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Que disait la loi de 1803 sur les prénoms dont parle Zemmour?

Les prénoms de la discorde

Que disait la loi de 1803 sur les prénoms dont parle Zemmour?
Merci à Jacques, de Forbach, qui nous a envoyé ces faire-part extraits du "Républicain Lorrain".

La polémique sur les prénoms “français” est l’occasion de revenir sur la fameuse loi de 1803. Edictée par Bonaparte, elle visait davantage à mettre un terme au joyeux foutoir hérité de la Révolution qu’à affirmer une identité nationale.


Zemmour entend donc relancer l’assimilation en encadrant par la loi le prénom des futurs jeunes Français. Son modèle, c’est la loi de 1803, dite aussi loi du 11 germinal an XI, qui n’autorisait que « les prénoms en usage dans les différents calendriers » et « ceux des personnages connus de l’histoire ancienne ». La France, sous le Consulat, ne connaissait pas une vague de Kevin, Mohamed, Emir ou Taoufik, mais une foultitude de prénoms tout droit sortis du calendrier révolutionnaire. Ce petit chef-d’œuvre, que l’on doit au poète républicain Fabre d’Églantine (qui finira coupé en deux en 1794), associait aux jours de la semaine, au fil des mois, des noms de plantes, d’outils et d’animaux. Il était ainsi possible de prénommer son enfant Potiron, s’il naissait le 13 vendémiaire, Salsifis, s’il venait au monde le 11 brumaire ou encore Fumier, Réglisse, Râteau, Carpe, Écrevisse ou Corbeille d’or selon les saisons. Si le consul Bonaparte souhaitait peut-être brider cette débauche de fantaisies, il voulait surtout en finir avec un héritage direct de la Révolution qui faisait sortir des nurseries des petits Marat, Robespierre, Barras, Brutus ou Montagnarde… À la veille de l’avènement du Premier Empire, de tels prénoms suscitaient la même impression désagréable que font naître, aujourd’hui, des petits Djihad ou Oussama.

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Sensible à l’évolution de la société, le général de Gaulle assouplit la loi, en 1966. Dans sa circulaire, le ministre de la Justice d’alors, Jean Foyer, écrit : « La force de la coutume a élargi les limites initialement assignées à la recevabilité des prénoms. Ces considérations militent en faveur de l’admission des prénoms coraniques pour les enfants de Français musulmans. » Mais il ajoute : « Il y aurait intérêt à ce que l’officier d’état civil conseille discrètement aux parents d’adjoindre un prénom français au prénom coranique de leur enfant afin de permettre une meilleure intégration de l’intéressé. » La loi de 1803 connaît son chant du cygne. En 1993, le gouvernement socialiste de Pierre Bérégovoy abroge le texte de Bonaparte pour consacrer le principe de liberté dans le choix du prénom.

Ce que dit la loi 

Aujourd’hui, les parents ont toute liberté, ou presque. Selon la loi, un prénom ne doit pas être contraire à l’intérêt de l’enfant (un prénom ridicule ou grossier). Il doit respecter le droit d’une autre personne à voir protéger son nom de famille (ne pas choisir comme prénom le patronyme d’une vedette), et si l’enfant porte le nom d’un seul de ses parents, il ne peut avoir comme prénom le nom de l’autre parent (l’enfant de M. Dupont et de Mme Bernard ne peut pas s’appeler Bernard Dupont).

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Piocher un nom dans le calendrier a fait naître quelques Fêtenat, sous certaines latitudes. Il y a une dizaine d’années, j’ai croisé, dans un pays d’Afrique, un pasteur qui se prénommait Jean-Gabin, et qui s’est montré incrédule lorsque j’ai voulu lui parler de celui qui avait inspiré son baptême. Il est aussi chez nous des exemples réjouissants. Prenant vraisemblablement au pied de la lettre le texte de loi, « les parents choisissent librement le ou les prénoms de l’enfant. Il n’y a pas de liste de prénoms autorisés », le designer Philippe Starck a ainsi prénommé les siens Ara, Oa, K, Largo et Justice. À vous de deviner leur sexe.

D.R.

Novembre 2021 - Causeur #95

Article extrait du Magazine Causeur


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Journaliste. Dernière publication "Capitale" (Les éditions du Cerf, 2021)

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