Accueil Site Page 1691

Le Moi de Basile: plus le niveau baisse, plus le ton monte


Starring Megan, Marion, Marie-Chantal, Mélenchon, Mozart et tout le Bataclan…


Service public

Samedi 19 mai

France Inter, flash de 7h30 : « Rien n’a fuité jusqu’à présent sur la robe de Megan Markle. » Allons, tant mieux.

Le péril italien

Mercredi 23 mai

« L’Italie inquiète l’Europe », annoncent una voce Le Monde et Le Figaro. Sauf que c’est dans l’autre sens que ça a commencé, les amis.

Qui a tué Marie-Chantal ?

Samedi 26 mai

Depuis cinquante ans, plus personne n’ose prénommer sa fille Marie-Chantal. La faute au bouquin éponyme du regretté Jacques Chazot, qui en a fait pour longtemps le symbole du snobisme décervelé.

Comme de bien entendu, cet exercice spirituel a été méprisé par l’intelligentsia de l’époque, pour cause de frivolité bourgeoise. N’empêche : avec sa pimbêche de la haute à talonnettes, Chazot aura marqué l’histoire plus sûrement que tout le nouveau roman réuni.

Un extrait, pour la bonne bouche :

Marie-Chantal : « Qu’avez-vous fait à vos cheveux ? C’est effrayant… On dirait une perruque !
– Mais c’est une perruque !
– C’est extraordinaire, ça ne se voit pas du tout ! »

Rire engagé

Lundi 28 mai

Tancé vertement par des amis de droite pour avoir relayé une bonne blague du Gorafi : « Marion Maréchal-Le Pen change de nom pour devenir Marion Maréchal-Pétain ». À partir d’un certain niveau d’engagement, on ne rit plus qu’au pas cadencé.

Laïcité ? À d’autres…

Vendredi 1er juin

Sous prétexte qu’il a servi la messe en latin à 12 ans, Mélenchon, ce sans-Dieu du Grand Orient (je balance pas, c’est lui qui le dit) se défausse sur la question du hidjab en disant : « Moi, je ne porterais pas une grande croix. » Encore heureux !

L’anecdote est révélatrice d’une certaine confusion dans la « lutte contre le communautarisme ». Quoi ! Nous autres catholiques, qui avons déjà avalé le Ralliement et la loi de 1905, on devrait encore donner des gages de « laïcité » ? Et tout ça parce que l’État ne fait pas son boulot ?

Abi pedicatum ![tooltips content= »« Va te faire voir ! » (Version polie.) »]1[/tooltips]

Mourir d’aimer

Dimanche 3 juin

Vu sur Netflix : 13-Novembre, un documentaire consacré essentiellement au massacre du Bataclan. L’enquête, qui repose sur des témoignages de rescapés, est passionnante autant que glaçante.

Dans la salle, les 1 500 victimes offertes au hasard en sacrifice aux trois dingues d’Allah réagissent de toutes les manières. Souvent on fait le mort, juste pour essayer de ne pas mourir. Parfois, on attend que les terroristes rechargent leur arme pour ramper de quelques mètres… Certains même, avec la rage du désespoir, finissent par se dresser pour insulter leurs bourreaux ; aussitôt fauchés par une rafale.

On regrettera seulement la phrase de conclusion du doc, particulièrement déplacée : « À la fin, c’est toujours l’amour qui gagne. » À la fin, au Bataclan, c’est la mort qui gagne, la mort seule. Du sang partout, des cris et des râles, et cette horrible « colline de cadavres » aperçue par une rescapée lors de son évacuation, et qui n’en finit pas de la hanter. Je t’en foutrai, moi, de l’amour !

Affaire Weinstein : ça va trop loin !

Mardi 5 juin

Le Monde.fr : « Le concours Miss America ne jugera plus sur l’apparence physique ».

Et pour Monsieur Muscle, on fait comment ?

Le coup de colère de l’oncle Basile

Vendredi 8 juin

Quoi ? Il y avait ce soir-là devant le Bataclan huit militaires armés de l’opération « Sentinelle », et ils ont reçu l’ordre de ne pas bouger ?

Le général Le Ray, gouverneur militaire de Paris, explique sans broncher qu’il n’était pas au courant de la situation à l’intérieur de la salle : « Avant de donner une mission à quelqu’un, il faut savoir ce qu’il se passe ! » Ben voyons. Il ne capte pas BFM TV, le gouverneur ? Et l’idée ne l’a même pas effleuré d’en référer à ses supérieurs ?

Bref, le carnage a commencé à 21h45, et la BRI n’est intervenue qu’à 22h15. Il y a des minutes qui doivent paraître longues, sous le feu des AK-47.

Durant cette demi-heure cruciale, huit militaires entraînés contre trois terroristes allumés, ça aurait pu le faire, non ? Et épargner des dizaines de vies innocentes ?

J’espère me tromper, ça me calmerait… Mais voilà que le brav’ général précise sa pensée : « Il est impensable de mettre des soldats en danger dans l’espoir hypothétique de sauver d’autres vies. »

Sérieux ?

L’humour libre

Mercredi 13 juin

Frigide : « Bonne nuit, mon amour. Dieu nous préserve ! »

Basile : « … L’un de l’autre. »

Le mieux, c’est que Barjot a aussitôt « partagé » sur Facebook cet échange intime. Tu me diras, il vaut mieux que ça soit elle que toi…

En tout cas, ça prouve un truc qui me fait chaud au cœur, en tant que jalonien : Virginie comprend de mieux en mieux mes blagues ! Décidément, c’est les vingt-cinq premières années de mariage les plus difficiles.

South park en Russie !

Vendredi 15 juin

Lu sur Le Courrier de Russie.com : « Les libertariens : étoile montante ou étoile filante de l’opposition ? »

Le slogan du LPR (Parti libertarien de Russie) me ravit. On le croirait tout droit sorti des cerveaux de Matt Stone et Trey Parker, libertariens eux aussi : « Je veux que les couples homosexuels puissent défendre leurs cultures de cannabis avec des armes achetées avec des bitcoins. »

En revanche, ça ne m’a pas l’air facile à scander.

Oh mon bateau !

Dimanche 17 juin

Qu’est-ce que j’apprends sur France Culture ? À Saint-Lazare, on balance du Mozart pour chasser les jeunes ! Une idée pour Matteo Salvini ?

Communisme et bouse de vache

Vendredi 22 juin

Vu sur Le Mediatv.fr : L’« Entretien libre » d’Aude Lancelin avec Alain Badiou. J’apprécie sa langue impeccable et son érudition joyeuse, et même sa foi inébranlable dans l’« hypothèse communiste » – malgré les « considérables échecs qu’elle a subis », comme il dit joliment. N’empêche que, comme disait de son côté le président Mao, « la bouse de vache est plus utile que les dogmes. On peut en faire de l’engrais ». Avec les cadavres aussi, d’ailleurs.

Blague antiraciste (mais drôle)

Lundi 25 juin

Deux identitaires autour d’une bière :

« Ras-le-bol de ce pays qui laisse entrer tous les étrangers…

– Ouais t’as raison, allons plutôt dans un pays où on n’accepte pas les étrangers ! »

Au fil du mois

Considérations sur le gouvernement de Pologne

C’est embêtant, je n’arrive plus à m’intéresser aux choses sérieuses.

Les gens qui n’ont rien à dire sont si rares qu’il faut les écouter.

Manger provoque neuf indigestions sur dix.

Facebook est un monde très riche, finalement, si tu regardes ton mur.

L’autodérision, c’est essentiel. Encore faut-il avoir quelque chose à moquer.

En cas de tache d’eau, n’essayez pas de nettoyer avec du vin, même blanc.

Les choses sont quand même plus simples quand on n’y pense pas.

C’était quand, déjà, que c’était mieux avant ?

Hier Voltaire et Diderot, aujourd’hui Angot et Musso

Dans Les Invasions barbares (un film que je ne me lasse pas de revoir, tant il génère d’espoir et de bonne humeur), exactement 1h14 après le début, les vieux copains attablés pour le dernier repas du héros, cancéreux en phase terminale, devisent gaiement.

« L’intelligence a disparu. »

Pierre : « Contrairement à ce que les gens pensent, l’intelligence n’est pas une qualité individuelle, c’et un phénomène collectif, national, intermittent. Athènes, 416. La première d’Electre, d’Euripide. Dans les gradins ses deux rivaux, Sophocle et Aristophane, et ses deux amis, Socrate et Platon. L’intelligence était là. »

Alessandro : « J’ai mieux. Firenze, 1504, Palazzo Vecchio. Deux murs opposés, deux peintres, à ma droite, Leonardo da Vinci, à gauche, Michel-Ange. Un apprenti, Raphaelo. Un manager, Nicolo Machiavelli. »

Pierre : « Philadelphie, USA, 1776-1787. Déclaration d’indépendance et Constitution des Etats-Unis. Adams, Franklin, Jefferson, Washington, Hamilton, Madison. Y a pas un autre pays qui ait eu cette chance-là. L’intelligence a disparu. Et je ne veux pas être pessimiste, mais il y a des fois où elle s’absente longtemps. »

Paris 1745 – Paris 2018

Par gloriole française, rajoutons Paris, 1745, café Procope. Prenant leur café, cette boisson, dit Michelet, qui facilita les Lumières, Voltaire, Diderot, D’Alembert, Condillac, Montesquieu — et Mme du Châtelet. Rousseau, qui vient d’arriver à Paris, n’est pas attablé avec eux, parce qu’il est allé pisser — comme il le fait chaque quart d’heure. De toute façon, il trouve quelque chose à répliquer le lendemain seulement — il a l’intelligence de l’escalier. Ou peut-être est-il au Café de la Régence, observant une partie d’échecs qui oppose « Philidor le subtil » à « Legal le profond » — les deux épithètes sont dans le Neveu de Rameau. Diderot, qui était doué d’ubiquité, est là également. Il discute éternité de l’âme et fesses de donzelles avec La Mettrie ou Helvétius — car les vrais grands philosophes savent tenir des propos légers. Mais pas que.

A lire aussi: Faites-vous mal: lisez le Nouveau Magazine littéraire!

Et aujourd’hui… Dans un café à la mode du XIe arrondissement, Guillaume Musso, Eric-Emmanuel Schmitt et Marc Lévy parlent chiffres de ventes avec Christine Angot. Entre Bernard-Henri Lévy, accompagné de l’un des comptables de ses sociétés de gestion de patrimoine. Anna Gavalda les rejoindra un peu plus tard. Dans un coin, attablé seul afin de mieux capter le regard du photographe, Philippe Delerm boit sa bière à petites gorgées. La généralisation du principe de petit plaisir, en annulant le…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

C'est le français qu'on assassine

Price: ---

0 used & new available from

Causeur : l’amour après Weinstein

0

L’amour, un sujet d’été s’il en est ! Mais qu’en est-il après… Weinstein ? Sexe, porno et relations hommes-femmes, Causeur fait le point, entre autres réjouissances. Prenez-le bien en main !


Voilà l’été ! Les cigales bruissent au fin fond de la nuit, pastis, diabolo-menthe ou camparis font tourner les têtes et votre magazine préféré revient vous parler d’un sujet chaud bouillant. L’amour après Weinstein, telle est la question explosive que nous soulevons en ces temps de malaise dans la libido. A l’ère de #metoo et #balancetonporc, « nous vivons sous le double régime de la plainte et de la colère. Le camp #metoo détient l’arme absolue, la parole victimaire sacralisée – qu’il est donc proprement sacrilège de mettre en doute », avance Elisabeth Lévy. Du coup, notre pauvre mâle hétérosexuel blanc, déjà descendu de son piédestal depuis belle lurette, se voit accusé de tous les maux.


>>> Lire le magazine <<<


Bouc émissaire commode, parfait salaud, coupable présumé, ce mâle alpha imaginaire traduit les tabous d’une société égalitaire mal à l’aise avec l’obscur objet du désir. Ô combien complexe, la relation entre les sexes fait que « la sexualité est une affaire dangereuse : pas parce que tous les hommes sont des violeurs en puissance, parce qu’elle met en jeu des pulsions que nous ne savons pas bien contrôler et dévoile nos ressorts intimes, ce qui fait qu’une féministe acharnée peut jouir d’être un objet sexuel », note notre chère directrice.

Quand le sexe est à bas, le porno tire vers le haut

Interrogé dans nos colonnes, le psychanalyste Jean-Pierre Winter remarque que plus notre société soi-disant patriarcale se veut égalitaire, plus la consommation de porno s’intensifie. Encore plus troublant, la contractualisation croissante du rapport sexuel (dis-moi noir sur blanc ce que tu me feras, si tu veux éviter de passer l’hiver à l’ombre…) nous fait dériver vers un monde masochiste. Quand, PMA aidant, nous ne régressons pas carrément dans l’univers infantile où la jouissance est séparée de toute procréation. Eh oui, pour éprouver du désir, il faut être (au moins) deux et accepter la dissymétrie des sexes !

A croire que la révolution sexuelle n’a jamais eu lieu. C’est la thèse de Peggy Sastre : après le catholicisme et le marxisme, le néoféminisme a décidé de brider les braguettes. Résultat : les jeunes ont de moins en moins de rapports sexuels et certains coureurs ont décidé de se la mettre sous l’oreille pour éviter des représailles au tribunal.

Vu cette débandade, on peut légitimement s’inquiéter pour l’avenir des libertins. Ça tombe bien, notre reporter de choc Paulina Dalmayer a enquêté dans ce milieu fermé aux rituels ultra-codifiés. Malgré quelques brebis galeuses cachées dans le lot, les femmes qui signent des contrats de soumission n’ont pas attendu #balancetonporc pour chasser les comportements abusifs et préserver leur statut privilégié. Quant au porno, que j’ai eu la lourde tâche d’infiltrer, il n’échappe pas aux tiraillements moraux. Paupérisé par la concurrence des sites de vidéos gratuits, le X est aujourd’hui accusé de pousser ses actrices à des pratiques de plus en plus extrêmes. Chez les professionnels du secteur, la question fait débat. J’ai donc mené ma petite enquête.

Zélensky, Algérie, John Le Carré et poulet rôti à satiété !

Là où Cyril Bennasar aperçoit des hordes d’amazones pousse-au-crime déchiqueter leurs amants volages, la féministe historique Anne Zélensky reconnaît dans #metoo le prolongement de la révolution sexuelle à laquelle elle prit part au côté de Beauvoir. Malgré tous les excès du mouvement, la fondatrice de la Ligue du droit des femmes désire cette révolution culturelle qui ne se fera pas sans les hommes. Un entretien à ne pas balancer !

Passons aux actualités. Jonathan Siksou et Sami Biasoni s’inquiètent pour notre patrimoine. Le premier a interrogé le rédacteur en chef de La Tribune de l’art Didier Rykner qui se fait lanceur d’alerte : avec la nouvelle loi Elan, le quartier parisien du Marais aurait pu être rasé ! Quant au second, il décrit par le menu le travail de sape que mène Anne Hidalgo contre les grandes places parisiennes, devenues des lieux « inclusifs » où la laideur le dispute au banal. Cap sur l’étranger. Luc Rosenzweig analyse les tiraillements de l’Union européenne face à la crise des migrants. Alors que les droits des peuples ont dû se taire pendant trop longtemps, le groupe de Visegrad et l’Italie marquent des points aux dépens de l’ « eurofervent » Macron. C’est justement au chevet d’une des plaques tournantes de l’émigration que se penche Erwan Seznec : l’Algérie. De plus en plus dépendante du pétrole, Alger achète la paix sociale à grands frais mais ne pourra éternellement compter sur l’économie de rente. Malgré ses atouts, désespérément inexploités, le pays s’achemine vers un scénario-catastrophe à la vénézuélienne. Le récit ubuesque de la construction d’une autoroute par les Japonais vaut d’ailleurs son pesant de loukoum.


>>> Lire le magazine <<<


De John le Carré à Hervé Vilard, nos pages culture brillent une nouvelle fois par leur éclectisme. Emmanuel Tresmontant a même mis les petits plats dans les grands pour vos dégoter trois bonnes adresses où se sustenter à moindres frais pour une cuisine sans chichis. Pizza, couscous et poulet rôti à satiété. Bon appétit !

Comment l'amour empoisonne les femmes

Price: ---

0 used & new available from


Cahier Le Carré

Price: ---

0 used & new available from


L'Héritage des espions

Price: ---

0 used & new available from


L'étrange suicide de l'Europe: Immigration, identité, Islam

Price: ---

0 used & new available from


On devrait avoir le droit de dire ce que l’on voit


Il est parfois mal vu de se référer au « réel ». Surtout lorsqu’il s’agit de dénoncer la perte d’identité de la France et de l’Europe confrontées au péril migratoire. On devrait pourtant avoir le droit de dire ce que l’on voit.


Alors que paraît en France le livre magistral du lanceur d’alerte Douglas Murray (L’Étrange suicide de l’Europe) – chargé de « réel » de la cale au pont comme un bateau de sa cargaison – des esprits subtils ironisent sur le fait qu’on puisse encore se référer au « réel » comme à une sorte de mètre-étalon. Tandis que la diversité animale s’appauvrit, l’espèce humaine produirait même une variété nouvelle de chantres obstinés du réel. Ainsi verrait-on déambuler dans les mornes plaines de la stupidité humaine quelques spécimens particulièrement inquiétants de l’homo reactus reprenant à leur compte, mais en les retournant, les postures intellectuelles d’homo festivus[tooltips content= »Figure de l’individu « festif » postmoderne dans l’œuvre de Philippe Muray. »]1[/tooltips] qui aurait ainsi muté en son contraire, selon des lois anthropologiques encore mal connues. Est-ce donc festivus qui, las de ses jeux infantiles, se serait transformé en reactus ; ou ce dernier était-il tapi dans l’innocence apparente de festivus ? Une enquête devrait être menée sur ce passionnant sujet !

Peut-on réagir sans être « réactionnaire » ?

Toujours est-il que reactus – figure postmoderne du « réactionnaire » on l’aura compris – serait à la fois l’idiot dont on se moque, et le parfait salaud dont il conviendrait de débarrasser la planète. N’est-il pas d’ailleurs un archaïsme dont témoigne le vocabulaire employé pour le désigner, et qui sent bon le xixe siècle épris de taxinomies et soucieux de hiérarchiser les espèces ? Qui est en effet reactus sinon un « homme » qui, infidèle à sa vocation de sapiens, se serait recroquevillé sur lui-même et désespérément accroché, comme la moule à son rocher, à un amalgame de fantasmes personnels qu’il prend pour le réel ? Un homo erectus en débandade en somme ou, ce qui ne vaut guère mieux, un nostalgique du « pays réel » cher à Maurras, dont Bernanos disait qu’il était un « fruit pétrifié » (Les Enfants humiliés). » Subsiste-t-il donc aujourd’hui la moindre chance d’être quand il le faut réactif sans être aussitôt jugé « réactionnaire » ? Il y va pourtant de la survie de notre culture.

A lire aussi: «La gauche a toujours tendance à confondre le réel et l’idéal»

Certains Européens demeurent en effet persuadés qu’il leur suffira d’arracher un à un les pavés du réel pour découvrir la plage où une humanité réconciliée pourra s’ébattre en toute liberté, égalité, fraternité. L’irréalisme de cette fuite en avant ne peut qu’inviter à la vigilance quiconque ose encore voir dans le réel la jauge dont on ne saurait ignorer l’existence sans entacher d’erreur ses jugements et comportements. Non, la chasse au réel n’est pas aussi subjective et aléatoire que celle au snark racontée par Lewis Carroll, et le réel n’est pas davantage le résultat des seules statistiques, ni un joker qu’on sort de sa poche au bon moment. Le réel est de prime abord un obstacle qui contraint à davantage d’attention et de discernement. Contre le réel on se cogne, on se blesse souvent, et il est vain de prétendre en triompher comme on le ferait d’un ennemi passager. Personne n’est au demeurant détenteur d’un réel unique et homogène qui serait à l’abri des tensions et disparités qui ont de tout temps marqué l’histoire des sociétés. Aussi bigarré et complexe soit-il, le réel est pourtant toujours le rempart contre l’illusion, l’auto-intoxication à quoi sont en train de céder les sociétés occidentales éprises d’une « réalité » euphorisante qui viendrait aplanir les aspérités de l’aventure humaine.

La prise en compte du réel est rarement plaisante

Opposant le « principe de réalité » à celui de plaisir, Freud a clairement montré que la prise en compte du réel est rarement plaisante, et que telle n’est pas, d’ailleurs, sa finalité qui est de construire une personnalité sur d’autres bases que la somme de ses illusions. Démasquant ainsi la propension de l’être humain à se détourner de la réalité lorsqu’elle lui déplaît ou le contraint trop sévèrement, la psychanalyse freudienne montrait aussi la voie d’une exégèse du réel dépassant de loin le cadre de la cure : partout où il y a déni, attendez-vous à trouver du réel ! L’entêtement de certains de nos contemporains à ne pas voir, entendre, comprendre ce qui est en train de se jouer sous leurs yeux – la disparition relativement proche de l’Europe pour tout dire – devient alors l’indice qu’on est bien devant un gisement, une poche de réel qu’il faut à tout prix mettre au jour si on veut éviter un coup de grisou fatal.

Les philosophes ont à cet égard une certaine responsabilité dans le déni de réalité qui frappe actuellement le monde occidental, quand bien même ils se sont depuis Platon employés à démasquer les illusions qui entravent la marche vers la vérité de l’esprit libéré de ses chaînes. C’est qu’il ne suffit pas d’aimer le vrai, et d’en chercher la meilleure formulation, pour étreindre en pensée « la réalité rugueuse » dont a si bien parlé Rimbaud. Le vrai peut n’être qu’une coquille vide, tandis que dans le réel subsiste la « chose » (lat. res) qui refuse de se laisser dissoudre, annexer, manipuler par les stratèges de la pensée, et qui donne au réel sa texture, sa densité, son opacité parfois. Dans quelle caverne sommes-nous donc aujourd’hui enfermés, nous qui ne jurons que par des vérités qui nous masquent la réalité ? De quelle forme de folie sommes-nous atteints, dont donne un aperçu la fable rapportée par le penseur danois Søren Kierkegaard[tooltips content= »Post-scriptum définitif et non scientifique aux miettes philosophiques (1846). »]2[/tooltips], en quête d’un réel qui résisterait aux ratiocinations philosophiques et aux consensus sociaux ?

C’est l’histoire d’un fou…

C’est l’histoire édifiante d’un fou qui, échappé de l’asile psychiatrique où il était enfermé, se pensait suffisamment malin pour paraître normal et échapper aux poursuites. Trouvant sur son chemin une boule de jeu de quilles, il la mit dans la poche de sa jaquette et, comme la boule lui frappait le derrière à chaque pas qu’il faisait, l’idée lui vint d’apporter la preuve de sa santé mentale en prononçant la phrase : « Boum ! La Terre est ronde ! » Quel homme sensé pourrait dire le contraire ? La démonstration lui semblait donc impeccable, et c’est rasséréné qu’il aborda ses concitoyens plus faciles à convaincre que son médecin, conscient qu’il ne suffirait pas pour guérir son malade de lui dire que la Terre est plate. L’Europe est, elle aussi, malade du décalage entre des énoncés théoriques en apparence irréprochables, et une « réalité » qu’ils échouent désormais à étreindre.

Sans doute cette faille ne s’est-elle pas ouverte en un jour, et c’est depuis plus d’un siècle que les avant-gardes européennes, artistiques et intellectuelles s’acharnent à déconstruire systématiquement la notion même de réalité; au point qu’on ne puisse aujourd’hui plus dire sans risque de représailles qu’au train où vont les choses, l’Europe surpeuplée et fortement islamisée sera probablement méconnaissable d’ici moins de cinquante ans et n’aura plus rien d’ « européen ». Cette probabilité n’est évidemment pour l’heure ni vraie ni réelle puisque cet événement ne s’est pas encore produit, mais, à défaut d’être vrai, il est déjà une réalité qui pose une question aux Européens pour qui cette éventualité fait d’ores et déjà sens, et leur impose de sortir de leur mutisme : Est-ce vraiment ce que nous voulons ? Quand avons-nous décidé qu’il en serait ainsi ? Est réel tout ce qui interpelle, et pas seulement les faits avérés.

On ne fabrique pas du « réel »

Aussi faudrait-il admettre – comme le prouve le sacrifice récent du colonel Beltrame – que la réalité on ne peut plus rugueuse du monde actuel n’a que faire des jugements savants, mais appelle désormais des témoins prêts, comme le disait Pascal[tooltips content= »« Je ne crois que les histoires dont les témoins se feraient égorger », dans Pensées, Br. 593. »]3[/tooltips], à se faire égorger pour défendre la crédibilité de leur témoignage. Tel pourrait bien être le point critique du tragique postmoderne, rarement perçu comme tel, auquel les Européens sont collectivement parvenus sans en prendre à l’évidence toute la mesure ; et les quelques témoins authentiques d’un réel en perdition sont autant de sentinelles face à cette forme aiguë de nihilisme qu’est La Fatigue d’être soi si bien analysée par Alain Ehrenberg : une dépression sournoise qui n’atteint plus seulement les individus en perte de vitalité et d’identité, mais les peuples européens doutant de leurs raisons d’être.

La réactivité reste donc de mise face à cette déferlante suicidaire. Réagir quand il en est encore temps est tout le contraire de la position bêtement « réactionnaire » prêtée par ses détracteurs à homo reactus, sorte de ventriloque à la fois sénile et puéril. Qui réagit à bon escient et au bon moment est contraint de penser le réel au présent, et non dans un futur idyllique ou par rapport à un passé dont la malfaisance imposerait la réécriture. On ne fabrique pas du « réel » sur commande comme le croient les fossoyeurs de l’Histoire dont la belle âme s’accommode de pareille imposture. S’il arrive à homo reactus de se répéter au point qu’on l’accuse de ressasser, c’est tout simplement que « l’impérieuse prérogative du réel » (Clément Rosset, Le Réel et son double) lui impose de ne pas s’y dérober.

Avis de décès: la télévision s’est éteinte

0

L’arrivée cumulée de la télévision par internet et des services de vidéo à la demande ont mis fin à la télévision : plus personne (ou presque) ne voit la même chose au même moment. L’exception culturelle française peut mourir. 


Maxime Saada, président du groupe Canal +, a annoncé devant la commission de la culture du Sénat la fin de son service de SVOD (vidéo à la demande par souscription), Canalplay. La filiale de Canal + a perdu 600 000 abonnés en 2 ans, là où Netflix en gagne 100 000 par mois en France. Maxime Saada explique cet échec par les entraves réglementaires imposées aux diffuseurs de bouquets de programmes et de vidéos à leur lancement. C’est sans doute vrai, mais cette explication ne tient pas compte de la mutation sans précédent qui touche aujourd’hui le paysage audiovisuel français (PAF).

Moins de 50% de réception hertzienne

Une information est passée un peu inaperçu dernièrement alors qu’elle manifeste un bouleversement accéléré de notre mode de consommation de la télévision : le nombre de personnes accédant à la télévision par voie hertzienne (Télévision numérique terrestre, TNT) est tombé en 2018 sous la barre des 50%, alors que l’accès aux chaînes du petit écran via internet est en progression continue. On peut sans grand risque de se tromper affirmer qu’en 2022 lorsque le plan « THD pour tous » aura permis à la quasi-totalité des Français d’avoir accès à internet à très haut débit (THD), ces derniers regarderont presque tous la télévision via un accès internet. La diffusion hertzienne sera devenue obsolète.

L’individualisation de la télévision

La télévision par voie hertzienne (analogique jusqu’en 2005, puis numérique via la TNT) a été conçue sur un principe simple, la diffusion de « un vers tous » qui implique que chaque personne regardant une chaîne à un moment donné voie exactement la même chose que les autres personnes connectées à cette chaîne. Ce qui suppose que les producteurs de télévision organisent des programmes susceptibles de fidéliser un maximum de téléspectateurs par tranche horaire.

A lire aussi: INA, vive la télé de Papa !

Internet, lui, fonctionne selon un tout autre principe, le « un vers un », ce qui veut dire qu’un diffuseur audiovisuel sur internet est en mesure de proposer une diffusion personnalisée à un instant « T » à chacun de ses abonnés. D’où l’arrivée de nouveaux services comme la VOD (vidéo à la demande), le replay (rediffusion d’émissions), le visionnage en décalé des émissions, le bookmarking qui permet de mettre de côté des émissions à regarder plus tard… Ce n’est plus le diffuseur qui compose un programme susceptible de fidéliser ses téléspectateurs, c’est l’abonné qui compose lui-même son programme. Changement complet de paradigme. La télévision devient un objet de consommation individuel et non plus familial et encore moins collectif. Chacun compose son programme comme il veut, regarde ce qu’il veut quand il veut, avec cinq minutes ou cinq jours de décalage, où il veut, en commençant de regarder une série sur son téléviseur puis en terminant de la visionner sur sa tablette au lit ou sur son smartphone dans le métro.

Netflix et Amazon m’ont tuer

De nouveaux diffuseurs sont apparus sur internet pour offrir ces services, comme Molotov TV qui croît à vitesse grand V (mais qui peine encore à engranger des abonnés payants). Les diffuseurs de télévision historiques et présents dans le hertzien tentent de suivre le mouvement. Mycanal (2 millions d’abonnés-utilisateurs actifs) proposé par Canal +, ou le futur Salto proposé par TF1, France Télévisions et M6 qui arrivera bien tard sur le marché. La télévision est aujourd’hui en pleine révolution : les déboires rencontrés par le groupe Canal + (qui perd 500 000 abonnés par an) ou la chute continue de la part d’audience de TF1 depuis 20 ans montrent que les modèles de la télé hertzienne payante nés dans les années 1980 et celui de la TV hertzienne gratuite née après-guerre sont aujourd’hui morts-vivants. Ils survivront encore quelques temps mais sûrement moins longtemps qu’on l’imagine. La croissance exponentielle des réseaux THD et des datacenters qui stockent des milliards d’heures de programmes va faire exploser tous les modèles actuels.

Les conséquences de cette révolution sont encore incalculables pour la culture et l’industrie audiovisuelle françaises. La croissance de Netflix, qui compte déjà plus de 100 millions d’abonnés dans le monde, tient en partie à sa puissance d’investissement : près de 10 milliards de dollars par an représentant plus de 700 unités produites, soit deux films ou épisodes de série nouveaux par jour !… Dans ce contexte d’internationalisation massive de l’offre de contenus (Amazon avec son service de SVOD Prime entame la course-poursuite avec Netflix), que pèsent les diffuseurs nationaux ? Plus grand chose et l’on guette avec inquiétude la chute annoncée du groupe Canal +. Ce qui est en jeu n’est pas la gestion discutable de la programmation de la vénérable « chaîne cryptée » par Bolloré (la disparition des Guignols est un épiphénomène), mais la survie du cinéma français. Car Canal+ est le principal financeur des films produits en France.

La généralisation culturelle américaine

Qui produira demain les films ou les séries françaises si TF1, Canal+ ou France Télévisions disparaissent ou n’ont plus les moyens de ces ambitions ? Vraisemblablement Netflix ou Amazon Prime, qui produisent déjà des unités en langue française originale (la très ratée série Marseille, notamment). Certes, il y aura toujours des programmes français, mais les donneurs d’ordre seront à Los Gatos (Californie) ou à Seattle (Etat de Washington) et les réalisateurs français devront faire le voyage aux Etats-Unis pour financer leurs projets. Le soft power américain sera devenu total par anéantissement de toute concurrence. Les accords Blum-Byrnes signés en 1946 entre les Etats-Unis et la France ont mis fin au régime des quotas imposés aux films américains qui ont pu envahir nos écrans de cinéma et de télévision. C’était le prix à payer pour une réduction de notre dette de guerre. Mais vaille que vaille, l’industrie de la production française, soutenue par la télévision, avait réussi à maintenir la tête hors de l’eau. Combien de temps encore pourrons-nous regarder des créations originales françaises ?

Le philosophe Bernard Stiegler parle de la disruption comme d’un phénomène technologique qui va plus vite que l’analyse que l’on peut en faire et que la réglementation que l’on peut mettre en place pour tenter de le réguler. Et la télévision est en pleine disruption, c’est une évidence. A tel point que nos gouvernants sont, tels des lapins aveuglés par les phares d’une voiture, incapables de voir ce qui se passe, de prendre la mesure du péril en la demeure et de mener une politique qui pourrait sauvegarder ce qui reste de la culture et du cinéma français.

Dans la disruption: Comment ne pas devenir fou ?

Price: ---

0 used & new available from

Fonctionnaires: on peut virer les bons, pas les mauvais

0

Les aberrations du statut de fonctionnaire empêchent la bonne marche du service public et rendent son optimisation impossible…


Le Sénat a adopté le rapport rendu par la mission de réflexion sur l’avenir de la fonction publique territoriale qu’elle avait mandatée pour émettre des propositions dans le cadre de la concertation autour de la réforme de la fonction publique.

La conférence nationale des territoires prévue en juillet 2018 devrait avoir à l’ordre du jour ce point extrêmement important du fonctionnement de l’administration.

Catherine Di Folco, sénateur rapporteur, exprime ceci dès son introduction : « Depuis trente-quatre ans, le statut de la fonction publique territoriale permet de concilier deux exigences : l’unité et la neutralité de la fonction publique, d’une part, et la volonté des élus locaux de mettre en œuvre les engagements pris auprès des électeurs, d’autre part. Dès lors, le statut de la fonction publique territoriale doit être vigoureusement défendu, d’autant plus qu’il a déjà démontré ses facultés d’adaptation. Il convient, en outre, de maintenir ce pacte implicite qui lie les employeurs territoriaux et leurs agents dans l’objectif de garantir la qualité des services publics locaux. »

Le statut qui bloque tout

Lors de la campagne présidentielle de 2017, chaque candidat allait de ses chiffres pour savoir combien de postes de fonctionnaires il fallait supprimer. Emmanuel Macron souhaitait en supprimer 120 000, François Fillon 500 000, qui dit mieux ? De leur côté et a contrario Jean Lassalle et Jean-Luc Mélenchon voulaient en recruter davantage. Sauf qu’en réalité, l’important n’est pas de savoir combien de postes on supprime mais surtout comment. Pour l’heure, la principale « solution » consiste à ne pas remplacer les départs : méthode longue et inefficace car frappant aveuglément certaines administrations et services parfois déjà sous tension.

S’il est avéré qu’en France le nombre de fonctionnaires est élevé, il doit s’apprécier à l’aune du service public proposé. Il n’est pas ici question de dire que la fonction publique territoriale creuse le déficit des finances publiques, sinon que dire des bataillons de collaborateurs dans les cabinets ministériels ou sur les membres du corps préfectoral placés hors cadre ; ce ne serait que pure démagogie tant ces questions sont complexes et renvoient à des querelles de chapelles.

La question est réellement de savoir comment on peut optimiser le nombre de fonctionnaires dans l’administration de manière ciblée et efficace. C’est en cela qu’il faut évoquer le statut de la fonction publique qui date de 1984. Ce statut est à mon avis la contrainte principale pour travailler intelligemment. Donner la possibilité aux employeurs locaux de se séparer d’agents incompétents ou absentéistes et vous aurez rapidement vos centaines de milliers de postes libérés… sauf que le statut vous en empêche.

Le découragement institutionnalisé

Ce statut est extrêmement protecteur pour les agents publics titulaires et peut dans certains cas, par une impunité ressentie, générer de graves dysfonctionnements : absentéisme, paresse, absence de volonté de se former ou de s’adapter, refus de mobilité, etc. Cette sécurité du statut perçue comme une garantie d’emploi à vie est ainsi dévoyée ; à l’origine, et c’est comme cela que je la présente régulièrement, lorsque l’administration cherchait à attirer les meilleurs profils de la société, il s’agissait d’un engagement à servir l’Etat ou la collectivité sans limitation de durée. Cela peut sembler une nuance mais toute la philosophie du fonctionnaire y est résumée. Soit on cherche à devenir fonctionnaire pour avoir un emploi tranquille et garanti à vie, soit on intègre la fonction publique avec la véritable envie d’être au service du public et de la collectivité.

A lire aussi: Non, les fonctionnaires n’ont pas de privilèges

Ce statut garantit par ailleurs l’évolution automatique de la rémunération via les avancements d’échelon et donc du traitement indiciaire ; pas de quoi être Crésus pour autant mais suffisamment pour arriver en fin de carrière avec une rémunération acceptable sans avoir forcément produit des efforts dans sa carrière.

Ce statut protecteur était prévu à l’origine pour garantir l’indépendance des fonctionnaires vis-à-vis du pouvoir politique et assurer un fonctionnement de l’administration en toute neutralité et sans discrimination. Si on comprend la nécessaire et théorique garantie d’indépendance des magistrats, des soldats, des policiers et des cadres civils en position de décideurs, que penser de cette utilité pour les jardiniers communaux, les ouvriers d’Etat, les agents de maintenance, les chauffeurs de bus… quel enjeu politique peut revêtir leur travail au quotidien ? Hormis la qualité de service public à rendre et qui ne peut être réservée à telle vision politique ou à telle autre.

Le cadeau de François Hollande

Les emplois de catégorie C (missions d’exécution) représentent près des trois quarts de la fonction publique ; ce statut qui les protège n’a pas de réel sens selon le point de vue cité précédemment mais constitue un obstacle énorme à toute réforme ou optimisation du fonctionnement d’un service public.

Je me garde bien de mettre tous les fonctionnaires dans le même sac ; la grande majorité d’entre nous exerce son métier avec passion et sens du service public même si la démotivation nous touche tous à un moment où à un autre tant les mesures incitatives à faire davantage et la méritocratie sont rares et non établies. Dans la réalité, ce statut amène fréquemment à des incongruités remarquables. Le statut permet par exemple d’obtenir un mi-temps thérapeutique sur simple avis de son médecin traitant (ordonnance n°2017-53, cadeau fait par François Hollande à son électorat fonctionnaire en janvier 2017) ; c’est-à-dire que pendant un an un agent peut bénéficier de toute sa rémunération en travaillant seulement à mi-temps.

Dans le même genre, une collectivité ne peut pas s’opposer à la demande de passage d’un agent à temps plein alors qu’il est en arrêt longue maladie et alors même qu’il a fait sa carrière en travaillant à temps partiel ; c’est-à-dire qu’un agent qui travaillait à 80% pour « avoir » tous ses mercredis libres par exemple peut en situation d’arrêt longue maladie demander à repasser à 100% et ainsi bénéficier d’une rémunération à taux plein en restant à la maison. Je ne suis pas médecin et donc non qualifié pour savoir si l’arrêt maladie est justifié mais d’une simple analyse on se rend compte des effets pervers de ces dispositions statutaires. Il faut savoir également que la titularisation a parfois un effet néfaste sur la santé des agents : dès lors qu’ils sont fonctionnaires ils sont, selon les statistiques, deux fois plus souvent « malades » que lorsqu’ils étaient contractuels ; serait-ce un biais de raisonnement de ma part, post hoc ergo propter hoc ? Le jour de carence n’ayant qu’une faible efficacité.

Reclassements impossibles

Les obligations de reclassement sont également une plaie ; lorsqu’un médecin, souvent très conciliant avec son patient puis un autre très conciliant avec son confrère, vous préconisent le reclassement d’un agent technique qui ne peut pas garder la position debout prolongée ni la position assise, qu’il est en outre contre-indiqué qu’il porte des charges supérieures à un kilo, qu’il a des problèmes énormes d’orthographe et est peu réceptif à la formation professionnelle, comment faire ? Franchement, il s’agit d’un boulet que l’administration entretiendra jusqu’à sa retraite, il pourra même être une charge pour ses collègues et une source de démotivation car son poids dans la masse salariale empêchera tout recrutement nécessaire.

Cette philosophie de l’autruche ou cette mécanique infernale qu’est le recrutement de contractuels pour faire le travail de fonctionnaires titulaires inopérants a longtemps eu cours que ce soit dans les collectivités ou dans l’administration d’Etat (notamment dans l’Education nationale qui détient un gros bataillon d’agents contractuels précarisés). Les procédures disciplinaires sont décourageantes de complexité (risque de plainte pour harcèlement en prime tant la culture de ce type de procédure est peu répandue) et il est vite préféré de ne pas passer du temps sur des cas d’agents compliqués plutôt que d’user de management actif.

A lire aussi: Fonction publique territoriale: coûteuse et non-démocratique

Pour faire le travail qu’on n’arrive pas à obtenir d’un fonctionnaire récalcitrant, incompétent ou syndiqué-déchargé, on a pris l’habitude et la facilité de recruter des contractuels, parfois précarisés. Mais dès lors que les recettes et ressources financières s’amenuisent, il convient d’alléger cette masse salariale (qui représente en moyenne 55% des dépenses de fonctionnement des collectivités). Et ce sont donc les contractuels qui trinquent… ceux qui étaient là pour faire le travail sont « remerciés ».

A l’employeur de faire ses preuves

Les employeurs publics ont bien ce phénomène en tête à présent et lorsque des postes de fonctionnaires se libèrent (pour motif de retraite notamment) et qu’ils doivent être pourvus, on recherche le plus souvent des contractuels. Le recours aux contractuels ne faiblit donc pas pour autant. Pendant que le nombre de nominations de titulaires baissait de 4,5 % entre 2015 et 2016, celui des contractuels augmentait dans des proportions inverses (+5,7%). Les contractuels représentent aujourd’hui 40 % des nominations sur emploi permanent alors qu’ils ne pèsent que 19 % des effectifs.

Pourtant, il existe une certaine schizophrénie autour du recrutement des contractuels. Le gouvernement vient de déposer des amendements sur le projet de loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel (loi Pénicaud). Ces amendements ont pour but d’ouvrir tous les postes de direction des fonctions publiques d’Etat, hospitalière et territoriale aux contractuels (cela représente environ 2000 postes par an). Face à cela, les différentes associations de cadres de la fonction publique protestent et tirent la sonnette d’alarme pour ce qu’ils considéreraient comme le début de la fin du statut. C’est une dérive à mon sens car, en affectant le statut des cadres de la fonction publique, on remet en cause le premier principe que j’évoquais comme justifiant la sécurité de l’emploi des fonctionnaires : à savoir la possible indépendance vis-à-vis du politique en place. Et alors que c’est au niveau des agents d’exécution ou d’encadrement intermédiaire qu’il faut pouvoir assouplir le statut pour agir plus efficacement et en masse sur les organisations et la motivation.

Les syndicats, composés majoritairement d’agents titulaires qui bénéficient de nombreuses journées de décharges, ont obtenu de rendre les non-renouvellements de CDD beaucoup plus difficiles ; il faudra pour la collectivité justifier sérieusement et de manière étayée ce choix qui est vulnérable à tout recours administratif. Dernièrement, le passage en commission administrative paritaire spécialement dédiée aux contractuels a été rendu obligatoire pour chaque fin de CDD non renouvelé (décret n°2016-1858 applicable dès 2019) ; c’est ici que siègent les représentants du personnel qui devront émettre un avis sur le non-renouvellement d’agents contractuels (pour certains recrutés pour faire leur travail dans les collectivités desquelles ils sont déchargés pour leurs activités syndicales). Pas folle la guêpe ! quel avis peut-on attendre de cette commission ? Avis qui pourra fragiliser la décision de l’employeur devant la juridiction administrative.

GPA: Être une mère libérée du père, c’est pas si facile…

Les salons de coiffure restent les hauts lieux où évaluer l’état des mentalités sur les questions de société, touchant les femmes en particulier. Entre shampooing et brushing, les langues se délient et les confidences vont bon train. À quand une anthologie des « brèves de séchoir » après celles de comptoir ? Si j’en crois en tout cas ma coiffeuse, témoin des transformations du psychisme féminin, de nouveaux sujets sont en passe de supplanter les anciens : on parle aujourd’hui de ses inséminations ratées ou réussies, de la congélation de ses ovules – on ne sait jamais ! – comme on se lamentait jadis de ses règles douloureuses, des effets indésirables de la ménopause ou des infidélités conjugales : « Elles ne voient pas où est le problème », me disait récemment ladite coiffeuse de ses clientes lui racontant sans la moindre gêne leur voyage en Ukraine ou en Espagne, Eldorado des avancées futuristes en matière de « procréation assistée », comme on dit pudiquement pour mieux masquer la mutation anthropologique qui est en train de s’effectuer et dont les femmes sont devenues les pionnières, à leur corps cette fois-ci consentant.

Le « progrès », une route à sens unique

Que les mentalités évoluent tout comme les mœurs est après tout dans l’ordre des choses, et il en a toujours été plus ou moins ainsi sans que nos prédécesseurs aient éprouvé le besoin de proclamer urbi et orbi qu’ils avaient enfin trouvé le Graal affranchissant l’humanité de ses chaînes, les femmes d’une servitude ancestrale, et les deux sexes des droits et devoirs qu’ils pensaient être les leurs jusqu’à ce qu’ils découvrent les vertus émancipatrices du « genre ». Le ton péremptoire et quasi prophétique sur lequel ce sésame libérateur (« les mentalités évoluent ») est en général prononcé, laisse entendre que le genre humain est désormais engagé sur une route à sens unique interdisant toute possibilité d’involution ou de régression. On ne peut pourtant exclure que, sous leur aspect progressiste, les manipulations génétiques appliquées à la procréation réalisent le vieux rêve, infantile, d’une humanité revenue à un état antérieur à la sexuation, venue contrarier un désir archaïque d’indifférenciation ouvrant la voie à une sorte d’échangisme universel.

Défendre la nature contre les assauts de la culture

Les jeux semblent en ce sens déjà faits, et il n’y a plus que quelques obstinés, mi-curés intégristes mi-zadistes insoumis, qui défendent encore la nature contre les assauts de la culture. Venir à bout de ces Don Quichotte pathétiques et de ces Vierges trop sages n’est probablement qu’une question de temps puisque la fascination exercée par le possible est d’autant plus irrésistible qu’on doit cette révélation à la science. Car le nœud du problème est bien là. Si les mentalités évoluent en effet, ce n’est ni parce qu’elles sont par nature changeantes, fluctuantes, comme le pensait Platon de l’opinion ; ni parce qu’elles tiendraient tout à coup de Dieu ou d’un Ciel intelligible la fermeté de leurs convictions. Ce n’est plus aujourd’hui le possible qui est appelé à se réaliser en accord avec le vrai, mais l’inverse : c’est parce qu’elle rend telle ou telle intervention possible que la science tend à la présenter pour vraie, juste, bénéfique. Du moins est-ce ainsi que ses « avancées », indéniables du point de vue théorique et technique, sont perçues et manipulées par les idéologues de l’égalitarisme sociétal qui encouragent le passage de la singularité du désir à l’universalité du droit.

La science au service des désirs

Car la science ne dit pas davantage qu’un désir – avoir un enfant, changer de sexe – doit être réalisé du seul fait qu’elle le permet. Il y a là un saut qui n’est pas de son ressort mais dont la légitimité semble accréditée par la toute-puissance reconnue dans nos sociétés aux désirs. D’ailleurs, si la science permet aujourd’hui telle ou telle « avancée », n’est-ce pas la preuve que le besoin qu’on en avait était latent, inconscient, et n’attendait qu’à être satisfait ? Ce ne sont pas les comités d’éthique qui changeront cette vision de l’harmonie ainsi rétablie, grâce aux découvertes biomédicales, entre les désirs par nature individuels et irrationnels, et les conquêtes de la rationalité scientifique en principe applicables à tous.

A lire aussi: GPA-PMA: la fabrique des nouveaux orphelins

Il ne reste donc plus qu’à lever les derniers barrages permettant aux mentalités de rattraper le temps perdu en niaiseries d’un autre âge. Sans doute est-il besoin d’encore un peu de pédagogie, mais tous les espoirs sont permis tant est forte la hantise de ne pas vivre avec son temps. Mais est-ce si sûr que les mentalités aient vraiment changé quand elles acceptent si aisément que la science endosse les habits usagés de la Providence ?

Saintes ou prostituées d’un nouveau genre?

On se serait donc attendu à ce que les femmes, victimes de bien des inquisitions, flairent le piège et demandent à y voir de plus près avant d’offrir leur corps, et qui sait peut-être leur âme, à certaines de ces expérimentations pour le moins hasardeuses. Mais non, la fameuse intuition féminine semble en berne, et elles courent elles aussi au-devant de la technique qui transformera en réalité le désir que la vie n’a pu combler. Le temps semble donc révolu où c’est la limitation consciente des désirs qui contribuait à forger un caractère, un destin, et où le dépassement de l’obstacle exigeait du cœur et de l’esprit un sursaut créateur. On hésite même à poser la question qu’on pressent inutile tant les mentalités semblent s’être déjà accommodées de ce qui les aurait hier encore horrifiées : comment font-elles, ces femmes en mal de maternité, pour offrir leur intimité à la pipette aseptisée remplie d’une semence anonyme qui, avec un peu de chance, les rendra mères d’un enfant venu on ne sait d’où ? Sont-elles des prostituées d’un nouveau genre ou des saintes, ces autres femmes qui louent pour de l’argent leur ventre afin de satisfaire le désir d’enfant des couples mâles pour l’heure inféconds ?

Justifier l’absence du père

Car l’absence du père était jusqu’alors imputable aux accidents de la vie et celle de la mère était généralement pour l’enfant une tragédie, source d’une incurable mélancolie dont témoigne la création littéraire. Tout cela est-il bel et bien fini ? Il semble qu’on ait en tout cas trouvé la parade. On connaît en effet la chanson selon laquelle on peut être « père » ou « mère » par substitution et en raison de l’accoutumance affective créée par l’éducation ; l’amour étant censé pallier tous les déficits psychologiques éventuels inhérents à ce genre de situation. Une nouvelle catégorie d’êtres humains semble donc avoir vu le jour, capable de cet Amour inconditionnel et désintéressé, oblatif et proche de la sainteté, qui aurait manqué à tant de leurs congénères demeurés attachés à des modèles de parentalité naturels et socialement plus traditionnels. Il n’est d’autre part qu’à se référer à la diversité des modèles anthropologiques de filiation pour trouver la caution dont on a besoin : tout n’a-t-il pas déjà été tenté, tout n’est-il pas désormais possible ?

Les cellules psychologiques ont de l’avenir

Révolue également, semble-t-il, l’époque où l’on désirait avoir un enfant de quelqu’un(e). À quoi peut donc penser une femme qui ne connaîtra jamais le visage de l’homme dont l’enfant commence à s’agiter dans son ventre mais dont un jour les traits, et les questions, la confronteront à ce qu’elle a fait ? De nouvelles fables devront être inventées pour vanter les mérites du généreux mais anonyme donateur ; si prévenant même qu’il a d’entrée délivré femme et enfant de sa présence encombrante ! Sans doute créera-t-on des cellules psychologiques – cette panacée des sociétés déboussolées – pour apprendre aux femmes à « gérer » toute éventuelle remontée de stress émanant des couches profondes de leur psyché restées attachées aux anciens modèles de parentalité. Sans doute faudra-t-il prendre en charge nombre de ces enfants délibérément amputés d’une de leurs moitiés, à moins qu’hommes et femmes soient devenus à ce point « sans gravité » (Charles Melman) que ce genre de question soit définitivement périmé.

De qui se moque-t-on?

S’il est vrai, comme l’affirment la plupart des pédopsychiatres, que l’état d’esprit de la mère durant sa grossesse influe sur la santé physique et psychique de l’embryon, que peut bien être celui d’une mère porteuse ? Tout semble, il est vrai, réglé par la lumineuse formule « gestation pour autrui » (GPA) : gestation, et pas procréation et encore moins grossesse qui ramèneraient ce service rendu à des réalités par trop charnelles, naturelles. Une grossesse un peu comparable à celle de la Vierge Marie, en somme, d’avance dédiée au salut de l’humanité ; étant entendu que les motivations de ces nouvelles porteuses d’offrandes sont dénuées de tout mercantilisme qui risquerait de corrompre la pureté de leur geste. De qui se moque-t-on, en présentant cette fable sinistre comme une nouvelle forme d’altruisme? Combien de temps encore la partie de l’opinion publique qui refuse ce type d’évolution pourra-t-elle faire obstacle à sa réalisation ?

Un blanc peut-il mettre en scène un spectacle sur la culture noire?


A Montréal, un spectacle sur la culture noire mis en scène par un blanc a été annulé à la suite de pressions d’antiracistes.


Après le suprémacisme blanc, voici l’afro-suprémacisme. La formule surprend, mais ne soyons pas aveuglés par la culpabilité coloniale. Les idéologies produisent souvent des doubles, des alter egos, des figures inversées dont elles se nourrissent. Le communisme s’est servi du fascisme, et inversement. C’est même l’une des raisons pour lesquelles Hannah Arendt les avait regroupés sous la même étiquette, celle du totalitarisme.

L’afro-suprémacisme s’est développé en réaction au racisme blanc, mais n’a pas résisté à la tentation de reproduire les mêmes tendances essentialistes et ségrégationnistes. Aux États-Unis, dans les années 1960, le suprémacisme noir était déjà représenté par les Black Panthers et la Nation of Islam, deux mouvements politiques auxquels Martin Luther King a refusé d’adhérer. En France, les Indigènes de la République ont aussi développé une sorte de suprémacisme arabo-musulman rimant avec le rejet des Blancs. Mais nous ne savions pas que le premier mouvement s’enracinerait au Québec, terre paisible et consensuelle.

« Appropriation raciste »

Le 26 juin dernier, une centaine de manifestants (noirs et blancs) se sont réunis devant un théâtre à Montréal pour dénoncer la tenue d’un des spectacles les plus courus du Festival de Jazz. Considéré comme une « appropriation raciste », le spectacle Släv, du metteur en scène québécois Robert Lepage, avait pourtant pour objectif de promouvoir la culture noire. Mais ce n’est pas ce qu’en ont retenu les manifestants…

Au lieu de saluer l’initiative de Robert Lepage, ils ont insulté le public en l’exhortant à ne pas participer à la continuation symbolique de la traite négrière. Une femme noire venue assister au spectacle a même été qualifiée de « suprémaciste blanche » par des manifestants enflammés. Une scène irréelle dans un Québec qui devenait, tout d’un coup, une parcelle boréale de l’ancienne Afrique du Sud. Un scénario inimaginable dans la métropole d’une province qui se transformait, par la magie du progressisme, en une enclave des États confédérés du Nord. À une différence près : c’était maintenant la gauche qui prônait l’apartheid. Le monde à l’envers.

« Les Blancs ne devraient pas profiter de la souffrance des Noirs »

Les manifestants ont tenté d’expliquer leur démarche malgré l’absurdité qui l’entourait. Selon leurs représentants, le fait qu’un metteur en scène de « race » blanche puisse monter un spectacle sur le thème de l’esclavage représente un grave outrage pour tous les Afro-descendants du monde. De même, le fait qu’une chanteuse blanche puisse interpréter des chants d’esclaves noirs serait scandaleux. Une femme métisse serait-elle autorisée à le faire, elle qui représente à la fois le Mal et le Bien, l’oppresseur et l’opprimé ?

L’un des organisateurs de la manif a déclaré que « les Blancs ne devraient pas profiter de l’histoire, de la culture et de la souffrance des Noirs ». Un autre militant antiraciste a prononcé un discours dans lequel il a dit que les producteurs du spectacle « prenaient le contrôle de la douleur des Noirs, de leur souffrance et de leur histoire pour des billets de 60 à 90 $ ». La ségrégation raciale serait beaucoup plus respectueuse de leurs droits. Chacun son coin, chacun sa « race », chacun son histoire. C’est la devise de cette nouvelle gauche qui a réussi son coup: toutes les représentations du spectacle ont été annulées.

La guerre civile de l’antiracisme

Seuls les Noirs pourraient donc parler d’eux-mêmes. Pour un Blanc, parler des Noirs – même promouvoir et encenser leur culture ! –, ce serait désacraliser leur aura rédemptrice. Ce serait piller leur trésor de chagrin. Ce serait rendre les Noirs esclaves une seconde fois. Bientôt, un juge de la bienséance raciale vous attendra à l’entrée des salles de spectacle pour vérifier si vous êtes assez foncé pour correspondre à tel événement. Dans son fameux Message to the Blackman in America de 1965, Elijah Muhammad, le dirigeant de la Nation of Islam, déclarait : « Les Noirs ont un cœur d’or, d’amour et de miséricorde que la nature n’a pas donné à la race blanche ». Un grand message d’amour universel que les nouveaux antiracistes semblent reprendre en chœur.

Il est fascinant de constater que des antiracistes aient pu manifester contre la tenue d’un spectacle antiraciste, preuve que le ridicule ne tue pas et que le mouvement se noie dans son propre délire. Robert Lepage est loin d’être considéré comme une personnalité de droite au Québec, bien au contraire… Dans la presse, son spectacle a même été qualifié « d’hymne à la diversité, à la mixité sociale, aux mélanges des peuples et à l’espoir ». Dorénavant, la gauche régressive, s’entretue, s’entredéchire, c’est la guerre civile dans ses rangs. Ce sont les bolcheviks contre les mencheviks. Les puritains contre les vierges offensées.

Journalistes et migrants: quand on aime, on ne compte pas!

0

« Ils ne sont que 630 ! »

Parmi les journalistes, les vrais sont ceux qui pensent bien, les « généreux ». Comprenez : ceux qui sont pour une « politique migratoire généreuse ». Le genre de discours confortable qui n’engage que les autres.

Étrangement, les mêmes médias généreux qui s’offusquent des conditions atroces dans lesquelles sont accueillis les migrants plaident pour que nous en accueillions encore plus.

Cachez ce caniveau…

Je connais des gens qui doivent enjamber des migrants pour accéder à la porte de leur immeuble. Ce n’est agréable ni pour eux ni, bien sûr, pour les migrants en question. Mais personne n’est allé demander à ces pauvres gars qui dorment sur les trottoirs, parmi les rats et les immondices, s’ils étaient favorables à l’accueil des passagers de l’Aquarius. Allons, soyez sympa M’sieur, poussez un peu vos jambes qu’on puisse coucher quelques personnes de plus dans ce caniveau.

Eh non.

Parce que les gens qui dorment dans les caniveaux, bizarrement, quand l’Aquarius est apparu à l’horizon, on n’en a plus entendu parler. Ils n’existaient pas, ils n’avaient jamais existé.

Quand on aime, on ne compte pas

Nos journalistes nous ont joué une version douce du Camp des Saints. Le roman de Raspail met en scène une flotte de cargos chargés de pauvres gens venus du delta du Gange pour débarquer sur la Côte d’Azur. Le monde entier suit, par médias généreux interposés, l’équipée de cette armada sans précédent : un million de personnes fuyant la misère.

Un million ? A côté, l’Aquarius fait pâle figure, avec ses 630 passagers.

Combien de fois nous l’a-t-on répété : ils sont seulement 630. Dans les interviews : « Mais ils ne sont que 630 ! Vous ne pensez pas que, quand même, on pourrait peut-être… »

Seulement, contrairement au scénario du Camp des Saints, l’épisode de l’Aquarius n’était pas sans précédent. Il représentait une énième arrivée de migrants dans le cadre d’un flux dense et continu depuis plusieurs années. Le Camp des Saints, mais au compte-gouttes.

Un plus un égale trois

La manipulation consistait donc à tenter de faire croire qu’il n’y avait que 630 migrants à accueillir, alors que c’étaient 630 migrants de plus.

Malheureusement pour nos journalistes, l’argument du « 630 seulement » devait être rapidement fragilisé par les événements eux-mêmes. Quelques jours après l’arrivée à Valence de l’Aquarius, un autre bateau humanitaire apparaissait à l’horizon. Le Lifeline : 234 migrants. Et quelques jours plus tard, l’Open Arms : 59 migrants. « C’est dégressif ! » objectera-t-on. Mais c’est cumulatif. De même, plus généralement, quand on entend que la crise migratoire est derrière nous parce qu’il y aurait « de moins en moins de migrants » (argument entendu dans la bouche d’un journaliste généreux interrogeant un triste sire non généreux), c’est un mensonge: il y en a de plus en plus; seulement, leur nombre augmente dans des proportions moins importantes qu’avant.

A lire aussi: L’émission de « fact-checking » qui vous dit quoi penser sur l’immigration

Oh, bien sûr, nous ne pouvons pas dire que nous ne savions pas.

On nous a proposé nombre de reportages à bord de l’Aquarius : nous savons tout de la prise en charge médicale et de l’aide psychologique que les associations humanitaires apportent à tous ces malheureux. Nous savons que…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux <<< 

Frelons : le grillage de la honte

Dans les années 1980, le groupe d’intervention culturelle Jalons avait sorti un pastiche devenu culte : Lougarou-magazine, flanqué du titre « Nos épagneuls seront-ils encore bretons dans trente ans ? » Trente ans plus tard, la bande à Basile de Koch semble avoir infiltré la Foire de Paris pour récompenser un apiculteur breton inventeur d’un piège à frelons… asiatiques. Comme le rapporte l’édition finistérienne du quotidien Le Télégramme, le Géo Trouvetou armoricain s’appelle Denis Jaffré. Ce dernier a obtenu début mai le Grand Prix du concours Lépine pour sa machine à piéger la Vespa velutina. Une espèce particulièrement coriace de frelon à pattes jaunes qui attaque les abeilles et leur déchire le thorax pour en faire des boulettes destinées à sa progéniture.

Les Européens d’abord

Mais cette terreur des ruches ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir pour nos butineuses. Bientôt vendu sept euros, le casier machiavélique conçu par l’ingénieux Jaffré se compose d’un appât mielleux attirant irrésistiblement le prédateur vers un sas grillagé. Trop large pour retenir les abeilles, cette barrière l’est aussi pour piéger les frelons européens (Vespa crabro) réputés plus gros et inoffensifs. Oui, vous avez bien lu, cette espèce autochtone échappe à la mort promise à ses cousines de couleur. Devant pareille discrimination entre hyménoptères, le silence des associations antiracistes n’a que trop duré.

Le Moi de Basile: plus le niveau baisse, plus le ton monte

0
SIPA. SIPAUSA31257717_000067

Starring Megan, Marion, Marie-Chantal, Mélenchon, Mozart et tout le Bataclan…


Service public

Samedi 19 mai

France Inter, flash de 7h30 : « Rien n’a fuité jusqu’à présent sur la robe de Megan Markle. » Allons, tant mieux.

Le péril italien

Mercredi 23 mai

« L’Italie inquiète l’Europe », annoncent una voce Le Monde et Le Figaro. Sauf que c’est dans l’autre sens que ça a commencé, les amis.

Qui a tué Marie-Chantal ?

Samedi 26 mai

Depuis cinquante ans, plus personne n’ose prénommer sa fille Marie-Chantal. La faute au bouquin éponyme du regretté Jacques Chazot, qui en a fait pour longtemps le symbole du snobisme décervelé.

Comme de bien entendu, cet exercice spirituel a été méprisé par l’intelligentsia de l’époque, pour cause de frivolité bourgeoise. N’empêche : avec sa pimbêche de la haute à talonnettes, Chazot aura marqué l’histoire plus sûrement que tout le nouveau roman réuni.

Un extrait, pour la bonne bouche :

Marie-Chantal : « Qu’avez-vous fait à vos cheveux ? C’est effrayant… On dirait une perruque !
– Mais c’est une perruque !
– C’est extraordinaire, ça ne se voit pas du tout ! »

Rire engagé

Lundi 28 mai

Tancé vertement par des amis de droite pour avoir relayé une bonne blague du Gorafi : « Marion Maréchal-Le Pen change de nom pour devenir Marion Maréchal-Pétain ». À partir d’un certain niveau d’engagement, on ne rit plus qu’au pas cadencé.

Laïcité ? À d’autres…

Vendredi 1er juin

Sous prétexte qu’il a servi la messe en latin à 12 ans, Mélenchon, ce sans-Dieu du Grand Orient (je balance pas, c’est lui qui le dit) se défausse sur la question du hidjab en disant : « Moi, je ne porterais pas une grande croix. » Encore heureux !

L’anecdote est révélatrice d’une certaine confusion dans la « lutte contre le communautarisme ». Quoi ! Nous autres catholiques, qui avons déjà avalé le Ralliement et la loi de 1905, on devrait encore donner des gages de « laïcité » ? Et tout ça parce que l’État ne fait pas son boulot ?

Abi pedicatum ![tooltips content= »« Va te faire voir ! » (Version polie.) »]1[/tooltips]

Mourir d’aimer

Dimanche 3 juin

Vu sur Netflix : 13-Novembre, un documentaire consacré essentiellement au massacre du Bataclan. L’enquête, qui repose sur des témoignages de rescapés, est passionnante autant que glaçante.

Dans la salle, les 1 500 victimes offertes au hasard en sacrifice aux trois dingues d’Allah réagissent de toutes les manières. Souvent on fait le mort, juste pour essayer de ne pas mourir. Parfois, on attend que les terroristes rechargent leur arme pour ramper de quelques mètres… Certains même, avec la rage du désespoir, finissent par se dresser pour insulter leurs bourreaux ; aussitôt fauchés par une rafale.

On regrettera seulement la phrase de conclusion du doc, particulièrement déplacée : « À la fin, c’est toujours l’amour qui gagne. » À la fin, au Bataclan, c’est la mort qui gagne, la mort seule. Du sang partout, des cris et des râles, et cette horrible « colline de cadavres » aperçue par une rescapée lors de son évacuation, et qui n’en finit pas de la hanter. Je t’en foutrai, moi, de l’amour !

Affaire Weinstein : ça va trop loin !

Mardi 5 juin

Le Monde.fr : « Le concours Miss America ne jugera plus sur l’apparence physique ».

Et pour Monsieur Muscle, on fait comment ?

Le coup de colère de l’oncle Basile

Vendredi 8 juin

Quoi ? Il y avait ce soir-là devant le Bataclan huit militaires armés de l’opération « Sentinelle », et ils ont reçu l’ordre de ne pas bouger ?

Le général Le Ray, gouverneur militaire de Paris, explique sans broncher qu’il n’était pas au courant de la situation à l’intérieur de la salle : « Avant de donner une mission à quelqu’un, il faut savoir ce qu’il se passe ! » Ben voyons. Il ne capte pas BFM TV, le gouverneur ? Et l’idée ne l’a même pas effleuré d’en référer à ses supérieurs ?

Bref, le carnage a commencé à 21h45, et la BRI n’est intervenue qu’à 22h15. Il y a des minutes qui doivent paraître longues, sous le feu des AK-47.

Durant cette demi-heure cruciale, huit militaires entraînés contre trois terroristes allumés, ça aurait pu le faire, non ? Et épargner des dizaines de vies innocentes ?

J’espère me tromper, ça me calmerait… Mais voilà que le brav’ général précise sa pensée : « Il est impensable de mettre des soldats en danger dans l’espoir hypothétique de sauver d’autres vies. »

Sérieux ?

L’humour libre

Mercredi 13 juin

Frigide : « Bonne nuit, mon amour. Dieu nous préserve ! »

Basile : « … L’un de l’autre. »

Le mieux, c’est que Barjot a aussitôt « partagé » sur Facebook cet échange intime. Tu me diras, il vaut mieux que ça soit elle que toi…

En tout cas, ça prouve un truc qui me fait chaud au cœur, en tant que jalonien : Virginie comprend de mieux en mieux mes blagues ! Décidément, c’est les vingt-cinq premières années de mariage les plus difficiles.

South park en Russie !

Vendredi 15 juin

Lu sur Le Courrier de Russie.com : « Les libertariens : étoile montante ou étoile filante de l’opposition ? »

Le slogan du LPR (Parti libertarien de Russie) me ravit. On le croirait tout droit sorti des cerveaux de Matt Stone et Trey Parker, libertariens eux aussi : « Je veux que les couples homosexuels puissent défendre leurs cultures de cannabis avec des armes achetées avec des bitcoins. »

En revanche, ça ne m’a pas l’air facile à scander.

Oh mon bateau !

Dimanche 17 juin

Qu’est-ce que j’apprends sur France Culture ? À Saint-Lazare, on balance du Mozart pour chasser les jeunes ! Une idée pour Matteo Salvini ?

Communisme et bouse de vache

Vendredi 22 juin

Vu sur Le Mediatv.fr : L’« Entretien libre » d’Aude Lancelin avec Alain Badiou. J’apprécie sa langue impeccable et son érudition joyeuse, et même sa foi inébranlable dans l’« hypothèse communiste » – malgré les « considérables échecs qu’elle a subis », comme il dit joliment. N’empêche que, comme disait de son côté le président Mao, « la bouse de vache est plus utile que les dogmes. On peut en faire de l’engrais ». Avec les cadavres aussi, d’ailleurs.

Blague antiraciste (mais drôle)

Lundi 25 juin

Deux identitaires autour d’une bière :

« Ras-le-bol de ce pays qui laisse entrer tous les étrangers…

– Ouais t’as raison, allons plutôt dans un pays où on n’accepte pas les étrangers ! »

Au fil du mois

Considérations sur le gouvernement de Pologne

C’est embêtant, je n’arrive plus à m’intéresser aux choses sérieuses.

Les gens qui n’ont rien à dire sont si rares qu’il faut les écouter.

Manger provoque neuf indigestions sur dix.

Facebook est un monde très riche, finalement, si tu regardes ton mur.

L’autodérision, c’est essentiel. Encore faut-il avoir quelque chose à moquer.

En cas de tache d’eau, n’essayez pas de nettoyer avec du vin, même blanc.

Les choses sont quand même plus simples quand on n’y pense pas.

C’était quand, déjà, que c’était mieux avant ?

Hier Voltaire et Diderot, aujourd’hui Angot et Musso

0
A gauche: Voltaire par Nicolas de Largillierre ©DR ; à droite: Guillaume Musso, avril 2016. SIPA. 00750608_000005

Dans Les Invasions barbares (un film que je ne me lasse pas de revoir, tant il génère d’espoir et de bonne humeur), exactement 1h14 après le début, les vieux copains attablés pour le dernier repas du héros, cancéreux en phase terminale, devisent gaiement.

« L’intelligence a disparu. »

Pierre : « Contrairement à ce que les gens pensent, l’intelligence n’est pas une qualité individuelle, c’et un phénomène collectif, national, intermittent. Athènes, 416. La première d’Electre, d’Euripide. Dans les gradins ses deux rivaux, Sophocle et Aristophane, et ses deux amis, Socrate et Platon. L’intelligence était là. »

Alessandro : « J’ai mieux. Firenze, 1504, Palazzo Vecchio. Deux murs opposés, deux peintres, à ma droite, Leonardo da Vinci, à gauche, Michel-Ange. Un apprenti, Raphaelo. Un manager, Nicolo Machiavelli. »

Pierre : « Philadelphie, USA, 1776-1787. Déclaration d’indépendance et Constitution des Etats-Unis. Adams, Franklin, Jefferson, Washington, Hamilton, Madison. Y a pas un autre pays qui ait eu cette chance-là. L’intelligence a disparu. Et je ne veux pas être pessimiste, mais il y a des fois où elle s’absente longtemps. »

Paris 1745 – Paris 2018

Par gloriole française, rajoutons Paris, 1745, café Procope. Prenant leur café, cette boisson, dit Michelet, qui facilita les Lumières, Voltaire, Diderot, D’Alembert, Condillac, Montesquieu — et Mme du Châtelet. Rousseau, qui vient d’arriver à Paris, n’est pas attablé avec eux, parce qu’il est allé pisser — comme il le fait chaque quart d’heure. De toute façon, il trouve quelque chose à répliquer le lendemain seulement — il a l’intelligence de l’escalier. Ou peut-être est-il au Café de la Régence, observant une partie d’échecs qui oppose « Philidor le subtil » à « Legal le profond » — les deux épithètes sont dans le Neveu de Rameau. Diderot, qui était doué d’ubiquité, est là également. Il discute éternité de l’âme et fesses de donzelles avec La Mettrie ou Helvétius — car les vrais grands philosophes savent tenir des propos légers. Mais pas que.

A lire aussi: Faites-vous mal: lisez le Nouveau Magazine littéraire!

Et aujourd’hui… Dans un café à la mode du XIe arrondissement, Guillaume Musso, Eric-Emmanuel Schmitt et Marc Lévy parlent chiffres de ventes avec Christine Angot. Entre Bernard-Henri Lévy, accompagné de l’un des comptables de ses sociétés de gestion de patrimoine. Anna Gavalda les rejoindra un peu plus tard. Dans un coin, attablé seul afin de mieux capter le regard du photographe, Philippe Delerm boit sa bière à petites gorgées. La généralisation du principe de petit plaisir, en annulant le…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

C'est le français qu'on assassine

Price: ---

0 used & new available from

Les Invasions barbares [Import]

Price: ---

0 used & new available from

Causeur : l’amour après Weinstein

0
Notre numéro d'été est sorti.

L’amour, un sujet d’été s’il en est ! Mais qu’en est-il après… Weinstein ? Sexe, porno et relations hommes-femmes, Causeur fait le point, entre autres réjouissances. Prenez-le bien en main !


Voilà l’été ! Les cigales bruissent au fin fond de la nuit, pastis, diabolo-menthe ou camparis font tourner les têtes et votre magazine préféré revient vous parler d’un sujet chaud bouillant. L’amour après Weinstein, telle est la question explosive que nous soulevons en ces temps de malaise dans la libido. A l’ère de #metoo et #balancetonporc, « nous vivons sous le double régime de la plainte et de la colère. Le camp #metoo détient l’arme absolue, la parole victimaire sacralisée – qu’il est donc proprement sacrilège de mettre en doute », avance Elisabeth Lévy. Du coup, notre pauvre mâle hétérosexuel blanc, déjà descendu de son piédestal depuis belle lurette, se voit accusé de tous les maux.


>>> Lire le magazine <<<


Bouc émissaire commode, parfait salaud, coupable présumé, ce mâle alpha imaginaire traduit les tabous d’une société égalitaire mal à l’aise avec l’obscur objet du désir. Ô combien complexe, la relation entre les sexes fait que « la sexualité est une affaire dangereuse : pas parce que tous les hommes sont des violeurs en puissance, parce qu’elle met en jeu des pulsions que nous ne savons pas bien contrôler et dévoile nos ressorts intimes, ce qui fait qu’une féministe acharnée peut jouir d’être un objet sexuel », note notre chère directrice.

Quand le sexe est à bas, le porno tire vers le haut

Interrogé dans nos colonnes, le psychanalyste Jean-Pierre Winter remarque que plus notre société soi-disant patriarcale se veut égalitaire, plus la consommation de porno s’intensifie. Encore plus troublant, la contractualisation croissante du rapport sexuel (dis-moi noir sur blanc ce que tu me feras, si tu veux éviter de passer l’hiver à l’ombre…) nous fait dériver vers un monde masochiste. Quand, PMA aidant, nous ne régressons pas carrément dans l’univers infantile où la jouissance est séparée de toute procréation. Eh oui, pour éprouver du désir, il faut être (au moins) deux et accepter la dissymétrie des sexes !

A croire que la révolution sexuelle n’a jamais eu lieu. C’est la thèse de Peggy Sastre : après le catholicisme et le marxisme, le néoféminisme a décidé de brider les braguettes. Résultat : les jeunes ont de moins en moins de rapports sexuels et certains coureurs ont décidé de se la mettre sous l’oreille pour éviter des représailles au tribunal.

Vu cette débandade, on peut légitimement s’inquiéter pour l’avenir des libertins. Ça tombe bien, notre reporter de choc Paulina Dalmayer a enquêté dans ce milieu fermé aux rituels ultra-codifiés. Malgré quelques brebis galeuses cachées dans le lot, les femmes qui signent des contrats de soumission n’ont pas attendu #balancetonporc pour chasser les comportements abusifs et préserver leur statut privilégié. Quant au porno, que j’ai eu la lourde tâche d’infiltrer, il n’échappe pas aux tiraillements moraux. Paupérisé par la concurrence des sites de vidéos gratuits, le X est aujourd’hui accusé de pousser ses actrices à des pratiques de plus en plus extrêmes. Chez les professionnels du secteur, la question fait débat. J’ai donc mené ma petite enquête.

Zélensky, Algérie, John Le Carré et poulet rôti à satiété !

Là où Cyril Bennasar aperçoit des hordes d’amazones pousse-au-crime déchiqueter leurs amants volages, la féministe historique Anne Zélensky reconnaît dans #metoo le prolongement de la révolution sexuelle à laquelle elle prit part au côté de Beauvoir. Malgré tous les excès du mouvement, la fondatrice de la Ligue du droit des femmes désire cette révolution culturelle qui ne se fera pas sans les hommes. Un entretien à ne pas balancer !

Passons aux actualités. Jonathan Siksou et Sami Biasoni s’inquiètent pour notre patrimoine. Le premier a interrogé le rédacteur en chef de La Tribune de l’art Didier Rykner qui se fait lanceur d’alerte : avec la nouvelle loi Elan, le quartier parisien du Marais aurait pu être rasé ! Quant au second, il décrit par le menu le travail de sape que mène Anne Hidalgo contre les grandes places parisiennes, devenues des lieux « inclusifs » où la laideur le dispute au banal. Cap sur l’étranger. Luc Rosenzweig analyse les tiraillements de l’Union européenne face à la crise des migrants. Alors que les droits des peuples ont dû se taire pendant trop longtemps, le groupe de Visegrad et l’Italie marquent des points aux dépens de l’ « eurofervent » Macron. C’est justement au chevet d’une des plaques tournantes de l’émigration que se penche Erwan Seznec : l’Algérie. De plus en plus dépendante du pétrole, Alger achète la paix sociale à grands frais mais ne pourra éternellement compter sur l’économie de rente. Malgré ses atouts, désespérément inexploités, le pays s’achemine vers un scénario-catastrophe à la vénézuélienne. Le récit ubuesque de la construction d’une autoroute par les Japonais vaut d’ailleurs son pesant de loukoum.


>>> Lire le magazine <<<


De John le Carré à Hervé Vilard, nos pages culture brillent une nouvelle fois par leur éclectisme. Emmanuel Tresmontant a même mis les petits plats dans les grands pour vos dégoter trois bonnes adresses où se sustenter à moindres frais pour une cuisine sans chichis. Pizza, couscous et poulet rôti à satiété. Bon appétit !

Comment l'amour empoisonne les femmes

Price: ---

0 used & new available from


Cahier Le Carré

Price: ---

0 used & new available from


L'Héritage des espions

Price: ---

0 used & new available from


L'étrange suicide de l'Europe: Immigration, identité, Islam

Price: ---

0 used & new available from


On devrait avoir le droit de dire ce que l’on voit

0
"L'Incrédulité de saint Thomas", Le Caravage, vers 1603. ©D.R.

Il est parfois mal vu de se référer au « réel ». Surtout lorsqu’il s’agit de dénoncer la perte d’identité de la France et de l’Europe confrontées au péril migratoire. On devrait pourtant avoir le droit de dire ce que l’on voit.


Alors que paraît en France le livre magistral du lanceur d’alerte Douglas Murray (L’Étrange suicide de l’Europe) – chargé de « réel » de la cale au pont comme un bateau de sa cargaison – des esprits subtils ironisent sur le fait qu’on puisse encore se référer au « réel » comme à une sorte de mètre-étalon. Tandis que la diversité animale s’appauvrit, l’espèce humaine produirait même une variété nouvelle de chantres obstinés du réel. Ainsi verrait-on déambuler dans les mornes plaines de la stupidité humaine quelques spécimens particulièrement inquiétants de l’homo reactus reprenant à leur compte, mais en les retournant, les postures intellectuelles d’homo festivus[tooltips content= »Figure de l’individu « festif » postmoderne dans l’œuvre de Philippe Muray. »]1[/tooltips] qui aurait ainsi muté en son contraire, selon des lois anthropologiques encore mal connues. Est-ce donc festivus qui, las de ses jeux infantiles, se serait transformé en reactus ; ou ce dernier était-il tapi dans l’innocence apparente de festivus ? Une enquête devrait être menée sur ce passionnant sujet !

Peut-on réagir sans être « réactionnaire » ?

Toujours est-il que reactus – figure postmoderne du « réactionnaire » on l’aura compris – serait à la fois l’idiot dont on se moque, et le parfait salaud dont il conviendrait de débarrasser la planète. N’est-il pas d’ailleurs un archaïsme dont témoigne le vocabulaire employé pour le désigner, et qui sent bon le xixe siècle épris de taxinomies et soucieux de hiérarchiser les espèces ? Qui est en effet reactus sinon un « homme » qui, infidèle à sa vocation de sapiens, se serait recroquevillé sur lui-même et désespérément accroché, comme la moule à son rocher, à un amalgame de fantasmes personnels qu’il prend pour le réel ? Un homo erectus en débandade en somme ou, ce qui ne vaut guère mieux, un nostalgique du « pays réel » cher à Maurras, dont Bernanos disait qu’il était un « fruit pétrifié » (Les Enfants humiliés). » Subsiste-t-il donc aujourd’hui la moindre chance d’être quand il le faut réactif sans être aussitôt jugé « réactionnaire » ? Il y va pourtant de la survie de notre culture.

A lire aussi: «La gauche a toujours tendance à confondre le réel et l’idéal»

Certains Européens demeurent en effet persuadés qu’il leur suffira d’arracher un à un les pavés du réel pour découvrir la plage où une humanité réconciliée pourra s’ébattre en toute liberté, égalité, fraternité. L’irréalisme de cette fuite en avant ne peut qu’inviter à la vigilance quiconque ose encore voir dans le réel la jauge dont on ne saurait ignorer l’existence sans entacher d’erreur ses jugements et comportements. Non, la chasse au réel n’est pas aussi subjective et aléatoire que celle au snark racontée par Lewis Carroll, et le réel n’est pas davantage le résultat des seules statistiques, ni un joker qu’on sort de sa poche au bon moment. Le réel est de prime abord un obstacle qui contraint à davantage d’attention et de discernement. Contre le réel on se cogne, on se blesse souvent, et il est vain de prétendre en triompher comme on le ferait d’un ennemi passager. Personne n’est au demeurant détenteur d’un réel unique et homogène qui serait à l’abri des tensions et disparités qui ont de tout temps marqué l’histoire des sociétés. Aussi bigarré et complexe soit-il, le réel est pourtant toujours le rempart contre l’illusion, l’auto-intoxication à quoi sont en train de céder les sociétés occidentales éprises d’une « réalité » euphorisante qui viendrait aplanir les aspérités de l’aventure humaine.

La prise en compte du réel est rarement plaisante

Opposant le « principe de réalité » à celui de plaisir, Freud a clairement montré que la prise en compte du réel est rarement plaisante, et que telle n’est pas, d’ailleurs, sa finalité qui est de construire une personnalité sur d’autres bases que la somme de ses illusions. Démasquant ainsi la propension de l’être humain à se détourner de la réalité lorsqu’elle lui déplaît ou le contraint trop sévèrement, la psychanalyse freudienne montrait aussi la voie d’une exégèse du réel dépassant de loin le cadre de la cure : partout où il y a déni, attendez-vous à trouver du réel ! L’entêtement de certains de nos contemporains à ne pas voir, entendre, comprendre ce qui est en train de se jouer sous leurs yeux – la disparition relativement proche de l’Europe pour tout dire – devient alors l’indice qu’on est bien devant un gisement, une poche de réel qu’il faut à tout prix mettre au jour si on veut éviter un coup de grisou fatal.

Les philosophes ont à cet égard une certaine responsabilité dans le déni de réalité qui frappe actuellement le monde occidental, quand bien même ils se sont depuis Platon employés à démasquer les illusions qui entravent la marche vers la vérité de l’esprit libéré de ses chaînes. C’est qu’il ne suffit pas d’aimer le vrai, et d’en chercher la meilleure formulation, pour étreindre en pensée « la réalité rugueuse » dont a si bien parlé Rimbaud. Le vrai peut n’être qu’une coquille vide, tandis que dans le réel subsiste la « chose » (lat. res) qui refuse de se laisser dissoudre, annexer, manipuler par les stratèges de la pensée, et qui donne au réel sa texture, sa densité, son opacité parfois. Dans quelle caverne sommes-nous donc aujourd’hui enfermés, nous qui ne jurons que par des vérités qui nous masquent la réalité ? De quelle forme de folie sommes-nous atteints, dont donne un aperçu la fable rapportée par le penseur danois Søren Kierkegaard[tooltips content= »Post-scriptum définitif et non scientifique aux miettes philosophiques (1846). »]2[/tooltips], en quête d’un réel qui résisterait aux ratiocinations philosophiques et aux consensus sociaux ?

C’est l’histoire d’un fou…

C’est l’histoire édifiante d’un fou qui, échappé de l’asile psychiatrique où il était enfermé, se pensait suffisamment malin pour paraître normal et échapper aux poursuites. Trouvant sur son chemin une boule de jeu de quilles, il la mit dans la poche de sa jaquette et, comme la boule lui frappait le derrière à chaque pas qu’il faisait, l’idée lui vint d’apporter la preuve de sa santé mentale en prononçant la phrase : « Boum ! La Terre est ronde ! » Quel homme sensé pourrait dire le contraire ? La démonstration lui semblait donc impeccable, et c’est rasséréné qu’il aborda ses concitoyens plus faciles à convaincre que son médecin, conscient qu’il ne suffirait pas pour guérir son malade de lui dire que la Terre est plate. L’Europe est, elle aussi, malade du décalage entre des énoncés théoriques en apparence irréprochables, et une « réalité » qu’ils échouent désormais à étreindre.

Sans doute cette faille ne s’est-elle pas ouverte en un jour, et c’est depuis plus d’un siècle que les avant-gardes européennes, artistiques et intellectuelles s’acharnent à déconstruire systématiquement la notion même de réalité; au point qu’on ne puisse aujourd’hui plus dire sans risque de représailles qu’au train où vont les choses, l’Europe surpeuplée et fortement islamisée sera probablement méconnaissable d’ici moins de cinquante ans et n’aura plus rien d’ « européen ». Cette probabilité n’est évidemment pour l’heure ni vraie ni réelle puisque cet événement ne s’est pas encore produit, mais, à défaut d’être vrai, il est déjà une réalité qui pose une question aux Européens pour qui cette éventualité fait d’ores et déjà sens, et leur impose de sortir de leur mutisme : Est-ce vraiment ce que nous voulons ? Quand avons-nous décidé qu’il en serait ainsi ? Est réel tout ce qui interpelle, et pas seulement les faits avérés.

On ne fabrique pas du « réel »

Aussi faudrait-il admettre – comme le prouve le sacrifice récent du colonel Beltrame – que la réalité on ne peut plus rugueuse du monde actuel n’a que faire des jugements savants, mais appelle désormais des témoins prêts, comme le disait Pascal[tooltips content= »« Je ne crois que les histoires dont les témoins se feraient égorger », dans Pensées, Br. 593. »]3[/tooltips], à se faire égorger pour défendre la crédibilité de leur témoignage. Tel pourrait bien être le point critique du tragique postmoderne, rarement perçu comme tel, auquel les Européens sont collectivement parvenus sans en prendre à l’évidence toute la mesure ; et les quelques témoins authentiques d’un réel en perdition sont autant de sentinelles face à cette forme aiguë de nihilisme qu’est La Fatigue d’être soi si bien analysée par Alain Ehrenberg : une dépression sournoise qui n’atteint plus seulement les individus en perte de vitalité et d’identité, mais les peuples européens doutant de leurs raisons d’être.

La réactivité reste donc de mise face à cette déferlante suicidaire. Réagir quand il en est encore temps est tout le contraire de la position bêtement « réactionnaire » prêtée par ses détracteurs à homo reactus, sorte de ventriloque à la fois sénile et puéril. Qui réagit à bon escient et au bon moment est contraint de penser le réel au présent, et non dans un futur idyllique ou par rapport à un passé dont la malfaisance imposerait la réécriture. On ne fabrique pas du « réel » sur commande comme le croient les fossoyeurs de l’Histoire dont la belle âme s’accommode de pareille imposture. S’il arrive à homo reactus de se répéter au point qu’on l’accuse de ressasser, c’est tout simplement que « l’impérieuse prérogative du réel » (Clément Rosset, Le Réel et son double) lui impose de ne pas s’y dérober.

Avis de décès: la télévision s’est éteinte

0
SIPA. 00848230_000007

L’arrivée cumulée de la télévision par internet et des services de vidéo à la demande ont mis fin à la télévision : plus personne (ou presque) ne voit la même chose au même moment. L’exception culturelle française peut mourir. 


Maxime Saada, président du groupe Canal +, a annoncé devant la commission de la culture du Sénat la fin de son service de SVOD (vidéo à la demande par souscription), Canalplay. La filiale de Canal + a perdu 600 000 abonnés en 2 ans, là où Netflix en gagne 100 000 par mois en France. Maxime Saada explique cet échec par les entraves réglementaires imposées aux diffuseurs de bouquets de programmes et de vidéos à leur lancement. C’est sans doute vrai, mais cette explication ne tient pas compte de la mutation sans précédent qui touche aujourd’hui le paysage audiovisuel français (PAF).

Moins de 50% de réception hertzienne

Une information est passée un peu inaperçu dernièrement alors qu’elle manifeste un bouleversement accéléré de notre mode de consommation de la télévision : le nombre de personnes accédant à la télévision par voie hertzienne (Télévision numérique terrestre, TNT) est tombé en 2018 sous la barre des 50%, alors que l’accès aux chaînes du petit écran via internet est en progression continue. On peut sans grand risque de se tromper affirmer qu’en 2022 lorsque le plan « THD pour tous » aura permis à la quasi-totalité des Français d’avoir accès à internet à très haut débit (THD), ces derniers regarderont presque tous la télévision via un accès internet. La diffusion hertzienne sera devenue obsolète.

L’individualisation de la télévision

La télévision par voie hertzienne (analogique jusqu’en 2005, puis numérique via la TNT) a été conçue sur un principe simple, la diffusion de « un vers tous » qui implique que chaque personne regardant une chaîne à un moment donné voie exactement la même chose que les autres personnes connectées à cette chaîne. Ce qui suppose que les producteurs de télévision organisent des programmes susceptibles de fidéliser un maximum de téléspectateurs par tranche horaire.

A lire aussi: INA, vive la télé de Papa !

Internet, lui, fonctionne selon un tout autre principe, le « un vers un », ce qui veut dire qu’un diffuseur audiovisuel sur internet est en mesure de proposer une diffusion personnalisée à un instant « T » à chacun de ses abonnés. D’où l’arrivée de nouveaux services comme la VOD (vidéo à la demande), le replay (rediffusion d’émissions), le visionnage en décalé des émissions, le bookmarking qui permet de mettre de côté des émissions à regarder plus tard… Ce n’est plus le diffuseur qui compose un programme susceptible de fidéliser ses téléspectateurs, c’est l’abonné qui compose lui-même son programme. Changement complet de paradigme. La télévision devient un objet de consommation individuel et non plus familial et encore moins collectif. Chacun compose son programme comme il veut, regarde ce qu’il veut quand il veut, avec cinq minutes ou cinq jours de décalage, où il veut, en commençant de regarder une série sur son téléviseur puis en terminant de la visionner sur sa tablette au lit ou sur son smartphone dans le métro.

Netflix et Amazon m’ont tuer

De nouveaux diffuseurs sont apparus sur internet pour offrir ces services, comme Molotov TV qui croît à vitesse grand V (mais qui peine encore à engranger des abonnés payants). Les diffuseurs de télévision historiques et présents dans le hertzien tentent de suivre le mouvement. Mycanal (2 millions d’abonnés-utilisateurs actifs) proposé par Canal +, ou le futur Salto proposé par TF1, France Télévisions et M6 qui arrivera bien tard sur le marché. La télévision est aujourd’hui en pleine révolution : les déboires rencontrés par le groupe Canal + (qui perd 500 000 abonnés par an) ou la chute continue de la part d’audience de TF1 depuis 20 ans montrent que les modèles de la télé hertzienne payante nés dans les années 1980 et celui de la TV hertzienne gratuite née après-guerre sont aujourd’hui morts-vivants. Ils survivront encore quelques temps mais sûrement moins longtemps qu’on l’imagine. La croissance exponentielle des réseaux THD et des datacenters qui stockent des milliards d’heures de programmes va faire exploser tous les modèles actuels.

Les conséquences de cette révolution sont encore incalculables pour la culture et l’industrie audiovisuelle françaises. La croissance de Netflix, qui compte déjà plus de 100 millions d’abonnés dans le monde, tient en partie à sa puissance d’investissement : près de 10 milliards de dollars par an représentant plus de 700 unités produites, soit deux films ou épisodes de série nouveaux par jour !… Dans ce contexte d’internationalisation massive de l’offre de contenus (Amazon avec son service de SVOD Prime entame la course-poursuite avec Netflix), que pèsent les diffuseurs nationaux ? Plus grand chose et l’on guette avec inquiétude la chute annoncée du groupe Canal +. Ce qui est en jeu n’est pas la gestion discutable de la programmation de la vénérable « chaîne cryptée » par Bolloré (la disparition des Guignols est un épiphénomène), mais la survie du cinéma français. Car Canal+ est le principal financeur des films produits en France.

La généralisation culturelle américaine

Qui produira demain les films ou les séries françaises si TF1, Canal+ ou France Télévisions disparaissent ou n’ont plus les moyens de ces ambitions ? Vraisemblablement Netflix ou Amazon Prime, qui produisent déjà des unités en langue française originale (la très ratée série Marseille, notamment). Certes, il y aura toujours des programmes français, mais les donneurs d’ordre seront à Los Gatos (Californie) ou à Seattle (Etat de Washington) et les réalisateurs français devront faire le voyage aux Etats-Unis pour financer leurs projets. Le soft power américain sera devenu total par anéantissement de toute concurrence. Les accords Blum-Byrnes signés en 1946 entre les Etats-Unis et la France ont mis fin au régime des quotas imposés aux films américains qui ont pu envahir nos écrans de cinéma et de télévision. C’était le prix à payer pour une réduction de notre dette de guerre. Mais vaille que vaille, l’industrie de la production française, soutenue par la télévision, avait réussi à maintenir la tête hors de l’eau. Combien de temps encore pourrons-nous regarder des créations originales françaises ?

Le philosophe Bernard Stiegler parle de la disruption comme d’un phénomène technologique qui va plus vite que l’analyse que l’on peut en faire et que la réglementation que l’on peut mettre en place pour tenter de le réguler. Et la télévision est en pleine disruption, c’est une évidence. A tel point que nos gouvernants sont, tels des lapins aveuglés par les phares d’une voiture, incapables de voir ce qui se passe, de prendre la mesure du péril en la demeure et de mener une politique qui pourrait sauvegarder ce qui reste de la culture et du cinéma français.

Dans la disruption: Comment ne pas devenir fou ?

Price: ---

0 used & new available from

Fonctionnaires: on peut virer les bons, pas les mauvais

0
Muriel Pénicaud, ministre du Travail, et Jacques Mézard, ministre de la Cohésion des territoires, au centre Pôle Emploi de Clichy-sous-bois, avril 2018. SIPA. 00854947_000043

Les aberrations du statut de fonctionnaire empêchent la bonne marche du service public et rendent son optimisation impossible…


Le Sénat a adopté le rapport rendu par la mission de réflexion sur l’avenir de la fonction publique territoriale qu’elle avait mandatée pour émettre des propositions dans le cadre de la concertation autour de la réforme de la fonction publique.

La conférence nationale des territoires prévue en juillet 2018 devrait avoir à l’ordre du jour ce point extrêmement important du fonctionnement de l’administration.

Catherine Di Folco, sénateur rapporteur, exprime ceci dès son introduction : « Depuis trente-quatre ans, le statut de la fonction publique territoriale permet de concilier deux exigences : l’unité et la neutralité de la fonction publique, d’une part, et la volonté des élus locaux de mettre en œuvre les engagements pris auprès des électeurs, d’autre part. Dès lors, le statut de la fonction publique territoriale doit être vigoureusement défendu, d’autant plus qu’il a déjà démontré ses facultés d’adaptation. Il convient, en outre, de maintenir ce pacte implicite qui lie les employeurs territoriaux et leurs agents dans l’objectif de garantir la qualité des services publics locaux. »

Le statut qui bloque tout

Lors de la campagne présidentielle de 2017, chaque candidat allait de ses chiffres pour savoir combien de postes de fonctionnaires il fallait supprimer. Emmanuel Macron souhaitait en supprimer 120 000, François Fillon 500 000, qui dit mieux ? De leur côté et a contrario Jean Lassalle et Jean-Luc Mélenchon voulaient en recruter davantage. Sauf qu’en réalité, l’important n’est pas de savoir combien de postes on supprime mais surtout comment. Pour l’heure, la principale « solution » consiste à ne pas remplacer les départs : méthode longue et inefficace car frappant aveuglément certaines administrations et services parfois déjà sous tension.

S’il est avéré qu’en France le nombre de fonctionnaires est élevé, il doit s’apprécier à l’aune du service public proposé. Il n’est pas ici question de dire que la fonction publique territoriale creuse le déficit des finances publiques, sinon que dire des bataillons de collaborateurs dans les cabinets ministériels ou sur les membres du corps préfectoral placés hors cadre ; ce ne serait que pure démagogie tant ces questions sont complexes et renvoient à des querelles de chapelles.

La question est réellement de savoir comment on peut optimiser le nombre de fonctionnaires dans l’administration de manière ciblée et efficace. C’est en cela qu’il faut évoquer le statut de la fonction publique qui date de 1984. Ce statut est à mon avis la contrainte principale pour travailler intelligemment. Donner la possibilité aux employeurs locaux de se séparer d’agents incompétents ou absentéistes et vous aurez rapidement vos centaines de milliers de postes libérés… sauf que le statut vous en empêche.

Le découragement institutionnalisé

Ce statut est extrêmement protecteur pour les agents publics titulaires et peut dans certains cas, par une impunité ressentie, générer de graves dysfonctionnements : absentéisme, paresse, absence de volonté de se former ou de s’adapter, refus de mobilité, etc. Cette sécurité du statut perçue comme une garantie d’emploi à vie est ainsi dévoyée ; à l’origine, et c’est comme cela que je la présente régulièrement, lorsque l’administration cherchait à attirer les meilleurs profils de la société, il s’agissait d’un engagement à servir l’Etat ou la collectivité sans limitation de durée. Cela peut sembler une nuance mais toute la philosophie du fonctionnaire y est résumée. Soit on cherche à devenir fonctionnaire pour avoir un emploi tranquille et garanti à vie, soit on intègre la fonction publique avec la véritable envie d’être au service du public et de la collectivité.

A lire aussi: Non, les fonctionnaires n’ont pas de privilèges

Ce statut garantit par ailleurs l’évolution automatique de la rémunération via les avancements d’échelon et donc du traitement indiciaire ; pas de quoi être Crésus pour autant mais suffisamment pour arriver en fin de carrière avec une rémunération acceptable sans avoir forcément produit des efforts dans sa carrière.

Ce statut protecteur était prévu à l’origine pour garantir l’indépendance des fonctionnaires vis-à-vis du pouvoir politique et assurer un fonctionnement de l’administration en toute neutralité et sans discrimination. Si on comprend la nécessaire et théorique garantie d’indépendance des magistrats, des soldats, des policiers et des cadres civils en position de décideurs, que penser de cette utilité pour les jardiniers communaux, les ouvriers d’Etat, les agents de maintenance, les chauffeurs de bus… quel enjeu politique peut revêtir leur travail au quotidien ? Hormis la qualité de service public à rendre et qui ne peut être réservée à telle vision politique ou à telle autre.

Le cadeau de François Hollande

Les emplois de catégorie C (missions d’exécution) représentent près des trois quarts de la fonction publique ; ce statut qui les protège n’a pas de réel sens selon le point de vue cité précédemment mais constitue un obstacle énorme à toute réforme ou optimisation du fonctionnement d’un service public.

Je me garde bien de mettre tous les fonctionnaires dans le même sac ; la grande majorité d’entre nous exerce son métier avec passion et sens du service public même si la démotivation nous touche tous à un moment où à un autre tant les mesures incitatives à faire davantage et la méritocratie sont rares et non établies. Dans la réalité, ce statut amène fréquemment à des incongruités remarquables. Le statut permet par exemple d’obtenir un mi-temps thérapeutique sur simple avis de son médecin traitant (ordonnance n°2017-53, cadeau fait par François Hollande à son électorat fonctionnaire en janvier 2017) ; c’est-à-dire que pendant un an un agent peut bénéficier de toute sa rémunération en travaillant seulement à mi-temps.

Dans le même genre, une collectivité ne peut pas s’opposer à la demande de passage d’un agent à temps plein alors qu’il est en arrêt longue maladie et alors même qu’il a fait sa carrière en travaillant à temps partiel ; c’est-à-dire qu’un agent qui travaillait à 80% pour « avoir » tous ses mercredis libres par exemple peut en situation d’arrêt longue maladie demander à repasser à 100% et ainsi bénéficier d’une rémunération à taux plein en restant à la maison. Je ne suis pas médecin et donc non qualifié pour savoir si l’arrêt maladie est justifié mais d’une simple analyse on se rend compte des effets pervers de ces dispositions statutaires. Il faut savoir également que la titularisation a parfois un effet néfaste sur la santé des agents : dès lors qu’ils sont fonctionnaires ils sont, selon les statistiques, deux fois plus souvent « malades » que lorsqu’ils étaient contractuels ; serait-ce un biais de raisonnement de ma part, post hoc ergo propter hoc ? Le jour de carence n’ayant qu’une faible efficacité.

Reclassements impossibles

Les obligations de reclassement sont également une plaie ; lorsqu’un médecin, souvent très conciliant avec son patient puis un autre très conciliant avec son confrère, vous préconisent le reclassement d’un agent technique qui ne peut pas garder la position debout prolongée ni la position assise, qu’il est en outre contre-indiqué qu’il porte des charges supérieures à un kilo, qu’il a des problèmes énormes d’orthographe et est peu réceptif à la formation professionnelle, comment faire ? Franchement, il s’agit d’un boulet que l’administration entretiendra jusqu’à sa retraite, il pourra même être une charge pour ses collègues et une source de démotivation car son poids dans la masse salariale empêchera tout recrutement nécessaire.

Cette philosophie de l’autruche ou cette mécanique infernale qu’est le recrutement de contractuels pour faire le travail de fonctionnaires titulaires inopérants a longtemps eu cours que ce soit dans les collectivités ou dans l’administration d’Etat (notamment dans l’Education nationale qui détient un gros bataillon d’agents contractuels précarisés). Les procédures disciplinaires sont décourageantes de complexité (risque de plainte pour harcèlement en prime tant la culture de ce type de procédure est peu répandue) et il est vite préféré de ne pas passer du temps sur des cas d’agents compliqués plutôt que d’user de management actif.

A lire aussi: Fonction publique territoriale: coûteuse et non-démocratique

Pour faire le travail qu’on n’arrive pas à obtenir d’un fonctionnaire récalcitrant, incompétent ou syndiqué-déchargé, on a pris l’habitude et la facilité de recruter des contractuels, parfois précarisés. Mais dès lors que les recettes et ressources financières s’amenuisent, il convient d’alléger cette masse salariale (qui représente en moyenne 55% des dépenses de fonctionnement des collectivités). Et ce sont donc les contractuels qui trinquent… ceux qui étaient là pour faire le travail sont « remerciés ».

A l’employeur de faire ses preuves

Les employeurs publics ont bien ce phénomène en tête à présent et lorsque des postes de fonctionnaires se libèrent (pour motif de retraite notamment) et qu’ils doivent être pourvus, on recherche le plus souvent des contractuels. Le recours aux contractuels ne faiblit donc pas pour autant. Pendant que le nombre de nominations de titulaires baissait de 4,5 % entre 2015 et 2016, celui des contractuels augmentait dans des proportions inverses (+5,7%). Les contractuels représentent aujourd’hui 40 % des nominations sur emploi permanent alors qu’ils ne pèsent que 19 % des effectifs.

Pourtant, il existe une certaine schizophrénie autour du recrutement des contractuels. Le gouvernement vient de déposer des amendements sur le projet de loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel (loi Pénicaud). Ces amendements ont pour but d’ouvrir tous les postes de direction des fonctions publiques d’Etat, hospitalière et territoriale aux contractuels (cela représente environ 2000 postes par an). Face à cela, les différentes associations de cadres de la fonction publique protestent et tirent la sonnette d’alarme pour ce qu’ils considéreraient comme le début de la fin du statut. C’est une dérive à mon sens car, en affectant le statut des cadres de la fonction publique, on remet en cause le premier principe que j’évoquais comme justifiant la sécurité de l’emploi des fonctionnaires : à savoir la possible indépendance vis-à-vis du politique en place. Et alors que c’est au niveau des agents d’exécution ou d’encadrement intermédiaire qu’il faut pouvoir assouplir le statut pour agir plus efficacement et en masse sur les organisations et la motivation.

Les syndicats, composés majoritairement d’agents titulaires qui bénéficient de nombreuses journées de décharges, ont obtenu de rendre les non-renouvellements de CDD beaucoup plus difficiles ; il faudra pour la collectivité justifier sérieusement et de manière étayée ce choix qui est vulnérable à tout recours administratif. Dernièrement, le passage en commission administrative paritaire spécialement dédiée aux contractuels a été rendu obligatoire pour chaque fin de CDD non renouvelé (décret n°2016-1858 applicable dès 2019) ; c’est ici que siègent les représentants du personnel qui devront émettre un avis sur le non-renouvellement d’agents contractuels (pour certains recrutés pour faire leur travail dans les collectivités desquelles ils sont déchargés pour leurs activités syndicales). Pas folle la guêpe ! quel avis peut-on attendre de cette commission ? Avis qui pourra fragiliser la décision de l’employeur devant la juridiction administrative.

GPA: Être une mère libérée du père, c’est pas si facile…

0
pma gpa famille enfants
Clotilde Hesme dans le film "Diane a les épaules".

Les salons de coiffure restent les hauts lieux où évaluer l’état des mentalités sur les questions de société, touchant les femmes en particulier. Entre shampooing et brushing, les langues se délient et les confidences vont bon train. À quand une anthologie des « brèves de séchoir » après celles de comptoir ? Si j’en crois en tout cas ma coiffeuse, témoin des transformations du psychisme féminin, de nouveaux sujets sont en passe de supplanter les anciens : on parle aujourd’hui de ses inséminations ratées ou réussies, de la congélation de ses ovules – on ne sait jamais ! – comme on se lamentait jadis de ses règles douloureuses, des effets indésirables de la ménopause ou des infidélités conjugales : « Elles ne voient pas où est le problème », me disait récemment ladite coiffeuse de ses clientes lui racontant sans la moindre gêne leur voyage en Ukraine ou en Espagne, Eldorado des avancées futuristes en matière de « procréation assistée », comme on dit pudiquement pour mieux masquer la mutation anthropologique qui est en train de s’effectuer et dont les femmes sont devenues les pionnières, à leur corps cette fois-ci consentant.

Le « progrès », une route à sens unique

Que les mentalités évoluent tout comme les mœurs est après tout dans l’ordre des choses, et il en a toujours été plus ou moins ainsi sans que nos prédécesseurs aient éprouvé le besoin de proclamer urbi et orbi qu’ils avaient enfin trouvé le Graal affranchissant l’humanité de ses chaînes, les femmes d’une servitude ancestrale, et les deux sexes des droits et devoirs qu’ils pensaient être les leurs jusqu’à ce qu’ils découvrent les vertus émancipatrices du « genre ». Le ton péremptoire et quasi prophétique sur lequel ce sésame libérateur (« les mentalités évoluent ») est en général prononcé, laisse entendre que le genre humain est désormais engagé sur une route à sens unique interdisant toute possibilité d’involution ou de régression. On ne peut pourtant exclure que, sous leur aspect progressiste, les manipulations génétiques appliquées à la procréation réalisent le vieux rêve, infantile, d’une humanité revenue à un état antérieur à la sexuation, venue contrarier un désir archaïque d’indifférenciation ouvrant la voie à une sorte d’échangisme universel.

Défendre la nature contre les assauts de la culture

Les jeux semblent en ce sens déjà faits, et il n’y a plus que quelques obstinés, mi-curés intégristes mi-zadistes insoumis, qui défendent encore la nature contre les assauts de la culture. Venir à bout de ces Don Quichotte pathétiques et de ces Vierges trop sages n’est probablement qu’une question de temps puisque la fascination exercée par le possible est d’autant plus irrésistible qu’on doit cette révélation à la science. Car le nœud du problème est bien là. Si les mentalités évoluent en effet, ce n’est ni parce qu’elles sont par nature changeantes, fluctuantes, comme le pensait Platon de l’opinion ; ni parce qu’elles tiendraient tout à coup de Dieu ou d’un Ciel intelligible la fermeté de leurs convictions. Ce n’est plus aujourd’hui le possible qui est appelé à se réaliser en accord avec le vrai, mais l’inverse : c’est parce qu’elle rend telle ou telle intervention possible que la science tend à la présenter pour vraie, juste, bénéfique. Du moins est-ce ainsi que ses « avancées », indéniables du point de vue théorique et technique, sont perçues et manipulées par les idéologues de l’égalitarisme sociétal qui encouragent le passage de la singularité du désir à l’universalité du droit.

La science au service des désirs

Car la science ne dit pas davantage qu’un désir – avoir un enfant, changer de sexe – doit être réalisé du seul fait qu’elle le permet. Il y a là un saut qui n’est pas de son ressort mais dont la légitimité semble accréditée par la toute-puissance reconnue dans nos sociétés aux désirs. D’ailleurs, si la science permet aujourd’hui telle ou telle « avancée », n’est-ce pas la preuve que le besoin qu’on en avait était latent, inconscient, et n’attendait qu’à être satisfait ? Ce ne sont pas les comités d’éthique qui changeront cette vision de l’harmonie ainsi rétablie, grâce aux découvertes biomédicales, entre les désirs par nature individuels et irrationnels, et les conquêtes de la rationalité scientifique en principe applicables à tous.

A lire aussi: GPA-PMA: la fabrique des nouveaux orphelins

Il ne reste donc plus qu’à lever les derniers barrages permettant aux mentalités de rattraper le temps perdu en niaiseries d’un autre âge. Sans doute est-il besoin d’encore un peu de pédagogie, mais tous les espoirs sont permis tant est forte la hantise de ne pas vivre avec son temps. Mais est-ce si sûr que les mentalités aient vraiment changé quand elles acceptent si aisément que la science endosse les habits usagés de la Providence ?

Saintes ou prostituées d’un nouveau genre?

On se serait donc attendu à ce que les femmes, victimes de bien des inquisitions, flairent le piège et demandent à y voir de plus près avant d’offrir leur corps, et qui sait peut-être leur âme, à certaines de ces expérimentations pour le moins hasardeuses. Mais non, la fameuse intuition féminine semble en berne, et elles courent elles aussi au-devant de la technique qui transformera en réalité le désir que la vie n’a pu combler. Le temps semble donc révolu où c’est la limitation consciente des désirs qui contribuait à forger un caractère, un destin, et où le dépassement de l’obstacle exigeait du cœur et de l’esprit un sursaut créateur. On hésite même à poser la question qu’on pressent inutile tant les mentalités semblent s’être déjà accommodées de ce qui les aurait hier encore horrifiées : comment font-elles, ces femmes en mal de maternité, pour offrir leur intimité à la pipette aseptisée remplie d’une semence anonyme qui, avec un peu de chance, les rendra mères d’un enfant venu on ne sait d’où ? Sont-elles des prostituées d’un nouveau genre ou des saintes, ces autres femmes qui louent pour de l’argent leur ventre afin de satisfaire le désir d’enfant des couples mâles pour l’heure inféconds ?

Justifier l’absence du père

Car l’absence du père était jusqu’alors imputable aux accidents de la vie et celle de la mère était généralement pour l’enfant une tragédie, source d’une incurable mélancolie dont témoigne la création littéraire. Tout cela est-il bel et bien fini ? Il semble qu’on ait en tout cas trouvé la parade. On connaît en effet la chanson selon laquelle on peut être « père » ou « mère » par substitution et en raison de l’accoutumance affective créée par l’éducation ; l’amour étant censé pallier tous les déficits psychologiques éventuels inhérents à ce genre de situation. Une nouvelle catégorie d’êtres humains semble donc avoir vu le jour, capable de cet Amour inconditionnel et désintéressé, oblatif et proche de la sainteté, qui aurait manqué à tant de leurs congénères demeurés attachés à des modèles de parentalité naturels et socialement plus traditionnels. Il n’est d’autre part qu’à se référer à la diversité des modèles anthropologiques de filiation pour trouver la caution dont on a besoin : tout n’a-t-il pas déjà été tenté, tout n’est-il pas désormais possible ?

Les cellules psychologiques ont de l’avenir

Révolue également, semble-t-il, l’époque où l’on désirait avoir un enfant de quelqu’un(e). À quoi peut donc penser une femme qui ne connaîtra jamais le visage de l’homme dont l’enfant commence à s’agiter dans son ventre mais dont un jour les traits, et les questions, la confronteront à ce qu’elle a fait ? De nouvelles fables devront être inventées pour vanter les mérites du généreux mais anonyme donateur ; si prévenant même qu’il a d’entrée délivré femme et enfant de sa présence encombrante ! Sans doute créera-t-on des cellules psychologiques – cette panacée des sociétés déboussolées – pour apprendre aux femmes à « gérer » toute éventuelle remontée de stress émanant des couches profondes de leur psyché restées attachées aux anciens modèles de parentalité. Sans doute faudra-t-il prendre en charge nombre de ces enfants délibérément amputés d’une de leurs moitiés, à moins qu’hommes et femmes soient devenus à ce point « sans gravité » (Charles Melman) que ce genre de question soit définitivement périmé.

De qui se moque-t-on?

S’il est vrai, comme l’affirment la plupart des pédopsychiatres, que l’état d’esprit de la mère durant sa grossesse influe sur la santé physique et psychique de l’embryon, que peut bien être celui d’une mère porteuse ? Tout semble, il est vrai, réglé par la lumineuse formule « gestation pour autrui » (GPA) : gestation, et pas procréation et encore moins grossesse qui ramèneraient ce service rendu à des réalités par trop charnelles, naturelles. Une grossesse un peu comparable à celle de la Vierge Marie, en somme, d’avance dédiée au salut de l’humanité ; étant entendu que les motivations de ces nouvelles porteuses d’offrandes sont dénuées de tout mercantilisme qui risquerait de corrompre la pureté de leur geste. De qui se moque-t-on, en présentant cette fable sinistre comme une nouvelle forme d’altruisme? Combien de temps encore la partie de l’opinion publique qui refuse ce type d’évolution pourra-t-elle faire obstacle à sa réalisation ?

Un blanc peut-il mettre en scène un spectacle sur la culture noire?

0
Image d'illustration: extrait d'une autre pièce mise en scène par Robert Lepage. SIPA. REX40438994_000022

A Montréal, un spectacle sur la culture noire mis en scène par un blanc a été annulé à la suite de pressions d’antiracistes.


Après le suprémacisme blanc, voici l’afro-suprémacisme. La formule surprend, mais ne soyons pas aveuglés par la culpabilité coloniale. Les idéologies produisent souvent des doubles, des alter egos, des figures inversées dont elles se nourrissent. Le communisme s’est servi du fascisme, et inversement. C’est même l’une des raisons pour lesquelles Hannah Arendt les avait regroupés sous la même étiquette, celle du totalitarisme.

L’afro-suprémacisme s’est développé en réaction au racisme blanc, mais n’a pas résisté à la tentation de reproduire les mêmes tendances essentialistes et ségrégationnistes. Aux États-Unis, dans les années 1960, le suprémacisme noir était déjà représenté par les Black Panthers et la Nation of Islam, deux mouvements politiques auxquels Martin Luther King a refusé d’adhérer. En France, les Indigènes de la République ont aussi développé une sorte de suprémacisme arabo-musulman rimant avec le rejet des Blancs. Mais nous ne savions pas que le premier mouvement s’enracinerait au Québec, terre paisible et consensuelle.

« Appropriation raciste »

Le 26 juin dernier, une centaine de manifestants (noirs et blancs) se sont réunis devant un théâtre à Montréal pour dénoncer la tenue d’un des spectacles les plus courus du Festival de Jazz. Considéré comme une « appropriation raciste », le spectacle Släv, du metteur en scène québécois Robert Lepage, avait pourtant pour objectif de promouvoir la culture noire. Mais ce n’est pas ce qu’en ont retenu les manifestants…

Au lieu de saluer l’initiative de Robert Lepage, ils ont insulté le public en l’exhortant à ne pas participer à la continuation symbolique de la traite négrière. Une femme noire venue assister au spectacle a même été qualifiée de « suprémaciste blanche » par des manifestants enflammés. Une scène irréelle dans un Québec qui devenait, tout d’un coup, une parcelle boréale de l’ancienne Afrique du Sud. Un scénario inimaginable dans la métropole d’une province qui se transformait, par la magie du progressisme, en une enclave des États confédérés du Nord. À une différence près : c’était maintenant la gauche qui prônait l’apartheid. Le monde à l’envers.

« Les Blancs ne devraient pas profiter de la souffrance des Noirs »

Les manifestants ont tenté d’expliquer leur démarche malgré l’absurdité qui l’entourait. Selon leurs représentants, le fait qu’un metteur en scène de « race » blanche puisse monter un spectacle sur le thème de l’esclavage représente un grave outrage pour tous les Afro-descendants du monde. De même, le fait qu’une chanteuse blanche puisse interpréter des chants d’esclaves noirs serait scandaleux. Une femme métisse serait-elle autorisée à le faire, elle qui représente à la fois le Mal et le Bien, l’oppresseur et l’opprimé ?

L’un des organisateurs de la manif a déclaré que « les Blancs ne devraient pas profiter de l’histoire, de la culture et de la souffrance des Noirs ». Un autre militant antiraciste a prononcé un discours dans lequel il a dit que les producteurs du spectacle « prenaient le contrôle de la douleur des Noirs, de leur souffrance et de leur histoire pour des billets de 60 à 90 $ ». La ségrégation raciale serait beaucoup plus respectueuse de leurs droits. Chacun son coin, chacun sa « race », chacun son histoire. C’est la devise de cette nouvelle gauche qui a réussi son coup: toutes les représentations du spectacle ont été annulées.

La guerre civile de l’antiracisme

Seuls les Noirs pourraient donc parler d’eux-mêmes. Pour un Blanc, parler des Noirs – même promouvoir et encenser leur culture ! –, ce serait désacraliser leur aura rédemptrice. Ce serait piller leur trésor de chagrin. Ce serait rendre les Noirs esclaves une seconde fois. Bientôt, un juge de la bienséance raciale vous attendra à l’entrée des salles de spectacle pour vérifier si vous êtes assez foncé pour correspondre à tel événement. Dans son fameux Message to the Blackman in America de 1965, Elijah Muhammad, le dirigeant de la Nation of Islam, déclarait : « Les Noirs ont un cœur d’or, d’amour et de miséricorde que la nature n’a pas donné à la race blanche ». Un grand message d’amour universel que les nouveaux antiracistes semblent reprendre en chœur.

Il est fascinant de constater que des antiracistes aient pu manifester contre la tenue d’un spectacle antiraciste, preuve que le ridicule ne tue pas et que le mouvement se noie dans son propre délire. Robert Lepage est loin d’être considéré comme une personnalité de droite au Québec, bien au contraire… Dans la presse, son spectacle a même été qualifié « d’hymne à la diversité, à la mixité sociale, aux mélanges des peuples et à l’espoir ». Dorénavant, la gauche régressive, s’entretue, s’entredéchire, c’est la guerre civile dans ses rangs. Ce sont les bolcheviks contre les mencheviks. Les puritains contre les vierges offensées.

Journalistes et migrants: quand on aime, on ne compte pas!

0
Migrants à bord de l'ONG Proactiva Open Arms, juillet 2018. SIPA. AP22222092_000002

« Ils ne sont que 630 ! »

Parmi les journalistes, les vrais sont ceux qui pensent bien, les « généreux ». Comprenez : ceux qui sont pour une « politique migratoire généreuse ». Le genre de discours confortable qui n’engage que les autres.

Étrangement, les mêmes médias généreux qui s’offusquent des conditions atroces dans lesquelles sont accueillis les migrants plaident pour que nous en accueillions encore plus.

Cachez ce caniveau…

Je connais des gens qui doivent enjamber des migrants pour accéder à la porte de leur immeuble. Ce n’est agréable ni pour eux ni, bien sûr, pour les migrants en question. Mais personne n’est allé demander à ces pauvres gars qui dorment sur les trottoirs, parmi les rats et les immondices, s’ils étaient favorables à l’accueil des passagers de l’Aquarius. Allons, soyez sympa M’sieur, poussez un peu vos jambes qu’on puisse coucher quelques personnes de plus dans ce caniveau.

Eh non.

Parce que les gens qui dorment dans les caniveaux, bizarrement, quand l’Aquarius est apparu à l’horizon, on n’en a plus entendu parler. Ils n’existaient pas, ils n’avaient jamais existé.

Quand on aime, on ne compte pas

Nos journalistes nous ont joué une version douce du Camp des Saints. Le roman de Raspail met en scène une flotte de cargos chargés de pauvres gens venus du delta du Gange pour débarquer sur la Côte d’Azur. Le monde entier suit, par médias généreux interposés, l’équipée de cette armada sans précédent : un million de personnes fuyant la misère.

Un million ? A côté, l’Aquarius fait pâle figure, avec ses 630 passagers.

Combien de fois nous l’a-t-on répété : ils sont seulement 630. Dans les interviews : « Mais ils ne sont que 630 ! Vous ne pensez pas que, quand même, on pourrait peut-être… »

Seulement, contrairement au scénario du Camp des Saints, l’épisode de l’Aquarius n’était pas sans précédent. Il représentait une énième arrivée de migrants dans le cadre d’un flux dense et continu depuis plusieurs années. Le Camp des Saints, mais au compte-gouttes.

Un plus un égale trois

La manipulation consistait donc à tenter de faire croire qu’il n’y avait que 630 migrants à accueillir, alors que c’étaient 630 migrants de plus.

Malheureusement pour nos journalistes, l’argument du « 630 seulement » devait être rapidement fragilisé par les événements eux-mêmes. Quelques jours après l’arrivée à Valence de l’Aquarius, un autre bateau humanitaire apparaissait à l’horizon. Le Lifeline : 234 migrants. Et quelques jours plus tard, l’Open Arms : 59 migrants. « C’est dégressif ! » objectera-t-on. Mais c’est cumulatif. De même, plus généralement, quand on entend que la crise migratoire est derrière nous parce qu’il y aurait « de moins en moins de migrants » (argument entendu dans la bouche d’un journaliste généreux interrogeant un triste sire non généreux), c’est un mensonge: il y en a de plus en plus; seulement, leur nombre augmente dans des proportions moins importantes qu’avant.

A lire aussi: L’émission de « fact-checking » qui vous dit quoi penser sur l’immigration

Oh, bien sûr, nous ne pouvons pas dire que nous ne savions pas.

On nous a proposé nombre de reportages à bord de l’Aquarius : nous savons tout de la prise en charge médicale et de l’aide psychologique que les associations humanitaires apportent à tous ces malheureux. Nous savons que…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux <<< 

Frelons : le grillage de la honte

0
Frelon trouvé dans le Parc National des Cevennes. © Sipa Numéro de reportage : 00635504_000047

Dans les années 1980, le groupe d’intervention culturelle Jalons avait sorti un pastiche devenu culte : Lougarou-magazine, flanqué du titre « Nos épagneuls seront-ils encore bretons dans trente ans ? » Trente ans plus tard, la bande à Basile de Koch semble avoir infiltré la Foire de Paris pour récompenser un apiculteur breton inventeur d’un piège à frelons… asiatiques. Comme le rapporte l’édition finistérienne du quotidien Le Télégramme, le Géo Trouvetou armoricain s’appelle Denis Jaffré. Ce dernier a obtenu début mai le Grand Prix du concours Lépine pour sa machine à piéger la Vespa velutina. Une espèce particulièrement coriace de frelon à pattes jaunes qui attaque les abeilles et leur déchire le thorax pour en faire des boulettes destinées à sa progéniture.

Les Européens d’abord

Mais cette terreur des ruches ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir pour nos butineuses. Bientôt vendu sept euros, le casier machiavélique conçu par l’ingénieux Jaffré se compose d’un appât mielleux attirant irrésistiblement le prédateur vers un sas grillagé. Trop large pour retenir les abeilles, cette barrière l’est aussi pour piéger les frelons européens (Vespa crabro) réputés plus gros et inoffensifs. Oui, vous avez bien lu, cette espèce autochtone échappe à la mort promise à ses cousines de couleur. Devant pareille discrimination entre hyménoptères, le silence des associations antiracistes n’a que trop duré.