Notre-Dame attestait de notre inscription dans l’histoire longue d’une France catholique. A priori réjouissantes, les retrouvailles de la nation au chevet de la cathédrale incendiée reposent sur un vaste malentendu. Car Emmanuel Macron et Anne Hidalgo entendent la reconstruire pour les Jeux Olympiques 2024, aggravant ainsi le saccage des beautés du monde par le tourisme de masse. 


Il n’y avait pas de bougies – ce n’étaient pas des vies humaines que l’on pleurait, ce funeste soir d’avril. Et puis pour un incendie, cela aurait été étrange. Pas de non plus de pancartes : « Je suis Notre-Dame » aurait donné l’impression qu’on se poussait du col et « Je suis Esmeralda » aurait paru irrévérencieux. Alors que les flammes qui léchaient les tours de la cathédrale rougeoyaient le jour finissant sur Paris, la foule silencieuse qui s’était massée sur les ponts de l’Ile Saint-Louis pour assister au désastre ensemble n’en évoquait pas moins celle qui, au soir du 7 janvier 2015, marchait dans les rues pour honorer les membres de Charlie Hebdo et un policier. Et c’est peut-être le problème quand on sait ce qu’est devenue notre détermination d’alors et de la liberté que nous avions juré de chérir.

En dehors de l’émotion planétaire qu’ils ont suscitée, l’attentat de Charlie-Hebdo et l’incendie de Notre Dame n’ont apparemment pas grand-chose en commun, ne serait-ce que parce que, selon toute vraisemblance et comme l’ont spontanément pensé la plupart des observateurs, le second est un crime sans coupable. « Nous ne sommes pas victimes de fanatiques mais de notre impéritie », me confia une amie copte, très chic pour le dîner auquel elle avait renoncé dès la nouvelle connue, son beau regard sombre brillant encore des larmes versées.

Les vies humaines ne se restaurent pas. Du reste, très vite, certains – jusqu’au pape – se sont récriés, fustigeant notre compassion pour des pierres quand nos cœu

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Mai 2019 - Causeur #68

Article extrait du Magazine Causeur

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