En France, il y eut Charles de Gaulle le général et il y eut l’homme d’État, président de la république. Pour les Québécois, il y eut Charles de Gaulle, héros politique du Québec. En criant « Vive le Québec libre ! » à Montréal, De Gaulle resserra les liens entre les francophones de France et ceux d’outre-Atlantique, au risque de froisser le gouvernement canadien.
Dans le cadre de l’exposition universelle de 1967 à Montréal, Charles de Gaulle accepta l’invitation du Premier ministre québécois après avoir refusé celle du Canada dans le cadre du centenaire de la fédération canadienne fondée en 1867.
Symboliquement, de Gaulle choisit de faire la traversée de l’Atlantique à bord du navire le Colbert et d’arriver à Québec le 23 juillet 1967. Le 24 juillet, il choisit, aussi symboliquement, de faire le trajet de Québec à Montréal en voiture en empruntant le chemin du Roy, en s’arrêtant dans différentes villes, en saluant tout au long de sa route les centaines de milliers de Québécois qui affichaient les couleurs de la France et la fleur de lys en chantant La Marseillaise, avant d’atteindre sa destination : l’hôtel de ville de Montréal.
La déclaration du balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal
Les dizaines de milliers de Québécois venus l’accueillir manifestèrent bruyamment lorsque de Gaulle apparut au balcon de l’hôtel de ville. Soulevé par cet enthousiasme, de Gaulle sentit une responsabilité de ne pas les décevoir :
« Je vais vous confier un secret que vous ne répéterez pas : ce soir ici, et tout au long de ma route, je me suis trouvé dans une atmosphère du même genre que celle de la Libération.
C’est pourquoi je me permets de vous dire : Vive Montréal ! Vive le Québec ! Vive le Québec libre ! Vive le Canada français ! Et Vive la France ! »
La réaction diplomatique
Cette déclaration créa un choc diplomatique. Le gouvernement canadien accusa de Gaulle de s’ingérer dans les affaires intérieures du Canada. Le Premier ministre canadien annula sa rencontre avec de Gaulle et celui-ci écourta son voyage sans effectuer la visite officielle prévue à Ottawa.
En France, la déclaration suscita un débat. Certains applaudirent le geste, alors que d’autres le jugèrent imprudent dans le cadre des relations avec le Canada.
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Tout laisse croire que la déclaration n’était pas improvisée. Dans une conférence de presse du 23 novembre 1967 à l’Élysée, de Gaulle fit un long exposé sur ces Français qui avaient franchi l’Atlantique pour fonder la Nouvelle-France et qui « par un miracle de vitalité » étaient devenus plus de 6 millions. De Gaulle croyait profondément que la France avait la responsabilité d’accompagner ces Français du Canada abandonnés sous Louis XV à s’affranchir de la domination britannique afin d’éviter l’assimilation et d’aspirer à une émancipation.
Sans officiellement reconnaître l’indépendance du Québec, la France développa par la suite une relation privilégiée avec le Québec résumée dans la formule de « non-ingérence, non-indifférence ».
Les liens historiques
Pour de Gaulle, cette déclaration prit la forme d’un Appel du 24 juillet 1967. Elle appelait les Français à se libérer du joug britannique. Elle visait le rassemblement de tous les Français des deux côtés de l’Atlantique.
Ce rassemblement souhaité avait débuté dès les années 1960 sous son impulsion afin d’accompagner les Québécois dans la construction d’un État français en Amérique.
Malgré l’abandon des Français du Canada aux Britanniques en 1763, les liens entre la France et les Québécois ne furent jamais rompus. Les XVIIIe et XIXe siècles permirent à plusieurs Canadiens-français d’être formés en France et de ramener au Québec une expertise et des idées républicaines. Ce fut l’émergence d’une élite consciente de ses origines latines et françaises.
Dans sa déclaration, de Gaulle voulait réparer cet abandon et effacer cette erreur historique.
L’impact de cette déclaration
Cette déclaration donna un puissant élan aux mouvements souverainistes québécois. À une époque où la Révolution tranquille transformait profondément la société québécoise, les paroles de de Gaulle renforcèrent le sentiment de confiance collective et l’idée que le Québec pouvait aspirer à une société française en Amérique.
L’année suivante fut fondée le Parti Québécois qui accéda pouvoir en 1976 : l’article premier de son programme était le détachement politique du Canada.
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Le « Vive le Québec libre » est devenu la phrase la plus célèbre de l’histoire du Québec. Aujourd’hui encore, elle demeure un symbole puissant de la volonté de certains Québécois de s’affranchir de la domination anglo-saxonne canadienne.
Cette déclaration propulsa le Québec sur la scène internationale et constitua un éveil sur l’existence d’un peuple français en Amérique. Elle donna lieu à une reconnaissance internationale.
Le 24 juillet 1967, Charles de Gaulle entrait dans la légende en devenant un héros politique du Québec !
Le 24 juillet 2027, le Québec commémorera le 60e anniversaire de la Déclaration de Charles de Gaulle.
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