Macron tance régulièrement la Pologne conservatrice du parti Droit et justice (PiS). Ça tombe bien, le journaliste polonais Marek Gladysz, correspondant à Paris depuis vingt ans, lui rend la monnaie de sa pièce dans son livre La France, maillon faible de l’Europe ? (L’Artilleur). Il décrit un pays inexorablement victime du gauchisme culturel.


Marek Gladysz est le correspondant en France de la principale radio polonaise. Installé à Paris depuis 1999, il dresse un tableau pessimiste de l’Hexagone dans son essai La France, maillon faible de l’Europe ? (L’Artilleur).

La partie du livre intitulée « Services à la française, amabilités parisiennes et miction impossible », présente une amusante chronique – quoique déjà lue – des surprises rencontrées par un étranger se frottant à nos us gaulois les plus rustres. Le reste du bouquin est une violente charge visant la politique française. Politique globalement classée dans le rang des « progressistes », alors que c’est le conservateur PiS qui dirige la Pologne.

Abritées dans un politiquement correct dont le peuple polonais ne s’encombre pas, nos élites politiques dirigent une France décrite comme une nation sur le chemin de la partition. Les Français ne voient même plus le chaos ahurissant qui peut y régner, et qui fait les gorges chaudes de nos voisins !

Et la France se mit les Polonais à dos 

Emmanuel Macron a tenu un discours dont Marek Gladysz ne s’est pas remis, le 1er mai 2017. Celui qui allait devenir président avait alors amalgamé la Pologne à la Russie entre les deux tours de la présidentielle. Outrageant ! La Pologne est conservatrice, mais on ne peut tout de même pas la mettre dans le même sac que la Russie autoritaire de Poutine.

Les déclarations de Macron s’inscrivent dans une longue tradition d’arrogance française vis à vis de la Pologne. Pénibles négociations de l’entrée dans l’UE sous Chirac, critique du nouvel axe Italie-Pologne, et, bien évidemment, répartition des migrants ou fâcheuse question du « plombier polonais »… Gladysz nous apprend que la France n’a de cesse de se mettre son peuple à dos.

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Alors qu’on puisse en France « toujours trouver des rues Lénine dans les municipalités administrées par les progressistes », c’est un peu fort ! Gladysz, qui a grandi sous le joug communiste, s’indigne : « Si c’est ça le progrès, je préfère être réactionnaire. » Le ton est donné. Et comme la Pologne n’a « jamais été un Etat colonial », nous sommes bien servis… Gladysz, à l’image de la plupart de ses compatriotes, ne ressent pas le besoin de « sans cesse battre [sa] coulpe ». L’antisémitisme en Pologne est sans cesse pointé du doigt, alors que « les Juifs [y] courent aujourd’hui infiniment moins de danger que dans la France de 2019, en proie à l’antisémitisme islamiste, où l’on massacre les Juifs en les tuant par balles ou en les défenestrant. »

Des barrages de migrants sur les routes

Le « politiquement correct » dont souffre la France est une « véritable maladie hexagonale », selon le journaliste. Si cette affirmation n’a rien d’une découverte, la chronique détaillée de faits d’actualité français qui ont marqué l’auteur apporte un éclairage intéressant. Sévère mais jamais injuste, Gladysz nous administre une critique inquiète. Là où nos médiatiques veulent souvent voir de l’anecdote, lui voit des faits tout à fait extraordinaires.

Nos dirigeants « progressistes » estiment que le 31 décembre ou le Mondial se sont bien passés ? Gladysz a vu des voitures flamber de partout !

Il appuie là où ça fait mal. Pourquoi plus personne ne semble s’étonner dans les rédactions parisiennes que des migrants puissent mettre en place des barrages sur nos routes ? A ses yeux, ce type d’événement est au contraire d’une gravité extrême. Gladysz et ses collègues de Varsovie au téléphone se marrent, tantôt incrédules, tantôt hallucinés.

Zéro pointé en intégration

11 septembre 2001, émeutes en banlieue ou attentats de 2015, quand notre journaliste polonais tend son micro, il a la « déroutante impression de ne pas voir et entendre les mêmes choses » que ce qui est reporté dans nos médias mainstream. Dans les banlieues, en particulier, un discours hostile à la France est fréquemment entendu, quand le journaliste n’est pas carrément pris à partie. Alors que c’est désormais la France « que la Pologne cite comme le pire exemple d’inefficacité en matière de politique d’intégration », il observe qu’on y bâillonne les débats « avec de simples mots, tout aussi efficaces que ceux de la novlangue de 1984 » ou… comme sous la Pologne communiste. Macron trace « pour la France et pour l’UE les limites fluctuantes du politiquement correct », mais Gladysz nous rappelle le bon sens du peuple polonais quant aux menaces d’une immigration incontrôlée : « Le lien entre immigration massive des populations des pays musulmans vers l’Europe occidentale et le terrorisme islamique (considéré comme le summum de l’amalgame par les élites en France) n’est pas perçu chez de nombreux Polonais comme dépourvu de sens. » Il enfonce le clou : « D’innombrables Polonais » pensent « qu’en pratique, la France n’existe déjà plus. »

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En proie à ces graves fractures identitaires, incapable de se réformer économiquement, la France et ses remontrances vis-à-vis du groupe de Visegrad apparaissent comme déplacées. Perçu à l’Est comme un repoussoir, le modèle français ne fait pas rêver une Pologne qui bénéficie d’une confortable croissance économique. «  Pour résumer crûment le modèle français, on pourrait dire qu’il repose sur trois grands piliers : une croissance assez faible, un chômage élevé et une [fiscalité] qui bat des records. » Même si l’ironie distillée tout au long du bouquin est souvent mordante, Monsieur Gladysz, n’en jetez plus.

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