Paris (AFP) – Le parti centriste du nouveau président français Emmanuel Macron se dirige vers une victoire écrasante aux législatives, après avoir pulvérisé les partis traditionnels au premier tour de dimanche marqué par une abstention record.

Le mouvement présidentiel, La République En Marche (LREM) et ses alliés centristes, forts de 32,2 à 32,9% des voix, raviraient au second tour dimanche prochain entre 390 et 445 des 577 sièges de l’Assemblée nationale, très nettement au-dessus de la majorité absolue (289 élus), selon les premières estimations par sièges des instituts de sondage à 18H00 GMT.

Un score retentissant pour ce mouvement qui n’existait pas il y a encore un an et a réussi à laminer les partis traditionnels de gauche et de droite se partageant le pouvoir en France depuis 60 ans.

La droite (entre 20,9 et 21,5% des voix), qui espérait en début de campagne priver le président Macron de majorité et le forcer à la cohabitation, terminerait avec 80 à 132 élus. Un score « décevant pour notre famille politique », a convenu l’ancien président de l’Assemblée Bernard Accoyer.

A gauche, le Parti socialiste du président sortant François Hollande, qui contrôlait la moitié de l’Assemblée sortante, s’effondrerait autour de 15 à 40 sièges, « un recul sans précédent », a reconnu le chef de file du PS Jean-Christophe Cambadélis.

Camouflet également pour le parti d’extrême droite Front national (FN), dont la patronne Marine Le Pen s’était hissée il y a un mois au second tour de la présidentielle contre Emmanuel Macron: les projections donnent seulement 1 à 10 sièges au FN au sein de la nouvelle Assemblée.

Pour le FN, c’est « une déception », a reconnu son vice-président Florian Philippot. Ce chiffre n’est pas suffisant pour constituer un groupe parlementaire et avoir une influence réelle au sein de l’Assemblée. En 2012, le parti anti-immigration et europhobe avait obtenu 2 sièges.

Abstention record

Mme Le Pen, arrivée « largement en tête » dans sa circonscription du nord de la France, a centré sa riposte sur le « taux d’abstention catastrophique » et appelé les « électeurs patriotes » à une « forte mobilisation » au second tour.

A l’autre extrême, la gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon obtiendrait, elle, 10 à 23 fauteuils bien en-deça de ses espoirs après sa percée au premier tour de la présidentielle.

Ces élections n’ont pas réussi à mobiliser les Français. Pour la première fois depuis près de 60 ans, l’abstention dépasserait la barre des 50% au premier tour des législatives.

« Les électeurs ont le sentiment que les jeux sont faits après la présidentielle, et se disent +à quoi bon aller voter+ », selon Frédéric Dabi, directeur adjoint de l’institut de sondage Ifop.

« Malgré l’abstention, le message des Français est sans ambiguïté », s’est félicité le Premier ministre français Edouard Philippe. « Vous avez été des millions à confirmer votre attachement au projet de renouvellement, de rassemblement et de reconquête du président de la République », a-t-il dit.

Renouvellement historique en vue

La déferlante en vue du camp de M. Macron vient confirmer la soif de renouvellement politique des Français, qui ont éliminé à l’élection présidentielle les ténors des partis traditionnels au profit d’un homme de 39 ans encore inconnu de tous il y a quelques années, qui a formé un gouvernement mêlant personnalités de droite, de gauche et de la société civile.

L’Assemblée nationale sera en tout état de cause profondément renouvelée à l’issue du second tour dimanche prochain: quelque 224 députés sortants ne se représentaient pas.

En outre, parmi les 530 candidats investis par La République en Marche, un grand nombre sont des citoyens jamais élus et originaires d’horizons variés : torera, mathématicien, pilote de chasse, etc.

Leur manque de notoriété ou d’expérience ne les empêche pas d’avoir le vent en poupe, portés par la popularité du nouveau chef de l’Etat français, qui connaît un indéniable état de grâce en ce début de quinquennat.

Premiers pas jugés réussis sur la scène internationale face aux poids lourds Donald Trump, Angela Merkel et Vladimir Poutine, confiance des investisseurs, cote au beau fixe auprès des Français… Le président pro-européen bénéficie d’une véritable « Macronmania ».

Fort d’une probable solide majorité à l’Assemblée, Emmanuel Macron aura les mains libres pour appliquer son programme de réformes sociales-libérales : moralisation d’une vie politique minée par les affaires, assouplissement du droit du travail – au risque de s’attirer les foudres des syndicats – ou encore réduction des déficits publics, pour se conformer aux règles européennes.

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