L’UDI va-t-elle manger l’UMP ? En pleine crise ouverte à droite, le parti de Jean-Louis Borloo aimerait bien prendre le leadership de l’opposition. Hasard du calendrier, Borloo inaugurait ce mercredi le nouveau siège de son parti. Et il  a lancé au sujet de l’UMP : « Nous ne nous réjouissons pas de la situation de notre partenaire de coalition. Force est de constater qu’en l’absence de l’UDI, créée avant la situation actuelle, il n’y aurait pas de force crédible et sereine d’alternance ». « Jean-Louis Borloo va piloter de fait l’alternance. Quoiqu’il arrive, l’UMP n’est plus en capacité de prendre  le leadership », a martelé Yves Jégo, vice-président de l’UDI.

Pour l’heure, parmi les défections, on compte deux députés : l’ex-ministre Pierre Méhaignerie et le député de la Mayenne Yannick Favennec. La sénatrice Chantal Jouanno avait également quitté l’UMP pour l’UDI mais bien avant la crise actuelle. L’UDI annonce également jusqu’à 1000 adhérents UMP par jour qui arrivent dans ses rangs. La crainte d’une droitisation de l’UMP sauce Copé, le dégoût des militants, autant de facteurs sur lesquels mise l’UDI pour rafler la mise. Borloo a d’ores et déjà annoncé que son parti sera « largement » devant l’UMP aux européennes.

Dans la tête de Borloo, il y a sûrement le souvenir de 1999. Lors des européennes, la liste RPR-DL menée par un certain Nicolas Sarkozy a été devancée par la liste Pasqua-Villiers (13,05% contre 12,82%). La droite était alors divisée et en pleine crise, subissant les contre-coups de sa défaite aux législatives de 1997, c’était l’époque de « la droite la plus bête du monde ». Lors des régionales 98, la droite doit son maintien à l’appui du FN dans certains conseils régionaux, mais perd la région Paca et l’Ile-de-France. En avril 1999, peu avant les européennes, Philippe Séguin, n’arrivant pas à constituer sa liste, démissionne de la présidence du RPR et laisse sa place à Nicolas Sarkozy. Sans résultat, Pasqua, avec sa liste dissidente, devient la première force à droite.

Vu comme cela, un boulevard s’est ouvert pour Borloo. D’autant plus que la crise actuelle de l’UMP dépasse celle du RPR de 1999. Mais plusieurs obstacles se dressent encore devant lui.
D’ordre idéologique, d’une part. La liste Pasqua-de Villiers, deux opposants à Maastricht, s’appuyait sur une attitude très critique à l’égard de l’Europe. En plein processus de passage à l’Euro, l’euroscepticisme de nombreux électeurs de droite à permis à l’ex-ministre de l’Intérieur de faire un joli score.
À l’inverse, qu’est-ce qui sépare Borloo et l’UMP ? Sur l’Europe, pas grand chose. Idem sur l’économie. Certes, à l’UDI, on se montre critique au sujet des positions sur la sécurité et l’immigration de l’UMP, mais cela suffit-il à constituer un clivage ? Et Borloo pourrait-il rompre avec le discours droitier de Copé et autres sans passer pour un suppôt du PS ? En se montrant critique avec la Constitution européenne, Pasqua avait réussi à rompre tant avec la gauche qu’avec le RPR.

D’autre part, il ne suffit pas de partir en échappée, encore faut-il avoir des ressources pour gagner le sprint final. Si en 1999, Pasqua a réussi à battre le RPR, ce sera son seul et unique coup d’éclat. Et le RPR renaîtra de ses cendres. En 1999, Michèle Alliot-Marie est élue à la tête du RPR, contre le candidat de Chirac Jean-Paul Delevoye et un certain François Fillon, entre autres prétendants. En 2001, lors des municipales, la droite perd Paris et Lyon mais dépasse la gauche à l’échelle nationale. En 2002, Jospin n’est pas qualifié pour le second tour et la droite regagne le pouvoir. Nicolas Sarkozy devient ministre de l’Intérieur et connaîtra le destin que l’on sait. Charles Pasqua, quant à lui, rompra avec Villiers, puis renoncera à se présenter à la présidentielle 2002.
En cela, Borloo a-t-il les ressources pour conquérir et asseoir son leadership sur l’UMP ? L’UDI est elle-même minée par les divisions entre ses différentes composantes : le Nouveau Centre, la FED de Jean-Christophe Lagarde, les radicaux… L’UDI manque aussi de vrais cadres : en dehors de Borloo, qui peut-on citer comme leaders médiatiques du parti ? De plus, malgré la scission des fillonistes, l’UMP compte encore un solide réseau d’élus locaux et de parlementaires. Et hormis Méhaignerie et Favennec, on compte encore peu de départs au sein de l’UMP. Jean-Pierre Raffarin, figure des centristes de l’UMP et fervent soutien de Copé, n’a pas l’intention de rendre sa carte.

Quitter l’UMP pour un député, c’est prendre le risque de voir un candidat UMP se présenter contre soi aux prochaines élections et donc mettre sa place en danger. C’est surtout quitter le seul parti capable de mener l’alternance pour la prochaine présidentielle. En effet, si Borloo peut faire la nique à l’UMP aux européennes, ira-t-il pour autant jusqu’à se présenter en 2012 contre le candidat de l’UMP ? On se souvient du psychodrame de la dernière élection. Borloo avait finalement renoncé à se présenter après avoir ouvert son QG de campagne et joué les gros bras contre Sarkozy. Un manque d’ambition sans doute.

Le moment Borloo est donc plus fugace qu’on ne le croit. Mais il constitue un joli feuilleton pour journalistes politiques non rassasiés par l’UMP. On a les distractions qu’on peut.

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