Au mépris de la loi Léonetti, détournée de ses principes, on a absolument voulu appliquer à Vincent Lambert un protocole de fin de vie, alors qu’il n’était pas en fin de vie. Le but des lobbies, des juges et des médias qui combattent dans ce sens depuis des années est de créer dans notre pays une jurisprudence d’euthanasie.


L’affaire Lambert n’est ni humanitaire, ni hospitalière. Elle est purement politique, et Vincent Lambert en a été l’otage, jusqu’à la mort. Il faudrait avoir le courage de le reconnaître.

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Vincent Lambert est mort. Ceux qui poursuivaient cet objectif sont parvenus à leurs fins, après un long combat. Pourtant, alors qu’il y a eu tant de commentaires sur cette affaire, les raisons de fond, les intentions politiques sous-jacentes, les enjeux, n’ont jamais été clairement évoqués, alors que tous les intellectuels, les commentateurs et les journalistes les connaissent parfaitement. Pourquoi ? Comme chez Causeur, on peut causer de tout, nous allons le faire.

Dépendant, et alors?

D’abord, on a mis en avant l’état physique et psychique de Vincent Lambert, sa situation de dépendance et son état de conscience, alors que ce n’était pas la question principale. En effet, le fait qu’un être humain soit dépendant, très dépendant même, ne pose pas de problème de principe. Personne ne considère qu’un nouveau-né est moins humain qu’un autre, sous prétexte qu’il dépend entièrement de sa mère pour survivre. Ce serait même le contraire : le fait qu’il soit soumis à l’amour et aux soins des autres ajoute au caractère touchant de sa situation, à sa beauté fragile. Ce n’est donc pas le fait que Vincent Lambert ait dépendu de l’extérieur pour se nourrir (une simple sonde gastrique), qui posait problème. 

Etait-ce son état de conscience ? En fait, personne ne sait ce qui se passe réellement dans la conscience d’une personne dite inconsciente. Il existe d’innombrables cas où des personnes se sont réveillées après des années de coma prolongé, et ont décrit ce qu’elles avaient ressenti pendant cette période. De même, lorsque des graves accidentés de la route arrivent à l’hôpital, en état comateux, on ne se demande pas s’ils doivent être conscients ou non pour que l’on s’occupe d’eux. Dans tous les cas, on fera tout pour les sauver. Compte tenu du peu que l’on sait sur la notion véritable de conscience, dans le doute, au moins, le principe de précaution devrait s’appliquer. On devrait éviter, au moins, de décréter la mort du patient sous ce prétexte. De plus, il y a tout lieu de penser qu’il y a conscience lorsque l’électroencéphalogramme du patient n’est pas plat1, ce qui était bien le cas de Vincent Lambert. Pourquoi donc, dans ces conditions, fallait-il absolument le faire mourir, alors même que les arguments invoqués n’étaient pas définitifs ?

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Était-ce parce qu’il était en fin de vie ? En effet, c’est une question de bon sens, confirmée par la loi Léonetti, qu’il est inutile de s’acharner à vouloir maintenir en vie, par des efforts exagérés, un patient qui s’achemine de toute façon vers la mort à brève échéance. On sait qu’on ne le sauvera pas. Il est logique alors de l’accompagner, en évitant qu’il souffre.

En fin de vie, en est-on sûr?

Mais ce n’était pas le cas de Vincent Lambert ! Il n’était pas en fin de vie. Bien au contraire, il vivait depuis 10 ans sans appareil respiratoire, avec cette simple sonde gastrique. Pourquoi, alors, avoir absolument voulu qu’il meure, en maquillant cette intention avec des raisons qui n’en sont pas ?

Pourquoi ne pas l’avoir laissé vivre, avec ceux qu’il aime, soigné du mieux possible dans l’un des établissements qui abritent, en France, 1700 patients du même type ? Ils souhaitaient le récupérer. Pourquoi donc l’avoir interdit ? Pourquoi cet acharnement, non pas à le maintenir en vie, ce qui n’était pas le cas, mais à le faire passer de vie à trépas, à le tuer ? On est proche de la vraie réponse, et l’enjeu est capital.

« Indigne » de faire partie de l’humanité?

La raison, c’est que Vincent Lambert n’était pas digne de vivre. Ou plus exactement, certains considéraient qu’il était, compte tenu de son état, indigne de vivre. Il était, en quelque sorte, inesthétique. La question est alors essentielle : si une personne n’est pas suffisamment « belle », physiquement, selon les « canons » du temps, si on pense qu’elle « souffre trop » (sans aucun critère permettant de le déterminer, puisque l’on affirme en même temps qu’elle n’a « pas de conscience »), a-t-on le droit de la laisser vivre ? Ne faut-il pas, alors, la supprimer ? Qu’est-ce que la dignité de la personne, et qui la décrète ? Les médecins, la famille, les juges, les intellectuels, la presse ? Ou bien la personne est-elle digne par elle-même, quel que soit son état, tant qu’il est stable, parce qu’elle est simplement une personne humaine ? On voit bien l’univers philosophique immense qui s’ouvre pour s’arroger (et sous quel prétexte ?), le droit d’arbitrer qu’une personne est « indigne » de faire partie de l’humanité. Quel pouvoir accordé à certains (toujours, on le remarquera, des sachants et des forts), sur les autres ! De nombreuses doctrines se sont prononcées dans ce sens, en général de sinistre mémoire. Ne faut-il pas plutôt considérer que par principe, tout être humain est digne en lui-même ? Et qu’il faut le soigner et l’aimer, par tous les moyens, hormis l’acharnement ?

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Cette affaire était donc, et elle l’est encore, un « turning point », un carrefour civilisationnel. Le fait que Vincent Lambert meure ou non était un choix politique majeur. Ceux qui s’activaient en sous-main pour l’obtenir le savaient parfaitement. Ils ont mis toutes leurs forces dans la bataille pour y parvenir. En réussissant, ils ont enfoncé la ligne Maginot qui tente de garantir encore la notion de dignité intrinsèque et intangible de la personne humaine. Pourquoi ont-ils agi ainsi ? Parce que ces personnes sont si habituées à une société de l’avoir et du paraître, qu’une société de l’être où le paraître est absent ou diminué leur fait honte et les horrifie. Ils veulent à tout prix la « réformer ». Notre société matérialiste a voulu fixer par un soi-disant « consensus » les critères de « dignité » de la personne humaine, puis on décrète que ceux qui n’y répondent pas sont « en dehors de l’humanité »…

Manipulations

Et c’est bien autour de cette question que s’est cristallisé le débat, sans qu’on ose le dire, de sorte que les vraies raisons, comme dans d’autres cas, sont restées masquées :

  • On a dit que Vincent Lambert était dans un état « végétatif », un mot-valise, au contenu rationnel faible, mais émotionnel fort. Comme s’il était un « légume », pas une personne humaine. Dit de façon subliminale, c’est bien cela que l’on a suggéré par l’emploi de ce mot. Une vidéo a pourtant circulé et a étonné ceux qui l’ont vue.
  • On a dit que les raisons pour le maintenir en vie provenaient de milieux catholiques « intégristes », tentant ainsi, par des méthodes de type stalinien, de salir les personnes plutôt que de répondre à leurs arguments, tout à fait rationnels.
  • On a dit que ceux qui voulaient le sauver étaient « violents ». En général, quand on veut sauver quelqu’un, on n’est pas violent… Ce sont plutôt ceux qui veulent sa mort qui le sont, me semble-t-il… 
  • On a flouté les images de Vincent Lambert, comme pour faire oublier son humanité.
  • Dans une émission récente, Yves Calvi a été jusqu’à choisir pour titre « Le corps de Vincent Lambert », comme pour faire penser qu’il n’était qu’un simple corps, alors même qu’il était encore tout à fait en vie.

Comme le voulaient si fort les lobbies euthanasistes, Vincent Lambert est mort. Cette bataille aujourd’hui perdue, que se passera-t-il ensuite ?

Une jurisprudence Lambert?

Très probablement, ces lobbies vont essayer, à travers une « jurisprudence Lambert » totalement fabriquée, de modifier et détourner de son esprit originel la loi Léonetti pour y intégrer une sorte de « droit à l’euthanasie », que l’on s’évertuera ensuite à « sanctifier » pour en faire une « liberté fondamentale » de la personne, puis à faire interdire toute critique ou toute incitation contre l’exercice de ce « droit ».

Il ne faudra pas s’étonner, alors, du monde de violence insupportable qui sera le nôtre, ni de la société que nous aurons laissé construire.

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