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Sa Majesté des cocus

Face à l'Iran, le président Trump découvre que l’Histoire n’est pas un parcours de golf, observe notre chroniqueur


Sa Majesté des cocus
Le président américain Donald Trump photographié lors d'une conférence de presse à Évian (74), le 17 juin 2026. Derrière lui, le Sécrétaire d'Etat Marco Rubio et son ministre des Finances Scott Bessent © Julia Demaree Nikhinson/AP/SIPA

J’ai cru, pendant quelques semaines, que l’Occident avait retrouvé quelque chose de sa colonne vertébrale. Les installations nucléaires iraniennes étaient frappées, les chefs militaires du régime éliminés, les réseaux régionaux de Téhéran désorganisés. Les mollahs vacillaient sur leurs tapis de prière sous les yeux éberlués de leurs opposants.

La politique de l’Amérique se fait-elle à la corbeille ?

Les experts expliquaient doctement que le régime traversait l’une des plus graves crises de son histoire. Les commentateurs parlaient de tournant stratégique. Les plus optimistes allaient jusqu’à imaginer que la République islamique pouvait enfin commencer à payer la facture de quarante-sept années de terrorisme, de chantage nucléaire et de guerre par procuration. Pour la première fois depuis longtemps, ceux qui financent le Hezbollah, le Hamas, les Houthis et toute la franchise islamiste régionale découvraient qu’il existe parfois un prix à payer pour ses actes.

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Puis Donald Trump est redevenu Donald Trump. Il a regardé le prix du brent, les cours de Wall Street, les sondages, et il a décidé qu’il était temps de signer un accord avec quiconque était supposé représenter l’Iran… Le résultat est, quoi qu’en disent les malins et les admirateurs, si médiocre pour les États-Unis qu’il en devient presque comique. Après avoir expliqué au monde entier que l’Iran représentait une menace existentielle, mobilisé la puissance militaire américaine et laissé croire que l’on allait enfin traiter le problème à sa racine, Washington accouche d’un texte dont chacun peut proclamer la victoire et dont personne ne comprend réellement l’utilité.

Que sont devenus les stocks d’uranium enrichi ? On l’ignore. Ce qu’il reste des capacités nucléaires ? On l’ignore. Les mécanismes de contrôle ? On les cherche encore. En revanche, une certitude demeure : le régime est toujours debout, et c’était précisément son seul objectif. Les mollahs et les Gardiens de la Révolution ont perdu des hommes, des installations et des positions, mais ils ont conservé l’essentiel : le pouvoir. Or, dans une dictature révolutionnaire, survivre équivaut à gagner, et ce n’est certainement pas le mémorandum signé à Versailles qui démontrera le contraire.

Pathologie occidentale

Cette affaire dépasse d’ailleurs largement Donald Trump. Elle révèle une pathologie occidentale. Nous savons encore frapper, mais nous ne savons plus conclure. Nous remportons les batailles pour mieux sauver ceux que nous venons de vaincre. Comme si la victoire était devenue moralement suspecte. Comme si toute démonstration de force devait aussitôt être compensée par une négociation réparatrice. Trump ne pense pas comme un stratège, mais comme un promoteur. Il ne voit pas des ennemis, il voit des partenaires de négociation. Or certains régimes ne cherchent ni compromis ni bénéfice. Ils cherchent le temps; ils  cherchent la survie. Ils savent qu’une révolution qui demeure au pouvoir finit toujours par transformer sa simple existence en victoire politique.

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Chez Trump, il existe même une constante qui finit par ressembler à une doctrine : la fabrique des cocus. Il encourage ses alliés, les pousse en avant, les félicite, puis change brusquement de cap au nom d’une misérable « paix » de circonstance. Les Kurdes et les Ukrainiens en savent quelque chose. Les Israéliens viennent d’en faire l’expérience. Les Européens, eux, n’ont même plus besoin d’être surpris : ils tiennent désormais le rôle des cocus permanents de l’histoire américaine. Quant aux malheureux peuples iranien et libanais, ils demeurent les grands oubliés du grand marchandage pétrolier. Que pèsent leurs souffrances face à la libre circulation des tankers dans le détroit d’Ormuz ?

Nous jurons, mais un peu tard, qu’on ne nous y prendra plus…

Le trumpisme est probablement la première doctrine stratégique où l’allié découvre, presque toujours trop tard, qu’il n’était qu’un figurant dans un spectacle dont Trump est l’unique vedette. Cette obsession de la mise en scène confine parfois à la caricature. On se souvient de son arrivée tardive au dernier G7, faisant attendre les autres chefs d’État comme un monarque d’opérette persuadé que le retard est une forme de pouvoir. Puis vint ce tonitruant « I am the boss ». Tout était déjà là : la grossièreté prise pour du caractère, l’impolitesse confondue avec l’autorité, le rapport de force réduit à une posture. Trump adore être le patron. Le problème est qu’il paraît souvent davantage préoccupé par le rôle que par la fonction.

Le Tartarin de Mar-a-Lago avait promis d’écraser la menace iranienne. Il présente aujourd’hui un compromis dont les mollahs se félicitent déjà comme d’une victoire politique. Ce n’est pas seulement un mauvais deal. C’est une démonstration adressée au monde entier : il suffit désormais de survivre à la puissance américaine pour prétendre l’avoir vaincue. Moscou l’a compris. Pékin aussi. Les islamistes de tout poil plus vite encore. Tous retiennent la même leçon : l’Amérique possède toujours une force militaire sans égale, mais elle ne semble plus très certaine de vouloir s’en servir jusqu’au bout.

Donald Trump croit que tout a un prix : l’immobilier, le pétrole, les alliances, les guerres. Le problème est que certains adversaires ne raisonnent ni en dollars ni en points de sondage. Ils raisonnent en siècles, en martyrs, en empires et en revanche. Face à eux, un promoteur hédoniste, joueur de golf du week-end, découvre souvent trop tard que l’Histoire n’est pas une farce.



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