J’aime la galette, savez-vous comment…
Une galette des rois sans gluten est remboursée par la Sécurité sociale, apprend-on. L’écrivain anglais catholique Chesterton disait que le monde est plein d’idées catholiques devenues folles (comme la fraternité, devenue oubli de soi). La France est pleine d’idées sociales devenues folles. La nouvelle est rapportée par Louise de Maisonneuve du Figaro (qui l’a piquée à Paris-Normandie). Une société de Rouen propose une galette des rois sans gluten pour 18,95€. Pas donné, mais la Sécu vous rembourse 3,81€ (environ 20% du prix). Et si vous êtes diagnostiqué comme atteint de la maladie cœliaque ça marche aussi pour d’autres produits sans gluten dans une limite de 45 euros/mois (35€/enfant).
La démarche prend évidemment un peu de temps. Et un timbre. Une fois enregistré comme intolérant, vous détachez la vignette sur la galette (comme pour les médicaments autrefois) et l’envoyez à l’Assurance-maladie avec la preuve d’achat.
Voilà la promesse de futurs combats : exigeons le tiers-payant pour le sans-gluten. Et pourquoi pas pour le lait d’avoine de ma sœur qui s’est découvert une intolérance au lactose. Ou les yaourts des enfants obèses ? Et puis, pourquoi s’arrêter à la nourriture ? Allergique au nickel, je ne peux mettre aux oreilles que de l’or très pur. J’exige qu’on me rembourse mes boucles d’oreilles.
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On peut vivre sans boucle d’oreilles. Pas sans manger. Et les aliments sans gluten coûtent cher, me répliquera-t-on.
Vivre sans boucles d’oreilles ? Admettons, je n’ai pas essayé. En revanche on ne peut pas vivre sans vêtements ou chaussures, désolée. Faut-il aussi rembourser les habits des personnes de grande taille contraintes au sur-mesure ?
La Sécurité sociale n’est pas une nounou chargée de régler tous nos petits bobos et problèmes, d’assurer toutes nos petites manies, mais l’expression de la solidarité nationale face à la maladie. Elle n’a pas pour mission d’assurer une égalité parfaite entre l’intolérant au gluten et celui qui ne l’est pas.
Derrière cette extension indéfinie du domaine du social, il y a une conception des droits illimitée. Laquelle nous transforme en créanciers toujours convaincus que l’Etat n’en fait pas assez pour nous. Mais l’Etat, c’est les autres, ce sont nos concitoyens. Nous avons oublié qu’il y a une dignité dans l’autonomie. Au lieu d’être fiers de ne pas (trop) dépendre des autres, notre obsession est qu’ils ne soient pas avantagés d’un iota. Bref ce merveilleux Etat social ne nous rend pas très flamboyants. Alors un conseil aux intolérants au gluten : oubliez le pain et la galette des rois et préférez les fruits et légumes (français, de préférence). C’est meilleur pour la ligne et ça ne coutera pas un rond à la Sécu.
Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio
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