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Hamas: une stratégie suicidaire?

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De manière cyclique, le Hamas tient à se rappeler au bon souvenir des Israéliens en innovant à chaque fois pour trouver les moyens de créer des troubles à la frontière israélienne.


Après une certaine accalmie, la frontière avec Gaza s’est embrasée, avec des engins piégés et des ballons incendiaires lancés sur le territoire israélien. L’Autorité de la nature et des parcs a annoncé qu’au moins cent hectares (1.000 dunams) ont été incendiés La plupart des ballons ont atterri au sein de certaines communautés israéliennes de la frontière, en provoquant d’énormes incendies,  dans 19 points différents.

Cycle infernal : attaques et représailles

Le Hamas a fait d’énormes progrès techniques puisqu’il a envoyé, très profondément dans le territoire israélien, de nombreux ballons dotés d’un système électronique à retardement. L’un des ballons a atterri dans la ville d’Arad, au sud du pays, à 70 kilomètres de la bande de Gaza. Les miliciens du Hamas ne sont pas les seuls opérateurs, les organisations djihadistes ont participé au lancement des ballons. Pour prouver que le Hamas avait de gros moyens mais qu’ils temporisaient, des roquettes ont été lancées vers la mer au titre de menace pour le cas où son message ne serait pas explicite.

En représailles, Tsahal s’est trouvé contraint de riposter en attaquant, au moyen d’avions de combat, des infrastructures militaires du Hamas : «L’armée israélienne prend très au sérieux toute activité terroriste contre le territoire israélien et continuera de prendre toutes les mesures nécessaires contre les tentatives de nuire aux citoyens d’Israël et de violer sa souveraineté. Le groupe terroriste du Hamas porte la responsabilité de tout ce qui se passe à Gaza et qui en émane, et il supportera les conséquences des activités terroristes contre les citoyens israéliens».

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Des mesures coercitives ont été adoptées comme la fermeture du point de passage de Kerem Shalom d’où transitent tous les camions de marchandises. L’aide humanitaire est cependant autorisée à circuler et à livrer.

Trois buts du Hamas

Le Hamas ne souhaite pas envenimer la situation et encore moins provoquer une guerre avec Israël. Il connaît les conséquences économiques sur la population et les risques de destruction, sans compter que cela donnerait des gages à l’Autorité palestinienne qui n’a de cesse que de voir le Hamas affaibli. Cependant les gesticulations des militants de Gaza sont télécommandées par leurs dirigeants qui poursuivent trois buts précis.

1/ Les négociations sur les échanges de prisonniers, sous l’égide de l’Égypte, sont au point mort. Israël trouve les exigences élevées et refuse d’élargir des condamnés nouvellement incarcérés. Il veut limiter les échanges à des prisonniers en fin de peine, et ayant directement peu de sang sur les mains. La libération d’un millier de condamnés est exclue, à l’image de la libération de Gilad Shalit contre 1.027 prisonniers sécuritaires. D’ailleurs le chef actuel du Hamas, Yahia Sinwar, faisait partie des condamnés élargis. Israël exige de libérer deux citoyens israéliens Avera Abraham Mengistu et Hicham al-Sayedafin entrés par erreur à Gaza et de restituer les dépouilles de Hadar Goldin et Oron Shaul, tués pendant la guerre de 2014. Mais face aux demandes inconsidérées, les négociateurs israéliens estiment que le Hamas «n’est pas encore mûr pour un accord – ses demandes sont dingues. Il ne comprend pas que le public israélien a changé et qu’il n’y aura pas de deuxième accord Shalit».

2/ Le Hamas est inquiet pour le paiement des fonctionnaires qui ne sont plus pris en charge par l’Autorité palestinienne. Le Qatar s’est substitué à Mahmoud Abbas en envoyant 14 millions de dollars à Gaza pour la reconstruction de Gaza. Des émissaires qataris se rendent régulièrement dans l’enclave palestinienne avec des valises remplies de 15 millions de dollars en cash pour payer les fonctionnaires du Hamas. Par ailleurs une aide de 100 dollars en espèces est versée aux 120.000 familles dans le besoin.

Il semblerait que le Qatar envisage de mettre fin à ces versements. Alors les troubles fomentés par le Hamas ont pour but de le convaincre de continuer les versements s’il ne veut pas que la région explose dans une révolution de la faim. Par ailleurs, le Hamas veut qu’Israël respecte ses engagements lors des pourparlers de paix qui n’ont pas abouti. Il veut qu’en échange d’une accalmie, on mette en œuvre les projets à Gaza, qu’on augmente les activités des points de passage et qu’on tende vers la levée totale du blocus.

3/ Enfin, le Hamas est convaincu que l’ouverture des relations avec les Émirats créera des conditions nouvelles de négociations du conflit israélo-palestinien dont il est, pour l’instant, exclu. Il veut être partie prenante dans les discussions avec les Américains et être intégré aux éventuelles négociations.

Syndrome de Stockholm

De toute façon, on a constaté la modération des attaques dans le sud du pays puisqu’aucune roquette n’a été lancée. Mais si aucune avancée n’intervient, alors le Hamas ne pourra pas empêcher des attaques plus violentes de la part du djihad islamique, inféodé à l’Iran et partisan d’une guerre totale contre Israël. Le chef du Hamas, Yahia Sinwar, suspecté d’être touché par le syndrome de Stockholm après 22 années passées dans les prisons israéliennes, n’est effectivement pas un va t’en guerre, même si, pour des besoins intérieurs, il est contraint d’user parfois d’un discours guerrier.

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Les Palestiniens semblent avoir trouvé leur leader incontesté modéré. Sa percée fulgurante au Hamas n’était pas prévisible. C’est l’homme qui monte progressivement aujourd’hui. Personne n’aurait cru qu’un islamiste du Hamas pouvait regrouper sur son nom autant de suffrages. D’ailleurs il a écarté Ismaël Haniyeh à la tête du mouvement national palestinien. Il est écouté parce qu’il a su prendre des initiatives que certains qualifient d’audacieuses. Il œuvre pour la réconciliation avec le Fatah. Il s’est rapproché de l’ancien homme fort de Gaza, Mohamed Dahlan, également ancien chef des services de sécurité de Yasser Arafat mais surtout le protégé des Émirats. Enfin, il s’est rendu plusieurs fois au Caire pour consolider le rapprochement avec l’Égypte. Il ne dirige pas le Hamas à la trique ; il écoute, il consulte, il s’informe et reste l’homme des décisions collectives. Ses méthodes ont ringardisé les chefs historiques, Abbas, Haniyeh et Mechaal.

Pour Houssam Badran, membre du bureau politique du Hamas basé au Qatar : «Sinwar croit au travail institutionnel au sein du mouvement. Il est dynamique, énergique et prêt à prendre l’initiative. Quand il s’agit de la position générale du mouvement et de la réconciliation avec le Fatah, il ne prend jamais de décision sans consulter l’ensemble de la direction. Sinwar est un dirigeant efficace et influent, et sa position en tant que responsable du Hamas à Gaza lui donne la possibilité d’agir et d’imposer son influence tant à l’intérieur qu’à l’extérieur».

Les mauvaises langues islamistes pensent qu’il est suspect pour avoir été trop longtemps, de 1988 à 2011, au contact des Israéliens dans sa prison. Mais il n’a pas perdu son temps. Il a appris d’eux le sens des responsabilités, de la modération, du compromis et les rudiments de démocratie qui manquent dans les pays arabes. Son incarcération lui a permis de parler couramment l’hébreu et d’écrire des livres sur les activités du renseignement israélien. Considéré par les Américains comme l’un des leaders les plus impitoyables du Hamas, il semble que la prison l’ait assagi en le rendant plus réaliste, sans abandonner ses convictions.

Duo Dahlan-Sinwar

Il a mesuré l’importance de Mohamed Dahlan, conseiller de MbZ, et il s’est réconcilié avec lui après l’avoir rencontré au Caire pour convenir que les considérations nationales sont plus importantes que les affiliations idéologiques. Les services de renseignements égyptiens ne tarissent pas d’éloges sur Sinwar qu’ils décrivent comme étant «honnête, courageux et crédible» ce qui en fait un interlocuteur privilégié qui se distingue de ses prédécesseurs.

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Il s’était toujours éloigné des media et du monde en général mais, depuis sa prise de fonction, Sinwar a évolué dans ses rapports avec les dirigeants, les jeunes, les journalistes, les syndicalistes, les hommes d’affaires et les factions politiques, avec qui il a multiplié les rencontres pour exposer ses solutions pour résoudre la crise à Gaza. Il s’est ouvert au monde, discrètement, sans cinéma ni sans vagues. Il a menacé de briser le cou de quiconque tenterait de faire obstacle à la réconciliation avec le Fatah. Il sait qu’il doit faire face à une certaine opposition larvée au sein de son parti et que les décisions importantes qu’il prend pourraient attiser la méfiance des membres conservateurs du Hamas.

Mais Sinwar sait qu’il dispose du soutien d’une population lasse des guerres et surtout de la misère qui sévit à Gaza. En revanche, un élément peu diffusé concernant Israël pourrait expliquer sa modération. Yahia Sinwar garde en mémoire qu’il doit la vie aux médecins israéliens qui avaient diagnostiqué une tumeur au cerveau et qui l’ont opéré avec succès dans un hôpital pendant son incarcération. Il lui est difficile de détester Israël.

Mais il faut qu’on l’aide, que les Israéliens l’aident pour qu’il puisse neutraliser les islamistes radicalisés du djihad, ceux qui ne parlent qu’avec des roquettes. Mohamed Dahlan est prêt à agir à ses côtés pour que les Israéliens fassent un effort.

Yale : discrimination positive et (anti)racisme assumé

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Aux Etats-Unis, la politique de discrimination positive mise en place par Yale pour accroître le nombre des étudiants noirs est accusée de générer d’autres discriminations ethniques, notamment une sur-sélection des étudiants asiatique et blancs. Mais l’université persiste et signe. 


Le 13 août 2020, après deux ans d’enquête, le ministère de la Justice des Etats Unis a accusé l’Université de Yale (Connecticut) d’avoir des critères d’admission qui violent la loi fédérale sur les droits civiques. En d’autres termes, la politique de discrimination positive mise en place par Yale pour accroître le nombre des étudiants noirs est accusée de générer d’autres discriminations ethniques, notamment une sur-sélection des étudiants asiatique et blancs. Le ministère de la Justice admet que l’appartenance ethnique soit un critère d’admission, mais à condition que ce critère soit relativisé par d’autres. Or, « l’utilisation du critère de la race par Yale est tout sauf limitée » affirme le ministère de la Justice. « L’université utilise « la race à plusieurs étapes de son processus d’admission, ce qui donne à ce critère une importance surmultipliée » dans le processus d’admission d’un candidat. Yale l’a bien volontiers reconnu : « en ce moment unique de notre histoire, où tant d’attention est accordée aux questions de race, Yale ne faiblira pas dans son engagement à éduquer un corps d’étudiants dont la diversité est une marque de son excellence ».

Yale et Harvard mis en cause

Cette mise en cause du critère diversitaire dans le recrutement des grandes universités américaines a déjà un précédent. Début octobre 2019, le juge fédéral Allison Burroughs a débouté le ministère de la Justice et une association d’étudiants asiatiques partis en guerre contre le système de sélection de l’université d’Harvard. Le jugement rendu a justifié le principe de « diversité » et a légitimé un système d’admission « qui prend l’appartenance raciale en considération ». Le juge Burroughs a admis volontiers que le système mis en place par Harvard n’était « pas parfait », mais qu’il passait haut la main « le test constitutionnel ».

Le ministère public a bien sûr fait appel de cette décision et l’affaire pourrait se terminer devant les juges de la Cour suprême.

Les actions menées en justice contre Harvard d’abord, puis contre Yale sont au cœur des débats qui enflamment la société américaine en cet été 2020 : la société américaine est-elle construite sur un racisme systémique ? Le principe de « diversité » permet-il de lutter contre le racisme ?

L’université de Yale discrimine-t-elle les étudiants blancs et d’origine asiatique au prétexte de lutter contre le racisme anti-noirs ? Yale se justifie en expliquant que les Américains d’origine asiatique ne peuvent se dire discriminés dans la mesure où ils représentaient 14% des effectifs du premier cycle il y a quinze ans et qu’avec 18 % aujourd’hui, ils sont le groupe minoritaire le plus important des effectifs du premier cycle (5 750 étudiants), suivis par les Hispaniques (13%) et les étudiants noirs (7%). Mais la question qui surgit immanquablement est la suivante : quel serait le pourcentage de Blancs et d’Asiatiques si les Universités ne recrutaient que les meilleurs dossiers ? La réponse ne fait pas de doute : leur présence serait écrasante et ne reflèterait en rien la composition ethno-raciale des Etats-Unis.

Pas d’aides sociales

Une politique de recrutement diversitaire aide-t-elle à lutter contre le racisme ? C’est tout le problème de l’affirmative action qui est ainsi posé. Les universités ne mettent pas en place des correctifs aux inégalités économiques, elles n’aident pas (bourses, aides divers…) les très bons élèves noirs et latinos à accéder aux études, elles mettent en place des politiques « diversitaires » pour que les Noirs ne soient pas sous-représentés à l’Université.

Ce recrutement diversitaire est-il d’une quelconque utilité tant dans le renouvellement des élites que dans la lutte contre le racisme ? La question n’a bien sûr pas de réponse. Aucune étude ne permet de dire que le « diversitarisme » des universités a contribué à apaiser les tensions raciales aux Etats-Unis.

Police, université, même combat ?

S’il est difficile de mesurer l’efficacité du « diversitarisme » à l’université, il en va autrement dans la police. L’affaire George Floyd, du nom de ce délinquant noir mort étouffé par le genou d’un policier blanc en juin 2020 dans le Minnesota, a fait resurgir les accusations de racisme institutionnel de la police. Universitaires, militants de gauche et associations de défense des droits de l’homme ont réaffirmé à cette occasion que les tensions raciales naissent de contrôles de police qui ciblent exclusivement les Noirs. Ces tensions pourraient être désamorcées ont-ils expliqué, si les contrôles de police s’appliquaient à toutes les catégories ethniques au prorata de leur présence dans une ville ou une région.

Heather Mac Donald, chercheur en sciences politiques et auteur de « War on Cops » (La Guerre contre les Flics) a dénoncé vigoureusement le « diversitarisme » en matière de contrôles d’identité.  « A New York, les Noirs représentent 23% de la population, mais font l’objet de 57% des contrôles de police. Les Blancs représentent 34% de la population mais 8% seulement de la population blanche est contrôlée par la police » explique Heather Mac Donald. Faut-il en conclure pour autant que la police est raciste ? Non répond Mme Mac Donald. « A New York, en 2018, les Noirs ont été impliqués dans 72,6% des fusillades, alors que les Blancs n’ont été à l’origine que de 2,8% des échanges de tirs. Les taux de contrôle des Noirs et des Blancs — 57% et 8,4 % — sont facilement proportionnels aux taux de crimes violents de rue » poursuit Heather Mac Donald. Autrement dit, les contrôles de police sont renforcés sur les groupes ethniques les plus susceptibles de générer la violence. Et c’est tant mieux affirme Heather Mac Donald, car c’est ainsi que la sécurité est assurée.

Le débat sur les contrôles au faciès en France n’ont pas une tonalité différente. La sécurité collective est-elle mieux assurée quand la police cible plus précisément les groupes ethniques fauteurs de troubles ?

Un débat blanc de peau

Ces questions qui tournent autour du « racisme systémique » de la société américaine sont bien sur agitées par des organisations noires radicalisées comme Black Lives Matter (BLM). Mais la surprise vient du fait qu’une élite blanche fortement idéologisée ( « woke », soit les Blancs conscients de leur privilége blanc) vole au secours de BLM et participe à la radicalisation du « débat » dans les médias,  dans les universités mais aussi dans la rue.

Dans un article intitulé « Les sauveurs blancs de l’Amérique », le chercheur Zach Goldberg a montré que sur les questions de justice raciale et de justice sociale, « les progressistes blancs sont en proie à un progressisme si radical qu’ils sont aujourd’hui le seul groupe ethnique d’Amérique à afficher un parti-pris qui place les intérêts d’autres groupes ethniques au-dessus des intérêts de leur propre groupe ethnique ». Un « millénarisme multiculturel blanc » selon l’expression du politologue Eric Kaufman existe aujourd’hui aux Etats-Unis qui pousse les progressistes américains blancs à faire passer les intérêts des minorités de couleur et des immigrants avant leurs propres intérêts et avant l’intérêt des Etats-Unis eux-mêmes.

Des sondages menés par le Roper Center for Public Opinion ont montré l’envolée des inquiétudes des progressistes blancs sur toutes les questions liées à la discrimination raciale. Ainsi, de 1996 à 2010, seuls 27% des progressistes blancs s’inquiétaient réellement des discriminations infligées aux noirs Mais à partir de 2010, un tournant s’amorce et en 2015, les progressistes blancs sont 47% à s’horrifier des discriminations subies par les noirs. En 2016, ils sont 58%.

Sur le traitement judiciaire des Noirs, les mêmes évolutions se remarquent. En 1995, 2000, et 2007, un progressiste blanc sur deux estimait que la justice traitait aussi équitablement les noirs que les blancs.  Mais en 2014, 70% des progressistes blancs pensent que la justice fait preuve d’un « parti pris négatif » envers les noirs tandis que le pourcentage de ceux qui affirment que les noirs sont « judiciarisés équitablement » est tombé à 20%.

Conflit de civilisation

Une Université doit-elle se consacrer à la production d’une élite intellectuelle sans se soucier des critères de race ou bien doit-elle se préoccuper de « diversité » au risque d’engendrer discriminations et frustrations dans d’autres groupes ethniques ? De même pour la police : faut-il lutter contre le crime ou qu’il se trouve ou bien faut-il agir de telle manière que la communauté noire qui produit le plus de délinquants ne puisse pas se dire victime du racisme structurel des services de sécurité ?

Ces questions ont évidemment une couleur politique. Si les progressistes   blancs alliés aux noirs radicalisés réussissaient à porter Joe Biden et le parti Démocrate au pouvoir en novembre prochain, si Donald Trump était vaincu, alors, tous ces thèmes qui fracturent les sociétés occidentales – diversité, racisme systémique, « woke »… – prendraient un tour qui changerait en profondeur le visage des sociétés occidentales blanches. Car c’est bel et bien de révolution dont il est question.

En France, comme en Amérique, une gauche illuminée malaxe les questions les plus explosives – racisme, islam, discrimination – pour jeter à bas les structures de son propre pays. Au nom de la « diversité », la gauche américaine porte la question raciale à incandescence sans que cela aide réellement les Noirs pauvres des Etats-Unis. La gauche française agit de même avec la question de l’islam.

La diversité contre l'égalité

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Commissariat au plan : la France réinvente l’eau tiède


Le gouvernement entend créer un Haut-commissariat au Plan. Une initiative d’un autre âge tant la planification est liée à cette idée désormais trop souvent admise que l’homme peut construire la société selon le dessein qu’il établit.


 

Décidément, la France ne sait pas se débarrasser de ses vieux démons. Elle veut réinventer le Plan qui n’a jamais prouvé son utilité. Crée en mai 2016, l’agence gouvernementale Santé Publique France avait précisément pour objet de planifier les risques épidémiologiques et elle n’a rien vu venir du coronavirus. Pour sa part, France Stratégie, a passé ces dernières années à formuler des propositions pour collectiviser la France plutôt qu’à s’occuper, selon les objectifs qui lui étaient fixés par le gouvernement,  de concourir à la détermination des grandes orientations pour l’avenir de la nation et des objectifs à moyen et long terme de son développement économique, social, culturel et environnemental, ainsi qu’à la préparation des réformes. Au point qu’il a fallu qu’elle soit recadrée par le Premier ministre. Le commissariat général au Plan, prédécesseur de France Stratégie, avait fait en 1997 des prévisions sur la consommation d’énergie et la production de CO2 en 2020. Un des pilotes de cette étude, François Moisan, a démontré que malgré la réunion d’une soixantaine d’experts pour travailler sur ce sujet, le commissariat au plan s’était trompé sur tout : prix du pétrole, population, croissance, émissions de CO2…

L’idée de la planification est liée à cette idée désormais trop souvent admise que l’homme peut construire la société selon le dessein qu’il établit. Cette attitude constructiviste a toujours existé chez les utopistes, de Platon à Thomas More, qui rêvaient de bâtir des cités parfaites. Elle a prospéré avec la philosophie de Descartes qui a conçu l’homme mécanique et celle de Hobbes, de Rousseau et d’autres qui ont imaginé, même si ça n’était qu’à titre d’hypothèse, que les hommes auraient décidé de leur association en concluant un contrat social alors que la société s’est plus vraisemblablement constituée naturellement par l’action des générations humaines et leurs efforts pour améliorer leur sort. Aujourd’hui les progrès des sciences et l’envahissement des mathématiques en économie ont renforcé encore cette tendance à croire que l’humanité est calculable, ce qui justifierait la planification. Pourtant l’homme déjoue toujours la poursuite des courbes, ce qui explique les erreurs de Malthus au début du XIXème siècle ou celles du Club de Rome dans les années 1970 qui annonçaient que l’humanité mourrait de faim sous peu. Ils ignoraient l’homme et son immense capacité à répondre à des défis, mêmes inattendus.

Certes, le Plan à la française n’a jamais été établi sur le modèle du Gosplan soviétique qui régentait non seulement les politiques publiques, mais aussi leur exécution, jusqu’au détail. Il reste que la planification est vouée par principe à l’échec parce que la vie réelle, heureusement, ne dépend pas que de l’action de l’Etat, mais d’abord et surtout de celle des hommes. L’économie et plus généralement la vie sociale sont le résultat de milliards de décisions plus ou moins importantes prises chaque jour par chacun d’entre nous. Bien sûr les mesures politiques jouent un rôle dans les choix des individus, mais leur effet reste incertain. Il y a des contre effets. Les individus adaptent en permanence leur comportement en fonction des changements externes et des informations qu’ils reçoivent, et de manière imprévisible. Ils sont capables d’innovation, de réactivité, de ruse pour contourner les obstacles des législations ou des événements. Mais l’action des individus est elle-même indéterminée, tâtonnant par essais et erreurs.

Certes, il existe des lois de la nature humaine qui permettent de prévoir, d’anticiper certaines réactions mais pas de manière planifiée. On sait ainsi par exemple, selon Laffer, que au-delà d’un certain seuil, trop d’impôt crée un rejet de l’impôt et détourne certaines personnes de l’activité productive, et qu’alors une augmentation des impôts réduit le produit de l’impôt et vice-versa. Mais le seuil de l’effet Laffer est différent selon les pays et les époques car la psychologie des individus est elle-même variable selon l’environnement et la situation du moment. Aucune équation mathématique de donnera le résultat sur les fiances publiques de la baisse de tel ou tel impôt. Mais une politique de baisse des prélèvements obligatoires dans les pays où ils sont excessifs est généralement favorable.

Il ne s’agit pas pour autant de considérer que nous pourrions nous passer de règles. Bien au contraire, il est évident qu’il faut des règles de droit claires pour indiquer à chacun quelle est la sphère de ses libertés. Car pour mener leurs actions, qui font avancer le monde, les hommes ont besoin de connaître  leurs frontières par rapport à autrui et de pouvoir faire respecter leurs droits. Ainsi, le rôle de l’Etat est plus de faire respecter ces limites et de veiller à ce que tous bénéficient des mêmes droits plutôt que de diriger, planifier l’action des uns ou des autres, voire de faire à leur place en ouvrant la porte au despotisme.

Nous n’avons donc pas besoin d’un plan, mais d’une politique, ce qui suppose moins des experts que des hommes politiques avisés, visionnaires. Les dizaines d’économistes, fonctionnaires pour la plupart, au service des agences publiques comme France Stratégie ou l’OFCE peuvent être utiles pour évaluer les projets politiques, pas pour les concevoir.  La politique devrait être recentrée sur sa principale mission d’assurer à tous une sécurité juridique et pratique, de permettre à chacun de faire ses choix et d’en assumer la responsabilité, ce qui favoriserait des vocations innombrables pour faire face aux défis du monde au plan économique comme au plan politique. Ca n’est pas en créant un Haut Commissariat au Plan que le gouvernement y parviendra et redonnera aux jeunes gens talentueux l’envie de faire de la politique ou de créer des entreprises en France. Si, comme on peut le craindre, une telle décision n’avait comme seul motif inavoué que de satisfaire aux ambitions politiques attardées d’un cacique et aux équilibres politiques d’un gouvernement en mal de projets, elle contribuerait encore un peu plus à ternir la politique et à la faire suspecter de toutes les compromissions possibles.

Face au Covid, surveiller et punir l’humanité

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Si des Martiens débarquaient sur Terre aujourd’hui, ils seraient saisis par l’affligeante uniformité de l’espèce humaine. Partout ou presque, hommes et femmes sont obligés de porter un masque, peu importe leur nationalité ou leur condition sociale. De Dakar à Paris en passant par São Paulo, il n’y a plus qu’une humanité voilée pour laquelle respirer librement est passible d’amende.


En examinant les constitutions des plus grandes nations de ce monde, les visiteurs extraterrestres auraient toutes les chances de penser que nous sommes une espèce paradoxale qui, d’un côté, exhorte l’individu à disposer de son corps et, de l’autre, lui interdit de marcher dans la rue à visage découvert. En 2020, désobéir veut dire embrasser son prochain ou bien sourire sans l’entrave d’un bout de chiffon.

La vie en société piétinée

Et en écoutant les déclarations de l’OMS et de la Commission Européenne, les touristes interplanétaires concluraient que notre espèce rend un culte absurde à une divinité médiocre (le Covid-19) dont la seule grandeur se mesure par le nombre d’humains confinés et de postes de travail éradiqués.

Ce spectacle désolant est le nôtre, c’est la faute lourde de notre génération. Face à un virus qui tue très peu, nous avons réagi de la pire manière qui soit, en jetant par-dessus bord les principes mêmes de la vie en société. Il s’agit du lien social, de l’empathie et de la confiance, autant d’évidences que nous sommes en train de détruire par nos absurdes mesures anti-corona.

Le lien social ne survit pas à la distanciation sociale qui signifie précisément la rupture des échanges affectifs, émotionnels et hormonaux entre les individus. Les ayatollahs de la distanciation sociale feignent d’oublier qu’une société repose sur autre chose que la possession de papiers d’identité et d’un abonnement internet, elle est un édifice composite où s’entrelace les regards, les caresses, les odeurs et les souvenirs. Sans eux, la société s’effondre pour devenir un amas d’individus isolés, une horde au mieux.

Pas d’empathie sans visage

L’empathie s’éteint quand le port du masque devient obligatoire. Elle disparaît lorsque le visage d’autrui devient un mystère inaccessible, une sorte de zone interdite où nos cinq sens n’ont pas le droit de s’aventurer. Impossible de ressentir l’émotion d’autrui si l’on est incapable de deviner ses émotions. Impossible de se mettre à la place de son prochain si son sourire est caché et sa voix étouffée. Dans ces conditions, la solidarité devient une pure vue de l’esprit, un intangible que l’on ressasse sur les plateaux télé mais que l’on ne vit plus.

Le voilement généralisé abat la confiance de la même manière qu’il éradique l’empathie. Le masque transforme autrui en un éternel étranger duquel il vaut mieux se méfier. L’égoïsme triomphe alors sur l’esprit de collaboration, faisant émerger un climat typique des sociétés du Tiers-monde où personne ne fait confiance à personne. La vie collective et le dynamisme économique s’y limitent à la famille élargie voire à la tribu, c’est-à-dire aux seuls domaines où la confiance est possible sans courir de grands risques. A l’inverse, une société avancée créé des mécanismes qui génèrent de la confiance entre des parfaits inconnus. D’où sa capacité à créer de la valeur vite et bien.  Ainsi, chaque masque porté est un coup de marteau donné à la grande fabrique de prospérité qui nous a arraché aux chaînes millénaires du manque et de la détresse.

Méfiance généralisée

Pire, la méfiance généralisée, produit dérivé de la politique sanitaire actuelle, est une menace à terme pour la démocratie. Qui va s’organiser politiquement avec un camarade qui risque de le trahir à la première occasion ?

Dans ce crime collectif, l’Occident est en pointe comme le navire amiral d’une invincible armada qui se saborde à la vue d’un monstre marin en caoutchouc.

Tout ce que nous venons de décrire brièvement, de la distanciation sociale au port du masque, y sont poussés à des extrêmes inquiétants. Jadis synonyme de dignité et d’émancipation, l’Occident prête désormais son prestige à un recul sans précédent. Il préside à un changement d’époque qui semble mettre fin à la formidable parenthèse enchantée des Droits de l’Homme. Et une cruelle ironie veut que les forces progressistes soient aux premières loges pour applaudir cette catastrophe et l’imputer au virus alors qu’elle est intégralement le fruit d’une politique humaine parmi tant d’autres possibles.

Le prix à payer

A ce stade et alors qu’on nous annonce une deuxième vague, la seule question qui mérite d’être posée est celle du prix. Quel est le prix que nous sommes prêts à payer pour nous prémunir du covid19 ? Préserver la vie en société et protéger la démocratie devraient être au-dessus de la lutte contre la pandémie. Il n’y a aucun intérêt à sauver les corps si l’on blesse mortellement les sociétés qui rendent possible l’essor des consciences et l’élévation des âmes.  Il n’y a aucun sens à vouloir vivre tel un animal isolé et soumis au bon vouloir du seul prédateur encore en liberté : l’Etat.  Nous n’allons pas balayer cinq cents ans de modernité comme cela, sans explorer toutes les pistes possibles, le renoncement à notre civilisation étant le recours ultime.  Plutôt mourir que de vivre courbé.

Nous sommes tombés bien bas pour abandonner notre mode de vie et nos valeurs à cause d’un virus qui, je le répète au risque de déplaire, n’a rien d’apocalyptique. La débâcle de mai-juin 1940 relevait de la catastrophe, le sac de Rome en l’an 410 avait de quoi susciter l’épouvante et le désespoir. Pas le Covid-19.

La liberté oubliée

Alors pourquoi avons-nous renoncé aussi vite ? Pourquoi avons-nous soudain troqué les devises de Liberté et de Dignité par Surveiller et Punir ?

Peut-être que ces notions étaient depuis longtemps démonétisées. Peut-être que nous y avions renoncé dans le secret de nos âmes bien avant la pandémie, nous qui sommes épuisés par tant d’années passées à jouir sans jamais goûter à la plénitude de l’épanouissement. Nous qui avons accumulé les libertés les plus extravagantes sans jamais nous débarrasser du spectre de la frustration.

La liberté sexuelle, le droit au changement de sexe, le porno pour tous, la PMA pour toutes, les vacances en Thaïlande, le premier, le deuxième et le troisième iPhone…Rien de cela n’a suffi à nous rendre heureux. Rien de cela n’a suffi à remplir cet immense vide sur lequel nous nous effondrons le soir venu, une fois que nous retrouvons nos appartements minuscules, reflets fidèles d’une vie sans éclat. L’épanouissement est toujours fuyant car peu d’entre nous ont atteint l’émancipation financière qui permet d’échapper au diktat du petit chef. Et trop peu encore ont réussi à vaincre les fantômes qui les tourmentent et en font les esclaves de pulsions stériles.

Rome doit flamber

Alors, frustrés et aigris, nous avons choisi la politique de la terre brûlée. Puisque nous sommes malheureux, nous décrétons que Rome doit flamber telle une immense offrande que l’on présente à une nouvelle divinité. En voilant les visages, en confinant les êtres et en détruisant l’économie par l’incertitude et la panique, nous nous amputons de nous-mêmes pour faire plaisir à une force surnaturelle. Le grand drame est qu’elle n’existe pas. Il n’y a pas de Dieu Corona venu nous sauver ou nous punir. Il n’y a que nous-mêmes et notre théâtre intime d’ombres menaçantes.

Quand nous comprendrons que la vraie pandémie est celle qui secoue nos esprits, il sera peut-être trop tard. Nous aurons franchi le point de non-retour, celui qui sépare les hommes libres des esclaves.

En attendant, enduisons nos mains de gel hydroalcoolique, acharnons-nous à sauver la peau, la seule chose qu’il reste à sauver quand on a renoncé à tout.

« C’est la civilisation moderne, cette civilisation sans Dieu, qui oblige les hommes à donner une telle importance à leur peau. Seule la peau compte désormais. Il n’y a que la peau de sûr, de tangible, d’impossible à nier. C’est la seule chose que nous possédions, qui soit à nous. La chose la plus mortelle qui soit au monde. Seule l’âme est immortelle, hélas! »

Curzio Malaparte, La Peau (1949)


Surveiller et punir: Naissance de la prison

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Accord israélo-émirati : le début d’une dynamique?

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La signature d’un accord bilatéral entre Israël et les Émirats Arabes Unis est un pas de plus vers la stabilisation de la région et la résolution de la question palestinienne.


Le 13 août 2020, les Émirats Arabes Unis deviennent le troisième pays arabe, après l’Égypte et la Jordanie, à signer un accord bilatéral avec Israël et reconnaître l’État hébreu après la décision israélienne de suspendre l’application de la souveraineté nationale sur la Judée Samarie.

Mieux encore que les traités de paix avec le royaume Hachémite et l’Égypte qui instauraient une paix froide, l’accord israélo-émirati aura des impacts diplomatiques, commerciaux, stratégiques et sécuritaires et permet de prouver à que l’éternelle opposition entre Israël et les pays arabes n’est précisément pas immuable.

Résoudre la question palestinienne  

Longtemps motivés bien plus par le principe du « triple non » de la résolution de Khartoum d’août 1967 – non à la paix avec Israël, non à la reconnaissance d’Israël, non à toute négociation avec Israël – que par un soutien sincère aux Palestiniens, les pays arabes ont peu à peu pris conscience que l’AP tout autant que les organisations terroristes (pro)-palestiniennes ne permettraient jamais, par leur intransigeance et leurs demandes irréalisables, de parvenir réellement à solution pacifiée.

Après 6 plans de paix tous refusés par les palestiniens (le plan Peel en 1937, le partage de la Palestine mandataire et la résolution 181 en 1948, les accords de Camp David en 1978, la proposition d’Ehud Barak en 2000, la proposition d’Ehud Olmert en 2008 et le plan Trump en 2020), il était évident que la paix n’était pas véritablement recherchée. La paix, le défi d’un État palestinien viable à bâtir aurait signifié tôt ou tard la fin des subsides versés par milliards d’euros directement à l’AP ou via l’UNRWA et celle du statut de réfugiés permanents et transgénérationnels depuis 1948. L’assistance perpétuelle peut vite devenir un confort auquel il est difficile de renoncer.

À lire aussi : Plan Kushner-Trump pour la Palestine: la méthodologie du « dealing »

Les ennemis d’Israël et, en réalité de la population palestinienne elle-même, ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. Preuve en est la condamnation à l’unisson par la Turquie et l’Iran d’une part, qui s’obstinent à soutenir et financer les groupes terroristes palestiniens dans une stratégie de perpétuelle confrontation avec Israël et par l’Autorité Palestinienne, le Hamas et le Djihad Islamique Palestinien d’autre part, qui maintiennent leur peuple dans la misère et une absence de futur au prix d’une corruption endémique, d’une éducation de la haine sans fin et du terrorisme. Or, ce qui est dénoncé comme une trahison du peuple palestinien par tous ceux qui ont fait de la haine d’Israël leur unique motivation est au contraire une formidable opportunité pour sortir les Palestiniens des abysses dans lesquelles ils sont plongés depuis 1948.

A ce titre, et dès l’annonce de l’accord, le ministre saoudien de la Culture et de l’Information, Adel al-Toraifi, a déclaré qu’il était temps pour les pays constituant le Conseil de coopération du Golfe (l’Arabie Saoudite, Oman, le Koweït, Bahreïn, les Émirats Arabes Unis et le Qatar) « de dépasser les discours dévastateurs d’un nationalisme arabe factice et des islamistes terroristes », et a appelé à « exhorter les Palestiniens à abandonner le terrorisme du Hamas et à construire un État moderne ». Le message est clair.

Une bonne nouvelle pour la région

Cet accord aura ainsi le mérite de mettre fin à l’hypocrisie des pays arabes qui posait la solidarité palestinienne comme l’alpha et l’oméga de leurs relations avec Israël rompant ainsi l’initiative de paix arabe de 2002 qui soumettait un accord avec Israël à la triple condition d’évacuer les territoires disputés, créer un État palestinien et permettre le retour des « réfugiés » palestiniens sur le sol israélien. Car en effet, Israël et les EAU entretenaient déjà des relations officieuses, notamment sur le terrain sanitaire dans la lutte contre la Covid 19 et, de façon plus pérenne, sur le terrain du renseignement et de la défense contre l’Iran – dont la politique hégémonique est une menace pour les pays de la région et qui ne se trouve qu’à une vingtaine de kilomètres des émirats, de l’autre côté du détroit d’Ormuz.

À lire aussi : « La destruction d’Israël reste l’utopie mobilisatrice des jihadistes. »

Cet accord est une bonne nouvelle pour les deux pays et pour la région toute entière. Certes, les Emirats Arabes Unis ne sont pas le premier pays musulman avec lequel Israël entretient des relations officielles. La Turquie a ainsi longtemps été un allié objectif de l’État hébreu avant le virage islamiste d’Erdogan, et l’Azerbaïdjan est également, depuis 1992, un partenaire de choix d’Israël sur le plan énergétique et économique, illustration de « la diplomatie de la périphérie » visant à briser l’encerclement par des pays arabo-musulmans hostiles. Si les EAU sont aussi un pays du « deuxième cercle », la différence notable est que contrairement à la Turquie et à l’Azerbaïdjan, il s’agit d’un pays arabe proche de l’Arabie Saoudite. Les contacts avec Bahreïn et Oman, qui ont participé tout comme les EAU à l’élaboration du plan de paix américain de 2020, sont des signaux positifs pour de nouvelles relations normalisées avec ces pays et la création d’une dynamique qui viendrait cette fois désenclaver non seulement Israël de ses voisins hostiles mais également les Palestiniens eux-mêmes des groupes terroristes (Hamas, Hezbollah) et d’une Autorité Palestinienne corrompue et inefficace dont ils sont les victimes.

Winamax : on enc… bien les mouches !

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Roxana Maracineanu et Marlène Schiappa s’indignent de la publicité grivoise du site de paris en ligne Winamax sport. Ces deux ministres n’ont-elles pas mieux à faire ?


 

Tout d’abord, concédons que la publicité du site de paris en ligne Winamax sport, « On prend l’Europe et on l’encule à deux », accompagné de deux têtes remplacées par les écussons du Paris Saint Germain et de l’Olympique Lyonnais n’est pas la plus fine qui soit. Elle ne fait d’ailleurs pas l’unanimité auprès des supporters de football;

Mais les réactions qu’elle a provoquées sur les réseaux sociaux prête à rire tant celles et ceux qui s’y sont livrés se sont couvert de ridicule.

La première à dégainer a été la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, dont on peut dire sans la diffamer que son amour pour le football est aussi grand que l’amour des écologistes pour l’énergie nucléaire qui a twitté « sérieusement @Winamax sport , votre tweet est à vomir @TwitterFrance ça ne vous dérange pas de laisser passer ce genre de messages ? ».

Si les choses s’étaient arrêtées là, pas grand-chose à dire, mais il fallait bien évidemment que l’inénarrable Marlène Schiappa tweete à son tour « on peut, bien sûr, se contenter de répéter ce qu’on a toujours entendu. On peut aussi réfléchir à la teneur de nos propos publics. Par exemple en lisant cet article on vous explique pourquoi « enculé » est une insulte homophobe ».

Venant de l’auteur des Femmes bien n’avalent pas et d’Osez les sexfriends, ces pudeurs de gazelle comme dirait Mélenchon prêtent à sourire. Rappelons à Marlène Schiappa qu’il n’y a pas que les homos qui pratiquent la sodomie (auquel cas « enculé » prend un « e » pour être mis au féminin), je présente d’ailleurs mes excuses à Madame la ministre pour ne pas savoir l’écrire en écriture inclusive.

Oh hisse…

Mais comme il fallait se justifier face aux torrents de réponses qui défendaient le droit à l’humour (qu’on peut ou pas partager), Marlène Schiappa a répondu : « ça doit être génial de tenir des propos homophobes, racistes ou sexistes et, dès que qui que ce soit proteste, dégainer la carte « t’as pas d’humour ». Des gays se font casser la gueule parce qu’ils se donnent la main dans la rue, sur la base de ces propos. Ce n’est pas drôle ».

Eh oui, tout le monde sait que les malheureux gays victimes de tabassages dans la rue se font tabasser aux cris de « Marseille on t’encule », de « Allez l’OL » et de « Ici, c’est Paris » et que ceux qui les tabassent sont supporters de football et jamais issus des fameuses « minorités visibles » dont les pays pratiquant leur religion de la manière la plus rigoriste pendent les homosexuels en place publique. Petit détail qui semble avoir échappé à Marlène Schiappa.

Comme elles disent

Enfin, si « enculé » est une injure homophobe, pourquoi Roxana Maracineanu et Marlène Schiappa n’ont-elles pas twitté leur indignation lorsqu’Angèle chantait dans « Balance ton quoi » : « Laisse-moi te chanter d’aller te faire en…, j’serai polie pour la télé mais va te faire en… ». Mais Angèle ayant fait son coming-out lesbien, difficile de la traiter d’homophobe…

Enfin, à l’autre bout de l’échiquier politique, Jean Messiha a vu du racisme anti-blancs dans la pub de Winamax alors qu’il s’agit de la couverture du dernier CD du groupe de rap PNL.

Bref, Winamax, avec une mauvaise pub, a réussi son coup. La vraie morale de l’histoire est que le ridicule ne tue pas, heureusement pour certains !

« Incivilités »: l’exception française

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En France, la violence quotidienne n’est plus l’exception mais la règle.


La langue française est riche en vocabulaire et en nuances. Si nous avions un doute, les derniers événements, nous l’ont ôté. Incivilité, manque de courtoisie, le respect d’autrui, comportement qui ne respecte pas une partie ou l’ensemble des règles de vie en communauté. Ensauvagement, chute dans la sauvagerie, retour à l’état sauvage. Sauvageons, expression déjà utilisée en 1999 par l’ancien ministre de l’Intérieur Jean-Pierre Chevènement, qui déclarait «il faut lutter contre l’insécurité sans surenchère ni démagogie». Vingt ans plus tard, on est encore à faire de la sémantique.

L’ordre républicain perdu

Depuis des mois, voire plus, nous sommes contraints d’apprendre à vivre, s’il est possible, avec une violence quotidienne, qui finit par être non plus l’exception, mais la règle. Nos dirigeants successifs ont beau faire des déclarations solennelles, affirmer prendre le problème à bras le corps, la violence s’amplifie. Chaque jour apporte son lot. Auparavant, il était question des territoires perdus de la République, aujourd’hui c’est l’ordre républicain qui est perdu sur le territoire. Comme la pandémie, cette violence ne connait pas de frontière. Alors il faut agir.

Il n’est pas normal qu’en France, on puisse acheter un véhicule sans être titulaire du permis. Si cet achat concerne un tiers, il doit figurer nommément lors de l’achat. Il n’est pas normal qu’on vende un véhicule sans qu’il soit préalablement assuré. Il y a un million de conducteurs sans permis et donc de tueurs potentiels. Ces délits doivent être condamnés par des peines automatiques et la confiscation du véhicule. Les sommes iront à un fond destiné aux victimes. Finis les rodéos nocturnes, on confisque et on vend.

Il n’est pas normal qu’un chauffard, sous l’empire de l’alcool ou de stupéfiants puisse contester devant un tribunal le crime qu’il aura commis en fauchant des enfants, un père de famille, un gendarme dans l’exercice de ses fonctions. Ces crimes ou ces incivilités doivent faire l’objet d’une peine automatique incompressible.

Confisquons les véhicules

Tuer avec une voiture n’est en rien différent de tuer avec une arme. Le délit de fuite est un fait aggravant. Le véhicule doit aussi être saisi. Il n’est pas normal qu’un chauffeur de bus soit bastonné à mort quand il demande aux passagers de porter le masque. Là aussi, une peine automatique devrait s’appliquer et donner à réfléchir à ceux tentés d’en faire autant. On n’est pas dans une série télévisée.

Il n’est pas normal que le client d’une laverie soit battu à coups de battes de baseball parce qu’il demande à un autre utilisateur de porter un masque. Incivilité ? Il n’est pas normal qu’un maire trouve la mort par écrasement en 2019 parce qu’il invite un chauffeur à déposer ses gravats ailleurs. Un autre maire est frappé parce qu’il demande à un de ses  administrés de baisser la musique, incivilités, ensauvagement ?

Alors qu’on réprime théoriquement à coups d’amendes(?) la conduite en état d’ivresse, ou sous l’empire de stupéfiants, le véhicule doit être confisqué. On verra baisser significativement cette conduite irresponsable.

Irresponsabilité pénale

Il n’est pas normal qu’on continue à invoquer la loi sur l’irresponsabilité pénale. L’article 122-1 du Code pénal doit être abrogé. Il stipule qu’en cas d’altération du discernement au moment des faits, le principe d’atténuation de la peine prononcée s’applique. Le maximum légal sera réduit d’un tiers en matière correctionnel et en cas de crime puni de la réclusion criminelle ou de la détention criminelle à perpétuité, ramenée à trente années. Il faut en finir avec ces modalités qui permettent d’exonérer des tueurs. C’est l’objet de la proposition de loi de Nathalie Goulet, sénatrice UDI, qui a par ailleurs présidé une commission d’enquête sur l’organisation et les moyens de la lutte contre les réseaux djihadistes en France et en Europe. Sur ce dernier point on pourrait déjà commencer par interdire totalement la présence du Hezbollah en France et en Europe.

Enfin, depuis 2006, on compte onze assassinats à caractère antisémite. Les dernières victimes sont Sarah Halimi et Mireille Knoll. Pour cette dernière, rappelons qu’il aura fallu de nombreux articles de presse, pour qu’enfin on reconnaisse qu’il s’agissait d’un crime à caractère antisémite. Sinon on s’en tenait à un crime commis sous l’empire de stupéfiants ou de l’alcool. Pour Sarah Halimi, la Cour d’appel de Paris a conclu à l’irresponsabilité pénale de son auteur Kobili Traoré. On comprend que défenestrer quelqu’un aux cris d’Allahou Akbar n’est pas antisémite, sous l’emprise de «substances».

Il faut que tout cela change ! L’autorité de l’État est continuellement bafouée. Les Français ont peur et les victimes demandent justice. France, pays des droits de l’homme, ta civilisation fout le camp !

Instagram: voici venu le temps des likes et des contre-champs

 


Entre like et lèche, followers et groupies enfiévrées, chronique d’une journée d’été ordinaire dans le monde fabuleux d’Instagram.


Il paraît que le bonheur ne vaut que s’il est partagé. Que la prospérité est un secret à dispenser d’urgence, plutôt qu’à dissimuler jalousement. Ce doit être vrai. Il n’y a qu’à surfer quelques instants sur les comptes Instagram des célébrités, comme ceux des sans-grades – ils fleurissent comme des feux de pinèdes en période de pique-nique post-Covid – pour constater que le monde ne tourne plus désormais essentiellement qu’autour de ces maximes. Elles sont même la pierre angulaire des réseaux sociaux. La clef de voûte de la vie moderne. Prouvant qu’il ne sert plus à rien de connaître tout seul l’allégresse. D’être égoïstement heureux en silence. Comme un autolâtre transi s’adonnerait à la félicité solitaire, replié sur lui-même. Il faut partager maintenant son plaisir ou sa réussite avec le plus grand  nombre. En criant si possible son bien-être et sa joie. En l’affichant complaisamment à la face de ses followers, de ses abonnés. Qu’on soit inconnu ou puissant. Ici c’est un coucher de soleil, évidemment unique, qu’on immortalise ; là une « party » entre amis avec barbecue… soyons dingues ! Ou même pire, un plat gastronomique. Un tartare de saumon au caviar offert à la caméra de son iPhone, comme un coq au vin fraîchement régurgité que l’instagrammeur ne résistera pas à nous faire profiter.

Adieu cartes postales

Autrefois, on envoyait des textos. Histoire de mettre les cartes postales au rayon des antiquités et de donner accessoirement des nouvelles à ses quelques amis. Maintenant, il faut poster sur Facebook. Envoyer du bois sur Twitter, faire sa « com sur Insta ». En clair, il faut « balancer sa life » en pâture, comme certaines multinationales achètent parfois des pages de pub dans les grands quotidiens pour communiquer avec satisfaction sur leurs bons résultats. C’est comme ça. Et pas autrement. C’est vrai après tout, à quoi bon être heureux si on ne peut pas en faire état ? Mais il y a évidemment un risque à ne pas respecter ces passages obligés. Le pilori des ringards. La potence des arriérés. Pire que l’oubli : la déchéance de la non existence numérique.

Le bonheur ne vaut que s’il est approuvé 

Tout cela va évidemment bien plus loin qu’une simple lettre à la poste. Et dépasse en creux l’acte de com sur sa pauvre  existence. Car un instagrammeur, donc un homme moderne, ne fait pas que poster. Il attend aussi (et surtout) de ses messages-missives, un évident retour. L’approbation ultime. Le nirvana du témoignage d’intérêt : la preuve de sollicitude. Qui est, comme chacun sait, le début de la réussite. Le bonheur du liking. Jetons un voile pudique sur la crétinerie  m’as-tu-vu abyssale des messages en général édités. Sans critiquer l’aspect indéniablement pratique et commercial de ce nouveau média, on n’est pas là pour innover. Mais bien pour calculer sa puissance par rapport à une jauge unique. Un seul mètre étalon: les réactions de son réseau de followers. Donc aussi un moyen pas cher de vérifier sa popularité, voire même sa position dans la société.

Robert est à la plage. On est tous contents pour lui. Mais il était important qu’il en fasse mention. Qu’il le dise. Qu’il communique. Ça c’est plus ennuyeux. Nicolas de son côté est en Corse. Il est plus riche que Robert. Qui est sur la côte, mais celle d’Opale. Alors, il fait du jet ski avec maman le Nico. Ces deux personnages pourraient se contenter de vivre leur bonheur tranquillement en famille. Discrètement même. En nous foutant la paix. Acceptant au passage l’idée selon laquelle aller à la mer l’été, c’est comme chausser les skis en décembre ou enfiler des moufles et un passe-montagne à Noël. C’est d’une banalité affligeante. Mais qu’importe, ils sont heureux. Alors il faut qu’ils le crient à la face du monde, bon Dieu ! Et puis les likes vont déferler de partout. C’est certain. Surtout chez Nicolas. Ils vont se déchaîner comme les bourrades s’abattent sur le dos des buteurs quand ils rentrent au vestiaire après un tir en pleine lucarne. Des tapes sur l’épaule. Sacré Nicolas! On va le féliciter! Quel kiff. Qu’est-ce qu’il est bon quand même ! « T’as vu Nico, y fait du jet ski ! » Dingue non? On est tellement ravis pour lui. D’autant que sur ses posts précédents on a pu voir qu’il avait été au golf en hélico. Il sait respecter les gestes barrières lui au moins. Même en coupe carotte. Car même en Robin il porte un masque. Mégane Scénic ou Bell ranger ? Peu importe le jouet finalement.

L’approbation des fayots

Pourvu qu’on ait l’ivresse. L’aspect pathétique de ces  situations ne se situe pas, somme toute, dans le vide cyclopéende ces aventures estivales. Le plus attristant en fait, c’est la réaction du réseau. L’approbation des fayots. Que la fille de Robert like la vie dissolue de son père qui s’oint le buste poilu de Nivea protection 10 en transat sur la plage de Malo-les-bains à marée basse, c’est bien légitime. Ça va fait plaisir à son daron. Et c’est lui qui paye les cours de tennis. Mais que les « amis » de Nico lèvent tous le pouce à sa moindre frasque balnéaire, là on n’est plus dans l’approbation. On serait plutôt à fond dans la lèche. Il n’y a qu’à regarder les noms des aimants. Quand ils ne sont pas de la famille, ils sont tous employés du grand patron ou voire clients. Le constat est donc sans appel, il n’y a pas plus hypocrite qu’un like. Pas plus fourbe qu’un pouce levé ou un cœur rougissant. Même ou surtout en mode privé.

Ces signes ressemblent donc en tous points à ces tampons sur les carnets de vote. Carnet de notes ? « A voté » dit l’assesseur du bureau d’Instagram. « Et j’espère que Nico saura se souvenir que j’avais liké la pirouette à la piscine de son petit-fils, à la rentrée, quand on renégociera les contrats » pense la cohorte de communicants, de producteurs, de fournisseurs, de salariés. Tous ces spectateurs benêts ou fayots abasourdis de bonheur qui pensent « que ça ne peut pas faire de mal après tout d’appuyer sur un bouton pour faire plaisir au vieux ». Sans le savoir, ils ressemblent de plus en plus aux auditoires de ces claques organisées les soirs de premières. Aux auditeurs de ces standings ovations bidon en festival. Ils ne sont plus que de banals spectateurs de soirées diapos. Ils s’emmerdent ferme, comme nous, mais eux ils n’oseront jamais le dire.

Anglet: au paradis des noyés

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Cet été, sur la côte basque submergée par un afflux de touristes français avides d’air marin et d’océan, les températures caniculaires et les moyens limités des secours augmentent le risque de noyade.


Dimanche 9 août, à Anglet, la chaleur est accablante malgré un ciel nuageux et quelques rares gouttes de pluie. Sur la dizaine de plages que compte la ville, dont le littoral s’étend sur 4,5 km, surfeurs et baigneurs – par milliers – vont à la rencontre des vagues, sous le regard de jeunes maîtres-nageurs sauveteurs recrutés pour la saison et perchés sur leurs miradors en bois. En raison du nouvel engouement inouï des touristes pour le surf, les trois quarts du littoral angloy sont désormais dédiés aux surfeurs. La ville, surnommée « Surf City » et placée sous le patronage de la championne du monde de surf Pauline Ado, se targue de posséder 12 écoles de surf.

Aux prises avec les vagues

Sur la plage des Corsaires, dans une zone de baignade restreinte délimitée par des drapeaux, une centaine de personnes tentent de s’ébattre dans les vagues. Régulièrement, un coup de sifflet strident en provenance du mirador retentit pour signifier aux baigneurs qu’ils ont dérivé vers la zone réservée aux amateurs de beach-break, ces brisants de plage, très prisés des innombrables novices juchés sur leur planche de surf ou de bodyboard.

Perdue au milieu de la masse des baigneurs, je tente moi aussi – en famille – d’affronter les vagues tubulaires qui déferlent dans un vacarme assourdissant. Soudain poussée par une vague, je vais faire pour la première fois de ma vie l’amère expérience d’une quasi noyade, comme le relatera le lendemain le journal Sud-ouest.

La cause de cette mésaventure serait liée à un changement de topographie du littoral. D’une part, au fil des dernières décennies, la construction d’« épis » construits au vingtième siècle sur les plages d’Anglet, a visé à empêcher les courants latéraux de transférer le sable vers l’embouchure du fleuve Adour (phénomène dit « d’engraissement de la côte ») et de bloquer le port. Mais cela a créé des turbulences et des effets tourbillonnaires sous-marins. D’autre part, comme l’affirme un maître-nageur sauveteur, interrogé pour l’occasion, des « baïnes », nouvellement apparues lors des fortes marées de l’hiver 2020, creusent les plages et provoquent le déplacement d’immenses masses d’eau contre lesquelles il est impossible de lutter sans palmes lorsque la marée monte ou redescend.

Gare aux vives

Résultat : sur ladite Plage des Corsaires, le 31 mai dernier, une femme de 51 ans est morte noyée, tandis que trois semaines plus tard, le 21 juin, un quinquagénaire polonais décédait également par noyade au même endroit !

En dépit de ces deux accidents tragiques et du fait que chaque jour de nombreux autres baigneurs se retrouvent piégés par les vagues sur les plages angloyes, je n’ai pas vu de zodiac ou de scooter des mers à proximité du mirador des maîtres-nageurs sauveteurs, comme je l’ai constaté en revanche, ces derniers jours, sur la plage d’Hendaye, ville-frontière au sud du Pays basque français. Sur cette immense plage-là, des CRS, formés au centre de formation des nageurs sauveteurs du pôle d’excellence maritime (PEM) de Cenon en Gironde, assurent la sécurité des baigneurs et surfeurs. Si les vagues y sont moins menaçantes qu’à Anglet, le danger vient de la présence de vives (Echiichtys vipera), des poissons venimeux dont la taille peut atteindre 50 centimètres et qui se cachent sous le sable en bord de plage. Leur piqûre, extrêmement douloureuse, est certes rarement fatale (sauf en cas d’allergie et de syncope !), mais suffisamment effrayante pour me dissuader de toute tentative de baignade. Comme le venin de cette créature est thermosensible, plusieurs fois par jour, les policiers du poste de secours soulagent les victimes, en trempant les pieds blessés dans un saut d’eau à plus de 40°C pendant près de 30 minutes.

De passage sur l’île indonésienne de Bintan, l’année dernière, j’avais renoncé à me baigner malgré la chaleur tropicale étouffante, car les cubozoaires ou méduses-boîtes, dont le venin peut entraîner la mort, y proliféraient. En 2020, sur les côtes de l’ouest de la France, il semble que le baigneur désireux de ne pas s’attarder sur les plages où plane encore le spectre du coronavirus en raison de la promiscuité, doive tout de même y regarder à deux fois avant de se jeter à l’eau.

Marjorie Taylor Greene, complotiste QAnon

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La probable future élue de la Chambre des représentants Marjorie Taylor Greene incarne la montée d’un courant complotiste au sein du Parti républicain. Ce mouvement appelé QAnon imagine une conspiration ourdie par les Démocrates et l’Etat profond américain pour abattre Trump et forger un « nouvel ordre mondial ». Décryptage. 


Selon les résultats publiés mercredi dernier, Marjorie Taylor Greene, une candidate pro-MAGA (Make America great again) a remporté la primaire républicaine pour les prochaines élections de la Chambre des représentants en novembre. Le quatorzième district de Géorgie étant un bastion du Parti républicain, Taylor Greene a de fortes chances d’être élue pour un mandat de deux ans.

La fabrique du complot pédophile

Si cette femme politique est aujourd’hui dans la lumière, c’est qu’elle adhère au mouvement complotiste QAnon. Pendant sa campagne, Taylor Greene s’est revendiquée de cette mouvance qui se répand depuis 2017 sur les réseaux sociaux.  Selon ses adeptes, les États-Unis sont dirigés depuis des décennies par le « Deep state » (l’État profond), une organisation secrète rassemblant de hauts responsables de la fonction publique, les Clinton, les Obama, les Rothschild, George Soros ainsi que des stars d’Hollywood et d’autres membres de l’élite mondialisée. Pour eux, l’Etat profond est un vaste système de réseaux pédophiles internationaux qui vise à créer un nouvel ordre mondial dans lequel les États auraient abandonné leur souveraineté au profit de cette élite « cosmopolite ». Contre cette menace, deux personnes se dressent pour sauver les Etats-Unis et le monde libre : Donald Trump et un certain « Q » qui a signé les premiers messages sur les réseaux sociaux dénonçant un prétendu complot pédophile en octobre 2017.

200 00 fans Facebook

Dans un spot électoral diffusé cet été, Marjorie Taylor Greene déclare que « Q est un patriote (…) C’est l’occasion d’une vie d’éliminer cette cabale mondiale de pédophiles satanistes et je pense que nous avons le président qu’il faut pour ça ». Les analystes du phénomène QAnon constate que la mouvance regroupe plusieurs théories du complot autour desquelles se sont agrégées des centaines de milliers d’internautes aux Etats-Unis et dans le monde entier. Le groupe « Official Q/Qanon » qui vient  d’être supprimé par Facebook, comptait 200 000 fans.

Si au départ, il y a moins de trois ans, QAnon était le nom d’une théorie du complot, ce terme a depuis évolué pour aujourd’hui désigner tout un mouvement. Les quelques idées fortes des origines se sont enrichies d’un projet complotiste global : il ne s’agit plus seulement d’une cabale contre Donald Trump organisée par « l’État profond », mais également du plan de contre-attaque du président. Comme dans un roman d’espionnage, celui-ci travaillerait (secrètement, bien que QAnon et ses millions d’adeptes soient dans la confidence…) à une vaste rafle des dirigeants du Parti démocrate visant à décapiter cette organisation soi-disant impliquée dans des réseaux pédosataniques.

Le mystérieux « Q »

Tout a débuté par la publication le 28 octobre 2017 d’un message sur 4chan, un forum de l’AltRight. Les publications y sont anonymes et, un peu comme les « Camille » des zadistes, tous les participants signent « Anonymous ». Dans ce message, le mystérieux « Q » explique que l’arrestation de Hillary Clinton est imminente et que d’autres suivront. A en croire « Q », des unités de la Garde nationale des différents Etats américains allaient prendre part à l’opération. Que les sceptiques contactent un membre de la Garde nationale pour dissiper leurs doutes, ajoutait-il.

Comme les suivants, ce premier post a été formulé de manière à insinuer qu’il s’agirait de fuites très haut placées auxquelles « Q » aurait accès. Certains de ses partisans voient ainsi dans son pseudonyme une référence à « Q Clearance », un niveau d’autorisation au sein du ministère américain de l’Energie équivalent à « top secret ». Mais on peut tout aussi bien voir dans cette signature énigmatique une référence au personnage de James Bond qui, sous les ordres de « M » fabrique les gadgets pour les missions de 007, tant les idées de cette mouvance semblent s’inspirer de l’univers des films, BD et autres jeux vidéo.  Cependant, le succès de « Q » est aussi dû au caractère de plus en plus codé de ses messages, ce qui entretient le mystère et pousse ses lecteurs à chercher des interprétations aux supposées énigmes disséminées sur le forum. Ce jeu de pistes virtuel n a créé en quelques mois un véritable corpus herméneutique virtuel qui fait penser à une secte en devenir.

En guerre contre Twitter

En novembre 2019, le mouvement QAnon est arrivé sur le devant de la scène lorsque la chaine NBC a publié une enquête au sujet de quatre candidats aux élections de la Chambre des représentants. Ces derniers ont fait des allusions plus ou moins subtiles à leur adhésion aux thèses de QAnon. Six mois plus tard, en mai 2020, Facebook les a dénoncés sur son site officiel.

Pas plus tard que le mois dernier, le 22 juillet, Twitter  a annoncé supprimer quelque 7000 comptes liés à QAnon. Près de 150 000 autres ont été masqués. De quoi remettre un sou dans la machine complotiste : si les géants du Net censurent QAnon avant la présidentielle de novembre 2020, n’est-ce pas la preuve qu’ils veulent abattre Trump ?

Hamas: une stratégie suicidaire?

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Femmes du Hamas manifestant contre Israël le 9 juillet 2020 (c) AP Photo/Adel Hana - AP22471845_000002

 


De manière cyclique, le Hamas tient à se rappeler au bon souvenir des Israéliens en innovant à chaque fois pour trouver les moyens de créer des troubles à la frontière israélienne.


Après une certaine accalmie, la frontière avec Gaza s’est embrasée, avec des engins piégés et des ballons incendiaires lancés sur le territoire israélien. L’Autorité de la nature et des parcs a annoncé qu’au moins cent hectares (1.000 dunams) ont été incendiés La plupart des ballons ont atterri au sein de certaines communautés israéliennes de la frontière, en provoquant d’énormes incendies,  dans 19 points différents.

Cycle infernal : attaques et représailles

Le Hamas a fait d’énormes progrès techniques puisqu’il a envoyé, très profondément dans le territoire israélien, de nombreux ballons dotés d’un système électronique à retardement. L’un des ballons a atterri dans la ville d’Arad, au sud du pays, à 70 kilomètres de la bande de Gaza. Les miliciens du Hamas ne sont pas les seuls opérateurs, les organisations djihadistes ont participé au lancement des ballons. Pour prouver que le Hamas avait de gros moyens mais qu’ils temporisaient, des roquettes ont été lancées vers la mer au titre de menace pour le cas où son message ne serait pas explicite.

En représailles, Tsahal s’est trouvé contraint de riposter en attaquant, au moyen d’avions de combat, des infrastructures militaires du Hamas : «L’armée israélienne prend très au sérieux toute activité terroriste contre le territoire israélien et continuera de prendre toutes les mesures nécessaires contre les tentatives de nuire aux citoyens d’Israël et de violer sa souveraineté. Le groupe terroriste du Hamas porte la responsabilité de tout ce qui se passe à Gaza et qui en émane, et il supportera les conséquences des activités terroristes contre les citoyens israéliens».

À lire aussi : Reportage de France 2 sur Gaza: il était une fois la légende du Hamas

Des mesures coercitives ont été adoptées comme la fermeture du point de passage de Kerem Shalom d’où transitent tous les camions de marchandises. L’aide humanitaire est cependant autorisée à circuler et à livrer.

Trois buts du Hamas

Le Hamas ne souhaite pas envenimer la situation et encore moins provoquer une guerre avec Israël. Il connaît les conséquences économiques sur la population et les risques de destruction, sans compter que cela donnerait des gages à l’Autorité palestinienne qui n’a de cesse que de voir le Hamas affaibli. Cependant les gesticulations des militants de Gaza sont télécommandées par leurs dirigeants qui poursuivent trois buts précis.

1/ Les négociations sur les échanges de prisonniers, sous l’égide de l’Égypte, sont au point mort. Israël trouve les exigences élevées et refuse d’élargir des condamnés nouvellement incarcérés. Il veut limiter les échanges à des prisonniers en fin de peine, et ayant directement peu de sang sur les mains. La libération d’un millier de condamnés est exclue, à l’image de la libération de Gilad Shalit contre 1.027 prisonniers sécuritaires. D’ailleurs le chef actuel du Hamas, Yahia Sinwar, faisait partie des condamnés élargis. Israël exige de libérer deux citoyens israéliens Avera Abraham Mengistu et Hicham al-Sayedafin entrés par erreur à Gaza et de restituer les dépouilles de Hadar Goldin et Oron Shaul, tués pendant la guerre de 2014. Mais face aux demandes inconsidérées, les négociateurs israéliens estiment que le Hamas «n’est pas encore mûr pour un accord – ses demandes sont dingues. Il ne comprend pas que le public israélien a changé et qu’il n’y aura pas de deuxième accord Shalit».

2/ Le Hamas est inquiet pour le paiement des fonctionnaires qui ne sont plus pris en charge par l’Autorité palestinienne. Le Qatar s’est substitué à Mahmoud Abbas en envoyant 14 millions de dollars à Gaza pour la reconstruction de Gaza. Des émissaires qataris se rendent régulièrement dans l’enclave palestinienne avec des valises remplies de 15 millions de dollars en cash pour payer les fonctionnaires du Hamas. Par ailleurs une aide de 100 dollars en espèces est versée aux 120.000 familles dans le besoin.

Il semblerait que le Qatar envisage de mettre fin à ces versements. Alors les troubles fomentés par le Hamas ont pour but de le convaincre de continuer les versements s’il ne veut pas que la région explose dans une révolution de la faim. Par ailleurs, le Hamas veut qu’Israël respecte ses engagements lors des pourparlers de paix qui n’ont pas abouti. Il veut qu’en échange d’une accalmie, on mette en œuvre les projets à Gaza, qu’on augmente les activités des points de passage et qu’on tende vers la levée totale du blocus.

3/ Enfin, le Hamas est convaincu que l’ouverture des relations avec les Émirats créera des conditions nouvelles de négociations du conflit israélo-palestinien dont il est, pour l’instant, exclu. Il veut être partie prenante dans les discussions avec les Américains et être intégré aux éventuelles négociations.

Syndrome de Stockholm

De toute façon, on a constaté la modération des attaques dans le sud du pays puisqu’aucune roquette n’a été lancée. Mais si aucune avancée n’intervient, alors le Hamas ne pourra pas empêcher des attaques plus violentes de la part du djihad islamique, inféodé à l’Iran et partisan d’une guerre totale contre Israël. Le chef du Hamas, Yahia Sinwar, suspecté d’être touché par le syndrome de Stockholm après 22 années passées dans les prisons israéliennes, n’est effectivement pas un va t’en guerre, même si, pour des besoins intérieurs, il est contraint d’user parfois d’un discours guerrier.

À lire aussi : « La destruction d’Israël reste l’utopie mobilisatrice des jihadistes« 

Les Palestiniens semblent avoir trouvé leur leader incontesté modéré. Sa percée fulgurante au Hamas n’était pas prévisible. C’est l’homme qui monte progressivement aujourd’hui. Personne n’aurait cru qu’un islamiste du Hamas pouvait regrouper sur son nom autant de suffrages. D’ailleurs il a écarté Ismaël Haniyeh à la tête du mouvement national palestinien. Il est écouté parce qu’il a su prendre des initiatives que certains qualifient d’audacieuses. Il œuvre pour la réconciliation avec le Fatah. Il s’est rapproché de l’ancien homme fort de Gaza, Mohamed Dahlan, également ancien chef des services de sécurité de Yasser Arafat mais surtout le protégé des Émirats. Enfin, il s’est rendu plusieurs fois au Caire pour consolider le rapprochement avec l’Égypte. Il ne dirige pas le Hamas à la trique ; il écoute, il consulte, il s’informe et reste l’homme des décisions collectives. Ses méthodes ont ringardisé les chefs historiques, Abbas, Haniyeh et Mechaal.

Pour Houssam Badran, membre du bureau politique du Hamas basé au Qatar : «Sinwar croit au travail institutionnel au sein du mouvement. Il est dynamique, énergique et prêt à prendre l’initiative. Quand il s’agit de la position générale du mouvement et de la réconciliation avec le Fatah, il ne prend jamais de décision sans consulter l’ensemble de la direction. Sinwar est un dirigeant efficace et influent, et sa position en tant que responsable du Hamas à Gaza lui donne la possibilité d’agir et d’imposer son influence tant à l’intérieur qu’à l’extérieur».

Les mauvaises langues islamistes pensent qu’il est suspect pour avoir été trop longtemps, de 1988 à 2011, au contact des Israéliens dans sa prison. Mais il n’a pas perdu son temps. Il a appris d’eux le sens des responsabilités, de la modération, du compromis et les rudiments de démocratie qui manquent dans les pays arabes. Son incarcération lui a permis de parler couramment l’hébreu et d’écrire des livres sur les activités du renseignement israélien. Considéré par les Américains comme l’un des leaders les plus impitoyables du Hamas, il semble que la prison l’ait assagi en le rendant plus réaliste, sans abandonner ses convictions.

Duo Dahlan-Sinwar

Il a mesuré l’importance de Mohamed Dahlan, conseiller de MbZ, et il s’est réconcilié avec lui après l’avoir rencontré au Caire pour convenir que les considérations nationales sont plus importantes que les affiliations idéologiques. Les services de renseignements égyptiens ne tarissent pas d’éloges sur Sinwar qu’ils décrivent comme étant «honnête, courageux et crédible» ce qui en fait un interlocuteur privilégié qui se distingue de ses prédécesseurs.

À lire aussi : Ce que les Palestiniens pensent d »Israël

Il s’était toujours éloigné des media et du monde en général mais, depuis sa prise de fonction, Sinwar a évolué dans ses rapports avec les dirigeants, les jeunes, les journalistes, les syndicalistes, les hommes d’affaires et les factions politiques, avec qui il a multiplié les rencontres pour exposer ses solutions pour résoudre la crise à Gaza. Il s’est ouvert au monde, discrètement, sans cinéma ni sans vagues. Il a menacé de briser le cou de quiconque tenterait de faire obstacle à la réconciliation avec le Fatah. Il sait qu’il doit faire face à une certaine opposition larvée au sein de son parti et que les décisions importantes qu’il prend pourraient attiser la méfiance des membres conservateurs du Hamas.

Mais Sinwar sait qu’il dispose du soutien d’une population lasse des guerres et surtout de la misère qui sévit à Gaza. En revanche, un élément peu diffusé concernant Israël pourrait expliquer sa modération. Yahia Sinwar garde en mémoire qu’il doit la vie aux médecins israéliens qui avaient diagnostiqué une tumeur au cerveau et qui l’ont opéré avec succès dans un hôpital pendant son incarcération. Il lui est difficile de détester Israël.

Mais il faut qu’on l’aide, que les Israéliens l’aident pour qu’il puisse neutraliser les islamistes radicalisés du djihad, ceux qui ne parlent qu’avec des roquettes. Mohamed Dahlan est prêt à agir à ses côtés pour que les Israéliens fassent un effort.

Yale : discrimination positive et (anti)racisme assumé

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Université de Yale. Auteurs : Hartford Courant/TNS/Sipa USA/SIPA. Numéro de reportage : SIPAUSA30192910_000001

Aux Etats-Unis, la politique de discrimination positive mise en place par Yale pour accroître le nombre des étudiants noirs est accusée de générer d’autres discriminations ethniques, notamment une sur-sélection des étudiants asiatique et blancs. Mais l’université persiste et signe. 


Le 13 août 2020, après deux ans d’enquête, le ministère de la Justice des Etats Unis a accusé l’Université de Yale (Connecticut) d’avoir des critères d’admission qui violent la loi fédérale sur les droits civiques. En d’autres termes, la politique de discrimination positive mise en place par Yale pour accroître le nombre des étudiants noirs est accusée de générer d’autres discriminations ethniques, notamment une sur-sélection des étudiants asiatique et blancs. Le ministère de la Justice admet que l’appartenance ethnique soit un critère d’admission, mais à condition que ce critère soit relativisé par d’autres. Or, « l’utilisation du critère de la race par Yale est tout sauf limitée » affirme le ministère de la Justice. « L’université utilise « la race à plusieurs étapes de son processus d’admission, ce qui donne à ce critère une importance surmultipliée » dans le processus d’admission d’un candidat. Yale l’a bien volontiers reconnu : « en ce moment unique de notre histoire, où tant d’attention est accordée aux questions de race, Yale ne faiblira pas dans son engagement à éduquer un corps d’étudiants dont la diversité est une marque de son excellence ».

Yale et Harvard mis en cause

Cette mise en cause du critère diversitaire dans le recrutement des grandes universités américaines a déjà un précédent. Début octobre 2019, le juge fédéral Allison Burroughs a débouté le ministère de la Justice et une association d’étudiants asiatiques partis en guerre contre le système de sélection de l’université d’Harvard. Le jugement rendu a justifié le principe de « diversité » et a légitimé un système d’admission « qui prend l’appartenance raciale en considération ». Le juge Burroughs a admis volontiers que le système mis en place par Harvard n’était « pas parfait », mais qu’il passait haut la main « le test constitutionnel ».

Le ministère public a bien sûr fait appel de cette décision et l’affaire pourrait se terminer devant les juges de la Cour suprême.

Les actions menées en justice contre Harvard d’abord, puis contre Yale sont au cœur des débats qui enflamment la société américaine en cet été 2020 : la société américaine est-elle construite sur un racisme systémique ? Le principe de « diversité » permet-il de lutter contre le racisme ?

L’université de Yale discrimine-t-elle les étudiants blancs et d’origine asiatique au prétexte de lutter contre le racisme anti-noirs ? Yale se justifie en expliquant que les Américains d’origine asiatique ne peuvent se dire discriminés dans la mesure où ils représentaient 14% des effectifs du premier cycle il y a quinze ans et qu’avec 18 % aujourd’hui, ils sont le groupe minoritaire le plus important des effectifs du premier cycle (5 750 étudiants), suivis par les Hispaniques (13%) et les étudiants noirs (7%). Mais la question qui surgit immanquablement est la suivante : quel serait le pourcentage de Blancs et d’Asiatiques si les Universités ne recrutaient que les meilleurs dossiers ? La réponse ne fait pas de doute : leur présence serait écrasante et ne reflèterait en rien la composition ethno-raciale des Etats-Unis.

Pas d’aides sociales

Une politique de recrutement diversitaire aide-t-elle à lutter contre le racisme ? C’est tout le problème de l’affirmative action qui est ainsi posé. Les universités ne mettent pas en place des correctifs aux inégalités économiques, elles n’aident pas (bourses, aides divers…) les très bons élèves noirs et latinos à accéder aux études, elles mettent en place des politiques « diversitaires » pour que les Noirs ne soient pas sous-représentés à l’Université.

Ce recrutement diversitaire est-il d’une quelconque utilité tant dans le renouvellement des élites que dans la lutte contre le racisme ? La question n’a bien sûr pas de réponse. Aucune étude ne permet de dire que le « diversitarisme » des universités a contribué à apaiser les tensions raciales aux Etats-Unis.

Police, université, même combat ?

S’il est difficile de mesurer l’efficacité du « diversitarisme » à l’université, il en va autrement dans la police. L’affaire George Floyd, du nom de ce délinquant noir mort étouffé par le genou d’un policier blanc en juin 2020 dans le Minnesota, a fait resurgir les accusations de racisme institutionnel de la police. Universitaires, militants de gauche et associations de défense des droits de l’homme ont réaffirmé à cette occasion que les tensions raciales naissent de contrôles de police qui ciblent exclusivement les Noirs. Ces tensions pourraient être désamorcées ont-ils expliqué, si les contrôles de police s’appliquaient à toutes les catégories ethniques au prorata de leur présence dans une ville ou une région.

Heather Mac Donald, chercheur en sciences politiques et auteur de « War on Cops » (La Guerre contre les Flics) a dénoncé vigoureusement le « diversitarisme » en matière de contrôles d’identité.  « A New York, les Noirs représentent 23% de la population, mais font l’objet de 57% des contrôles de police. Les Blancs représentent 34% de la population mais 8% seulement de la population blanche est contrôlée par la police » explique Heather Mac Donald. Faut-il en conclure pour autant que la police est raciste ? Non répond Mme Mac Donald. « A New York, en 2018, les Noirs ont été impliqués dans 72,6% des fusillades, alors que les Blancs n’ont été à l’origine que de 2,8% des échanges de tirs. Les taux de contrôle des Noirs et des Blancs — 57% et 8,4 % — sont facilement proportionnels aux taux de crimes violents de rue » poursuit Heather Mac Donald. Autrement dit, les contrôles de police sont renforcés sur les groupes ethniques les plus susceptibles de générer la violence. Et c’est tant mieux affirme Heather Mac Donald, car c’est ainsi que la sécurité est assurée.

Le débat sur les contrôles au faciès en France n’ont pas une tonalité différente. La sécurité collective est-elle mieux assurée quand la police cible plus précisément les groupes ethniques fauteurs de troubles ?

Un débat blanc de peau

Ces questions qui tournent autour du « racisme systémique » de la société américaine sont bien sur agitées par des organisations noires radicalisées comme Black Lives Matter (BLM). Mais la surprise vient du fait qu’une élite blanche fortement idéologisée ( « woke », soit les Blancs conscients de leur privilége blanc) vole au secours de BLM et participe à la radicalisation du « débat » dans les médias,  dans les universités mais aussi dans la rue.

Dans un article intitulé « Les sauveurs blancs de l’Amérique », le chercheur Zach Goldberg a montré que sur les questions de justice raciale et de justice sociale, « les progressistes blancs sont en proie à un progressisme si radical qu’ils sont aujourd’hui le seul groupe ethnique d’Amérique à afficher un parti-pris qui place les intérêts d’autres groupes ethniques au-dessus des intérêts de leur propre groupe ethnique ». Un « millénarisme multiculturel blanc » selon l’expression du politologue Eric Kaufman existe aujourd’hui aux Etats-Unis qui pousse les progressistes américains blancs à faire passer les intérêts des minorités de couleur et des immigrants avant leurs propres intérêts et avant l’intérêt des Etats-Unis eux-mêmes.

Des sondages menés par le Roper Center for Public Opinion ont montré l’envolée des inquiétudes des progressistes blancs sur toutes les questions liées à la discrimination raciale. Ainsi, de 1996 à 2010, seuls 27% des progressistes blancs s’inquiétaient réellement des discriminations infligées aux noirs Mais à partir de 2010, un tournant s’amorce et en 2015, les progressistes blancs sont 47% à s’horrifier des discriminations subies par les noirs. En 2016, ils sont 58%.

Sur le traitement judiciaire des Noirs, les mêmes évolutions se remarquent. En 1995, 2000, et 2007, un progressiste blanc sur deux estimait que la justice traitait aussi équitablement les noirs que les blancs.  Mais en 2014, 70% des progressistes blancs pensent que la justice fait preuve d’un « parti pris négatif » envers les noirs tandis que le pourcentage de ceux qui affirment que les noirs sont « judiciarisés équitablement » est tombé à 20%.

Conflit de civilisation

Une Université doit-elle se consacrer à la production d’une élite intellectuelle sans se soucier des critères de race ou bien doit-elle se préoccuper de « diversité » au risque d’engendrer discriminations et frustrations dans d’autres groupes ethniques ? De même pour la police : faut-il lutter contre le crime ou qu’il se trouve ou bien faut-il agir de telle manière que la communauté noire qui produit le plus de délinquants ne puisse pas se dire victime du racisme structurel des services de sécurité ?

Ces questions ont évidemment une couleur politique. Si les progressistes   blancs alliés aux noirs radicalisés réussissaient à porter Joe Biden et le parti Démocrate au pouvoir en novembre prochain, si Donald Trump était vaincu, alors, tous ces thèmes qui fracturent les sociétés occidentales – diversité, racisme systémique, « woke »… – prendraient un tour qui changerait en profondeur le visage des sociétés occidentales blanches. Car c’est bel et bien de révolution dont il est question.

En France, comme en Amérique, une gauche illuminée malaxe les questions les plus explosives – racisme, islam, discrimination – pour jeter à bas les structures de son propre pays. Au nom de la « diversité », la gauche américaine porte la question raciale à incandescence sans que cela aide réellement les Noirs pauvres des Etats-Unis. La gauche française agit de même avec la question de l’islam.

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Commissariat au plan : la France réinvente l’eau tiède

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François Bayrou, pressenti pour devenir Haut commissaire au Plan. Auteurs : QUENTIN TOP/SIPA; Numéro de reportage : 00958193_000004

Le gouvernement entend créer un Haut-commissariat au Plan. Une initiative d’un autre âge tant la planification est liée à cette idée désormais trop souvent admise que l’homme peut construire la société selon le dessein qu’il établit.


 

Décidément, la France ne sait pas se débarrasser de ses vieux démons. Elle veut réinventer le Plan qui n’a jamais prouvé son utilité. Crée en mai 2016, l’agence gouvernementale Santé Publique France avait précisément pour objet de planifier les risques épidémiologiques et elle n’a rien vu venir du coronavirus. Pour sa part, France Stratégie, a passé ces dernières années à formuler des propositions pour collectiviser la France plutôt qu’à s’occuper, selon les objectifs qui lui étaient fixés par le gouvernement,  de concourir à la détermination des grandes orientations pour l’avenir de la nation et des objectifs à moyen et long terme de son développement économique, social, culturel et environnemental, ainsi qu’à la préparation des réformes. Au point qu’il a fallu qu’elle soit recadrée par le Premier ministre. Le commissariat général au Plan, prédécesseur de France Stratégie, avait fait en 1997 des prévisions sur la consommation d’énergie et la production de CO2 en 2020. Un des pilotes de cette étude, François Moisan, a démontré que malgré la réunion d’une soixantaine d’experts pour travailler sur ce sujet, le commissariat au plan s’était trompé sur tout : prix du pétrole, population, croissance, émissions de CO2…

L’idée de la planification est liée à cette idée désormais trop souvent admise que l’homme peut construire la société selon le dessein qu’il établit. Cette attitude constructiviste a toujours existé chez les utopistes, de Platon à Thomas More, qui rêvaient de bâtir des cités parfaites. Elle a prospéré avec la philosophie de Descartes qui a conçu l’homme mécanique et celle de Hobbes, de Rousseau et d’autres qui ont imaginé, même si ça n’était qu’à titre d’hypothèse, que les hommes auraient décidé de leur association en concluant un contrat social alors que la société s’est plus vraisemblablement constituée naturellement par l’action des générations humaines et leurs efforts pour améliorer leur sort. Aujourd’hui les progrès des sciences et l’envahissement des mathématiques en économie ont renforcé encore cette tendance à croire que l’humanité est calculable, ce qui justifierait la planification. Pourtant l’homme déjoue toujours la poursuite des courbes, ce qui explique les erreurs de Malthus au début du XIXème siècle ou celles du Club de Rome dans les années 1970 qui annonçaient que l’humanité mourrait de faim sous peu. Ils ignoraient l’homme et son immense capacité à répondre à des défis, mêmes inattendus.

Certes, le Plan à la française n’a jamais été établi sur le modèle du Gosplan soviétique qui régentait non seulement les politiques publiques, mais aussi leur exécution, jusqu’au détail. Il reste que la planification est vouée par principe à l’échec parce que la vie réelle, heureusement, ne dépend pas que de l’action de l’Etat, mais d’abord et surtout de celle des hommes. L’économie et plus généralement la vie sociale sont le résultat de milliards de décisions plus ou moins importantes prises chaque jour par chacun d’entre nous. Bien sûr les mesures politiques jouent un rôle dans les choix des individus, mais leur effet reste incertain. Il y a des contre effets. Les individus adaptent en permanence leur comportement en fonction des changements externes et des informations qu’ils reçoivent, et de manière imprévisible. Ils sont capables d’innovation, de réactivité, de ruse pour contourner les obstacles des législations ou des événements. Mais l’action des individus est elle-même indéterminée, tâtonnant par essais et erreurs.

Certes, il existe des lois de la nature humaine qui permettent de prévoir, d’anticiper certaines réactions mais pas de manière planifiée. On sait ainsi par exemple, selon Laffer, que au-delà d’un certain seuil, trop d’impôt crée un rejet de l’impôt et détourne certaines personnes de l’activité productive, et qu’alors une augmentation des impôts réduit le produit de l’impôt et vice-versa. Mais le seuil de l’effet Laffer est différent selon les pays et les époques car la psychologie des individus est elle-même variable selon l’environnement et la situation du moment. Aucune équation mathématique de donnera le résultat sur les fiances publiques de la baisse de tel ou tel impôt. Mais une politique de baisse des prélèvements obligatoires dans les pays où ils sont excessifs est généralement favorable.

Il ne s’agit pas pour autant de considérer que nous pourrions nous passer de règles. Bien au contraire, il est évident qu’il faut des règles de droit claires pour indiquer à chacun quelle est la sphère de ses libertés. Car pour mener leurs actions, qui font avancer le monde, les hommes ont besoin de connaître  leurs frontières par rapport à autrui et de pouvoir faire respecter leurs droits. Ainsi, le rôle de l’Etat est plus de faire respecter ces limites et de veiller à ce que tous bénéficient des mêmes droits plutôt que de diriger, planifier l’action des uns ou des autres, voire de faire à leur place en ouvrant la porte au despotisme.

Nous n’avons donc pas besoin d’un plan, mais d’une politique, ce qui suppose moins des experts que des hommes politiques avisés, visionnaires. Les dizaines d’économistes, fonctionnaires pour la plupart, au service des agences publiques comme France Stratégie ou l’OFCE peuvent être utiles pour évaluer les projets politiques, pas pour les concevoir.  La politique devrait être recentrée sur sa principale mission d’assurer à tous une sécurité juridique et pratique, de permettre à chacun de faire ses choix et d’en assumer la responsabilité, ce qui favoriserait des vocations innombrables pour faire face aux défis du monde au plan économique comme au plan politique. Ca n’est pas en créant un Haut Commissariat au Plan que le gouvernement y parviendra et redonnera aux jeunes gens talentueux l’envie de faire de la politique ou de créer des entreprises en France. Si, comme on peut le craindre, une telle décision n’avait comme seul motif inavoué que de satisfaire aux ambitions politiques attardées d’un cacique et aux équilibres politiques d’un gouvernement en mal de projets, elle contribuerait encore un peu plus à ternir la politique et à la faire suspecter de toutes les compromissions possibles.

Face au Covid, surveiller et punir l’humanité

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covid masques surveiller punir
Bruxelles, août 2020. Auteurs : ROBIN UTRECHT/SIPA. Numéro de reportage : 00976640_000027

Si des Martiens débarquaient sur Terre aujourd’hui, ils seraient saisis par l’affligeante uniformité de l’espèce humaine. Partout ou presque, hommes et femmes sont obligés de porter un masque, peu importe leur nationalité ou leur condition sociale. De Dakar à Paris en passant par São Paulo, il n’y a plus qu’une humanité voilée pour laquelle respirer librement est passible d’amende.


En examinant les constitutions des plus grandes nations de ce monde, les visiteurs extraterrestres auraient toutes les chances de penser que nous sommes une espèce paradoxale qui, d’un côté, exhorte l’individu à disposer de son corps et, de l’autre, lui interdit de marcher dans la rue à visage découvert. En 2020, désobéir veut dire embrasser son prochain ou bien sourire sans l’entrave d’un bout de chiffon.

La vie en société piétinée

Et en écoutant les déclarations de l’OMS et de la Commission Européenne, les touristes interplanétaires concluraient que notre espèce rend un culte absurde à une divinité médiocre (le Covid-19) dont la seule grandeur se mesure par le nombre d’humains confinés et de postes de travail éradiqués.

Ce spectacle désolant est le nôtre, c’est la faute lourde de notre génération. Face à un virus qui tue très peu, nous avons réagi de la pire manière qui soit, en jetant par-dessus bord les principes mêmes de la vie en société. Il s’agit du lien social, de l’empathie et de la confiance, autant d’évidences que nous sommes en train de détruire par nos absurdes mesures anti-corona.

Le lien social ne survit pas à la distanciation sociale qui signifie précisément la rupture des échanges affectifs, émotionnels et hormonaux entre les individus. Les ayatollahs de la distanciation sociale feignent d’oublier qu’une société repose sur autre chose que la possession de papiers d’identité et d’un abonnement internet, elle est un édifice composite où s’entrelace les regards, les caresses, les odeurs et les souvenirs. Sans eux, la société s’effondre pour devenir un amas d’individus isolés, une horde au mieux.

Pas d’empathie sans visage

L’empathie s’éteint quand le port du masque devient obligatoire. Elle disparaît lorsque le visage d’autrui devient un mystère inaccessible, une sorte de zone interdite où nos cinq sens n’ont pas le droit de s’aventurer. Impossible de ressentir l’émotion d’autrui si l’on est incapable de deviner ses émotions. Impossible de se mettre à la place de son prochain si son sourire est caché et sa voix étouffée. Dans ces conditions, la solidarité devient une pure vue de l’esprit, un intangible que l’on ressasse sur les plateaux télé mais que l’on ne vit plus.

Le voilement généralisé abat la confiance de la même manière qu’il éradique l’empathie. Le masque transforme autrui en un éternel étranger duquel il vaut mieux se méfier. L’égoïsme triomphe alors sur l’esprit de collaboration, faisant émerger un climat typique des sociétés du Tiers-monde où personne ne fait confiance à personne. La vie collective et le dynamisme économique s’y limitent à la famille élargie voire à la tribu, c’est-à-dire aux seuls domaines où la confiance est possible sans courir de grands risques. A l’inverse, une société avancée créé des mécanismes qui génèrent de la confiance entre des parfaits inconnus. D’où sa capacité à créer de la valeur vite et bien.  Ainsi, chaque masque porté est un coup de marteau donné à la grande fabrique de prospérité qui nous a arraché aux chaînes millénaires du manque et de la détresse.

Méfiance généralisée

Pire, la méfiance généralisée, produit dérivé de la politique sanitaire actuelle, est une menace à terme pour la démocratie. Qui va s’organiser politiquement avec un camarade qui risque de le trahir à la première occasion ?

Dans ce crime collectif, l’Occident est en pointe comme le navire amiral d’une invincible armada qui se saborde à la vue d’un monstre marin en caoutchouc.

Tout ce que nous venons de décrire brièvement, de la distanciation sociale au port du masque, y sont poussés à des extrêmes inquiétants. Jadis synonyme de dignité et d’émancipation, l’Occident prête désormais son prestige à un recul sans précédent. Il préside à un changement d’époque qui semble mettre fin à la formidable parenthèse enchantée des Droits de l’Homme. Et une cruelle ironie veut que les forces progressistes soient aux premières loges pour applaudir cette catastrophe et l’imputer au virus alors qu’elle est intégralement le fruit d’une politique humaine parmi tant d’autres possibles.

Le prix à payer

A ce stade et alors qu’on nous annonce une deuxième vague, la seule question qui mérite d’être posée est celle du prix. Quel est le prix que nous sommes prêts à payer pour nous prémunir du covid19 ? Préserver la vie en société et protéger la démocratie devraient être au-dessus de la lutte contre la pandémie. Il n’y a aucun intérêt à sauver les corps si l’on blesse mortellement les sociétés qui rendent possible l’essor des consciences et l’élévation des âmes.  Il n’y a aucun sens à vouloir vivre tel un animal isolé et soumis au bon vouloir du seul prédateur encore en liberté : l’Etat.  Nous n’allons pas balayer cinq cents ans de modernité comme cela, sans explorer toutes les pistes possibles, le renoncement à notre civilisation étant le recours ultime.  Plutôt mourir que de vivre courbé.

Nous sommes tombés bien bas pour abandonner notre mode de vie et nos valeurs à cause d’un virus qui, je le répète au risque de déplaire, n’a rien d’apocalyptique. La débâcle de mai-juin 1940 relevait de la catastrophe, le sac de Rome en l’an 410 avait de quoi susciter l’épouvante et le désespoir. Pas le Covid-19.

La liberté oubliée

Alors pourquoi avons-nous renoncé aussi vite ? Pourquoi avons-nous soudain troqué les devises de Liberté et de Dignité par Surveiller et Punir ?

Peut-être que ces notions étaient depuis longtemps démonétisées. Peut-être que nous y avions renoncé dans le secret de nos âmes bien avant la pandémie, nous qui sommes épuisés par tant d’années passées à jouir sans jamais goûter à la plénitude de l’épanouissement. Nous qui avons accumulé les libertés les plus extravagantes sans jamais nous débarrasser du spectre de la frustration.

La liberté sexuelle, le droit au changement de sexe, le porno pour tous, la PMA pour toutes, les vacances en Thaïlande, le premier, le deuxième et le troisième iPhone…Rien de cela n’a suffi à nous rendre heureux. Rien de cela n’a suffi à remplir cet immense vide sur lequel nous nous effondrons le soir venu, une fois que nous retrouvons nos appartements minuscules, reflets fidèles d’une vie sans éclat. L’épanouissement est toujours fuyant car peu d’entre nous ont atteint l’émancipation financière qui permet d’échapper au diktat du petit chef. Et trop peu encore ont réussi à vaincre les fantômes qui les tourmentent et en font les esclaves de pulsions stériles.

Rome doit flamber

Alors, frustrés et aigris, nous avons choisi la politique de la terre brûlée. Puisque nous sommes malheureux, nous décrétons que Rome doit flamber telle une immense offrande que l’on présente à une nouvelle divinité. En voilant les visages, en confinant les êtres et en détruisant l’économie par l’incertitude et la panique, nous nous amputons de nous-mêmes pour faire plaisir à une force surnaturelle. Le grand drame est qu’elle n’existe pas. Il n’y a pas de Dieu Corona venu nous sauver ou nous punir. Il n’y a que nous-mêmes et notre théâtre intime d’ombres menaçantes.

Quand nous comprendrons que la vraie pandémie est celle qui secoue nos esprits, il sera peut-être trop tard. Nous aurons franchi le point de non-retour, celui qui sépare les hommes libres des esclaves.

En attendant, enduisons nos mains de gel hydroalcoolique, acharnons-nous à sauver la peau, la seule chose qu’il reste à sauver quand on a renoncé à tout.

« C’est la civilisation moderne, cette civilisation sans Dieu, qui oblige les hommes à donner une telle importance à leur peau. Seule la peau compte désormais. Il n’y a que la peau de sûr, de tangible, d’impossible à nier. C’est la seule chose que nous possédions, qui soit à nous. La chose la plus mortelle qui soit au monde. Seule l’âme est immortelle, hélas! »

Curzio Malaparte, La Peau (1949)


Surveiller et punir: Naissance de la prison

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Accord israélo-émirati : le début d’une dynamique?

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Rencontre le 15 mai 2017 entre Donald Trump et Mohammed ben Zayed Al Nahyane , prince héritier et ministre de la défense d'Abou Dabi. (c) SIPA - AP Photo/Andrew Harnik - AP22326452_000001

 


La signature d’un accord bilatéral entre Israël et les Émirats Arabes Unis est un pas de plus vers la stabilisation de la région et la résolution de la question palestinienne.


Le 13 août 2020, les Émirats Arabes Unis deviennent le troisième pays arabe, après l’Égypte et la Jordanie, à signer un accord bilatéral avec Israël et reconnaître l’État hébreu après la décision israélienne de suspendre l’application de la souveraineté nationale sur la Judée Samarie.

Mieux encore que les traités de paix avec le royaume Hachémite et l’Égypte qui instauraient une paix froide, l’accord israélo-émirati aura des impacts diplomatiques, commerciaux, stratégiques et sécuritaires et permet de prouver à que l’éternelle opposition entre Israël et les pays arabes n’est précisément pas immuable.

Résoudre la question palestinienne  

Longtemps motivés bien plus par le principe du « triple non » de la résolution de Khartoum d’août 1967 – non à la paix avec Israël, non à la reconnaissance d’Israël, non à toute négociation avec Israël – que par un soutien sincère aux Palestiniens, les pays arabes ont peu à peu pris conscience que l’AP tout autant que les organisations terroristes (pro)-palestiniennes ne permettraient jamais, par leur intransigeance et leurs demandes irréalisables, de parvenir réellement à solution pacifiée.

Après 6 plans de paix tous refusés par les palestiniens (le plan Peel en 1937, le partage de la Palestine mandataire et la résolution 181 en 1948, les accords de Camp David en 1978, la proposition d’Ehud Barak en 2000, la proposition d’Ehud Olmert en 2008 et le plan Trump en 2020), il était évident que la paix n’était pas véritablement recherchée. La paix, le défi d’un État palestinien viable à bâtir aurait signifié tôt ou tard la fin des subsides versés par milliards d’euros directement à l’AP ou via l’UNRWA et celle du statut de réfugiés permanents et transgénérationnels depuis 1948. L’assistance perpétuelle peut vite devenir un confort auquel il est difficile de renoncer.

À lire aussi : Plan Kushner-Trump pour la Palestine: la méthodologie du « dealing »

Les ennemis d’Israël et, en réalité de la population palestinienne elle-même, ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. Preuve en est la condamnation à l’unisson par la Turquie et l’Iran d’une part, qui s’obstinent à soutenir et financer les groupes terroristes palestiniens dans une stratégie de perpétuelle confrontation avec Israël et par l’Autorité Palestinienne, le Hamas et le Djihad Islamique Palestinien d’autre part, qui maintiennent leur peuple dans la misère et une absence de futur au prix d’une corruption endémique, d’une éducation de la haine sans fin et du terrorisme. Or, ce qui est dénoncé comme une trahison du peuple palestinien par tous ceux qui ont fait de la haine d’Israël leur unique motivation est au contraire une formidable opportunité pour sortir les Palestiniens des abysses dans lesquelles ils sont plongés depuis 1948.

A ce titre, et dès l’annonce de l’accord, le ministre saoudien de la Culture et de l’Information, Adel al-Toraifi, a déclaré qu’il était temps pour les pays constituant le Conseil de coopération du Golfe (l’Arabie Saoudite, Oman, le Koweït, Bahreïn, les Émirats Arabes Unis et le Qatar) « de dépasser les discours dévastateurs d’un nationalisme arabe factice et des islamistes terroristes », et a appelé à « exhorter les Palestiniens à abandonner le terrorisme du Hamas et à construire un État moderne ». Le message est clair.

Une bonne nouvelle pour la région

Cet accord aura ainsi le mérite de mettre fin à l’hypocrisie des pays arabes qui posait la solidarité palestinienne comme l’alpha et l’oméga de leurs relations avec Israël rompant ainsi l’initiative de paix arabe de 2002 qui soumettait un accord avec Israël à la triple condition d’évacuer les territoires disputés, créer un État palestinien et permettre le retour des « réfugiés » palestiniens sur le sol israélien. Car en effet, Israël et les EAU entretenaient déjà des relations officieuses, notamment sur le terrain sanitaire dans la lutte contre la Covid 19 et, de façon plus pérenne, sur le terrain du renseignement et de la défense contre l’Iran – dont la politique hégémonique est une menace pour les pays de la région et qui ne se trouve qu’à une vingtaine de kilomètres des émirats, de l’autre côté du détroit d’Ormuz.

À lire aussi : « La destruction d’Israël reste l’utopie mobilisatrice des jihadistes. »

Cet accord est une bonne nouvelle pour les deux pays et pour la région toute entière. Certes, les Emirats Arabes Unis ne sont pas le premier pays musulman avec lequel Israël entretient des relations officielles. La Turquie a ainsi longtemps été un allié objectif de l’État hébreu avant le virage islamiste d’Erdogan, et l’Azerbaïdjan est également, depuis 1992, un partenaire de choix d’Israël sur le plan énergétique et économique, illustration de « la diplomatie de la périphérie » visant à briser l’encerclement par des pays arabo-musulmans hostiles. Si les EAU sont aussi un pays du « deuxième cercle », la différence notable est que contrairement à la Turquie et à l’Azerbaïdjan, il s’agit d’un pays arabe proche de l’Arabie Saoudite. Les contacts avec Bahreïn et Oman, qui ont participé tout comme les EAU à l’élaboration du plan de paix américain de 2020, sont des signaux positifs pour de nouvelles relations normalisées avec ces pays et la création d’une dynamique qui viendrait cette fois désenclaver non seulement Israël de ses voisins hostiles mais également les Palestiniens eux-mêmes des groupes terroristes (Hamas, Hezbollah) et d’une Autorité Palestinienne corrompue et inefficace dont ils sont les victimes.

Winamax : on enc… bien les mouches !

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winamax schiappa homophobie football
Finale de la Coupe de France 2019. Auteurs : Stephane Allaman/SIPA. Numéro de reportage : 00905497_000042

Roxana Maracineanu et Marlène Schiappa s’indignent de la publicité grivoise du site de paris en ligne Winamax sport. Ces deux ministres n’ont-elles pas mieux à faire ?


 

Tout d’abord, concédons que la publicité du site de paris en ligne Winamax sport, « On prend l’Europe et on l’encule à deux », accompagné de deux têtes remplacées par les écussons du Paris Saint Germain et de l’Olympique Lyonnais n’est pas la plus fine qui soit. Elle ne fait d’ailleurs pas l’unanimité auprès des supporters de football;

Mais les réactions qu’elle a provoquées sur les réseaux sociaux prête à rire tant celles et ceux qui s’y sont livrés se sont couvert de ridicule.

La première à dégainer a été la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, dont on peut dire sans la diffamer que son amour pour le football est aussi grand que l’amour des écologistes pour l’énergie nucléaire qui a twitté « sérieusement @Winamax sport , votre tweet est à vomir @TwitterFrance ça ne vous dérange pas de laisser passer ce genre de messages ? ».

Si les choses s’étaient arrêtées là, pas grand-chose à dire, mais il fallait bien évidemment que l’inénarrable Marlène Schiappa tweete à son tour « on peut, bien sûr, se contenter de répéter ce qu’on a toujours entendu. On peut aussi réfléchir à la teneur de nos propos publics. Par exemple en lisant cet article on vous explique pourquoi « enculé » est une insulte homophobe ».

Venant de l’auteur des Femmes bien n’avalent pas et d’Osez les sexfriends, ces pudeurs de gazelle comme dirait Mélenchon prêtent à sourire. Rappelons à Marlène Schiappa qu’il n’y a pas que les homos qui pratiquent la sodomie (auquel cas « enculé » prend un « e » pour être mis au féminin), je présente d’ailleurs mes excuses à Madame la ministre pour ne pas savoir l’écrire en écriture inclusive.

Oh hisse…

Mais comme il fallait se justifier face aux torrents de réponses qui défendaient le droit à l’humour (qu’on peut ou pas partager), Marlène Schiappa a répondu : « ça doit être génial de tenir des propos homophobes, racistes ou sexistes et, dès que qui que ce soit proteste, dégainer la carte « t’as pas d’humour ». Des gays se font casser la gueule parce qu’ils se donnent la main dans la rue, sur la base de ces propos. Ce n’est pas drôle ».

Eh oui, tout le monde sait que les malheureux gays victimes de tabassages dans la rue se font tabasser aux cris de « Marseille on t’encule », de « Allez l’OL » et de « Ici, c’est Paris » et que ceux qui les tabassent sont supporters de football et jamais issus des fameuses « minorités visibles » dont les pays pratiquant leur religion de la manière la plus rigoriste pendent les homosexuels en place publique. Petit détail qui semble avoir échappé à Marlène Schiappa.

Comme elles disent

Enfin, si « enculé » est une injure homophobe, pourquoi Roxana Maracineanu et Marlène Schiappa n’ont-elles pas twitté leur indignation lorsqu’Angèle chantait dans « Balance ton quoi » : « Laisse-moi te chanter d’aller te faire en…, j’serai polie pour la télé mais va te faire en… ». Mais Angèle ayant fait son coming-out lesbien, difficile de la traiter d’homophobe…

Enfin, à l’autre bout de l’échiquier politique, Jean Messiha a vu du racisme anti-blancs dans la pub de Winamax alors qu’il s’agit de la couverture du dernier CD du groupe de rap PNL.

Bref, Winamax, avec une mauvaise pub, a réussi son coup. La vraie morale de l’histoire est que le ridicule ne tue pas, heureusement pour certains !

« Incivilités »: l’exception française

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insecurite halimi knoll
Gérald Darmanin rend hommage au policier mort du Mans, août 2020. Auteurs : GILE Michel/SIPA. Numéro de reportage : 00976428_000046

En France, la violence quotidienne n’est plus l’exception mais la règle.


La langue française est riche en vocabulaire et en nuances. Si nous avions un doute, les derniers événements, nous l’ont ôté. Incivilité, manque de courtoisie, le respect d’autrui, comportement qui ne respecte pas une partie ou l’ensemble des règles de vie en communauté. Ensauvagement, chute dans la sauvagerie, retour à l’état sauvage. Sauvageons, expression déjà utilisée en 1999 par l’ancien ministre de l’Intérieur Jean-Pierre Chevènement, qui déclarait «il faut lutter contre l’insécurité sans surenchère ni démagogie». Vingt ans plus tard, on est encore à faire de la sémantique.

L’ordre républicain perdu

Depuis des mois, voire plus, nous sommes contraints d’apprendre à vivre, s’il est possible, avec une violence quotidienne, qui finit par être non plus l’exception, mais la règle. Nos dirigeants successifs ont beau faire des déclarations solennelles, affirmer prendre le problème à bras le corps, la violence s’amplifie. Chaque jour apporte son lot. Auparavant, il était question des territoires perdus de la République, aujourd’hui c’est l’ordre républicain qui est perdu sur le territoire. Comme la pandémie, cette violence ne connait pas de frontière. Alors il faut agir.

Il n’est pas normal qu’en France, on puisse acheter un véhicule sans être titulaire du permis. Si cet achat concerne un tiers, il doit figurer nommément lors de l’achat. Il n’est pas normal qu’on vende un véhicule sans qu’il soit préalablement assuré. Il y a un million de conducteurs sans permis et donc de tueurs potentiels. Ces délits doivent être condamnés par des peines automatiques et la confiscation du véhicule. Les sommes iront à un fond destiné aux victimes. Finis les rodéos nocturnes, on confisque et on vend.

Il n’est pas normal qu’un chauffard, sous l’empire de l’alcool ou de stupéfiants puisse contester devant un tribunal le crime qu’il aura commis en fauchant des enfants, un père de famille, un gendarme dans l’exercice de ses fonctions. Ces crimes ou ces incivilités doivent faire l’objet d’une peine automatique incompressible.

Confisquons les véhicules

Tuer avec une voiture n’est en rien différent de tuer avec une arme. Le délit de fuite est un fait aggravant. Le véhicule doit aussi être saisi. Il n’est pas normal qu’un chauffeur de bus soit bastonné à mort quand il demande aux passagers de porter le masque. Là aussi, une peine automatique devrait s’appliquer et donner à réfléchir à ceux tentés d’en faire autant. On n’est pas dans une série télévisée.

Il n’est pas normal que le client d’une laverie soit battu à coups de battes de baseball parce qu’il demande à un autre utilisateur de porter un masque. Incivilité ? Il n’est pas normal qu’un maire trouve la mort par écrasement en 2019 parce qu’il invite un chauffeur à déposer ses gravats ailleurs. Un autre maire est frappé parce qu’il demande à un de ses  administrés de baisser la musique, incivilités, ensauvagement ?

Alors qu’on réprime théoriquement à coups d’amendes(?) la conduite en état d’ivresse, ou sous l’empire de stupéfiants, le véhicule doit être confisqué. On verra baisser significativement cette conduite irresponsable.

Irresponsabilité pénale

Il n’est pas normal qu’on continue à invoquer la loi sur l’irresponsabilité pénale. L’article 122-1 du Code pénal doit être abrogé. Il stipule qu’en cas d’altération du discernement au moment des faits, le principe d’atténuation de la peine prononcée s’applique. Le maximum légal sera réduit d’un tiers en matière correctionnel et en cas de crime puni de la réclusion criminelle ou de la détention criminelle à perpétuité, ramenée à trente années. Il faut en finir avec ces modalités qui permettent d’exonérer des tueurs. C’est l’objet de la proposition de loi de Nathalie Goulet, sénatrice UDI, qui a par ailleurs présidé une commission d’enquête sur l’organisation et les moyens de la lutte contre les réseaux djihadistes en France et en Europe. Sur ce dernier point on pourrait déjà commencer par interdire totalement la présence du Hezbollah en France et en Europe.

Enfin, depuis 2006, on compte onze assassinats à caractère antisémite. Les dernières victimes sont Sarah Halimi et Mireille Knoll. Pour cette dernière, rappelons qu’il aura fallu de nombreux articles de presse, pour qu’enfin on reconnaisse qu’il s’agissait d’un crime à caractère antisémite. Sinon on s’en tenait à un crime commis sous l’empire de stupéfiants ou de l’alcool. Pour Sarah Halimi, la Cour d’appel de Paris a conclu à l’irresponsabilité pénale de son auteur Kobili Traoré. On comprend que défenestrer quelqu’un aux cris d’Allahou Akbar n’est pas antisémite, sous l’emprise de «substances».

Il faut que tout cela change ! L’autorité de l’État est continuellement bafouée. Les Français ont peur et les victimes demandent justice. France, pays des droits de l’homme, ta civilisation fout le camp !

Instagram: voici venu le temps des likes et des contre-champs

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Auteurs : Matilde Campodonico/AP/SIPA. Numéro de reportage : AP22455873_000007

 


Entre like et lèche, followers et groupies enfiévrées, chronique d’une journée d’été ordinaire dans le monde fabuleux d’Instagram.


Il paraît que le bonheur ne vaut que s’il est partagé. Que la prospérité est un secret à dispenser d’urgence, plutôt qu’à dissimuler jalousement. Ce doit être vrai. Il n’y a qu’à surfer quelques instants sur les comptes Instagram des célébrités, comme ceux des sans-grades – ils fleurissent comme des feux de pinèdes en période de pique-nique post-Covid – pour constater que le monde ne tourne plus désormais essentiellement qu’autour de ces maximes. Elles sont même la pierre angulaire des réseaux sociaux. La clef de voûte de la vie moderne. Prouvant qu’il ne sert plus à rien de connaître tout seul l’allégresse. D’être égoïstement heureux en silence. Comme un autolâtre transi s’adonnerait à la félicité solitaire, replié sur lui-même. Il faut partager maintenant son plaisir ou sa réussite avec le plus grand  nombre. En criant si possible son bien-être et sa joie. En l’affichant complaisamment à la face de ses followers, de ses abonnés. Qu’on soit inconnu ou puissant. Ici c’est un coucher de soleil, évidemment unique, qu’on immortalise ; là une « party » entre amis avec barbecue… soyons dingues ! Ou même pire, un plat gastronomique. Un tartare de saumon au caviar offert à la caméra de son iPhone, comme un coq au vin fraîchement régurgité que l’instagrammeur ne résistera pas à nous faire profiter.

Adieu cartes postales

Autrefois, on envoyait des textos. Histoire de mettre les cartes postales au rayon des antiquités et de donner accessoirement des nouvelles à ses quelques amis. Maintenant, il faut poster sur Facebook. Envoyer du bois sur Twitter, faire sa « com sur Insta ». En clair, il faut « balancer sa life » en pâture, comme certaines multinationales achètent parfois des pages de pub dans les grands quotidiens pour communiquer avec satisfaction sur leurs bons résultats. C’est comme ça. Et pas autrement. C’est vrai après tout, à quoi bon être heureux si on ne peut pas en faire état ? Mais il y a évidemment un risque à ne pas respecter ces passages obligés. Le pilori des ringards. La potence des arriérés. Pire que l’oubli : la déchéance de la non existence numérique.

Le bonheur ne vaut que s’il est approuvé 

Tout cela va évidemment bien plus loin qu’une simple lettre à la poste. Et dépasse en creux l’acte de com sur sa pauvre  existence. Car un instagrammeur, donc un homme moderne, ne fait pas que poster. Il attend aussi (et surtout) de ses messages-missives, un évident retour. L’approbation ultime. Le nirvana du témoignage d’intérêt : la preuve de sollicitude. Qui est, comme chacun sait, le début de la réussite. Le bonheur du liking. Jetons un voile pudique sur la crétinerie  m’as-tu-vu abyssale des messages en général édités. Sans critiquer l’aspect indéniablement pratique et commercial de ce nouveau média, on n’est pas là pour innover. Mais bien pour calculer sa puissance par rapport à une jauge unique. Un seul mètre étalon: les réactions de son réseau de followers. Donc aussi un moyen pas cher de vérifier sa popularité, voire même sa position dans la société.

Robert est à la plage. On est tous contents pour lui. Mais il était important qu’il en fasse mention. Qu’il le dise. Qu’il communique. Ça c’est plus ennuyeux. Nicolas de son côté est en Corse. Il est plus riche que Robert. Qui est sur la côte, mais celle d’Opale. Alors, il fait du jet ski avec maman le Nico. Ces deux personnages pourraient se contenter de vivre leur bonheur tranquillement en famille. Discrètement même. En nous foutant la paix. Acceptant au passage l’idée selon laquelle aller à la mer l’été, c’est comme chausser les skis en décembre ou enfiler des moufles et un passe-montagne à Noël. C’est d’une banalité affligeante. Mais qu’importe, ils sont heureux. Alors il faut qu’ils le crient à la face du monde, bon Dieu ! Et puis les likes vont déferler de partout. C’est certain. Surtout chez Nicolas. Ils vont se déchaîner comme les bourrades s’abattent sur le dos des buteurs quand ils rentrent au vestiaire après un tir en pleine lucarne. Des tapes sur l’épaule. Sacré Nicolas! On va le féliciter! Quel kiff. Qu’est-ce qu’il est bon quand même ! « T’as vu Nico, y fait du jet ski ! » Dingue non? On est tellement ravis pour lui. D’autant que sur ses posts précédents on a pu voir qu’il avait été au golf en hélico. Il sait respecter les gestes barrières lui au moins. Même en coupe carotte. Car même en Robin il porte un masque. Mégane Scénic ou Bell ranger ? Peu importe le jouet finalement.

L’approbation des fayots

Pourvu qu’on ait l’ivresse. L’aspect pathétique de ces  situations ne se situe pas, somme toute, dans le vide cyclopéende ces aventures estivales. Le plus attristant en fait, c’est la réaction du réseau. L’approbation des fayots. Que la fille de Robert like la vie dissolue de son père qui s’oint le buste poilu de Nivea protection 10 en transat sur la plage de Malo-les-bains à marée basse, c’est bien légitime. Ça va fait plaisir à son daron. Et c’est lui qui paye les cours de tennis. Mais que les « amis » de Nico lèvent tous le pouce à sa moindre frasque balnéaire, là on n’est plus dans l’approbation. On serait plutôt à fond dans la lèche. Il n’y a qu’à regarder les noms des aimants. Quand ils ne sont pas de la famille, ils sont tous employés du grand patron ou voire clients. Le constat est donc sans appel, il n’y a pas plus hypocrite qu’un like. Pas plus fourbe qu’un pouce levé ou un cœur rougissant. Même ou surtout en mode privé.

Ces signes ressemblent donc en tous points à ces tampons sur les carnets de vote. Carnet de notes ? « A voté » dit l’assesseur du bureau d’Instagram. « Et j’espère que Nico saura se souvenir que j’avais liké la pirouette à la piscine de son petit-fils, à la rentrée, quand on renégociera les contrats » pense la cohorte de communicants, de producteurs, de fournisseurs, de salariés. Tous ces spectateurs benêts ou fayots abasourdis de bonheur qui pensent « que ça ne peut pas faire de mal après tout d’appuyer sur un bouton pour faire plaisir au vieux ». Sans le savoir, ils ressemblent de plus en plus aux auditoires de ces claques organisées les soirs de premières. Aux auditeurs de ces standings ovations bidon en festival. Ils ne sont plus que de banals spectateurs de soirées diapos. Ils s’emmerdent ferme, comme nous, mais eux ils n’oseront jamais le dire.

Anglet: au paradis des noyés

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People walk near the sea in Anglet, southwestern France, Sunday, Nov. 3, 2019. Most of the French regions are on alert for violent storms and high winds. (AP Photo/Bob Edme)/BOB105/19307402774979//1911031214

 


Cet été, sur la côte basque submergée par un afflux de touristes français avides d’air marin et d’océan, les températures caniculaires et les moyens limités des secours augmentent le risque de noyade.


Dimanche 9 août, à Anglet, la chaleur est accablante malgré un ciel nuageux et quelques rares gouttes de pluie. Sur la dizaine de plages que compte la ville, dont le littoral s’étend sur 4,5 km, surfeurs et baigneurs – par milliers – vont à la rencontre des vagues, sous le regard de jeunes maîtres-nageurs sauveteurs recrutés pour la saison et perchés sur leurs miradors en bois. En raison du nouvel engouement inouï des touristes pour le surf, les trois quarts du littoral angloy sont désormais dédiés aux surfeurs. La ville, surnommée « Surf City » et placée sous le patronage de la championne du monde de surf Pauline Ado, se targue de posséder 12 écoles de surf.

Aux prises avec les vagues

Sur la plage des Corsaires, dans une zone de baignade restreinte délimitée par des drapeaux, une centaine de personnes tentent de s’ébattre dans les vagues. Régulièrement, un coup de sifflet strident en provenance du mirador retentit pour signifier aux baigneurs qu’ils ont dérivé vers la zone réservée aux amateurs de beach-break, ces brisants de plage, très prisés des innombrables novices juchés sur leur planche de surf ou de bodyboard.

Perdue au milieu de la masse des baigneurs, je tente moi aussi – en famille – d’affronter les vagues tubulaires qui déferlent dans un vacarme assourdissant. Soudain poussée par une vague, je vais faire pour la première fois de ma vie l’amère expérience d’une quasi noyade, comme le relatera le lendemain le journal Sud-ouest.

La cause de cette mésaventure serait liée à un changement de topographie du littoral. D’une part, au fil des dernières décennies, la construction d’« épis » construits au vingtième siècle sur les plages d’Anglet, a visé à empêcher les courants latéraux de transférer le sable vers l’embouchure du fleuve Adour (phénomène dit « d’engraissement de la côte ») et de bloquer le port. Mais cela a créé des turbulences et des effets tourbillonnaires sous-marins. D’autre part, comme l’affirme un maître-nageur sauveteur, interrogé pour l’occasion, des « baïnes », nouvellement apparues lors des fortes marées de l’hiver 2020, creusent les plages et provoquent le déplacement d’immenses masses d’eau contre lesquelles il est impossible de lutter sans palmes lorsque la marée monte ou redescend.

Gare aux vives

Résultat : sur ladite Plage des Corsaires, le 31 mai dernier, une femme de 51 ans est morte noyée, tandis que trois semaines plus tard, le 21 juin, un quinquagénaire polonais décédait également par noyade au même endroit !

En dépit de ces deux accidents tragiques et du fait que chaque jour de nombreux autres baigneurs se retrouvent piégés par les vagues sur les plages angloyes, je n’ai pas vu de zodiac ou de scooter des mers à proximité du mirador des maîtres-nageurs sauveteurs, comme je l’ai constaté en revanche, ces derniers jours, sur la plage d’Hendaye, ville-frontière au sud du Pays basque français. Sur cette immense plage-là, des CRS, formés au centre de formation des nageurs sauveteurs du pôle d’excellence maritime (PEM) de Cenon en Gironde, assurent la sécurité des baigneurs et surfeurs. Si les vagues y sont moins menaçantes qu’à Anglet, le danger vient de la présence de vives (Echiichtys vipera), des poissons venimeux dont la taille peut atteindre 50 centimètres et qui se cachent sous le sable en bord de plage. Leur piqûre, extrêmement douloureuse, est certes rarement fatale (sauf en cas d’allergie et de syncope !), mais suffisamment effrayante pour me dissuader de toute tentative de baignade. Comme le venin de cette créature est thermosensible, plusieurs fois par jour, les policiers du poste de secours soulagent les victimes, en trempant les pieds blessés dans un saut d’eau à plus de 40°C pendant près de 30 minutes.

De passage sur l’île indonésienne de Bintan, l’année dernière, j’avais renoncé à me baigner malgré la chaleur tropicale étouffante, car les cubozoaires ou méduses-boîtes, dont le venin peut entraîner la mort, y proliféraient. En 2020, sur les côtes de l’ouest de la France, il semble que le baigneur désireux de ne pas s’attarder sur les plages où plane encore le spectre du coronavirus en raison de la promiscuité, doive tout de même y regarder à deux fois avant de se jeter à l’eau.

Marjorie Taylor Greene, complotiste QAnon

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Marjorie Taylor Greene, fait campagne en Géorgie (USA, 2020). Auteurs : John Bailey/AP/SIPA.

La probable future élue de la Chambre des représentants Marjorie Taylor Greene incarne la montée d’un courant complotiste au sein du Parti républicain. Ce mouvement appelé QAnon imagine une conspiration ourdie par les Démocrates et l’Etat profond américain pour abattre Trump et forger un « nouvel ordre mondial ». Décryptage. 


Selon les résultats publiés mercredi dernier, Marjorie Taylor Greene, une candidate pro-MAGA (Make America great again) a remporté la primaire républicaine pour les prochaines élections de la Chambre des représentants en novembre. Le quatorzième district de Géorgie étant un bastion du Parti républicain, Taylor Greene a de fortes chances d’être élue pour un mandat de deux ans.

La fabrique du complot pédophile

Si cette femme politique est aujourd’hui dans la lumière, c’est qu’elle adhère au mouvement complotiste QAnon. Pendant sa campagne, Taylor Greene s’est revendiquée de cette mouvance qui se répand depuis 2017 sur les réseaux sociaux.  Selon ses adeptes, les États-Unis sont dirigés depuis des décennies par le « Deep state » (l’État profond), une organisation secrète rassemblant de hauts responsables de la fonction publique, les Clinton, les Obama, les Rothschild, George Soros ainsi que des stars d’Hollywood et d’autres membres de l’élite mondialisée. Pour eux, l’Etat profond est un vaste système de réseaux pédophiles internationaux qui vise à créer un nouvel ordre mondial dans lequel les États auraient abandonné leur souveraineté au profit de cette élite « cosmopolite ». Contre cette menace, deux personnes se dressent pour sauver les Etats-Unis et le monde libre : Donald Trump et un certain « Q » qui a signé les premiers messages sur les réseaux sociaux dénonçant un prétendu complot pédophile en octobre 2017.

200 00 fans Facebook

Dans un spot électoral diffusé cet été, Marjorie Taylor Greene déclare que « Q est un patriote (…) C’est l’occasion d’une vie d’éliminer cette cabale mondiale de pédophiles satanistes et je pense que nous avons le président qu’il faut pour ça ». Les analystes du phénomène QAnon constate que la mouvance regroupe plusieurs théories du complot autour desquelles se sont agrégées des centaines de milliers d’internautes aux Etats-Unis et dans le monde entier. Le groupe « Official Q/Qanon » qui vient  d’être supprimé par Facebook, comptait 200 000 fans.

Si au départ, il y a moins de trois ans, QAnon était le nom d’une théorie du complot, ce terme a depuis évolué pour aujourd’hui désigner tout un mouvement. Les quelques idées fortes des origines se sont enrichies d’un projet complotiste global : il ne s’agit plus seulement d’une cabale contre Donald Trump organisée par « l’État profond », mais également du plan de contre-attaque du président. Comme dans un roman d’espionnage, celui-ci travaillerait (secrètement, bien que QAnon et ses millions d’adeptes soient dans la confidence…) à une vaste rafle des dirigeants du Parti démocrate visant à décapiter cette organisation soi-disant impliquée dans des réseaux pédosataniques.

Le mystérieux « Q »

Tout a débuté par la publication le 28 octobre 2017 d’un message sur 4chan, un forum de l’AltRight. Les publications y sont anonymes et, un peu comme les « Camille » des zadistes, tous les participants signent « Anonymous ». Dans ce message, le mystérieux « Q » explique que l’arrestation de Hillary Clinton est imminente et que d’autres suivront. A en croire « Q », des unités de la Garde nationale des différents Etats américains allaient prendre part à l’opération. Que les sceptiques contactent un membre de la Garde nationale pour dissiper leurs doutes, ajoutait-il.

Comme les suivants, ce premier post a été formulé de manière à insinuer qu’il s’agirait de fuites très haut placées auxquelles « Q » aurait accès. Certains de ses partisans voient ainsi dans son pseudonyme une référence à « Q Clearance », un niveau d’autorisation au sein du ministère américain de l’Energie équivalent à « top secret ». Mais on peut tout aussi bien voir dans cette signature énigmatique une référence au personnage de James Bond qui, sous les ordres de « M » fabrique les gadgets pour les missions de 007, tant les idées de cette mouvance semblent s’inspirer de l’univers des films, BD et autres jeux vidéo.  Cependant, le succès de « Q » est aussi dû au caractère de plus en plus codé de ses messages, ce qui entretient le mystère et pousse ses lecteurs à chercher des interprétations aux supposées énigmes disséminées sur le forum. Ce jeu de pistes virtuel n a créé en quelques mois un véritable corpus herméneutique virtuel qui fait penser à une secte en devenir.

En guerre contre Twitter

En novembre 2019, le mouvement QAnon est arrivé sur le devant de la scène lorsque la chaine NBC a publié une enquête au sujet de quatre candidats aux élections de la Chambre des représentants. Ces derniers ont fait des allusions plus ou moins subtiles à leur adhésion aux thèses de QAnon. Six mois plus tard, en mai 2020, Facebook les a dénoncés sur son site officiel.

Pas plus tard que le mois dernier, le 22 juillet, Twitter  a annoncé supprimer quelque 7000 comptes liés à QAnon. Près de 150 000 autres ont été masqués. De quoi remettre un sou dans la machine complotiste : si les géants du Net censurent QAnon avant la présidentielle de novembre 2020, n’est-ce pas la preuve qu’ils veulent abattre Trump ?