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La revanche d’Olivier Debré

Olivier Debré et le Théâtre de la Ville vont-ils finir par se réconcilier ?


La revanche d’Olivier Debré

« La Peinture en scène. Olivier Debré », exposition à l’Institut de France jusqu’au 27 septembre


Le peintre Olivier Debré (1920-1999) était membre de l’Académie des Beaux-Arts. Et celle-ci lui consacre une exposition à l’Institut de France, quai de Conti.

Le peintre Olivier Debré (C) François Poivret

Des fragments d’infini

Dans les salles dites de la Comtesse de Caen, situées dans l’aile droite de l’ancien Collège des Quatre Nations,  l’Académie des Beaux-Arts, comme elle l’avait fait récemment pour le plasticien Guy de Rougemont, expose des maquettes d’Olivier Debré conçues alors qu’on lui avait commandé de composer les rideaux de scène de trois théâtres de premier plan.

On y découvre divers projets imaginés successivement pour le rideau de scène du Théâtre Français (1987), de magnifiques envolées de couleurs éclatantes qui balayent de façon épique l’étendue des toiles et ressemblent à des fragments d’infini.

(C) Patrick Rimond / Académie des beaux-arts

Dans le même esprit, elles se déclinent également pour les rideaux de scène de l’Opéra de Hong Kong et de l’Opéra de Shanghai, imposante réalisation de l’architecte français Jean-Marie Charpentier, inaugurée en 1998, et autrement plus belle et plus majestueuse que ce déplorable Opéra de la Bastille dont Paris a hérité.

Décor onirique

A l’Institut, l’exiguïté des salles d’exposition ne permet pas de dévoiler les maquettes d’une autre magnifique réalisation d’Olivier Debré pour le théâtre : cette scénographie spectaculaire imaginée pour Signes, chorégraphie de Carolyn Carlson portée à la scène par le Ballet de l’Opéra de Paris en 1997.   Une réussite telle, autant pour le décor onirique et les costumes de Debré que pour la réalisation de Carlson, que l’ouvrage sera repris six fois sur la scène de la Bastille pour lequel il a été monté. Il aura fait de surcroît l’objet d’une grande tournée au Japon.

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Pourtant, cette réussite incontestable se fit dans la fureur, au prix de beaucoup d’animosité entre le peintre et la chorégraphe… ce qui renforce l’idée que c’est dans la douleur qu’éclosent parfois les oeuvres les plus accomplies.

Un fallacieux prétexte

Douleur encore du côté du Théâtre des Abbesses pour lequel Olivier Debré reçut commande de la mairie de Paris afin d’habiller de ses belles peintures  les parois circulaires de la salle. Une réalisation voulue pour magnifier les lieux et dilater un espace aux dimensions assez réduites. Mais une réalisation qui a subi dès les origines un irréparable outrage. Attribué à juste titre au Théâtre de la Ville afin qu’il puisse développer une programmation déjà très opulente, le Théâtre des Abbesses verra bientôt le beau décor de la salle  entièrement occulté par de déplorables rideaux de velours gris.  Et cela sous le fallacieux prétexte que ce décor coloré perturbait la vision de spectateur et son rapport  à la scène alors que, plongé dans la pénombre durant les représentations, il ne peut en aucun cas déranger la majorité du public qui lui tourne immanquablement le dos. Ni même les artistes sur scène.

Plaintes du peintre, procès : rien n’y fit.

La justice souvent incompréhensible de ce pays pencha du côté de l’offenseur, le Théâtre de la Ville, lequel estimait que ce décor commandé par la municipalité bien avant que la salle des Abbesses ne lui soit attribuée, ne cadrait pas avec la destination des lieux. Cela sans doute parce que trois metteurs en scène faméliques et quatre chorégraphes fumeux auront poussé des cris d’orfraie à l’idée que l’éclat de telles peintures risquerait de porter préjudice à leurs discutables chefs d’œuvre.

Revoir ce beau décor d’Olivier Debré exposé à l’Institut eut constitué une bien savoureuse insolence face au Théâtre de la Ville devenu iconoclaste.

Est-ce pour se faire pardonner un gros péché que ce dernier, le 13 septembre prochain, programme Regards sur la peinture et la scène, un ensemble de textes rédigés par Antonin Artaud, Georges Banu, Samuel Beckett, Michel Butor ou Virgile Novarina et lus par les comédiens de la troupe de la place du Châtelet sur la scène du Théâtre des Abbesses ?


La Peinture en scène. Olivier Debré
Jusqu’au 27 septembre 2026.
Institut de France. Quai de Conti. Gratuit.



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