Les Français aiment manifester, surtout leur mécontentement. Que ce soit à propos de la gestion de l’ouragan Irma, des ordonnances relatives à la réforme du droit du travail, des 5 euros sur les APL, de la situation des jeunes dans l’enseignement supérieur ou à la recherche d’un emploi. Tous les manifestants sont-ils des fainéants ? Tous les opposants à la politique gouvernementale sont-ils des fainéants ? En tous cas, tous ceux qui ne réunissent pas selon les critères jupitériens ne sont « rien ».

La manifestation de mardi organisée par la CGT a été peu suivie aux Antilles où se trouvait le président de la République. Irma est venue au secours des réformes. On a plus de mal à se mobiliser contre des réformes quand on est en état de survie, même si selon Emmanuel le Chypre les effets économiques seront positifs à moyen terme (pas pour tous). En métropole, tous les pauvres (entre 9 et 11 millions selon diverses statistiques) n’étaient pas dans la rue et sont souvent abstentionnistes. Le désespoir et la résignation sont des alliés objectifs de la révolution macronienne.

Majorité divisée

Échec de mobilisation du fait notamment de la division des syndicats et de cette résignation d’une grande partie de l‘opinion. Mais ce n’est qu’un début, continuons le combat comme on chantait en 1968. Quelques échauffourées et envoi de gaz lacrymogènes, mais pas de blessés graves. Peut mieux faire. Et puis c’est l’essentiel les chaînes d’information continue n’ont pas manqué de privilégier le déplacement du président de la République aux Antilles. Ce sera différent le 23 septembre, deux jours après la seconde manifestation cégétiste.

Ceux qui ne sont « rien », qui n’ont pas réussi, sont évidemment majoritaires. Mais ils sont pour partie divisés, pour partie résignés. C’est le pari gagnant du président Macron qui va ainsi pouvoir faire passer toutes ses réformes non par adhésion, en convainquant, mais par défaut. Et il ne suffira pas de clamer lors des prochaines manifs : « Macron, t’es foutu, les fainéants sont la rue. » La rue, comme les partis politiques et les syndicats, est devenue inaudible. Sauf nouveau Malik Oussekine après mobilisation des jeunes lycéens et étudiants. Ce qu’il ne faut pas souhaiter.

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