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L’Europe du déni d’Ursula von der Leyen

Alain Destexhe joue cartes sur table


L’Europe du déni d’Ursula von der Leyen
La présidente de la Commission Ursula Van der Leyen prononce son son discours annuel sur l’état de l’Union au Parlement européen. Derrière elle, le Premier ministre canadien, Strasbourg, 16 septembre 2026 © Pascal Bastien/AP/SIPA

La présidente de la Commission européenne a prononcé, mercredi matin, son discours annuel sur l’état de l’Union devant le Parlement européen. «Dans un monde fragile comme du verre, la seule souveraineté qui vaille est celle que l’Europe offre aux Européens» a-t-elle notamment déclaré. Que faut-il en retenir?


Le discours qu’Ursula von der Leyen a prononcé le 16 septembre devant le Parlement européen est proprement « négationniste », au sens où la présidente de la Commission nie l’état catastrophique de l’Union, sa faible présence dans les domaines qui compteront demain, le coût délirant de son énergie et le peu d’adhésion des citoyens au projet qu’elle défend.

« C’est une Europe qui assure sa prospérité », affirme-t-elle, alors que le différentiel ne cesse de s’accroître avec les États-Unis et la Chine. Elle prétend préserver « un modèle social unique au monde », alors que la désindustrialisation progresse et que ce modèle devient insoutenable. Quant à « la seule souveraineté qui vaille », celle que « l’Europe offre aux Européens », elle est posée comme une évidence, alors qu’une grande partie des peuples européens ne veut pas d’une souveraineté européenne substituée à la sienne.

Mme von der Leyen prétend réduire les formalités administratives, alors que la Commission est elle-même à l’origine d’une bureaucratisation massive de l’économie. Malgré des prix de l’énergie plusieurs fois supérieurs à ceux des États-Unis ou de la Chine, elle persiste : « L’Europe peut, doit et va maintenir le cap sur ses objectifs climatiques. » La neutralité carbone sera poursuivie, quand bien même elle ruinerait l’industrie et les citoyens européens.

Réglementer ce que l’Europe ne produit plus

Même déni sur l’intelligence artificielle. L’Europe accuse un retard considérable, mais la Commission veut être « à même de façonner la réglementation à l’échelle mondiale ». Faute de dominer les technologies de demain, elle se convainc qu’elle reste une puissance parce qu’elle les réglemente.

Mme von der Leyen se vante du « tout premier règlement sur le logement abordable », alors que la Commission n’a pas de compétence en la matière, pas plus qu’en matière de défense : nouvelle stratégie annoncée, collaboration accrue avec l’OTAN.

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En filigrane, de nouvelles dépenses attendues pour l’Ukraine et, bien entendu, la poursuite de l’élargissement, à commencer par l’Ukraine et la Moldavie, sans se demander si les peuples européens le souhaitent. La Commission le veut. Ainsi soit-il.

Gaza, Ceuta et immigration

Pas un mot critique sur l’Iran et les pays musulmans, dont aucun n’est démocratique. Israël, en revanche, en prend pour son grade, sans une seule mention du 7 octobre. « Les grandes souffrances à Gaza et la violence incontrôlée des colons en Cisjordanie ont profondément affecté les Européens », affirme-t-elle dans une curieuse généralisation. L’Union promet près d’un milliard d’euros (!) pour reconstruire Gaza et soutenir une « Autorité palestinienne moderne », dont on ne voit ni la légitimité ni les contours.

Elle affiche un soutien hypocrite à Ceuta, tout en présentant, contre l’évidence, le pacte sur l’asile et la migration comme une réponse satisfaisante. Elle annonce encore une initiative « compétences et emploi pour la jeunesse méditerranéenne », comprenons celle du Sud de la Méditerranée. Elle réaffirme son attachement à Schengen, sans mentionner le problème que pose la naturalisation de plus d’un demi-million d’immigrés en situation irrégulière en Espagne, qui auront alors accès à cet espace.

Ceuta, Espagne, 31 juillet 2026 © Antonio Sempere/AP/SIPA

Une opposition systématiquement disqualifiée

Mais le plus inquiétant est sans doute que l’opposition à ce projet européen n’est plus décrite comme légitime, mais comme le fait des « relais et des marionnettes des régimes autoritaires ». Ses adversaires deviennent des « ultranationalistes, des anti-européens, les victimes de l’ingérence russe et de la désinformation ». Dans un langage typiquement orwellien, Mme von der Leyen se félicite même des progrès d’un « Centre européen pour la résilience démocratique » !

A relire, du même auteur: Lindsay Clancy: « N’importe laquelle d’entre nous »?

Mme von der Leyen annonce enfin la quasi-interdiction des réseaux sociaux avant quinze ans. L’Europe est en régente : elle se substitue aux parents et décide à la place des citoyens. Mais l’offensive dépasse déjà les mineurs : puisque « la conception addictive n’épargne personne », il faudrait un « cadre plus large avec un règlement sur l’équité numérique » annoncé pour l’automne.

L’avant-garde européenne nous conduira

En résumé, Ursula von der Leyen apparaît déconnectée des préoccupations d’une grande partie des Européens. Son Europe technocratique et bureaucratique avance à marche forcée, refusant toute remise en cause de sa direction.

L’élargissement aura lieu, que les peuples le veuillent ou non. L’agenda climatique sera poursuivi, que l’industrie européenne en meure ou non. L’Europe réglementera, qu’elle enterre sa compétitivité ou non. Le contrôle des réseaux sociaux progressera, qu’il porte atteinte aux libertés ou non. Peu importe. L’élite européenne se comporte de plus en plus comme cette avant-garde marxiste-léniniste qui prétendait connaître le sens de l’Histoire et conduire les peuples vers un avenir radieux. Avec les conséquences que l’on sait. L’« EURSS » mérite plus que jamais son nom !



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