Rokhaya Diallo a encore frappé. Dans une tribune destinée à TRT World, média d’État turc pro-Erdogan, elle déclare solennellement : « Le coronavirus révèle un autre virus : le privilège blanc. »


Avant d’aller plus loin et d’analyser ce qui fonde cette déclaration tonitruante, rappelons quelques hauts faits antiracistes de Dame Diallo. 

Racistes un jour, racistes toujours

Personnalité médiatique proche du Parti des Indigènes de la République d’Houria Bouteldja, Rokhaya Diallo lutte contre le racisme. De quelle manière ? En justifiant les réunions ou festivals non mixtes, c’est-à-dire sans Blancs : « Les réunions afroféministes non mixtes n’ont en aucun cas vocation à proposer un projet de société ségrégationniste définitif puisqu’elles s’inscrivent dans la temporalité d’un événement ponctuel. Elles offrent à leurs participantes une échappatoire, une zone de respiration dans une société oppressive », écrit-elle sur le site Slate.fr le 2 juin 2017. Bon. Et lorsque certains lui font remarquer que sa conception de l’antiracisme ressemble furieusement à celle du racisme, Madame Diallo retourne l’argument en citant une spécialiste de la mouvance décoloniale et anti-raciste à la mode des indigénistes, Françoise Vergès : « Ce n’est pas la non-mixité qui dérange, c’est qu’elle soit pratiquée par des femmes noires. » Racistes un jour, racistes toujours, tels sont les Blancs de ce pays qui pratique un « racisme d’État », selon elle. 

Passons rapidement sur ce racisme d’État attesté par le CAP de coiffure qui « ne sanctionne que les compétences relatives aux cheveux lisses, [et] n’inclut pas d’apprentissage obligatoire relatif aux cheveux frisés ou crépus », ainsi que par le pansement médical blanc, trop blanc aux yeux de Rokhaya Diallo, et arrivons donc à cette nouvelle démonstration de la réalité des « privilèges blancs » que la crise sanitaire que nous traversons met en évidence…

Le coup du passeport

« Les personnes bénéficiant d’un passeport privilégié découvrent ce que l’on ressent lorsqu’on est limité dans sa liberté de circulation » écrit Madame Diallo qui ne laisse d’abord que sous-entendre ce qu’est un « passeport privilégié » ; mais qui très rapidement nous éclaire : il s’agit du passeport des Européens qui n’ont « jamais eu à se soucier de ce que l’on ressent lorsqu’on n’a pas accès à un pays en raison de son pays d’origine. »

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Le Sénégal arrêtant le trafic aérien des avions en provenance de la France, de l’Italie ou de l’Espagne, les pays européens comprennent maintenant ce qu’ils font subir à tous ceux auxquels ils refusent ou rendent difficile leur accès, écrit Rokhaya Diallo à qui il a fallu « un certain temps pour digérer la réalité actuelle inversée » mais qui sort réjouie de cette indigestion momentanée. Nous voyagions aisément partout avec notre passeport français, alors que les immigrés aux peaux plus colorées avaient les plus grandes difficultés ! Voilà l’Occident puni par là où il a péché.

Confondant voyages touristiques, d’affaires ou ethnologiques, et migration de masse, elle n’hésite pas à comparer l’Occidental « considéré comme un expatrié libre et aventureux et admiré pour sa curiosité à l’égard du monde » et le « migrant » considéré, lui, comme un « fardeau » par ceux qui ne l’ont pas invité. Il semblerait bien que, pour Rokhaya Diallo, les millions de migrants qui tentent l’aventure sur le continent européen ne soient que de curieux anthropologues ayant décidé de s’intéresser d’un peu plus près à ces peuplades lointaines et occidentales. « Tristes Portiques », écrira sûrement l’un d’eux après avoir été repoussé au seuil de ces contrées sauvages et racistes.

Justice est faite

Mais, nous dit Rokhaya Diallo, justice est enfin faite : un groupe de touristes italiens a été refoulé du sol tunisien et a ainsi vécu le calvaire du migrant refoulé. Quinze autres touristes italiens ont été expulsés de Mauritanie et profiteront sûrement de cette expérience pour accueillir les prochains migrants sur les côtes italiennes les bras ouverts. Au Maroc, ce sont des Français qui ont été bloqués à l’aéroport et ont « provoqué des incidents majeurs ». 130 000 citoyens français sont bloqués hors de leur pays et « beaucoup d’entre eux se plaignent d’être rejetés par la population locale, comme des victimes de la peste », et sûrement commencent à concevoir l’enfer de ces populations qu’égoïstement nous repoussons ou parquons porte de la Chapelle.

Le passeport est un privilège lorsqu’il est occidental car il est un « “sésame ouvert” (sic) magique, tandis que d’autres mènent à des portes fermées. » Madame Diallo va un peu vite et oublie que les migrants se déplacent sans aucun passeport ou pièce d’identité qui pourrait préciser l’âge du migrant ou le pays d’origine, et que c’est ce qui rend par conséquent souvent impossible son renvoi sur la terre natale. Racistes comme jamais, nous les prenons alors en charge médicalement et financièrement à hauteur de nos capacités, lesquelles connaissent, elles, des limites.

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De plus, Rokhaya Diallo associe indirectement l’occidentalité et la blancheur de peau. Est-ce à dire qu’une personne non blanche ne peut pas être occidentale ?

Quoi qu’il en soit, cette pandémie aura au moins obligé les Blancs privilégiés à éprouver la stigmatisation et le rejet que connaissent trop souvent les touristes soudanais, érythréens et autres hommes d’affaires albanais et géorgiens ou ethnologues maliens. La notion de « migrant fluctue ». Soyons assurés, avec Madame Diallo, que les futurs déplacements massifs et désintéressés des pérégrins africains seront vus d’un tout autre œil désormais. Les futures et nombreuses migrations seront enfin vues pour ce qu’elles sont en réalité : des évènements touristiques sans plus d’incidence que ceux qui font le succès de la place Saint Marc, de la Tour de Londres, de la Médina de Marrakech ou des plages bretonnes au moment des vacances estivales.

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