Nombreux sont nos concitoyens qui mettent leur espérance dans l’avènement d’un homme providentiel (ou d’une femme providentielle) capable de nous sortir de la mauvaise passe politique et même civilisationnelle dans laquelle nous sommes tombés. Ils citent de Gaulle et Napoléon en invitant les jeunes générations à prendre exemple sur eux. Problème, notre culture contemporaine ne produit plus les fortes personnalités à même d’endosser les rôles joués par les grands hommes du passé. Le regard de Philippe Bilger.
Nous ne manquons pas d’exemples et, chaque été, « ces Grands Hommes qui ont fait la France et qui nous manquent tant aujourd’hui » nous reviennent comme une espérance, un remords ou un regret.
Cette année, Le Figaro Magazine a respecté cette tradition et une remarquable analyse d’Arnaud Teyssier nous propose une nostalgie historique fondée sur le cardinal de Richelieu, Napoléon Bonaparte et Charles de Gaulle.
Malgré ce procédé qui consiste à admirer des personnalités exceptionnelles, emblématiques, et à considérer qu’il suffit de les
imiter en adaptant notre comportement à notre époque, l’expérience démontre que la crise est beaucoup plus profonde et la difficulté bien plus complexe à résoudre.
Quand Arnaud Teyssier écrit : « Tout le monde ne peut se hisser à la hauteur de Richelieu ou de De Gaulle, mais il n’est pas interdit de s’en inspirer en usant des mêmes ressorts : la volonté, le courage, la fermeté dans le dessein. Et le caractère », on ne peut que l’approuver totalement, parce qu’il postule que nous disposons d’une génération politique, jeune ou moins jeune, dont le seul devoir serait de pratiquer les vertus de ses glorieux prédécesseurs et, ainsi, de s’inscrire aisément dans leur lignée.
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Alors qu’il me semble – et ce n’est pas tomber dans un pessimisme dévastateur – que la crise actuelle tient précisément à la
raréfaction, voire à l’absence, de personnalités en capacité de mettre en œuvre les ressorts dont Arnaud Teyssier estime, à juste titre, qu’ils sont fondamentaux pour espérer sauver la France.
Au fond, s’il suffisait de copier les gloires du passé, demeurées dans notre mémoire ou notre mythologie, la vie publique retrouverait vite tenue, cohérence, rectitude et efficacité. Mais, désormais, nous sommes à la recherche d’hommes ou de femmes dont le capital humain, intellectuel et moral serait suffisamment solide pour nous laisser croire à la possibilité d’une simple imitation des phares d’autrefois.
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Au risque d’abuser de cette citation, une des explications réside sans doute dans cette affirmation de De Gaulle : « La meilleure école du commandement est la culture générale », mais probablement aussi dans le triste constat d’une perte d’énergie, d’intelligence et d’audace, tant au plus haut niveau que dans le commun.
Raisonner comme si nous disposions aujourd’hui des remèdes permettant de faire revivre le passé, sur le plan historique, est une illusion. Le futur est justement angoissant parce que les exemples ne suffisent plus et que nous avons à rechercher désespérément notre propre chemin.
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