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Nous l’avons tant aimée…

Disparition de la chanteuse Marie-Paule Belle (1946-2026)


Nous l’avons tant aimée…
© JEANNEAU MICHEL/SIPA

À Causeur, nous sommes tristes d’apprendre la disparition de Marie-Paule Belle à l’âge de 80 ans. Elle était et restera le pétillement de nos années heureuses. Son intelligence, son originalité et son tact vont cruellement nous manquer.


Il y a encore quelques semaines, nous annoncions son spectacle au Théâtre de Passy : « Au revoir et merci ». Nous nous réjouissions de la voir une dernière fois sur scène. Marie-Paule était à part. Unique. Discrète et indispensable. Dans une époque saturée de synthé et de disco, de boum boum et de fumigènes, de provocation vaine et de déballements, la Niçoise aux cheveux frisés, regard de mésange rieuse avait débarqué de sa province dans ces années 1970 post-érotiques. Elle était de la famille des passereaux, sociable et mutine, franche comme le soleil du Midi, spirituelle à la manière de ces débutantes qui ont dû se faire un nom et une place dans une capitale phagocytée par les fausses gloires. Marie-Paule nous est d’abord apparue dans les émissions de variété, seule derrière son piano et derrière son micro. Cette brune espiègle poulbote, droite dans ses bottes, n’a pas regardé ailleurs, n’a pas copié les vieilles recettes, n’a pas singé les vedettes d’alors, n’a pas fait semblant ; Marie-Paule était restée fidèle à l’art de la chanson française, ne faisant aucune concession sur la qualité des textes et ne se prenant pas pour une tragédienne évanescente. En février, dans ma chronique célébrant ses 80 ans, j’évoquais sa dignité. Sans le snobisme de l’entre-soi, sans le parisianisme moribond, sans la morgue des Artistes, Marie-Paule était toujours elle-même, jouant une partition raffinée depuis tant d’années. Une partition de haute volée. Presque trop délicate pour les âmes englouties dans la névrose. Ses fans nombreux, touchés en plein cœur, partageaient cette même fantaisie. Jamais je ne suis tombé sur un fan idiot, obtus ou bougon, Marie-Paule nous obligeait à vivre au-dessus de nos humeurs grises. Elle était une parade, un antidote, une échappatoire aux idées sombres. Avec elle, disparaît tout un monde, fin, drôle et cabossé. Avec elle, les prétentieux reculaient, ils n’avaient plus l’avantage. Lorsqu’on écoute Marie-Paule, quelque chose de joyeux et d’un peu fissuré, de triste et de palpitant, d’entraînant et d’introspectif naît en nous. Une part de rêverie et d’abandon. Marie-Paule n’était pas karatéka, cinéphile ou nymphomane, elle n’était pas non plus la chanteuse d’un seul standard « La Parisienne » créé avec ses complices, Françoise Mallet-Joris et Michel Grisolia. Elle était le visage d’une audace polie, d’un ton frivole et d’une civilisation qui se moque des différences. En 2020, nous avions parlé de son livre Comme si tu étais toujours là qu’elle avait consacré à Françoise Mallet-Joris, disparue en 2016. Je l’avais titré « Une femme avec une femme » par facilité, pour faire un bon mot, pour résumer à la hussarde alors que Marie-Paule était l’élégance même. Il ne s’agissait pas d’une déclaration publique mais plutôt d’un message personnel. Une missive pour leurs amis, pour qu’ils se rappellent d’elles.  Un duo d’élite, un tandem charmant entre l’écrivain de renom et la chanteuse vedette. Ces deux filles-là vivaient simplement à l’air libre sans justificatif de domicile et sans publicité tapageuse. Leur histoire se suffisait à elle-même, elles n’avaient pas besoin d’un porte-voix. Elles impressionnaient par leur naturel et leur complicité. Ce livre publié durant le trouble du confinement nous avait émus par sa justesse et sa ferveur intime. « Après la révélation de ce désir fou, notre amitié, qui était devenue amoureuse, s’est muée brutalement en passion » écrivait alors Marie-Paule Belle. Entre la fille du Nord, Flamande aux yeux clairs, à la blondeur conquérante et la petite brune corse, frisée, au sourire de pinson, ce fut comme une évidence. La fusion entre la jurée du Goncourt et la vedette des Carpentier. Entre l’Académie royale de Belgique et L’Echelle de Jacob. La grâce est un mystère. La voix de Marie-Paule, ses manières, son énergie endiablée, sont des fragments de notre enfance. Serge Lama doit être bien triste cet après-midi, lui qui avait préfacé son dernier livre. Les Français savent reconnaître le vrai talent, et sauront se souvenir de la belle Marie-Paule.



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Journaliste et écrivain. Dernières publications : "Tendre est la province", (Équateurs), "Les Bouquinistes" (Héliopoles), et "Monsieur Nostalgie" (Héliopoles).

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