Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…
La Sauvageonne, le Dauphin et moi avions quitté le mobile home du camping de Quend-Plage, le matin-même. (J’ai évoqué ce séjour dans une précédente chronique intitulée Le faquin de Quend.) Il faisait encore affreusement beau ; pourtant, flottait dans l’air comme une petite odeur âcre de fin de vacances. Déjà. Une semaine, ça passe si vite. Nous n’avions guère envie de revenir tout de suite à Amiens. Alors, dans la voiture, nous décidâmes de faire un crochet par Le Crotoy dans le but non avoué de dissiper la nostalgie qui, peu à peu, nous gagnait. Nous parvînmes à nous garer près du port, puis baguenaudâmes dans les rues de la petite station balnéaire de la Baie de Somme. Soudain, dans la rue principale, notre attention fut attirée par la devanture de la galerie Le Saint-Michel, gérée par la ville. Parmi les toiles exposées, celles, fascinantes, intrigantes, d’Alfred Lombart, de Marcq-en-Barœul, près de Lille, dans le Nord. Tout de suite, ses œuvres nous firent penser à celles d’Edward Hopper. L’artiste, avec qui nous venions de faire connaissance, ne démentit pas : « Je peins à la peinture à l’huile depuis une douzaine d’années », dit-il. « Pendant toute ma vie, j’ai fait du dessin, de l’aquarelle. Tout cela de façon sporadique ; je suis plus assidu depuis douze ans. Professionnellement, j’ai travaillé dans la grande distribution, puis j’ai été consultant qualité, ce qui n’a rien à voir avec la peinture. Les gens disent que ma peinture est influencée par celle d’Edward Hopper. Autre influence : Sam Szafran, un pastelliste un peu moins connu. Je suis également influencé par des peintres belges dont Paul Delvaux (…). Hopper ne m’inspire que pour sa technique. Sur le plan humain, c’était une personnalité très nostalgique et un peu perdue ; il était également perdu par rapport aux mouvements picturaux de l’époque (Picasso et tous les nouveaux peintres). Lui, était à la marge de tous ces mouvements. J’utilise la même technique que lui. Il y a donc une ressemblance entre mes tableaux et les siens mais ce n’est pas voulu de ma part. »
Sa technique, justement, parlons-en. « J’utilise la peinture à l’huile et la méthode glacis ; je choisis de la pâte faite d’un mélange de peinture et d’essence ; au départ, c’est comme une aquarelle. Puis, je laisse sécher, puis je passe cinq ou six fois et j’ajoute du pigment au fur et à mesure. Ça me permet de jouer sur la lumière, sur le clair-obscur, sur le contre-jour. Cette méthode était utilisée par des grands maîtres, à la Renaissance, mais moi, je ne passe que cinq ou six couches alors qu’eux repassaient vingt fois, trente fois dessus. C’est pourquoi, quand vous allez dans les musées, il y a de l’épaisseur sur les peintures et il n’y a pas de coups de pinceaux. J’utilise donc une méthode classique sur des sujets contemporains. » Ce peintre est une belle découverte.
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