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Un professeur n’a pas à exprimer son opinion sur la politique sanitaire en cours

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Un professeur de l’Éducation Nationale toulousain ayant diffusé une vidéo vaccino-sceptique de France-Soir à ses élèves a été suspendu. Si seulement un tel rappel à l’ordre pouvait aussi intervenir pour toutes les autres propagandes diffusées à nos enfants dans les classes…


L’Éducation Nationale a rappelé cette règle il y a quelques jours : un professeur qui exprime son opinion personnelle devant ses élèves sort de son rôle. Ouf ! Il était temps. Depuis tant d’années que certains cours d’histoire, mais aussi bien d’anglais ou de français, et même de physique, étaient régulièrement l’occasion d’assener des opinions politiques personnelles comme des principes indiscutables ! Depuis tant d’années qu’on fustigeait allègrement en classe cet imbécile de Trump, qu’on encensait la bonne Greta Thumberg, qu’on déclarait l’amour inconditionnel obligatoire pour les migrants de tous les pays, qu’on accusait “les gens de droite” d’être tout simplement des salauds ou qu’on invitait ses élèves à la fête de l’Huma… Tous ces exemples sont véridiques, et j’aurais bien aimé citer quelques professions de foi inverses, mais le hasard – ou leur rareté dans le corps professoral ? – ne m’a pas permis de les observer. 

Élémentaire, mon cher…

Il aura fallu que survienne le coronavirus pour qu’enfin l’on s’émeuve qu’un enseignant, abusant de l’autorité académique dont il est revêtu, profite de son cours pour assener des opinions toutes faites, partisanes, sans nuance ni contrepoids, en toute bonne conscience – c’est-à-dire sans aucun scrupule. 

Il aura fallu qu’un professeur diffuse une vidéo qualifiée de complotiste, c’est-à-dire issue d’un journal qui alimente la controverse sur la politique sanitaire choisie par le gouvernement et ce faisant ulcère ceux qui voudraient que cette politique sanitaire restât hors de portée de la critique, pour qu’on rappelle quelques principes élémentaires de l’enseignement régulièrement bafoués. Ainsi donc, à quelque chose malheur est bon, pour parler comme ma grand-mère !

On ne sait quelle vidéo précisément le professeur a diffusé, ni quel commentaire il en a proposé à ses élèves. Gageons, puisqu’il a été suspendu, qu’il n’a pas introduit la distance critique nécessaire vis-à-vis des propos tenus dans la vidéo en question. Espérons que la hiérarchie de l’Éducation Nationale se montrera également sévère avec les professeurs qui, en cette rentrée, ont déclaré à leurs élèves que les non-vaccinés étaient tous des “abrutis”, voire des “assassins” (autres exemples véridiques). Ceux-là ne diffusent peut-être pas de vidéo tirée d’un journal urticant, mais ils assènent leurs opinions personnelles et ce qui est bien pire, ils insultent et accusent gravement des parents d’élèves dont certains, évidemment, ne sont pas vaccinés puisque la vaccination n’est pas obligatoire.

Les leçons de Condorcet

Qu’on soit professeur ou non, on n’a pas, d’ailleurs, à insulter ni à accuser sans mesure ceux qui se vaccinent ou ceux qui ne se vaccinent pas : ce comportement hystérique n’est ni raisonnable, ni digne, et dans le cadre d’un cours c’est tout simplement intolérable. On se demande comment certains ont osé proférer de telles énormités. N’allez pas me dire qu’ils auraient été encouragés par un climat politique et social délétère ?

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On ne peut, en ces circonstances, que revenir aux principes fondateurs de l’école républicaine selon Condorcet : “l’éducation… ne se borne pas seulement… à l’enseignement des vérités de fait et de calcul, mais elle embrasse toutes les opinions politiques, morales ou religieuses. Or la liberté de ces opinions ne serait plus qu’illusoire si la société s’emparait des générations naissantes pour leur dicter ce qu’elles doivent croire… Si donc elles font partie de l’éducation publique, elles cessent d’être le choix libre des citoyens et deviennent un joug imposé par un pouvoir illégitime… Il faut donc que la puissance publique se borne à régler l’instruction, en abandonnant aux familles le reste de l’éducation.” Et Condorcet poursuit : le devoir de l’école publique, “est d’armer contre l’erreur, qui est toujours un mal public, toute la force de la vérité, mais elle n’a pas le droit de décider où réside la vérité, où se trouve l’erreur. La puissance publique ne peut pas établir un corps de doctrine qui doive être enseigné exclusivement.” Il est toujours intéressant de revenir aux sources : Condorcet nous rappelle que si un professeur n’a pas à dicter ses opinions personnelles, il n’est pas là non plus pour se faire le relais d’une quelconque propagande gouvernementale exclusive, sauf à tomber dans la tyrannie.

Ce qui relève de l’opinion religieuse comme des opinions morale et politique ne devrait être abordé en classe qu’avec la plus grande prudence. Armer contre l’erreur, dans ces matières, c’est non pas taire ou répéter ou attaquer aveuglément le dogme du jour, mais rendre à l’âme humaine, au réel, à l’histoire comme à l’époque, leur complexité, leurs obscurités ; c’est surtout encourager le libre examen contradictoire des faits, seul chemin pour espérer élever l’esprit plutôt que le pousser complaisamment dans les séductions faciles d’hier ou d’aujourd’hui, sans réfléchir. 

C’est, pour reprendre le mot de Camus, d’abord penser contre soi-même. Tâche éminemment difficile ! Effort presque démesuré. Et c’est pourquoi nous avons désespérément besoin d’exemples qui viennent d’en haut : exemples d’honnêteté, de prudence, de raison et de mesure, exemples de respect de la liberté des consciences, de respect de la liberté d’expression des opinions et analyses, si contradictoires et désobligeantes soient-elles pour nos propres opinions. Sans le choc des idées, nulle étincelle de vérité ne peut jaillir.

Extrême droite modérée, je crois que c’est ce qui me correspond le plus…

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Je ne veux plus faire partie d’un camp où l’on conspue une prétendue « société de surveillance » et le « contrôle des corps »…


Tout d’un coup, il m’est devenu indifférent de ne pas être anti-moderne.

Quand je pense que j’ai été « d’extrême droite » ! Quand je pense que je le suis peut-être encore sur bien des points – mais d’une manière trop peu méchante pour être crédible auprès des vrais. Tant pis ou tant mieux, il faut mûrir et grâce au  Covid, je serai enfin devenu politiquement adulte. Les réactions de certains face à la crise sanitaire (et que j’ai explorées ici) m’auront ouvert les yeux sur l’imbécilité congénitale de « mon camp ». Antivax et anti passe auront fait en trois semaines ce que les antiracistes n’auront pas réussi à faire en trente ans. Parce que je ne sais pas, vous, mais moi, les bigots obtus, les terreux fin de race, les jobards de « la vie d’avant », tous plus ou moins conspi, je n’en peux plus.

Foucaldisme primaire

Soyons clairs. Il pouvait y avoir du bon dans « l’extrême droite ». Une liberté anthropologique qui ne s’en laisse pas conter par les sociologues à la noix ; une sensibilité tellurique qui fait frémir les belles âmes ; une foi antique aux Dieux, aux Hommes, au Ciel et à la Terre (le fameux Quadriparti heideggerien) qui inquiète les chrétiens ; un catholicisme flamboyant qui vomit les tièdes ; une audace littéraire absolue qui fait qu’avec elle, on peut en effet « tout dire » ; un sens du beau, du grand, du noble et aussi du tragique ; une lucidité extrême. Être réactionnaire, c’était être visionnaire. Dantec, Houellebecq, Millet, Camus l’ont été – et avant eux Baudelaire, Balzac, Chateaubriand, Joseph de Maistre. Hélas, les réactionnaires d’aujourd’hui ressemblent plus aux aristo décatis du Cabinet des Antiques de Balzac (un de ses plus prodigieux romans) qu’aux dandys extralucides à la Baudelaire. Les réactionnaires d’aujourd’hui sont de douloureux antédiluviens boursoufflés dans leur nostalgie, dévots du passé, athées du présent et zombies du futur. Pauvres et parfois très méchants diables qui croient au mythe du sauveur et raisonnent en termes de « dernier bond », « dernier sursaut », « dernier mot », toujours à voir l’Histoire à « la croisée des chemins » et la « Nation » entre le gouffre et la colline (inspirée) – vision certes romantique, poétique, apocalyptique mais peu opératoire et qui leur fait perdre la partie à chaque coup. N’en pouvant plus d’être sans cesse contrariés par une Histoire qui les a perdus en chemin depuis longtemps, les droitards sombrent alors dans le ressentiment, l’esprit de revanche, et, comme on l’a vu avec le Covid, la désinformation, la fake news, l’anarchie libertaire.

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Un comble pour eux qui ne juraient que par l’autorité (ah ! Poutine !) et Machiavel et qui se retrouvent cocus des deux côtés. Alors qu’ils devraient au moins admirer Macron comme tacticien, ils le conspuent honteusement. Rien de moins « sport » que ces ganaches qui ont pété les plombs sociaux et civils et qui, de manière infantile, « refusent d’être des enfants » – ce que les Anciens admettaient volontiers : le Roi est le Père de la Nation et nous sommes tous enfants de France et enfants de Dieu. Quel bonheur c’était ! Quel âge d’or ! Mais non, plus pour eux ! Les voilà qui donnent dans un foucaldisme primaire à dénoncer la « société de surveillance » (alors qu’ils ne jurent que par la sécurité) et le « contrôle des corps » (alors qu’ils sont généralement militaristes et cléricaux). Évidemment et heureusement qu’il y a un contrôle des corps – depuis les Dix Commandements, en fait, « kit de l’humanité » s’il en est. Des Stoïciens à l’impératif catégorique kantien, en passant par la fessée de mademoiselle Lambercier infligée à Jean-Jacques Rousseau (avec quelques effets secondaires, il est vrai), le contrôle des corps est une nécessité sociale et vitale et qui, faut-il le rappeler, n’a rien à voir avec Staline ou Mao. Mais dans l’indistinction crasse où ils sont tombés, hors de tout contrat social, les droitards ne discernent plus rien tout et se la jouent « assoiffés de liberté ».

Les contradictions de l’antivax

Alors ils s’égosillent avec « nos valeurs » en faisant du surplace. Comme les « gauchiasses » qu’ils sont devenus, ils défilent contre « la dictature sanitaire », se trouvant même une nouvelle conscience marxiste. Leur grand concept en ce moment, c’est le « mépris de classe ». À l’instar du prolo qui se sentait rejeté par le bourgeois, l’anti-passe (qui est souvent un antivax) se sent discriminé par le vacciné qu’il considère pourtant comme un niais en sursis. C’est là la contradiction étonnante du « dissident » : d’un côté, il soutient que le vaccin n’est pas fiable et pourrait même se révéler un poison ; de l’autre, il considère que le vacciné est un privilégié. Le dissident est à la fois obscurantiste et révolutionnaire. Deux bonnes raisons de ne plus l’être.

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Donc, 2021 aura été ma nuit de foi droitiste, ma reconversion au réel, c’est-à-dire à l’inévitable évolution des choses, au devenir, au changement de monde. Non pas que je sois devenu apôtre du progrès tout aussi mortifère, mais au moins aurais-je admis que les choses bougent, que les mondes muent, que les idées ondoient. À Bossuet qui dénonçait « les variations des Églises protestantes », Leibniz répondait : « il nous plaît, Monseigneur, d’être de cette Église toujours mouvante et variable ». Eh bien voilà. Je suis leibnizien. Je plaide pour une droite méta-réactionnaire. Plus au fait. Plus humaine. Plus intellectuelle aussi – mais intellectualiser la droite ! Combien de penseurs s’y sont cassés les dents tant la droite est incapable de dialectique, de prise en compte des contraires, de synthèse par laquelle on conquiert vraiment les choses. Alors que c’est sa « dernière chance », comme elle dirait. Car si elle veut survivre, il lui faudra comprendre le changement de paradigme, la redistribution des valeurs (dont César Pavèse disait qu’elles étaient avant tout « des qualités que l’on sent » – et que sentent-ils, nos réactionnaires, sinon leur propre putréfaction ?), les nouvelles connexions. En fait, il faudra que la nouvelle droite s’émancipe d’elle-même, se « nietzschéise » un chouia, se transhumanise pour son bien. Autant dire qu’il va y avoir du boulot.

On peut et on doit parler avec les Talibans

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Diplomate, Jean-Yves Berthault a été en poste à l’ambassade de France à Kaboul entre 1979 et 1981. Conseiller politique de la mission spéciale de l’ONU en Afghanistan en 1997, il a dirigé la mission diplomatique française à Kaboul de 1998 à 2001. Il est l’auteur de Déjeuners avec les Talibans, Révélations d’un diplomate


Alain Roumestand. Jean-Yves Berthault, avant d’entrer dans le vif du sujet, parlez-nous de votre carrière. 

Jean-Yves Berthault. Je suis rentré dans la carrière diplomatique après avoir fait Sciences Po et mon premier poste a été l’Afghanistan. C’était une sorte de « mauvaise pioche » mais j’en étais ravi. Je suis arrivé en 1979 alors que ce pays était déjà en guerre civile larvée. On venait d’avoir une révolution communiste en avril 1978 qui avait jeté bas la présidence Daoud, le cousin du dernier monarque, le roi Zaher Shah. Mais à son tour le régime communiste vacillait et en décembre l’armée soviétique est intervenue pour le sauver. Ensuite, j’y ai vu l’avènement de l’insurrection, les premiers moudjahidines et le début d’une crise qui ont plongé le pays dans 43 ans de guerre civile sous diverses formes. Je suis revenu en Afghanistan dix-huit ans plus tard, lorsqu’on cherchait un diplomate connaissant le pays, pour servir de conseiller politique de la mission spéciale de l’ONU pour l’Afghanistan, qui explorait les voies d’un règlement négocié du conflit. Enfin, de 1998 à 2001, j’ai dirigé l’ambassade de France où j’avais fait mes débuts, et cela, jusqu’à la chute des Talibans. Trois années pendant lesquelles j’ai eu l’occasion de m’entretenir longuement et à plusieurs reprises avec les Talibans. J’ai également servi dans le monde arabo-musulman entre temps et depuis, dans des pays aussi divers que l’Algérie, le Maroc, la Syrie, l’Azerbaïdjan, le Pakistan et Bruneï. 

Il y a 100 ans, on pouvait ignorer les pays qui nous déplaisaient. Aujourd’hui le monde s’est rétréci

Votre livre fait une belle place aux portraits de responsables talibans que vous avez rencontrés lors de déjeuners ou dans d’autres cadres informels. Y a-t-il un portrait type des Talibans ? 

C’est un pays très morcelé par les montagnes où chaque vallée a ses particularités, sinon ses particularismes. Vous avez mille vallées, vous avez mille façons, mille bonnets brodés, pour chaque tribu, pour chaque sous-tribu. Et autant de mentalités, d’idéologies et de partis politiques. Le mouvement des Talibans n’échappe pas à cette complexité des paysages physiques et humains. Certains voient en leur mouvement la possibilité de faire triompher l’islam comme à l’époque du prophète. D’autres, moins nombreux, voient au contraire, l’opportunité du djihad. Mais ce qui rassemble et unifie le mouvement, c’est la référence à une idéologie religieuse fondée sur le wahhabisme. Cette doctrine rigoureuse originaire d’Arabie Saoudite et quelques autres pays du Golfe anime également une école de pensée d’une région du nord de l’Inde, où il existe des madrassas qui enseignent une doctrine proche du wahhabisme. Cependant, malgré sa grande rigueur, son traditionalisme et son fondamentalisme, sur le plan politique il existe des appréciations qui varient considérablement d’un individu à l’autre. Et c’est ce que j’ai voulu montrer dans cette galerie de portraits. Parmi eux il y a des gens qui, tout en se réclamant du Coran et ses enseignements, estiment devoir s’adapter au monde moderne dans certaines circonstances. D’autres en revanche ne considèrent pas la moindre concession possible. J’ai toujours essayé d’identifier d’abord les radicaux et puis convaincre les plus modérés de coopérer, pour que la population souffre moins.

Jean-Yves Berthault Photo: D.R.

Lorsque vous invitez les Occidentaux à suivre votre exemple et nouer un dialogue avec les Talibans, on vous rétorque qu’ « on ne pactise pas avec le diable  » ! Vu leur lourd et triste passif, entendez-vous ces critiques ? 

Je les comprends très bien surtout quand on entend certaines déclarations, qui font objectivement froid dans le dos, ou que l’on observe le sort des femmes qui pendant ces deux décennies de libéralisme relatif – notamment à Kaboul – pouvaient faire des études, avaient la liberté d’aller et de venir et voient tout cela disparaitre d’un coup. Je comprends très bien que dans une appréciation occidentale, on ressente une vive émotion. En même temps dans la diplomatie, il faut être pragmatique. Si nous ne devions parler qu’à des pays qui nous ressemblent, on se retrouverait assez isolé… Il y a 100 ans, on pouvait ignorer les pays qui nous déplaisaient. Aujourd’hui le monde s’est rétréci. Le monde est un village indivisible. Il faut bien parler et si on laisse de côté les pays qui nous déplaisent, d’abord on se coupe des ¾ de la planète et ensuite on perd toutes chances de les faire évoluer dans le sens de nos intérêts ou des intérêts de leurs peuples. 

Et vous, dans vos différentes responsabilités en Afghanistan, qu’avez-vous obtenu des Talibans par la négociation ? 

À l’époque les pays unanimes avaient décidé de ne pas parler avec les Talibans, donc de retirer leurs ambassades. Dans le cas de la France, on avait une autre position. On s’était dit qu’il fallait conserver les canaux existants. On avait plusieurs bonnes raisons pour cela. La première, c’était le fait que beaucoup d’ONG françaises étaient présentes (à peu près la moitié de tous les humanitaires occidentaux présents en Afghanistan étaient des Français), et faisaient un travail admirable. Or, les ONG rencontraient au quotidien des problèmes incommensurables, et il fallait quelqu’un pour les protéger et les aider dans leur travail. L’autre bonne raison, c’est qu’il fallait observer et informer. Un diplomate est en poste pour rapporter ce qui se passe et c’était une grande partie de mon travail : rédiger des télégrammes diplomatiques sur la situation. Et je ne parlais pas seulement aux Talibans, mais aussi avec le camp opposé, c’est-à-dire l’Alliance du nord et plus particulièrement avec l’entourage du commandant Massoud. J’étais aussi en relation avec l’ancien roi, ce qui m’a permis de jouer un rôle politique dans l’espoir de susciter une relève démocratique. On voyait bien, tout en parlant avec les Talibans, qu’il n’était pas très facile d’espérer des accommodements. Mais comme il se trouve que je respecte beaucoup l’islam, que je connais bien cette religion, j’étais en mesure de citer certains versets du Coran et j’ai pu établir un dialogue pertinent et espérer convaincre. Si on leur parlait du droit international et de la déclaration universelle des droits de l’homme, ce n’était pas un langage qui allait beaucoup les influencer. En revanche, il m’est arrivé de leur citer des exemples tirés du Coran, des paroles du prophète, le dialogue était possible. Ainsi, en évoquant la clémence du prophète j’avais réussi en 1997 à faire libérer deux jeunes Français d’une ONG qui risquaient la peine de mort. J’ai également obtenu du ministre de la Santé qu’il ouvre des hôpitaux pour les femmes, puisque celles-ci n’avaient pas le droit d’aller à l’hôpital général par manque de médecins femmes et qu’il n’était pas question qu’elles soient auscultées par un homme. Ce dialogue paraît un peu illusoire mais quand il s’agit de sauver des vies humaines, d’obtenir quelques progrès, même ténus, c’est quelque chose d’essentiel. 

A lire aussi: Massoud, la complexité d’un personnage dans un pays «patchwork»

Quelle est votre appréciation de l’action diplomatique de l’administration Trump qui a abouti en février 2020 aux « accords de Doha » ? 

Le président Biden a été accusé par la presse d’avoir décidé un retrait précipité et sans préparer l’armée afghane. Tout cela est bien plus compliqué qu’il n’y paraît. Parce qu’en effet, comme vous le souligniez, son prédécesseur lui avait un peu savonné la planche en le mettant devant le fait accompli d’un accord sans y associer ni le gouvernement afghan ni les Occidentaux autrement que d’une façon elliptique. Ainsi, quand Biden est arrivé, il savait qu’il avait une opinion publique plutôt isolationniste et lassée de la guerre. Il a pensé que dans la situation où il se trouvait, d’une Amérique divisée en deux camps irréconciliables, poursuivre la logique de son prédécesseur serait un geste vis-à-vis des trumpistes. Il a été obligé pour toutes ces raisons de continuer à prendre ce train qui était déjà en marche. La seule chose qu’on pourrait dire, c’est qu’il aurait pu faire patienter les Talibans deux ou trois mois de plus pour que ce retrait ne se fasse pas dans une précipitation aussi théâtrale et tragique. 

Malgré l’échec américain, vous pensez que Washington continuera à financer l’Afghanistan pour contrer les visées chinoises et russes. Il serait donc judicieux de se poser la question : “où sont allés les milliards déjà distribués ?” 

Même si l’argent a un peu ruisselé dans les grandes villes et en particulier à Kaboul, l’essentiel a été englouti dans les poches profondes des « élites » au pouvoir en Afghanistan ces vingt dernières années dans le cadre d’une corruption généralisée. Quelques personnes bien placées ont constitué des fortunes énormes : 800 millions de dollars, 600 millions de dollars, 1 milliard 200 millions de dollars… Ce sont des gens qui étaient aux affaires, au gouvernement et qui avaient leurs commissions sur tout. Il y avait de faux régiments payés et de bien réels qui ne l’étaient pas. Et c’était comme cela dans tous les domaines. On s’est beaucoup étonné de voir que Kaboul tombait comme un fruit mûr ; en fait, c’était un fruit pourri de l’intérieur et il est tombé tout seul. Je dois dire que personnellement, je n’ai pas été surpris. C’était une évidence pour moi et pour les gens qui connaissent bien l’Afghanistan. C’est aussi une des raisons pour lesquelles les Américains se sont découragés : ils se rendaient bien compte que les Talibans étaient déjà chez eux depuis des années dans les campagnes, qu’ils étaient bien acceptés par la population qui les avait accueillis à bras ouverts, parce que leur idéologie était finalement très voisine de celle de beaucoup de campagnards. Ils se heurtaient à une résistance essentiellement dans les villes où les gens étaient davantage éduqués. 

Et le commandant Massoud ? Pendant votre mandat d’ambassadeur, il a demandé l’aide – entre autre à la France – sans beaucoup de succès avant son assassinat l’avant-veille du 11 septembre… Quel bilan tiriez-vous de l’homme et de son action ? 

Il y a une de confusion autour de la légende du commandant Massoud, l’un des grands héros de la résistance contre les Soviétiques. Lorsque les Talibans ont pris le pouvoir entre 1996 et 2001, il a eu le grand mérite d’être un chef de guerre et un stratège remarquable, réussissant à mettre au point une résistance avec d’autres groupes comme les ouzbeks et les hazaras. Massoud a joué un rôle très important et cela a permis à un moment donné d’avoir l’espoir que le régime des Talibans ne durerait pas. Aujourd’hui il ne reste qu’un petit réduit dans le Panchir et aussi son fils, le jeune Ahmad Massoud, un jeune homme bien éduqué, en Angleterre notamment, et sans doute très épris du modèle que lui a légué son père. Mais connaissant mieux l’Afghanistan que beaucoup de nos Parisiens, je ne suis pas persuadé que ce mouvement ait la moindre chance de réussir parce que c’est la première fois que les Talibans arrivent à conquérir quasiment tout l’Afghanistan. Dans ces conditions, je ne crois pas que le jeune Massoud ait un avenir dans les armes. 

Les Américains ont délégué au Qatar ce qu’ils ne voulaient et ne pouvaient plus déléguer au Pakistan dont ils se méfient désormais…

L’ancien ministre des Affaires étrangères et ancien représentant spécial de l’ONU Lakhdar Brahimi s’est lui aussi exprimé, dénonçant l’échec de l’importation d’un modèle institutionnel occidental en Afghanistan. Que dire de cette prise de position ? 

Lakhdar Brahimi, mon patron pendant quelques mois pendant l’année que j’ai passée comme conseiller politique aux Nations Unies, paraît avoir compris plusieurs choses importantes. À l’époque, j’avais essayé de lui expliquer qu’il fallait compter sur les tribus et le système tribal pour fonder des espoirs, mais il avait beaucoup de difficultés à le comprendre. Il disait que les tribus, c’était comme en Algérie ; elles n’existaient plus. Il ne connaissait pas l’Afghanistan, mais désormais, visiblement, il a appris beaucoup de choses. Je ne peux qu’être d’accord avec lui sur ce qu’il a exprimé dans le texte que vous citez : les Occidentaux ont voulu plaquer leur modèle sur ce pays, comme sur beaucoup d’autres territoires. Or, la réalité est que les Afghans s’agrègent autour d’un chef tribal ; c’est lui qui, s’il y a des élections, va leur dire comment voter. Et l’idée même des élections transversales, dans une société profondément ethnique et tribale, est aux antipodes de leur système de réflexion. Dans les villes, cela peut fonctionner. Dans les campagnes, aller voter pour une personne qui n’est le cousin d’aucune des personnes que les électeurs connaissent, cela leur paraît quelque chose de tout à fait artificiel et cela ne convient pas culturellement… Tant qu’on n’a pas compris cela, on n’a strictement rien compris à ce type de pays. Et il y a aussi l’aspect militaire. Les Américains n’y sont pas allés de main morte. Naturellement, tuer des gens qui vous menacent cela s’appelle la guerre, mais cela a été fait de façon « indiscriminée », et avec beaucoup trop de bavures. Les Etats-Unis parlent de leurs frappes chirurgicales… mais on aimerait bien ne pas passer un jour entre les mains de tels chirurgiens. 

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Comment voyez-vous l’avenir de l’Afghanistan à court, moyen et long terme ? 

Les paris, si on peut employer ce terme, sont ouverts. Pour la première fois depuis 43 ans, il n’y a pas de guerre civile. Malgré les circonstances dans lesquelles cela se produit, c’est-à-dire l’arrivée d’un groupe à l’idéologie problématique qui représente une régression, pour beaucoup d’Afghans, c’est tout de même un soulagement. Parce que ces vingt ans de libéralisme relatif n’ont pas apporté la sécurité qui est une des aspirations élémentaires d’un peuple. Maintenant il n’y a plus de guerre ; les Talibans ont peut-être la chance de durer s’ils font le nécessaire pour leur peuple. D’abord le premier des devoirs, est de nourrir le peuple et faire cesser la corruption, raison principale de la misère. Un autre devoir, tout aussi essentiel, concerne les droits humains et là il va falloir la conjonction de tous les efforts de la communauté internationale, pour faire en sorte que les Talibans comprennent qu’il est de leur intérêt de les respecter. Ils le disent en tout cas, et il faut les prendre au mot. Et en cela il faut, là aussi travailler avec des pays qui ne nous ressemblent pas, mais qui peuvent être des alliés. Je pense notamment au Qatar. Les Américains ont délégué au Qatar ce qu’ils ne voulaient et ne pouvaient plus déléguer au Pakistan dont ils se méfient désormais. Je sais que cela peut paraître étrange à certains, mais je le crois et je le dis car je m’intéresse davantage à la vérité qu’à la vérité qu’on voudrait entendre : les Talibans en réalité ont peut-être une chance de réussir s’ils viennent à résipiscence. 

Et pour revenir à la France, certains disent qu’elle n’a rien à faire dans ce pays. Que leur répondriez-vous ? 

La France est un pays qui est très cher à beaucoup d’Afghans. D’abord, il y a beaucoup d’Afghans qui parlent notre langue, parce qu’on a un lycée français à Kaboul qui a formé depuis presque un siècle une grande partie des élites du pays ; parce qu’on a toujours joué un rôle important dans la mesure où nous n’avons jamais été dans cette partie du monde une puissance « ingérente ». Les Afghans le savent très bien : ils ont dû mettre dehors les Britanniques après trois guerres perdues par ces derniers ; ils ont mis dehors les Soviétiques ; ils ont mis dehors les Américains. Certes la France, jusqu’en 2014, était présente militairement en Afghanistan, mais à la demande des Américains et aussi dans le but de mettre un terme aux agressions d’Al Qaïda. Et d’ailleurs l’armée française, indépendamment de ses frappes beaucoup plus chirurgicales pour le coup que celles des Américains, avait une façon de procéder qui s’accompagnait toujours d’un soutien aux populations locales, là où nos forces étaient implantées. Elles ont laissé un souvenir très différent, je le sais par beaucoup de témoignages des Afghans qui m’ont parlé. Il y a aussi cette passion française pour l’Afghanistan. La passion pour Massoud en est l’exemple : nous sommes le seul pays où on parle de Massoud, même si c’est parfois un peu à côté de la plaque, parce que cette cause-là appartient plus au passé qu’à l’avenir. Mais cela montre l’attachement des Français à ce pays, parfois à juste titre, parfois moins. La France est un grand pays et c’est une des principales économies du monde. La France a un rôle à jouer parce que c’est un pays qui compte dans le monde, sa voix est entendue et importante au sein de l’Europe, première puissance commerciale mondiale. La France est, enfin, membre du Conseil de sécurité. Elle ne peut se désintéresser de l’Afghanistan.

Déjeuners avec les talibans

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Soins aux clandestins: une “anomalie” à 1.5 milliard d’euros

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Une tribune libre de Nicolas Bay (RN), député français au parlement européen


L’OMS proclame un droit universel à la santé. Si le bien-fondé d’un tel principe ne peut être nié, il n’est écrit nulle part que ce droit universel devrait impérativement s’exercer en France. Et encore moins au détriment des Français. C’est pourtant le cas. Les présidents changent, le nombre de lits hospitaliers diminue, le coût des mutuelles complémentaires explose, mais n’importe quel clandestin se voit rapidement offrir un panel de soins comme il n’en existe dans aucun autre pays dans le monde. Entrez, c’est français, c’est gratuit !

L’AME, un gouffre financier pour les Français

Un rapport récent de l’Assemblée nationale [1] témoigne d’une hausse vertigineuse en vingt ans du nombre d’immigrés en situation irrégulière bénéficiant de l’Aide Médicale d’État (AME) dite de « droit commun » : 180 000 en 2003, 334 000 en 2019, et déjà 369 000 sur les neuf premiers mois de l’année 2020. 

Nicolas Bay, du Rassemblement national © Michel Stoupak / NurPhoto / NurPhoto via AFP.

À ce nombre, on doit ajouter en 2019 au titre des AME dites d’urgence ou humanitaire environ 15 000 personnes. Ce dernier chiffre est une estimation, aucun service de l’Etat ne se montre capable de fournir une statistique fiable. Pour autant, ce chiffre de 15 000 bénéficiaires d’une aide dite d’urgence (souvent concernant des femmes enceintes) indique bien que les centaines de milliers d’autres clandestins ne sont pas soignés dans le cadre d’une « urgence ».

A lire aussi, notre numéro en kiosque: Causeur: Souriez, vous êtes grand-remplacés!

A tous ces montants, il convient encore d’ajouter de 30 000 à 52 000 clandestins (personne ne sait combien exactement !) bénéficiant d’autres dispositifs de santé, alors qu’ils devraient réglementairement être rattachés à l’AME [2]. Au total, c’est sans doute un demi-million de clandestins qui profitent d’un ensemble de onze (!) dispositifs d’accès aux soins gratuits.

Le coût pour 2019 de ce droit à la santé est estimé par les rapporteurs à 1,5 milliard d’euros. Encore précisent-ils que ce montant est certainement sous-évalué. Il faut donc le considérer comme un minimum. D’ailleurs, l’administration est incapable de chiffrer le coût de cinq des dispositifs. Quelques millions ? Des dizaines de millions ? Plus de cent millions ?

Ce 1,5 milliard certifié qui permet de payer des dialyses [3] à des clandestins provenant parfois de pays dits « sûrs » par l’OFPRA comme l’Albanie ou le Sénégal, représente plus que le coût global annuel des quatre hôpitaux de Marseille et de leurs 14 000 employés [4]. Il est équivalent à 4,8% du fameux « trou de la sécu » dans sa branche maladie pour 2020. C’est encore la dépense annuelle moyenne d’une couverture de mutuelle santé pour près de deux millions de Français !

L’hôpital du monde

Cette prodigalité française, qui allie dépenses colossales et contrôles incertains voire dans certains cas une absence totale de contrôles, est, redisons-le, une exception en Europe. Une « anomalie », selon le rapport ; un scandale pour tout esprit libre et sensé. Nulle part ailleurs il est offert à des clandestins un « panier de soins » équivalent. C’est en France qu’un Pakistanais peut se faire recoller les oreilles aux frais des citoyens, pas en Italie. C’est à Paris qu’un Albanais peut se faire poser un anneau gastrique, pas à Berlin. Le « sans dents » français décrit par François Hollande n’y aura pas droit. Aucune officine, aucune filière, pour le prendre en main. 

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Mais il y a plus grave. C’est aussi chez nous qu’un clandestin peut passer devant un autochtone pour bénéficier d’une greffe. Impossible ? C’est au contraire habituel, selon le rapport de l’Assemblée. On peut lire à la page 58 : « les étrangers qui viennent pour être greffés (du Maghreb ou des pays de l’Est) peuvent peser sur le dispositif français et retarder les greffes pour les résidents ». 

Sachant que ces greffes sont souvent une question de vie ou de mort, existe-t-il un seul autre pays au monde qui, par aveuglement ou lâcheté politique, condamne à mort, du fait d’un « retard » un des siens pour soigner un étranger ? 

Plus sages que nous, l’Allemagne, la Belgique, l’Italie et même la Suède, ne prennent en charge « que » les soins urgents, les femmes enceintes, les mineurs et la prévention des infections. Et c’est déjà beaucoup.

Rien ne contraint la France a être l’hôpital du monde. Ni Bruxelles ni l’OMS ne l’exigent. C’est donc à cette prétention d’être plus « universelle » que les autres, infection idéologique de gauche, que notre pays doit cette situation. 

Faute de réaction rapide, la situation va s’aggraver. La réforme proposée par le rapport va dans le bon sens (suppression de la protection pour les clandestins venant de pays dits « sûrs », restriction sur les délais etc…) mais reste très insuffisante au regard des enjeux à venir. C’est encore l’Assemblée qui nous prévient : « plusieurs éléments suggèrent qu’à court et moyen terme, les dépenses de soins en faveur des étrangers en situation irrégulière devraient sensiblement s’accroître » [5]. Le nombre de « soignés » croît mécaniquement avec la hausse du nombre de clandestins. Selon l’inspection générale des finances et l’inspection générale des affaires sociales : « l’hypothèse d’une migration pour soins, […] n’est clairement pas un phénomène marginal (plus d’un quart des étrangers en situation irrégulière citeraient les soins parmi les raisons de leur migration)» [6] !

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Les Français ignorent tout ou presque de ce sujet. Aucun n’a lu le rapport de l’Assemblée. Aucune émission spéciale sur ce sujet n’a été diffusée dans aucun grand média. Et pour cause, la vérité, c’est-à-dire le récit de la réalité, vaudrait révolte. Il faut donc la taire. Exagération ? Non. Par deux fois, en 2019 et encore le 2 novembre 2020, Olivier Véran s’est opposé à un amendement parlementaire demandant un rapport sur le coût des soins des clandestins [7].

Dans ces conditions, qu’espérer encore de ce pouvoir ? Rien, évidemment. Que faire ? Lui dresser l’an prochain une ordonnance et une sévère.


[1] Rapport du 26 mai 2021 sur le budget, annexe 38 sur la santé.

[2] Ibid, pages 32, 38 et 40.

[3] 80 000 euros par patient.

[4] Ibid, page 48.

[5] Ibid, page 52.

[6] Ibid, page 59.

[7] Ibid, pages 25 et 26.

Tag au Portugal: la vandale française risque la prison

Érigé en 1960 à Lisbonne dans le quartier de Belém au bord du Tage, le Monument des découvertes a été la cible mi-aôut d’un tag empreint d’idéologie déconoloniale. Les conservateurs du pays ont dénoncé un véritable terrorisme culturel. La coupable est une Française.


Érigé à Lisbonne en 1960, le Monument des découvertes est une flamboyante sculpture installée au bord de l’océan Atlantique. Juchés sur une immense caravelle en béton, une trentaine de navigateurs et missionnaires de l’ancien empire y ont les yeux rivés vers l’Amérique. S’y côtoient le précurseur Bartolemeu Dias, Vasco de Gama, Henri le Navigateur ou Pedro Álvares Cabral, l’homme qui découvrit le Brésil en 1500. Dans la nuit du samedi 7 au dimanche 8 août, Leila Lakel, une Française étudiante aux Beaux-Arts à Paris, était en villégiature à Lisbonne.

Vandalisme dominical

Loin de succomber au charme des conquérants, la jeune femme a tenu à représenter la France à l’étranger à sa façon. « Blindly sailing for monney [sic], humanity is drowing in a scarllet [sic], sea lia [sic] », a-t-elle tagué sous la sculpture. Un anglais pour le moins approximatif que l’on peut traduire par : « Naviguant aveuglément pour de l’argent, l’humanité se noie dans une mer écarlate. » La poétesse a ensuite partagé son œuvre sur Instagram. Peu rompue à ce type d’inconduite, la société portugaise ne prend pas ce vandalisme à la légère. Dans une tribune publiée par le journal Observador, le président de la Société historique de l’indépendance du Portugal a ironisé sur une « Parisienne menant une vie de bourgeoise le vendredi » et se livrant au vandalisme le dimanche. Il semble qu’au Portugal, la déprédation décoloniale soit vue comme un caprice de privilégiés.

Vue de Lisbonne. Image: Unsplash.

Des Lisboètes y voient d’ailleurs une « insulte à leur culture ».

Quand la chaîne Fala Portugal, consacrant sa une à l’incident, a précisé que l’étudiante risquait jusqu’à cinq ans de prison, celle-ci s’est hâtée de rentrer à la maison. Pour sa prochaine destination, on pourrait suggérer à la jeune femme d’aller à Istanbul repeindre la statue de l’amiral Barberousse, pirate en Méditerranée et colonisateur en Afrique du Nord.

Que manque-t-il à Eric Zemmour?

Le panache d’une candidature Zemmour a de quoi séduire. C’est un grand débatteur, un fin connaisseur de l’histoire et, fait rare dans le paysage, un homme de conviction. Pourtant, il est peu probable que ses qualités intellectuelles suffisent à le qualifier pour le second tour. On apprend ce matin que son émission télévisée à grand succès est annulée. La chaîne indique dans un communiqué que «le CSA contraint CNews et Éric Zemmour à ne pas pouvoir continuer l’émission qu’ils faisaient ensemble»


Éric Zemmour hésite. Ses proches et ses soutiens disent qu’il ira. Mais il n’est pas nécessaire d’attendre le mois de novembre, moment auquel, paraît-il, il annoncerait sa candidature, pour livrer quelques réflexions sur cette personnalité exceptionnelle dont l’aura médiatique est impressionnante, qu’on l’apprécie ou qu’on la déteste. Le Figaro et CNews peuvent en témoigner.

Au demeurant, si on a discuté ses chances de bien figurer dans la compétition et, encore plus, de l’emporter, personne n’a poussé les hauts cris quand sa candidature a été évoquée. Ce qui confirme l’appréciation que son statut et sa qualité de journaliste étaient, à l’évidence et depuis longtemps, trop étroits pour lui et qu’il gravitait dans une sphère largement politique, qu’il commente les actions des autres ou formule déjà des propositions.

Un rouleau compresseur

Sa culture historique et littéraire est indéniable. Elle est toujours orientée et vise à apposer sur la complexité du réel qu’il analyse des références qui la simplifient et la font tourner en sa faveur. Il ne se défend d’ailleurs pas de cette schématisationqui correspond, d’une part,à son envie pédagogique de dissiper les brumes pour aboutir à l’essentiel et, d’autrepart, de relever le défi de l’exercice médiatique qui est, selon lui, de chasser la nuance et donc d’encourir, malheureusement, de ce fait, trop de poursuites.

Autant, s’il ne me semble jamais médiocre sur CNews, dans la fausse table ronde où il expose, commente et dénonce, il n’est pas toujours à son avantage dans ce genre hybride où il monologue tout en cherchant à donner l’impression d’un dialogue, l’apparence d’une discussion. Il est indépassable dans le débat, dans l’affrontement du face-à-face.

C’est d’ailleurs à cause de cette qualité supérieure que ses pires ennemis sont écartelés entre la détestation et une forme d’admiration. On sent leur envie toujours déçue de pouvoir, tout uniment, rejeter en bloc l’homme, sa parole et son talent. Leur frustration est amère qui leur interdit cette confortable globalisation. Ils sont obligés de reconnaître que cet ennemi n’est pas le premier imbécile venu !

Pour qui se passionne pour la technique de la confrontation et sa manière de pratiquement toujours l’emporter, Éric Zemmour use moins de « trucs » qu’il ne s’appuie sur des dispositions intellectuelles et de caractère qui font à tout coup la différence.D’abord il ne refuse aucun débat ce qui, dans notre monde feignant d’être ouvert mais en réalité l’étant si peu, est trop rare pour ne pas être salué. Je pourrais multiplier les exemples où vilipendé un jour il a pourtant accepté le lendemain, sans la moindre condition, de dialoguer avec son adversaire, ce qui lui donne d’ailleurs d’emblée un avantage grâce au saisissement positif qu’une telle tolérance suscite chez l’autre.

Pourquoi, sur le plan technique, Éric Zemmour est-il si efficace, au point d’apparaître tel un rouleau compresseur qui écrase mais avec un sourire constant ?

D’abord la clé principale de son succès est qu’il ne recule jamais. Quand son contradicteur croit l’avoir atteint par une première intervention vigoureuse, voire violente, il reçoit une réplique qui non seulement ne s’excuse pas, ne cède pas mais au contraire attaque comme si le propos initial n’avait pas eu la moindre importance. Zemmour campe sur ses positions et n’en démord jamais. Il ne perd pas le moindre pouce de terrain et la conséquence en est qu’il avance sans cesse et qu’en définitive l’adversaire n’est pas loin de demander grâce parce qu’il est privé d’oxygène intellectuel.

Il dit tout ce qu’il pense

Ensuite, Zemmour pense absolument tout ce qu’il dit. Cette sincérité est d’autant plus dévastatrice au détriment de qui prétend le vaincre qu’elle n’hésite pas à affirmer haut et fort un extrémisme de la conviction, qui en général ne s’offre pas avec une telle nudité impressionnante. Récusant toute nuance, affichant une appétence sans limites pour la globalisation et le systématisme, Zemmour renverse, comme un guerrier cultivé, les misérables précautions, les prudents accommodements dont face à lui on a l’habitude d’user.

Enfin, en effet, ce briseur d’arguties et de faux-fuyants est cultivé. La littérature, l’histoire, la politique, la sociologie nourrissent une argumentation qui fait richesse de tout mais, sur ce plan également, d’une manière spécifique à cettemachine intellectuelle que l’on pourrait, sans abus de langage, qualifier de marxiste. Ce qui est frappant en effet – et constitue à la fois une forceet une éventuelle faiblesse dont le contradicteur pourrait profiter – réside dans l’implacable déroulement d’une pensée et d’une analyse, qui cherche à persuader l’autre que c’est moins une subjectivité libre et discutable qui s’exprime qu’une sorte de logique quasiment scientifique et donc irréfutable qui s’oppose. Zemmour a besoin de laisser croire que, par exemple, l’Histoire ne connaît jamais d’accidents, de surprises et d’aléas, et que le fil est rectiligne qui unit ce sur quoi il se fonde à la formulation de son point de vue.

Il est une personnalité engagée mais au seul service de ses intuitions, de ses fulgurances, de ses obsessions et de ses idées. Il constitue un univers clos à la fois complexe et simple, voire brutal dans la méthode qui lui a permis de remporter de nombreuses victoires. Étrangement fixiste puisque Zemmour s’arrête sur le seul moment capital qui a servi de support à sa pensée : il ne tient jamais compte du temps qui a passé. Ainsi, pour la Justice, il a enkysté son appréciation dans l’année 1968 avec la harangue d’Oswald Baudot et il lui serait intellectuellement trop douloureux d’accepter une évolution pourtant incontestable.

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Si on perçoit bien ce quifait le caractère unique du dialogue selon Éric Zemmour, pourrait cependant demeurer un mystère : pourquoi le commun des téléspectateurs, qu’il soit capable ou non de partager sa culture et ses références, est-il si naturellement accordé avec les positions, les dénonciations et la tonalité générale de ce débatteur hors pair ? Certes un consensus peut exister, pour certains, à partir d’une authentique complicité intellectuelle et politique, mais pour la majorité de ceux qui ne le manqueraient pour rien au monde, le ressort est ailleurs. Elle éprouve une forme de reconnaissance à l’égard de quelqu’un qui sait rendre lisibles, transparents, univoques, la France, sa nostalgie, ses tragédies, son déclin, la dépossession qu’elle subit, le sentiment d’être étranger dans son propre pays. Personne n’a besoin d’un traducteur quand il regarde et écoute Zemmour, maître dans la capacité à rendre simple le compliqué et évident l’incertain. Il est celui qui, dans le chaos et le désordre du monde, dans l’effrayante angoisse de notre pays, jette chaque soir, paradoxalement, des pincées d’espérance en dépit du pessimisme de ses propos parce que, avec vigueur et sans douter, il les montre tels qu’ils sont. Et qu’il laisse entendre qu’avec lui et son volontarisme, aucun mal ne serait irréversible. Même sans opter demain pour la politique active, Zemmour ne cesse d’en faire, grâce à son verbe, puisqu’il persuade d’un futur où le nécessaire serait rendu possible.

Cet art si personnel, si original du débat n’est pas facilement transposable, au demeurant, dans le discours politique proprement dit qui, s’il offre l’avantage de la parole inventive et solitaire, privera Zemmour de ce dont il a besoin pour exceller : le verbe de l’autre, sur lequel il s’appuie pour décupler son talent et la force brillante de son oralité. On l’a bien constaté quand, lors de la manifestation pour l’union des droites, il a prononcé une allocution qui, de l’avis unanime, ne l’a pas fait apparaître à son meilleur (même si on tient compte de son état de santé ce jour-là).

Aborder son possible destin politique par ce biais exclut toute considération offensante qui le jugerait inapte à briguer la présidence de la République ou, davantage même, indigne de cette charge.

Éric Zemmour et Jean Messiha lors de la manifestation en soutien aux forces de l’ordre, Paris, 19 mai 2021. © Thomas COEX / AFP

Il n’est pas ridicule à prétendre à cet honneur.

Pour ma part, alors que je pressens chez lui une forte envie de franchir le pas, je continue à craindre que la réalisation de cette ambition l’entraîne vers une déception certaine qui l’exclura du second tour sans même le créditer d’un score acceptable au premier. Même si son analyse politique, à la suite des résultats des élections régionales et départementales, le conduit à considérer, à cause de la défaite du RN, due sans doute à la volonté d’attiédir, de normaliser le programme, qu’un large espace s’ouvre pour lui. Il serait ainsi attendu par une majorité d’électeurs qui seraient d’abord la multitude de ses lecteurs enthousiastes, de ses admirateurs du Figaro et de CNews.

Un programme en tête

Même animé par les meilleures intentions du monde à son égard, je mesure les extrêmes difficultés, les terribles embarras de la joute présidentielle à venir, la somme des polémiques et du venin qui l’accableront et dont l’habitude qu’il a depuis longtemps d’être insulté et agressé ne diminuera pas les blessures.

J’ai bien compris en lisant les longs entretiens qu’il a donnés, notamment à Valeurs actuelles, que la tentation politique est profonde chez lui et qu’il a dans la tête le programme dont il a un jour donné le détail, notamment pour l’immigration, l’insécurité et la Justice, sur un mode extrême, brutal, avec pour conséquence inévitable un pays à feu et à sang, sauf si miraculeusement le peuple français consulté ne venait pas légitimer cette révolution que Zemmour appelle de ses vœux.

Craignant le pire, je m’interroge. Le politique persuadé d’avoir raison pour la France et les Français prenant la relève du débatteur et de l’essayiste exceptionnels, cette configuration ne risque-t-elle pas de ruiner la réputation du premier et la lucidité du second ? Ne perdra-t-il pas, d’un coup, sur ce double plan, un capital jamais entamé jusqu’à aujourd’hui, l’immensité de ses soutiens et de ses admirateurs compensant largement la mauvaise foi de ses ennemis, les pulsions de censure et d’interdiction chez quelques autres et les jalousies rances de certains confrèresdétestant une compétence et un talent dont ils ont été privés ?

Cette rationalité négative que j’esquissea été battue en brèche par une argumentation positive que Zemmour a tirée de Jacques Bainville, l’historien qu’il admire le plus. Celui-ci, sur le tard, s’est interrogédans un ouvrage sur le fait qu’il avait sans doute trop théorisé et qu’il lui aurait fallu agir pour incarner sa vision nationale et internationale. Zemmour ne se ment pas en se déclarant touché par cette hésitation finale de son maître.

Mais l’essentiel est-il vraiment là ?

Il convient d’écarter une approche banalement critique et réductrice de Zemmour, qui en ferait seulement un vaniteux personnage narcissique, surestimant ses moyens et confondant l’admiration qu’on lui porte avec la personnalité admirable qu’il serait, mais qu’il n’est pas. Ce serait se tromper totalement. Zemmour a l’esprit et la dent dure sur autrui quand il le faut, mais son rapport avec lui-même est dénué de complaisance et de ce bonheur béat qui est le propre des intelligences limitées.

L’essentiel est là.

Je me demande, en effet, si, cherchant à prévoir à sa place l’avenir de Zemmour, on n’occulte pas une part psychologique et humaine décisive. Celle faisantde cet enfant, de cet adolescent et de ce jeune homme aimant profondément ses parents, la culture française, le mode de vie français et la France, un homme aspirant à couronner son destin, la conscience qu’il a de lui-même, la certitude de son devoir et son rêve de grandeur et d’allure par une suprême entreprise : se présenter au suffrage de ses concitoyens en espérant les convaincre.

Éric Zemmour, appréhendé entre ombres et lumières, admiré ou honni, n’est décidément pas un être, un journaliste, un intellectuel et un écrivain ordinaire.

Mais un politique nécessaire ?

La gauche: point d’étape

La gauche n’est pas complètement morte. Il ne lui manque plus que des électeurs, et Hidalgo pourrait bien les retrouver, selon Jérôme Leroy.


On a parlé de la gauche ce week-end. Je signale le fait, parce qu’entre une éventuelle candidature Zemmour (dont le temps de parole vient enfin d’être décompté par le CSA), la rentrée en force du président Macron et les démêlés de LR, on a parfois l’impression que la gauche n’existe plus. Mais elle existe, le problème c’est qu’elle est comme dans Le cocu nombreux, la nouvelle de Marcel Aymé, elle habite plusieurs corps à la fois. 

Ces corps candidats sont effectivement multiples : PS avec Hidalgo, Écolos avec on va bien voir qui, Insoumis  avec Mélenchon, PCF avec Roussel, Montebourg avec Montebourg, sans compter deux probables trotskistes, -une curiosité française-, le sympathique Poutou, seul ouvrier de la bande, avec un NPA intersectionnalisé, et Nathalie Arthaud avec un discours vintage mais toujours efficace sur la lutte des classes pour LO.

Fête de l’Huma

Il fut question à gauche, ce week-end, de la Fête de l’Huma où Fabien Roussel a acté une candidature des « Jours heureux » dans son traditionnel discours clos par la Marseillaise et par l’Internationale. Spécificité de la candidature communiste : elle renoue avec des fondamentaux de gauche, c’est-à-dire une critique radicale du capitalisme qui non seulement a remarquablement prospéré pendant la crise sanitaire (on peut voir l’insolente santé du CAC 40 cette année)  mais conduit aussi la planète à un suicide environnemental. Mais quand un communiste fait de l’écologie, il est pragmatique. On dispose déjà de beaux outils pour décarboner l’économie avec le nucléaire et l’hydro électricité, pourquoi ne pas les utiliser. Et puis si on remet au centre du jeu la question sociale, on n’oublie pas non plus que cette question sociale doit intégrer un discours sans fard sur la sécurité.

A lire ensuite: L’agenda politique caché derrière la zadisation de Paris

Au PCF, on a appelé ça la « tranquillité publique ». L’opération visant à se distinguer, voire à rompre définitivement avec LFI après la période des années de l’alliance Front de gauche, est en passe de réussir. Très objectivement, c’est aussi le but de cette candidature. Refaire entendre une voix. Le score à la présidentielle sera ce qu’il sera. Roussel et le PCF admettent implicitement que la gauche a peu de chance et qu’il vaut mieux déjà organiser une stratégie commune pour les législatives, qui ont été l’objet de plusieurs discussions entre les envoyés des autres partis de gauche venus faire un petit coucou à la Courneuve.

Anne Hidago, go, go !

Comme par exemple Anne Hidalgo venue en visite. Le matin même, elle avait déclaré sa candidature à Rouen. C’est encore une chose que je porte à son crédit, d’avoir choisi ma ville natale que j’aime comme on aime sa jeunesse.  Parce qu’il faudra bien l’avouer un jour ou l’autre à mes camarades de Causeur et aux lecteurs : j’ai une vraie sympathie pour Anne Hidalgo, le punching ball préféré de nos colonnes. 

Je pense qu’on se trompe sur son compte. Elle y va plus par devoir que par ambition, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose en politique. On lui reproche d’avoir dit qu’elle ne serait jamais candidate à la présidentielle, on oublie qu’il n’y a guère qu’elle capable de rassembler un électorat social-démocrate orphelin depuis le pénible quinquennat Hollande qui ne fut jamais que la phase préparatoire du macronisme. 

Hidalgo est restée socialiste après l’élection de Macron. Et ils ne sont pas si nombreux à être resté dans la « vieille maison », comme disait Blum. On peut y voir une forme de fidélité à des idées plutôt qu’à des places. Ce ne sont plus les mêmes socialistes qu’avant 2017, ceux qui entourent Hidalgo, notamment ces maires de grandes villes ou la présidente d’Occitanie Carole Delga. Ils traversent un désert. 

On reproche à Anne Hidalgo d’être maire de Paris. On le reprochait moins à Chirac mais c’est une autre histoire. Elle a manifestement décidé de retourner ça en avantage comme au judo : personne sur la ligne des challengers de Macron ne dirige depuis 2014 une aussi grosse collectivité territoriale, presque un Etat. Il paraît que les Parisiens la détestent. C’est étonnant parce qu’ils l’ont réélue en 2020 alors qu’on la donnait électoralement morte fin 2018 avec même son premier adjoint qui avait joué les Brutus. Son secret : c’est qu’elle fait la politique de son électorat. 

A lire aussi: Mince, rouler en ville à 30 km/h pollue beaucoup plus qu’à 50 km/h!

On peut brailler sur les 30 kms/ heure en vile et d’autres choses, c’est ce que veulent ses électeurs, c’est-à-dire ceux qui vivent à Paname intramuros. Si elle utilise la même méthode, répondre aux attentes de toute la France qui d’après la dernière enquête sur les fractures françaises parue dans Le Monde a surtout peur pour l’environnement et pour l’emploi, elle a ses chances. Quant aux procès qu’on lui fait en manque de républicanisme, on oublie la manière assez musclée dont elle a remis à sa place Alice Coffin et derrière elle les écolos radicaux de sa majorité. Un peu à la manière d’un de ses soutiens, Martine Aubry, qui a refusé l’alliance avec les Verts et a gardé sa mairie avec quelques centaines de voix d’avance en prouvant que les écolos ne pouvaient pas gagner tout seul.

Bref, on entend une petite musique chez certains observateurs, qui commencent à penser que pour le second tour, pourquoi pas ? Mélenchon se radicalise sur des positions populistes et wokistes, Montebourg qui a plutôt un bon programme espère ressusciter le souverainisme par sa gauche, mais Chevènement a déjà essayé et on a vu le résultat. On peut aussi compter sur les écolos, dont la primaire sera terminée le 28 septembre, pour faire émerger Piole ou Rousseau plutôt que Jadot. 

Zemmour, une chance pour Hidalgo

C’est là qu’on peut espérer que Zemmour ne soit pas en simple tournée promotionnelle pour son livre mais aille jusqu’au bout. Zemmour est la meilleure chance d’Hidalgo. Grâce à Zemmour, les Républicains déjà en mauvaise forme avec la rivalité Bertrand-Pécresse et la création du parti d’Edouard Philippe qui vient de se déclarer pour Macron, n’arriveront pas au second tour, pas plus que Marine Le Pen, contestée en interne et obligée de se positionner en permanence par rapport à l’homme du Suicide français.

Il y a donc une place à prendre pour le deuxième tour pour Hidalgo contre Macron. 

Dans ce cas-là, comme disait l’autre, tout deviendrait possible.

Agnès Buzyn: faut-il vraiment y voir une judiciarisation de la vie politique?

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La Cour de justice de la République a mis en examen l’ex-ministre de la Santé.


Agnès Buzyn, ancienne ministre de la Santé, a été mise en examen le 10 septembre pour mise en danger de la vie d’autrui par la commission d’instruction de la Cour de justice de la République (CJR). Elle a été également placée sous le statut de témoin assisté pour abstention de combattre un sinistre, ce qui concernait le grief de ne pas avoir (re)constitué de stocks de masques et de protection pour les soignants.

Avant d’être questionnée durant toute la journée, Agnès Buzyn avait affirmé voir dans sa convocation « une excellente opportunité de s’expliquer et de rétablir la vérité des faits ». Ce qui laissait entendre au moins qu’elle ne jugeait pas totalement absurde sa comparution. Je rappelle d’emblée cette banalité qu’elle est présumée innocente et qu’elle pourra à l’issue de tous les actes d’instruction être renvoyée ou non devant la CJR. Rien n’est gagné, rien n’est perdu pour elle.

Des déclarations qui jouent contre Agnès Buzyn

Il semble pourtant qu’après cette double décision, surtout la première, politiquement et médiatiquement on ait cherché à faire croire qu’un processus fatal allait forcément être engagé et que Agnès Buzyn ne serait que la première d’une série de mises en cause gouvernementales avec, notamment, l’implication annoncée quasiment comme certaine du Premier ministre Edouard Philippe et du ministre de la Santé actuel Olivier Véran.

Rien ne me paraît plus précipité dans l’analyse. De même que les juges, avec Agnès Buzyn, n’ont pas cédé « à la pression de la société civile » contrairement à ce qui a été dit, de même il n’est pas interdit de penser qu’une distinction puisse être opérée lucidement et équitablement entre Agnès Buzyn et les autres. En tout cas il n’est pas interdit de le supposer. J’entends bien qu’Agnès Buzyn a tout intérêt – et elle a joué sur ce registre de solidarité et de défense gouvernementale – à fondre sa situation particulière dans celle plus générale de tous ceux qui se trouvaient au gouvernement avec elle. Mais ce n’est pas ce dernier qui avec elle est ciblé, c’est d’abord elle-même qui, à cause d’une série de déclarations, de contradictions, de maladresses, d’abstentions et d’autres éléments que nous ne connaissons pas, a été visée par les magistrats. Elle a cherché à embarquer avec elle toute l’équipe, paradoxalement en voulant la défendre en même temps qu’elle-même, mais son jeu est dangereux qui cherche à la faire passer pour une « victime » annonciatrice des autres.

La crainte de la judiciarisation de la vie politique

Il est d’autant plus nécessaire de raison garder qu’une frénésie délirante de plaintes – 14 500 selon le procureur général près la Cour de cassation – arrive devant la CJR en ce qui concerne la gestion de la crise sanitaire. Même si à l’heure actuelle un peu moins d’une vingtaine ont été admises comme recevables.

A lire aussi, du même auteur: Que manque-t-il à Eric Zemmour?

Après la mise en examen d’Agnès Buzyn, s’est mis en branle un rouleau compresseur aussi bien politique que médiatique, dénonçant la judiciarisation de la vie politique et soutenant que, pour la crise sanitaire, la peur d’être incriminé judiciairement avait freiné les principaux acteurs de la lutte contre elle et que le principe de précaution avait exagérément limité les initiatives. Derrière cette argumentation, il y a l’idée fort peu républicaine que les politiques, dans leur action ou leur inaction, ne doivent jamais être soumis à la Justice. C’est le point de vue, par exemple, du député LREM Sacha Houlié qui a déclaré : « C’est démocratiquement que l’on peut sanctionner une faute politique s’il y en a une, pas devant un juge ».Cet apparent bon sens, qui de fait garantit aux politiques une tranquillité absolue entre les diverses élections, ne me semble pas décisif.

Ce qui relève de la qualification pénale ou non

Il y a des incuries, des maladresses, des erreurs, des fautes et des retards qui, aussi regrettables qu’ils soient, renvoient seulement à des comportements professionnels médiocres ou négligents, à l’inévitable imperfection des pratiques face à un ennemi imprévisible, et ne sauraient recevoir une qualification pénale. Mais le départ est à effectuer et n’est pas choquant entre ces activités ministérielles, pas aussi bonnes qu’on les aurait espérées, et des infractions, dépassant le cadre de celles-ci et pouvant être caractérisées par une malignité, la conscience qu’on a, par des manques, des mensonges, des gaspillages, des lenteurs et des désorganisations, d’avoir participé au pire. En toute connaissance de cause.

Évidemment, en démocratie, avec de la bonne volonté présumée, cette éventualité pénale ne peut qu’être très rare. Mais il ne convient pas de postuler par principe qu’elle serait offensante et stérilisante pour la vie publique. Il paraît qu’elle enlèverait aux politiques toute énergie. Qu’elle les tétaniserait. Il faut être sérieux. Avait-on l’impression, avant l’irruption de cette pandémie dans nos vies, que l’audace était le propre des ministres, des gouvernements ? Qu’ils étaient prêts à aller jusqu’au bout et à résister aux pressions, aux blocages et à tout ce qui s’opposait au bien du pays ? Non, parce que depuis ces dernières années l’ennemie n’est pas la judiciarisation de la vie politique contrairement à ce qu’on allègue pour pointer des causes exogènes. Mais le fait que celle-ci est structurellement étrangère au courage et à l’absence de démagogie. Les politiques ne doivent pas avoir peur à cause d’Agnès Buzyn. Ni de la Justice. Mais parfois se méfier plus d’eux-mêmes.

Le Mur des cons

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Michel Onfray et les « fachos » de gauche

Relire (beaucoup) Simon Leys et (un peu) Roland Barthes, grâce à Michel Onfray.


Dans son dernier livre, Autodafés, l’art de détruire les livres, Michel Onfray commence sa démonstration – comment une certaine intelligentsia de gauche a censuré, interdit, pourfendu les livres qui démasquaient les idéologies totalitaires ou allaient à l’encontre des dogmes établis – en évoquant le livre de Simon Leys, Les habits neufs du Président Mao, publié en 1971. Leys a été parmi les tout premiers à dénoncer à la fois la Révolution culturelle chinoise et ses thuriféraires français. Dès la sortie de son livre, il est accusé de tous les maux. Celui qui a vécu en Chine, parle le chinois couramment, a assisté aux pires exactions des Gardes rouges, est au mieux un ignorant, au pire un menteur à la solde de la CIA, apprend-on dans Le Monde ou Le Nouvel Observateur. Les années passent, la pertinence des écrits de Leys éclate au grand jour. La communiste italienne Maria Antonietta Macciochi essaie bien, en 1983, d’imposer son point de vue édénique sur Mao mais, comme le rappelle avec jubilation Michel Onfray, elle se fait « atomiser en direct » par Simon Leys dans l’émission Apostrophes. De son côté, l’indécrottable Alain Badiou continue de critiquer la « brillante improvisation idéologique (sic) de Simon Leys dépourvue de tout rapport au réel politique. » Mais Alain Badiou – disons-le gentiment – il y a belle lurette qu’il s’est atomisé tout seul, façon puzzle.

Michel Onfray cite un autre livre de Simon Leys, Le studio de l’inutilité. Dans ce dernier, un chapitre est consacré aux fameux Carnets du voyage en Chine de Roland Barthes, carnets écrits lors de son voyage avec les intellectuels de la revue Tel Quel (dont Philippe Sollers et Julia Kristeva) en Chine maoïste en 1974. Rébarbatifs et monotones, ces carnets sont parfois involontairement drôles, ce qu’avait relevé Leys.

A lire aussi, Philippe Bilger: Michel Onfray revient sur quelques crimes de la pensée

Résumé : 

Le 11 avril 1974, ce voyage en Chine commence mal. Roland Barthes a « oublié de se laver les oreilles. » L’avion décolle mais le dîner servi dans celui-ci est « inadapté » : « moules en salade, veau en sauce, riz grisâtre et graisseux – dont deux grains tombent immanquablement sur mon pantalon neuf. » Au retour – c’est-à-dire après un séjour de trois semaines en Chine maoïste ! – Barthes envisagera d’écrire une lettre de réclamation à… la direction d’Air France, toujours à propos du plateau-repas « infect » : « Du poulet à la basquaise au-dessus de l’Himalaya ! Toujours la Poudre aux yeux. » Et sans doute de nouvelles taches sur le pantalon.

Kikis chinois et verbiage barthésien

Barthes note tous les chiffres que lui fournissent les interprètes, chefs de section, directeurs d’usines lors des déplacements réglés comme du papier de riz à musique. Il compte les tracteurs, les camions, les pompes hydrauliques, les tonnes de blé, les brigades de production, les médecins, les professeurs, les paysans, etc. Entre deux colonnes de chiffres, de nombreuses notes concernent le thé servi à toutes les occasions. Malgré les saveurs insipides de la plupart des breuvages qui lui sont proposés, Barthes craint un moment d’échapper à ce rituel : « Salon. Immense maquette. Canapé devant. Mais pas de thé ! – mais si, le voilà qui arrive. » Et voilà Barthes reparti pour une nouvelle compilation de chiffres et d’interminables descriptions de visites d’un pont, d’un zoo ou d’une exposition de dessins d’enfants.

Tandis que Sollers dit voir à Pékin « la vraie révolution antibourgeoise », et que Kristeva pense que « Mao a libéré les femmes », Barthes, après avoir vu « un jeune ouvrier très laid mais sexy », s’interroge sur une « civilisation sans phallus ». Mais Barthes dort mal et a des migraines. Il s’ennuie à crever. S’il croise de temps à autre un « charmant prof. en treillis bleu », il note, de ce côté-là aussi, son insatisfaction : « Et avec tout ça, je n’aurai pas vu le kiki d’un seul Chinois. Or que connaître d’un peuple, si on ne connaît pas son sexe ? » Au fil des jours, les notes du sémiologue se font plus grises, les réflexions sur Sollers plus acerbes (« Il parle ! Il est le chef ! »), les considérations sur la « patience attentive » des Chinois plus vagues. Il a hâte de rentrer.

Roland Barthes ne remet à aucun moment en cause le régime totalitaire maoïste. Il relève anecdotiquement que lui et ses acolytes sont très encadrés et qu’il faut « se faire ouvrir les chiottes chaque fois qu’on veut pisser ». C’est à peu près tout. Son article paru dans Le Monde et destiné aux lecteurs initiés au verbiage barthésien se veut moins prosaïque : en Chine, « le champ sémantique est désorganisé » et « les signifiants sont rares », ce dont les Chinois ne semblent même pas se rendre compte. « La Chine est paisible » car « le sens est annulé, exempté, dans tous les lieux où nous, Occidentaux, le traquons. » Finalement, dans le pays de l’élimination des intellectuels, des millions d’exécutions sommaires, de la terreur absolue, Barthes écrit avoir rencontré « un peuple [qui] circule, travaille, boit son thé ou fait sa gymnastique solitaire, sans théâtre, sans bruit, sans pose, bref, sans hystérie ».

Fachos de gauche

En 1974, nombre de journalistes et d’intellectuels de gauche français avalent ça sans regimber. Sartre n’avait-il pas écrit que « Mao, contrairement à Staline, n’a commis aucune faute ». Gérard Miller, le Garde couperosé des studios de télévision, n’a-t-il pas déclaré en 2005 sur TV5 : « Si la France d’aujourd’hui est un peu plus vivable que dans les années 1960, elle le doit pour une part non négligeable à nous, les maoïstes français. » Une citation d’Orwell saute alors spontanément à l’esprit de Simon Leys et au nôtre : « Vous devez faire partie de l’intelligentsia pour écrire des choses pareilles ; nul homme ordinaire ne saurait être aussi stupide. » 

A relire, Michel Onfray: Le gauchisme tendance rend possibles tous les délires

Michel Onfray note que la propension à la bêtise et à la censure des « fachos-de-gauche » est plus que jamais d’actualité. « L’époque est sartrienne », écrit-il. Les chantres du décolonialisme, du néo-féminisme, du racialisme, plus difformes encore que leurs prédécesseurs lénino-stalino-maoïstes, vomissent leur haine de l’Occident. Ils déboulonnent des statues, réécrivent l’histoire ou détruisent les livres. Dieu merci, ils en écrivent aussi et, contrairement aux Carnets de Barthes qui parurent après sa mort, les publient de leur vivant, sans craindre le ridicule. Ça s’appelle Le génie lesbien, La pensée blanche, L’Histoire mondiale de la France ou Le venin dans la plume. Malgré notre accablement devant l’effondrement constant de l’intelligence, l’intérêt de ce genre de prose est qu’il nous fait quand même « positivement hennir de rire », pour citer une dernière fois le très regretté Simon Leys.

Autodafés

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Les habits neufs du président Mao

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Le Studio de l'inutilité: Essais

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Carnets du voyage en Chine

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Paris, pour l’éternité

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Il ne vous reste qu’une semaine pour courir à la Fondation Henri Cartier-Bresson, à Paris, afin de (re)plonger dans l’univers d’Eugène Atget. Ce photographe sut, mieux que personne, fixer l’âme de la capitale.


Eugène Atget (1857-1927) connut une notoriété tardive, pour ne pas dire posthume. Cet ancien comédien qui « renonça aux fards du théâtre pour démaquiller la vérité », selon Walter Benjamin, se mua en photographe génial, en pionnier de la photographie de rue pour immortaliser un Paris post-haussmannien amené, lui aussi, à disparaître. Il commence son travail d’inventaire topographique, architectural et quasi ethnographique en 1897. S’intéressant d’abord à la faune parisienne, il fixe marchands ambulants, commerçants embourgeoisés, serveurs de cafés, enfants errants, kermesses de quartier et Romanichels des Fortifs. La vie de la ville. 

Coin de la place Saint-André-des-Arts et de la rue Hautefeuille, VIe, 1912 © Paris Musées / musée Carnavalet – Histoire de Paris

Très vite, il braque ensuite sa chambre noire sur les perspectives des ruelles obscures du Marais, du Quartier Latin et des faubourgs villageois de Passy. Souvent prises au petit jour, ces vues d’un Paris désert et fantomatique nous plongent irrémédiablement dans un étrange sentiment, celui de reconnaître ce que l’on ne peut plus voir, ou qui a été, depuis, défiguré. 

A lire aussi, Thomas Morales: Revoir Carnavalet et le Paris de Cartier-Bresson

Son œil se pose également sur les façades, celles des arrière-cours Renaissance encore oubliées par les démolisseurs et les détails, inouïs et innombrables, des hôtels et immeubles qui composaient le décor quotidien. Fers forgés des fontaines, heurtoirs des portes cochères, têtes de lions et de gorgones, envolées d’escaliers… Superbes et tristes restes d’un Paris Grand siècle dans lesquels surgit, çà et là, dans l’entrebâillement d’une porte ou dans l’ombre d’une fenêtre, la silhouette d’un Parisien suspendu dans le temps. En observant les tirages d’Atget, il nous semble sentir l’odeur saturée des échoppes de chiffonniers, l’humidité des berges poisseuses de la Bièvre, le lourd tanin des barriques des entrepôts de vin de Bercy. Il capte les effets atmosphériques et procure ainsi bien plus qu’un simple plaisir pour les yeux. Pourquoi, comment ? La réponse est sûrement donnée par Walker Evans, en 1930 : « Il en ressort une intelligence lyrique de la rue observée par un œil exercé, un instinct aigu de la patine, un sens du détail évocateur, le tout revêtu d’une poésie qui n’est pas la « poésie de la rue » ou la « poésie de Paris », mais une projection de la personne même d’Atget. » 

Ancien hôtel Sully-Charost, 11, rue du Cherche-Midi, VIe, 1904 © Paris Musées / musée Carnavalet – Histoire de Paris

Eugène Atget meurt en 1927, après avoir rencontré la photographe américaine Berenice Abbott. C’est elle qui, avec le galeriste Julien Levy et le légataire d’Atget, André Calmettes, sauvera son fonds d’atelier pour le diffuser dans le monde entier.


Jusqu’au 19 septembre : Eugène Atget – voir Paris, à la Fondation Henri Cartier-Bresson. 79, rue des Archives 75003 Paris.

Jusqu’au 31 octobre : Henri Cartier-Bresson – revoir Paris, au musée Carnavalet. 22, rue de Sévigné 75003 Paris.


Capitale

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Un professeur n’a pas à exprimer son opinion sur la politique sanitaire en cours

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Image d'illustration Unsplash

Un professeur de l’Éducation Nationale toulousain ayant diffusé une vidéo vaccino-sceptique de France-Soir à ses élèves a été suspendu. Si seulement un tel rappel à l’ordre pouvait aussi intervenir pour toutes les autres propagandes diffusées à nos enfants dans les classes…


L’Éducation Nationale a rappelé cette règle il y a quelques jours : un professeur qui exprime son opinion personnelle devant ses élèves sort de son rôle. Ouf ! Il était temps. Depuis tant d’années que certains cours d’histoire, mais aussi bien d’anglais ou de français, et même de physique, étaient régulièrement l’occasion d’assener des opinions politiques personnelles comme des principes indiscutables ! Depuis tant d’années qu’on fustigeait allègrement en classe cet imbécile de Trump, qu’on encensait la bonne Greta Thumberg, qu’on déclarait l’amour inconditionnel obligatoire pour les migrants de tous les pays, qu’on accusait “les gens de droite” d’être tout simplement des salauds ou qu’on invitait ses élèves à la fête de l’Huma… Tous ces exemples sont véridiques, et j’aurais bien aimé citer quelques professions de foi inverses, mais le hasard – ou leur rareté dans le corps professoral ? – ne m’a pas permis de les observer. 

Élémentaire, mon cher…

Il aura fallu que survienne le coronavirus pour qu’enfin l’on s’émeuve qu’un enseignant, abusant de l’autorité académique dont il est revêtu, profite de son cours pour assener des opinions toutes faites, partisanes, sans nuance ni contrepoids, en toute bonne conscience – c’est-à-dire sans aucun scrupule. 

Il aura fallu qu’un professeur diffuse une vidéo qualifiée de complotiste, c’est-à-dire issue d’un journal qui alimente la controverse sur la politique sanitaire choisie par le gouvernement et ce faisant ulcère ceux qui voudraient que cette politique sanitaire restât hors de portée de la critique, pour qu’on rappelle quelques principes élémentaires de l’enseignement régulièrement bafoués. Ainsi donc, à quelque chose malheur est bon, pour parler comme ma grand-mère !

On ne sait quelle vidéo précisément le professeur a diffusé, ni quel commentaire il en a proposé à ses élèves. Gageons, puisqu’il a été suspendu, qu’il n’a pas introduit la distance critique nécessaire vis-à-vis des propos tenus dans la vidéo en question. Espérons que la hiérarchie de l’Éducation Nationale se montrera également sévère avec les professeurs qui, en cette rentrée, ont déclaré à leurs élèves que les non-vaccinés étaient tous des “abrutis”, voire des “assassins” (autres exemples véridiques). Ceux-là ne diffusent peut-être pas de vidéo tirée d’un journal urticant, mais ils assènent leurs opinions personnelles et ce qui est bien pire, ils insultent et accusent gravement des parents d’élèves dont certains, évidemment, ne sont pas vaccinés puisque la vaccination n’est pas obligatoire.

Les leçons de Condorcet

Qu’on soit professeur ou non, on n’a pas, d’ailleurs, à insulter ni à accuser sans mesure ceux qui se vaccinent ou ceux qui ne se vaccinent pas : ce comportement hystérique n’est ni raisonnable, ni digne, et dans le cadre d’un cours c’est tout simplement intolérable. On se demande comment certains ont osé proférer de telles énormités. N’allez pas me dire qu’ils auraient été encouragés par un climat politique et social délétère ?

A lire aussi, du même auteur: Ne laissons pas notre société s’enliser dans une vie amoindrie et névrotique

On ne peut, en ces circonstances, que revenir aux principes fondateurs de l’école républicaine selon Condorcet : “l’éducation… ne se borne pas seulement… à l’enseignement des vérités de fait et de calcul, mais elle embrasse toutes les opinions politiques, morales ou religieuses. Or la liberté de ces opinions ne serait plus qu’illusoire si la société s’emparait des générations naissantes pour leur dicter ce qu’elles doivent croire… Si donc elles font partie de l’éducation publique, elles cessent d’être le choix libre des citoyens et deviennent un joug imposé par un pouvoir illégitime… Il faut donc que la puissance publique se borne à régler l’instruction, en abandonnant aux familles le reste de l’éducation.” Et Condorcet poursuit : le devoir de l’école publique, “est d’armer contre l’erreur, qui est toujours un mal public, toute la force de la vérité, mais elle n’a pas le droit de décider où réside la vérité, où se trouve l’erreur. La puissance publique ne peut pas établir un corps de doctrine qui doive être enseigné exclusivement.” Il est toujours intéressant de revenir aux sources : Condorcet nous rappelle que si un professeur n’a pas à dicter ses opinions personnelles, il n’est pas là non plus pour se faire le relais d’une quelconque propagande gouvernementale exclusive, sauf à tomber dans la tyrannie.

Ce qui relève de l’opinion religieuse comme des opinions morale et politique ne devrait être abordé en classe qu’avec la plus grande prudence. Armer contre l’erreur, dans ces matières, c’est non pas taire ou répéter ou attaquer aveuglément le dogme du jour, mais rendre à l’âme humaine, au réel, à l’histoire comme à l’époque, leur complexité, leurs obscurités ; c’est surtout encourager le libre examen contradictoire des faits, seul chemin pour espérer élever l’esprit plutôt que le pousser complaisamment dans les séductions faciles d’hier ou d’aujourd’hui, sans réfléchir. 

C’est, pour reprendre le mot de Camus, d’abord penser contre soi-même. Tâche éminemment difficile ! Effort presque démesuré. Et c’est pourquoi nous avons désespérément besoin d’exemples qui viennent d’en haut : exemples d’honnêteté, de prudence, de raison et de mesure, exemples de respect de la liberté des consciences, de respect de la liberté d’expression des opinions et analyses, si contradictoires et désobligeantes soient-elles pour nos propres opinions. Sans le choc des idées, nulle étincelle de vérité ne peut jaillir.

Extrême droite modérée, je crois que c’est ce qui me correspond le plus…

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Manifestation à Winnipeg, Canada, septembre 2021 © David Lipnowski/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22605285_000003

Je ne veux plus faire partie d’un camp où l’on conspue une prétendue « société de surveillance » et le « contrôle des corps »…


Tout d’un coup, il m’est devenu indifférent de ne pas être anti-moderne.

Quand je pense que j’ai été « d’extrême droite » ! Quand je pense que je le suis peut-être encore sur bien des points – mais d’une manière trop peu méchante pour être crédible auprès des vrais. Tant pis ou tant mieux, il faut mûrir et grâce au  Covid, je serai enfin devenu politiquement adulte. Les réactions de certains face à la crise sanitaire (et que j’ai explorées ici) m’auront ouvert les yeux sur l’imbécilité congénitale de « mon camp ». Antivax et anti passe auront fait en trois semaines ce que les antiracistes n’auront pas réussi à faire en trente ans. Parce que je ne sais pas, vous, mais moi, les bigots obtus, les terreux fin de race, les jobards de « la vie d’avant », tous plus ou moins conspi, je n’en peux plus.

Foucaldisme primaire

Soyons clairs. Il pouvait y avoir du bon dans « l’extrême droite ». Une liberté anthropologique qui ne s’en laisse pas conter par les sociologues à la noix ; une sensibilité tellurique qui fait frémir les belles âmes ; une foi antique aux Dieux, aux Hommes, au Ciel et à la Terre (le fameux Quadriparti heideggerien) qui inquiète les chrétiens ; un catholicisme flamboyant qui vomit les tièdes ; une audace littéraire absolue qui fait qu’avec elle, on peut en effet « tout dire » ; un sens du beau, du grand, du noble et aussi du tragique ; une lucidité extrême. Être réactionnaire, c’était être visionnaire. Dantec, Houellebecq, Millet, Camus l’ont été – et avant eux Baudelaire, Balzac, Chateaubriand, Joseph de Maistre. Hélas, les réactionnaires d’aujourd’hui ressemblent plus aux aristo décatis du Cabinet des Antiques de Balzac (un de ses plus prodigieux romans) qu’aux dandys extralucides à la Baudelaire. Les réactionnaires d’aujourd’hui sont de douloureux antédiluviens boursoufflés dans leur nostalgie, dévots du passé, athées du présent et zombies du futur. Pauvres et parfois très méchants diables qui croient au mythe du sauveur et raisonnent en termes de « dernier bond », « dernier sursaut », « dernier mot », toujours à voir l’Histoire à « la croisée des chemins » et la « Nation » entre le gouffre et la colline (inspirée) – vision certes romantique, poétique, apocalyptique mais peu opératoire et qui leur fait perdre la partie à chaque coup. N’en pouvant plus d’être sans cesse contrariés par une Histoire qui les a perdus en chemin depuis longtemps, les droitards sombrent alors dans le ressentiment, l’esprit de revanche, et, comme on l’a vu avec le Covid, la désinformation, la fake news, l’anarchie libertaire.

A lire aussi, Roland Jaccard: Michel Foucault dans la Vallée de la Mort

Un comble pour eux qui ne juraient que par l’autorité (ah ! Poutine !) et Machiavel et qui se retrouvent cocus des deux côtés. Alors qu’ils devraient au moins admirer Macron comme tacticien, ils le conspuent honteusement. Rien de moins « sport » que ces ganaches qui ont pété les plombs sociaux et civils et qui, de manière infantile, « refusent d’être des enfants » – ce que les Anciens admettaient volontiers : le Roi est le Père de la Nation et nous sommes tous enfants de France et enfants de Dieu. Quel bonheur c’était ! Quel âge d’or ! Mais non, plus pour eux ! Les voilà qui donnent dans un foucaldisme primaire à dénoncer la « société de surveillance » (alors qu’ils ne jurent que par la sécurité) et le « contrôle des corps » (alors qu’ils sont généralement militaristes et cléricaux). Évidemment et heureusement qu’il y a un contrôle des corps – depuis les Dix Commandements, en fait, « kit de l’humanité » s’il en est. Des Stoïciens à l’impératif catégorique kantien, en passant par la fessée de mademoiselle Lambercier infligée à Jean-Jacques Rousseau (avec quelques effets secondaires, il est vrai), le contrôle des corps est une nécessité sociale et vitale et qui, faut-il le rappeler, n’a rien à voir avec Staline ou Mao. Mais dans l’indistinction crasse où ils sont tombés, hors de tout contrat social, les droitards ne discernent plus rien tout et se la jouent « assoiffés de liberté ».

Les contradictions de l’antivax

Alors ils s’égosillent avec « nos valeurs » en faisant du surplace. Comme les « gauchiasses » qu’ils sont devenus, ils défilent contre « la dictature sanitaire », se trouvant même une nouvelle conscience marxiste. Leur grand concept en ce moment, c’est le « mépris de classe ». À l’instar du prolo qui se sentait rejeté par le bourgeois, l’anti-passe (qui est souvent un antivax) se sent discriminé par le vacciné qu’il considère pourtant comme un niais en sursis. C’est là la contradiction étonnante du « dissident » : d’un côté, il soutient que le vaccin n’est pas fiable et pourrait même se révéler un poison ; de l’autre, il considère que le vacciné est un privilégié. Le dissident est à la fois obscurantiste et révolutionnaire. Deux bonnes raisons de ne plus l’être.

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Donc, 2021 aura été ma nuit de foi droitiste, ma reconversion au réel, c’est-à-dire à l’inévitable évolution des choses, au devenir, au changement de monde. Non pas que je sois devenu apôtre du progrès tout aussi mortifère, mais au moins aurais-je admis que les choses bougent, que les mondes muent, que les idées ondoient. À Bossuet qui dénonçait « les variations des Églises protestantes », Leibniz répondait : « il nous plaît, Monseigneur, d’être de cette Église toujours mouvante et variable ». Eh bien voilà. Je suis leibnizien. Je plaide pour une droite méta-réactionnaire. Plus au fait. Plus humaine. Plus intellectuelle aussi – mais intellectualiser la droite ! Combien de penseurs s’y sont cassés les dents tant la droite est incapable de dialectique, de prise en compte des contraires, de synthèse par laquelle on conquiert vraiment les choses. Alors que c’est sa « dernière chance », comme elle dirait. Car si elle veut survivre, il lui faudra comprendre le changement de paradigme, la redistribution des valeurs (dont César Pavèse disait qu’elles étaient avant tout « des qualités que l’on sent » – et que sentent-ils, nos réactionnaires, sinon leur propre putréfaction ?), les nouvelles connexions. En fait, il faudra que la nouvelle droite s’émancipe d’elle-même, se « nietzschéise » un chouia, se transhumanise pour son bien. Autant dire qu’il va y avoir du boulot.

On peut et on doit parler avec les Talibans

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Un garçon réalise une corvée sur les hauteurs de Kaboul, Afghanistan, 11 septembre 2021 © Felipe Dana/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22604569_000002

Diplomate, Jean-Yves Berthault a été en poste à l’ambassade de France à Kaboul entre 1979 et 1981. Conseiller politique de la mission spéciale de l’ONU en Afghanistan en 1997, il a dirigé la mission diplomatique française à Kaboul de 1998 à 2001. Il est l’auteur de Déjeuners avec les Talibans, Révélations d’un diplomate


Alain Roumestand. Jean-Yves Berthault, avant d’entrer dans le vif du sujet, parlez-nous de votre carrière. 

Jean-Yves Berthault. Je suis rentré dans la carrière diplomatique après avoir fait Sciences Po et mon premier poste a été l’Afghanistan. C’était une sorte de « mauvaise pioche » mais j’en étais ravi. Je suis arrivé en 1979 alors que ce pays était déjà en guerre civile larvée. On venait d’avoir une révolution communiste en avril 1978 qui avait jeté bas la présidence Daoud, le cousin du dernier monarque, le roi Zaher Shah. Mais à son tour le régime communiste vacillait et en décembre l’armée soviétique est intervenue pour le sauver. Ensuite, j’y ai vu l’avènement de l’insurrection, les premiers moudjahidines et le début d’une crise qui ont plongé le pays dans 43 ans de guerre civile sous diverses formes. Je suis revenu en Afghanistan dix-huit ans plus tard, lorsqu’on cherchait un diplomate connaissant le pays, pour servir de conseiller politique de la mission spéciale de l’ONU pour l’Afghanistan, qui explorait les voies d’un règlement négocié du conflit. Enfin, de 1998 à 2001, j’ai dirigé l’ambassade de France où j’avais fait mes débuts, et cela, jusqu’à la chute des Talibans. Trois années pendant lesquelles j’ai eu l’occasion de m’entretenir longuement et à plusieurs reprises avec les Talibans. J’ai également servi dans le monde arabo-musulman entre temps et depuis, dans des pays aussi divers que l’Algérie, le Maroc, la Syrie, l’Azerbaïdjan, le Pakistan et Bruneï. 

Il y a 100 ans, on pouvait ignorer les pays qui nous déplaisaient. Aujourd’hui le monde s’est rétréci

Votre livre fait une belle place aux portraits de responsables talibans que vous avez rencontrés lors de déjeuners ou dans d’autres cadres informels. Y a-t-il un portrait type des Talibans ? 

C’est un pays très morcelé par les montagnes où chaque vallée a ses particularités, sinon ses particularismes. Vous avez mille vallées, vous avez mille façons, mille bonnets brodés, pour chaque tribu, pour chaque sous-tribu. Et autant de mentalités, d’idéologies et de partis politiques. Le mouvement des Talibans n’échappe pas à cette complexité des paysages physiques et humains. Certains voient en leur mouvement la possibilité de faire triompher l’islam comme à l’époque du prophète. D’autres, moins nombreux, voient au contraire, l’opportunité du djihad. Mais ce qui rassemble et unifie le mouvement, c’est la référence à une idéologie religieuse fondée sur le wahhabisme. Cette doctrine rigoureuse originaire d’Arabie Saoudite et quelques autres pays du Golfe anime également une école de pensée d’une région du nord de l’Inde, où il existe des madrassas qui enseignent une doctrine proche du wahhabisme. Cependant, malgré sa grande rigueur, son traditionalisme et son fondamentalisme, sur le plan politique il existe des appréciations qui varient considérablement d’un individu à l’autre. Et c’est ce que j’ai voulu montrer dans cette galerie de portraits. Parmi eux il y a des gens qui, tout en se réclamant du Coran et ses enseignements, estiment devoir s’adapter au monde moderne dans certaines circonstances. D’autres en revanche ne considèrent pas la moindre concession possible. J’ai toujours essayé d’identifier d’abord les radicaux et puis convaincre les plus modérés de coopérer, pour que la population souffre moins.

Jean-Yves Berthault Photo: D.R.

Lorsque vous invitez les Occidentaux à suivre votre exemple et nouer un dialogue avec les Talibans, on vous rétorque qu’ « on ne pactise pas avec le diable  » ! Vu leur lourd et triste passif, entendez-vous ces critiques ? 

Je les comprends très bien surtout quand on entend certaines déclarations, qui font objectivement froid dans le dos, ou que l’on observe le sort des femmes qui pendant ces deux décennies de libéralisme relatif – notamment à Kaboul – pouvaient faire des études, avaient la liberté d’aller et de venir et voient tout cela disparaitre d’un coup. Je comprends très bien que dans une appréciation occidentale, on ressente une vive émotion. En même temps dans la diplomatie, il faut être pragmatique. Si nous ne devions parler qu’à des pays qui nous ressemblent, on se retrouverait assez isolé… Il y a 100 ans, on pouvait ignorer les pays qui nous déplaisaient. Aujourd’hui le monde s’est rétréci. Le monde est un village indivisible. Il faut bien parler et si on laisse de côté les pays qui nous déplaisent, d’abord on se coupe des ¾ de la planète et ensuite on perd toutes chances de les faire évoluer dans le sens de nos intérêts ou des intérêts de leurs peuples. 

Et vous, dans vos différentes responsabilités en Afghanistan, qu’avez-vous obtenu des Talibans par la négociation ? 

À l’époque les pays unanimes avaient décidé de ne pas parler avec les Talibans, donc de retirer leurs ambassades. Dans le cas de la France, on avait une autre position. On s’était dit qu’il fallait conserver les canaux existants. On avait plusieurs bonnes raisons pour cela. La première, c’était le fait que beaucoup d’ONG françaises étaient présentes (à peu près la moitié de tous les humanitaires occidentaux présents en Afghanistan étaient des Français), et faisaient un travail admirable. Or, les ONG rencontraient au quotidien des problèmes incommensurables, et il fallait quelqu’un pour les protéger et les aider dans leur travail. L’autre bonne raison, c’est qu’il fallait observer et informer. Un diplomate est en poste pour rapporter ce qui se passe et c’était une grande partie de mon travail : rédiger des télégrammes diplomatiques sur la situation. Et je ne parlais pas seulement aux Talibans, mais aussi avec le camp opposé, c’est-à-dire l’Alliance du nord et plus particulièrement avec l’entourage du commandant Massoud. J’étais aussi en relation avec l’ancien roi, ce qui m’a permis de jouer un rôle politique dans l’espoir de susciter une relève démocratique. On voyait bien, tout en parlant avec les Talibans, qu’il n’était pas très facile d’espérer des accommodements. Mais comme il se trouve que je respecte beaucoup l’islam, que je connais bien cette religion, j’étais en mesure de citer certains versets du Coran et j’ai pu établir un dialogue pertinent et espérer convaincre. Si on leur parlait du droit international et de la déclaration universelle des droits de l’homme, ce n’était pas un langage qui allait beaucoup les influencer. En revanche, il m’est arrivé de leur citer des exemples tirés du Coran, des paroles du prophète, le dialogue était possible. Ainsi, en évoquant la clémence du prophète j’avais réussi en 1997 à faire libérer deux jeunes Français d’une ONG qui risquaient la peine de mort. J’ai également obtenu du ministre de la Santé qu’il ouvre des hôpitaux pour les femmes, puisque celles-ci n’avaient pas le droit d’aller à l’hôpital général par manque de médecins femmes et qu’il n’était pas question qu’elles soient auscultées par un homme. Ce dialogue paraît un peu illusoire mais quand il s’agit de sauver des vies humaines, d’obtenir quelques progrès, même ténus, c’est quelque chose d’essentiel. 

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Quelle est votre appréciation de l’action diplomatique de l’administration Trump qui a abouti en février 2020 aux « accords de Doha » ? 

Le président Biden a été accusé par la presse d’avoir décidé un retrait précipité et sans préparer l’armée afghane. Tout cela est bien plus compliqué qu’il n’y paraît. Parce qu’en effet, comme vous le souligniez, son prédécesseur lui avait un peu savonné la planche en le mettant devant le fait accompli d’un accord sans y associer ni le gouvernement afghan ni les Occidentaux autrement que d’une façon elliptique. Ainsi, quand Biden est arrivé, il savait qu’il avait une opinion publique plutôt isolationniste et lassée de la guerre. Il a pensé que dans la situation où il se trouvait, d’une Amérique divisée en deux camps irréconciliables, poursuivre la logique de son prédécesseur serait un geste vis-à-vis des trumpistes. Il a été obligé pour toutes ces raisons de continuer à prendre ce train qui était déjà en marche. La seule chose qu’on pourrait dire, c’est qu’il aurait pu faire patienter les Talibans deux ou trois mois de plus pour que ce retrait ne se fasse pas dans une précipitation aussi théâtrale et tragique. 

Malgré l’échec américain, vous pensez que Washington continuera à financer l’Afghanistan pour contrer les visées chinoises et russes. Il serait donc judicieux de se poser la question : “où sont allés les milliards déjà distribués ?” 

Même si l’argent a un peu ruisselé dans les grandes villes et en particulier à Kaboul, l’essentiel a été englouti dans les poches profondes des « élites » au pouvoir en Afghanistan ces vingt dernières années dans le cadre d’une corruption généralisée. Quelques personnes bien placées ont constitué des fortunes énormes : 800 millions de dollars, 600 millions de dollars, 1 milliard 200 millions de dollars… Ce sont des gens qui étaient aux affaires, au gouvernement et qui avaient leurs commissions sur tout. Il y avait de faux régiments payés et de bien réels qui ne l’étaient pas. Et c’était comme cela dans tous les domaines. On s’est beaucoup étonné de voir que Kaboul tombait comme un fruit mûr ; en fait, c’était un fruit pourri de l’intérieur et il est tombé tout seul. Je dois dire que personnellement, je n’ai pas été surpris. C’était une évidence pour moi et pour les gens qui connaissent bien l’Afghanistan. C’est aussi une des raisons pour lesquelles les Américains se sont découragés : ils se rendaient bien compte que les Talibans étaient déjà chez eux depuis des années dans les campagnes, qu’ils étaient bien acceptés par la population qui les avait accueillis à bras ouverts, parce que leur idéologie était finalement très voisine de celle de beaucoup de campagnards. Ils se heurtaient à une résistance essentiellement dans les villes où les gens étaient davantage éduqués. 

Et le commandant Massoud ? Pendant votre mandat d’ambassadeur, il a demandé l’aide – entre autre à la France – sans beaucoup de succès avant son assassinat l’avant-veille du 11 septembre… Quel bilan tiriez-vous de l’homme et de son action ? 

Il y a une de confusion autour de la légende du commandant Massoud, l’un des grands héros de la résistance contre les Soviétiques. Lorsque les Talibans ont pris le pouvoir entre 1996 et 2001, il a eu le grand mérite d’être un chef de guerre et un stratège remarquable, réussissant à mettre au point une résistance avec d’autres groupes comme les ouzbeks et les hazaras. Massoud a joué un rôle très important et cela a permis à un moment donné d’avoir l’espoir que le régime des Talibans ne durerait pas. Aujourd’hui il ne reste qu’un petit réduit dans le Panchir et aussi son fils, le jeune Ahmad Massoud, un jeune homme bien éduqué, en Angleterre notamment, et sans doute très épris du modèle que lui a légué son père. Mais connaissant mieux l’Afghanistan que beaucoup de nos Parisiens, je ne suis pas persuadé que ce mouvement ait la moindre chance de réussir parce que c’est la première fois que les Talibans arrivent à conquérir quasiment tout l’Afghanistan. Dans ces conditions, je ne crois pas que le jeune Massoud ait un avenir dans les armes. 

Les Américains ont délégué au Qatar ce qu’ils ne voulaient et ne pouvaient plus déléguer au Pakistan dont ils se méfient désormais…

L’ancien ministre des Affaires étrangères et ancien représentant spécial de l’ONU Lakhdar Brahimi s’est lui aussi exprimé, dénonçant l’échec de l’importation d’un modèle institutionnel occidental en Afghanistan. Que dire de cette prise de position ? 

Lakhdar Brahimi, mon patron pendant quelques mois pendant l’année que j’ai passée comme conseiller politique aux Nations Unies, paraît avoir compris plusieurs choses importantes. À l’époque, j’avais essayé de lui expliquer qu’il fallait compter sur les tribus et le système tribal pour fonder des espoirs, mais il avait beaucoup de difficultés à le comprendre. Il disait que les tribus, c’était comme en Algérie ; elles n’existaient plus. Il ne connaissait pas l’Afghanistan, mais désormais, visiblement, il a appris beaucoup de choses. Je ne peux qu’être d’accord avec lui sur ce qu’il a exprimé dans le texte que vous citez : les Occidentaux ont voulu plaquer leur modèle sur ce pays, comme sur beaucoup d’autres territoires. Or, la réalité est que les Afghans s’agrègent autour d’un chef tribal ; c’est lui qui, s’il y a des élections, va leur dire comment voter. Et l’idée même des élections transversales, dans une société profondément ethnique et tribale, est aux antipodes de leur système de réflexion. Dans les villes, cela peut fonctionner. Dans les campagnes, aller voter pour une personne qui n’est le cousin d’aucune des personnes que les électeurs connaissent, cela leur paraît quelque chose de tout à fait artificiel et cela ne convient pas culturellement… Tant qu’on n’a pas compris cela, on n’a strictement rien compris à ce type de pays. Et il y a aussi l’aspect militaire. Les Américains n’y sont pas allés de main morte. Naturellement, tuer des gens qui vous menacent cela s’appelle la guerre, mais cela a été fait de façon « indiscriminée », et avec beaucoup trop de bavures. Les Etats-Unis parlent de leurs frappes chirurgicales… mais on aimerait bien ne pas passer un jour entre les mains de tels chirurgiens. 

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Comment voyez-vous l’avenir de l’Afghanistan à court, moyen et long terme ? 

Les paris, si on peut employer ce terme, sont ouverts. Pour la première fois depuis 43 ans, il n’y a pas de guerre civile. Malgré les circonstances dans lesquelles cela se produit, c’est-à-dire l’arrivée d’un groupe à l’idéologie problématique qui représente une régression, pour beaucoup d’Afghans, c’est tout de même un soulagement. Parce que ces vingt ans de libéralisme relatif n’ont pas apporté la sécurité qui est une des aspirations élémentaires d’un peuple. Maintenant il n’y a plus de guerre ; les Talibans ont peut-être la chance de durer s’ils font le nécessaire pour leur peuple. D’abord le premier des devoirs, est de nourrir le peuple et faire cesser la corruption, raison principale de la misère. Un autre devoir, tout aussi essentiel, concerne les droits humains et là il va falloir la conjonction de tous les efforts de la communauté internationale, pour faire en sorte que les Talibans comprennent qu’il est de leur intérêt de les respecter. Ils le disent en tout cas, et il faut les prendre au mot. Et en cela il faut, là aussi travailler avec des pays qui ne nous ressemblent pas, mais qui peuvent être des alliés. Je pense notamment au Qatar. Les Américains ont délégué au Qatar ce qu’ils ne voulaient et ne pouvaient plus déléguer au Pakistan dont ils se méfient désormais. Je sais que cela peut paraître étrange à certains, mais je le crois et je le dis car je m’intéresse davantage à la vérité qu’à la vérité qu’on voudrait entendre : les Talibans en réalité ont peut-être une chance de réussir s’ils viennent à résipiscence. 

Et pour revenir à la France, certains disent qu’elle n’a rien à faire dans ce pays. Que leur répondriez-vous ? 

La France est un pays qui est très cher à beaucoup d’Afghans. D’abord, il y a beaucoup d’Afghans qui parlent notre langue, parce qu’on a un lycée français à Kaboul qui a formé depuis presque un siècle une grande partie des élites du pays ; parce qu’on a toujours joué un rôle important dans la mesure où nous n’avons jamais été dans cette partie du monde une puissance « ingérente ». Les Afghans le savent très bien : ils ont dû mettre dehors les Britanniques après trois guerres perdues par ces derniers ; ils ont mis dehors les Soviétiques ; ils ont mis dehors les Américains. Certes la France, jusqu’en 2014, était présente militairement en Afghanistan, mais à la demande des Américains et aussi dans le but de mettre un terme aux agressions d’Al Qaïda. Et d’ailleurs l’armée française, indépendamment de ses frappes beaucoup plus chirurgicales pour le coup que celles des Américains, avait une façon de procéder qui s’accompagnait toujours d’un soutien aux populations locales, là où nos forces étaient implantées. Elles ont laissé un souvenir très différent, je le sais par beaucoup de témoignages des Afghans qui m’ont parlé. Il y a aussi cette passion française pour l’Afghanistan. La passion pour Massoud en est l’exemple : nous sommes le seul pays où on parle de Massoud, même si c’est parfois un peu à côté de la plaque, parce que cette cause-là appartient plus au passé qu’à l’avenir. Mais cela montre l’attachement des Français à ce pays, parfois à juste titre, parfois moins. La France est un grand pays et c’est une des principales économies du monde. La France a un rôle à jouer parce que c’est un pays qui compte dans le monde, sa voix est entendue et importante au sein de l’Europe, première puissance commerciale mondiale. La France est, enfin, membre du Conseil de sécurité. Elle ne peut se désintéresser de l’Afghanistan.

Déjeuners avec les talibans

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Soins aux clandestins: une “anomalie” à 1.5 milliard d’euros

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Evacuation du parc André Citroën, Paris, 4 septembre 2021 © JEANNE ACCORSINI/SIPA Numéro de reportage : 01036555_000009

Une tribune libre de Nicolas Bay (RN), député français au parlement européen


L’OMS proclame un droit universel à la santé. Si le bien-fondé d’un tel principe ne peut être nié, il n’est écrit nulle part que ce droit universel devrait impérativement s’exercer en France. Et encore moins au détriment des Français. C’est pourtant le cas. Les présidents changent, le nombre de lits hospitaliers diminue, le coût des mutuelles complémentaires explose, mais n’importe quel clandestin se voit rapidement offrir un panel de soins comme il n’en existe dans aucun autre pays dans le monde. Entrez, c’est français, c’est gratuit !

L’AME, un gouffre financier pour les Français

Un rapport récent de l’Assemblée nationale [1] témoigne d’une hausse vertigineuse en vingt ans du nombre d’immigrés en situation irrégulière bénéficiant de l’Aide Médicale d’État (AME) dite de « droit commun » : 180 000 en 2003, 334 000 en 2019, et déjà 369 000 sur les neuf premiers mois de l’année 2020. 

Nicolas Bay, du Rassemblement national © Michel Stoupak / NurPhoto / NurPhoto via AFP.

À ce nombre, on doit ajouter en 2019 au titre des AME dites d’urgence ou humanitaire environ 15 000 personnes. Ce dernier chiffre est une estimation, aucun service de l’Etat ne se montre capable de fournir une statistique fiable. Pour autant, ce chiffre de 15 000 bénéficiaires d’une aide dite d’urgence (souvent concernant des femmes enceintes) indique bien que les centaines de milliers d’autres clandestins ne sont pas soignés dans le cadre d’une « urgence ».

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A tous ces montants, il convient encore d’ajouter de 30 000 à 52 000 clandestins (personne ne sait combien exactement !) bénéficiant d’autres dispositifs de santé, alors qu’ils devraient réglementairement être rattachés à l’AME [2]. Au total, c’est sans doute un demi-million de clandestins qui profitent d’un ensemble de onze (!) dispositifs d’accès aux soins gratuits.

Le coût pour 2019 de ce droit à la santé est estimé par les rapporteurs à 1,5 milliard d’euros. Encore précisent-ils que ce montant est certainement sous-évalué. Il faut donc le considérer comme un minimum. D’ailleurs, l’administration est incapable de chiffrer le coût de cinq des dispositifs. Quelques millions ? Des dizaines de millions ? Plus de cent millions ?

Ce 1,5 milliard certifié qui permet de payer des dialyses [3] à des clandestins provenant parfois de pays dits « sûrs » par l’OFPRA comme l’Albanie ou le Sénégal, représente plus que le coût global annuel des quatre hôpitaux de Marseille et de leurs 14 000 employés [4]. Il est équivalent à 4,8% du fameux « trou de la sécu » dans sa branche maladie pour 2020. C’est encore la dépense annuelle moyenne d’une couverture de mutuelle santé pour près de deux millions de Français !

L’hôpital du monde

Cette prodigalité française, qui allie dépenses colossales et contrôles incertains voire dans certains cas une absence totale de contrôles, est, redisons-le, une exception en Europe. Une « anomalie », selon le rapport ; un scandale pour tout esprit libre et sensé. Nulle part ailleurs il est offert à des clandestins un « panier de soins » équivalent. C’est en France qu’un Pakistanais peut se faire recoller les oreilles aux frais des citoyens, pas en Italie. C’est à Paris qu’un Albanais peut se faire poser un anneau gastrique, pas à Berlin. Le « sans dents » français décrit par François Hollande n’y aura pas droit. Aucune officine, aucune filière, pour le prendre en main. 

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Mais il y a plus grave. C’est aussi chez nous qu’un clandestin peut passer devant un autochtone pour bénéficier d’une greffe. Impossible ? C’est au contraire habituel, selon le rapport de l’Assemblée. On peut lire à la page 58 : « les étrangers qui viennent pour être greffés (du Maghreb ou des pays de l’Est) peuvent peser sur le dispositif français et retarder les greffes pour les résidents ». 

Sachant que ces greffes sont souvent une question de vie ou de mort, existe-t-il un seul autre pays au monde qui, par aveuglement ou lâcheté politique, condamne à mort, du fait d’un « retard » un des siens pour soigner un étranger ? 

Plus sages que nous, l’Allemagne, la Belgique, l’Italie et même la Suède, ne prennent en charge « que » les soins urgents, les femmes enceintes, les mineurs et la prévention des infections. Et c’est déjà beaucoup.

Rien ne contraint la France a être l’hôpital du monde. Ni Bruxelles ni l’OMS ne l’exigent. C’est donc à cette prétention d’être plus « universelle » que les autres, infection idéologique de gauche, que notre pays doit cette situation. 

Faute de réaction rapide, la situation va s’aggraver. La réforme proposée par le rapport va dans le bon sens (suppression de la protection pour les clandestins venant de pays dits « sûrs », restriction sur les délais etc…) mais reste très insuffisante au regard des enjeux à venir. C’est encore l’Assemblée qui nous prévient : « plusieurs éléments suggèrent qu’à court et moyen terme, les dépenses de soins en faveur des étrangers en situation irrégulière devraient sensiblement s’accroître » [5]. Le nombre de « soignés » croît mécaniquement avec la hausse du nombre de clandestins. Selon l’inspection générale des finances et l’inspection générale des affaires sociales : « l’hypothèse d’une migration pour soins, […] n’est clairement pas un phénomène marginal (plus d’un quart des étrangers en situation irrégulière citeraient les soins parmi les raisons de leur migration)» [6] !

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Les Français ignorent tout ou presque de ce sujet. Aucun n’a lu le rapport de l’Assemblée. Aucune émission spéciale sur ce sujet n’a été diffusée dans aucun grand média. Et pour cause, la vérité, c’est-à-dire le récit de la réalité, vaudrait révolte. Il faut donc la taire. Exagération ? Non. Par deux fois, en 2019 et encore le 2 novembre 2020, Olivier Véran s’est opposé à un amendement parlementaire demandant un rapport sur le coût des soins des clandestins [7].

Dans ces conditions, qu’espérer encore de ce pouvoir ? Rien, évidemment. Que faire ? Lui dresser l’an prochain une ordonnance et une sévère.


[1] Rapport du 26 mai 2021 sur le budget, annexe 38 sur la santé.

[2] Ibid, pages 32, 38 et 40.

[3] 80 000 euros par patient.

[4] Ibid, page 48.

[5] Ibid, page 52.

[6] Ibid, page 59.

[7] Ibid, pages 25 et 26.

Tag au Portugal: la vandale française risque la prison

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Photo: D.R.

Érigé en 1960 à Lisbonne dans le quartier de Belém au bord du Tage, le Monument des découvertes a été la cible mi-aôut d’un tag empreint d’idéologie déconoloniale. Les conservateurs du pays ont dénoncé un véritable terrorisme culturel. La coupable est une Française.


Érigé à Lisbonne en 1960, le Monument des découvertes est une flamboyante sculpture installée au bord de l’océan Atlantique. Juchés sur une immense caravelle en béton, une trentaine de navigateurs et missionnaires de l’ancien empire y ont les yeux rivés vers l’Amérique. S’y côtoient le précurseur Bartolemeu Dias, Vasco de Gama, Henri le Navigateur ou Pedro Álvares Cabral, l’homme qui découvrit le Brésil en 1500. Dans la nuit du samedi 7 au dimanche 8 août, Leila Lakel, une Française étudiante aux Beaux-Arts à Paris, était en villégiature à Lisbonne.

Vandalisme dominical

Loin de succomber au charme des conquérants, la jeune femme a tenu à représenter la France à l’étranger à sa façon. « Blindly sailing for monney [sic], humanity is drowing in a scarllet [sic], sea lia [sic] », a-t-elle tagué sous la sculpture. Un anglais pour le moins approximatif que l’on peut traduire par : « Naviguant aveuglément pour de l’argent, l’humanité se noie dans une mer écarlate. » La poétesse a ensuite partagé son œuvre sur Instagram. Peu rompue à ce type d’inconduite, la société portugaise ne prend pas ce vandalisme à la légère. Dans une tribune publiée par le journal Observador, le président de la Société historique de l’indépendance du Portugal a ironisé sur une « Parisienne menant une vie de bourgeoise le vendredi » et se livrant au vandalisme le dimanche. Il semble qu’au Portugal, la déprédation décoloniale soit vue comme un caprice de privilégiés.

Vue de Lisbonne. Image: Unsplash.

Des Lisboètes y voient d’ailleurs une « insulte à leur culture ».

Quand la chaîne Fala Portugal, consacrant sa une à l’incident, a précisé que l’étudiante risquait jusqu’à cinq ans de prison, celle-ci s’est hâtée de rentrer à la maison. Pour sa prochaine destination, on pourrait suggérer à la jeune femme d’aller à Istanbul repeindre la statue de l’amiral Barberousse, pirate en Méditerranée et colonisateur en Afrique du Nord.

Que manque-t-il à Eric Zemmour?

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Éric Zemmour participe à un « dialogue sur l’Europe », Paris, 25 avril 2019. © BONAVENTURE / AFP

Le panache d’une candidature Zemmour a de quoi séduire. C’est un grand débatteur, un fin connaisseur de l’histoire et, fait rare dans le paysage, un homme de conviction. Pourtant, il est peu probable que ses qualités intellectuelles suffisent à le qualifier pour le second tour. On apprend ce matin que son émission télévisée à grand succès est annulée. La chaîne indique dans un communiqué que «le CSA contraint CNews et Éric Zemmour à ne pas pouvoir continuer l’émission qu’ils faisaient ensemble»


Éric Zemmour hésite. Ses proches et ses soutiens disent qu’il ira. Mais il n’est pas nécessaire d’attendre le mois de novembre, moment auquel, paraît-il, il annoncerait sa candidature, pour livrer quelques réflexions sur cette personnalité exceptionnelle dont l’aura médiatique est impressionnante, qu’on l’apprécie ou qu’on la déteste. Le Figaro et CNews peuvent en témoigner.

Au demeurant, si on a discuté ses chances de bien figurer dans la compétition et, encore plus, de l’emporter, personne n’a poussé les hauts cris quand sa candidature a été évoquée. Ce qui confirme l’appréciation que son statut et sa qualité de journaliste étaient, à l’évidence et depuis longtemps, trop étroits pour lui et qu’il gravitait dans une sphère largement politique, qu’il commente les actions des autres ou formule déjà des propositions.

Un rouleau compresseur

Sa culture historique et littéraire est indéniable. Elle est toujours orientée et vise à apposer sur la complexité du réel qu’il analyse des références qui la simplifient et la font tourner en sa faveur. Il ne se défend d’ailleurs pas de cette schématisationqui correspond, d’une part,à son envie pédagogique de dissiper les brumes pour aboutir à l’essentiel et, d’autrepart, de relever le défi de l’exercice médiatique qui est, selon lui, de chasser la nuance et donc d’encourir, malheureusement, de ce fait, trop de poursuites.

Autant, s’il ne me semble jamais médiocre sur CNews, dans la fausse table ronde où il expose, commente et dénonce, il n’est pas toujours à son avantage dans ce genre hybride où il monologue tout en cherchant à donner l’impression d’un dialogue, l’apparence d’une discussion. Il est indépassable dans le débat, dans l’affrontement du face-à-face.

C’est d’ailleurs à cause de cette qualité supérieure que ses pires ennemis sont écartelés entre la détestation et une forme d’admiration. On sent leur envie toujours déçue de pouvoir, tout uniment, rejeter en bloc l’homme, sa parole et son talent. Leur frustration est amère qui leur interdit cette confortable globalisation. Ils sont obligés de reconnaître que cet ennemi n’est pas le premier imbécile venu !

Pour qui se passionne pour la technique de la confrontation et sa manière de pratiquement toujours l’emporter, Éric Zemmour use moins de « trucs » qu’il ne s’appuie sur des dispositions intellectuelles et de caractère qui font à tout coup la différence.D’abord il ne refuse aucun débat ce qui, dans notre monde feignant d’être ouvert mais en réalité l’étant si peu, est trop rare pour ne pas être salué. Je pourrais multiplier les exemples où vilipendé un jour il a pourtant accepté le lendemain, sans la moindre condition, de dialoguer avec son adversaire, ce qui lui donne d’ailleurs d’emblée un avantage grâce au saisissement positif qu’une telle tolérance suscite chez l’autre.

Pourquoi, sur le plan technique, Éric Zemmour est-il si efficace, au point d’apparaître tel un rouleau compresseur qui écrase mais avec un sourire constant ?

D’abord la clé principale de son succès est qu’il ne recule jamais. Quand son contradicteur croit l’avoir atteint par une première intervention vigoureuse, voire violente, il reçoit une réplique qui non seulement ne s’excuse pas, ne cède pas mais au contraire attaque comme si le propos initial n’avait pas eu la moindre importance. Zemmour campe sur ses positions et n’en démord jamais. Il ne perd pas le moindre pouce de terrain et la conséquence en est qu’il avance sans cesse et qu’en définitive l’adversaire n’est pas loin de demander grâce parce qu’il est privé d’oxygène intellectuel.

Il dit tout ce qu’il pense

Ensuite, Zemmour pense absolument tout ce qu’il dit. Cette sincérité est d’autant plus dévastatrice au détriment de qui prétend le vaincre qu’elle n’hésite pas à affirmer haut et fort un extrémisme de la conviction, qui en général ne s’offre pas avec une telle nudité impressionnante. Récusant toute nuance, affichant une appétence sans limites pour la globalisation et le systématisme, Zemmour renverse, comme un guerrier cultivé, les misérables précautions, les prudents accommodements dont face à lui on a l’habitude d’user.

Enfin, en effet, ce briseur d’arguties et de faux-fuyants est cultivé. La littérature, l’histoire, la politique, la sociologie nourrissent une argumentation qui fait richesse de tout mais, sur ce plan également, d’une manière spécifique à cettemachine intellectuelle que l’on pourrait, sans abus de langage, qualifier de marxiste. Ce qui est frappant en effet – et constitue à la fois une forceet une éventuelle faiblesse dont le contradicteur pourrait profiter – réside dans l’implacable déroulement d’une pensée et d’une analyse, qui cherche à persuader l’autre que c’est moins une subjectivité libre et discutable qui s’exprime qu’une sorte de logique quasiment scientifique et donc irréfutable qui s’oppose. Zemmour a besoin de laisser croire que, par exemple, l’Histoire ne connaît jamais d’accidents, de surprises et d’aléas, et que le fil est rectiligne qui unit ce sur quoi il se fonde à la formulation de son point de vue.

Il est une personnalité engagée mais au seul service de ses intuitions, de ses fulgurances, de ses obsessions et de ses idées. Il constitue un univers clos à la fois complexe et simple, voire brutal dans la méthode qui lui a permis de remporter de nombreuses victoires. Étrangement fixiste puisque Zemmour s’arrête sur le seul moment capital qui a servi de support à sa pensée : il ne tient jamais compte du temps qui a passé. Ainsi, pour la Justice, il a enkysté son appréciation dans l’année 1968 avec la harangue d’Oswald Baudot et il lui serait intellectuellement trop douloureux d’accepter une évolution pourtant incontestable.

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Si on perçoit bien ce quifait le caractère unique du dialogue selon Éric Zemmour, pourrait cependant demeurer un mystère : pourquoi le commun des téléspectateurs, qu’il soit capable ou non de partager sa culture et ses références, est-il si naturellement accordé avec les positions, les dénonciations et la tonalité générale de ce débatteur hors pair ? Certes un consensus peut exister, pour certains, à partir d’une authentique complicité intellectuelle et politique, mais pour la majorité de ceux qui ne le manqueraient pour rien au monde, le ressort est ailleurs. Elle éprouve une forme de reconnaissance à l’égard de quelqu’un qui sait rendre lisibles, transparents, univoques, la France, sa nostalgie, ses tragédies, son déclin, la dépossession qu’elle subit, le sentiment d’être étranger dans son propre pays. Personne n’a besoin d’un traducteur quand il regarde et écoute Zemmour, maître dans la capacité à rendre simple le compliqué et évident l’incertain. Il est celui qui, dans le chaos et le désordre du monde, dans l’effrayante angoisse de notre pays, jette chaque soir, paradoxalement, des pincées d’espérance en dépit du pessimisme de ses propos parce que, avec vigueur et sans douter, il les montre tels qu’ils sont. Et qu’il laisse entendre qu’avec lui et son volontarisme, aucun mal ne serait irréversible. Même sans opter demain pour la politique active, Zemmour ne cesse d’en faire, grâce à son verbe, puisqu’il persuade d’un futur où le nécessaire serait rendu possible.

Cet art si personnel, si original du débat n’est pas facilement transposable, au demeurant, dans le discours politique proprement dit qui, s’il offre l’avantage de la parole inventive et solitaire, privera Zemmour de ce dont il a besoin pour exceller : le verbe de l’autre, sur lequel il s’appuie pour décupler son talent et la force brillante de son oralité. On l’a bien constaté quand, lors de la manifestation pour l’union des droites, il a prononcé une allocution qui, de l’avis unanime, ne l’a pas fait apparaître à son meilleur (même si on tient compte de son état de santé ce jour-là).

Aborder son possible destin politique par ce biais exclut toute considération offensante qui le jugerait inapte à briguer la présidence de la République ou, davantage même, indigne de cette charge.

Éric Zemmour et Jean Messiha lors de la manifestation en soutien aux forces de l’ordre, Paris, 19 mai 2021. © Thomas COEX / AFP

Il n’est pas ridicule à prétendre à cet honneur.

Pour ma part, alors que je pressens chez lui une forte envie de franchir le pas, je continue à craindre que la réalisation de cette ambition l’entraîne vers une déception certaine qui l’exclura du second tour sans même le créditer d’un score acceptable au premier. Même si son analyse politique, à la suite des résultats des élections régionales et départementales, le conduit à considérer, à cause de la défaite du RN, due sans doute à la volonté d’attiédir, de normaliser le programme, qu’un large espace s’ouvre pour lui. Il serait ainsi attendu par une majorité d’électeurs qui seraient d’abord la multitude de ses lecteurs enthousiastes, de ses admirateurs du Figaro et de CNews.

Un programme en tête

Même animé par les meilleures intentions du monde à son égard, je mesure les extrêmes difficultés, les terribles embarras de la joute présidentielle à venir, la somme des polémiques et du venin qui l’accableront et dont l’habitude qu’il a depuis longtemps d’être insulté et agressé ne diminuera pas les blessures.

J’ai bien compris en lisant les longs entretiens qu’il a donnés, notamment à Valeurs actuelles, que la tentation politique est profonde chez lui et qu’il a dans la tête le programme dont il a un jour donné le détail, notamment pour l’immigration, l’insécurité et la Justice, sur un mode extrême, brutal, avec pour conséquence inévitable un pays à feu et à sang, sauf si miraculeusement le peuple français consulté ne venait pas légitimer cette révolution que Zemmour appelle de ses vœux.

Craignant le pire, je m’interroge. Le politique persuadé d’avoir raison pour la France et les Français prenant la relève du débatteur et de l’essayiste exceptionnels, cette configuration ne risque-t-elle pas de ruiner la réputation du premier et la lucidité du second ? Ne perdra-t-il pas, d’un coup, sur ce double plan, un capital jamais entamé jusqu’à aujourd’hui, l’immensité de ses soutiens et de ses admirateurs compensant largement la mauvaise foi de ses ennemis, les pulsions de censure et d’interdiction chez quelques autres et les jalousies rances de certains confrèresdétestant une compétence et un talent dont ils ont été privés ?

Cette rationalité négative que j’esquissea été battue en brèche par une argumentation positive que Zemmour a tirée de Jacques Bainville, l’historien qu’il admire le plus. Celui-ci, sur le tard, s’est interrogédans un ouvrage sur le fait qu’il avait sans doute trop théorisé et qu’il lui aurait fallu agir pour incarner sa vision nationale et internationale. Zemmour ne se ment pas en se déclarant touché par cette hésitation finale de son maître.

Mais l’essentiel est-il vraiment là ?

Il convient d’écarter une approche banalement critique et réductrice de Zemmour, qui en ferait seulement un vaniteux personnage narcissique, surestimant ses moyens et confondant l’admiration qu’on lui porte avec la personnalité admirable qu’il serait, mais qu’il n’est pas. Ce serait se tromper totalement. Zemmour a l’esprit et la dent dure sur autrui quand il le faut, mais son rapport avec lui-même est dénué de complaisance et de ce bonheur béat qui est le propre des intelligences limitées.

L’essentiel est là.

Je me demande, en effet, si, cherchant à prévoir à sa place l’avenir de Zemmour, on n’occulte pas une part psychologique et humaine décisive. Celle faisantde cet enfant, de cet adolescent et de ce jeune homme aimant profondément ses parents, la culture française, le mode de vie français et la France, un homme aspirant à couronner son destin, la conscience qu’il a de lui-même, la certitude de son devoir et son rêve de grandeur et d’allure par une suprême entreprise : se présenter au suffrage de ses concitoyens en espérant les convaincre.

Éric Zemmour, appréhendé entre ombres et lumières, admiré ou honni, n’est décidément pas un être, un journaliste, un intellectuel et un écrivain ordinaire.

Mais un politique nécessaire ?

La gauche: point d’étape

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Anne Hidalgo se déclare candidate à la présidentielle depuis Rouen, 12 septembre 2021. A-t-elle raison d'y croire ? © ROBIN LETELLIER/SIPA Numéro de reportage : 01037670_000015

La gauche n’est pas complètement morte. Il ne lui manque plus que des électeurs, et Hidalgo pourrait bien les retrouver, selon Jérôme Leroy.


On a parlé de la gauche ce week-end. Je signale le fait, parce qu’entre une éventuelle candidature Zemmour (dont le temps de parole vient enfin d’être décompté par le CSA), la rentrée en force du président Macron et les démêlés de LR, on a parfois l’impression que la gauche n’existe plus. Mais elle existe, le problème c’est qu’elle est comme dans Le cocu nombreux, la nouvelle de Marcel Aymé, elle habite plusieurs corps à la fois. 

Ces corps candidats sont effectivement multiples : PS avec Hidalgo, Écolos avec on va bien voir qui, Insoumis  avec Mélenchon, PCF avec Roussel, Montebourg avec Montebourg, sans compter deux probables trotskistes, -une curiosité française-, le sympathique Poutou, seul ouvrier de la bande, avec un NPA intersectionnalisé, et Nathalie Arthaud avec un discours vintage mais toujours efficace sur la lutte des classes pour LO.

Fête de l’Huma

Il fut question à gauche, ce week-end, de la Fête de l’Huma où Fabien Roussel a acté une candidature des « Jours heureux » dans son traditionnel discours clos par la Marseillaise et par l’Internationale. Spécificité de la candidature communiste : elle renoue avec des fondamentaux de gauche, c’est-à-dire une critique radicale du capitalisme qui non seulement a remarquablement prospéré pendant la crise sanitaire (on peut voir l’insolente santé du CAC 40 cette année)  mais conduit aussi la planète à un suicide environnemental. Mais quand un communiste fait de l’écologie, il est pragmatique. On dispose déjà de beaux outils pour décarboner l’économie avec le nucléaire et l’hydro électricité, pourquoi ne pas les utiliser. Et puis si on remet au centre du jeu la question sociale, on n’oublie pas non plus que cette question sociale doit intégrer un discours sans fard sur la sécurité.

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Au PCF, on a appelé ça la « tranquillité publique ». L’opération visant à se distinguer, voire à rompre définitivement avec LFI après la période des années de l’alliance Front de gauche, est en passe de réussir. Très objectivement, c’est aussi le but de cette candidature. Refaire entendre une voix. Le score à la présidentielle sera ce qu’il sera. Roussel et le PCF admettent implicitement que la gauche a peu de chance et qu’il vaut mieux déjà organiser une stratégie commune pour les législatives, qui ont été l’objet de plusieurs discussions entre les envoyés des autres partis de gauche venus faire un petit coucou à la Courneuve.

Anne Hidago, go, go !

Comme par exemple Anne Hidalgo venue en visite. Le matin même, elle avait déclaré sa candidature à Rouen. C’est encore une chose que je porte à son crédit, d’avoir choisi ma ville natale que j’aime comme on aime sa jeunesse.  Parce qu’il faudra bien l’avouer un jour ou l’autre à mes camarades de Causeur et aux lecteurs : j’ai une vraie sympathie pour Anne Hidalgo, le punching ball préféré de nos colonnes. 

Je pense qu’on se trompe sur son compte. Elle y va plus par devoir que par ambition, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose en politique. On lui reproche d’avoir dit qu’elle ne serait jamais candidate à la présidentielle, on oublie qu’il n’y a guère qu’elle capable de rassembler un électorat social-démocrate orphelin depuis le pénible quinquennat Hollande qui ne fut jamais que la phase préparatoire du macronisme. 

Hidalgo est restée socialiste après l’élection de Macron. Et ils ne sont pas si nombreux à être resté dans la « vieille maison », comme disait Blum. On peut y voir une forme de fidélité à des idées plutôt qu’à des places. Ce ne sont plus les mêmes socialistes qu’avant 2017, ceux qui entourent Hidalgo, notamment ces maires de grandes villes ou la présidente d’Occitanie Carole Delga. Ils traversent un désert. 

On reproche à Anne Hidalgo d’être maire de Paris. On le reprochait moins à Chirac mais c’est une autre histoire. Elle a manifestement décidé de retourner ça en avantage comme au judo : personne sur la ligne des challengers de Macron ne dirige depuis 2014 une aussi grosse collectivité territoriale, presque un Etat. Il paraît que les Parisiens la détestent. C’est étonnant parce qu’ils l’ont réélue en 2020 alors qu’on la donnait électoralement morte fin 2018 avec même son premier adjoint qui avait joué les Brutus. Son secret : c’est qu’elle fait la politique de son électorat. 

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On peut brailler sur les 30 kms/ heure en vile et d’autres choses, c’est ce que veulent ses électeurs, c’est-à-dire ceux qui vivent à Paname intramuros. Si elle utilise la même méthode, répondre aux attentes de toute la France qui d’après la dernière enquête sur les fractures françaises parue dans Le Monde a surtout peur pour l’environnement et pour l’emploi, elle a ses chances. Quant aux procès qu’on lui fait en manque de républicanisme, on oublie la manière assez musclée dont elle a remis à sa place Alice Coffin et derrière elle les écolos radicaux de sa majorité. Un peu à la manière d’un de ses soutiens, Martine Aubry, qui a refusé l’alliance avec les Verts et a gardé sa mairie avec quelques centaines de voix d’avance en prouvant que les écolos ne pouvaient pas gagner tout seul.

Bref, on entend une petite musique chez certains observateurs, qui commencent à penser que pour le second tour, pourquoi pas ? Mélenchon se radicalise sur des positions populistes et wokistes, Montebourg qui a plutôt un bon programme espère ressusciter le souverainisme par sa gauche, mais Chevènement a déjà essayé et on a vu le résultat. On peut aussi compter sur les écolos, dont la primaire sera terminée le 28 septembre, pour faire émerger Piole ou Rousseau plutôt que Jadot. 

Zemmour, une chance pour Hidalgo

C’est là qu’on peut espérer que Zemmour ne soit pas en simple tournée promotionnelle pour son livre mais aille jusqu’au bout. Zemmour est la meilleure chance d’Hidalgo. Grâce à Zemmour, les Républicains déjà en mauvaise forme avec la rivalité Bertrand-Pécresse et la création du parti d’Edouard Philippe qui vient de se déclarer pour Macron, n’arriveront pas au second tour, pas plus que Marine Le Pen, contestée en interne et obligée de se positionner en permanence par rapport à l’homme du Suicide français.

Il y a donc une place à prendre pour le deuxième tour pour Hidalgo contre Macron. 

Dans ce cas-là, comme disait l’autre, tout deviendrait possible.

Agnès Buzyn: faut-il vraiment y voir une judiciarisation de la vie politique?

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Agnes Buzyn, Assemblée nationale, juin 2020 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 00970033_000007

La Cour de justice de la République a mis en examen l’ex-ministre de la Santé.


Agnès Buzyn, ancienne ministre de la Santé, a été mise en examen le 10 septembre pour mise en danger de la vie d’autrui par la commission d’instruction de la Cour de justice de la République (CJR). Elle a été également placée sous le statut de témoin assisté pour abstention de combattre un sinistre, ce qui concernait le grief de ne pas avoir (re)constitué de stocks de masques et de protection pour les soignants.

Avant d’être questionnée durant toute la journée, Agnès Buzyn avait affirmé voir dans sa convocation « une excellente opportunité de s’expliquer et de rétablir la vérité des faits ». Ce qui laissait entendre au moins qu’elle ne jugeait pas totalement absurde sa comparution. Je rappelle d’emblée cette banalité qu’elle est présumée innocente et qu’elle pourra à l’issue de tous les actes d’instruction être renvoyée ou non devant la CJR. Rien n’est gagné, rien n’est perdu pour elle.

Des déclarations qui jouent contre Agnès Buzyn

Il semble pourtant qu’après cette double décision, surtout la première, politiquement et médiatiquement on ait cherché à faire croire qu’un processus fatal allait forcément être engagé et que Agnès Buzyn ne serait que la première d’une série de mises en cause gouvernementales avec, notamment, l’implication annoncée quasiment comme certaine du Premier ministre Edouard Philippe et du ministre de la Santé actuel Olivier Véran.

Rien ne me paraît plus précipité dans l’analyse. De même que les juges, avec Agnès Buzyn, n’ont pas cédé « à la pression de la société civile » contrairement à ce qui a été dit, de même il n’est pas interdit de penser qu’une distinction puisse être opérée lucidement et équitablement entre Agnès Buzyn et les autres. En tout cas il n’est pas interdit de le supposer. J’entends bien qu’Agnès Buzyn a tout intérêt – et elle a joué sur ce registre de solidarité et de défense gouvernementale – à fondre sa situation particulière dans celle plus générale de tous ceux qui se trouvaient au gouvernement avec elle. Mais ce n’est pas ce dernier qui avec elle est ciblé, c’est d’abord elle-même qui, à cause d’une série de déclarations, de contradictions, de maladresses, d’abstentions et d’autres éléments que nous ne connaissons pas, a été visée par les magistrats. Elle a cherché à embarquer avec elle toute l’équipe, paradoxalement en voulant la défendre en même temps qu’elle-même, mais son jeu est dangereux qui cherche à la faire passer pour une « victime » annonciatrice des autres.

La crainte de la judiciarisation de la vie politique

Il est d’autant plus nécessaire de raison garder qu’une frénésie délirante de plaintes – 14 500 selon le procureur général près la Cour de cassation – arrive devant la CJR en ce qui concerne la gestion de la crise sanitaire. Même si à l’heure actuelle un peu moins d’une vingtaine ont été admises comme recevables.

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Après la mise en examen d’Agnès Buzyn, s’est mis en branle un rouleau compresseur aussi bien politique que médiatique, dénonçant la judiciarisation de la vie politique et soutenant que, pour la crise sanitaire, la peur d’être incriminé judiciairement avait freiné les principaux acteurs de la lutte contre elle et que le principe de précaution avait exagérément limité les initiatives. Derrière cette argumentation, il y a l’idée fort peu républicaine que les politiques, dans leur action ou leur inaction, ne doivent jamais être soumis à la Justice. C’est le point de vue, par exemple, du député LREM Sacha Houlié qui a déclaré : « C’est démocratiquement que l’on peut sanctionner une faute politique s’il y en a une, pas devant un juge ».Cet apparent bon sens, qui de fait garantit aux politiques une tranquillité absolue entre les diverses élections, ne me semble pas décisif.

Ce qui relève de la qualification pénale ou non

Il y a des incuries, des maladresses, des erreurs, des fautes et des retards qui, aussi regrettables qu’ils soient, renvoient seulement à des comportements professionnels médiocres ou négligents, à l’inévitable imperfection des pratiques face à un ennemi imprévisible, et ne sauraient recevoir une qualification pénale. Mais le départ est à effectuer et n’est pas choquant entre ces activités ministérielles, pas aussi bonnes qu’on les aurait espérées, et des infractions, dépassant le cadre de celles-ci et pouvant être caractérisées par une malignité, la conscience qu’on a, par des manques, des mensonges, des gaspillages, des lenteurs et des désorganisations, d’avoir participé au pire. En toute connaissance de cause.

Évidemment, en démocratie, avec de la bonne volonté présumée, cette éventualité pénale ne peut qu’être très rare. Mais il ne convient pas de postuler par principe qu’elle serait offensante et stérilisante pour la vie publique. Il paraît qu’elle enlèverait aux politiques toute énergie. Qu’elle les tétaniserait. Il faut être sérieux. Avait-on l’impression, avant l’irruption de cette pandémie dans nos vies, que l’audace était le propre des ministres, des gouvernements ? Qu’ils étaient prêts à aller jusqu’au bout et à résister aux pressions, aux blocages et à tout ce qui s’opposait au bien du pays ? Non, parce que depuis ces dernières années l’ennemie n’est pas la judiciarisation de la vie politique contrairement à ce qu’on allègue pour pointer des causes exogènes. Mais le fait que celle-ci est structurellement étrangère au courage et à l’absence de démagogie. Les politiques ne doivent pas avoir peur à cause d’Agnès Buzyn. Ni de la Justice. Mais parfois se méfier plus d’eux-mêmes.

Le Mur des cons

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Michel Onfray et les « fachos » de gauche

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Relire (beaucoup) Simon Leys et (un peu) Roland Barthes, grâce à Michel Onfray.


Dans son dernier livre, Autodafés, l’art de détruire les livres, Michel Onfray commence sa démonstration – comment une certaine intelligentsia de gauche a censuré, interdit, pourfendu les livres qui démasquaient les idéologies totalitaires ou allaient à l’encontre des dogmes établis – en évoquant le livre de Simon Leys, Les habits neufs du Président Mao, publié en 1971. Leys a été parmi les tout premiers à dénoncer à la fois la Révolution culturelle chinoise et ses thuriféraires français. Dès la sortie de son livre, il est accusé de tous les maux. Celui qui a vécu en Chine, parle le chinois couramment, a assisté aux pires exactions des Gardes rouges, est au mieux un ignorant, au pire un menteur à la solde de la CIA, apprend-on dans Le Monde ou Le Nouvel Observateur. Les années passent, la pertinence des écrits de Leys éclate au grand jour. La communiste italienne Maria Antonietta Macciochi essaie bien, en 1983, d’imposer son point de vue édénique sur Mao mais, comme le rappelle avec jubilation Michel Onfray, elle se fait « atomiser en direct » par Simon Leys dans l’émission Apostrophes. De son côté, l’indécrottable Alain Badiou continue de critiquer la « brillante improvisation idéologique (sic) de Simon Leys dépourvue de tout rapport au réel politique. » Mais Alain Badiou – disons-le gentiment – il y a belle lurette qu’il s’est atomisé tout seul, façon puzzle.

Michel Onfray cite un autre livre de Simon Leys, Le studio de l’inutilité. Dans ce dernier, un chapitre est consacré aux fameux Carnets du voyage en Chine de Roland Barthes, carnets écrits lors de son voyage avec les intellectuels de la revue Tel Quel (dont Philippe Sollers et Julia Kristeva) en Chine maoïste en 1974. Rébarbatifs et monotones, ces carnets sont parfois involontairement drôles, ce qu’avait relevé Leys.

A lire aussi, Philippe Bilger: Michel Onfray revient sur quelques crimes de la pensée

Résumé : 

Le 11 avril 1974, ce voyage en Chine commence mal. Roland Barthes a « oublié de se laver les oreilles. » L’avion décolle mais le dîner servi dans celui-ci est « inadapté » : « moules en salade, veau en sauce, riz grisâtre et graisseux – dont deux grains tombent immanquablement sur mon pantalon neuf. » Au retour – c’est-à-dire après un séjour de trois semaines en Chine maoïste ! – Barthes envisagera d’écrire une lettre de réclamation à… la direction d’Air France, toujours à propos du plateau-repas « infect » : « Du poulet à la basquaise au-dessus de l’Himalaya ! Toujours la Poudre aux yeux. » Et sans doute de nouvelles taches sur le pantalon.

Kikis chinois et verbiage barthésien

Barthes note tous les chiffres que lui fournissent les interprètes, chefs de section, directeurs d’usines lors des déplacements réglés comme du papier de riz à musique. Il compte les tracteurs, les camions, les pompes hydrauliques, les tonnes de blé, les brigades de production, les médecins, les professeurs, les paysans, etc. Entre deux colonnes de chiffres, de nombreuses notes concernent le thé servi à toutes les occasions. Malgré les saveurs insipides de la plupart des breuvages qui lui sont proposés, Barthes craint un moment d’échapper à ce rituel : « Salon. Immense maquette. Canapé devant. Mais pas de thé ! – mais si, le voilà qui arrive. » Et voilà Barthes reparti pour une nouvelle compilation de chiffres et d’interminables descriptions de visites d’un pont, d’un zoo ou d’une exposition de dessins d’enfants.

Tandis que Sollers dit voir à Pékin « la vraie révolution antibourgeoise », et que Kristeva pense que « Mao a libéré les femmes », Barthes, après avoir vu « un jeune ouvrier très laid mais sexy », s’interroge sur une « civilisation sans phallus ». Mais Barthes dort mal et a des migraines. Il s’ennuie à crever. S’il croise de temps à autre un « charmant prof. en treillis bleu », il note, de ce côté-là aussi, son insatisfaction : « Et avec tout ça, je n’aurai pas vu le kiki d’un seul Chinois. Or que connaître d’un peuple, si on ne connaît pas son sexe ? » Au fil des jours, les notes du sémiologue se font plus grises, les réflexions sur Sollers plus acerbes (« Il parle ! Il est le chef ! »), les considérations sur la « patience attentive » des Chinois plus vagues. Il a hâte de rentrer.

Roland Barthes ne remet à aucun moment en cause le régime totalitaire maoïste. Il relève anecdotiquement que lui et ses acolytes sont très encadrés et qu’il faut « se faire ouvrir les chiottes chaque fois qu’on veut pisser ». C’est à peu près tout. Son article paru dans Le Monde et destiné aux lecteurs initiés au verbiage barthésien se veut moins prosaïque : en Chine, « le champ sémantique est désorganisé » et « les signifiants sont rares », ce dont les Chinois ne semblent même pas se rendre compte. « La Chine est paisible » car « le sens est annulé, exempté, dans tous les lieux où nous, Occidentaux, le traquons. » Finalement, dans le pays de l’élimination des intellectuels, des millions d’exécutions sommaires, de la terreur absolue, Barthes écrit avoir rencontré « un peuple [qui] circule, travaille, boit son thé ou fait sa gymnastique solitaire, sans théâtre, sans bruit, sans pose, bref, sans hystérie ».

Fachos de gauche

En 1974, nombre de journalistes et d’intellectuels de gauche français avalent ça sans regimber. Sartre n’avait-il pas écrit que « Mao, contrairement à Staline, n’a commis aucune faute ». Gérard Miller, le Garde couperosé des studios de télévision, n’a-t-il pas déclaré en 2005 sur TV5 : « Si la France d’aujourd’hui est un peu plus vivable que dans les années 1960, elle le doit pour une part non négligeable à nous, les maoïstes français. » Une citation d’Orwell saute alors spontanément à l’esprit de Simon Leys et au nôtre : « Vous devez faire partie de l’intelligentsia pour écrire des choses pareilles ; nul homme ordinaire ne saurait être aussi stupide. » 

A relire, Michel Onfray: Le gauchisme tendance rend possibles tous les délires

Michel Onfray note que la propension à la bêtise et à la censure des « fachos-de-gauche » est plus que jamais d’actualité. « L’époque est sartrienne », écrit-il. Les chantres du décolonialisme, du néo-féminisme, du racialisme, plus difformes encore que leurs prédécesseurs lénino-stalino-maoïstes, vomissent leur haine de l’Occident. Ils déboulonnent des statues, réécrivent l’histoire ou détruisent les livres. Dieu merci, ils en écrivent aussi et, contrairement aux Carnets de Barthes qui parurent après sa mort, les publient de leur vivant, sans craindre le ridicule. Ça s’appelle Le génie lesbien, La pensée blanche, L’Histoire mondiale de la France ou Le venin dans la plume. Malgré notre accablement devant l’effondrement constant de l’intelligence, l’intérêt de ce genre de prose est qu’il nous fait quand même « positivement hennir de rire », pour citer une dernière fois le très regretté Simon Leys.

Autodafés

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Les habits neufs du président Mao

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Le Studio de l'inutilité: Essais

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Carnets du voyage en Chine

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Paris, pour l’éternité

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Cabaret de l’Homme armé (détail), 25, rue des Blancs-Manteaux, IVe, septembre 1900 © Paris Musées / musée Carnavalet – Histoire de Paris

Il ne vous reste qu’une semaine pour courir à la Fondation Henri Cartier-Bresson, à Paris, afin de (re)plonger dans l’univers d’Eugène Atget. Ce photographe sut, mieux que personne, fixer l’âme de la capitale.


Eugène Atget (1857-1927) connut une notoriété tardive, pour ne pas dire posthume. Cet ancien comédien qui « renonça aux fards du théâtre pour démaquiller la vérité », selon Walter Benjamin, se mua en photographe génial, en pionnier de la photographie de rue pour immortaliser un Paris post-haussmannien amené, lui aussi, à disparaître. Il commence son travail d’inventaire topographique, architectural et quasi ethnographique en 1897. S’intéressant d’abord à la faune parisienne, il fixe marchands ambulants, commerçants embourgeoisés, serveurs de cafés, enfants errants, kermesses de quartier et Romanichels des Fortifs. La vie de la ville. 

Coin de la place Saint-André-des-Arts et de la rue Hautefeuille, VIe, 1912 © Paris Musées / musée Carnavalet – Histoire de Paris

Très vite, il braque ensuite sa chambre noire sur les perspectives des ruelles obscures du Marais, du Quartier Latin et des faubourgs villageois de Passy. Souvent prises au petit jour, ces vues d’un Paris désert et fantomatique nous plongent irrémédiablement dans un étrange sentiment, celui de reconnaître ce que l’on ne peut plus voir, ou qui a été, depuis, défiguré. 

A lire aussi, Thomas Morales: Revoir Carnavalet et le Paris de Cartier-Bresson

Son œil se pose également sur les façades, celles des arrière-cours Renaissance encore oubliées par les démolisseurs et les détails, inouïs et innombrables, des hôtels et immeubles qui composaient le décor quotidien. Fers forgés des fontaines, heurtoirs des portes cochères, têtes de lions et de gorgones, envolées d’escaliers… Superbes et tristes restes d’un Paris Grand siècle dans lesquels surgit, çà et là, dans l’entrebâillement d’une porte ou dans l’ombre d’une fenêtre, la silhouette d’un Parisien suspendu dans le temps. En observant les tirages d’Atget, il nous semble sentir l’odeur saturée des échoppes de chiffonniers, l’humidité des berges poisseuses de la Bièvre, le lourd tanin des barriques des entrepôts de vin de Bercy. Il capte les effets atmosphériques et procure ainsi bien plus qu’un simple plaisir pour les yeux. Pourquoi, comment ? La réponse est sûrement donnée par Walker Evans, en 1930 : « Il en ressort une intelligence lyrique de la rue observée par un œil exercé, un instinct aigu de la patine, un sens du détail évocateur, le tout revêtu d’une poésie qui n’est pas la « poésie de la rue » ou la « poésie de Paris », mais une projection de la personne même d’Atget. » 

Ancien hôtel Sully-Charost, 11, rue du Cherche-Midi, VIe, 1904 © Paris Musées / musée Carnavalet – Histoire de Paris

Eugène Atget meurt en 1927, après avoir rencontré la photographe américaine Berenice Abbott. C’est elle qui, avec le galeriste Julien Levy et le légataire d’Atget, André Calmettes, sauvera son fonds d’atelier pour le diffuser dans le monde entier.


Jusqu’au 19 septembre : Eugène Atget – voir Paris, à la Fondation Henri Cartier-Bresson. 79, rue des Archives 75003 Paris.

Jusqu’au 31 octobre : Henri Cartier-Bresson – revoir Paris, au musée Carnavalet. 22, rue de Sévigné 75003 Paris.


Capitale

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