Tandis que, de mon côté, j’assistais à la projection de Fuocoammara, par-delà Lampedusa, le nouveau film de Gianfranco Rosi, Ingrid Riocreux revenait ici sur l’usage de certaines photographies par les tenants de l’accueil des réfugiés sur notre sol. Comme tout le monde, j’ai également en mémoire l’image de ce garçonnet kurde flottant au bord du rivage, face contre sable. Ce cliché eut un nom. Il claquait comme un slogan : le petit Aylan. Je me souviens alors de l’étrange jubilation, fort éloignée de l’idée de deuil, qui avait saisi nos adversaires : ils tenaient enfin leur preuve. Non la preuve qu’un drame se jouât en Méditerrannée – merci les gars, vous nous l’appreniez, à nous éternels ignorants – mais une autre, délirante. Derrière l’alibi de nos prudences face au déferlement démographique et à ses conséquences futures, se cachait une réalité plus sombre, criminelle : Aylan, c’est nous qui l’avions tué. Le corps inerte de l’enfant nous accusait.. Pleuvait alors « l’injonction abêtissante et culpabilisante à prendre un certain parti », pour reprendre l’expression si juste d’Ingrid.

Avec une naïveté certaine, un homme politique tenta ces jours-là de résister à l’averse. C’était Florian Philippot. L’imprudent s’obstinait à opposer la raison à l’émotion – attitude qui définit assez bien ce qu’est le salaud moderne : un type qui veut – contre vents et marées, si j’ose dire – continuer à réfléchir. Que disait, à l’époque, Philippot ? Plus on accueillerait de réfugiés à Lesbos, plus on encouragerait la traversée du bras de mer séparant le continent (turc) de l’île (grecque). Et plus les gens traverseraient, plus il y aurait d’accidents, et donc de noyés. Ce n’était pas la fermeture de l’Europe qui était la cause de la mort d’Aylan, mais plutôt son ouverture. Le raisonnement était aussi logique qu’inaudible. Le numéro deux du Front national pouvait rejoindre la troupe des amis de Galilée et murmurer, pour lui-même, « et pourtant… et pourtant… »

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Olivier Prévôt.

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