Photo : Damon Green

Parmi les questions qui vont structurer le débat politique au cours des prochaines années, le protectionnisme occupe une place centrale. N’étant bien évidemment pas tranché, il met en jeu des propositions contradictoires autour de la question plus générale de la mondialisation.

Parmi les arguments échangés, il en est un qui semble incontournable : « toutes les économies, développées ou en voie de développement, sont largement ouvertes à la mondialisation ». A l’appui de ce fait réputé incontestable, le taux d’ouverture. Ce ratio indique la part des exportations d’un pays rapportée à son PIB (Produit Intérieur Brut). A l’échelle mondiale, le taux moyen d’ouverture calculé par l’OMC est de 28%. Près d’un tiers de l’activité économique moyenne des Etats serait donc exportatrice. Autrement dit, engagée dans la mondialisation. En France, ce chiffre est de 25% : à sa lecture, on imagine que près d’un quart des Français travaillent pour l’exportation.

Mais, comme nous le signale Gilles Ardinat dans Le Monde diplomatique, c’est une supercherie. Car dans le calcul du taux d’ouverture, les exportations sont comptabilisées en termes de chiffre d’affaires (cumul des prix payés par les consommateurs étrangers), alors que le PIB comptabilise uniquement la valeur ajoutée de l’économie (la marge brute dégagée par les industries et les commerces), sans les chiffres d’affaires. Pour preuve, Singapour dispose selon l’OMC d’un taux d’ouverture de 196 % et exporte pour 357 milliards de dollars alors que son PIB n’atteint que les 182 milliards de dollars. On comprend là les limites d’un tel chiffre.

En fait, les entreprises exportatrices dégagent en moyenne une valeur ajoutée de 25% sur leur chiffre d’affaires exporté. La part de la valeur ajoutée dans les exportations rapportée à l’ensemble du PIB est donc 4 fois inférieure au taux d’ouverture officiel. On ne peut comparer que des choses comparables et le vrai taux d’ouverture des économies mondiales est en fait 4 fois inférieur à celui qui est utilisé dans les statistiques internationales. En d’autres termes, pour la France, le vrai taux correspond à 25% / 4 soit environ 6%.

Cela signifie que l’activité produite en France concerne à 94 % le marché intérieur français. Ce chiffre s’avère très proche de ceux des autres pays européens. Si l’on considère par ailleurs que parmi les 6% d’exportations françaises, plus de 70 % d’entre elles s’effectuent sur le marché européen, le taux d’ouverture extra-européen de la France n’est plus que de 2% (soit 30% de 6%). Autant dire que 98% de l’économie française concerne une activité interne au marché européen.

On peut remercier Le Monde diplo de nous avoir rappelé ces informations précieuses pour juger des débats futurs sur l’intérêt ou le prétendu danger d’un protectionnisme européen.

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