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Vote de la loi « fake news »: l’hiver vient


L’euphorie footballistique de ces derniers jours a couvert trois affaires liberticides pour les libertés publiques : la saisie de la dotation du Rassemblement national, l’affaire du « délit de solidarité » et le vote de la loi « fake news ». Cette dernière est totalement contraire au respect des droits de l’homme et aux principes de la République…


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Depuis plusieurs mois, le président Emmanuel Macron et certains de ses ministres nous ont annoncé le dépôt d’un projet de loi destiné à lutter contre les « fake news ». On a entendu le président de la République nous dire « qu’ en cas de propagation d’une fausse nouvelle, il sera possible de saisir le juge à travers une nouvelle action en référé, permettant, le cas échéant, de supprimer le contenu mis en cause, de déréférencer le site, de fermer le compte utilisateur concerné, voire de bloquer l’accès au site Internet ». Le juge des référés, juge de l’évidence, nouveau dépositaire de la vérité objective ! Et disposant ainsi d’un droit de vie et de mort sur les médias sur la base de la simple accusation de « diffusion de fausses nouvelles ».

Taisez-vous Elkabbach (et tous les autres aussi) !

Finalement, Emmanuel Macron a jugé plus prudent que ce soit le groupe majoritaire qui saisisse l’Assemblée nationale d’une proposition d’abord intitulée « lutte contre les fausses nouvelles » puis « loi contre la manipulation de l’information ». La lecture de l’exposé des motifs et du texte lui-même est atterrante et ne peut que provoquer l’inquiétude de tous ceux qui sont attachés aux libertés publiques fondamentales. En particulier, à la plus importante d’entre elles : celle de la liberté de pensée et d’expression. Si ce texte était adopté, il constituerait une régression insupportable, et ouvrirait la voie à ce qui semble être l’objectif principal : empêcher l’expression sur Internet d’opinions qui ne seraient pas validées par le pouvoir et/ou par des instances médiatiques sélectionnées par ce dernier. Or la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, partie intégrante de notre Constitution, garantit cette liberté fondamentale.

Dans son interprétation, à l’occasion de l’arrêt concernant la fameuse loi Gayssot, le Conseil constitutionnel a admis qu’il puisse exister des limitations à celle-ci. Mais en exigeant « que les atteintes portées à l’exercice de cette liberté doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées à l’objectif poursuivi ». Or, ce qui est envisagé aujourd’hui excède largement le cadre posé par le juge constitutionnel. Françoise Nyssen, ministre de la Culture, n’a pas fait mystère du point de vue idéologique qui sous-tend cette initiative décidée par Emmanuel Macron, en déclarant publiquement que « la capacité de discernement des citoyens ne suffit plus » et qu’il « faut former les citoyens ». À la vérité officielle ? La ministre se place frontalement à contre-courant de l’héritage des Lumières, de l’héritage de la Révolution française et de toutes les traditions de notre pays. Ce legs de la liberté d’expression est incompatible avec la définition de la « fausse nouvelle » définie par l’article premier de la proposition de loi comme « toute allégation ou imputation d’un fait dépourvu d’éléments vérifiables de nature à la rendre vraisemblable ». Pardon ? Si j’affirme par exemple que Dieu existe, je ne peux fournir bien sûr aucun élément de preuve, vais-je tomber sous le coup de ce texte ?

L’hiver se prépare l’été

Tous les commentateurs honnêtes ont relevé son caractère liberticide. Profitant d’un hémicycle aux trois quarts vides, les manipulateurs du groupe LREM ont franchi la première étape et fait nuitamment voter le texte. Il est prévu que ces amoureux d’Anastasie profitent de l’été pour finaliser leur méfait. Les optimistes vont nous répondre que le Conseil constitutionnel ne laissera pas passer.

C’est une plaisanterie. Nous avons vu le peu de cas que cette institution fait des principes républicains.


Au moment de terminer cette petite trilogie liberticide, comment ne pas être saisi d’une sourde inquiétude. Les trois épisodes – la saisie de la dotation du Rassemblement national, l’attaque contre la souveraineté populaire du Conseil constitutionnel et le vote de la loi « fake news » – qui sont autant d’attentats contre des libertés publiques fondamentales, se sont déroulés dans une seule semaine.

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Le détournement de la loi par des magistrats, chargé pourtant de la faire respecter, mais devenus incontrôlables, a été utilisé pour tenter de faire disparaître la deuxième force politique électorale du pays. Le Conseil constitutionnel vient de démontrer que la façon dont il conçoit son rôle ne le porte pas à être le garant d’un certain nombre de règles supérieures, mais l’outil de la mise en cause de la souveraineté populaire. Quant à la loi « fake news », la volonté de porter atteinte à liberté d’expression saute aux yeux. Il faut faire feu de tout bois pour tenter de contrer les succès électoraux de ceux qui s’opposent à la mise en œuvre des orientations décidées à Bruxelles. Cette inquiétude se nourrit en premier lieu du constat de la multiplication de ces événements, dont l’examen permet de caractériser la mise en œuvre d’une stratégie. Mais aussi de l’absence de réactions politiques de ceux qui devraient pourtant être en première ligne sur ces questions-là.

Une opposition sourde aux libertés publiques

Tout d’abord, existent au sein des élites dirigeantes des pays concernés, de forts courants fermement décidés à combattre la « lèpre populiste » à partir de l’application du principe « la fin justifie les moyens ». Habités souvent par une idéologie du camp du bien confronté à une populace égarée, ils ne sont pas du tout gênés devant l’utilisation de mesures attentatoires aux libertés ou illégales. L’épisode qui vient de se produire en Italie en est une nouvelle preuve. L’on apprend que la Cour de cassation, à l’instar du Pôle financier français, cherche à mettre sous séquestre la somme de 40 millions d’euros appartenant à la Ligue du Nord en garantie de sommes qui pourraient être dues par un ancien dirigeant de ce parti pour des faits remontant à 2008, et alors même qu’aucune condamnation définitive n’a été prononcée.

Ensuite, la faiblesse de la culture des libertés publiques au sein des élites politiques les amènent à des formes de complaisance avec cette tentation autoritaire, dès lors qu’elles pensent pouvoir en retirer un petit intérêt politicien. Le plus bel exemple en est l’absence totale de véritables réactions politiques au grossier raid judiciaire qui a permis l’élimination de François Fillon de la présidentielle et l’élection d’Emmanuel Macron. Et que dire aujourd’hui devant celle de Laurent Wauquiez, par exemple, qui semble se frotter les mains de ce qui arrive au parti de Marine Le Pen ? Sans mesurer que s’ils ne se tiennent pas tranquilles, les Républicains seront les prochains sur la liste. Ou celle de Guillaume Tabard dans Le Figaro qui juge la mesure prise par les magistrats du Pôle financier « parfaitement légale » ? Affichant ainsi un surprenant manque de vigilance devant ce qui saute aux yeux du praticien qui connaît un peu le fonctionnement de la boutique « pôle financier ».

Si l’on ne veut pas des heures sombres, il faut être attentif au côté où s’accumulent les nuages.

Comment Macron veut menotter les maires

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En matière de politique, Emmanuel Macron n’aime pas la concurrence. Le président « versaillais » est engagé dans un processus de recentralisation des pouvoirs. Au détriment des élus locaux, et notamment des maires, qui voient leur fonction vidée de toute substance…


Acte un : on fait disparaître les maires du Parlement !

La loi sur le non cumul des mandats s’est révélée être (les observateurs avisés l’avaient pressenti) le premier acte d’une logique implacable menée par le gouvernement à savoir la mise sous tutelle des élus locaux et principalement des maires. Ce non-cumul a amené de nombreux maires, expérimentés en matière de vie locale et politique et attachés à leur commune, à refuser de se porter candidat. Qu’ils fussent de droite ou de gauche, et en tout cas issus des partis politiques dits classiques, s’ils étaient maires d’une commune de quelques dizaines de milliers d’habitants, ils auront préféré leur hôtel de ville à un siège dans l’opposition au palais Bourbon. C’est ainsi qu’un grand nombre de candidats peu connus des électeurs ont mené campagne pendant cinq semaines et se sont fait submerger par la vague des godillots aux éléments de langage formatés LREM (à ce titre il est intéressant de comparer les différents tracts de campagne des législatives des candidats LREM dans différentes circonscriptions pour se rendre compte de leur formatage).

Cela aboutit à obtenir une Assemblée nationale déconnectée du terrain (à titre d’exemple, la citation de Bruno Bonnell, député LREM : « Ce qui se dit en circo, je n’en ai rien à foutre ») qui pourra avaliser toutes les mesures du gouvernement tendant à réduire les marges de manœuvre et l’influence des maires dans les territoires. Il s’agit ici d’une recentralisation des pouvoirs, et la volonté du Gouvernement actuel laisse entrevoir un retour à une situation d’avant 1982 et des lois de décentralisation. Cette décentralisation a certainement des défauts et est parfois coupable d’entretenir le mille-feuille territorial, mais elle a pour elle de garantir qu’un certain nombre de territoires très éloignés de Paris puissent se faire entendre. C’était, jusqu’à présent, d’autant plus possible lorsqu’un maire d’une commune de quelques milliers d’habitants dans un département peu peuplé était élu parlementaire et était en mesure de porter et d’appuyer des dossiers directement dans les cabinets ministériels.

Même l’action territoriale s’en trouve affectée ; car dans la réalité, les maires qui étaient jusqu’alors député ou sénateur avaient « l’oreille » du préfet et des dossiers complexes pouvaient se régler parfois en quelques minutes par téléphone. Maintenant, les maires sont relégués à passer par leur sous-préfet d’arrondissement dans la plupart des cas. Ils peuvent saisir éventuellement leur député (pour la majorité issu de LREM) qui, sans vouloir généraliser, ne maîtrise pas les enjeux locaux car, pour beaucoup, parachutés ou absents de leur circonscription.

Acte deux : On leur fait les poches !

Les lois de finances et de programmation des finances publiques 2018 instaurent à présent des contraintes sur les dépenses des collectivités tant en matière de fonctionnement (contractualisation et maitrise de l’évolution des dépenses pour les grandes collectivités – ce qui, via les établissement publics de coopération intercommunale, se répercutera sur toutes les communes quelles que soient leurs tailles) qu’en matière d’investissement (contrôle de la capacité de désendettement avant de pouvoir recourir à l’emprunt). Les communes sont contraintes de bloquer leurs dépenses de fonctionnement selon un ratio décidé par l’Etat, sans tenir compte des spécificités locales, et ne pourront plus emprunter dans certains cas selon un ratio ici aussi décidé par l’Etat de manière généralisée. Elles devront donc différer la réalisation d’équipement dont la nécessité pour les habitants pourrait être urgente (crèches, écoles, rénovation de voirie…).

La dotation globale de fonctionnement a été plus ou moins maintenue en 2018 par rapport à 2017 (noter le seuil historiquement bas atteint en 2017), mais, par des phénomènes de péréquation (c’est-à-dire : ce que je donne à l’un je le retire à l’autre), ce sont 18 000 communes qui ont vu leur dotation baisser. Je rappelle que cette dotation ne correspond pas à de la charité mais bel et bien à une obligation constitutionnelle : l’Etat doit donner aux collectivités les moyens financiers pour exercer des compétences qu’il aurait dû lui-même assurer.

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Quand l’Etat transfère des financements à certaines collectivités, il le ponctionne toujours dans les budgets des autres collectivités (fonds de péréquation intercommunal et communal, fonds de solidarité de la région Ile-de-France, dotation de solidarité urbaine ou rurale).

La suppression de la taxe d’habitation engendrera une nouvelle dépendance des communes vis-à-vis de l’Etat comme c’est toujours le cas lorsqu’on remplace un impôt local, dont le taux est voté par le conseil municipal, par une dotation. La dynamique de cet impôt (due notamment à l’augmentation du nombre de contribuables et à la revalorisation annuelle des bases fiscales) sera perdue car non compensée – le montant reversé par l’Etat sera fixé sur le produit de la taxe en 2017.

Un rapport récent du comité des finances locales démontre que 60% des allègements fiscaux décidés par l’Etat ne sont pas compensés auprès des collectivités territoriales.

Acte trois : on leur dit comment utiliser ce qui leur reste en caisse !

Les conséquences à redouter de ces différentes mesures sont les suivantes :

– Les collectivités territoriales qui étaient les principaux porteurs de l’investissement public (70%) deviennent à présent responsables du désendettement public d’où un impact fort sur les contrats et marchés de travaux pour les entreprises privées, notamment en BTP.

– La perte d’autonomie des collectivités : le rapport Pisani-Ferry flèche les investissements à privilégier (rénovation thermique, mobilités…). Privées de la possibilité d’emprunter et avec une capacité d’autofinancement réduite, les communes perdront de leur pouvoir décisionnel en matière d’investissement. Indirectement, l’Etat en décidera à leur place en les alimentant par des fonds de concours fléchés et « critérisés ». Ainsi, les communes devront suivre ces investissements priorisés si elles désirent obtenir des financements pour investir. On peut s’attendre à ce que les priorités du gouvernement soient données au développement des pistes cyclables, à l’installation de bornes de recharge pour véhicules électriques, à la création de pépinière d’entreprises numériques ; autant d’axes de développement qui ne relèvent pas des considérations premières des administrés qui attendent de leurs élus locaux de la sécurité, un cadre de vie propre et valorisé, des crèches, des équipements sportifs ou culturels attrayants.

Les critères retenus pour l’attribution de fonds de concours versés par l’Etat seront à n’en pas douter le taux de logement social dans la commune, le revenu par habitant et des indices calculés par des pontes de Bercy et qui seront invérifiables pour la grande majorité des communes.

Acte final : on rend les maires inutiles aux yeux des administrés

L’Etat reprendra le leadership sur les investissements des collectivités locales ; on pourrait revenir à une forme de contrôle de l’État a priori comme avant les lois de décentralisation de 1982. Le maire devait solliciter l’avis du préfet représentant l’Etat pour toute mesure importante.

Le maire demeure l’élu préféré des Français. Le baromètre du Cevipof (laboratoire mixte Sciences Po et CNRS) en 2015 indique que 66% des Français font confiance à leurs maire et conseillers municipaux contre 23% pour le président de la République. Peut-on y voir une pointe de jalousie pour expliquer une telle volonté de discréditer le rôle des élus locaux ? A mon avis, il s’agit plutôt de mépris : entendue récemment par la commission d’enquête sénatoriale sur la haute fonction publique, Marylise Lebranchu, ancienne ministre de la Fonction publique, décrit la méconnaissance et le dédain énormes qu’ont les grands corps de l’Etat pour l’administration territoriale et les élus locaux.

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Les maires n’auront plus les moyens financiers pour réaliser leurs engagements de campagne ; leurs bilans risquent d’être médiocres en 2020 à cause des baisses des dotations et de l’augmentation des prélèvements intervenus après leur élection en 2014.

L’autre prérogative importante d’un maire, outre le développement de projets d’équipements et de services au bénéfice de ses administrés, est l’exercice du droit des sols en matière d’urbanisme. Et cette question mérite en elle-même un article complet ; je ne donnerai ici que l’idée du principe qui vise à technocratiser l’urbanisme des communes en renvoyant la compétence des plans locaux d’urbanisme (PLU)  – documents réglementaires qui fixent les droits à construire selon les parcelles et les axes de développement de la ville pour au moins 15 ans – aux établissements intercommunaux – entités très peu connues par les administrés – qui regroupent parfois un grand nombre de communes. Il s’agit là d’un moyen de faciliter l’installation dans une commune de quelques équipements peu réclamés par la population : déchetterie, plateforme logistique, parking de supermarché, aires d’accueil des gens du voyage, logements sociaux.

Si on continue cette entreprise de destruction du rôle de l’élu local, nous obtiendrons des maires qui ressembleront davantage à des bourgmestres (Belgique, Allemagne…) dont la principale activité sera de célébrer des mariages.

En finir avec tous les prélèvements à la source

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Le président de la Commission des finances de l’Assemblée Eric Woerth s’est prononcé contre le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu. Tant mieux, le prélèvement à la source déconnecte les citoyens de ce qu’ils payent vraiment.


Eric Woerth a écrit, dans Le Figaro, un article conseillant de renoncer à la mise en œuvre du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu (IR). Ecrivant dans le même sens depuis l’apparition de ce projet, sous Hollande, je me réjouis de voir le président de la commission des finances de l’Assemblée adopter cette position. Et je propose (une fois de plus), en vertu de la même logique, de mettre fin au prélèvement à la source des cotisations sociales.

L’idée maîtresse de ce parlementaire qui fut ministre du Budget est que l’IR soit prélevé (comme il l’est déjà dans beaucoup de cas) sur le compte bancaire du contribuable, au lieu de faire jouer à l’entreprise un rôle de collecteur d’impôt. Le prélèvement à la source, dit-il fort justement, donne au salarié le sentiment que son travail est moins bien rémunéré qu’il ne l’est en réalité : sa valeur psychologique est en effet le montant que l’employeur fait créditer sur le compte de son employé. Eric Woerth ne va cependant pas au bout de cette idée profondément juste. Poursuivons donc plus avant l’analyse et les propositions.

L’impôt et les cotisations sociales paient des services rendus aux citoyens

Pour cela, il convient de rappeler que les impôts et les cotisations sociales ne sont pas des prélèvements sans contrepartie, comme on le dit trop souvent, mais des achats de services. Nous avons besoin de forces de l’ordre, de tribunaux et de prisons, de forces armées, d’écoles, de voies de circulation, de soins médicaux, de retraites, de prise en charge des personnes handicapées ou en difficulté professionnelle, etc. : comme le dit le philosophe Philippe Nemo dans son excellente Philosophie de l’impôt, nous consommons ces divers services, et naturellement nous devons les payer !

Le bon sens étant peu répandu, il est rare d’appliquer l’idée d’échange à la sphère publique. Bien entendu, il ne s’agit pas d’un échange marchand, mais d’un échange fraternel : le riche cotise ou paie sous forme d’impôts et de cotisations, à service égal, davantage que le pauvre. Mais, « fraternel » plutôt que « marchand », il ne s’agit pas moins d’un échange entre des titulaires de revenus et les producteurs de divers services. Notre société, notre économie et nos institutions (Etat, collectivités territoriales, sécurité sociale) pâtissent de la doxa selon laquelle ces services devraient être financés par des prélèvements obligatoires sans contrepartie.

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Il est politiquement correct de considérer que nos paiements d’impôts et de cotisations sociales ne donnent droit à rien. La plus importante exception concerne les retraites par répartition et, ironie du sort, pour une fois qu’elle accepte un principe donnant-donnant, la doxa se fourre le doigt dans l’œil jusqu’au coude, en soutenant l’idée saugrenue selon laquelle nos cotisations vieillesse doivent nous donner droit à des pensions futures. Un enfant de CM2 comprendrait que les cotisations vieillesse, immédiatement reversées aux retraités actuels, ne préparent pas les pensions futures de ceux qui les versent ; pourtant le président de la République lui-même a hélas entériné cette sornette en lançant son slogan selon lequel un euro cotisé doit fournir le même droit à pension quel que soit celui qui l’a versé ! Comme si cet argent, remboursement de la dette contractée envers ceux qui se sont occupés de nous durant notre enfance et notre jeunesse, devait nous donner des droits sur les nouvelles générations !

C’est tout ce marécage intellectuel relatif à la Sécurité sociale et aux services publics que nous devons assécher pour disposer enfin d’un climat politique et social qui ne soit plus pollué par ses miasmes. Il nous faut enfin réaliser que la sphère de l’échange a vocation à s’étendre à la plus grosse partie des quelque 45 % du PIB qui en sont actuellement exclus, sous prétexte qu’il s’agit de protection sociale ou de services publics.

Impôts et cotisations sociales doivent être payés directement par les ménages

Ce que dit Eric Woerth de l’IR doit être étendu à la plus grande partie de la sphère publique. Le citoyen doit avoir pleinement conscience du fait qu’il paye pour avoir droit à des services – y compris celui de bénéficier d’une sorte de providence publique qui ne laisse personne mourir de faim, de froid ou de manque de soins. Qui peut être certain de ne pas se retrouver un jour pauvre comme Job ?

Pour que cette prise de conscience ait lieu, il convient de réformer notre système de financement des pouvoirs publics (nationaux et territoriaux) et de la protection sociale, en faisant apparaître clairement ce que chacun gagne, et ce qu’il verse pour disposer de ces services.

Dans cette perspective, la vérité doit être faite sur la véritable rémunération du travail salarié.

Premièrement, la notion même de cotisation patronale, distincte des cotisations salariales, doit être abandonnée : il s’agit d’un reliquat du XIXe siècle, qui n’a plus d’autre raison d’être que permettre aux organisations patronales de se plaindre de crouler sous les « charges sociales ». Laissons les individus et les ménages payer eux-mêmes leur couverture sociale, et se rendre ainsi compte à la fois de ce qu’ils perçoivent vraiment de leur employeur, et du prix très élevé de la protection sociale.

Deuxièmement, évitons de faire l’erreur de prélever à la source les impôts directs, CSG et IR principalement. Toutes ces sommes doivent impérativement transiter par les comptes des particuliers, pour que la réalité économique ne soit pas occultée. C’est ce que propose Eric Woerth en écrivant qu’il faut « prélever l’impôt directement sur le compte bancaire, et non sur la feuille de paie ». Et c’est ce que je propose depuis plusieurs décennies en ce qui concerne les cotisations sociales.

Vérité des rémunérations, vérité des prix des services publics, c’est ce dont la France a le plus grand besoin pour devenir à la fois plus performante et plus démocratique. Savoir très concrètement, sous forme de crédits et débits sur nos comptes en banque, ce que nous gagnons et ce que nous dépensons, cela devrait faire partie d’une version actualisée de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Certes, il serait malséant de réécrire ce texte fondateur, mais il est indispensable d’en fournir une lecture moderne, particulièrement en ce qui concerne les articles 13 et 14 qui concernent la « contribution commune » qui doit être « également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés », et dont « les citoyens ont le droit de constater (…) la nécessité ».

Un bandeau a été plaqué sur nos yeux concernant une bonne partie des impôts et des cotisations sociales ; il faut que nous adoptions une vision réaliste de ces prélèvements obligatoires. C’est ce droit de l’homme et du citoyen qui est déjà largement battu en brèche par l’organisation actuelle du recouvrement des cotisations sociales et de certains impôts, à commencer par la CSG. Il faut non seulement éviter que cet aveuglement du citoyen soit augmenté par le prélèvement à la source de l’IR, mais aussi redonner de la visibilité aux autres prélèvements obligatoires. La vérité doit apparaître, que ce soit dans sa splendeur, comme disait le pape Jean-Paul II, ou dans sa nudité, en sortant du puits, comme le veut le proverbe. Mais n’oublions pas que la vérité n’apparaît que si nous la faisons !

La retraite en liberté

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#Metoo, la révolution antisexuelle


Avec #Metoo, le camp néoféministe nous fait vivre sous le double régime de la plainte et de la colère. Sacralisant la parole victimaire des femmes, ce mouvement sacrifie le mâle hétérosexuel blanc, pourtant depuis longtemps tombé de son piédestal. Hygiéniste, égalitariste et inquisiteur, le nouveau monde nous fait déjà regretter l’ancien.


Le métro est une jungle, on le sait depuis que la parole des femmes s’est libérée. (Jusqu’à la chute de Weinstein, les femmes se taisaient, on me l’a souvent reproché.) En mars, une campagne d’affichage montrait des femmes menacées par diverses bêtes féroces… dans les transports publics. « Voilà ce que nous vivons tous les jours », racontaient des jeunes filles aux innombrables micros qui se tendaient. Alors, nous ne sommes pas tous des bombasses de 25 ans et il est possible que certaines soient moins harcelées que d’autres… Mais en été, des bombasses, il y en a pas mal, de toutes origines et souvent court vêtues, qui trottinent dans nos villes. Elles n’ont pas l’air de réaliser qu’elles se baladent à Jurassic Park, mais peut-être les touristes sont-elles ignorantes de nos mœurs préhistoriques.

Le monde est une rame de métro

Justement, l’autre jour, sur la ligne 1, à Paris, j’étais assise sur un strapontin quand, à Nation, un spécimen (local) à longues jambes est entré, casque sur les oreilles, en tenue de sport, short, brassière et queue-de-cheval blonde et impeccable, seules quelques gouttes de sueur témoignant qu’elle venait de courir. Elle s’est plantée au milieu, accrochée au mat d’acier prévu à cet effet, parfaitement indifférente au monde qui l’entourait. Et comme, dans le métro, personne ne se pense observé (à raison en général), j’en ai profité pour mater. Pas la fille, les hommes autour. Il y en avait une quinzaine à portée de vue, de tous âges et origines. Pas un n’a levé le nez, même pour zyeuter en loucedé. Ceux qui n’avaient ni livre, ni journal, ni téléphone regardaient devant eux, croisant inévitablement le ventre bronzé de la fille. Rien, pas une lueur, pas un soupir pour la beauté se trouvant devant eux. Bienvenue dans le nouveau monde, ai-je pensé.

Une féministe acharnée peut jouir d’être un objet sexuel

On me dira que la rame suivante était certainement pleine de frotteurs, harceleurs et autres abuseurs. Et qu’il faudrait justement que la planète soit à l’image de ce métro : sure et asexuée. Sûre parce qu’asexuée. Il y a un point sur lequel les metooistes ont raison – d’ailleurs, on ne les avait pas attendus pour le savoir –, c’est que la sexualité est une affaire dangereuse : pas parce que tous les hommes sont des violeurs en puissance, parce qu’elle met en jeu des pulsions que nous ne savons pas bien contrôler, et dévoile nos ressorts intimes, ce qui fait qu’une féministe acharnée peut jouir d’être un objet sexuel. Mais il y avait jusque-là un consensus dans les sociétés humaines pour penser que le jeu en valait la chandelle et que les délices, autant que les tourments, valaient qu’on prît quelques risques. Il est vrai que la survie de l’espèce était en jeu. Quand nous aurons adopté la PMA-GPA pour toutes et tous, on pourra procréer sans avoir à croiser l’autre sexe, même pour un coup d’un soir. Quel soulagement. Et quel ennui.

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Il ne s’agit pas de regretter le temps où le corps des femmes était à la disposition des hommes, révolu depuis plusieurs décennies dans nos contrées – ce qui ne signifie pas, évidemment, qu’il n’en reste aucune séquelle ni qu’il ne se trouvera pas toujours des individus des deux sexes pour transgresser la règle selon laquelle mon corps m’appartient. La libération des femmes n’a pas commencé avec Sandra Muller, l’ineffable créatrice de Balance ton porc, traumatisée parce qu’un homme lui avait dit dans une soirée : « Tu as de gros seins, je vais te faire jouir toute la nuit. » (Promesse ou menace non suivie d’effet.) Pour Marcel Gauchet, ce ne sont pas les fracas de #metoo qui constituent la véritable révolution, mais « la fin de la domination masculine », bouleversement initié avant que les victimes de Weinstein ne songent à faire du cinéma : « Dans le monde occidental, la page est tournée, écrit-il. Cela ne veut pas dire que l’égalité s’est miraculeusement imposée sans partage. Cela veut dire que l’inégalité n’a plus le moindre ancrage légitime, ce qui libère la place pour le travail, toujours difficile, de l’égalité. »[tooltips content= »Marcel Gauchet, « La fin de la domination masculine », Le Débat, n° 200, mai-août 2018. »]1[/tooltips]  Et, alors qu’on nous décrit des vieux (c’est-à-dire quinquas et plus) mâles blancs accrochés à leurs privilèges, Gauchet ajoute que la perte de leur pouvoir a au contraire été accueillie « sans déplaisir par le plus grand nombre des intéressés » : « Jamais dominants ne se seront accommodés avec autant d’aisance de l’abandon de leurs prérogatives. » Il faut croire que, la domination, ce n’était pas non plus marrant pour les hommes.

Un tableau complètement délirant des relations entre les sexes

Au lieu de nous réjouir des immenses progrès accomplis, nous vivons depuis plus d’un an sous le double régime de la plainte et de la colère. Il faut donc s’interroger sur les desseins cachés et sans doute largement inconscients de la croisade féministe actuelle. Le camp #metoo détient l’arme absolue, la parole victimaire sacralisée – qu’il est donc proprement sacrilège de mettre en doute. Ainsi a-t-il réussi à installer dans les médias et dans pas mal d’esprits, notamment jeunes, un tableau complètement délirant des relations entre les sexes en France. Dans ce récit, les porcs ne sont plus l’exception, mais la règle, et la vie des femmes est un enfer, dans tous les milieux, de la chambre à coucher au boulot, de la maternité à la retraite. Pour découvrir ce monde fantasmatique, on peut s’infliger sur YouTube la vidéo d’un « Concours d’éloquence » contre le sexisme organisé en grande pompe le 10 juin par France Culture et la Fondation des femmes : du génocide des femmes au partage des tâches ménagères, en passant par les petites filles éduquées pour le plaisir des hommes, ce fut une litanie de pleurnicheries performatives. Pour signaler aux participantes qu’elles devaient conclure, on faisait passer sur la scène un énorme utérus en peluche, appelé « Roudoudou » – non je n’invente pas, même Christiane Taubira, présidente du jury, a trouvé douteuse cette forme hygiéniste d’exhibitionnisme. L’une des participantes, après avoir longuement ratiociné, chiffres à l’appui, sur le scandale de l’épisiotomie, a conclu en citant Milan Kundera, qui ne méritait pas cette offense : « Qui perd son intimité a tout perdu. » Certes. Seulement, sur les réseaux sociaux, la parole ne se libère que pour renoncer volontairement à toute intimité – comme si le comble de la liberté, pour les femmes, était de pouvoir montrer leur sexe sans que cela n’offusque ni n’intéresse personne. Les victimes, réelles ou supposées, se font un devoir d’exposer l’intimité dont elles se plaignent qu’on l’ait agressée, mais aussi celle des présumés coupables qui voient leur vie, ou plutôt un récit à charge de celle-ci, jetée en pâture à des journalistes que le goût du sang excite et que les scrupules n’étouffent pas. « Donne les noms et les détails », ordonnait le tweet inaugural de Sandra Muller.

Avocate-pénaliste, Sophie Obadia intervient souvent dans des affaires de crimes sexuels, pour les victimes ou pour les auteurs, comme on dit. D’après elle, la consigne est enfin passée dans les commissariats où aucun policier n’oserait plus renvoyer en ricanant une femme qui dit avoir été agressée ou violée. Il est trop tôt pour dire si la vie des vrais prédateurs sera réellement plus difficile (ce qui est fort souhaitable), mais il est salutaire que l’on écoute les victimes, quitte à démontrer plus tard qu’elles ont menti ou réécrit l’histoire. L’avocate s’attend en effet à une recrudescence de plaintes inspirées par le remords d’avoir cédé ou, plus souvent encore, par le désir de vengeance : « Récemment j’ai vu débouler dans mon cabinet une jeune femme qui avait porté plainte contre un gars avec qui elle avait eu une histoire et qui, disait-elle a posteriori, l’avait violée après une soirée arrosée. Le type, du même âge qu’elle, présidait l’association étudiante à laquelle elle appartenait et elle se racontait, tout excitée, une affaire d’abus de pouvoir : “moi aussi ça m’arrive”. J’ai refusé l’affaire. Les victimes imaginaires ont toujours existé, et les accusations de viol contre des puissants aussi. Mais maintenant que tout sort sur la place publique, ce genre d’accusation est une bombe ! » Tout, à commencer par les noms des présumés coupables et le récit circonstancié de leurs turpitudes présumées. Depuis les débuts de l’affaire Weinstein, des centaines d’hommes célèbres ou connus, puissants ou influents, ont été condamnés à la mort sociale, sans pouvoir faire appel de cette sanction qu’aucun juge n’a prononcée (voir l’article « Justice pour les mâles blancs »). Expéditive et vengeresse, la justice des réseaux sociaux ne connaît ni le doute ni la clémence.

« La Femme aura Gomorrhe et l’Homme aura Sodome »

Ces victimes collatérales sont autant d’exemples qui doivent faire réfléchir tous les hommes, en particulier ceux qui ont le tort d’aimer trop les femmes pour n’en aimer qu’une, qu’on les appelle dragueurs, hommes à femmes ou salauds. Les féministes du siècle dernier, qui croyaient que l’égalité produirait une harmonieuse réconciliation des hommes et des femmes, ont sans doute contribué à jeter le soupçon sur la différence qui les attirait les uns vers les autres, source de nombreux emmerdements depuis Ève. Celles d’aujourd’hui, qui s’emploient en même temps à nier cette différence – « la biologie n’existe pas, tout est construction sociale » – et à la naturaliser – « les hommes sont des porcs » –, sont peut-être en train de hâter la séparation annoncée par Vigny dans La Colère de Samson : « La Femme aura Gomorrhe et l’Homme aura Sodome ; Et, se jetant, de loin, un regard irrité, Les deux sexes mourront chacun de son côté. »  Sauf que personne ne mourra puisque, répétons-le, la procréation se passera bientôt de la rencontre.

Peggy Sastre affirme que la révolution sexuelle n’a pas eu lieu. Avec #metoo, nous assistons même à une révolution antisexuelle. « Faisons la révolution du désir ! », proclamait la comédienne Nathalie Portman (qui a subi des abus très jeune) lors de la Marche des femmes de Washington, le 20 janvier. Il y a quelques raisons de craindre que cette révolution soit une disparition. C’est aussi une affaire de générations : ce sont surtout des jeunes femmes qui jugent désirable un monde où les femmes ne seront plus des objets de désir, pour la bonne raison qu’on en aura fini avec le désir, masculin en tout cas, celui-ci étant par nature brutal pour ne pas dire vicieux et dégoûtant. Et ce sont des jeunes gens qui battent leur coulpe sur la poitrine de leurs aînés, et qui, malgré leurs 20 ans, ne semblent pas avoir envie de sauter sur tout ce qui bouge. Taratata, me souffle un ami, ils font semblant pour draguer, c’est tout. Pas sûr. Ces nouveaux hommes ne sont sans doute pas majoritaires, même dans la jeunesse. Mais ils sont peut-être le visage de l’avenir.

Nous assistons à la naissance d’un nouveau monde

Aucune féministe, évidemment, ne proclame qu’elle veut éradiquer le désir, tout au plus prétendent-elles le pacifier. Peut-être cette entreprise de normalisation butera-t-elle sur les innombrables ruses de la libido humaine, mais elle marque des points. Ainsi les candidates au concours Miss America ne défileront plus en maillot de bain ni en robe de soirée, mais devront, à la place, dialoguer avec le jury et présenter, ce n’est pas une blague, un projet humanitaire. « Ce ne sera donc plus un concours de beauté, mais de charisme, d’intelligence, d’engagement dans le monde », précisent les organisateurs.

Qu’une jolie femme n’attire plus les regards des hommes prouve bien que nous assistons à la naissance d’un nouveau monde où ce que nous appelons aujourd’hui séduction n’aura plus cours, en tout cas pas dans ses modalités actuelles qui reposent, non pas sur une inégalité, mais sur une dissymétrie selon laquelle la femme cherche à plaire et l’homme à conquérir. Certes, nous pouvons heureusement, comme individus, échapper à ces partitions ou les panacher avec d’autres. Reste que cette petite musique, qui accompagne les jeux sexuels depuis des millénaires, a dû s’imprimer dans notre cerveau reptilien. Sinon, comment expliquer que même les femmes les plus « humanitaires et engagées » continuent à claquer en fanfreluches des sommes que leurs coquins trouvent très exagérées ? Faudra-t-il, pour parfaire l’égalité, que nos amants soient dingues de godasses et de produits de beauté ?

#Metoo a placé les relations sexuelles et amoureuses sous le signe de la peur

En attendant que les hommes deviennent des femmes comme les autres, on pourrait se dire que la vie concrète continue, avec ses aléas, ses rencontres, ses plaisirs, ses déceptions et ses souffrances. Sauf que, déjà, de nouvelles règles, écrites ou pas, s’imposent aux rapports amoureux, en particulier dans la zone grise du consentement, là où la bouche dit « non » et les yeux « oui ». Et ne croyez pas que « qui ne dit mot consent ». Pionnière en la matière, la Suède vient d’adopter une loi qui définit comme viol « tout acte sexuel commis sans accord explicite, même en l’absence de menaces ou de violences ». Qu’une telle définition autorise le revirement, la vengeance ou la pure et simple crasse n’a pas gêné le législateur. Pour les hommes, ce consentement que l’on peut retirer a posteriori est une épée de Damoclès plutôt tue-l’amour. Beaucoup ne couchent pas avant que l’élue, ou l’élu, leur ait signifié son accord, par écrit et très clairement. Et quand ils ont oublié cette précaution élémentaire, ils s’emploient dès le lendemain à obtenir par la ruse des commentaires élogieux et toujours écrits sur leur performance. Autrement dit, l’une des principales réalisations des metooistes aura été de placer les relations sexuelles et amoureuses sous le signe de la peur. D’ailleurs, ils s’en vantent.

A lire aussi: Philippe Muray: Quand le désir devient délit

Tout cela, bien sûr, Muray l’avait prédit. Dans un texte génial intitulé « Sortie de la libido, entrée des artistes », paru en 2000 dans Critique, il écrivait : « Il est d’ores et déjà envisageable que l’on organise, pour tout ce qui relève de la sexualité, du désir, de l’orgasme, de la virilité, de la féminité, et aussi de l’éventail complet des anciennes “perversions”, et même, dans un temps proche, de l’homosexualité à son tour normalisée, des journées “portes ouvertes”, des semaines du patrimoine coïtal, comme on le fait déjà pour tant d’autres chefs-d’œuvre qui ne sont même plus, hélas, en péril. » Cependant, il s’est trompé sur un point. On ne commémore pas les plaisirs perdus de la sexualité d’antan. Au contraire, une propagande intensive s’emploie à nous convaincre qu’ils n’étaient qu’une déplorable survivance des cavernes, et que nous n’en avons plus besoin pour vivre. Sachez-le, sous la domination féminine, on ne rigolera pas.

Les Rien-pensants

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La domination masculine n'existe pas

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Conseil constitutionnel : la souveraineté populaire, pour quoi faire?


L’euphorie footballistique de ces derniers jours a couvert trois affaires liberticides pour les libertés publiques : la saisie de la dotation du Rassemblement national, le vote de la loi « fake news » et l’affaire du « délit de solidarité ». Dans cette dernière, le Conseil constitutionnel prend délibérément à revers la souveraineté populaire…


A lire aussi: La manœuvre liberticide pour noyer le Rassemblement national – La semaine liberticide (1/3)

A lire aussi: Vote de la loi « fake news » : l’hiver vient – La semaine liberticide (3/3)

Le Conseil constitutionnel présidé par Laurent Fabius a décidé de reprendre ses mauvaises habitudes. En « dépénalisant l’aide désintéressée aux migrants », il s’est livré à une petite opération qui se situe dans le droit fil d’une évolution qu’il a initié depuis déjà un moment et qui consiste à vider de sa substance l’article 3 de la Constitution française. L’article qui affirme : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice ».

Un Conseil pas si populaire…

Les lois votées par le Parlement entretiennent un rapport de conformité, c’est-à-dire de non-contrariété, avec la partie normative de la Constitution, le contenu qui organise le fonctionnement de la République. Par une décision du 16 juillet 1971, le Conseil constitutionnel avait intégré à la Constitution le préambule de celle de 1946. Elle avait décidé que la loi votée par le Parlement souverain devait être également « conforme » à un texte pourtant complètement proclamatoire. C’était déjà une limitation de la souveraineté populaire.

Depuis cette date, le Conseil a systématiquement mis en œuvre une technique qui a consisté à intégrer à la Constitution, dans sa partie normative, tout un tas de choses qui n’avaient rien à y faire. Avec toujours l’objectif de limiter l’espace de l’exercice de la souveraineté populaire. Celle-ci se retrouve donc en tenaille avec, de l’autre côté, l’Union européenne qui a sanctuarisé une partie du pouvoir de décision des peuples dans des traités non-modifiables, sinon par l’unanimité impossible des 27 pays membres.

Cédric Herrou, plus qu’un Français

L’exploit accompli le 6 juillet par le Conseil constitutionnel relève exactement de cette logique. Saisi par le transporteur de migrants, Cédric Herrou, soutenu par toute belle âme avide de bonne conscience, il a annulé une partie d’un texte voté par le Parlement et prévoyant la répression de l’aide au séjour irrégulier (c’est-à-dire illégal) d’étrangers en France. L’article L622–1 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile est ainsi libellé : « Toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers, d’un étranger en France sera punie d’un emprisonnement de cinq ans et d’une amende de 30 000 euros ». Visant la sanction d’aide au séjour irrégulier sans recherche de contrepartie, la cour suprême a déclaré contraire à la constitution les mots « au séjour irrégulier » figurant au premier alinéa de l’article L. 622-4 du Code. C’est donc ce que ses adversaires appelaient le « délit de solidarité » qui a été déclaré inconstitutionnel. Sous les ovations bruyantes de la cohorte des belles âmes rassemblées trop contentes d’obtenir l’appui du juge pour bafouer à cette occasion la volonté pourtant très claire du peuple français. Claire par la décision de ses représentants, mais également par toutes les études d’opinion qui démontrent que les Français, à près de 70 %, sont opposés aux nouvelles formes qu’a pris le trafic d’êtres humains.

Délit de fraternité

Pour faire ce cadeau aux belles âmes, le Conseil constitutionnel a trouvé une astuce. Rien dans la Constitution ne pouvait prohiber la création législative du « délit de solidarité » en tant que tel. Alors, dans les couloirs de la cour suprême, on a eu une super idée. L’article 2 de la Constitution proclame tout un tas de jolies choses et rappelle la devise de la République : « La devise de la République est « Liberté, Egalité, Fraternité ». » On va simplement dire qu’une devise a une valeur normative obligatoire et que par conséquent la « fraternité » est un principe constitutionnel. Tout ce qui, dans la loi, pourrait être contraire à la fraternité doit donc être prohibé. La grossièreté de la manipulation saute aux yeux. Quelle définition de la fraternité, quel contenu ? Est-elle réservée, ce qui serait logique, aux citoyens français ? Une fraternité universelle ne constituerait-elle pas un bel oxymore ? Quand et comment porte-t-on atteinte à la fraternité ? L’auteur de ces lignes appartient à une famille qui dispose d’une devise ancienne : « Toujours courant derrière la gloire ». Il est donc assez bien placé pour savoir l’absence de caractère normatif obligatoire de cette devise, sauf à la compléter par un ironique et justifié « sans jamais la rattraper ». Tout ceci serait au plus ridicule si cette démarche du Conseil constitutionnel n’était dangereuse pour la démocratie.

Les Français paieront

On se permettra d’abord quelques observations sur cette notion de « délit de solidarité ». Si l’on comprend bien, les opposants au texte voulaient que l’aide apportée au séjour sans sollicitation de contrepartie, c’est-à-dire la simple hospitalisée bénévole, ne puisse constituer une infraction. Ce pourrait paraître honorable, sauf que l’on sait bien qu’il n’y a jamais d’acte gratuit, et qu’il faut dépasser l’hypocrisie : le choix militant d’aider au séjour des migrants est une décision à caractère politique. Monsieur Herrou, est un activiste « no border » et n’a jamais caché son alignement sur la volonté du néolibéralisme de libre-circulation des capitaux des marchandises et des hommes. Cette intervention militante fait partie intégrante du système mis en place pour cette nouvelle traite qui commence avec des rabatteurs dans les pays en cause, passe par toutes sortes de mafias, se poursuit avec la livraison de leur cargaison par les O.N.G. puis ensuite, avec les cours de morale des belles âmes. Celles-ci d’ailleurs, après avoir offert, pour certains, un bol de soupe aux malheureux, exigent toujours la même chose : que ce soient les autres qui payent, c’est-à-dire la collectivité. « Les Français doivent payer, les Français paieront ». Avec souvent les cathos en première ligne qui nous bassinent avec Saint Martin, le légionnaire romain, et son manteau coupé en deux pour être donné à un pauvre. En oubliant scrupuleusement de nous rappeler le pourquoi de cette division. Eh oui, Martin, qui n’était pas généreux avec l’argent des autres, ne pouvait disposer du manteau, car la moitié conservée appartenait à l’État romain.

Le gouvernement déjuge

Il faut être clair ensuite. J’étais personnellement opposé à la rédaction de l’article L 622–1 et à l’incrimination de « l’aide au séjour irrégulier ». Non pas parce qu’elle était contraire à la fraternité (!) mais parce que la rédaction était trop large et violait le principe de spécialité auquel doit répondre toute incrimination pénale. Je souhaitais, pour ma part, que le texte soit revu, et les diverses hypothèses de faits considérés comme délictuels, détaillées. C’est ce qui était d’ailleurs prévu. Mais Laurent Fabius a préféré, au-delà du coup médiatique, une manipulation et un forçage qui sont gros de dangers. L’enjeu de cette affaire n’est pas la censure d’un article mal rédigé, mais la méthode utilisée qui conduit inéluctablement à renforcer les pouvoirs du Conseil à l’encontre de la souveraineté populaire. Le Parlement macronien travaille actuellement sur une nouvelle modification de la Constitution, déjà abîmée par les prédécesseurs de Macron, et qui finira de la déchiqueter. Dans une sorte de foire, ce ne sont que surenchère et concurrence pour y fourrer n’importe quoi. Travail dont le résultat ne va malheureusement que fournir des arguments à un juge fermement décidé à restreindre, voire empêcher l’expression la volonté de ce peuple qu’on déteste.

Pour combattre la « lèpre populiste », telle que Macron la qualifie, quoi de mieux que de disposer d’un outil constitutionnel facile à manipuler permettant de mettre le Parlement au pas ?

 

Demain: le vote de la loi « fake news »

« On est en finale »: quand tous les journaux sont « L’Equipe »

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L’expression « panem et circenses » est généralement convoquée pour critiquer les hommes politiques qui cherchent à faire diversion en flattant les basses passions des peuples. On condamne par là une attitude démagogique consistant à plaire aux gens de la plus vile manière afin de les rendre aveugles à leur propre asservissement.

Du pain et des jeux

A l’origine, la mission de veiller aux distributions de nourriture et à l’organisation des jeux n’était pas infamante du tout. C’était celle de certains magistrats à l’époque de la Rome républicaine. Sous l’Empire, elle devient l’apanage de l’empereur qui s’attache ainsi l’affection de son peuple, quelles que soient parfois les dérives sanguinaires de son autorité. Juvénal a immortalisé cette subversion dans sa dixième satire :

 […] Nam, qui dabat olim
Imperium, fasces, legiones, omnia, nunc se
Continet, atque duas tantum res anxius optat,
Panem et circenses.

« Ce peuple qui jadis avait la charge d’attribuer le pouvoir militaire, les faisceaux de licteurs, le commandement des légions, toutes les responsabilités, aujourd’hui se rabaisse et ne réclame plus que deux choses avec avidité: du pain et des jeux » (traduction personnelle peu élégante, mais proche du texte).

Mais l’empereur était seul coupable de cette manœuvre de manipulation, puisqu’il avait le contrôle absolu de sa communication.

Je n’ai rien contre le foot, mais…

Aujourd’hui, cette focalisation excessive sur certains événements sportifs est uniquement le fait des médias qui apparaissent ainsi plus que jamais comme « le parti de l’ordre » (Jean-Luc Mélenchon).

C’est peut-être ici que je dois glisser cette précaution oratoire : je n’ai rien contre le football. C’est vrai, j’ai même regardé presque tous les matchs de cette Coupe du Monde, dont certains seule, de ma propre initiative.

Mais quand, à l’issue d’un match (dans lequel la France ne jouait pas), j’ai seulement voulu jeter un œil aux titres de l’actualité du jour avant d’aller me coucher, et que j’ai constaté que toutes les chaînes d’information étaient en mode « débrief après match », je me suis dit que c’était quand même too much.

…quand Libé et Le Figaro font quasiment la même « une »

Le « journal des sports », petite séquence spécialisée, est fait pour cela, de même que les émissions du type « 20 heures foot » (CNews) et, bien entendu, la chaîne l’Équipe. Le journal télévisé peut rendre compte de l’événement sous un angle différent : scènes de liesse populaire, etc. Mais la confusion des genres est telle que…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux <<<

PMA pour toutes : le choix d’une société de marché

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Dans son rapport rendu, hier, le Conseil d’Etat ne voit pas d’obstacle juridique à l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes. Pour Erik Tegnér, candidat à la présidence des Jeunes LR, c’est la première étape d’une dangereuse généralisation de la PMA et de la GPA. Il appelle la droite à lutter contre ce risque.


Hier, le Conseil d’Etat a rendu son verdict : il ne voit aucun obstacle juridique à l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes célibataires, mais aussi aucune raison juridique d’interdire le maintien des règles actuelles. Il met ainsi à mal la rhétorique habituellement utilisée par les défenseurs de l’ouverture de la PMA aux femmes homosexuelles, contestant l’argument du principe d’égalité, du respect de la vie privée, de la liberté de procréer ou de l’interdiction des discriminations. Tout en mettant le législateur face à ses responsabilités, il alerte en outre sur les conséquences d’une telle extension, notamment sur les règles de filiation qui pourrait désormais être liées à la volonté et non plus au fondement biologique.

Ceci étant dit, il convient de rappeler les raisons pour lesquelles l’ouverture de la PMA pour toutes les femmes, d’un point de vue politique, ne peut être acceptée, contrairement à ce que souhaite Emmanuel Macron et à ce que laisse entendre – prudemment – le Conseil d’Etat qui appelle à la fin du statu quo, sans oser réellement donner sa position.

Le droit de l’enfant plutôt que le droit à l’enfant

Ceux qui se sont battus lors de « La Manif pour tous » en faveur de la préservation de la cellule familiale ne peuvent que se dresser contre le souhait quasi-assumé du gouvernement de porter une nouvelle atteinte aux droits fondamentaux de l’enfant. Malgré l’ampleur des dernières mobilisations, le gouvernement paraît ne toujours pas tenir compte des revendications populaires. Les Etats généraux de la bioéthique tenus récemment, où la majorité des votants s’est exprimée contre l’ouverture de la PMA, le prouvent bien. Faire fi d’une large partie de l’opinion dont les contestations affirmées sont objectivement principes de raison et non d’idéologie quelconque, doit nous alerter sur la conception que l’exécutif se fait de la démocratie.

A lire aussi: La PMA, pourquoi pas?

La PMA pour toutes est le fruit d’un mensonge, sinon d’une hypocrisie, qui ne cesse de s’affirmer au fil des discussions : celui de faire croire à l’existence du droit à l’enfant, notion inventée de toute pièce et qui consiste à appréhender la naissance d’un nouvel être aux grés des envies, et à la moduler telle une action cotée en bourse à l’instar d’une valeur marchande, que l’on acquiert plus que l’on n’accueille. Cet argument est d’ailleurs battu en brèche par le rapport même du Conseil d’Etat.

Au lieu du droit à l’enfant, considérons plutôt le droit de l’enfant : l’ouverture de la PMA pour toutes sous-entendant la négation des principes physiologiques d’infertilité en certifiant l’idée que toute personne peut prétendre à un enfant selon son envie immédiate. La science n’accompagne plus ici le processus de procréation, mais le remplace.

On n’arrête pas le « progrès »…

La logique de l’extension de la PMA est claire : elle doit permettre à des femmes, selon leurs envies, « d’obtenir » un enfant, y compris dans le cadre des couples lesbiens, afin qu’elles disposent des mêmes composantes que les couples non stériles. L’argument est assumé : c’est « au nom de l’égalité des droits » que la législation serait étendue. Je crois qu’il faut cesser de nier l’évidence. Lorsqu’une loi entre en vigueur, et particulièrement lorsqu’il s’agit d’un texte présenté comme vecteur de « progrès social », il ne fait nul doute qu’au nom du progrès justement, ce texte sera plus tard à nouveau élargi.

Rappelons à ce titre les débats sur l’adoption du Pacs par le gouvernement Jospin il y a vingt ans, lors desquels Elisabeth Guigou, alors Garde des sceaux, garantissait qu’il n’était pas question de reconnaître le mariage et l’adoption pour les couples du même sexe, et encore moins de leur ouvrir le droit à la PMA. Ici se trouve d’ailleurs l’idée sous-jacente de  l’extension de cette dernière : au nom des libertés individuelles et de l’égalité des droits, il faudra nécessairement étendre le « droit à l’enfant » aux couples gays. Et sera ainsi introduite dans la loi la gestation pour autrui. Le point d’orgue de la marchandisation des corps et des êtres sera alors balayé, et par là même toute notion de droit et de liberté, sur l’autel de la « sélection » des enfants, soumis au bon plaisir des adultes.

Qui peut nous garantir avec honnêteté et certitude que, d’ici quelques années, l’argument selon lequel la GPA se pratique de toute façon dans d’autres pays voisins ne sera pas à nouveau utilisé pour l’incorporer dans la loi française? Le rapport du Conseil d’Etat à ce sujet, qui récuse le lien entre PMA et GPA, comporte d’importants manquements. Il fait comme si l’argument de l’égalité des droits n’allait pas être utilisé par le politique, même si juridiquement il ne tient pas.

Derrière la PMA, le choix d’un modèle de société

Briser le lien entre l’enfant et la mère et soumettre celle-ci à une marchandisation du corps au service soi-disant de la science ? La rupture est consommée. Voulons-nous réellement de ce modèle sociétal ? La réalité est qu’on risque bientôt de voir étiquetés nos futurs enfants. Comment la politique peut-elle accepter une telle déshumanisation ?

Si tout converge vers l’idée que l’on se fait d’une société de marché poussée aux extrêmes, qui peut nous garantir que les intérêts des marchés ne supplanteront pas, à terme, l’humanité elle-même ? Le gouvernement emploie des méthodes qui dissimulent, derrière un pseudo comité d’éthique, des ambitions pour le moins dangereuses et néfastes pour la communauté nationale et à rebours de notre conception humaniste de la société héritée pour partie du monde judéo-chrétien.

L’économie de marché ne doit pas déborder sur une société de marché, où les droits et libertés deviennent privés, privatisés et privatisables ; où l’éthique n’a plus de place ; où les revendications d’une minorité dictent un mode de vie à la majorité, où il n’y a plus d’espace pour la remise en cause du « progrès ».

J’aspire à ce que la droite se prononce fermement sur ce sujet, attaque avec la plus grande détermination cette extension de la PMA et que la GPA soit condamnée au niveau européen, ce qui pourrait être porté par nos députés LR au Parlement à Strasbourg alors que nous faisons partie du Parti populaire européen (PPE), le groupe majoritaire.

Opposition légitime

Je souhaite que l’on cesse, par ailleurs, de caricaturer cette opposition, qui est une expression légitime, et de surcroît une volonté avant tout de bien commun pour l’enfant en tant qu’individu doté de droits.

Ce n’est pas parce qu’il n’a pas la possibilité de clamer quelle protection il attendrait de la société que la législation ne doit pas le protéger.

Démocrate, je refuse que nous imposions un changement radical de notre société, en nous basant simplement sur l’avis d’un comité d’éthique, le même qui, il y a quelques années, condamnait avec la même fermeté la PMA. Pourquoi ce qui semblait dangereux hier ne le serait-il plus aujourd’hui ?

La loi bioéthique semble devoir changer au gré de l’idéologie momentanée et minoritaire, alors qu’elle est principe de par sa définition d’immuabilité.

La droite doit se saisir de cette question avec fierté et détermination. Elle doit le faire au nom de la liberté, de l’ordre galvaudé par cette majorité gouvernementale « progressiste » qui n’en situe plus les bornes. Comme l’écrivait Flaubert, « la Terre a des limites, mais la bêtise humaine est infinie ».

C’est, au-delà d’une simple législation, une cause sociétale que nous devons défendre pour que l’enfant conserve ses droits d’être humain, et que jamais nous ne puissions prétendre décider de l’abolition de ces derniers.

La manœuvre liberticide pour noyer le Rassemblement national


L’euphorie footballistique de ces derniers jours a couvert trois affaires liberticides pour les libertés publiques : le « délit de solidarité », le vote de la loi « fake news » et la saisie de la dotation du Rassemblement national. Cette dernière a été rendue possible par une manœuvre déroutante et particulièrement inquiétante…


A lire aussi: Conseil constitutionnel : la souveraineté populaire, pour quoi faire? – La semaine liberticide (2/3)

A lire aussi: Vote de la loi « fake news »: l’hiver vient – La semaine liberticide (3/3)

Pendant que l’équipe nationale de football poursuivait son brillant parcours en Coupe du Monde trois événements se sont produits dans l’actualité française, chacun manifestant une volonté de mettre en cause et de réduire les libertés publiques. Rude semaine conclue par le discours du président de la République à Versailles devant le Congrès, qui fut loin d’être rassurant sur ce point.

Et un, et deux et trois zéros…

Le classement par ordre d’importance, fait apparaître en premier lieu la scandaleuse décision des juges d’instruction du Pôle financier qui à la requête du Parquet national du même nom ont fait saisir les deux millions d’euros de dotation publique que devait percevoir le Rassemblement national (RN), anciennement Front national. Comme d’habitude, les élites françaises toujours soucieuses de prendre la pose antifasciste, et toujours verrouillées dans leur culture de mépris du droit et des principes, n’ont pipé mot quand elles ne se sont pas réjouies de voir foulées aux pieds leurs propres libertés publiques.

Médaille d’argent pour, la nouvelle acrobatie du Conseil constitutionnel présidé par Laurent Fabius. L’annulation du fameux « délit de solidarité », nouveau coup porté à la souveraineté populaire, n’est en fait que la poursuite par cette institution d’un projet de restriction drastique des pouvoirs du Parlement.

Troisième place de ce triste podium : le vote en catimini par l’Assemblée nationale de la fameuse loi dite « fake news », dont la simple lecture fait se dresser les cheveux sur la tête de tout démocrate conséquent. Rude semaine disions-nous en effet, conclue par le discours du président devant le Congrès. Dont il a lui-même fait extraire un tweet dans lequel il nous assène son inquiétante conception de la liberté individuelle.

On savait déjà par Jean-Claude Juncker « qu’il ne pouvait y avoir de choix démocratique contre les traités européens (sic) ». Manifestement, il semble qu’Emmanuel Macron soit du même avis concernant l’exercice de son pouvoir en France. Pour combattre la lèpre populiste, comme il appelle l’opposition à l’Europe austéritaire, il n’est pas partisan des médecines douces.

La saisie de la dotation du RN ou l’apparente volonté de tuer un parti légal

La candidate du Front national, Marine Le Pen, a été bien utile lorsque la stratégie dite « du castor » l’a transformée en repoussoir et permis l’élection d’Emmanuel Macron. La perspective des européennes est moins séduisante, le désormais RN pouvant y jouer un rôle important. Comment l’en empêcher ? La solution a été trouvée avec le nouvel exploit ahurissant du couple infernal : Parquet national financier (PNF) d’une part et Pôle d’instruction du même nom. Les magistrats qui composent ces deux instances ont la tête sous le même bonnet. Après avoir chassé le Sarkozy pendant cinq ans et détruit la candidature de François Fillon, ils ont semble-t-il décidé de détruire le parti dont la candidate a recueilli près de 40 % des voix à la dernière présidentielle. En toute impartialité naturellement.

Petite description de la manipulation. Depuis la loi de 1990, il existe en France un financement public de la vie politique. Pour éviter le renouvellement des folies des années fric et juguler la corruption qui les accompagnait le législateur a adopté un système reposant sur trois principes : financement public des partis en proportion de leurs poids électoral, limitation des dépenses pour les campagnes, et contrôle par une autorité administrative indépendante. En ce qui concerne le montant des sommes attribuées à chaque parti politique, celui-ci est calculé sur la base des résultats électoraux lors des élections législatives. Qui est le seul critère juridique du calcul et le seul support juridique du versement. À partir du moment où vous êtes organisé en parti politique dans les formes prévues par la loi et que vous avez obtenu tel ou tel résultat électoral, l’État vous DOIT votre dotation. Ah oui, mais non, le PNF ne l’entend pas de cette oreille, suivi par deux juges d’instruction dont on se demande ce qui leur a pris.

Une loi contre le grand banditisme

Le Front national (devenu Rassemblement national) et certains de ses dirigeants font l’objet actuellement de poursuites, soupçonnés qu’ils sont d’avoir utilisé des attachés parlementaires européens à des fonctions directement politiques pour le parti lui-même. Pour l’instant, aucune décision de culpabilité n’a été prise. L’affaire est à l’instruction depuis plusieurs années et on est loin d’une décision de culpabilité au fond. Certains se sont alors visiblement demandé comment affaiblir, voire tuer le Rassemblement national, à l’approche de ce scrutin européen qui ne devrait pas lui être défavorable. Eurêka ! Utilisons un texte qui n’a rien à voir avec la matière traitée à l’instruction, un texte destiné à lutter contre le grand banditisme. C’est-à-dire la loi du 27 mars 2012 relative à la confiscation des avoirs criminels. D’après celle-ci, il est possible de confisquer, avant une éventuelle condamnation, les avoirs de personnes poursuivies, dès lors que le caractère frauduleux de leurs acquisitions entretient un lien direct avec l’activité criminelle. Le meilleur exemple étant celui de l’argent du trafic de drogue ayant permis l’acquisition d’une voiture de luxe, qui pourra donc être saisie. C’est une mesure qui met en cause le principe de la présomption d’innocence et qui est donc très encadrée. Tout d’abord, cette possibilité n’est envisageable que pour certaines infractions (voir la page trois de la circulaire), et ensuite l’ordonnance de saisie doit être motivée en particulier sur le lien étroit existant entre l’activité criminelle et l’acquisition du bien.

À l’évidence, l’utilisation de ce texte destiné aux gangsters et aux caïds n’a rien à faire dans la procédure actuellement suivie au Pôle financier. L’éventuel « détournement de fonds publics européens » ne figure pas dans la liste des infractions justiciables de la confiscation. Il n’y a ensuite, bien sûr, aucun lien direct entre celui-ci et la dotation que l’État doit au RN, le seul support juridique de celle-ci étant ses résultats électoraux.

Souriez, vous êtes berné

Il s’est quand même trouvé deux magistrats pour considérer qu’il y avait un lien direct entre le caractère éventuellement fictif des emplois d’attachés parlementaires européens et le versement de la dotation ! Avec le raisonnement suivant : les attachés parlementaires n’ont travaillé que pour le parti (ce qui reste pourtant à établir), et cela a permis au Rassemblement national (alors Front national) d’obtenir les résultats électoraux sur la base desquels est calculée la dotation ! Raisonnement abracadabrant, mais dont il semble bien que l’objectif soit de porter un coup qu’on espère probablement mortel à un parti légal qui bénéficie de la confiance d’une partie importante des citoyens français. Il est malheureusement probable que ce coup gravissime porté à la liberté politique dans notre pays ne suscitera aucun froncement de sourcils ni à la chambre d’instruction, ni à la Cour de cassation.

A qui le tour ?

Coup gravissime. Comment qualifier autrement un acte qui crée un précédent aussi dangereux. Alors comme ça, il suffira que le PNF ou n’importe quelle association saisisse un juge d’instruction pour des faits réels, anodins ou simplement imaginaires, pour que l’on puisse couper les vivres aux partis politiques qui gênent ? Les imbéciles, antifascistes de pacotille, qui se réjouissent bruyamment de ce qui arrive au RN feraient bien de réfléchir un peu et de comprendre qu’ils sont les prochains sur la liste. Comme je l’ai toujours fait, je continuerai à combattre le Rassemblement national, mais sur des bases politiques. Jamais avec des expédients liberticides mis en œuvre par ceux dont la mission fondamentale est pourtant de faire respecter la loi et les libertés publiques.

Comment une telle dérive dont les affaires Sarkozy et Fillon ont été les aspects emblématiques a-t-elle pu se produire ? Car de deux choses l’une : soit cette décision est le fruit d’une demande du pouvoir exécutif, soit le Pôle financier, flanqué d’un PNF apparemment connivent, est devenu un outil directement politique. La sélectivité du PNF dans le choix des procédures, qui ménage scrupuleusement les amis du pouvoir, la longueur des instructions Pôle d’Instruction financier (jusqu’à 25 ans pour Karachi) toujours dirigées contre les mêmes, et qui ne s’activent, en liaison avec les médias que pour des occurrences politiques, font peser sur les magistrats une lourde suspicion.

Et que dire de ce silence approbateur à l’Élysée et à Matignon ?

 

Demain: l’abrogation du « délit de solidarité »

Macron, l’islam et les religions: les républiques de la « partition »

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Las de la République française « une et indivisible », Emmanuel Macron semble vouloir régner pour mieux diviser. Et créer de petites républiques religieuses de France…


Emmanuel Macron a entrepris de faire du cauchemar éveillé de François Hollande une réalité. Dans Un président ne devrait pas dire ça, l’ancien président de la République reconnaissait qu’il y avait « un problème avec l’islam, c’est vrai. Nul n’en doute. », et de s’effrayer ensuite : « Comment peut-on éviter la partition ? Car c’est quand même ça qui est en train de se produire : la partition ».

La « partition », sa solution

La « partition » dont parlait François Hollande était évidemment celle du territoire national. Un pour les musulmans, un autre pour les non-musulmans. L’ex-président en parlait comme d’un risque. Pour sa part, son successeur a simplement imaginé d’en faire la solution. En effet, le président de la République française, Emmanuel Macron, ne propose rien moins que de rompre avec l’unité territoriale et politique de la nation… dans l’espoir d’acheter la paix sociale aux islamistes.

Une stratégie de dépècement du territoire national est à l’œuvre. Mais pour éviter qu’elle ne provoque un tir de barrage unifié, chaque étape du dépècement a été étalée et disjointe des autres séquences.

Attention à la laïcité !

La première étape a été politique, psychologique et communicationnelle. En décembre 2017, lors d’une réunion organisée par l’Elysée avec les représentants des six principales religions, Emmanuel Macron se serait « interrogé de manière critique sur la radicalisation de la laïcité ». Rien n’a filtré de cette réunion hormis cette petite phrase, à dessein sans doute. Le credo présidentiel y est tout entier contenu : c’est l’hostilité aux religions invasives du champ de la laïcité qui est le problème et non pas l’islam politique.

Ce n’est bien sûr pas l’église catholique qui souffre depuis 1905 du lien rompu avec l’État qui risquait de faire ombrage à cette conception très personnelle de la laïcité. Cependant, pour se faire un allié de cette même hiérarchie catholique, en avril 2018, Emmanuel Macron a répondu à l’invitation de la Conférence des évêques de France. Ainsi, dans le somptueux décor du Collège des Bernardins, devant plus de 400 personnalités catholiques, le président de la République française a-t-il livré un discours fleuve, érudit et lyrique, vide de toute proposition, hormis une allusion à « réparer » le lien « abîmé » entre l’Église et l’État. L’adoration des hiérarques catholiques fut totale. En juin 2018, il a suffi ensuite au président de devenir chanoine de Latran, comme ses prérogatives présidentielles l’y autorisent, de réaffirmer sa volonté « d’approfondir nos relations d’amitié et de confiance avec le Saint-Siège » pour achever de ligoter les catholiques – en tout cas leur hiérarchie – à sa personne, à défaut d’avoir formulé un projet.

Tout le pouvoir aux soviets !

La deuxième étape de la stratégie d’Emmanuel Macron a été de lancer un processus d’autonomisation de certains territoires de France en confiant les clés de la politique de la ville aux musulmans eux-mêmes. En mai 2018, très habilement, notre président a d’abord rejeté le rapport Borloo qui préconisait de réitérer une politique qui a d’ores et déjà échoué ; une politique consistant à acheter la paix sociale à coups de milliards d’euros dans les banlieues et les « no go zones » françaises. Emmanuel Macron a fait mieux : il a créé le Conseil présidentiel des villes, une structure de conseil politique, composée en majorité de notables musulmans et pour le reste de représentants d’associations qui travaillent dans les banlieues. Cette instance saura, on n’en doute pas, infléchir progressivement les fonds et les structures qui caractérisaient l’ancienne politique de la ville, vers des projets plus conformes aux vœux d’autonomisation des islamistes. Rien n’est définitivement établi car on ne bouscule pas aisément des institutions (Caisse des dépôts) et des dispositifs financiers (Agence nationale pour la rénovation urbaine, ANRU ; Office français de l’intégration et de l’immigration, OFII…). Mais, par impulsions successives, il n’est pas exclu que ce Conseil présidentiel, qui se réunit tous les deux mois, sache faire les bons choix.

Rappelons que cette idée de confier les clés de certaines villes aux associations (musulmanes) n’est pas nouvelle. Elle a été formulée pour la première fois par le conseiller d’État Thierry Tuot, dans un rapport intitulé La grande nation : pour une société inclusive, remis en février 2013 au Premier ministre de l’époque, Jean-Marc Ayrault. La principale proposition du rapport Tuot consistait précisément à transférer l’exercice de la politique de la ville aux associations, le rôle de l’État consistant seulement à les subventionner.

Pour compléter le dispositif, deux cavaliers législatifs ont été votés dans la « Loi de confiance », fin juin 2018. Le premier a aboli une large partie de la loi de 1905 sur le financement des cultes en dispensant les associations culturelles d’avoir à se déclarer comme groupes de pression. Cette mesure ouvre donc clairement la voie à un lobbying sans traces. Quant au second, il autorise les cultes à louer des biens immobiliers légués aux églises en contravention de la loi de 1905. Cette fois-ci, c’est un financement capitalistique des cultes qui se trouve ainsi permis.

Finance-toi toi même

La troisième étape est à venir et a fait l’objet d’une fuite dans Le Monde. Elle concerne l’autonomisation financière du culte musulman avec la taxation du hallal et des pèlerinages. Le projet tel qu’il se dessine à partir de cette note vise à supprimer toute anarchie dans les financements accordés par les pays d’origine. Il entend en outre construire un clergé musulman, franco-français sur le plan financier qui s’affirmerait respectueux – sur le papier – de la tradition républicaine. Mais quand on sait que l’imam de Brest, celui qui déclarait que la musique transformait l’auditeur en singe et en porc, est devenu en 2017, « référent-laïcité » diplômé de l’Université de Rennes, il est permis quelques doutes sur l’objectif recherché. La nomination d’un grand imam en la personne de Tareq Oubrou, Frère musulman à visage humain, constituerait la clé de voûte d’un édifice qui une fois finalisé correspondrait à un petit califat à la française. Le gouvernement aurait alors sans doute l’interlocuteur musulman qu’il cherche depuis vingt ans. Toutefois, sera-t-il encore en position de négocier quoi que ce soit puisque tout aura été consenti au préalable ? En effet, dans ce dispositif tout entier composé de carottes, aucun bâton n’a été pensé ni inséré.

En 1627, le cardinal de Richelieu a pris d’assaut La Rochelle, pour ramener les protestants dans le giron de l’État. En 2018, Emmanuel Macron fournit l’argent, le ciment et les pierres aux Français musulmans pour qu’ils bâtissent les murailles de leur citadelle communautaire, loin, très loin de la République et de la nation.

MACRON - BONAPARTE

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Elisabeth Lévy: Trump, président antiraciste ?


Contrairement à son prédécesseur, Donald Trump tente de limiter l’usage des critères ethniques dans le recrutement à l’université aux Etats-Unis. L’édito d’Elisabeth Lévy.


Pour nombre d’éditorialistes français, et même européens, Barack Obama est un champion de la cause noire et Donald Trump un fieffé raciste. Peu importe que le fantasque président blanc ait nommé la première femme noire général de brigade dans le corps des Marines et que, sous l’élégant président noir, l’Amérique ait connu une recrudescence des tensions raciales après que plusieurs adolescents noirs furent tombés sous les balles de la police. Quoi qu’il fasse, Trump est le visage du mal, l’homme que tous les beaux esprits de la planète se plaisent à détester.

Selon que vous serez Noir ou Blanc…

On peut gager que la décision du président actuel d’abroger les directives Obama qui encourageaient les universités à prendre en compte les critères raciaux dans la sélection de leurs étudiants ne va pas améliorer sa réputation. Pour les républicains universalistes que nous prétendons être, il ne devrait pourtant pas y avoir photo. Fille du politiquement correct née dans les années 1960, l’affirmative action est aussi injuste dans son principe qu’inefficace dans les faits. Non seulement, elle n’a pas permis de combler le fossé entre les Noirs et les autres communautés, mais elle nourrit les ressentiments. Comment éviter que des étudiants recalés au bénéfice de candidats moins performants se sentent victimes d’une discrimination tout à fait négative ? Le 4 juillet, le journal de France 2 a donné l’exemple d’un examen d’entrée en mathématiques, à Harvard : « Les Blancs n’ont ni bonus ni malus, les Asiatiques, qui, selon l’université, réussissent mieux en maths, partent avec un handicap de moins 140 points, les Hispaniques, avec un bonus de 130 points, et les Afro-Américains avec un bonus de 310 points. » On comprend que les étudiants issus d’une union Noir-Asiatique préfèrent se déclarer comme Noirs…

L’essentialisme qui ne se cache pas

Il faut croire en tout cas qu’il est permis, au nom de l’antiracisme, de mener des politiques racistes : comment qualifier autrement cet essentialisme qui ne se cache même pas ? Ce système semble en effet naturaliser des différences de niveau que l’on a échoué à réduire. Cela revient peu ou prou à dire aux Noirs et aux Hispaniques qu’ils sont structurellement trop nuls pour concourir à armes égales. S’il s’agit de les encourager, c’est une façon particulièrement humiliante de le faire. De plus, le risque est que les Noirs diplômés des grandes universités soient considérés comme des pistonnés, quand bien même ils n’auraient jamais, comme Barack Obama, bénéficié de ces procédures.

A lire aussi: Quand Libé se demande si sa rédaction est « blanche »

On comprend que ce système enrage pas mal de dents de candidats refusés. Aussi est-il l’objet de nombreux contentieux. Dernière affaire en date, à la mi-juin, l’association Students for Fair Admissions a ainsi porté plainte contre Harvard qu’elle accuse de discrimination à l’encontre des étudiants d’origine asiatique, qui se verraient systématiquement attribuer de moins bonnes notes que les autres sur la « personnalité positive » ou la capacité à susciter la sympathie.

Droit à l’indifférence

Ces dernières années, ces procédures ont conduit la Cour suprême à réaffirmer qu’il était légitime de prendre en compte les critères ethniques, tout en précisant que ceux-ci ne devaient pas être décisifs. Comme cette décision d’apparence équilibrée peut, dans les faits, signifier tout et son contraire, les présidents successifs ont été amenés à publier des directives qui fournissent aux universités une méthode pour la mettre en œuvre et qui, sans avoir force de loi, sont relativement contraignantes pour les établissements – qui ne peuvent s’y soustraire sans encourir une enquête fédérale. Les directives Trump, qui visent à limiter l’usage des critères ethniques dans le recrutement des étudiants, ne font que renouer avec la politique de George W. Bush.

Ceux qui caressent l’idée d’importer le système en France, en instaurant par exemple des quotas ethniques, devraient y réfléchir à deux fois. En focalisant les regards sur des différences que notre universalisme nous interdit de voir, ils ne feraient qu’entretenir les tensions qu’ils seraient supposés apaiser. À tout prendre, essayons plutôt de vendre Parcoursup aux Américains. Comme ça, tout le monde sera mécontent, quelle que soit son origine.

Les Rien-pensants

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Vote de la loi « fake news »: l’hiver vient

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Emmanuel Macron arrive au Congrès à Versailles, juillet 2018. SIPA. 00867182_000011

L’euphorie footballistique de ces derniers jours a couvert trois affaires liberticides pour les libertés publiques : la saisie de la dotation du Rassemblement national, l’affaire du « délit de solidarité » et le vote de la loi « fake news ». Cette dernière est totalement contraire au respect des droits de l’homme et aux principes de la République…


A lire aussi: La manœuvre liberticide pour noyer le Rassemblement national – La semaine liberticide (1/3)

A lire aussi: Conseil constitutionnel : la souveraineté populaire, pour quoi faire? – La semaine liberticide (2/3)

Depuis plusieurs mois, le président Emmanuel Macron et certains de ses ministres nous ont annoncé le dépôt d’un projet de loi destiné à lutter contre les « fake news ». On a entendu le président de la République nous dire « qu’ en cas de propagation d’une fausse nouvelle, il sera possible de saisir le juge à travers une nouvelle action en référé, permettant, le cas échéant, de supprimer le contenu mis en cause, de déréférencer le site, de fermer le compte utilisateur concerné, voire de bloquer l’accès au site Internet ». Le juge des référés, juge de l’évidence, nouveau dépositaire de la vérité objective ! Et disposant ainsi d’un droit de vie et de mort sur les médias sur la base de la simple accusation de « diffusion de fausses nouvelles ».

Taisez-vous Elkabbach (et tous les autres aussi) !

Finalement, Emmanuel Macron a jugé plus prudent que ce soit le groupe majoritaire qui saisisse l’Assemblée nationale d’une proposition d’abord intitulée « lutte contre les fausses nouvelles » puis « loi contre la manipulation de l’information ». La lecture de l’exposé des motifs et du texte lui-même est atterrante et ne peut que provoquer l’inquiétude de tous ceux qui sont attachés aux libertés publiques fondamentales. En particulier, à la plus importante d’entre elles : celle de la liberté de pensée et d’expression. Si ce texte était adopté, il constituerait une régression insupportable, et ouvrirait la voie à ce qui semble être l’objectif principal : empêcher l’expression sur Internet d’opinions qui ne seraient pas validées par le pouvoir et/ou par des instances médiatiques sélectionnées par ce dernier. Or la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, partie intégrante de notre Constitution, garantit cette liberté fondamentale.

Dans son interprétation, à l’occasion de l’arrêt concernant la fameuse loi Gayssot, le Conseil constitutionnel a admis qu’il puisse exister des limitations à celle-ci. Mais en exigeant « que les atteintes portées à l’exercice de cette liberté doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées à l’objectif poursuivi ». Or, ce qui est envisagé aujourd’hui excède largement le cadre posé par le juge constitutionnel. Françoise Nyssen, ministre de la Culture, n’a pas fait mystère du point de vue idéologique qui sous-tend cette initiative décidée par Emmanuel Macron, en déclarant publiquement que « la capacité de discernement des citoyens ne suffit plus » et qu’il « faut former les citoyens ». À la vérité officielle ? La ministre se place frontalement à contre-courant de l’héritage des Lumières, de l’héritage de la Révolution française et de toutes les traditions de notre pays. Ce legs de la liberté d’expression est incompatible avec la définition de la « fausse nouvelle » définie par l’article premier de la proposition de loi comme « toute allégation ou imputation d’un fait dépourvu d’éléments vérifiables de nature à la rendre vraisemblable ». Pardon ? Si j’affirme par exemple que Dieu existe, je ne peux fournir bien sûr aucun élément de preuve, vais-je tomber sous le coup de ce texte ?

L’hiver se prépare l’été

Tous les commentateurs honnêtes ont relevé son caractère liberticide. Profitant d’un hémicycle aux trois quarts vides, les manipulateurs du groupe LREM ont franchi la première étape et fait nuitamment voter le texte. Il est prévu que ces amoureux d’Anastasie profitent de l’été pour finaliser leur méfait. Les optimistes vont nous répondre que le Conseil constitutionnel ne laissera pas passer.

C’est une plaisanterie. Nous avons vu le peu de cas que cette institution fait des principes républicains.


Au moment de terminer cette petite trilogie liberticide, comment ne pas être saisi d’une sourde inquiétude. Les trois épisodes – la saisie de la dotation du Rassemblement national, l’attaque contre la souveraineté populaire du Conseil constitutionnel et le vote de la loi « fake news » – qui sont autant d’attentats contre des libertés publiques fondamentales, se sont déroulés dans une seule semaine.

A lire aussi: La manœuvre liberticide pour noyer le Rassemblement national – La semaine liberticide (1/3)

A lire aussi: Conseil constitutionnel : la souveraineté populaire, pour quoi faire? – La semaine liberticide (2/3)

Le détournement de la loi par des magistrats, chargé pourtant de la faire respecter, mais devenus incontrôlables, a été utilisé pour tenter de faire disparaître la deuxième force politique électorale du pays. Le Conseil constitutionnel vient de démontrer que la façon dont il conçoit son rôle ne le porte pas à être le garant d’un certain nombre de règles supérieures, mais l’outil de la mise en cause de la souveraineté populaire. Quant à la loi « fake news », la volonté de porter atteinte à liberté d’expression saute aux yeux. Il faut faire feu de tout bois pour tenter de contrer les succès électoraux de ceux qui s’opposent à la mise en œuvre des orientations décidées à Bruxelles. Cette inquiétude se nourrit en premier lieu du constat de la multiplication de ces événements, dont l’examen permet de caractériser la mise en œuvre d’une stratégie. Mais aussi de l’absence de réactions politiques de ceux qui devraient pourtant être en première ligne sur ces questions-là.

Une opposition sourde aux libertés publiques

Tout d’abord, existent au sein des élites dirigeantes des pays concernés, de forts courants fermement décidés à combattre la « lèpre populiste » à partir de l’application du principe « la fin justifie les moyens ». Habités souvent par une idéologie du camp du bien confronté à une populace égarée, ils ne sont pas du tout gênés devant l’utilisation de mesures attentatoires aux libertés ou illégales. L’épisode qui vient de se produire en Italie en est une nouvelle preuve. L’on apprend que la Cour de cassation, à l’instar du Pôle financier français, cherche à mettre sous séquestre la somme de 40 millions d’euros appartenant à la Ligue du Nord en garantie de sommes qui pourraient être dues par un ancien dirigeant de ce parti pour des faits remontant à 2008, et alors même qu’aucune condamnation définitive n’a été prononcée.

Ensuite, la faiblesse de la culture des libertés publiques au sein des élites politiques les amènent à des formes de complaisance avec cette tentation autoritaire, dès lors qu’elles pensent pouvoir en retirer un petit intérêt politicien. Le plus bel exemple en est l’absence totale de véritables réactions politiques au grossier raid judiciaire qui a permis l’élimination de François Fillon de la présidentielle et l’élection d’Emmanuel Macron. Et que dire aujourd’hui devant celle de Laurent Wauquiez, par exemple, qui semble se frotter les mains de ce qui arrive au parti de Marine Le Pen ? Sans mesurer que s’ils ne se tiennent pas tranquilles, les Républicains seront les prochains sur la liste. Ou celle de Guillaume Tabard dans Le Figaro qui juge la mesure prise par les magistrats du Pôle financier « parfaitement légale » ? Affichant ainsi un surprenant manque de vigilance devant ce qui saute aux yeux du praticien qui connaît un peu le fonctionnement de la boutique « pôle financier ».

Si l’on ne veut pas des heures sombres, il faut être attentif au côté où s’accumulent les nuages.

Comment Macron veut menotter les maires

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Emmanuel Macron en compagnie du maire de Voivres, Michel Fournier. Avril 2018. SIPA. 00855132_000002

En matière de politique, Emmanuel Macron n’aime pas la concurrence. Le président « versaillais » est engagé dans un processus de recentralisation des pouvoirs. Au détriment des élus locaux, et notamment des maires, qui voient leur fonction vidée de toute substance…


Acte un : on fait disparaître les maires du Parlement !

La loi sur le non cumul des mandats s’est révélée être (les observateurs avisés l’avaient pressenti) le premier acte d’une logique implacable menée par le gouvernement à savoir la mise sous tutelle des élus locaux et principalement des maires. Ce non-cumul a amené de nombreux maires, expérimentés en matière de vie locale et politique et attachés à leur commune, à refuser de se porter candidat. Qu’ils fussent de droite ou de gauche, et en tout cas issus des partis politiques dits classiques, s’ils étaient maires d’une commune de quelques dizaines de milliers d’habitants, ils auront préféré leur hôtel de ville à un siège dans l’opposition au palais Bourbon. C’est ainsi qu’un grand nombre de candidats peu connus des électeurs ont mené campagne pendant cinq semaines et se sont fait submerger par la vague des godillots aux éléments de langage formatés LREM (à ce titre il est intéressant de comparer les différents tracts de campagne des législatives des candidats LREM dans différentes circonscriptions pour se rendre compte de leur formatage).

Cela aboutit à obtenir une Assemblée nationale déconnectée du terrain (à titre d’exemple, la citation de Bruno Bonnell, député LREM : « Ce qui se dit en circo, je n’en ai rien à foutre ») qui pourra avaliser toutes les mesures du gouvernement tendant à réduire les marges de manœuvre et l’influence des maires dans les territoires. Il s’agit ici d’une recentralisation des pouvoirs, et la volonté du Gouvernement actuel laisse entrevoir un retour à une situation d’avant 1982 et des lois de décentralisation. Cette décentralisation a certainement des défauts et est parfois coupable d’entretenir le mille-feuille territorial, mais elle a pour elle de garantir qu’un certain nombre de territoires très éloignés de Paris puissent se faire entendre. C’était, jusqu’à présent, d’autant plus possible lorsqu’un maire d’une commune de quelques milliers d’habitants dans un département peu peuplé était élu parlementaire et était en mesure de porter et d’appuyer des dossiers directement dans les cabinets ministériels.

Même l’action territoriale s’en trouve affectée ; car dans la réalité, les maires qui étaient jusqu’alors député ou sénateur avaient « l’oreille » du préfet et des dossiers complexes pouvaient se régler parfois en quelques minutes par téléphone. Maintenant, les maires sont relégués à passer par leur sous-préfet d’arrondissement dans la plupart des cas. Ils peuvent saisir éventuellement leur député (pour la majorité issu de LREM) qui, sans vouloir généraliser, ne maîtrise pas les enjeux locaux car, pour beaucoup, parachutés ou absents de leur circonscription.

Acte deux : On leur fait les poches !

Les lois de finances et de programmation des finances publiques 2018 instaurent à présent des contraintes sur les dépenses des collectivités tant en matière de fonctionnement (contractualisation et maitrise de l’évolution des dépenses pour les grandes collectivités – ce qui, via les établissement publics de coopération intercommunale, se répercutera sur toutes les communes quelles que soient leurs tailles) qu’en matière d’investissement (contrôle de la capacité de désendettement avant de pouvoir recourir à l’emprunt). Les communes sont contraintes de bloquer leurs dépenses de fonctionnement selon un ratio décidé par l’Etat, sans tenir compte des spécificités locales, et ne pourront plus emprunter dans certains cas selon un ratio ici aussi décidé par l’Etat de manière généralisée. Elles devront donc différer la réalisation d’équipement dont la nécessité pour les habitants pourrait être urgente (crèches, écoles, rénovation de voirie…).

La dotation globale de fonctionnement a été plus ou moins maintenue en 2018 par rapport à 2017 (noter le seuil historiquement bas atteint en 2017), mais, par des phénomènes de péréquation (c’est-à-dire : ce que je donne à l’un je le retire à l’autre), ce sont 18 000 communes qui ont vu leur dotation baisser. Je rappelle que cette dotation ne correspond pas à de la charité mais bel et bien à une obligation constitutionnelle : l’Etat doit donner aux collectivités les moyens financiers pour exercer des compétences qu’il aurait dû lui-même assurer.

A lire aussi: Fonctionnaires: on peut virer les bons, pas les mauvais

Quand l’Etat transfère des financements à certaines collectivités, il le ponctionne toujours dans les budgets des autres collectivités (fonds de péréquation intercommunal et communal, fonds de solidarité de la région Ile-de-France, dotation de solidarité urbaine ou rurale).

La suppression de la taxe d’habitation engendrera une nouvelle dépendance des communes vis-à-vis de l’Etat comme c’est toujours le cas lorsqu’on remplace un impôt local, dont le taux est voté par le conseil municipal, par une dotation. La dynamique de cet impôt (due notamment à l’augmentation du nombre de contribuables et à la revalorisation annuelle des bases fiscales) sera perdue car non compensée – le montant reversé par l’Etat sera fixé sur le produit de la taxe en 2017.

Un rapport récent du comité des finances locales démontre que 60% des allègements fiscaux décidés par l’Etat ne sont pas compensés auprès des collectivités territoriales.

Acte trois : on leur dit comment utiliser ce qui leur reste en caisse !

Les conséquences à redouter de ces différentes mesures sont les suivantes :

– Les collectivités territoriales qui étaient les principaux porteurs de l’investissement public (70%) deviennent à présent responsables du désendettement public d’où un impact fort sur les contrats et marchés de travaux pour les entreprises privées, notamment en BTP.

– La perte d’autonomie des collectivités : le rapport Pisani-Ferry flèche les investissements à privilégier (rénovation thermique, mobilités…). Privées de la possibilité d’emprunter et avec une capacité d’autofinancement réduite, les communes perdront de leur pouvoir décisionnel en matière d’investissement. Indirectement, l’Etat en décidera à leur place en les alimentant par des fonds de concours fléchés et « critérisés ». Ainsi, les communes devront suivre ces investissements priorisés si elles désirent obtenir des financements pour investir. On peut s’attendre à ce que les priorités du gouvernement soient données au développement des pistes cyclables, à l’installation de bornes de recharge pour véhicules électriques, à la création de pépinière d’entreprises numériques ; autant d’axes de développement qui ne relèvent pas des considérations premières des administrés qui attendent de leurs élus locaux de la sécurité, un cadre de vie propre et valorisé, des crèches, des équipements sportifs ou culturels attrayants.

Les critères retenus pour l’attribution de fonds de concours versés par l’Etat seront à n’en pas douter le taux de logement social dans la commune, le revenu par habitant et des indices calculés par des pontes de Bercy et qui seront invérifiables pour la grande majorité des communes.

Acte final : on rend les maires inutiles aux yeux des administrés

L’Etat reprendra le leadership sur les investissements des collectivités locales ; on pourrait revenir à une forme de contrôle de l’État a priori comme avant les lois de décentralisation de 1982. Le maire devait solliciter l’avis du préfet représentant l’Etat pour toute mesure importante.

Le maire demeure l’élu préféré des Français. Le baromètre du Cevipof (laboratoire mixte Sciences Po et CNRS) en 2015 indique que 66% des Français font confiance à leurs maire et conseillers municipaux contre 23% pour le président de la République. Peut-on y voir une pointe de jalousie pour expliquer une telle volonté de discréditer le rôle des élus locaux ? A mon avis, il s’agit plutôt de mépris : entendue récemment par la commission d’enquête sénatoriale sur la haute fonction publique, Marylise Lebranchu, ancienne ministre de la Fonction publique, décrit la méconnaissance et le dédain énormes qu’ont les grands corps de l’Etat pour l’administration territoriale et les élus locaux.

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Les maires n’auront plus les moyens financiers pour réaliser leurs engagements de campagne ; leurs bilans risquent d’être médiocres en 2020 à cause des baisses des dotations et de l’augmentation des prélèvements intervenus après leur élection en 2014.

L’autre prérogative importante d’un maire, outre le développement de projets d’équipements et de services au bénéfice de ses administrés, est l’exercice du droit des sols en matière d’urbanisme. Et cette question mérite en elle-même un article complet ; je ne donnerai ici que l’idée du principe qui vise à technocratiser l’urbanisme des communes en renvoyant la compétence des plans locaux d’urbanisme (PLU)  – documents réglementaires qui fixent les droits à construire selon les parcelles et les axes de développement de la ville pour au moins 15 ans – aux établissements intercommunaux – entités très peu connues par les administrés – qui regroupent parfois un grand nombre de communes. Il s’agit là d’un moyen de faciliter l’installation dans une commune de quelques équipements peu réclamés par la population : déchetterie, plateforme logistique, parking de supermarché, aires d’accueil des gens du voyage, logements sociaux.

Si on continue cette entreprise de destruction du rôle de l’élu local, nous obtiendrons des maires qui ressembleront davantage à des bourgmestres (Belgique, Allemagne…) dont la principale activité sera de célébrer des mariages.

En finir avec tous les prélèvements à la source

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Le président de la Commission des finances de l’Assemblée Eric Woerth s’est prononcé contre le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu. Tant mieux, le prélèvement à la source déconnecte les citoyens de ce qu’ils payent vraiment.


Eric Woerth a écrit, dans Le Figaro, un article conseillant de renoncer à la mise en œuvre du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu (IR). Ecrivant dans le même sens depuis l’apparition de ce projet, sous Hollande, je me réjouis de voir le président de la commission des finances de l’Assemblée adopter cette position. Et je propose (une fois de plus), en vertu de la même logique, de mettre fin au prélèvement à la source des cotisations sociales.

L’idée maîtresse de ce parlementaire qui fut ministre du Budget est que l’IR soit prélevé (comme il l’est déjà dans beaucoup de cas) sur le compte bancaire du contribuable, au lieu de faire jouer à l’entreprise un rôle de collecteur d’impôt. Le prélèvement à la source, dit-il fort justement, donne au salarié le sentiment que son travail est moins bien rémunéré qu’il ne l’est en réalité : sa valeur psychologique est en effet le montant que l’employeur fait créditer sur le compte de son employé. Eric Woerth ne va cependant pas au bout de cette idée profondément juste. Poursuivons donc plus avant l’analyse et les propositions.

L’impôt et les cotisations sociales paient des services rendus aux citoyens

Pour cela, il convient de rappeler que les impôts et les cotisations sociales ne sont pas des prélèvements sans contrepartie, comme on le dit trop souvent, mais des achats de services. Nous avons besoin de forces de l’ordre, de tribunaux et de prisons, de forces armées, d’écoles, de voies de circulation, de soins médicaux, de retraites, de prise en charge des personnes handicapées ou en difficulté professionnelle, etc. : comme le dit le philosophe Philippe Nemo dans son excellente Philosophie de l’impôt, nous consommons ces divers services, et naturellement nous devons les payer !

Le bon sens étant peu répandu, il est rare d’appliquer l’idée d’échange à la sphère publique. Bien entendu, il ne s’agit pas d’un échange marchand, mais d’un échange fraternel : le riche cotise ou paie sous forme d’impôts et de cotisations, à service égal, davantage que le pauvre. Mais, « fraternel » plutôt que « marchand », il ne s’agit pas moins d’un échange entre des titulaires de revenus et les producteurs de divers services. Notre société, notre économie et nos institutions (Etat, collectivités territoriales, sécurité sociale) pâtissent de la doxa selon laquelle ces services devraient être financés par des prélèvements obligatoires sans contrepartie.

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Il est politiquement correct de considérer que nos paiements d’impôts et de cotisations sociales ne donnent droit à rien. La plus importante exception concerne les retraites par répartition et, ironie du sort, pour une fois qu’elle accepte un principe donnant-donnant, la doxa se fourre le doigt dans l’œil jusqu’au coude, en soutenant l’idée saugrenue selon laquelle nos cotisations vieillesse doivent nous donner droit à des pensions futures. Un enfant de CM2 comprendrait que les cotisations vieillesse, immédiatement reversées aux retraités actuels, ne préparent pas les pensions futures de ceux qui les versent ; pourtant le président de la République lui-même a hélas entériné cette sornette en lançant son slogan selon lequel un euro cotisé doit fournir le même droit à pension quel que soit celui qui l’a versé ! Comme si cet argent, remboursement de la dette contractée envers ceux qui se sont occupés de nous durant notre enfance et notre jeunesse, devait nous donner des droits sur les nouvelles générations !

C’est tout ce marécage intellectuel relatif à la Sécurité sociale et aux services publics que nous devons assécher pour disposer enfin d’un climat politique et social qui ne soit plus pollué par ses miasmes. Il nous faut enfin réaliser que la sphère de l’échange a vocation à s’étendre à la plus grosse partie des quelque 45 % du PIB qui en sont actuellement exclus, sous prétexte qu’il s’agit de protection sociale ou de services publics.

Impôts et cotisations sociales doivent être payés directement par les ménages

Ce que dit Eric Woerth de l’IR doit être étendu à la plus grande partie de la sphère publique. Le citoyen doit avoir pleinement conscience du fait qu’il paye pour avoir droit à des services – y compris celui de bénéficier d’une sorte de providence publique qui ne laisse personne mourir de faim, de froid ou de manque de soins. Qui peut être certain de ne pas se retrouver un jour pauvre comme Job ?

Pour que cette prise de conscience ait lieu, il convient de réformer notre système de financement des pouvoirs publics (nationaux et territoriaux) et de la protection sociale, en faisant apparaître clairement ce que chacun gagne, et ce qu’il verse pour disposer de ces services.

Dans cette perspective, la vérité doit être faite sur la véritable rémunération du travail salarié.

Premièrement, la notion même de cotisation patronale, distincte des cotisations salariales, doit être abandonnée : il s’agit d’un reliquat du XIXe siècle, qui n’a plus d’autre raison d’être que permettre aux organisations patronales de se plaindre de crouler sous les « charges sociales ». Laissons les individus et les ménages payer eux-mêmes leur couverture sociale, et se rendre ainsi compte à la fois de ce qu’ils perçoivent vraiment de leur employeur, et du prix très élevé de la protection sociale.

Deuxièmement, évitons de faire l’erreur de prélever à la source les impôts directs, CSG et IR principalement. Toutes ces sommes doivent impérativement transiter par les comptes des particuliers, pour que la réalité économique ne soit pas occultée. C’est ce que propose Eric Woerth en écrivant qu’il faut « prélever l’impôt directement sur le compte bancaire, et non sur la feuille de paie ». Et c’est ce que je propose depuis plusieurs décennies en ce qui concerne les cotisations sociales.

Vérité des rémunérations, vérité des prix des services publics, c’est ce dont la France a le plus grand besoin pour devenir à la fois plus performante et plus démocratique. Savoir très concrètement, sous forme de crédits et débits sur nos comptes en banque, ce que nous gagnons et ce que nous dépensons, cela devrait faire partie d’une version actualisée de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Certes, il serait malséant de réécrire ce texte fondateur, mais il est indispensable d’en fournir une lecture moderne, particulièrement en ce qui concerne les articles 13 et 14 qui concernent la « contribution commune » qui doit être « également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés », et dont « les citoyens ont le droit de constater (…) la nécessité ».

Un bandeau a été plaqué sur nos yeux concernant une bonne partie des impôts et des cotisations sociales ; il faut que nous adoptions une vision réaliste de ces prélèvements obligatoires. C’est ce droit de l’homme et du citoyen qui est déjà largement battu en brèche par l’organisation actuelle du recouvrement des cotisations sociales et de certains impôts, à commencer par la CSG. Il faut non seulement éviter que cet aveuglement du citoyen soit augmenté par le prélèvement à la source de l’IR, mais aussi redonner de la visibilité aux autres prélèvements obligatoires. La vérité doit apparaître, que ce soit dans sa splendeur, comme disait le pape Jean-Paul II, ou dans sa nudité, en sortant du puits, comme le veut le proverbe. Mais n’oublions pas que la vérité n’apparaît que si nous la faisons !

Labyrinthe

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La retraite en liberté

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#Metoo, la révolution antisexuelle

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Avec #Metoo, le camp néoféministe nous fait vivre sous le double régime de la plainte et de la colère. Sacralisant la parole victimaire des femmes, ce mouvement sacrifie le mâle hétérosexuel blanc, pourtant depuis longtemps tombé de son piédestal. Hygiéniste, égalitariste et inquisiteur, le nouveau monde nous fait déjà regretter l’ancien.


Le métro est une jungle, on le sait depuis que la parole des femmes s’est libérée. (Jusqu’à la chute de Weinstein, les femmes se taisaient, on me l’a souvent reproché.) En mars, une campagne d’affichage montrait des femmes menacées par diverses bêtes féroces… dans les transports publics. « Voilà ce que nous vivons tous les jours », racontaient des jeunes filles aux innombrables micros qui se tendaient. Alors, nous ne sommes pas tous des bombasses de 25 ans et il est possible que certaines soient moins harcelées que d’autres… Mais en été, des bombasses, il y en a pas mal, de toutes origines et souvent court vêtues, qui trottinent dans nos villes. Elles n’ont pas l’air de réaliser qu’elles se baladent à Jurassic Park, mais peut-être les touristes sont-elles ignorantes de nos mœurs préhistoriques.

Le monde est une rame de métro

Justement, l’autre jour, sur la ligne 1, à Paris, j’étais assise sur un strapontin quand, à Nation, un spécimen (local) à longues jambes est entré, casque sur les oreilles, en tenue de sport, short, brassière et queue-de-cheval blonde et impeccable, seules quelques gouttes de sueur témoignant qu’elle venait de courir. Elle s’est plantée au milieu, accrochée au mat d’acier prévu à cet effet, parfaitement indifférente au monde qui l’entourait. Et comme, dans le métro, personne ne se pense observé (à raison en général), j’en ai profité pour mater. Pas la fille, les hommes autour. Il y en avait une quinzaine à portée de vue, de tous âges et origines. Pas un n’a levé le nez, même pour zyeuter en loucedé. Ceux qui n’avaient ni livre, ni journal, ni téléphone regardaient devant eux, croisant inévitablement le ventre bronzé de la fille. Rien, pas une lueur, pas un soupir pour la beauté se trouvant devant eux. Bienvenue dans le nouveau monde, ai-je pensé.

Une féministe acharnée peut jouir d’être un objet sexuel

On me dira que la rame suivante était certainement pleine de frotteurs, harceleurs et autres abuseurs. Et qu’il faudrait justement que la planète soit à l’image de ce métro : sure et asexuée. Sûre parce qu’asexuée. Il y a un point sur lequel les metooistes ont raison – d’ailleurs, on ne les avait pas attendus pour le savoir –, c’est que la sexualité est une affaire dangereuse : pas parce que tous les hommes sont des violeurs en puissance, parce qu’elle met en jeu des pulsions que nous ne savons pas bien contrôler, et dévoile nos ressorts intimes, ce qui fait qu’une féministe acharnée peut jouir d’être un objet sexuel. Mais il y avait jusque-là un consensus dans les sociétés humaines pour penser que le jeu en valait la chandelle et que les délices, autant que les tourments, valaient qu’on prît quelques risques. Il est vrai que la survie de l’espèce était en jeu. Quand nous aurons adopté la PMA-GPA pour toutes et tous, on pourra procréer sans avoir à croiser l’autre sexe, même pour un coup d’un soir. Quel soulagement. Et quel ennui.

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Il ne s’agit pas de regretter le temps où le corps des femmes était à la disposition des hommes, révolu depuis plusieurs décennies dans nos contrées – ce qui ne signifie pas, évidemment, qu’il n’en reste aucune séquelle ni qu’il ne se trouvera pas toujours des individus des deux sexes pour transgresser la règle selon laquelle mon corps m’appartient. La libération des femmes n’a pas commencé avec Sandra Muller, l’ineffable créatrice de Balance ton porc, traumatisée parce qu’un homme lui avait dit dans une soirée : « Tu as de gros seins, je vais te faire jouir toute la nuit. » (Promesse ou menace non suivie d’effet.) Pour Marcel Gauchet, ce ne sont pas les fracas de #metoo qui constituent la véritable révolution, mais « la fin de la domination masculine », bouleversement initié avant que les victimes de Weinstein ne songent à faire du cinéma : « Dans le monde occidental, la page est tournée, écrit-il. Cela ne veut pas dire que l’égalité s’est miraculeusement imposée sans partage. Cela veut dire que l’inégalité n’a plus le moindre ancrage légitime, ce qui libère la place pour le travail, toujours difficile, de l’égalité. »[tooltips content= »Marcel Gauchet, « La fin de la domination masculine », Le Débat, n° 200, mai-août 2018. »]1[/tooltips]  Et, alors qu’on nous décrit des vieux (c’est-à-dire quinquas et plus) mâles blancs accrochés à leurs privilèges, Gauchet ajoute que la perte de leur pouvoir a au contraire été accueillie « sans déplaisir par le plus grand nombre des intéressés » : « Jamais dominants ne se seront accommodés avec autant d’aisance de l’abandon de leurs prérogatives. » Il faut croire que, la domination, ce n’était pas non plus marrant pour les hommes.

Un tableau complètement délirant des relations entre les sexes

Au lieu de nous réjouir des immenses progrès accomplis, nous vivons depuis plus d’un an sous le double régime de la plainte et de la colère. Il faut donc s’interroger sur les desseins cachés et sans doute largement inconscients de la croisade féministe actuelle. Le camp #metoo détient l’arme absolue, la parole victimaire sacralisée – qu’il est donc proprement sacrilège de mettre en doute. Ainsi a-t-il réussi à installer dans les médias et dans pas mal d’esprits, notamment jeunes, un tableau complètement délirant des relations entre les sexes en France. Dans ce récit, les porcs ne sont plus l’exception, mais la règle, et la vie des femmes est un enfer, dans tous les milieux, de la chambre à coucher au boulot, de la maternité à la retraite. Pour découvrir ce monde fantasmatique, on peut s’infliger sur YouTube la vidéo d’un « Concours d’éloquence » contre le sexisme organisé en grande pompe le 10 juin par France Culture et la Fondation des femmes : du génocide des femmes au partage des tâches ménagères, en passant par les petites filles éduquées pour le plaisir des hommes, ce fut une litanie de pleurnicheries performatives. Pour signaler aux participantes qu’elles devaient conclure, on faisait passer sur la scène un énorme utérus en peluche, appelé « Roudoudou » – non je n’invente pas, même Christiane Taubira, présidente du jury, a trouvé douteuse cette forme hygiéniste d’exhibitionnisme. L’une des participantes, après avoir longuement ratiociné, chiffres à l’appui, sur le scandale de l’épisiotomie, a conclu en citant Milan Kundera, qui ne méritait pas cette offense : « Qui perd son intimité a tout perdu. » Certes. Seulement, sur les réseaux sociaux, la parole ne se libère que pour renoncer volontairement à toute intimité – comme si le comble de la liberté, pour les femmes, était de pouvoir montrer leur sexe sans que cela n’offusque ni n’intéresse personne. Les victimes, réelles ou supposées, se font un devoir d’exposer l’intimité dont elles se plaignent qu’on l’ait agressée, mais aussi celle des présumés coupables qui voient leur vie, ou plutôt un récit à charge de celle-ci, jetée en pâture à des journalistes que le goût du sang excite et que les scrupules n’étouffent pas. « Donne les noms et les détails », ordonnait le tweet inaugural de Sandra Muller.

Avocate-pénaliste, Sophie Obadia intervient souvent dans des affaires de crimes sexuels, pour les victimes ou pour les auteurs, comme on dit. D’après elle, la consigne est enfin passée dans les commissariats où aucun policier n’oserait plus renvoyer en ricanant une femme qui dit avoir été agressée ou violée. Il est trop tôt pour dire si la vie des vrais prédateurs sera réellement plus difficile (ce qui est fort souhaitable), mais il est salutaire que l’on écoute les victimes, quitte à démontrer plus tard qu’elles ont menti ou réécrit l’histoire. L’avocate s’attend en effet à une recrudescence de plaintes inspirées par le remords d’avoir cédé ou, plus souvent encore, par le désir de vengeance : « Récemment j’ai vu débouler dans mon cabinet une jeune femme qui avait porté plainte contre un gars avec qui elle avait eu une histoire et qui, disait-elle a posteriori, l’avait violée après une soirée arrosée. Le type, du même âge qu’elle, présidait l’association étudiante à laquelle elle appartenait et elle se racontait, tout excitée, une affaire d’abus de pouvoir : “moi aussi ça m’arrive”. J’ai refusé l’affaire. Les victimes imaginaires ont toujours existé, et les accusations de viol contre des puissants aussi. Mais maintenant que tout sort sur la place publique, ce genre d’accusation est une bombe ! » Tout, à commencer par les noms des présumés coupables et le récit circonstancié de leurs turpitudes présumées. Depuis les débuts de l’affaire Weinstein, des centaines d’hommes célèbres ou connus, puissants ou influents, ont été condamnés à la mort sociale, sans pouvoir faire appel de cette sanction qu’aucun juge n’a prononcée (voir l’article « Justice pour les mâles blancs »). Expéditive et vengeresse, la justice des réseaux sociaux ne connaît ni le doute ni la clémence.

« La Femme aura Gomorrhe et l’Homme aura Sodome »

Ces victimes collatérales sont autant d’exemples qui doivent faire réfléchir tous les hommes, en particulier ceux qui ont le tort d’aimer trop les femmes pour n’en aimer qu’une, qu’on les appelle dragueurs, hommes à femmes ou salauds. Les féministes du siècle dernier, qui croyaient que l’égalité produirait une harmonieuse réconciliation des hommes et des femmes, ont sans doute contribué à jeter le soupçon sur la différence qui les attirait les uns vers les autres, source de nombreux emmerdements depuis Ève. Celles d’aujourd’hui, qui s’emploient en même temps à nier cette différence – « la biologie n’existe pas, tout est construction sociale » – et à la naturaliser – « les hommes sont des porcs » –, sont peut-être en train de hâter la séparation annoncée par Vigny dans La Colère de Samson : « La Femme aura Gomorrhe et l’Homme aura Sodome ; Et, se jetant, de loin, un regard irrité, Les deux sexes mourront chacun de son côté. »  Sauf que personne ne mourra puisque, répétons-le, la procréation se passera bientôt de la rencontre.

Peggy Sastre affirme que la révolution sexuelle n’a pas eu lieu. Avec #metoo, nous assistons même à une révolution antisexuelle. « Faisons la révolution du désir ! », proclamait la comédienne Nathalie Portman (qui a subi des abus très jeune) lors de la Marche des femmes de Washington, le 20 janvier. Il y a quelques raisons de craindre que cette révolution soit une disparition. C’est aussi une affaire de générations : ce sont surtout des jeunes femmes qui jugent désirable un monde où les femmes ne seront plus des objets de désir, pour la bonne raison qu’on en aura fini avec le désir, masculin en tout cas, celui-ci étant par nature brutal pour ne pas dire vicieux et dégoûtant. Et ce sont des jeunes gens qui battent leur coulpe sur la poitrine de leurs aînés, et qui, malgré leurs 20 ans, ne semblent pas avoir envie de sauter sur tout ce qui bouge. Taratata, me souffle un ami, ils font semblant pour draguer, c’est tout. Pas sûr. Ces nouveaux hommes ne sont sans doute pas majoritaires, même dans la jeunesse. Mais ils sont peut-être le visage de l’avenir.

Nous assistons à la naissance d’un nouveau monde

Aucune féministe, évidemment, ne proclame qu’elle veut éradiquer le désir, tout au plus prétendent-elles le pacifier. Peut-être cette entreprise de normalisation butera-t-elle sur les innombrables ruses de la libido humaine, mais elle marque des points. Ainsi les candidates au concours Miss America ne défileront plus en maillot de bain ni en robe de soirée, mais devront, à la place, dialoguer avec le jury et présenter, ce n’est pas une blague, un projet humanitaire. « Ce ne sera donc plus un concours de beauté, mais de charisme, d’intelligence, d’engagement dans le monde », précisent les organisateurs.

Qu’une jolie femme n’attire plus les regards des hommes prouve bien que nous assistons à la naissance d’un nouveau monde où ce que nous appelons aujourd’hui séduction n’aura plus cours, en tout cas pas dans ses modalités actuelles qui reposent, non pas sur une inégalité, mais sur une dissymétrie selon laquelle la femme cherche à plaire et l’homme à conquérir. Certes, nous pouvons heureusement, comme individus, échapper à ces partitions ou les panacher avec d’autres. Reste que cette petite musique, qui accompagne les jeux sexuels depuis des millénaires, a dû s’imprimer dans notre cerveau reptilien. Sinon, comment expliquer que même les femmes les plus « humanitaires et engagées » continuent à claquer en fanfreluches des sommes que leurs coquins trouvent très exagérées ? Faudra-t-il, pour parfaire l’égalité, que nos amants soient dingues de godasses et de produits de beauté ?

#Metoo a placé les relations sexuelles et amoureuses sous le signe de la peur

En attendant que les hommes deviennent des femmes comme les autres, on pourrait se dire que la vie concrète continue, avec ses aléas, ses rencontres, ses plaisirs, ses déceptions et ses souffrances. Sauf que, déjà, de nouvelles règles, écrites ou pas, s’imposent aux rapports amoureux, en particulier dans la zone grise du consentement, là où la bouche dit « non » et les yeux « oui ». Et ne croyez pas que « qui ne dit mot consent ». Pionnière en la matière, la Suède vient d’adopter une loi qui définit comme viol « tout acte sexuel commis sans accord explicite, même en l’absence de menaces ou de violences ». Qu’une telle définition autorise le revirement, la vengeance ou la pure et simple crasse n’a pas gêné le législateur. Pour les hommes, ce consentement que l’on peut retirer a posteriori est une épée de Damoclès plutôt tue-l’amour. Beaucoup ne couchent pas avant que l’élue, ou l’élu, leur ait signifié son accord, par écrit et très clairement. Et quand ils ont oublié cette précaution élémentaire, ils s’emploient dès le lendemain à obtenir par la ruse des commentaires élogieux et toujours écrits sur leur performance. Autrement dit, l’une des principales réalisations des metooistes aura été de placer les relations sexuelles et amoureuses sous le signe de la peur. D’ailleurs, ils s’en vantent.

A lire aussi: Philippe Muray: Quand le désir devient délit

Tout cela, bien sûr, Muray l’avait prédit. Dans un texte génial intitulé « Sortie de la libido, entrée des artistes », paru en 2000 dans Critique, il écrivait : « Il est d’ores et déjà envisageable que l’on organise, pour tout ce qui relève de la sexualité, du désir, de l’orgasme, de la virilité, de la féminité, et aussi de l’éventail complet des anciennes “perversions”, et même, dans un temps proche, de l’homosexualité à son tour normalisée, des journées “portes ouvertes”, des semaines du patrimoine coïtal, comme on le fait déjà pour tant d’autres chefs-d’œuvre qui ne sont même plus, hélas, en péril. » Cependant, il s’est trompé sur un point. On ne commémore pas les plaisirs perdus de la sexualité d’antan. Au contraire, une propagande intensive s’emploie à nous convaincre qu’ils n’étaient qu’une déplorable survivance des cavernes, et que nous n’en avons plus besoin pour vivre. Sachez-le, sous la domination féminine, on ne rigolera pas.

Les Rien-pensants

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La domination masculine n'existe pas

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Conseil constitutionnel : la souveraineté populaire, pour quoi faire?

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Laurent Fabius, président du Conseil constitutionnel, et Emmanuel Macron, président de la République, novembre 2017, Paris. SIPA. 00830852_000005

L’euphorie footballistique de ces derniers jours a couvert trois affaires liberticides pour les libertés publiques : la saisie de la dotation du Rassemblement national, le vote de la loi « fake news » et l’affaire du « délit de solidarité ». Dans cette dernière, le Conseil constitutionnel prend délibérément à revers la souveraineté populaire…


A lire aussi: La manœuvre liberticide pour noyer le Rassemblement national – La semaine liberticide (1/3)

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Le Conseil constitutionnel présidé par Laurent Fabius a décidé de reprendre ses mauvaises habitudes. En « dépénalisant l’aide désintéressée aux migrants », il s’est livré à une petite opération qui se situe dans le droit fil d’une évolution qu’il a initié depuis déjà un moment et qui consiste à vider de sa substance l’article 3 de la Constitution française. L’article qui affirme : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice ».

Un Conseil pas si populaire…

Les lois votées par le Parlement entretiennent un rapport de conformité, c’est-à-dire de non-contrariété, avec la partie normative de la Constitution, le contenu qui organise le fonctionnement de la République. Par une décision du 16 juillet 1971, le Conseil constitutionnel avait intégré à la Constitution le préambule de celle de 1946. Elle avait décidé que la loi votée par le Parlement souverain devait être également « conforme » à un texte pourtant complètement proclamatoire. C’était déjà une limitation de la souveraineté populaire.

Depuis cette date, le Conseil a systématiquement mis en œuvre une technique qui a consisté à intégrer à la Constitution, dans sa partie normative, tout un tas de choses qui n’avaient rien à y faire. Avec toujours l’objectif de limiter l’espace de l’exercice de la souveraineté populaire. Celle-ci se retrouve donc en tenaille avec, de l’autre côté, l’Union européenne qui a sanctuarisé une partie du pouvoir de décision des peuples dans des traités non-modifiables, sinon par l’unanimité impossible des 27 pays membres.

Cédric Herrou, plus qu’un Français

L’exploit accompli le 6 juillet par le Conseil constitutionnel relève exactement de cette logique. Saisi par le transporteur de migrants, Cédric Herrou, soutenu par toute belle âme avide de bonne conscience, il a annulé une partie d’un texte voté par le Parlement et prévoyant la répression de l’aide au séjour irrégulier (c’est-à-dire illégal) d’étrangers en France. L’article L622–1 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile est ainsi libellé : « Toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers, d’un étranger en France sera punie d’un emprisonnement de cinq ans et d’une amende de 30 000 euros ». Visant la sanction d’aide au séjour irrégulier sans recherche de contrepartie, la cour suprême a déclaré contraire à la constitution les mots « au séjour irrégulier » figurant au premier alinéa de l’article L. 622-4 du Code. C’est donc ce que ses adversaires appelaient le « délit de solidarité » qui a été déclaré inconstitutionnel. Sous les ovations bruyantes de la cohorte des belles âmes rassemblées trop contentes d’obtenir l’appui du juge pour bafouer à cette occasion la volonté pourtant très claire du peuple français. Claire par la décision de ses représentants, mais également par toutes les études d’opinion qui démontrent que les Français, à près de 70 %, sont opposés aux nouvelles formes qu’a pris le trafic d’êtres humains.

Délit de fraternité

Pour faire ce cadeau aux belles âmes, le Conseil constitutionnel a trouvé une astuce. Rien dans la Constitution ne pouvait prohiber la création législative du « délit de solidarité » en tant que tel. Alors, dans les couloirs de la cour suprême, on a eu une super idée. L’article 2 de la Constitution proclame tout un tas de jolies choses et rappelle la devise de la République : « La devise de la République est « Liberté, Egalité, Fraternité ». » On va simplement dire qu’une devise a une valeur normative obligatoire et que par conséquent la « fraternité » est un principe constitutionnel. Tout ce qui, dans la loi, pourrait être contraire à la fraternité doit donc être prohibé. La grossièreté de la manipulation saute aux yeux. Quelle définition de la fraternité, quel contenu ? Est-elle réservée, ce qui serait logique, aux citoyens français ? Une fraternité universelle ne constituerait-elle pas un bel oxymore ? Quand et comment porte-t-on atteinte à la fraternité ? L’auteur de ces lignes appartient à une famille qui dispose d’une devise ancienne : « Toujours courant derrière la gloire ». Il est donc assez bien placé pour savoir l’absence de caractère normatif obligatoire de cette devise, sauf à la compléter par un ironique et justifié « sans jamais la rattraper ». Tout ceci serait au plus ridicule si cette démarche du Conseil constitutionnel n’était dangereuse pour la démocratie.

Les Français paieront

On se permettra d’abord quelques observations sur cette notion de « délit de solidarité ». Si l’on comprend bien, les opposants au texte voulaient que l’aide apportée au séjour sans sollicitation de contrepartie, c’est-à-dire la simple hospitalisée bénévole, ne puisse constituer une infraction. Ce pourrait paraître honorable, sauf que l’on sait bien qu’il n’y a jamais d’acte gratuit, et qu’il faut dépasser l’hypocrisie : le choix militant d’aider au séjour des migrants est une décision à caractère politique. Monsieur Herrou, est un activiste « no border » et n’a jamais caché son alignement sur la volonté du néolibéralisme de libre-circulation des capitaux des marchandises et des hommes. Cette intervention militante fait partie intégrante du système mis en place pour cette nouvelle traite qui commence avec des rabatteurs dans les pays en cause, passe par toutes sortes de mafias, se poursuit avec la livraison de leur cargaison par les O.N.G. puis ensuite, avec les cours de morale des belles âmes. Celles-ci d’ailleurs, après avoir offert, pour certains, un bol de soupe aux malheureux, exigent toujours la même chose : que ce soient les autres qui payent, c’est-à-dire la collectivité. « Les Français doivent payer, les Français paieront ». Avec souvent les cathos en première ligne qui nous bassinent avec Saint Martin, le légionnaire romain, et son manteau coupé en deux pour être donné à un pauvre. En oubliant scrupuleusement de nous rappeler le pourquoi de cette division. Eh oui, Martin, qui n’était pas généreux avec l’argent des autres, ne pouvait disposer du manteau, car la moitié conservée appartenait à l’État romain.

Le gouvernement déjuge

Il faut être clair ensuite. J’étais personnellement opposé à la rédaction de l’article L 622–1 et à l’incrimination de « l’aide au séjour irrégulier ». Non pas parce qu’elle était contraire à la fraternité (!) mais parce que la rédaction était trop large et violait le principe de spécialité auquel doit répondre toute incrimination pénale. Je souhaitais, pour ma part, que le texte soit revu, et les diverses hypothèses de faits considérés comme délictuels, détaillées. C’est ce qui était d’ailleurs prévu. Mais Laurent Fabius a préféré, au-delà du coup médiatique, une manipulation et un forçage qui sont gros de dangers. L’enjeu de cette affaire n’est pas la censure d’un article mal rédigé, mais la méthode utilisée qui conduit inéluctablement à renforcer les pouvoirs du Conseil à l’encontre de la souveraineté populaire. Le Parlement macronien travaille actuellement sur une nouvelle modification de la Constitution, déjà abîmée par les prédécesseurs de Macron, et qui finira de la déchiqueter. Dans une sorte de foire, ce ne sont que surenchère et concurrence pour y fourrer n’importe quoi. Travail dont le résultat ne va malheureusement que fournir des arguments à un juge fermement décidé à restreindre, voire empêcher l’expression la volonté de ce peuple qu’on déteste.

Pour combattre la « lèpre populiste », telle que Macron la qualifie, quoi de mieux que de disposer d’un outil constitutionnel facile à manipuler permettant de mettre le Parlement au pas ?

 

Demain: le vote de la loi « fake news »

Le peuple de la frontière

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« On est en finale »: quand tous les journaux sont « L’Equipe »

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Célébration du but de Samuel Umtiti contre la Belgique, 10 juillet 2018. SIPA. AP22224274_000011

L’expression « panem et circenses » est généralement convoquée pour critiquer les hommes politiques qui cherchent à faire diversion en flattant les basses passions des peuples. On condamne par là une attitude démagogique consistant à plaire aux gens de la plus vile manière afin de les rendre aveugles à leur propre asservissement.

Du pain et des jeux

A l’origine, la mission de veiller aux distributions de nourriture et à l’organisation des jeux n’était pas infamante du tout. C’était celle de certains magistrats à l’époque de la Rome républicaine. Sous l’Empire, elle devient l’apanage de l’empereur qui s’attache ainsi l’affection de son peuple, quelles que soient parfois les dérives sanguinaires de son autorité. Juvénal a immortalisé cette subversion dans sa dixième satire :

 […] Nam, qui dabat olim
Imperium, fasces, legiones, omnia, nunc se
Continet, atque duas tantum res anxius optat,
Panem et circenses.

« Ce peuple qui jadis avait la charge d’attribuer le pouvoir militaire, les faisceaux de licteurs, le commandement des légions, toutes les responsabilités, aujourd’hui se rabaisse et ne réclame plus que deux choses avec avidité: du pain et des jeux » (traduction personnelle peu élégante, mais proche du texte).

Mais l’empereur était seul coupable de cette manœuvre de manipulation, puisqu’il avait le contrôle absolu de sa communication.

Je n’ai rien contre le foot, mais…

Aujourd’hui, cette focalisation excessive sur certains événements sportifs est uniquement le fait des médias qui apparaissent ainsi plus que jamais comme « le parti de l’ordre » (Jean-Luc Mélenchon).

C’est peut-être ici que je dois glisser cette précaution oratoire : je n’ai rien contre le football. C’est vrai, j’ai même regardé presque tous les matchs de cette Coupe du Monde, dont certains seule, de ma propre initiative.

Mais quand, à l’issue d’un match (dans lequel la France ne jouait pas), j’ai seulement voulu jeter un œil aux titres de l’actualité du jour avant d’aller me coucher, et que j’ai constaté que toutes les chaînes d’information étaient en mode « débrief après match », je me suis dit que c’était quand même too much.

…quand Libé et Le Figaro font quasiment la même « une »

Le « journal des sports », petite séquence spécialisée, est fait pour cela, de même que les émissions du type « 20 heures foot » (CNews) et, bien entendu, la chaîne l’Équipe. Le journal télévisé peut rendre compte de l’événement sous un angle différent : scènes de liesse populaire, etc. Mais la confusion des genres est telle que…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux <<<

PMA pour toutes : le choix d’une société de marché

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SIPA. 00759781_000004

Dans son rapport rendu, hier, le Conseil d’Etat ne voit pas d’obstacle juridique à l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes. Pour Erik Tegnér, candidat à la présidence des Jeunes LR, c’est la première étape d’une dangereuse généralisation de la PMA et de la GPA. Il appelle la droite à lutter contre ce risque.


Hier, le Conseil d’Etat a rendu son verdict : il ne voit aucun obstacle juridique à l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes célibataires, mais aussi aucune raison juridique d’interdire le maintien des règles actuelles. Il met ainsi à mal la rhétorique habituellement utilisée par les défenseurs de l’ouverture de la PMA aux femmes homosexuelles, contestant l’argument du principe d’égalité, du respect de la vie privée, de la liberté de procréer ou de l’interdiction des discriminations. Tout en mettant le législateur face à ses responsabilités, il alerte en outre sur les conséquences d’une telle extension, notamment sur les règles de filiation qui pourrait désormais être liées à la volonté et non plus au fondement biologique.

Ceci étant dit, il convient de rappeler les raisons pour lesquelles l’ouverture de la PMA pour toutes les femmes, d’un point de vue politique, ne peut être acceptée, contrairement à ce que souhaite Emmanuel Macron et à ce que laisse entendre – prudemment – le Conseil d’Etat qui appelle à la fin du statu quo, sans oser réellement donner sa position.

Le droit de l’enfant plutôt que le droit à l’enfant

Ceux qui se sont battus lors de « La Manif pour tous » en faveur de la préservation de la cellule familiale ne peuvent que se dresser contre le souhait quasi-assumé du gouvernement de porter une nouvelle atteinte aux droits fondamentaux de l’enfant. Malgré l’ampleur des dernières mobilisations, le gouvernement paraît ne toujours pas tenir compte des revendications populaires. Les Etats généraux de la bioéthique tenus récemment, où la majorité des votants s’est exprimée contre l’ouverture de la PMA, le prouvent bien. Faire fi d’une large partie de l’opinion dont les contestations affirmées sont objectivement principes de raison et non d’idéologie quelconque, doit nous alerter sur la conception que l’exécutif se fait de la démocratie.

A lire aussi: La PMA, pourquoi pas?

La PMA pour toutes est le fruit d’un mensonge, sinon d’une hypocrisie, qui ne cesse de s’affirmer au fil des discussions : celui de faire croire à l’existence du droit à l’enfant, notion inventée de toute pièce et qui consiste à appréhender la naissance d’un nouvel être aux grés des envies, et à la moduler telle une action cotée en bourse à l’instar d’une valeur marchande, que l’on acquiert plus que l’on n’accueille. Cet argument est d’ailleurs battu en brèche par le rapport même du Conseil d’Etat.

Au lieu du droit à l’enfant, considérons plutôt le droit de l’enfant : l’ouverture de la PMA pour toutes sous-entendant la négation des principes physiologiques d’infertilité en certifiant l’idée que toute personne peut prétendre à un enfant selon son envie immédiate. La science n’accompagne plus ici le processus de procréation, mais le remplace.

On n’arrête pas le « progrès »…

La logique de l’extension de la PMA est claire : elle doit permettre à des femmes, selon leurs envies, « d’obtenir » un enfant, y compris dans le cadre des couples lesbiens, afin qu’elles disposent des mêmes composantes que les couples non stériles. L’argument est assumé : c’est « au nom de l’égalité des droits » que la législation serait étendue. Je crois qu’il faut cesser de nier l’évidence. Lorsqu’une loi entre en vigueur, et particulièrement lorsqu’il s’agit d’un texte présenté comme vecteur de « progrès social », il ne fait nul doute qu’au nom du progrès justement, ce texte sera plus tard à nouveau élargi.

Rappelons à ce titre les débats sur l’adoption du Pacs par le gouvernement Jospin il y a vingt ans, lors desquels Elisabeth Guigou, alors Garde des sceaux, garantissait qu’il n’était pas question de reconnaître le mariage et l’adoption pour les couples du même sexe, et encore moins de leur ouvrir le droit à la PMA. Ici se trouve d’ailleurs l’idée sous-jacente de  l’extension de cette dernière : au nom des libertés individuelles et de l’égalité des droits, il faudra nécessairement étendre le « droit à l’enfant » aux couples gays. Et sera ainsi introduite dans la loi la gestation pour autrui. Le point d’orgue de la marchandisation des corps et des êtres sera alors balayé, et par là même toute notion de droit et de liberté, sur l’autel de la « sélection » des enfants, soumis au bon plaisir des adultes.

Qui peut nous garantir avec honnêteté et certitude que, d’ici quelques années, l’argument selon lequel la GPA se pratique de toute façon dans d’autres pays voisins ne sera pas à nouveau utilisé pour l’incorporer dans la loi française? Le rapport du Conseil d’Etat à ce sujet, qui récuse le lien entre PMA et GPA, comporte d’importants manquements. Il fait comme si l’argument de l’égalité des droits n’allait pas être utilisé par le politique, même si juridiquement il ne tient pas.

Derrière la PMA, le choix d’un modèle de société

Briser le lien entre l’enfant et la mère et soumettre celle-ci à une marchandisation du corps au service soi-disant de la science ? La rupture est consommée. Voulons-nous réellement de ce modèle sociétal ? La réalité est qu’on risque bientôt de voir étiquetés nos futurs enfants. Comment la politique peut-elle accepter une telle déshumanisation ?

Si tout converge vers l’idée que l’on se fait d’une société de marché poussée aux extrêmes, qui peut nous garantir que les intérêts des marchés ne supplanteront pas, à terme, l’humanité elle-même ? Le gouvernement emploie des méthodes qui dissimulent, derrière un pseudo comité d’éthique, des ambitions pour le moins dangereuses et néfastes pour la communauté nationale et à rebours de notre conception humaniste de la société héritée pour partie du monde judéo-chrétien.

L’économie de marché ne doit pas déborder sur une société de marché, où les droits et libertés deviennent privés, privatisés et privatisables ; où l’éthique n’a plus de place ; où les revendications d’une minorité dictent un mode de vie à la majorité, où il n’y a plus d’espace pour la remise en cause du « progrès ».

J’aspire à ce que la droite se prononce fermement sur ce sujet, attaque avec la plus grande détermination cette extension de la PMA et que la GPA soit condamnée au niveau européen, ce qui pourrait être porté par nos députés LR au Parlement à Strasbourg alors que nous faisons partie du Parti populaire européen (PPE), le groupe majoritaire.

Opposition légitime

Je souhaite que l’on cesse, par ailleurs, de caricaturer cette opposition, qui est une expression légitime, et de surcroît une volonté avant tout de bien commun pour l’enfant en tant qu’individu doté de droits.

Ce n’est pas parce qu’il n’a pas la possibilité de clamer quelle protection il attendrait de la société que la législation ne doit pas le protéger.

Démocrate, je refuse que nous imposions un changement radical de notre société, en nous basant simplement sur l’avis d’un comité d’éthique, le même qui, il y a quelques années, condamnait avec la même fermeté la PMA. Pourquoi ce qui semblait dangereux hier ne le serait-il plus aujourd’hui ?

La loi bioéthique semble devoir changer au gré de l’idéologie momentanée et minoritaire, alors qu’elle est principe de par sa définition d’immuabilité.

La droite doit se saisir de cette question avec fierté et détermination. Elle doit le faire au nom de la liberté, de l’ordre galvaudé par cette majorité gouvernementale « progressiste » qui n’en situe plus les bornes. Comme l’écrivait Flaubert, « la Terre a des limites, mais la bêtise humaine est infinie ».

C’est, au-delà d’une simple législation, une cause sociétale que nous devons défendre pour que l’enfant conserve ses droits d’être humain, et que jamais nous ne puissions prétendre décider de l’abolition de ces derniers.

La manœuvre liberticide pour noyer le Rassemblement national

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Marine Le Pen à Paris, juin 2018. SIPA. 00863349_000011

L’euphorie footballistique de ces derniers jours a couvert trois affaires liberticides pour les libertés publiques : le « délit de solidarité », le vote de la loi « fake news » et la saisie de la dotation du Rassemblement national. Cette dernière a été rendue possible par une manœuvre déroutante et particulièrement inquiétante…


A lire aussi: Conseil constitutionnel : la souveraineté populaire, pour quoi faire? – La semaine liberticide (2/3)

A lire aussi: Vote de la loi « fake news »: l’hiver vient – La semaine liberticide (3/3)

Pendant que l’équipe nationale de football poursuivait son brillant parcours en Coupe du Monde trois événements se sont produits dans l’actualité française, chacun manifestant une volonté de mettre en cause et de réduire les libertés publiques. Rude semaine conclue par le discours du président de la République à Versailles devant le Congrès, qui fut loin d’être rassurant sur ce point.

Et un, et deux et trois zéros…

Le classement par ordre d’importance, fait apparaître en premier lieu la scandaleuse décision des juges d’instruction du Pôle financier qui à la requête du Parquet national du même nom ont fait saisir les deux millions d’euros de dotation publique que devait percevoir le Rassemblement national (RN), anciennement Front national. Comme d’habitude, les élites françaises toujours soucieuses de prendre la pose antifasciste, et toujours verrouillées dans leur culture de mépris du droit et des principes, n’ont pipé mot quand elles ne se sont pas réjouies de voir foulées aux pieds leurs propres libertés publiques.

Médaille d’argent pour, la nouvelle acrobatie du Conseil constitutionnel présidé par Laurent Fabius. L’annulation du fameux « délit de solidarité », nouveau coup porté à la souveraineté populaire, n’est en fait que la poursuite par cette institution d’un projet de restriction drastique des pouvoirs du Parlement.

Troisième place de ce triste podium : le vote en catimini par l’Assemblée nationale de la fameuse loi dite « fake news », dont la simple lecture fait se dresser les cheveux sur la tête de tout démocrate conséquent. Rude semaine disions-nous en effet, conclue par le discours du président devant le Congrès. Dont il a lui-même fait extraire un tweet dans lequel il nous assène son inquiétante conception de la liberté individuelle.

On savait déjà par Jean-Claude Juncker « qu’il ne pouvait y avoir de choix démocratique contre les traités européens (sic) ». Manifestement, il semble qu’Emmanuel Macron soit du même avis concernant l’exercice de son pouvoir en France. Pour combattre la lèpre populiste, comme il appelle l’opposition à l’Europe austéritaire, il n’est pas partisan des médecines douces.

La saisie de la dotation du RN ou l’apparente volonté de tuer un parti légal

La candidate du Front national, Marine Le Pen, a été bien utile lorsque la stratégie dite « du castor » l’a transformée en repoussoir et permis l’élection d’Emmanuel Macron. La perspective des européennes est moins séduisante, le désormais RN pouvant y jouer un rôle important. Comment l’en empêcher ? La solution a été trouvée avec le nouvel exploit ahurissant du couple infernal : Parquet national financier (PNF) d’une part et Pôle d’instruction du même nom. Les magistrats qui composent ces deux instances ont la tête sous le même bonnet. Après avoir chassé le Sarkozy pendant cinq ans et détruit la candidature de François Fillon, ils ont semble-t-il décidé de détruire le parti dont la candidate a recueilli près de 40 % des voix à la dernière présidentielle. En toute impartialité naturellement.

Petite description de la manipulation. Depuis la loi de 1990, il existe en France un financement public de la vie politique. Pour éviter le renouvellement des folies des années fric et juguler la corruption qui les accompagnait le législateur a adopté un système reposant sur trois principes : financement public des partis en proportion de leurs poids électoral, limitation des dépenses pour les campagnes, et contrôle par une autorité administrative indépendante. En ce qui concerne le montant des sommes attribuées à chaque parti politique, celui-ci est calculé sur la base des résultats électoraux lors des élections législatives. Qui est le seul critère juridique du calcul et le seul support juridique du versement. À partir du moment où vous êtes organisé en parti politique dans les formes prévues par la loi et que vous avez obtenu tel ou tel résultat électoral, l’État vous DOIT votre dotation. Ah oui, mais non, le PNF ne l’entend pas de cette oreille, suivi par deux juges d’instruction dont on se demande ce qui leur a pris.

Une loi contre le grand banditisme

Le Front national (devenu Rassemblement national) et certains de ses dirigeants font l’objet actuellement de poursuites, soupçonnés qu’ils sont d’avoir utilisé des attachés parlementaires européens à des fonctions directement politiques pour le parti lui-même. Pour l’instant, aucune décision de culpabilité n’a été prise. L’affaire est à l’instruction depuis plusieurs années et on est loin d’une décision de culpabilité au fond. Certains se sont alors visiblement demandé comment affaiblir, voire tuer le Rassemblement national, à l’approche de ce scrutin européen qui ne devrait pas lui être défavorable. Eurêka ! Utilisons un texte qui n’a rien à voir avec la matière traitée à l’instruction, un texte destiné à lutter contre le grand banditisme. C’est-à-dire la loi du 27 mars 2012 relative à la confiscation des avoirs criminels. D’après celle-ci, il est possible de confisquer, avant une éventuelle condamnation, les avoirs de personnes poursuivies, dès lors que le caractère frauduleux de leurs acquisitions entretient un lien direct avec l’activité criminelle. Le meilleur exemple étant celui de l’argent du trafic de drogue ayant permis l’acquisition d’une voiture de luxe, qui pourra donc être saisie. C’est une mesure qui met en cause le principe de la présomption d’innocence et qui est donc très encadrée. Tout d’abord, cette possibilité n’est envisageable que pour certaines infractions (voir la page trois de la circulaire), et ensuite l’ordonnance de saisie doit être motivée en particulier sur le lien étroit existant entre l’activité criminelle et l’acquisition du bien.

À l’évidence, l’utilisation de ce texte destiné aux gangsters et aux caïds n’a rien à faire dans la procédure actuellement suivie au Pôle financier. L’éventuel « détournement de fonds publics européens » ne figure pas dans la liste des infractions justiciables de la confiscation. Il n’y a ensuite, bien sûr, aucun lien direct entre celui-ci et la dotation que l’État doit au RN, le seul support juridique de celle-ci étant ses résultats électoraux.

Souriez, vous êtes berné

Il s’est quand même trouvé deux magistrats pour considérer qu’il y avait un lien direct entre le caractère éventuellement fictif des emplois d’attachés parlementaires européens et le versement de la dotation ! Avec le raisonnement suivant : les attachés parlementaires n’ont travaillé que pour le parti (ce qui reste pourtant à établir), et cela a permis au Rassemblement national (alors Front national) d’obtenir les résultats électoraux sur la base desquels est calculée la dotation ! Raisonnement abracadabrant, mais dont il semble bien que l’objectif soit de porter un coup qu’on espère probablement mortel à un parti légal qui bénéficie de la confiance d’une partie importante des citoyens français. Il est malheureusement probable que ce coup gravissime porté à la liberté politique dans notre pays ne suscitera aucun froncement de sourcils ni à la chambre d’instruction, ni à la Cour de cassation.

A qui le tour ?

Coup gravissime. Comment qualifier autrement un acte qui crée un précédent aussi dangereux. Alors comme ça, il suffira que le PNF ou n’importe quelle association saisisse un juge d’instruction pour des faits réels, anodins ou simplement imaginaires, pour que l’on puisse couper les vivres aux partis politiques qui gênent ? Les imbéciles, antifascistes de pacotille, qui se réjouissent bruyamment de ce qui arrive au RN feraient bien de réfléchir un peu et de comprendre qu’ils sont les prochains sur la liste. Comme je l’ai toujours fait, je continuerai à combattre le Rassemblement national, mais sur des bases politiques. Jamais avec des expédients liberticides mis en œuvre par ceux dont la mission fondamentale est pourtant de faire respecter la loi et les libertés publiques.

Comment une telle dérive dont les affaires Sarkozy et Fillon ont été les aspects emblématiques a-t-elle pu se produire ? Car de deux choses l’une : soit cette décision est le fruit d’une demande du pouvoir exécutif, soit le Pôle financier, flanqué d’un PNF apparemment connivent, est devenu un outil directement politique. La sélectivité du PNF dans le choix des procédures, qui ménage scrupuleusement les amis du pouvoir, la longueur des instructions Pôle d’Instruction financier (jusqu’à 25 ans pour Karachi) toujours dirigées contre les mêmes, et qui ne s’activent, en liaison avec les médias que pour des occurrences politiques, font peser sur les magistrats une lourde suspicion.

Et que dire de ce silence approbateur à l’Élysée et à Matignon ?

 

Demain: l’abrogation du « délit de solidarité »

Macron, l’islam et les religions: les républiques de la « partition »

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Emmanuel Macron devant le Congrès, juillet 2018. SIPA. AP22223568_000014

Las de la République française « une et indivisible », Emmanuel Macron semble vouloir régner pour mieux diviser. Et créer de petites républiques religieuses de France…


Emmanuel Macron a entrepris de faire du cauchemar éveillé de François Hollande une réalité. Dans Un président ne devrait pas dire ça, l’ancien président de la République reconnaissait qu’il y avait « un problème avec l’islam, c’est vrai. Nul n’en doute. », et de s’effrayer ensuite : « Comment peut-on éviter la partition ? Car c’est quand même ça qui est en train de se produire : la partition ».

La « partition », sa solution

La « partition » dont parlait François Hollande était évidemment celle du territoire national. Un pour les musulmans, un autre pour les non-musulmans. L’ex-président en parlait comme d’un risque. Pour sa part, son successeur a simplement imaginé d’en faire la solution. En effet, le président de la République française, Emmanuel Macron, ne propose rien moins que de rompre avec l’unité territoriale et politique de la nation… dans l’espoir d’acheter la paix sociale aux islamistes.

Une stratégie de dépècement du territoire national est à l’œuvre. Mais pour éviter qu’elle ne provoque un tir de barrage unifié, chaque étape du dépècement a été étalée et disjointe des autres séquences.

Attention à la laïcité !

La première étape a été politique, psychologique et communicationnelle. En décembre 2017, lors d’une réunion organisée par l’Elysée avec les représentants des six principales religions, Emmanuel Macron se serait « interrogé de manière critique sur la radicalisation de la laïcité ». Rien n’a filtré de cette réunion hormis cette petite phrase, à dessein sans doute. Le credo présidentiel y est tout entier contenu : c’est l’hostilité aux religions invasives du champ de la laïcité qui est le problème et non pas l’islam politique.

Ce n’est bien sûr pas l’église catholique qui souffre depuis 1905 du lien rompu avec l’État qui risquait de faire ombrage à cette conception très personnelle de la laïcité. Cependant, pour se faire un allié de cette même hiérarchie catholique, en avril 2018, Emmanuel Macron a répondu à l’invitation de la Conférence des évêques de France. Ainsi, dans le somptueux décor du Collège des Bernardins, devant plus de 400 personnalités catholiques, le président de la République française a-t-il livré un discours fleuve, érudit et lyrique, vide de toute proposition, hormis une allusion à « réparer » le lien « abîmé » entre l’Église et l’État. L’adoration des hiérarques catholiques fut totale. En juin 2018, il a suffi ensuite au président de devenir chanoine de Latran, comme ses prérogatives présidentielles l’y autorisent, de réaffirmer sa volonté « d’approfondir nos relations d’amitié et de confiance avec le Saint-Siège » pour achever de ligoter les catholiques – en tout cas leur hiérarchie – à sa personne, à défaut d’avoir formulé un projet.

Tout le pouvoir aux soviets !

La deuxième étape de la stratégie d’Emmanuel Macron a été de lancer un processus d’autonomisation de certains territoires de France en confiant les clés de la politique de la ville aux musulmans eux-mêmes. En mai 2018, très habilement, notre président a d’abord rejeté le rapport Borloo qui préconisait de réitérer une politique qui a d’ores et déjà échoué ; une politique consistant à acheter la paix sociale à coups de milliards d’euros dans les banlieues et les « no go zones » françaises. Emmanuel Macron a fait mieux : il a créé le Conseil présidentiel des villes, une structure de conseil politique, composée en majorité de notables musulmans et pour le reste de représentants d’associations qui travaillent dans les banlieues. Cette instance saura, on n’en doute pas, infléchir progressivement les fonds et les structures qui caractérisaient l’ancienne politique de la ville, vers des projets plus conformes aux vœux d’autonomisation des islamistes. Rien n’est définitivement établi car on ne bouscule pas aisément des institutions (Caisse des dépôts) et des dispositifs financiers (Agence nationale pour la rénovation urbaine, ANRU ; Office français de l’intégration et de l’immigration, OFII…). Mais, par impulsions successives, il n’est pas exclu que ce Conseil présidentiel, qui se réunit tous les deux mois, sache faire les bons choix.

Rappelons que cette idée de confier les clés de certaines villes aux associations (musulmanes) n’est pas nouvelle. Elle a été formulée pour la première fois par le conseiller d’État Thierry Tuot, dans un rapport intitulé La grande nation : pour une société inclusive, remis en février 2013 au Premier ministre de l’époque, Jean-Marc Ayrault. La principale proposition du rapport Tuot consistait précisément à transférer l’exercice de la politique de la ville aux associations, le rôle de l’État consistant seulement à les subventionner.

Pour compléter le dispositif, deux cavaliers législatifs ont été votés dans la « Loi de confiance », fin juin 2018. Le premier a aboli une large partie de la loi de 1905 sur le financement des cultes en dispensant les associations culturelles d’avoir à se déclarer comme groupes de pression. Cette mesure ouvre donc clairement la voie à un lobbying sans traces. Quant au second, il autorise les cultes à louer des biens immobiliers légués aux églises en contravention de la loi de 1905. Cette fois-ci, c’est un financement capitalistique des cultes qui se trouve ainsi permis.

Finance-toi toi même

La troisième étape est à venir et a fait l’objet d’une fuite dans Le Monde. Elle concerne l’autonomisation financière du culte musulman avec la taxation du hallal et des pèlerinages. Le projet tel qu’il se dessine à partir de cette note vise à supprimer toute anarchie dans les financements accordés par les pays d’origine. Il entend en outre construire un clergé musulman, franco-français sur le plan financier qui s’affirmerait respectueux – sur le papier – de la tradition républicaine. Mais quand on sait que l’imam de Brest, celui qui déclarait que la musique transformait l’auditeur en singe et en porc, est devenu en 2017, « référent-laïcité » diplômé de l’Université de Rennes, il est permis quelques doutes sur l’objectif recherché. La nomination d’un grand imam en la personne de Tareq Oubrou, Frère musulman à visage humain, constituerait la clé de voûte d’un édifice qui une fois finalisé correspondrait à un petit califat à la française. Le gouvernement aurait alors sans doute l’interlocuteur musulman qu’il cherche depuis vingt ans. Toutefois, sera-t-il encore en position de négocier quoi que ce soit puisque tout aura été consenti au préalable ? En effet, dans ce dispositif tout entier composé de carottes, aucun bâton n’a été pensé ni inséré.

En 1627, le cardinal de Richelieu a pris d’assaut La Rochelle, pour ramener les protestants dans le giron de l’État. En 2018, Emmanuel Macron fournit l’argent, le ciment et les pierres aux Français musulmans pour qu’ils bâtissent les murailles de leur citadelle communautaire, loin, très loin de la République et de la nation.

MACRON - BONAPARTE

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Elisabeth Lévy: Trump, président antiraciste ?

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Elisabeth Lévy, 2014. ©Hannah Assouline/Leemage

Contrairement à son prédécesseur, Donald Trump tente de limiter l’usage des critères ethniques dans le recrutement à l’université aux Etats-Unis. L’édito d’Elisabeth Lévy.


Pour nombre d’éditorialistes français, et même européens, Barack Obama est un champion de la cause noire et Donald Trump un fieffé raciste. Peu importe que le fantasque président blanc ait nommé la première femme noire général de brigade dans le corps des Marines et que, sous l’élégant président noir, l’Amérique ait connu une recrudescence des tensions raciales après que plusieurs adolescents noirs furent tombés sous les balles de la police. Quoi qu’il fasse, Trump est le visage du mal, l’homme que tous les beaux esprits de la planète se plaisent à détester.

Selon que vous serez Noir ou Blanc…

On peut gager que la décision du président actuel d’abroger les directives Obama qui encourageaient les universités à prendre en compte les critères raciaux dans la sélection de leurs étudiants ne va pas améliorer sa réputation. Pour les républicains universalistes que nous prétendons être, il ne devrait pourtant pas y avoir photo. Fille du politiquement correct née dans les années 1960, l’affirmative action est aussi injuste dans son principe qu’inefficace dans les faits. Non seulement, elle n’a pas permis de combler le fossé entre les Noirs et les autres communautés, mais elle nourrit les ressentiments. Comment éviter que des étudiants recalés au bénéfice de candidats moins performants se sentent victimes d’une discrimination tout à fait négative ? Le 4 juillet, le journal de France 2 a donné l’exemple d’un examen d’entrée en mathématiques, à Harvard : « Les Blancs n’ont ni bonus ni malus, les Asiatiques, qui, selon l’université, réussissent mieux en maths, partent avec un handicap de moins 140 points, les Hispaniques, avec un bonus de 130 points, et les Afro-Américains avec un bonus de 310 points. » On comprend que les étudiants issus d’une union Noir-Asiatique préfèrent se déclarer comme Noirs…

L’essentialisme qui ne se cache pas

Il faut croire en tout cas qu’il est permis, au nom de l’antiracisme, de mener des politiques racistes : comment qualifier autrement cet essentialisme qui ne se cache même pas ? Ce système semble en effet naturaliser des différences de niveau que l’on a échoué à réduire. Cela revient peu ou prou à dire aux Noirs et aux Hispaniques qu’ils sont structurellement trop nuls pour concourir à armes égales. S’il s’agit de les encourager, c’est une façon particulièrement humiliante de le faire. De plus, le risque est que les Noirs diplômés des grandes universités soient considérés comme des pistonnés, quand bien même ils n’auraient jamais, comme Barack Obama, bénéficié de ces procédures.

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On comprend que ce système enrage pas mal de dents de candidats refusés. Aussi est-il l’objet de nombreux contentieux. Dernière affaire en date, à la mi-juin, l’association Students for Fair Admissions a ainsi porté plainte contre Harvard qu’elle accuse de discrimination à l’encontre des étudiants d’origine asiatique, qui se verraient systématiquement attribuer de moins bonnes notes que les autres sur la « personnalité positive » ou la capacité à susciter la sympathie.

Droit à l’indifférence

Ces dernières années, ces procédures ont conduit la Cour suprême à réaffirmer qu’il était légitime de prendre en compte les critères ethniques, tout en précisant que ceux-ci ne devaient pas être décisifs. Comme cette décision d’apparence équilibrée peut, dans les faits, signifier tout et son contraire, les présidents successifs ont été amenés à publier des directives qui fournissent aux universités une méthode pour la mettre en œuvre et qui, sans avoir force de loi, sont relativement contraignantes pour les établissements – qui ne peuvent s’y soustraire sans encourir une enquête fédérale. Les directives Trump, qui visent à limiter l’usage des critères ethniques dans le recrutement des étudiants, ne font que renouer avec la politique de George W. Bush.

Ceux qui caressent l’idée d’importer le système en France, en instaurant par exemple des quotas ethniques, devraient y réfléchir à deux fois. En focalisant les regards sur des différences que notre universalisme nous interdit de voir, ils ne feraient qu’entretenir les tensions qu’ils seraient supposés apaiser. À tout prendre, essayons plutôt de vendre Parcoursup aux Américains. Comme ça, tout le monde sera mécontent, quelle que soit son origine.

Les Rien-pensants

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