explique : « Les PV, en 2017, c’est 2 milliards d’euros récoltés. Et ils vont ramasser 400 millions supplémentaires avec la mesure du ‘80’. L’État renforce les radars, tout en sachant que plus on descend la limite de vitesse, moins on la respecte. Le financement des panneaux, c’est un faux problème. La vraie problématique, c’est que sur tout cet argent récolté, seulement 30 000 euros sont utilisés pour faire de la prévention routière, alors que les surplus sont investis dans les hôpitaux. C’est pourtant ça dont on a besoin. » Le dicton « mieux vaut prévenir que guérir » n’aura jamais autant fait sens…
Ce n’est pas la première fois que des actions sont entreprises pour limiter la vitesse sur ces routes. En 2015, le gouvernement Cazeneuve avait commencé à tester l’impact du « 80 » sur trois tronçons accidentogènes des routes nationales 7, 57 et 151. Trois ans d’expérimentation qui avaient pour but de révéler l’efficacité de la mesure… Michel Raison s’attendait donc à ce que les résultats soient publiés avant de décider, ou non, de rendre la réforme effective. La question est posée au Sénat, puis à l’Assemblée nationale en décembre 2017 : sans réponse. Ce n’est qu’en mars 2018 que le gouvernement a rendu publique les rapports de ce test à « 80 ». Verdict : deux ans d’expérimentation ne suffisent pas, en termes scientifiques, pour prouver quoi que ce soit. Edouard Philippe décide donc de poursuivre l’expérience – en l’élargissant à toute la France – pour prouver l’utilité de la mesure.
« Aujourd’hui déjà, les limitations ne sont pas respectées, elles ne le seront pas plus demain »
Ce passage en force n’est pas sans déplaire à l’opposition. « Le gouvernement ne sait pas ce que c’est de rouler dans nos campagnes », déplorait Michel Raison auprès de nos confrères de FranceInfo. Il est soutenu par Vincent Descoeur, membre de la Commission du Développement durable et de l’Aménagement du territoire : « Demain, nous serons dans l’impossibilité de dépasser un camion, sauf à commettre une infraction. Je prétends qu’on va retrouver des temps de trajet des années 1980, ce qui est inacceptable à l’heure où tout le monde parle de mobilité. » Lors du discours de Christophe Castaner sur les questions d’actualités au gouvernement, en décembre 2017 au Sénat, les protestations fusaient déjà. « On peut décider d’avoir du courage politique pour sauver des vies », opposait le délégué général de La République en marche. Vouloir sauver des vies c’est bien mais le faire comprendre c’est mieux. Michel Raison s’inquiète de l’effectivité de la mesure : « C’est une question de pédagogie. Il ne sert à rien de faire passer une réforme si les Français ne comprennent pas son utilité. Aujourd’hui déjà, les limitations ne sont pas respectées, elles ne le seront pas plus demain s’il n’y a pas, a minima, des résultats probants sur son efficacité. »
« 1% de vitesse en moins équivaut à 4% de morts en moins ». Cette formule scientifique résulte, entre autres, du cerveau et des études de Rune Elvik.
Le chercheur norvégien Rune Elvik a analysé plus de 500 programmes routiers confirmant qu’une baisse de vitesse de 1% correspond à une baisse de mortalité routière de 4%. C’est notamment sur la base de ses résultats qu’il a été décidé d’abaisser la vitesse à #80kmh en France. pic.twitter.com/mPWBhjZOUF
Mais le professeur le reconnaît lui-même : la difficulté, c’est qu’on ne sait pas exactement à quoi est liée la réduction du nombre des morts sur la route. Il évoque « une meilleure technologie » dans les véhicules, mais on peut aussi penser à la prévention routière, aux taux d’alcoolémie tolérés… Pour faire bref, la corrélation entre la vitesse et les tués sur les routes existe bel et bien, mais la causalité n’est, elle, pas précisément déterminable.
L’opposition accélère
Dans son bras de fer avec l’opposition, le gouvernement s’est montré intransigeant. Pour toute réponse à la lettre ouverte d’un groupe de sénateurs, l’État leur a reproché de « faiblir dans la lutte contre la délinquance routière ».
Pour Michel Raison, « cette façon de […] répondre en nous infantilisant est méprisante. Nous sommes tout autant responsables qu’eux, et tout aussi au courant de ce qu’est un accident de voiture, un traumatisme crânien, la mort d’un proche… Nous ne prenons pas à la légère les accidents de la route, mais ils nous traitent comme si tel était le cas ! »
En attendant, et en signe de protestation teintée d’une ironie certaine, Jean-Marie Bernard, président LR du conseil départemental des Hautes-Alpes, a fait passer un arrêté qui ne sera pas au goût du gouvernement : supprimer les zones à 70 km/h de certaines routes. Désormais, « les limitations à 70 km/h n’ont plus de sens. L’idée, c’est de clarifier le réseau. »
Amante de Jim Morrison, la chanteuse Nico avait trouvé en lui l’âme sœur qui l’inspirait. Leur communion spirituelle fut telle qu’elle partagea presque la même fin.
La dernière fois qu’elle l’a aperçu, c’était avenue de l’Opéra, à Paris, dans la nuit du 2 au 3 juillet 1971, deux ans jour pour jour après la mort de Brian Jones, son amant avant lui. Il était assis à l’arrière d’une voiture noire. Elle lui a fait signe, mais il n’a pas répondu. Il regardait droit devant lui. La mort en face.
Elle raconte cela avec un regard bleu glacier, puis se tait. Tire sur sa cigarette, crache un nuage de fumée si dense qu’on y devine un ectoplasme : « C’est mon destin, de mourir à la même époque de l’année. »
Pour Morrison, Nico s’écrit Icon
Nico fait la connaissance de son prince charmant au Castle, un château de conte de fées situé à Los Angeles. Un an plus tôt, Jim Morrison s’est offert un pantalon de cuir (celui d’Absolutely Live) après avoir vu Gerard Malanga danser autour d’elle lors d’un concert du Velvet Underground, mais en 1967, la blonde femme fatale a été chassée du groupe de Lou Reed. Elle a quitté New York et la scène minuscule, étouffante du Dom, où elle interprétait derrière le bar les chansons que d’autres – Bob Dylan, John Cale, Lou Reed, Jackson Browne, Tim Hardin – écrivaient pour elle. Malgré un petit rôle remarqué dans La Dolce vita, malgré les films de Warhol dont elle est l’une des superstars, ses quelques apparitions sur grand écran n’ont pas convaincu, et elle ne supporte plus d’être mannequin (« C’est une vie tellement con, d’être covergirl ! »). Nico se cherche un second souffle, et les toits du palais mauresque où elle joue à chat avec Morrison, qui danse au bord du vide pour ses beaux yeux, le désert de la Vallée de la Mort où le chanteur shaman l’initie au culte du dieu Peyotl, comblent son besoin de grands espaces : en une vision d’apocalypse induite par la drogue, le monde se renverse, ciel et terre lui apparaissent sens dessus dessous comme dans le miroir d’un lac. Morrison, son soul brother, bouleverse son nom, donnant un sens au pseudonyme de Christa Päffgen : pour lui, Nico s’épelle Icon. Elle qui chantait à Lou Reed I’ll Be Your Mirror se reconnaît en son esprit. Il lui fait lire les romantiques anglais, lui apprend à noter ses rêves. Solennel sous la lune californienne voilée de smog, un rien paternaliste, il lui accorde l’autorisation d’écrire ses propres chansons. Pour le remercier, et puisqu’il adore les rouquines, le genre mendiante rousse à la Baudelaire précise-t-elle, elle se fait la chevelure rouge sang.
Le souffle de Jim Morrison
Ecrire. Composer. Créer pour exister, se répète-t-elle inlassablement. Nico tâtonne, cherche ses marques. Puisqu’elle ne sait ni lire, ni écrire la musique, et comme les virtuoses règnent encore sur le rock, il lui faut jouer d’un instrument que nul autre ne maîtrise dans ce petit monde. L’harmonium indien, que Terry Riley et Allen Ginsberg utilisent dans des contextes très différents, lui permet de se passer de la compagnie de guitaristes, tout en retrouvant quelque chose de l’orgue de Ray Manzarek, qui souligne la voix de Morrison dans les Doors. Conseil reçu d’Ornette Coleman au passage : jouer la mélodie dans les basses, l’accompagnement sur la droite du clavier, dans les aigus. Ciel et terre sens dessus dessous, comme dans le texte qu’elle écrit en souvenir de son initiation au peyotl, « It Was A Pleasure Then », seule composition personnelle de Chelsea Girl, son premier disque, qu’elle renie pour ses arrangements sirupeux.
Pendant des semaines, rideaux tirés et bougies allumées, Nico rompt ses doigts à l’enchaînement des accords, s’entraîne, improvise des mélodies en pédalant sur les soufflets de son instrument, comme sa mère, dans Berlin détruite, pédalait sur sa machine à coudre pour la nourrir. Ses nuits, elle les passe allongée dans la baignoire vide, à méditer ses poèmes nourris de visions oniriques et de lectures de Blake, de Wordsworth, de Coleridge. Une douzaine de chansons sous le bras, elle signe en 1968 chez Elektra, le label des Doors, grâce à l’entremise de Morrison, et enregistre avec John Cale, son ancien complice du Velvet, l’un des albums les plus originaux d’une décennie féconde, qui engendrera à partir des années quatre-vingt toute la famille ténébreuse du rock et du folk, de Current 93 à Dead Can Dance en passant par Sixth Comm / Mother Destruction, Kirsten Norrie (alias MacGillivray), ou la seconde face de Closer, à l’issue de laquelle s’est éteinte la voix de Ian Curtis.
Hommages au Roi Lézard
Sur The Marble Index, Nico rend hommage à celui qui l’a révélée à elle-même. Le Roi Lézard l’a encouragée à écrire sur ses « héros » ; elle chantera plus tard Andy Warhol, Genghis Khan, Andreas Baader, Charles Manson, Brian Jones et Philippe Garrel, le cinéaste devenu son compagnon. Pour l’heure, elle écrit sur son fils (« Ari’s Song »), et sur Jim Morrison. Au gré d’une paronymie transparente, et comme il avait anagrammatisé Nico en Icon, elle rebaptise César le roi Lézard : « Julius Caesar » décrit, au moyen d’arabesques vocales qui relèvent du style mélismatique, sa performance comme un rituel, un festival scénique sacré et dionysiaque : du haut de sa noble scène, parmi les statues, les colonnes, les autels de pierre antiques énumérés dans le poème (« The End », expliquera-t-elle lorsqu’elle reprendra la chanson des Doors, « c’est du théâtre grec »), l’officiant s’incline pour embrasser le sol, d’où s’élève une colombe, en un mouvement inverse de la dernière scène de Parsifal, où l’oiseau Saint-Esprit descend des cieux pour adouber le nouveau gardien du Graal.
Avant de quitter l’Amérique pour la France, elle retrouve une dernière fois son mentor dans les coulisses d’un concert, à Hollywood. Au moment où il monte sur scène, elle lui tend un crucifix, qui lui échappe des mains et se brise à leurs pieds.
Elle ne reverra son visage que la nuit précédant sa mort, à Paris, et lui dédiera « You Forget To Answer », chanson spirite qui évoque cette ultime rencontre qui n’a pas eu lieu.
Lui disparu, elle teint ses cheveux de deuil et se drape de capes noires. Brune désormais, elle se persuade qu’il lui incombe de le réincarner. Elle qui n’interprétait plus que ses propres compositions transpose à l’harmonium « The End », la chanson la plus emblématique et la plus macabre de celui qui a fait d’elle une créatrice, et en donne le titre à l’album où elle règle ses comptes avec son Vaterland et ce père qui l’a abandonnée avant qu’elle vienne au monde, pour s’engager dans la Wehrmacht. Father ? — Yes son ? — I want to kill you ! déclame-t-elle avant de reprendre, avec la plus impitoyable, la plus tragique des ironies, l’hymne allemand tel que le chantaient les nazis, tel qu’elle a été obligée de le chanter petite fille, sur la mélodie, écrite par Haydn, gardée par l’Allemagne fédérale – puis par l’Allemagne réunifiée.[tooltips content= »« L’hymne national que je chantais était celui que j’avais appris enfant, expliquait Nico. Aujourd’hui, il est interdit de le chanter tel qu’il était alors, mais l’hymne qu’on chante aujourd’hui a exactement la même mélodie. C’est la même chose, avec des paroles adoucies. J’ai réalisé qu’il me fallait chanter les paroles interdites pour mettre en évidence l’ancien sentiment, caché derrière le nouveau. »« ]1[/tooltips]
« Il semble que je finirai toujours en chantant ‘The End’, toute ma vie. »
« The End… » paraît en 1974 avec le slogan publicitaire le plus lugubre (et peut-être le plus drôle) de l’histoire du rock : «A quoi bon vous suicider lorsque vous pouvez acheter cet album ? » La fin de Nico dure quatorze années. Sept ans avant d’enregistrer de nouveau. La seconde partie des années soixante-dix est une longue descente aux enfers de l’héroïne. Nico apparaît çà et là, sublime à la cathédrale de Reims le 13 décembre 1974, pathétique dans les arènes d’Arles l’été suivant, méconnaissable tant elle a grossi lors de ses tournées américaines de 1979. Elle termine chaque concert sur « The End » (« Il semble que je finirai toujours en chantant ‘The End’, toute ma vie. ») et en fait à ce point son hymne que tout artiste qui reprend aujourd’hui la chanson des Doors rend hommage, aussi, à Nico.
Témoin cette reprise hantée d’Anja Franziska Plaschg, alias Soap&Skin, plus « nicoesque » que « morrisonienne », passant du rire aux larmes:
Le public vient l’écouter pour l’entendre évoquer le passé, Warhol, Lou Reed, Morrison surtout, qu’elle n’évoque qu’en parlant au présent. Devenue le tombeau vivant et le cénotaphe du poète foudroyé, autour duquel se recueillent ses admirateurs, elle assure qu’elle va enregistrer avec les Doors, jure que ce qui lui tient le plus à cœur, c’est une reformation du groupe légendaire avec elle dans le rôle de Jim Morrison. Persuadée d’avoir la même voix que son ancien amant, elle insiste : « Ce serait vraiment Jim. La scène musicale devient si nécrophile qu’il va falloir que je me dépêche de le faire. »
Elle passe les années 1980 dans la pose rendue célèbre par Morrison, la main accrochée au micro, un verre dans la dextre, belle de nouveau, statufiée dans un nuage de fumée spirite, sanglée dans un pantalon de cuir noir plus couturé que la peau de la créature de Frankenstein. Quand on la questionne sans détour, elle rit et donne pour toute réponse ce mensonge : « Non. Je ne communique pas avec les fantômes. »
Get together one more time
Tout autour du monde, accompagnée de musiciens encore enfants lorsqu’existaient les Doors, elle chante « The End » : Amérique, Australie, Japon, Europe de l’Ouest et de l’Est l’entendent soupirer son thrène. A chaque fin de « The End », chaque soir, elle meurt. James Young, son pianiste, la vise d’un pistolet d’enfant, elle s’écroule derrière son harmonium. Eric Random, synthésiste et percussionniste, reste sceptique : « Seule une balle d’argent pourra l’achever. » Soir après soir sa voix s’éteint sur les mêmes mots :
This is the end, my only friend, the end
It hurts to set you free
But you’ll never follow me
The end of laughter and soft lies
The end of nights we tried to die
This is the end
Au bord d’une route de Tchécoslovaquie, la veille du Jour des Morts, elle l’aperçoit une dernière fois. Les pupilles dilatées, elle le montre à ses musiciens qui, pressés dans le van à bord duquel ils ont franchi le Rideau de Fer, plissent les yeux pour distinguer, dans la nuit et la brume de cette Toussaint 1985, le chanteur mort des Doors. Cette fois non plus, Morrison ne répond pas à ses signes.
Les fins du mois de juillet
Elle donne son ultime concert au planétarium de Berlin un peu moins de six semaines avant l’hémorragie cérébrale qui l’emportera. Elle n’y interprète que des chansons inédites, fragments d’une symphonie inachevée consacrée au désert de la Lune – vingt ans après l’illumination dans la Vallée de la Mort. Elle revient pour un dernier rappel. Assise à son orgue solitaire, elle interpelle encore une fois l’amant assis à l’arrière de la voiture noire, l’initiateur qui regarde droit devant lui, fixant la mort en face : When I remember what to say / When I remember what to say / You will know me again / And you forget to answer.
Elle l’a prédit quelques mois plus tôt dans son journal intime : « ‘You Forget To Answer’ » résonnera dans mon oreille lorsque je ne pourrai plus chanter. Je chanterai en silence. » Elle meurt à Ibiza le matin du 18 juillet 1988.
Dix-sept ans plus tôt, le 3 juillet 1971, «à la même époque de l’année », après cette nuit où il n’a pas répondu à l’appel de celle qu’il avait baptisée « Icon », Jim Morrison est retrouvé mort dans une baignoire – là où Nico composait les textes des chansons qu’il lui avait inspirées.
Le président de l’Assemblée nationale François de Rugy a fait dérouler deux drapeaux arc-en-ciel de la cause LGBT sur l’édifice public, samedi 30 juin, à l’occasion de la marche des « fiertés ». En avait-il seulement le droit ?
La polémique a éclaté ce week-end entre Christine Boutin et François de Rugy, la première reprochant au second d’avoir apposé un drapeau de la cause LGBT sur la façade de l’Assemblée nationale à l’occasion de la marche dite « des fiertés ».
Une décision logiquement contestée
La présidente d’honneur du Parti chrétien-démocrate a estimé que cette mise en scène était contraire au principe de neutralité applicable aux édifices publics :
Rappel: Arrêt du Conseil d’État n°259806 du 27 juillet 2005: «le principe de neutralité des services publics s’oppose à ce que soient apposés sur les édifices publics des signes symbolisant la revendication d’opinions politiques, religieuses ou philosophiques. » @FdeRugy pic.twitter.com/ZDpz8Mb4kk
— christine Boutinن (@christineboutin) 29 juin 2018
De son côté, le président de l’Assemblée nationale a fait valoir que sa décision était légale dans la mesure où l’Assemblée était régie par « ses propres règles » et que le bâtiment ne relevait pas du service public :
L’arrêt du Conseil d’Etat relayé notamment par Christine BOUTIN ne s’applique évidemment pas à mon initiative : ni affichage d’une opinion politique ou religieuse ni un bâtiment relevant d’un service public. L’Assemblee est une institution autonome régies pas ses propres règles.
En la matière, la position de la justice administrative est très claire puisque, par un arrêt de principe « Commune de Sainte-Anne » du 27 juillet 2005 (259806), le Conseil d’État a décidé que « le principe de neutralité des services publics s’oppos[ait] à ce que soient apposés sur les édifices publics des signes symbolisant la revendication d’opinions politiques, religieuses ou philosophiques ».
On note d’ailleurs que cette décision du Conseil d’État a été rendue à propos d’un drapeau indépendantiste martiniquais apposé sur une mairie.
Cette décision jurisprudentielle a été réaffirmée par le ministre de l’Intérieur en 2010 dans le cadre d’une réponse ministérielle : « L’apposition de banderoles de revendication sur des édifices publics (…) est contraire à ce principe [de neutralité] (…) Il revient au responsable des bâtiments concernés de faire retirer ces banderoles, le cas échéant, sous le contrôle du juge administratif ».
La position du président de l’Assemblée nationale est dès lors critiquable sur cette base. Du moins ne peut-il pas être si affirmatif.
L’Assemblée nationale est bien un édifice public
Il ne fait, en effet, aucun doute que l’Assemblée nationale n’est aucunement régie par « ses propres règles » mais que les décisions du Conseil d’État ainsi que la législation et la réglementation s’appliquent à elle comme à toute institution républicaine.
Par ailleurs, François de Rugy ne saurait pouvoir soutenir que l’Assemblée nationale ne serait le siège d’aucun service public pour faire obstacle à l’application de la décision susvisée du Conseil d’Etat qui s’applique à tous les édifices publics. Dans la mesure où le Palais Bourbon est propriété définitive de l’Etat depuis 1827, il est acquis que l’Assemblée nationale est tenue, comme tout édifice public, au principe de neutralité.
Il est par conséquent interdit d’apposer sur sa façade des signes symbolisant la revendication d’opinions politiques, religieuses ou philosophiques, conformément à la position constante du Conseil d’État en la matière.
La lutte LGBT, une cause apolitique ?
On touche dès lors au seul problème de droit sérieux soulevé en l’espèce : le drapeau de la cause LGBT peut-il être considéré comme un « signe symbolisant la revendication d’opinions politiques, religieuses ou philosophiques » ? Si oui, le principe de neutralité s’applique et fait obstacle à la possibilité de l’afficher sur la façade de tout édifice public.
Nous pouvons aisément écarter le drapeau de la cause LGBT comme signe de revendication d’opinions religieuses. Néanmoins, la portée philosophique et/ou politique d’un tel signe est plus incertaine. Il ne fait en effet aucun doute que cet étendard est fréquemment brandi comme signe d’appartenance identitaire par le mouvement LGBT, que ce soit lors de la marche « des fiertés » ou lors de manifestations politiques (on pense, par exemple aux manifestations en faveur du « mariage pour tous », très marquées politiquement). Il n’est pas rare par ailleurs de voir flotter des drapeaux de cette cause lors de meetings politiques, comme lors de la campagne présidentielle de François Hollande en 2012, ou plus récemment de Benoît Hamon.
Des éléments pourraient donc être avancés devant la justice administrative pour faire valoir que le drapeau de la cause LGBT constitue un signe de revendication d’opinions politiques et/ou philosophiques.
En l’absence de décision du Conseil d’État sur ce point à ce jour (qui aurait pu être saisi à l’occasion d’un recours dirigé contre une décision du président de l’Assemblée nationale de ne pas retirer le drapeau contesté), il n’est pas possible d’affirmer avec certitude, comme François de Rugy, que l’apposition de ce drapeau sur la façade de l’Assemblée nationale serait parfaitement légale. Bien au contraire, des éléments plaident pour l’inverse.
Une décision de la Haute juridiction administrative serait bienvenue pour clore ce sujet polémique.
L’ambassadeur de France en Hongrie a été remplacé, samedi, quelques heures après la publication par Médiapart d’une note confidentielle dans laquelle il défendait le Premier ministre hongrois Viktor Orban…
Éric Fournier, ambassadeur de France en Hongrie, a été sèchement remercié, samedi 30 juin, et remplacé illico par Pascale Andréani. Jusque-là, rien d’anormal. Un poste d’ambassadeur, comme celui de préfet ou de recteur d’académie, est à la totale discrétion du pouvoir exécutif, seul juge de l’opportunité de nommer ou de démettre ces hauts fonctionnaires chargés d’appliquer la politique du gouvernement.
Médiapart à la baguette
Il est inédit, en revanche, et fort inquiétant, que ce limogeage express survienne vingt-quatre heures après la publication par Médiapart, d’extraits d’une dépêche diplomatique adressée par Éric Fournier à la direction de l’Union européenne du Quai d’Orsay. Dans cette note, Éric Fournier développait une analyse prenant le contrepied de la ligne suivie par l’Elysée et le ministère des Affaires étrangères à l’égard du Premier ministre hongrois Viktor Orban, ligne qui serait, selon lui, l’expression d’une « magyarophobie » aveuglant la classe politique et les grands médias européens. Il loue les visions prémonitoires et l’habileté tactique d’Orban, fougueux porte-parole du « groupe de Visegrad », ces nations d’Europe centrale refusant de se laisser imposer par Bruxelles des quotas de migrants sur leur sol. L’ambassadeur récuse aussi le procès en antisémitisme intenté au leader hongrois, en arguant que les responsables de la communauté juive de Hongrie ne voit pas du tout les choses de cette façon, et déplore cette mise au ban de Viktor Orban par une partie des gouvernements de l’Union européenne (UE).
Cette note diplomatique est, d’évidence totalement « politiquement incorrecte » à l’heure où Emmanuel Macron construit Viktor Orban en ennemi public numéro un au sein de l’UE, et essaie de mobiliser ses partenaires contre « la lépre populiste » qui menace l’Union.
Fuite de liberté
Que l’on soit ou non d’accord avec l’analyse de Fournier n’est pas le problème : j’aurais, pour ma part, quelques solides objections à formuler sur les méthodes de gouvernement de Viktor Orban, et sa conception ethnocentrée de la nation magyare. Ces objections se fondent sur de nombreux voyages effectués dans ce pays, dont les comptes rendus figurent dans des revues spécialisées en politique internationale.
Il est en revanche intolérable que sa révocation survienne sur la base d’une fuite, vraisemblablement interne au service diplomatique français, concernant une dépêche diplomatique adressée dans les règles par un ambassadeur à son administration. Expédiées chiffrées, ces dépêches sont réputées confidentielles, et la loi stipule que leur ouverture au public ne peut survenir qu’à l’issue d’un délai de trente ans. Cette garantie est la condition qui permet à nos diplomates en poste à l’étranger de s’exprimer librement, sans langue de bois, ni souci de plaire ou de déplaire aux gouvernements en fonction. Cette liberté est d’ailleurs, pour tout pouvoir démocratique, d’une indéniable utilité : c’est un élément qui lui permet, parmi d’autres d’organiser son action en fonction d’une pluralité de points de vue sur une situation concrète.
L’ambassadeur en poste n’est pas, au sein de l’administration le seul connaisseur de la Hongrie. De plus, des experts de ce pays attachant, universitaires, journalistes ou Français expatriés dans ce pays contribuent également à l’information de ceux qui ont la responsabilité de définir et mettre en œuvre la politique de la France vis-à-vis de la Hongrie.
L’ambassadeur n’a rien à se reprocher
En rédigeant sa note, Éric Fournier faisait son travail, rien que son travail, dans le strict respect des usages diplomatiques. Emmanuel Macron en avait d’ailleurs pris acte, en déclarant le jour des révélations de Médiapart : « Il s’agit d’une note dont la nature est confidentielle, et ce n’est pas l’expression de la position politique française. Cet ambassadeur aurait publiquement tenu ce propos, il aurait été révoqué sur-le-champ. Il appartiendrait à l’autorité de révoquer un ambassadeur parce qu’il dit ce qu’il pense ? Je ne le crois pas. Ou alors, nous créerions un délit d’opinion au sein de la fonction publique. Si la preuve m’est donnée que cette parole a été tenue publiquement, cet ambassadeur sera révoqué. »
Quelques heures plus tard, cependant, le décret de révocation tombait, sec comme un couperet de guillotine, sans que ne soit publiquement communiquée cette fameuse preuve d’une grave entorse d’Éric Fournier aux règles de sa fonction. C’est peu dire que cette affaire suscite une vive émotion dans le milieu des diplomates français, y compris de ceux qui ne partagent pas les options de cet ambassadeur, réputé proche de la droite.
Plenel siffle, Macron accourt
« Si nous n’avons plus la garantie que nos dépêches demeurent confidentielles, nous n’écrirons plus que des notes susceptibles de conforter les idées, et les préjugés des gouvernants en place », nous confie l’un d’entre eux, qui a exercé récemment ses talents dans les postes les plus prestigieux du Département. « Déjà, en temps ordinaires, il ne manque pas, hélas, de collègues qui, par opportunisme et souci de carrière préfèrent conforter les dirigeants politiques dans leurs erreurs ou leur ignorance, Si le cas Fournier fait jurisprudence, notre courrier diplomatique se résumera à la langue de bois et à la flagornerie envers le président ou ses ministres… ».
Que penser aussi de l’impunité qui, très certainement, va s’appliquer à ceux qui ont divulgué le contenu d’une dépêche diplomatique, provoquant ainsi une crise de confiance généralisée au sein d’une administration essentielle à la défense des intérêts de la France ? Peut-on, en l’espèce, invoquer une nécessité supérieure à l’application de la loi qui dévoilerait des agissements d’un haut fonctionnaire mettant en danger notre sécurité ? Il sera bien difficile de brandir cet argument ! La France mérite-t-elle vraiment d’être gouvernée par Edwy Plenel ?
L’Irak est un pays martyr. Il y eut la dictature de Saddam Hussein, l’atroce guerre Iran/Irak, la première guerre du Golfe, le blocus alimentaire – qui, à la satisfaction de l’Américaine Madeleine Albright et du Britannique Tony Blair, tua des enfants par milliers -, l’agression américaine, et pour finir (pour l’instant) l’abomination islamiste de Daech.
Ce qui tient lieu d’État récupère difficilement la maîtrise de son territoire et fait passer en jugement les criminels avérés. Un certain nombre d’entre eux ont été condamnés à mort. Aussitôt, glapissements des officines américaines et des belles âmes de chez nous.
Les « no border » sont « no limit »
Ce qu’il y a d’intéressant avec ces gens, qui prennent leurs coquetteries pour des convictions, c’est qu’ils sont « no limit ». Capables de s’emparer de n’importe quelle cause pourvu qu’elle leur permette de donner aux masses qu’elles méprisent des leçons de morale. Compte tenu de la profusion récente, on ne va pas dresser une liste, qui aurait rapidement l’épaisseur du catalogue de La Redoute.
En Irak, Daech, qui dispose encore du pouvoir de nuire, a enlevé huit citoyens innocents pris au hasard et réclamé en échange de leur vie la libération des condamnés. Devant le refus du gouvernement irakien, Daech a exécuté les huit innocents et publié la vidéo de leur martyr. Pour mettre fin à ces chantages, les autorités irakiennes ont procédé aux exécutions des criminels condamnés. À partir d’un raisonnement difficilement réfutable : ainsi leurs libérations ne pourraient plus être revendiquée.
Toutes les belles âmes de chez nous se sont précipitées pour protester au nom de leurs principes supérieurs, non pas contre l’exécution des otages mais contre celle des condamnés. Dressées sur leurs ergots, brandissant plumes et stylos, elles caquettent en donnant des leçons de morale à un peuple martyrisé. En évitant soigneusement de dire comment il faudrait faire pour protéger les Irakiens. Parce que, quelle est la seule question posée ? Celle de l’arbitrage que doit rendre le gouvernement d’Irak entre la vie d’abominables massacreurs et celle de citoyens innocents. Il a choisi celle des innocents. Et c’est là où le bât blesse pour nos professeurs d’humanisme qui eux prennent le parti du sacrifice de ces derniers au nom du respect des principes à eux qu’ils ont. Et qui sont supérieurs à tous les autres puisque ce sont les leurs !
L’Irak, un pays en guerre
Reprenons notre sang-froid et, dans le souci du débat démocratique, rappelons-leur d’abord une évidence : l’Irak est un pays en GUERRE. Et que, s’il existe un droit qui organise la façon de la faire, ce n’est pas pour rien. Rappelons-leur aussi quelques petites histoires. Après la bataille de Bir Hakeim, où les Français libres s’étaient distingués, l’Etat-major allemand avait fait savoir qu’il considérerait les combattants français libres faits prisonniers comme des « irréguliers sans uniforme » et qu’ils seraient tous exécutés. De Gaulle avait répondu que si l’armée allemande entendait se déshonorer de cette façon, elle s’exposerait à la réciproque, et que tous les prisonniers allemands subiraient le même sort. Ce qui calma les nazis qui renoncèrent à perpétrer leur crime. Aux yeux de nos petits mondains, Charles de Gaulle est donc un assassin avide de vengeance. Il avait pourtant simplement fait la même chose que Lincoln durant la guerre de sécession, quand les confédérés firent savoir que tout officier yankee, commandant à des troupes noires, et fait prisonnier, serait exécuté. Lincoln fit répondre qu’un même nombre de prisonniers confédérés seraient alors passés par les armes. Et les sudistes firent marche arrière. Plus récemment, les troupes américaines, confrontées en décembre 1944 à la contre-offensive allemande dans les Ardennes, constatèrent le massacre de prisonniers américains par des unités SS à Malmédy. Sans formalité particulière, elles reçurent l’ordre de fusiller tous les SS qui se rendaient. Est-il aussi nécessaire de rappeler l’existence du tribunal de Nuremberg, et des condamnations à mort exécutées des dirigeants nazis ? Ou la pendaison d’Adolf Eichmann en Israël, pays qui avait pourtant aboli le châtiment suprême dès sa création ?
« N’oublie pas camarade… »
Il est en revanche nécessaire de dire clairement les choses. Nos faux-humanistes, manipulant leurs arguments boiteux, font plus que renvoyer des belligérants dos à dos, ils font la leçon à ceux qui sont du bon côté, et qui ont subi et subissent encore l’horreur. C’est une attitude que l’on connaît et que l’on peut qualifier de purement pétainiste. Une attitude qui renvoie aussi à celle de ces trotskistes dévoyés qui disaient aux FTP combattants les nazis : « N’oublie pas camarade que, sous l’uniforme SS, il y a un travailleur allemand. »
Il faut le savoir et le dire, nos belles âmes nous font une nouvelle démonstration qu’elles ne sont jamais économes du sang des autres dès lors qu’il s’agit de s’acheter une bonne conscience et de prendre la pose.
La poudre de perlimpinpin ne fonctionne plus: à force de coups de com’ ratés, la côte de popularité d’Emmanuel Macron ne cesse de sombrer…
Tandis que sa cote de popularité atteint son plus bas niveau depuis l’élection présidentielle, après une année d’exercice du pouvoir, Emmanuel Macron semble être entré dans une zone de turbulences et d’instabilité dont même ses thuriféraires médiatiques les plus zélés commencent à s’inquiéter.
Indépendamment de la fin mécanique du fameux état de grâce consécutif à une élection – et que les esprits mauvais animés de passions tristes guettent toujours en se léchant les babines voire précipitent à l’usure par quelque besogne de soutiers – il semble que la séquence présidentielle actuelle, calamiteuse sur bien des points, soit d’une autre nature.
Macron, la crise de l’enfant-roi
Cette crise de gouvernance s’explique par trois principaux facteurs qui se complètent et se renforcent mutuellement : une crise de la communication spécifiquement macronienne, une crise plus large et salutaire de la communication érigée en mode de gouvernance, et enfin une crise politique majeure du logiciel macronien.
Tout d’abord donc, un emballement immaîtrisé de la communication élyséenne sur fond de dancefloor sans queue ni tête (si l’on peut dire…). Les idées juteuses et punchy de Sibeth Ndiaye, l’ancienne socialiste nourrie au bon lait formateur et formaté de l’UNEF, ne semblent plus faire recette, même si l’on ne peut pas en déduire pour autant que « la meuf » soit « complètement dead ».
A la verticalité reconquise et fermement affirmée par notre jeune roy, dès le soir de la victoire présidentielle dans la cour du Louvre, à cette symbolique exacerbée d’un pouvoir vertical assumé comme tel, et au besoin rappelé de temps à autres en coupant rageusement quelques fortes têtes – « Je suis votre chef », ce qui, adressé publiquement à un haut gradé particulièrement apprécié de ses hommes et qui aura passé toute sa vie dans le respect viscéral de la hiérarchie ne manquait pas d’un piquant que les amateurs de Game of Thrones auront rapidement rattaché à certaines scènes-cultes de la vie tumultueuse des Lannister -, à cette série de gestes revendiquant de facto et avec autorité la dignité d’un pouvoir qui s’était totalement ridiculisé sous François Hollande, a succédé, depuis quelques temps, une série de loupés communicationnels qui laissent pantois.
Ces erreurs récentes sont d’autant plus surprenantes qu’elles ont pour principal effet de détruire tout le travail, légitime et précieux, de re-verticalisation du pouvoir entrepris durant les premiers mois du mandat.
Partout et en même temps nulle part
La séquence de recadrage excessif d’un jeune, d’aspect au demeurant sympathique et qui n’avait pas l’air d’un dangereux délinquant (« Tu m’appelles Monsieur le Président, etc., etc., etc. »), séquence longue et pénible qui aurait pu et dû ne durer que quelques secondes et être diligentée avec une gentillesse toute paternelle au lieu de se transformer en leçon de morale adressée au peuple français tout entier infantilisé dans cette geste ubuesque, a donné l’impression dérangeante que l’autorité affirmée aussi lourdement se transmutait en autoritarisme à proportion qu’elle avait besoin de s’auto-clamer bruyamment.
C’est un peu le risque du « en même temps » appliqué à la question de la distance que l’on souhaite établir dans la représentation du pouvoir exercé : soit le corps du roi est partout tout le temps, réellement au contact de tous et sur tous les fronts, et alors la distance qui en garantit le corps symbolique disparaît – et dans ce cas les familiarités deviennent la norme (de l’accordéon de Giscard au « casse-toi pauv’con » de Sarkozy) -, soit on établit une certaine distance, on l’assume, et on laisse son exécutif gouverner et occuper le terrain médiatique – ce qui est normalement sa fonction -, se coltiner les bains de foule et les risques d’interpellation.
Il n’y a pas de « en même temps » de l’autorité.
La communication politique n’est pas une politique
On assiste par ailleurs aux limites de la communication politique elle-même, ce dont on ne peut que se réjouir, après des décennies de montée en puissance d’un storytelling érigé en alpha et omega de l’action politique par des babyboomers férus d’info-com, alors que cette communication devrait n’être qu’un outil discret et au service d’un projet clair. Les communicants, et autres spin-doctors, commencent peut-être à trouver, et on le souhaite, les limites structurelles de leur pouvoir exorbitant qui, bien souvent, se fait au détriment des convictions politiques réelles. La séquence du vrai-faux propos « off » dans lequel le président en chemise évoque le « pognon de dingue » des pauvres qui restent pauvres est, de ce point de vue, calamiteuse. Il ne s’agit pas de se prononcer sur la question des aides sociales, en l’occurrence, mais sur ce que cette vraie-fausse intrusion dans l’intimité profonde de la pensée sociale macronienne révèle : un discours pseudo-iconoclaste, a priori théâtralisé afin de séduire la droite libérale à laquelle on a déjà livré la SNCF en pâture telles des sardines jetées aux otaries de Marineland. Il est bon de se rappeler que la communication politique ne remplace pas la politique.
Péché d’orgueil, de gourmandise, et d’hubris, en l’occurrence, que de vouloir pousser toujours plus loin son avantage. Car, si Emmanuel Macron séduit une partie de l’électorat traditionnel centre-droit, il conviendrait de ne pas oublier qu’il doit également son trône au peuple de gauche dit « castor », lequel souhaitait surtout « faire barrage » quitte à se boucher le nez en installant un néo-libéral aux manettes.
La magie ne dure qu’un temps
Et c’est ici que l’impasse politique du « en même temps » devient flagrante, puisque dans l’échec de la communication, par chance et sans excès de platonisme, on commence à regarder les idées elles-mêmes: séduire un petit chouïa du peuple de droite déboussolé par les deux défaites consécutives de 2017, c’est assez facile avec quelques mesures économiques et « sociales ». Mais maintenir culturellement cet électorat par-devers soi en fustigeant, en toute occasion, ce qui en fait le substrat culturel, le marqueur idéologique profond, en rejetant, en psychiatrisant, en haïssant toute forme d’attachement identitaire à la nation, voilà une quadrature du cercle parfaitement irréalisable. Sans compter que, sur le plan-même des mesures économiques et sociales supposées emporter l’adhésion de la droite, l’atteinte annoncée aux pensions de réversion ne sera pas accueillie avec la même mansuétude que le coup de rabot sur les APL : s’en prendre à la solidarité envers les retraités, voilà qui ne saurait séduire l’électeur de droite. Encore un exemple du coup de trop, de la gourmandise qui fait perdre aux échecs, de la fameuse petite faiblesse qui vous perdra.
Concernant cette haine viscérale anti-identitaire, arborée en toutes circonstances et notamment dans une posture convoitée de leader fantasmé du monde européen – lequel ne finit plus que par tracter le radeau de la méduse du parti socialiste espagnol, seul rescapé d’une bien-pensance surannée et irréaliste -, il s’agit là évidemment d’une erreur politique majeure qui suffit à faire fuir l’électorat de droite préalablement conquis. En outre, espérer reconquérir de la sorte le peuple de gauche, que l’on s’est aliéné et que l’on a perdu définitivement dans les conflits sociaux menés de manière thatchérienne (loi « Travail » puis loi sur le transport ferroviaire), représente un objectif tout à fait illusoire et relève de l’erreur à la fois tactique et stratégique.
Les ravages de la « lèpre »
Le peuple de droite, très majoritairement attaché à l’idée de nation (parfaitement compatible, du reste, avec un projet européen de type gaulliste et non dilué dans les actuelles institutions européennes) ne peut pas tolérer qu’on qualifie de « lèpre » l’attachement à ces principes souverains qui fondent l’idée nationale.
Il ne s’agit plus ici d’une impasse communicante mais bien d’un cul de sac politique. Le récent sommet européen consacré à la crise des migrants a confirmé la victoire des Etats qualifiés de lépreux ou populistes, lesquels ne seront plus contraints officiellement d’accueillir des migrants s’ils ne le souhaitent pas. Par quel truchement Emmanuel Macron a-t-il transformé cela dans sa déclaration en une « victoire » (sic) de sa vision, lui qui préconisait a contrario la répartition par quotas ainsi que des sanctions contre les populistes récalcitrants ? Nul ne sait. Mais pas sûr que la poudre de perlimpinpin que constitue cette communication à rebours du réel ne trompe désormais grand monde, et même une victoire des Bleus en Coupe du Monde serait comprise, en cas d’appropriation excessive, comme une grossière tentative de récupération politique.
Avec la fin du storytelling, on entre dans le dur, et la particularité du dur, c’est de ne pas être en même temps mou.
Depuis septembre 2015, le Parti travailliste britannique (Labour) est dirigé par Jeremy Corbyn, vieux briscard réputé plus rouge que rouge. En rupture avec l’expérience social-libérale de Tony Blair, l’apparatchik a fait prendre un virage très à gauche au mouvement d’opposition qui rencontre l’engouement des jeunes. Pour preuve, le Labour a grimpé de 194 000 adhérents en 2010 à 515 000 en 2016.
Mais le dégagiste Corbyn ne laisse pas de susciter la polémique jusque dans son propre parti. Passons rapidement sur les soupçons d’antisémitisme. Corbyn a dû s’expliquer sur sa fréquentation d’un groupe Facebook où circulaient des messages violemment antisémites, voire négationnistes. Jurant ne pas manger de ce pain-là, l’inlassable militant « antisioniste » serait plus facile à croire s’il n’avait pas qualifié le Hamas et le Hezbollah d’ « amis » (sic), ce dont il a dû s’excuser du bout des lèvres, contraint et forcé. L’affaire a provoqué la fronde de nombreux militants juifs ulcérés.
Qu’est-ce qu’une femme ?
Aujourd’hui, une nouvelle guerre intestine déchire les cadres travaillistes. En vue des prochaines législatives, le Labour a voulu parfaire son image progressiste en réservant un grand nombre de places éligibles aux femmes. La parité, voilà une idée pas si british. Mais les compatriotes des Monty Python ne font jamais rien comme nous autres froggies : aussi, des hommes transgenres ont-ils intégré les listes de préinvestiture réservées aux ladies sur la foi d’un simple « sentiment de féminité ». Furieuses, plus de 300 militantes travaillistes ont fait part de leur indignation et menacé de quitter le Labour si ces ambitieux trans les supplantaient.
L’histoire ne dit pas qui des femmes ou des transgenres les « amis » barbus de Corbyn aimeraient voir occuper les bancs de la Chambre des communes. Bookmakers, ouvrez les paris !
Le gouvernement veut rendre « plus juste » le versement des pensions de réversion, qui permettent aux veufs de toucher une partie de la retraite de leur conjoint décédé.
Le passage à un régime unique où les droits sont représentés par des points va évidemment remplacer par quelque chose de nouveau les différentes formules de réversion aujourd’hui en vigueur. Selon la définition du Service public, « la pension de réversion correspond à une partie de la retraite dont bénéficiait ou aurait pu bénéficier l’assuré décédé (salarié ou fonctionnaire) ». En 2015, les « droits dérivés » se sont élevés à 36,1 milliards d’euros, soit 13,5 % des droits « directs », pourcentage qui a beaucoup diminué au fil des ans : il s’élevait à 22,6 % en 1990. Les bénéficiaires étaient au nombre de 4,4 millions en 2015, dont 89 % de femmes. Ce qui existe actuellement est loin d’être parfait, il faut donc examiner des remplacements possibles de la réversion dans deux scénarios : une réforme systémique complète, qui mettrait nos retraites par répartition juridiquement en accord avec la réalité économique ; et une réforme systémique partielle, unifiant le système et opérant le passage aux points tout en conservant le double rôle actuel des cotisations vieillesse, qui fait de nos retraites par répartition un système de Ponzi rendu obligatoire par les pouvoirs publics.
Des formules de réversion actuellement divergentes
A défaut de pouvoir passer ici en revue les dispositions spécifiques à chaque régime (il en existe plus de trois douzaines), examinons le cas des salariés du secteur privé et celui des fonctionnaires.
Supposons d’abord que le défunt ait été retraité du régime général et de l’ARRCO (plus l’AGIRC le cas échéant). La CNAV ne verse une pension de réversion au survivant que sous conditions de ressources : son montant diminue proportionnellement au dépassement d’un premier plafond, et s’annule au-delà d’un second plafond. En revanche, l’ARRCO et l’AGIRC versent une réversion indépendante des ressources du conjoint survivant. A la CNAV la pension de réversion plafonne à 54 % de la pension du défunt, tandis que le pourcentage est uniformément 60 % à l’ARRCO-AGIRC. Si le défunt a eu plusieurs conjoints, le partage du droit dérivé s’effectue entre eux, dans chacun de ces régimes, de façon proportionnelle à la durée de chaque mariage. En cas de remariage, la pension de réversion est supprimée à l’ARRCO-AGIRC, tandis que la CNAV la recalcule en fonction des revenus du nouveau couple.
Pour les fonctionnaires, la réversion, versée sans condition de ressources, a un taux moins généreux (50 %) et elle est supprimée non seulement en cas de remariage, mais aussi (en théorie ?) si le survivant reprend une vie de couple. Pour y avoir droit, il faut quatre années de vie commune, ou qu’un enfant soit né de l’union.
L’avènement d’un régime unique rendra obligatoire un choix du législateur entre le principe mis en œuvre par le régime général, qui considère la pension de réversion comme une aide en cas de ressources insuffisantes, et le principe retenu par l’Etat employeur et par les partenaires sociaux (pour les régimes complémentaires de salariés), qui en fait un droit indépendant des ressources propres du conjoint survivant.
Proposer aux couples un système de rente sur deux têtes
Difficilement concevable dans un régime par annuités et dans un patchwork de régimes, une logique patrimoniale et actuarielle peut être mise en place dans un régime unique où les droits à pension prennent la forme de points, qui sont en somme des actifs financiers (des parts de rente viagère).
Rien n’empêche en effet de mettre en commun, dans un régime matrimonial comportant la « communauté des acquêts », les points acquis par chacun des époux durant leur mariage, et de traiter ces points communs selon les techniques actuarielles des rentes sur deux têtes. Cela sera possible même si le régime unique conserve la formule économiquement absurde qui attribue les points au prorata des cotisations vieillesse, formule qui sera mis en place si Emmanuel Macron ne se rend pas compte qu’il est très dommage de perpétuer un système de Ponzi.
En cas de réforme complète
Supposons un instant que, grâce à un effort de réflexion et d’ingénierie supplémentaire, les points du nouveau régime soient attribués au prorata des investissements dans la jeunesse (éducation des enfants par leurs parents et cotisations finançant l’entretien et la formation des enfants et des jeunes, seules contributions réelles à la préparation des futures pensions).
Dans un tel système, la mise en commun des points acquis par les époux durant leur mariage du fait de la mise au monde et de l’éducation des enfants coulerait de source, car les apports éducatifs de chaque parent ne peuvent guère être calculés séparément. Il s’y ajouterait un certain pourcentage des points acquis par les cotisations versées en vue de l’investissement dans la jeunesse (cotisations qui financeraient notamment la formation initiale, les prestations familiales, l’assurance maladie des enfants et des jeunes, l’assurance maternité, la protection maternelle et infantile et l’aide sociale à l’enfance).
Les conjoints pourraient naturellement, à leur initiative, aller plus loin dans la mise en commun, de façon à ce que la faiblesse des cotisations versées par l’un d’eux, davantage accaparé par les travaux domestiques, ne le désavantage pas.
En cas de réforme a minima
Si l’on en reste à l’absurde attribution des points au prorata des cotisations vieillesse, la solution est une obligation de mise en commun d’une fraction assez importante des points acquis par chacun des deux époux au titre de la cotisation vieillesse.
Dispositif temporaire durant la période de transition
Dans ce cas comme dans l’autre, la réversion stricto sensu entrera en extinction, au profit de la formule des rentes viagères sur deux têtes. Les pensions de réversion en cours seront conservées, comme les autres pensions en cours. Probablement faudra-t-il conserver aussi une formule aménagée de pension de réversion pour la période transitoire, le temps de mettre en place la rente sur deux têtes, et à cet égard l’adoption d’une formule proche de celle en vigueur à l’ARRCO-AGIRC parait souhaitable, puisqu’elle est cohérente avec le système des points qui aura définitivement remplacé celui des annuités.
Les rentes viagères sur deux têtes
On distingue les rentes « réductibles » et les rentes « réversibles ». Les premières constituent en fait un assemblage de deux rentes distinctes, donc dans le cas des pensions de retraite deux pensions totalement distinctes, une pour chacun des conjoints. Les secondes sont versées sans modification jusqu’au décès du conjoint survivant (en somme, réversion à 100 %).
Si le couple souhaite que le survivant ait simplement 50 % de la rente, il suffit d’une rente réductible. Si le but est d’obtenir davantage, par exemple 60 % (pourcentage de la réversion à l’AGIRC-ARRCO), on opérera une combinaison de rente réductible et de rente simple. Pour cet exemple, il convient d’utiliser 80 % des points en rente réductible et 20 % en rente réversible. Chaque couple pourra choisir « à la carte » la proportion de rente réductible et de rente réversible qui lui convient, le cas échéant dans une fourchette définie par la réglementation, de façon à éviter le choix de solutions nettement spoliatrices pour l’un des époux.
Chaque dimanche, sur les ondes de RCJ, Alain Finkielkraut commente, face à Élisabeth Lévy, l’actualité de la semaine. Un rythme qui permet, dit-il, de « s’arracher au magma ou flux des humeurs ».
Dans Arrêt sur images, Daniel Schneidermann a accueilli Arnaud Gauthier-Fawas, un individu qui n’est pas ce que vous croyez qu’il est.
Les élucubrations d’un gauchisme culturel moribond en pleine phase de décomposition et de décompensation extatique n’en finissent plus de nous aider à traverser l’époque dans la joie et la bonne humeur.
Le plateau de l’émission Arrêt sur Images du pourtant très ouvert Daniel Schneidermann s’est ainsi transformé en une surprenante cage aux phobes qui a promptement fait le tour de réseaux sociaux hilares, ce dont la rédaction s’est ensuite indignée en invoquant la désormais fameuse « fachosphère » toujours aussi maléfique et omniprésente.
« Je ne sais pas ce qui vous fait dire ça »
Il s’agissait en l’occurrence de réunir sur le plateau certains représentants du milieu militant gay et lesbien – LGBT et plus si affinités -, à l’occasion de la tenue à Paris de la traditionnelle « marche des fiertés ». Daniel Schneidermann salue ses invités, puis se tourne dans un bel élan de paritarisme féministe vers sa collaboratrice afin de lui demander comment il se fait qu’il n’y ait que des hommes présents sur ce plateau. La jeune femme répond qu’effectivement dans ce milieu, comme partout, existent des éléments de sexisme et que, par ailleurs, les femmes sollicitées n’étaient pas forcément disponibles. Jusque-là, on a l’impression de regarder une émission comme on en a vu d’autres. On a toutefois senti l’un des invités s’agiter, en la personne d’Arnaud Gauthier-Fawas (administrateur de l’Inter-LGBT), lequel – on l’imagine hors-cadre – a commencé à se tortiller sur sa chaise d’un air indigné à l’évocation de ces hommes dont serait exclusivement composé le plateau. Il aurait pu, lui aussi, s’offusquer de l’absence de femmes. Mais c’était là raisonner en mode bien trop archaïque. L’individu, manifestement excédé de devoir supporter plus longtemps pareil affront, explose soudain en dodelinant du chef de-ci de-là sous le poids de l’outrage, afin de rectifier le tir et de recadrer un Daniel Schneidermann dépassé dans son propre gauchisme : « Je ne suis pas un homme, Monsieur ».
Surprise décontenancée du journaliste, qui accuse discrètement le coup et qui va jusqu’à s’excuser pour son abominable bévue. S’ensuivent quelques saillies agacées de l’individu frétillant pour expliquer aux Béotiens que « l’identité de genre » n’est pas « l’expression de genre » (entendez par là l’aspect d’un individu tel que la société l’interprète communément) et tout un salmigondis issu tout à la fois des drolatiques gender studies dans leurs errements outrés et de quelques cerveaux originaux. La créature de couleur apparemment blanche embraie ensuite sur sa non-blanchitude, expliquant qu’il/elle est en partie Libanais ; les deux n’étaient jusque-là pas incompatibles mais passons.
Les mauvais combats du militantisme LGBT
Voici donc un homme blanc expliquant le plus sérieusement du monde qu’il n’est pas un homme blanc. On hésite entre rire et pleurer et l’on finit par pleurer de rire. Cet état d’esprit confus et véhément est pourtant préjudiciable par bien des aspects à la cause qu’il croit défendre, tout comme l’ont été certaines des revendications de cette gay pride. En ridiculisant, par leur outrance hystérique la cause homosexuelle, ces individus manifestement tourmentés et heureusement marginaux renvoient une image très dommageable d’un monde homosexuel composé très majoritairement de gens qui souhaitent juste pouvoir vivre leur vie tranquillement sans être ramenés, précisément, à ces cas caricaturaux et pathétiques.
Le militantisme LGBTI+++ est secoué depuis quelques temps par des mouvements encombrants qui lui font soutenir les pires causes. Car le vrai scandale de cette session 2018 de la « marche des fiertés », c’est ce collectif qui a revendiqué d’être placé en tête de cortège et a demandé aux « non-racisés » – entendez par là aux blancs – de ne pas se mélanger à eux. Bel exemple d’une cause anti-discrimination qui finit par promouvoir la pire des discriminations, fondée sur un hypothétique concept de race, et donc à promouvoir le racisme.
Signalons également qu’une bonne dose d’antisémitisme, déguisé comme d’habitude en anti-sionisme, s’y mêle bien volontiers. Le logiciel victimaire de la cause palestinienne n’est jamais en reste de recyclage dans toutes les causes de combats post-modernes de l’univers. Cette fois-ci, la dénonciation du « pinkwashing » était à l’honneur, cette nouvelle coqueluche du gauchiste complotiste qui accuse Israël, et plus globalement l’Occident, de vanter son modèle de société gay-friendly afin de mieux dissimuler ses abominables forfaits racistes et islamophobes. Il est vrai que la situation concrète des homosexuels dans de nombreux pays islamiques est particulièrement enviable et que l’on a vraiment très envie de s’y faire tuer, fouetter, torturer, jeter du haut des immeubles ou simplement tabasser comme dans certains territoires pas si lointains… On comprend donc en effet qu’il faille à toute force critiquer l’Occident sur ce point.
Faut-il en rire ?
Bref, on le voit, le grand n’importe quoi s’est saisi d’une partie de cet univers militant au détriment de certaines associations de terrain qui font un travail remarquable. On ne peut que recommander aux esprits sains et individus de toutes sortes – hommes, femmes et autres – de se carapater au plus vite.
Par chance, le rire est le propre de l’ « homme », mais ce Monsieur Rabelais devait être bien borné pour proférer pareils propos normatifs. C’est évidemment celui de « l’individu non-binaire », encore que, de toute évidence, ce dernier n’aime pas du tout rire. Il est à parier que c’est également discriminant.
La vitesse est limitée à 80 km/h depuis le 1er juillet sur certaines routes secondaires. SIPA. 00865912_000004
Doubler sur les routes de France est devenu encore plus compliqué. Depuis le début du mois, la vitesse sur certaines routes secondaires est limitée à 80 km/h. De quoi agacer les automobilistes. D’autant plus que la mesure pourrait ne servir à rien…
Depuis le 1er juillet, 400 000 km de routes sont officiellement limitées à 80 km/h contre leur 90 habituels. Désormais, c’est pour tout le monde pareil: les automobilistes expérimentés devront rouler à la même vitesse que les jeunes conducteurs (ceux qui ont moins de trois ans d’expérience) et les poids lourds. Cette nouvelle mesure du gouvernement s’accompagne de sondages et d’estimations en tout genre. Marianne nous apprend que 74% des Français sont contre cette réforme de « la France d’en haut » tandis que Ouest France, dans le même sens, nous dit que 79% pensent la mesure « inefficace ». Au total, ce sont 11 000 panneaux qui ont été remplacés pour un coût estimé entre 6 et 12 millions d’euros. Le but étant de sauver de 350 à 400 vies par an. Vous aussi, ces chiffres vous donnent mal à la tête ?
« Ils vont ramasser 400 millions supplémentaires avec la mesure du ‘80’ »
Le gouvernement a promis que l’expérience se jouerait jusqu’en 2020 seulement. Emmanuel Macron a même assuré : « Si ça ne marche pas, on ne continuera pas ». Mais on imagine mal Emmanuel Macron et Edouard Philippe retrousser leurs manches pour démonter de si précieux panneaux. S’il y a une question qui vient d’abord à l’esprit, c’est en effet celle de l’argent. Comment financer l’installation de ces indicateurs de vitesse ? Si c’est bien l’État qui se propose d’investir, la question du « qui » va rembourser turlupine les Français. A peu près tous sauf un : Michel Raison. Le sénateur LR de la Haute Saône fait partie d’un groupe de travail sur le sujet. Et pour lui, le coût des panneaux n’est « qu’une goutte d’eau dans le budget de l’État ». Il explique : « Les PV, en 2017, c’est 2 milliards d’euros récoltés. Et ils vont ramasser 400 millions supplémentaires avec la mesure du ‘80’. L’État renforce les radars, tout en sachant que plus on descend la limite de vitesse, moins on la respecte. Le financement des panneaux, c’est un faux problème. La vraie problématique, c’est que sur tout cet argent récolté, seulement 30 000 euros sont utilisés pour faire de la prévention routière, alors que les surplus sont investis dans les hôpitaux. C’est pourtant ça dont on a besoin. » Le dicton « mieux vaut prévenir que guérir » n’aura jamais autant fait sens…
Ce n’est pas la première fois que des actions sont entreprises pour limiter la vitesse sur ces routes. En 2015, le gouvernement Cazeneuve avait commencé à tester l’impact du « 80 » sur trois tronçons accidentogènes des routes nationales 7, 57 et 151. Trois ans d’expérimentation qui avaient pour but de révéler l’efficacité de la mesure… Michel Raison s’attendait donc à ce que les résultats soient publiés avant de décider, ou non, de rendre la réforme effective. La question est posée au Sénat, puis à l’Assemblée nationale en décembre 2017 : sans réponse. Ce n’est qu’en mars 2018 que le gouvernement a rendu publique les rapports de ce test à « 80 ». Verdict : deux ans d’expérimentation ne suffisent pas, en termes scientifiques, pour prouver quoi que ce soit. Edouard Philippe décide donc de poursuivre l’expérience – en l’élargissant à toute la France – pour prouver l’utilité de la mesure.
« Aujourd’hui déjà, les limitations ne sont pas respectées, elles ne le seront pas plus demain »
Ce passage en force n’est pas sans déplaire à l’opposition. « Le gouvernement ne sait pas ce que c’est de rouler dans nos campagnes », déplorait Michel Raison auprès de nos confrères de FranceInfo. Il est soutenu par Vincent Descoeur, membre de la Commission du Développement durable et de l’Aménagement du territoire : « Demain, nous serons dans l’impossibilité de dépasser un camion, sauf à commettre une infraction. Je prétends qu’on va retrouver des temps de trajet des années 1980, ce qui est inacceptable à l’heure où tout le monde parle de mobilité. » Lors du discours de Christophe Castaner sur les questions d’actualités au gouvernement, en décembre 2017 au Sénat, les protestations fusaient déjà. « On peut décider d’avoir du courage politique pour sauver des vies », opposait le délégué général de La République en marche. Vouloir sauver des vies c’est bien mais le faire comprendre c’est mieux. Michel Raison s’inquiète de l’effectivité de la mesure : « C’est une question de pédagogie. Il ne sert à rien de faire passer une réforme si les Français ne comprennent pas son utilité. Aujourd’hui déjà, les limitations ne sont pas respectées, elles ne le seront pas plus demain s’il n’y a pas, a minima, des résultats probants sur son efficacité. »
« 1% de vitesse en moins équivaut à 4% de morts en moins ». Cette formule scientifique résulte, entre autres, du cerveau et des études de Rune Elvik.
Le chercheur norvégien Rune Elvik a analysé plus de 500 programmes routiers confirmant qu’une baisse de vitesse de 1% correspond à une baisse de mortalité routière de 4%. C’est notamment sur la base de ses résultats qu’il a été décidé d’abaisser la vitesse à #80kmh en France. pic.twitter.com/mPWBhjZOUF
Mais le professeur le reconnaît lui-même : la difficulté, c’est qu’on ne sait pas exactement à quoi est liée la réduction du nombre des morts sur la route. Il évoque « une meilleure technologie » dans les véhicules, mais on peut aussi penser à la prévention routière, aux taux d’alcoolémie tolérés… Pour faire bref, la corrélation entre la vitesse et les tués sur les routes existe bel et bien, mais la causalité n’est, elle, pas précisément déterminable.
L’opposition accélère
Dans son bras de fer avec l’opposition, le gouvernement s’est montré intransigeant. Pour toute réponse à la lettre ouverte d’un groupe de sénateurs, l’État leur a reproché de « faiblir dans la lutte contre la délinquance routière ».
Pour Michel Raison, « cette façon de […] répondre en nous infantilisant est méprisante. Nous sommes tout autant responsables qu’eux, et tout aussi au courant de ce qu’est un accident de voiture, un traumatisme crânien, la mort d’un proche… Nous ne prenons pas à la légère les accidents de la route, mais ils nous traitent comme si tel était le cas ! »
En attendant, et en signe de protestation teintée d’une ironie certaine, Jean-Marie Bernard, président LR du conseil départemental des Hautes-Alpes, a fait passer un arrêté qui ne sera pas au goût du gouvernement : supprimer les zones à 70 km/h de certaines routes. Désormais, « les limitations à 70 km/h n’ont plus de sens. L’idée, c’est de clarifier le réseau. »
Nico à l'université de Lampeter en novembre 1985 (Flickr/GanMed64) ; Jim Morrison vers la fin de sa vie (SIPA. REX40022835_000016)
Amante de Jim Morrison, la chanteuse Nico avait trouvé en lui l’âme sœur qui l’inspirait. Leur communion spirituelle fut telle qu’elle partagea presque la même fin.
La dernière fois qu’elle l’a aperçu, c’était avenue de l’Opéra, à Paris, dans la nuit du 2 au 3 juillet 1971, deux ans jour pour jour après la mort de Brian Jones, son amant avant lui. Il était assis à l’arrière d’une voiture noire. Elle lui a fait signe, mais il n’a pas répondu. Il regardait droit devant lui. La mort en face.
Elle raconte cela avec un regard bleu glacier, puis se tait. Tire sur sa cigarette, crache un nuage de fumée si dense qu’on y devine un ectoplasme : « C’est mon destin, de mourir à la même époque de l’année. »
Pour Morrison, Nico s’écrit Icon
Nico fait la connaissance de son prince charmant au Castle, un château de conte de fées situé à Los Angeles. Un an plus tôt, Jim Morrison s’est offert un pantalon de cuir (celui d’Absolutely Live) après avoir vu Gerard Malanga danser autour d’elle lors d’un concert du Velvet Underground, mais en 1967, la blonde femme fatale a été chassée du groupe de Lou Reed. Elle a quitté New York et la scène minuscule, étouffante du Dom, où elle interprétait derrière le bar les chansons que d’autres – Bob Dylan, John Cale, Lou Reed, Jackson Browne, Tim Hardin – écrivaient pour elle. Malgré un petit rôle remarqué dans La Dolce vita, malgré les films de Warhol dont elle est l’une des superstars, ses quelques apparitions sur grand écran n’ont pas convaincu, et elle ne supporte plus d’être mannequin (« C’est une vie tellement con, d’être covergirl ! »). Nico se cherche un second souffle, et les toits du palais mauresque où elle joue à chat avec Morrison, qui danse au bord du vide pour ses beaux yeux, le désert de la Vallée de la Mort où le chanteur shaman l’initie au culte du dieu Peyotl, comblent son besoin de grands espaces : en une vision d’apocalypse induite par la drogue, le monde se renverse, ciel et terre lui apparaissent sens dessus dessous comme dans le miroir d’un lac. Morrison, son soul brother, bouleverse son nom, donnant un sens au pseudonyme de Christa Päffgen : pour lui, Nico s’épelle Icon. Elle qui chantait à Lou Reed I’ll Be Your Mirror se reconnaît en son esprit. Il lui fait lire les romantiques anglais, lui apprend à noter ses rêves. Solennel sous la lune californienne voilée de smog, un rien paternaliste, il lui accorde l’autorisation d’écrire ses propres chansons. Pour le remercier, et puisqu’il adore les rouquines, le genre mendiante rousse à la Baudelaire précise-t-elle, elle se fait la chevelure rouge sang.
Le souffle de Jim Morrison
Ecrire. Composer. Créer pour exister, se répète-t-elle inlassablement. Nico tâtonne, cherche ses marques. Puisqu’elle ne sait ni lire, ni écrire la musique, et comme les virtuoses règnent encore sur le rock, il lui faut jouer d’un instrument que nul autre ne maîtrise dans ce petit monde. L’harmonium indien, que Terry Riley et Allen Ginsberg utilisent dans des contextes très différents, lui permet de se passer de la compagnie de guitaristes, tout en retrouvant quelque chose de l’orgue de Ray Manzarek, qui souligne la voix de Morrison dans les Doors. Conseil reçu d’Ornette Coleman au passage : jouer la mélodie dans les basses, l’accompagnement sur la droite du clavier, dans les aigus. Ciel et terre sens dessus dessous, comme dans le texte qu’elle écrit en souvenir de son initiation au peyotl, « It Was A Pleasure Then », seule composition personnelle de Chelsea Girl, son premier disque, qu’elle renie pour ses arrangements sirupeux.
Pendant des semaines, rideaux tirés et bougies allumées, Nico rompt ses doigts à l’enchaînement des accords, s’entraîne, improvise des mélodies en pédalant sur les soufflets de son instrument, comme sa mère, dans Berlin détruite, pédalait sur sa machine à coudre pour la nourrir. Ses nuits, elle les passe allongée dans la baignoire vide, à méditer ses poèmes nourris de visions oniriques et de lectures de Blake, de Wordsworth, de Coleridge. Une douzaine de chansons sous le bras, elle signe en 1968 chez Elektra, le label des Doors, grâce à l’entremise de Morrison, et enregistre avec John Cale, son ancien complice du Velvet, l’un des albums les plus originaux d’une décennie féconde, qui engendrera à partir des années quatre-vingt toute la famille ténébreuse du rock et du folk, de Current 93 à Dead Can Dance en passant par Sixth Comm / Mother Destruction, Kirsten Norrie (alias MacGillivray), ou la seconde face de Closer, à l’issue de laquelle s’est éteinte la voix de Ian Curtis.
Hommages au Roi Lézard
Sur The Marble Index, Nico rend hommage à celui qui l’a révélée à elle-même. Le Roi Lézard l’a encouragée à écrire sur ses « héros » ; elle chantera plus tard Andy Warhol, Genghis Khan, Andreas Baader, Charles Manson, Brian Jones et Philippe Garrel, le cinéaste devenu son compagnon. Pour l’heure, elle écrit sur son fils (« Ari’s Song »), et sur Jim Morrison. Au gré d’une paronymie transparente, et comme il avait anagrammatisé Nico en Icon, elle rebaptise César le roi Lézard : « Julius Caesar » décrit, au moyen d’arabesques vocales qui relèvent du style mélismatique, sa performance comme un rituel, un festival scénique sacré et dionysiaque : du haut de sa noble scène, parmi les statues, les colonnes, les autels de pierre antiques énumérés dans le poème (« The End », expliquera-t-elle lorsqu’elle reprendra la chanson des Doors, « c’est du théâtre grec »), l’officiant s’incline pour embrasser le sol, d’où s’élève une colombe, en un mouvement inverse de la dernière scène de Parsifal, où l’oiseau Saint-Esprit descend des cieux pour adouber le nouveau gardien du Graal.
Avant de quitter l’Amérique pour la France, elle retrouve une dernière fois son mentor dans les coulisses d’un concert, à Hollywood. Au moment où il monte sur scène, elle lui tend un crucifix, qui lui échappe des mains et se brise à leurs pieds.
Elle ne reverra son visage que la nuit précédant sa mort, à Paris, et lui dédiera « You Forget To Answer », chanson spirite qui évoque cette ultime rencontre qui n’a pas eu lieu.
Lui disparu, elle teint ses cheveux de deuil et se drape de capes noires. Brune désormais, elle se persuade qu’il lui incombe de le réincarner. Elle qui n’interprétait plus que ses propres compositions transpose à l’harmonium « The End », la chanson la plus emblématique et la plus macabre de celui qui a fait d’elle une créatrice, et en donne le titre à l’album où elle règle ses comptes avec son Vaterland et ce père qui l’a abandonnée avant qu’elle vienne au monde, pour s’engager dans la Wehrmacht. Father ? — Yes son ? — I want to kill you ! déclame-t-elle avant de reprendre, avec la plus impitoyable, la plus tragique des ironies, l’hymne allemand tel que le chantaient les nazis, tel qu’elle a été obligée de le chanter petite fille, sur la mélodie, écrite par Haydn, gardée par l’Allemagne fédérale – puis par l’Allemagne réunifiée.[tooltips content= »« L’hymne national que je chantais était celui que j’avais appris enfant, expliquait Nico. Aujourd’hui, il est interdit de le chanter tel qu’il était alors, mais l’hymne qu’on chante aujourd’hui a exactement la même mélodie. C’est la même chose, avec des paroles adoucies. J’ai réalisé qu’il me fallait chanter les paroles interdites pour mettre en évidence l’ancien sentiment, caché derrière le nouveau. »« ]1[/tooltips]
« Il semble que je finirai toujours en chantant ‘The End’, toute ma vie. »
« The End… » paraît en 1974 avec le slogan publicitaire le plus lugubre (et peut-être le plus drôle) de l’histoire du rock : «A quoi bon vous suicider lorsque vous pouvez acheter cet album ? » La fin de Nico dure quatorze années. Sept ans avant d’enregistrer de nouveau. La seconde partie des années soixante-dix est une longue descente aux enfers de l’héroïne. Nico apparaît çà et là, sublime à la cathédrale de Reims le 13 décembre 1974, pathétique dans les arènes d’Arles l’été suivant, méconnaissable tant elle a grossi lors de ses tournées américaines de 1979. Elle termine chaque concert sur « The End » (« Il semble que je finirai toujours en chantant ‘The End’, toute ma vie. ») et en fait à ce point son hymne que tout artiste qui reprend aujourd’hui la chanson des Doors rend hommage, aussi, à Nico.
Témoin cette reprise hantée d’Anja Franziska Plaschg, alias Soap&Skin, plus « nicoesque » que « morrisonienne », passant du rire aux larmes:
Le public vient l’écouter pour l’entendre évoquer le passé, Warhol, Lou Reed, Morrison surtout, qu’elle n’évoque qu’en parlant au présent. Devenue le tombeau vivant et le cénotaphe du poète foudroyé, autour duquel se recueillent ses admirateurs, elle assure qu’elle va enregistrer avec les Doors, jure que ce qui lui tient le plus à cœur, c’est une reformation du groupe légendaire avec elle dans le rôle de Jim Morrison. Persuadée d’avoir la même voix que son ancien amant, elle insiste : « Ce serait vraiment Jim. La scène musicale devient si nécrophile qu’il va falloir que je me dépêche de le faire. »
Elle passe les années 1980 dans la pose rendue célèbre par Morrison, la main accrochée au micro, un verre dans la dextre, belle de nouveau, statufiée dans un nuage de fumée spirite, sanglée dans un pantalon de cuir noir plus couturé que la peau de la créature de Frankenstein. Quand on la questionne sans détour, elle rit et donne pour toute réponse ce mensonge : « Non. Je ne communique pas avec les fantômes. »
Get together one more time
Tout autour du monde, accompagnée de musiciens encore enfants lorsqu’existaient les Doors, elle chante « The End » : Amérique, Australie, Japon, Europe de l’Ouest et de l’Est l’entendent soupirer son thrène. A chaque fin de « The End », chaque soir, elle meurt. James Young, son pianiste, la vise d’un pistolet d’enfant, elle s’écroule derrière son harmonium. Eric Random, synthésiste et percussionniste, reste sceptique : « Seule une balle d’argent pourra l’achever. » Soir après soir sa voix s’éteint sur les mêmes mots :
This is the end, my only friend, the end
It hurts to set you free
But you’ll never follow me
The end of laughter and soft lies
The end of nights we tried to die
This is the end
Au bord d’une route de Tchécoslovaquie, la veille du Jour des Morts, elle l’aperçoit une dernière fois. Les pupilles dilatées, elle le montre à ses musiciens qui, pressés dans le van à bord duquel ils ont franchi le Rideau de Fer, plissent les yeux pour distinguer, dans la nuit et la brume de cette Toussaint 1985, le chanteur mort des Doors. Cette fois non plus, Morrison ne répond pas à ses signes.
Les fins du mois de juillet
Elle donne son ultime concert au planétarium de Berlin un peu moins de six semaines avant l’hémorragie cérébrale qui l’emportera. Elle n’y interprète que des chansons inédites, fragments d’une symphonie inachevée consacrée au désert de la Lune – vingt ans après l’illumination dans la Vallée de la Mort. Elle revient pour un dernier rappel. Assise à son orgue solitaire, elle interpelle encore une fois l’amant assis à l’arrière de la voiture noire, l’initiateur qui regarde droit devant lui, fixant la mort en face : When I remember what to say / When I remember what to say / You will know me again / And you forget to answer.
Elle l’a prédit quelques mois plus tôt dans son journal intime : « ‘You Forget To Answer’ » résonnera dans mon oreille lorsque je ne pourrai plus chanter. Je chanterai en silence. » Elle meurt à Ibiza le matin du 18 juillet 1988.
Dix-sept ans plus tôt, le 3 juillet 1971, «à la même époque de l’année », après cette nuit où il n’a pas répondu à l’appel de celle qu’il avait baptisée « Icon », Jim Morrison est retrouvé mort dans une baignoire – là où Nico composait les textes des chansons qu’il lui avait inspirées.
Le président de l’Assemblée nationale François de Rugy a fait dérouler deux drapeaux arc-en-ciel de la cause LGBT sur l’édifice public, samedi 30 juin, à l’occasion de la marche des « fiertés ». En avait-il seulement le droit ?
La polémique a éclaté ce week-end entre Christine Boutin et François de Rugy, la première reprochant au second d’avoir apposé un drapeau de la cause LGBT sur la façade de l’Assemblée nationale à l’occasion de la marche dite « des fiertés ».
Une décision logiquement contestée
La présidente d’honneur du Parti chrétien-démocrate a estimé que cette mise en scène était contraire au principe de neutralité applicable aux édifices publics :
Rappel: Arrêt du Conseil d’État n°259806 du 27 juillet 2005: «le principe de neutralité des services publics s’oppose à ce que soient apposés sur les édifices publics des signes symbolisant la revendication d’opinions politiques, religieuses ou philosophiques. » @FdeRugy pic.twitter.com/ZDpz8Mb4kk
— christine Boutinن (@christineboutin) 29 juin 2018
De son côté, le président de l’Assemblée nationale a fait valoir que sa décision était légale dans la mesure où l’Assemblée était régie par « ses propres règles » et que le bâtiment ne relevait pas du service public :
L’arrêt du Conseil d’Etat relayé notamment par Christine BOUTIN ne s’applique évidemment pas à mon initiative : ni affichage d’une opinion politique ou religieuse ni un bâtiment relevant d’un service public. L’Assemblee est une institution autonome régies pas ses propres règles.
En la matière, la position de la justice administrative est très claire puisque, par un arrêt de principe « Commune de Sainte-Anne » du 27 juillet 2005 (259806), le Conseil d’État a décidé que « le principe de neutralité des services publics s’oppos[ait] à ce que soient apposés sur les édifices publics des signes symbolisant la revendication d’opinions politiques, religieuses ou philosophiques ».
On note d’ailleurs que cette décision du Conseil d’État a été rendue à propos d’un drapeau indépendantiste martiniquais apposé sur une mairie.
Cette décision jurisprudentielle a été réaffirmée par le ministre de l’Intérieur en 2010 dans le cadre d’une réponse ministérielle : « L’apposition de banderoles de revendication sur des édifices publics (…) est contraire à ce principe [de neutralité] (…) Il revient au responsable des bâtiments concernés de faire retirer ces banderoles, le cas échéant, sous le contrôle du juge administratif ».
La position du président de l’Assemblée nationale est dès lors critiquable sur cette base. Du moins ne peut-il pas être si affirmatif.
L’Assemblée nationale est bien un édifice public
Il ne fait, en effet, aucun doute que l’Assemblée nationale n’est aucunement régie par « ses propres règles » mais que les décisions du Conseil d’État ainsi que la législation et la réglementation s’appliquent à elle comme à toute institution républicaine.
Par ailleurs, François de Rugy ne saurait pouvoir soutenir que l’Assemblée nationale ne serait le siège d’aucun service public pour faire obstacle à l’application de la décision susvisée du Conseil d’Etat qui s’applique à tous les édifices publics. Dans la mesure où le Palais Bourbon est propriété définitive de l’Etat depuis 1827, il est acquis que l’Assemblée nationale est tenue, comme tout édifice public, au principe de neutralité.
Il est par conséquent interdit d’apposer sur sa façade des signes symbolisant la revendication d’opinions politiques, religieuses ou philosophiques, conformément à la position constante du Conseil d’État en la matière.
La lutte LGBT, une cause apolitique ?
On touche dès lors au seul problème de droit sérieux soulevé en l’espèce : le drapeau de la cause LGBT peut-il être considéré comme un « signe symbolisant la revendication d’opinions politiques, religieuses ou philosophiques » ? Si oui, le principe de neutralité s’applique et fait obstacle à la possibilité de l’afficher sur la façade de tout édifice public.
Nous pouvons aisément écarter le drapeau de la cause LGBT comme signe de revendication d’opinions religieuses. Néanmoins, la portée philosophique et/ou politique d’un tel signe est plus incertaine. Il ne fait en effet aucun doute que cet étendard est fréquemment brandi comme signe d’appartenance identitaire par le mouvement LGBT, que ce soit lors de la marche « des fiertés » ou lors de manifestations politiques (on pense, par exemple aux manifestations en faveur du « mariage pour tous », très marquées politiquement). Il n’est pas rare par ailleurs de voir flotter des drapeaux de cette cause lors de meetings politiques, comme lors de la campagne présidentielle de François Hollande en 2012, ou plus récemment de Benoît Hamon.
Des éléments pourraient donc être avancés devant la justice administrative pour faire valoir que le drapeau de la cause LGBT constitue un signe de revendication d’opinions politiques et/ou philosophiques.
En l’absence de décision du Conseil d’État sur ce point à ce jour (qui aurait pu être saisi à l’occasion d’un recours dirigé contre une décision du président de l’Assemblée nationale de ne pas retirer le drapeau contesté), il n’est pas possible d’affirmer avec certitude, comme François de Rugy, que l’apposition de ce drapeau sur la façade de l’Assemblée nationale serait parfaitement légale. Bien au contraire, des éléments plaident pour l’inverse.
Une décision de la Haute juridiction administrative serait bienvenue pour clore ce sujet polémique.
Emmanuel Macron à Rome, juin 2018. SIPA. 00865476_000046
L’ambassadeur de France en Hongrie a été remplacé, samedi, quelques heures après la publication par Médiapart d’une note confidentielle dans laquelle il défendait le Premier ministre hongrois Viktor Orban…
Éric Fournier, ambassadeur de France en Hongrie, a été sèchement remercié, samedi 30 juin, et remplacé illico par Pascale Andréani. Jusque-là, rien d’anormal. Un poste d’ambassadeur, comme celui de préfet ou de recteur d’académie, est à la totale discrétion du pouvoir exécutif, seul juge de l’opportunité de nommer ou de démettre ces hauts fonctionnaires chargés d’appliquer la politique du gouvernement.
Médiapart à la baguette
Il est inédit, en revanche, et fort inquiétant, que ce limogeage express survienne vingt-quatre heures après la publication par Médiapart, d’extraits d’une dépêche diplomatique adressée par Éric Fournier à la direction de l’Union européenne du Quai d’Orsay. Dans cette note, Éric Fournier développait une analyse prenant le contrepied de la ligne suivie par l’Elysée et le ministère des Affaires étrangères à l’égard du Premier ministre hongrois Viktor Orban, ligne qui serait, selon lui, l’expression d’une « magyarophobie » aveuglant la classe politique et les grands médias européens. Il loue les visions prémonitoires et l’habileté tactique d’Orban, fougueux porte-parole du « groupe de Visegrad », ces nations d’Europe centrale refusant de se laisser imposer par Bruxelles des quotas de migrants sur leur sol. L’ambassadeur récuse aussi le procès en antisémitisme intenté au leader hongrois, en arguant que les responsables de la communauté juive de Hongrie ne voit pas du tout les choses de cette façon, et déplore cette mise au ban de Viktor Orban par une partie des gouvernements de l’Union européenne (UE).
Cette note diplomatique est, d’évidence totalement « politiquement incorrecte » à l’heure où Emmanuel Macron construit Viktor Orban en ennemi public numéro un au sein de l’UE, et essaie de mobiliser ses partenaires contre « la lépre populiste » qui menace l’Union.
Fuite de liberté
Que l’on soit ou non d’accord avec l’analyse de Fournier n’est pas le problème : j’aurais, pour ma part, quelques solides objections à formuler sur les méthodes de gouvernement de Viktor Orban, et sa conception ethnocentrée de la nation magyare. Ces objections se fondent sur de nombreux voyages effectués dans ce pays, dont les comptes rendus figurent dans des revues spécialisées en politique internationale.
Il est en revanche intolérable que sa révocation survienne sur la base d’une fuite, vraisemblablement interne au service diplomatique français, concernant une dépêche diplomatique adressée dans les règles par un ambassadeur à son administration. Expédiées chiffrées, ces dépêches sont réputées confidentielles, et la loi stipule que leur ouverture au public ne peut survenir qu’à l’issue d’un délai de trente ans. Cette garantie est la condition qui permet à nos diplomates en poste à l’étranger de s’exprimer librement, sans langue de bois, ni souci de plaire ou de déplaire aux gouvernements en fonction. Cette liberté est d’ailleurs, pour tout pouvoir démocratique, d’une indéniable utilité : c’est un élément qui lui permet, parmi d’autres d’organiser son action en fonction d’une pluralité de points de vue sur une situation concrète.
L’ambassadeur en poste n’est pas, au sein de l’administration le seul connaisseur de la Hongrie. De plus, des experts de ce pays attachant, universitaires, journalistes ou Français expatriés dans ce pays contribuent également à l’information de ceux qui ont la responsabilité de définir et mettre en œuvre la politique de la France vis-à-vis de la Hongrie.
L’ambassadeur n’a rien à se reprocher
En rédigeant sa note, Éric Fournier faisait son travail, rien que son travail, dans le strict respect des usages diplomatiques. Emmanuel Macron en avait d’ailleurs pris acte, en déclarant le jour des révélations de Médiapart : « Il s’agit d’une note dont la nature est confidentielle, et ce n’est pas l’expression de la position politique française. Cet ambassadeur aurait publiquement tenu ce propos, il aurait été révoqué sur-le-champ. Il appartiendrait à l’autorité de révoquer un ambassadeur parce qu’il dit ce qu’il pense ? Je ne le crois pas. Ou alors, nous créerions un délit d’opinion au sein de la fonction publique. Si la preuve m’est donnée que cette parole a été tenue publiquement, cet ambassadeur sera révoqué. »
Quelques heures plus tard, cependant, le décret de révocation tombait, sec comme un couperet de guillotine, sans que ne soit publiquement communiquée cette fameuse preuve d’une grave entorse d’Éric Fournier aux règles de sa fonction. C’est peu dire que cette affaire suscite une vive émotion dans le milieu des diplomates français, y compris de ceux qui ne partagent pas les options de cet ambassadeur, réputé proche de la droite.
Plenel siffle, Macron accourt
« Si nous n’avons plus la garantie que nos dépêches demeurent confidentielles, nous n’écrirons plus que des notes susceptibles de conforter les idées, et les préjugés des gouvernants en place », nous confie l’un d’entre eux, qui a exercé récemment ses talents dans les postes les plus prestigieux du Département. « Déjà, en temps ordinaires, il ne manque pas, hélas, de collègues qui, par opportunisme et souci de carrière préfèrent conforter les dirigeants politiques dans leurs erreurs ou leur ignorance, Si le cas Fournier fait jurisprudence, notre courrier diplomatique se résumera à la langue de bois et à la flagornerie envers le président ou ses ministres… ».
Que penser aussi de l’impunité qui, très certainement, va s’appliquer à ceux qui ont divulgué le contenu d’une dépêche diplomatique, provoquant ainsi une crise de confiance généralisée au sein d’une administration essentielle à la défense des intérêts de la France ? Peut-on, en l’espèce, invoquer une nécessité supérieure à l’application de la loi qui dévoilerait des agissements d’un haut fonctionnaire mettant en danger notre sécurité ? Il sera bien difficile de brandir cet argument ! La France mérite-t-elle vraiment d’être gouvernée par Edwy Plenel ?
Membres de la police fédérale irakienne à Bagdad, juin 2018. Photo: AHMAD AL-RUBAYE / AFP
L’Irak est un pays martyr. Il y eut la dictature de Saddam Hussein, l’atroce guerre Iran/Irak, la première guerre du Golfe, le blocus alimentaire – qui, à la satisfaction de l’Américaine Madeleine Albright et du Britannique Tony Blair, tua des enfants par milliers -, l’agression américaine, et pour finir (pour l’instant) l’abomination islamiste de Daech.
Ce qui tient lieu d’État récupère difficilement la maîtrise de son territoire et fait passer en jugement les criminels avérés. Un certain nombre d’entre eux ont été condamnés à mort. Aussitôt, glapissements des officines américaines et des belles âmes de chez nous.
Les « no border » sont « no limit »
Ce qu’il y a d’intéressant avec ces gens, qui prennent leurs coquetteries pour des convictions, c’est qu’ils sont « no limit ». Capables de s’emparer de n’importe quelle cause pourvu qu’elle leur permette de donner aux masses qu’elles méprisent des leçons de morale. Compte tenu de la profusion récente, on ne va pas dresser une liste, qui aurait rapidement l’épaisseur du catalogue de La Redoute.
En Irak, Daech, qui dispose encore du pouvoir de nuire, a enlevé huit citoyens innocents pris au hasard et réclamé en échange de leur vie la libération des condamnés. Devant le refus du gouvernement irakien, Daech a exécuté les huit innocents et publié la vidéo de leur martyr. Pour mettre fin à ces chantages, les autorités irakiennes ont procédé aux exécutions des criminels condamnés. À partir d’un raisonnement difficilement réfutable : ainsi leurs libérations ne pourraient plus être revendiquée.
Toutes les belles âmes de chez nous se sont précipitées pour protester au nom de leurs principes supérieurs, non pas contre l’exécution des otages mais contre celle des condamnés. Dressées sur leurs ergots, brandissant plumes et stylos, elles caquettent en donnant des leçons de morale à un peuple martyrisé. En évitant soigneusement de dire comment il faudrait faire pour protéger les Irakiens. Parce que, quelle est la seule question posée ? Celle de l’arbitrage que doit rendre le gouvernement d’Irak entre la vie d’abominables massacreurs et celle de citoyens innocents. Il a choisi celle des innocents. Et c’est là où le bât blesse pour nos professeurs d’humanisme qui eux prennent le parti du sacrifice de ces derniers au nom du respect des principes à eux qu’ils ont. Et qui sont supérieurs à tous les autres puisque ce sont les leurs !
L’Irak, un pays en guerre
Reprenons notre sang-froid et, dans le souci du débat démocratique, rappelons-leur d’abord une évidence : l’Irak est un pays en GUERRE. Et que, s’il existe un droit qui organise la façon de la faire, ce n’est pas pour rien. Rappelons-leur aussi quelques petites histoires. Après la bataille de Bir Hakeim, où les Français libres s’étaient distingués, l’Etat-major allemand avait fait savoir qu’il considérerait les combattants français libres faits prisonniers comme des « irréguliers sans uniforme » et qu’ils seraient tous exécutés. De Gaulle avait répondu que si l’armée allemande entendait se déshonorer de cette façon, elle s’exposerait à la réciproque, et que tous les prisonniers allemands subiraient le même sort. Ce qui calma les nazis qui renoncèrent à perpétrer leur crime. Aux yeux de nos petits mondains, Charles de Gaulle est donc un assassin avide de vengeance. Il avait pourtant simplement fait la même chose que Lincoln durant la guerre de sécession, quand les confédérés firent savoir que tout officier yankee, commandant à des troupes noires, et fait prisonnier, serait exécuté. Lincoln fit répondre qu’un même nombre de prisonniers confédérés seraient alors passés par les armes. Et les sudistes firent marche arrière. Plus récemment, les troupes américaines, confrontées en décembre 1944 à la contre-offensive allemande dans les Ardennes, constatèrent le massacre de prisonniers américains par des unités SS à Malmédy. Sans formalité particulière, elles reçurent l’ordre de fusiller tous les SS qui se rendaient. Est-il aussi nécessaire de rappeler l’existence du tribunal de Nuremberg, et des condamnations à mort exécutées des dirigeants nazis ? Ou la pendaison d’Adolf Eichmann en Israël, pays qui avait pourtant aboli le châtiment suprême dès sa création ?
« N’oublie pas camarade… »
Il est en revanche nécessaire de dire clairement les choses. Nos faux-humanistes, manipulant leurs arguments boiteux, font plus que renvoyer des belligérants dos à dos, ils font la leçon à ceux qui sont du bon côté, et qui ont subi et subissent encore l’horreur. C’est une attitude que l’on connaît et que l’on peut qualifier de purement pétainiste. Une attitude qui renvoie aussi à celle de ces trotskistes dévoyés qui disaient aux FTP combattants les nazis : « N’oublie pas camarade que, sous l’uniforme SS, il y a un travailleur allemand. »
Il faut le savoir et le dire, nos belles âmes nous font une nouvelle démonstration qu’elles ne sont jamais économes du sang des autres dès lors qu’il s’agit de s’acheter une bonne conscience et de prendre la pose.
Emmanuel Macron lors des Assises des outre-mer, 28 juin 2018. SIPA. 00865895_000043
La poudre de perlimpinpin ne fonctionne plus: à force de coups de com’ ratés, la côte de popularité d’Emmanuel Macron ne cesse de sombrer…
Tandis que sa cote de popularité atteint son plus bas niveau depuis l’élection présidentielle, après une année d’exercice du pouvoir, Emmanuel Macron semble être entré dans une zone de turbulences et d’instabilité dont même ses thuriféraires médiatiques les plus zélés commencent à s’inquiéter.
Indépendamment de la fin mécanique du fameux état de grâce consécutif à une élection – et que les esprits mauvais animés de passions tristes guettent toujours en se léchant les babines voire précipitent à l’usure par quelque besogne de soutiers – il semble que la séquence présidentielle actuelle, calamiteuse sur bien des points, soit d’une autre nature.
Macron, la crise de l’enfant-roi
Cette crise de gouvernance s’explique par trois principaux facteurs qui se complètent et se renforcent mutuellement : une crise de la communication spécifiquement macronienne, une crise plus large et salutaire de la communication érigée en mode de gouvernance, et enfin une crise politique majeure du logiciel macronien.
Tout d’abord donc, un emballement immaîtrisé de la communication élyséenne sur fond de dancefloor sans queue ni tête (si l’on peut dire…). Les idées juteuses et punchy de Sibeth Ndiaye, l’ancienne socialiste nourrie au bon lait formateur et formaté de l’UNEF, ne semblent plus faire recette, même si l’on ne peut pas en déduire pour autant que « la meuf » soit « complètement dead ».
A la verticalité reconquise et fermement affirmée par notre jeune roy, dès le soir de la victoire présidentielle dans la cour du Louvre, à cette symbolique exacerbée d’un pouvoir vertical assumé comme tel, et au besoin rappelé de temps à autres en coupant rageusement quelques fortes têtes – « Je suis votre chef », ce qui, adressé publiquement à un haut gradé particulièrement apprécié de ses hommes et qui aura passé toute sa vie dans le respect viscéral de la hiérarchie ne manquait pas d’un piquant que les amateurs de Game of Thrones auront rapidement rattaché à certaines scènes-cultes de la vie tumultueuse des Lannister -, à cette série de gestes revendiquant de facto et avec autorité la dignité d’un pouvoir qui s’était totalement ridiculisé sous François Hollande, a succédé, depuis quelques temps, une série de loupés communicationnels qui laissent pantois.
Ces erreurs récentes sont d’autant plus surprenantes qu’elles ont pour principal effet de détruire tout le travail, légitime et précieux, de re-verticalisation du pouvoir entrepris durant les premiers mois du mandat.
Partout et en même temps nulle part
La séquence de recadrage excessif d’un jeune, d’aspect au demeurant sympathique et qui n’avait pas l’air d’un dangereux délinquant (« Tu m’appelles Monsieur le Président, etc., etc., etc. »), séquence longue et pénible qui aurait pu et dû ne durer que quelques secondes et être diligentée avec une gentillesse toute paternelle au lieu de se transformer en leçon de morale adressée au peuple français tout entier infantilisé dans cette geste ubuesque, a donné l’impression dérangeante que l’autorité affirmée aussi lourdement se transmutait en autoritarisme à proportion qu’elle avait besoin de s’auto-clamer bruyamment.
C’est un peu le risque du « en même temps » appliqué à la question de la distance que l’on souhaite établir dans la représentation du pouvoir exercé : soit le corps du roi est partout tout le temps, réellement au contact de tous et sur tous les fronts, et alors la distance qui en garantit le corps symbolique disparaît – et dans ce cas les familiarités deviennent la norme (de l’accordéon de Giscard au « casse-toi pauv’con » de Sarkozy) -, soit on établit une certaine distance, on l’assume, et on laisse son exécutif gouverner et occuper le terrain médiatique – ce qui est normalement sa fonction -, se coltiner les bains de foule et les risques d’interpellation.
Il n’y a pas de « en même temps » de l’autorité.
La communication politique n’est pas une politique
On assiste par ailleurs aux limites de la communication politique elle-même, ce dont on ne peut que se réjouir, après des décennies de montée en puissance d’un storytelling érigé en alpha et omega de l’action politique par des babyboomers férus d’info-com, alors que cette communication devrait n’être qu’un outil discret et au service d’un projet clair. Les communicants, et autres spin-doctors, commencent peut-être à trouver, et on le souhaite, les limites structurelles de leur pouvoir exorbitant qui, bien souvent, se fait au détriment des convictions politiques réelles. La séquence du vrai-faux propos « off » dans lequel le président en chemise évoque le « pognon de dingue » des pauvres qui restent pauvres est, de ce point de vue, calamiteuse. Il ne s’agit pas de se prononcer sur la question des aides sociales, en l’occurrence, mais sur ce que cette vraie-fausse intrusion dans l’intimité profonde de la pensée sociale macronienne révèle : un discours pseudo-iconoclaste, a priori théâtralisé afin de séduire la droite libérale à laquelle on a déjà livré la SNCF en pâture telles des sardines jetées aux otaries de Marineland. Il est bon de se rappeler que la communication politique ne remplace pas la politique.
Péché d’orgueil, de gourmandise, et d’hubris, en l’occurrence, que de vouloir pousser toujours plus loin son avantage. Car, si Emmanuel Macron séduit une partie de l’électorat traditionnel centre-droit, il conviendrait de ne pas oublier qu’il doit également son trône au peuple de gauche dit « castor », lequel souhaitait surtout « faire barrage » quitte à se boucher le nez en installant un néo-libéral aux manettes.
La magie ne dure qu’un temps
Et c’est ici que l’impasse politique du « en même temps » devient flagrante, puisque dans l’échec de la communication, par chance et sans excès de platonisme, on commence à regarder les idées elles-mêmes: séduire un petit chouïa du peuple de droite déboussolé par les deux défaites consécutives de 2017, c’est assez facile avec quelques mesures économiques et « sociales ». Mais maintenir culturellement cet électorat par-devers soi en fustigeant, en toute occasion, ce qui en fait le substrat culturel, le marqueur idéologique profond, en rejetant, en psychiatrisant, en haïssant toute forme d’attachement identitaire à la nation, voilà une quadrature du cercle parfaitement irréalisable. Sans compter que, sur le plan-même des mesures économiques et sociales supposées emporter l’adhésion de la droite, l’atteinte annoncée aux pensions de réversion ne sera pas accueillie avec la même mansuétude que le coup de rabot sur les APL : s’en prendre à la solidarité envers les retraités, voilà qui ne saurait séduire l’électeur de droite. Encore un exemple du coup de trop, de la gourmandise qui fait perdre aux échecs, de la fameuse petite faiblesse qui vous perdra.
Concernant cette haine viscérale anti-identitaire, arborée en toutes circonstances et notamment dans une posture convoitée de leader fantasmé du monde européen – lequel ne finit plus que par tracter le radeau de la méduse du parti socialiste espagnol, seul rescapé d’une bien-pensance surannée et irréaliste -, il s’agit là évidemment d’une erreur politique majeure qui suffit à faire fuir l’électorat de droite préalablement conquis. En outre, espérer reconquérir de la sorte le peuple de gauche, que l’on s’est aliéné et que l’on a perdu définitivement dans les conflits sociaux menés de manière thatchérienne (loi « Travail » puis loi sur le transport ferroviaire), représente un objectif tout à fait illusoire et relève de l’erreur à la fois tactique et stratégique.
Les ravages de la « lèpre »
Le peuple de droite, très majoritairement attaché à l’idée de nation (parfaitement compatible, du reste, avec un projet européen de type gaulliste et non dilué dans les actuelles institutions européennes) ne peut pas tolérer qu’on qualifie de « lèpre » l’attachement à ces principes souverains qui fondent l’idée nationale.
Il ne s’agit plus ici d’une impasse communicante mais bien d’un cul de sac politique. Le récent sommet européen consacré à la crise des migrants a confirmé la victoire des Etats qualifiés de lépreux ou populistes, lesquels ne seront plus contraints officiellement d’accueillir des migrants s’ils ne le souhaitent pas. Par quel truchement Emmanuel Macron a-t-il transformé cela dans sa déclaration en une « victoire » (sic) de sa vision, lui qui préconisait a contrario la répartition par quotas ainsi que des sanctions contre les populistes récalcitrants ? Nul ne sait. Mais pas sûr que la poudre de perlimpinpin que constitue cette communication à rebours du réel ne trompe désormais grand monde, et même une victoire des Bleus en Coupe du Monde serait comprise, en cas d’appropriation excessive, comme une grossière tentative de récupération politique.
Avec la fin du storytelling, on entre dans le dur, et la particularité du dur, c’est de ne pas être en même temps mou.
Depuis septembre 2015, le Parti travailliste britannique (Labour) est dirigé par Jeremy Corbyn, vieux briscard réputé plus rouge que rouge. En rupture avec l’expérience social-libérale de Tony Blair, l’apparatchik a fait prendre un virage très à gauche au mouvement d’opposition qui rencontre l’engouement des jeunes. Pour preuve, le Labour a grimpé de 194 000 adhérents en 2010 à 515 000 en 2016.
Mais le dégagiste Corbyn ne laisse pas de susciter la polémique jusque dans son propre parti. Passons rapidement sur les soupçons d’antisémitisme. Corbyn a dû s’expliquer sur sa fréquentation d’un groupe Facebook où circulaient des messages violemment antisémites, voire négationnistes. Jurant ne pas manger de ce pain-là, l’inlassable militant « antisioniste » serait plus facile à croire s’il n’avait pas qualifié le Hamas et le Hezbollah d’ « amis » (sic), ce dont il a dû s’excuser du bout des lèvres, contraint et forcé. L’affaire a provoqué la fronde de nombreux militants juifs ulcérés.
Qu’est-ce qu’une femme ?
Aujourd’hui, une nouvelle guerre intestine déchire les cadres travaillistes. En vue des prochaines législatives, le Labour a voulu parfaire son image progressiste en réservant un grand nombre de places éligibles aux femmes. La parité, voilà une idée pas si british. Mais les compatriotes des Monty Python ne font jamais rien comme nous autres froggies : aussi, des hommes transgenres ont-ils intégré les listes de préinvestiture réservées aux ladies sur la foi d’un simple « sentiment de féminité ». Furieuses, plus de 300 militantes travaillistes ont fait part de leur indignation et menacé de quitter le Labour si ces ambitieux trans les supplantaient.
L’histoire ne dit pas qui des femmes ou des transgenres les « amis » barbus de Corbyn aimeraient voir occuper les bancs de la Chambre des communes. Bookmakers, ouvrez les paris !
Le gouvernement veut rendre « plus juste » le versement des pensions de réversion, qui permettent aux veufs de toucher une partie de la retraite de leur conjoint décédé.
Le passage à un régime unique où les droits sont représentés par des points va évidemment remplacer par quelque chose de nouveau les différentes formules de réversion aujourd’hui en vigueur. Selon la définition du Service public, « la pension de réversion correspond à une partie de la retraite dont bénéficiait ou aurait pu bénéficier l’assuré décédé (salarié ou fonctionnaire) ». En 2015, les « droits dérivés » se sont élevés à 36,1 milliards d’euros, soit 13,5 % des droits « directs », pourcentage qui a beaucoup diminué au fil des ans : il s’élevait à 22,6 % en 1990. Les bénéficiaires étaient au nombre de 4,4 millions en 2015, dont 89 % de femmes. Ce qui existe actuellement est loin d’être parfait, il faut donc examiner des remplacements possibles de la réversion dans deux scénarios : une réforme systémique complète, qui mettrait nos retraites par répartition juridiquement en accord avec la réalité économique ; et une réforme systémique partielle, unifiant le système et opérant le passage aux points tout en conservant le double rôle actuel des cotisations vieillesse, qui fait de nos retraites par répartition un système de Ponzi rendu obligatoire par les pouvoirs publics.
Des formules de réversion actuellement divergentes
A défaut de pouvoir passer ici en revue les dispositions spécifiques à chaque régime (il en existe plus de trois douzaines), examinons le cas des salariés du secteur privé et celui des fonctionnaires.
Supposons d’abord que le défunt ait été retraité du régime général et de l’ARRCO (plus l’AGIRC le cas échéant). La CNAV ne verse une pension de réversion au survivant que sous conditions de ressources : son montant diminue proportionnellement au dépassement d’un premier plafond, et s’annule au-delà d’un second plafond. En revanche, l’ARRCO et l’AGIRC versent une réversion indépendante des ressources du conjoint survivant. A la CNAV la pension de réversion plafonne à 54 % de la pension du défunt, tandis que le pourcentage est uniformément 60 % à l’ARRCO-AGIRC. Si le défunt a eu plusieurs conjoints, le partage du droit dérivé s’effectue entre eux, dans chacun de ces régimes, de façon proportionnelle à la durée de chaque mariage. En cas de remariage, la pension de réversion est supprimée à l’ARRCO-AGIRC, tandis que la CNAV la recalcule en fonction des revenus du nouveau couple.
Pour les fonctionnaires, la réversion, versée sans condition de ressources, a un taux moins généreux (50 %) et elle est supprimée non seulement en cas de remariage, mais aussi (en théorie ?) si le survivant reprend une vie de couple. Pour y avoir droit, il faut quatre années de vie commune, ou qu’un enfant soit né de l’union.
L’avènement d’un régime unique rendra obligatoire un choix du législateur entre le principe mis en œuvre par le régime général, qui considère la pension de réversion comme une aide en cas de ressources insuffisantes, et le principe retenu par l’Etat employeur et par les partenaires sociaux (pour les régimes complémentaires de salariés), qui en fait un droit indépendant des ressources propres du conjoint survivant.
Proposer aux couples un système de rente sur deux têtes
Difficilement concevable dans un régime par annuités et dans un patchwork de régimes, une logique patrimoniale et actuarielle peut être mise en place dans un régime unique où les droits à pension prennent la forme de points, qui sont en somme des actifs financiers (des parts de rente viagère).
Rien n’empêche en effet de mettre en commun, dans un régime matrimonial comportant la « communauté des acquêts », les points acquis par chacun des époux durant leur mariage, et de traiter ces points communs selon les techniques actuarielles des rentes sur deux têtes. Cela sera possible même si le régime unique conserve la formule économiquement absurde qui attribue les points au prorata des cotisations vieillesse, formule qui sera mis en place si Emmanuel Macron ne se rend pas compte qu’il est très dommage de perpétuer un système de Ponzi.
En cas de réforme complète
Supposons un instant que, grâce à un effort de réflexion et d’ingénierie supplémentaire, les points du nouveau régime soient attribués au prorata des investissements dans la jeunesse (éducation des enfants par leurs parents et cotisations finançant l’entretien et la formation des enfants et des jeunes, seules contributions réelles à la préparation des futures pensions).
Dans un tel système, la mise en commun des points acquis par les époux durant leur mariage du fait de la mise au monde et de l’éducation des enfants coulerait de source, car les apports éducatifs de chaque parent ne peuvent guère être calculés séparément. Il s’y ajouterait un certain pourcentage des points acquis par les cotisations versées en vue de l’investissement dans la jeunesse (cotisations qui financeraient notamment la formation initiale, les prestations familiales, l’assurance maladie des enfants et des jeunes, l’assurance maternité, la protection maternelle et infantile et l’aide sociale à l’enfance).
Les conjoints pourraient naturellement, à leur initiative, aller plus loin dans la mise en commun, de façon à ce que la faiblesse des cotisations versées par l’un d’eux, davantage accaparé par les travaux domestiques, ne le désavantage pas.
En cas de réforme a minima
Si l’on en reste à l’absurde attribution des points au prorata des cotisations vieillesse, la solution est une obligation de mise en commun d’une fraction assez importante des points acquis par chacun des deux époux au titre de la cotisation vieillesse.
Dispositif temporaire durant la période de transition
Dans ce cas comme dans l’autre, la réversion stricto sensu entrera en extinction, au profit de la formule des rentes viagères sur deux têtes. Les pensions de réversion en cours seront conservées, comme les autres pensions en cours. Probablement faudra-t-il conserver aussi une formule aménagée de pension de réversion pour la période transitoire, le temps de mettre en place la rente sur deux têtes, et à cet égard l’adoption d’une formule proche de celle en vigueur à l’ARRCO-AGIRC parait souhaitable, puisqu’elle est cohérente avec le système des points qui aura définitivement remplacé celui des annuités.
Les rentes viagères sur deux têtes
On distingue les rentes « réductibles » et les rentes « réversibles ». Les premières constituent en fait un assemblage de deux rentes distinctes, donc dans le cas des pensions de retraite deux pensions totalement distinctes, une pour chacun des conjoints. Les secondes sont versées sans modification jusqu’au décès du conjoint survivant (en somme, réversion à 100 %).
Si le couple souhaite que le survivant ait simplement 50 % de la rente, il suffit d’une rente réductible. Si le but est d’obtenir davantage, par exemple 60 % (pourcentage de la réversion à l’AGIRC-ARRCO), on opérera une combinaison de rente réductible et de rente simple. Pour cet exemple, il convient d’utiliser 80 % des points en rente réductible et 20 % en rente réversible. Chaque couple pourra choisir « à la carte » la proportion de rente réductible et de rente réversible qui lui convient, le cas échéant dans une fourchette définie par la réglementation, de façon à éviter le choix de solutions nettement spoliatrices pour l’un des époux.
Chaque dimanche, sur les ondes de RCJ, Alain Finkielkraut commente, face à Élisabeth Lévy, l’actualité de la semaine. Un rythme qui permet, dit-il, de « s’arracher au magma ou flux des humeurs ».