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Loyalistes unis, indépendantistes divisés: l’équation complexe du scrutin calédonien

Alain Destexhe joue cartes sur table


Loyalistes unis, indépendantistes divisés: l’équation complexe du scrutin calédonien
Débris et voitures brûlées utilisés pour les barrages et maintenant retirés des routes, en attente de traitement, Nouméa, Nouvelle-Calédonie, 7 juin 2024 © Nicolas Job/SIPA

Le scrutin de dimanche conditionne le destin du Caillou


Un corps électoral non démocratique

Dimanche, près de 185 000 électeurs sont appelés à voter en Nouvelle‑Calédonie pour les élections provinciales. Ce chiffre ne reflète pourtant qu’imparfaitement la réalité démocratique du territoire. Sur ce total, environ 155 000 personnes inscrites de longue date pourront voter, auxquelles s’ajoutent les 10 000 natifs récemment réintégrés dans le corps électoral.

Mais près de 30 000 citoyens français résidant dans l’archipel, parfois depuis plus de vingt ans – plus d’un cinquième des citoyens ! –  resteront exclus du scrutin. Ils vivent ici, paient leurs impôts, participent à la vie économique et sociale, mais ne peuvent pas voter à ces élections. Pour tout démocrate, cette situation heurte un principe fondamental : « pas de taxation sans représentation ».

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Cette exclusion découle des Accords de Nouméa, qui ont gelé le corps électoral provincial pour préserver l’équilibre politique de l’époque. Un quart de siècle plus tard, la démographie a changé, comme partout, les mobilités se sont accrues, et le maintien de ce gel apparaît comme un véritable scandale démocratique. 

La tentative de le corriger partiellement en 2024, par un projet de dégel voté à une large majorité par l’Assemblée nationale et le Sénat, a mis le feu aux poudres. Les émeutes qui ont suivi ont plongé le territoire dans une crise profonde, conduisant finalement au retrait de la réforme. Depuis, la question du corps électoral reste au cœur des tensions politiques.

Nouméa, 15 mai 2024 © Nicolas Job/AP/SIPA

Un Congrès doté de larges compétences

Le scrutin de dimanche est d’autant plus déterminant qu’il fixe la composition du Congrès, l’institution centrale du territoire. Les provinces élisent ses membres, et c’est le Congrès qui adopte les lois du pays, vote le budget, oriente la fiscalité, l’éducation, l’économie, l’aménagement du territoire. La Nouvelle‑Calédonie n’est ni un DOM ni un TOM : elle dispose d’une autonomie très large, bien supérieure à celle que le gouvernement envisage aujourd’hui pour la Corse. Le vote provincial conditionne ainsi directement l’avenir politique du Caillou.

Unité des loyalistes, division des indépendantistes 

Dans ce contexte, les loyalistes ont choisi l’unité. Après des années de divisions, ils se présentent rassemblés ou coordonnés dans les trois provinces, convaincus que seule une cohésion solide leur permettrait d’être la première force politique dans le futur Congrès et de défendre la place de la Nouvelle‑Calédonie dans la République. Leur discours insiste sur l’injustice persistante du gel électoral, même après la réintégration des 10 000 natifs, et sur la nécessité de rétablir une démocratie pleinement représentative.

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En face, le camp indépendantiste arrive profondément divisé, et ces fractures sont directement liées aux négociations nationales. Les discussions de Bougival, puis celles menées à Oudinot‑Élysée, ont révélé des divergences stratégiques majeures entre les composantes du FLNKS, le Front de libération nationale kanak socialiste. 

Indépendance ou compromis ? 

Certaines (Palika, UNI) étaient prêtes à accepter un compromis institutionnel pour sortir de l’impasse actuelle, tandis que d’autres (Union Calédonienne) refusaient tout accord qui ne garantissait pas une trajectoire vers l’indépendance. Le compromis trouvé entre loyalistes et une partie des indépendantistes a finalement été rejeté par l’Assemblée nationale, accentuant encore les tensions internes.

Dans les provinces, ces dynamiques se traduisent directement dans les candidatures. Au Sud, la province la plus peuplée, la plus dynamique au plan économique et traditionnellement favorable au maintien dans la France, les loyalistes, conduits par Sonia Backès suivi de Nicolas Metzdorf, apparaissent unis tandis que les indépendantistes se présentent très divisés, au point que certains pourraient ne pas franchir le seuil électoral de 5 % nécessaire pour entrer dans la répartition proportionnelle des sièges. 

Au Nord comme dans les Îles Loyauté, dominées par les indépendantistes, les rivalités internes ne devraient pas bouleverser l’équilibre global, mais elles permettront de mesurer le rapport de force interne au camp indépendantiste, un élément clé pour les futures discussions institutionnelles avec la France. Il faudra aussi suivre le résultat des autres listes, notamment L’Eveil calédonien, pour lequel vote essentiellement des populations mélanésiennes non kanak.

Pour les loyalistes, un des enjeux est de montrer que la Nouvelle‑Calédonie ne peut avancer avec un corps électoral figé qui prive une partie de ses habitants de leur voix. Pour les indépendantistes, il s’agit de voir qui l’emportera entre les partisans d’un compromis avec la France maintenant ouverte la possibilité de l’indépendance, et ceux qui l’exigent immédiatement. En fonction du résultat, un compromis entre les indépendantistes et les loyalistes et un accord avec la République sera peut-être possible… ou pas.

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