Le grotesque et le burlesque ont leurs lettres de noblesse. Quelques films d’Hollywood en témoignent avec les chefs-d’œuvre des Marx Brothers et de Charlot. Mais les Républicains préfèrent l’absurde. Dans ce domaine, il y a un modèle sublime et indépassable : le père Ubu.

Mépris des électeurs…

Mais pour arriver à sa hauteur il faut avoir le génie d’Alfred Jarry. Du père Ubu, roi de l’absurde, les petits pères Ubu des Républicains sont les rejetons tristes et pathétiques. Ils n’aiment pas Emmanuel Macron ? Qu’à cela ne tienne ! Ils ont, à quelques exceptions près, appelé à voter pour lui ! Ils n’aiment pas Emmanuel Macron ? Eh bien dès sa victoire assurée (en parti grâce à eux), ils disent vouloir le combattre férocement. Aux législatives ça va saigner : il va voir ce qu’il va voir !

La schizophrénie des Républicains épargne quelques-uns d’entre eux. Ceux qui ont franchi le pas et se sont blottis contre le nouvel astre. Entre autres, Bruno Le Maire et Edouard Philippe, le député-maire LR du Havre. Ils arrivent à se convaincre – selon la méthode Coué – que Macron est de droite. A l’autre bord de l’échiquier politique ils sont encore plus nombreux – députés, maires, ex-ministres – à se persuader que Macron est de gauche. Seul ce pauvre Bayrou pense qu’il est centriste.

… et record de bulletins blancs

Que des Républicains tournent autour de Macron comme des papillons de nuit hypnotisés par la lumière est, à la limite, de peu d’importance. C’est affaire de convenance personnelle ou de piètres arrangements pour grignoter quelques miettes du pouvoir. Bien plus grave est le dédain manifesté pour leurs électeurs. Ceux-ci ont-ils votés pour Macron que ces mêmes Républicains présentaient il y a peu comme l’héritier et le fils légitime de François Hollande ? Comment peuvent-ils accepter qu’on leur ait intimé – Juppé en tête – de voter pour Macron et que maintenant on leur dise de voter contre ?

Le cynisme en politique est une vertu quand il accompagne un grand dessein. De Gaulle puis Mitterrand surent froidement s’en servir. Cela leur fut pardonné car ils avaient une vision de la France et du monde. Mais peut-on comparer des nains à des géants ? Nos petits Ubus de la droite finissante ne laisseront aucune trace dans l’Histoire. Sauf celle de manœuvriers sans convictions et sans envergure.

Et maintenant que la grande peur – attisée et fabriquée par eux – de voir Marine Le Pen élue s’est estompée il faudra, au moment des législatives, regarder au fond des urnes. On y trouvera sûrement autant, et même peut-être plus, de bulletins blancs et nuls que lors de la présidentielle (12%, un record !). Ces suffrages ne seront pas comptabilisés dans les suffrages exprimés. Ils n’en n’exprimeront pas moins un fort sentiment de dégoût et de rejet.