Le candidat démocrate à la présidentielle américaine Joe Biden a  choisi comme colistière la sénatrice Kamala Harris. Au temps de Black lives matter, l’essentialisme antiraciste fait de cette grande bourgeoise métissée une femme noire. Un raccourci révélateur de l’univers bicolore des élites qui préfèrent la diversité à l’égalité.


Journal télévisé du 12 août : le présentateur annonce que le candidat démocrate à la présidence des États-Unis Joe Biden vient de choisir comme éventuelle vice-présidente une femme noire, la sénatrice californienne Kamala Harris.

Ghettos dorés

Une « femme noire », vraiment ? Même s’il ne jette qu’un coup d’œil à un portrait de Kamala Harris, tout observateur impartial conviendra que l’ex-procureure générale du Golden State n’a pas vraiment le type afro-américain. On pourrait aisément la prendre pour une Mexicaine, voire une Arabe ou une Indienne. En tout cas, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle ne correspond pas au portrait-type de la « femme noire » américaine.

Et pour cause ! Fille d’un économiste d’origine jamaïcaine de l’université Stanford et d’une endocrinologue originaire de l’État indien du Tamil Nadu, la possible future vice-présidente n’a pas vraiment le profil de la « descendante d’esclave », éternelle victime d’un racisme endémique. Si elle est sortie d’un ghetto, c’est de celui de Westmount, quartier huppé de Montréal dominé par la haute bourgeoisie anglophone où sa mère enseignait à l’Université McGill. Elle y a vécu et étudié avant de fréquenter plusieurs universités d’élite étasuniennes. Autres ghettos plutôt dorés.

Une goutte de sang

Pour ces raisons à la fois sociales et généalogiques, aux États-Unis, certains auront la décence, lors de sa nomination, d’évoquer une femme « de couleur », euphémisme certes un peu daté mais plus précis que l’épithète « noire ». On aurait aimé que le présentateur du journal télévisé français fasse preuve d’autant de prudence.

Ce ne fut malheureusement pas le cas. Faut-il y voir le signe que nos médias nationaux se siumettent aux normes du racialisme made in USA, pays où prévaut encore aujourd’hui la one drop rule, règle raciste qui stipule que toute personne qui n’aurait ne serait-ce qu’une goutte de sang noire est réputée noire ?

En témoigne l’étrange mésaventure d’une certaine Susie Guillory Phipps, femme de quarante-trois aux cheveux blonds et à la peau claire qui avait jusque-là toujours vécu dans la peau (c’est le cas de le dire) d’une Blanche, et que le bureau de l’état-civil de La Nouvelle-Orléans décréta contre sa volonté « de couleur », en 1977, sur la foi de sa généalogie : elle avait « un arrière-arrière-arrière-grand-parent » noir (ce cas est rapporté par Walter Benn Michaels, La Diversité contre l’égalité, Éditions Raisons d’agir, Paris, 2009).

À ce compte-là, Kamala Harris, qui porte pourtant un prénom indien et qui fut dès l’âge de sept ans, après le divorce de ses parents, élevée par sa mère, est bel et bien afro-américaine (tout comme Barack Obama, dont la mère était d’origine irlandaise, ou encore Meghan Markle, la Cendrillon des îles britanniqu

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