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J’adore le poulpe, et vous ?

Pendant que la maison brûle, sauvons les pieuvres!


J’adore le poulpe, et vous ?
Image Unsplash

Au détour d’une publication Facebook pour la protection animale, notre contributeur remarque que certains ont décidément un curieux sens des priorités.


Il y a des matins où l’on se dit que certains ont décidément le sens des priorités. Mardi 14 juillet, Facebook nous offre un post, sponsorisé qui plus est — donc payé, donc réfléchi, donc assumé : une pieuvre magnifique, l’œil rond et vaguement accusateur, sous laquelle l’association CIWF France nous exhorte à nous mobiliser « avant qu’il ne soit trop tard ». Trop tard pour quoi ? Pour empêcher l’élevage intensif du céphalopode.

On se prend à espérer de nouveau dans nos peines collectives, puisqu’il en reste au moins une à traiter en urgence absolue. Reprenons l’état du monde tel qu’il se présente. Sans forcer le trait, juste en compilant l’information.

Le pays coule, méthodiquement

La dette publique française a franchi, au premier trimestre 2026, la barre des 3 536 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB, en hausse de 75,6 milliards sur le seul trimestre, une « amélioration », nous dit pudiquement la Cour des comptes, par rapport aux deux années précédentes. C’est un peu comme se féliciter de ralentir en tombant d’un immeuble. La charge de la dette, elle, grimpe vers 74 milliards en 2026 : elle dépasse désormais le budget de la Défense et devient le premier poste de dépenses de l’État, devant l’Éducation nationale. Payer nos créanciers devient prioritaire sur l’instruction de nos enfants. 

Pendant ce temps, le casting présidentiel qui doit nous sauver de tout cela ressemble à une portée de blaireaux sortis du même terrier électoral : une candidate sans véritable programme en tête à 34-35 %, quel que soit le scénario ; un ancien Premier ministre recyclé ; un autre, plus jeune, recyclé plus vite ; un tribun insoumis increvable ; un fâcheux de l’écologie ; et une brochette de trotskistes et de souverainistes à 1,5 %.

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Ajoutons l’insécurité chronique, l’hôpital exsangue, l’immigration incontrôlée, l’islamisation à marche forcée, les narcotrafiquants prenant le pouvoir, la Justice en capilotade, nos forces de l’ordre ayant à choisir entre l’hôpital et la prison, la SNCF qui pavoise lorsqu’un train arrive à l’heure et un exécutif dont la principale prouesse, cet été, aura été de laisser cramer la forêt de Fontainebleau. Il est certain qu’investir dans les Canadair mille fois promis aurait pu aider. Mais voilà, il était plus important de remplir le tonneau des Danaïdes ukrainien. Volodymyr passe avant nous.

Le monde qui s’embrase, au sens propre cette fois

Élargissons le panorama, puisqu’il y a de quoi faire. L’intelligence artificielle menace des dizaines de millions d’emplois, voire l’existence même de l’Homme, selon certains. Au Moyen-Orient, Israël et les États-Unis mènent une guerre aérienne ouverte contre l’Iran, avec des bombardements réguliers des infrastructures nucléaires iraniennes et des tirs de missiles quotidiens sur Israël. Un Hezbollah toujours tapi au Liban est en embuscade sur ce front annexe, et les Houthis sont à la rescousse.

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Entre l’Inde et le Pakistan, la crise ouverte par l’attentat de Pahalgam en 2025 n’a jamais vraiment cicatrisé : échanges de tirs de drones, accusations croisées, et deux puissances nucléaires qui continuent de se regarder en chiens de faïence au-dessus du Cachemire. La Chine multiplie les manœuvres navales autour de Taïwan, teste ses missiles balistiques embarqués et prépare, selon la CIA elle-même, une armée « prête d’ici 2027 » pour en découdre avec l’île. Entre l’Ukraine et la Russie, la fin du conflit ne pointe pas le bout de son nez, avec les conséquences que l’on connaît sur nos économies.

Heureusement, l’ennemi est identifié

Voilà donc le tableau : dette abyssale, hôpital en soins palliatifs, présidentielle qui s’annonce comme un choix entre la peste et le choléra recyclé, canicule historique, guerre ouverte entre puissances nucléaires sur trois continents à la fois. Et c’est dans ce contexte, un mardi de juillet, que CIWF France a jugé bon de sponsoriser un post Facebook pour nous alerter sur le risque, non pas immédiat mais potentiel — puisqu’« en développement » — d’un élevage intensif de pieuvres.

Qu’une association trouve, en pleine crise planétaire, le temps, l’argent et l’énergie militante de placer une publicité Facebook payante sur le sort futur d’un céphalopode pas encore élevé, voilà qui en dit long sur la hiérarchie des urgences chez certains antispécistes. Guy Debord, en son temps, avait déjà tout dit de ce mécanisme : dans sa société du spectacle, l’image mobilisatrice finit par se substituer à l’action véritable. L’indignation véhiculée par Facebook devient ainsi un ersatz de pensée. Gageons qu’il se trouvera quelques citoyens écoresponsables pour remplir la cagnotte de CIWF France, puisqu’il s’est déjà trouvé 62 970 bonnes âmes pour signer la pétition. Et vous, qu’attendez-vous ?

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La planète brûle, on débat de la pieuvre. Pendant que les incendies dévorent nos forêts, que les dettes engloutissent les générations futures et que les puissances nucléaires jouent à la roulette russe, certains ont trouvé un combat à leur mesure : une ferme à pieuvres qui n’existe pas encore. Pascal parlait déjà, au XVIIe siècle, du divertissement : cette faculté qu’a l’homme de se détourner de sa condition véritable en s’inventant des combats dérisoires, plutôt que de regarder en face ce qui, réellement, devrait l’occuper. Notre époque est absolument fascinante : elle transforme les urgences en distractions et les distractions en urgences.



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