Il a été beaucoup question de l’esprit de Noël, ces derniers temps, chez les journalistes et les politiques. Y a t il soudain une infusion de la Grâce, selon le terme théologique, sur les plateaux des chaînes d’infos continues ? L’étoile de Bethléem serait-elle soudain apparue par la fenêtre des cabinets ministériels ? Des conseillers se seraient-ils, entre deux contacts avec les syndicats, jetés sur l’évangile de Matthieu : « Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son astre à l’Orient et nous sommes venus lui rendre hommage. » On peut en douter.


L’histoire d’un sauveur

On a surtout utilisé l’esprit de Noël pour faire honte aux grévistes. Les grévistes allaient empêcher les familles de se retrouver, les grévistes allaient prendre les usagers en otage. Premier miracle de Noël, en tout cas, le mot « usager » a fait sa réapparition pour remplacer celui de « client » alors que le mot usager indiquait pourtant quelque chose d’affreusement désuet depuis au moins vingt ans. Se vouloir « usager » de la SNCF pour aller voir sa grand-mère à Romorantin et faire le réveillon avec elle, vous voulez rire ? La modernité, c’est être « client » d’un TGV Inoui pour faire Paris-Lyon en deux heures ou d’un Thalys pour Bruxelles et parler entre premiers de cordée dans des réunions sérieuses.

Pourtant, c’est une belle chose, l’esprit de Noël, que l’on soit chrétien ou pas. C’est une pure joie devant la naissance d’un enfant-Dieu. C’est l’histoire d’un sauveur qui naît dans les conditions les plus précaires que l’on puisse imaginer.

L’idéal de la crèche

L’image de la crèche, qui est l’incarnation de cet esprit de Noël où se mêlent une immense joie à un immense dénuement, pour tout dire, est assez éloignée du type de société que prône le macronisme à un point qui a rarement été aussi décomplexé, c’est à dire une société de marché où tout se vend et tout s’achète, où tout est marchandise, même le temps qui vous restera à vivre entre le travail et la mort :  il se comptabilisera par points que l’on complètera par des fonds de pensions spéculatifs.

L’esprit de Noël, ce n’est certainement pas non plus les magasins ouverts sept jours sur sept, vingt quatre heures sur vingt quatre avec des foules de consommateurs épuisés à l’intérieur qui peuvent d’ailleurs de moins en moins consommer, sous l’œil de salariés qui n’ont pas le choix d’être là.

L’esprit de Noël, c’est un esprit révolutionnaire. Il ne le sait pas forcément mais un gréviste de la CGT et de Sud Rail en est plus proche qu’un Premier ministre et un président qui jouent cyniquement sur un calendrier pour retourner l’opinion en leur faveur, sans trop de succès semble-t-il.

Noël pour tous

Parce que la naissance du Christ annonce une révolution, évidemment. Pas besoin d’aller chercher chez Marx ou chez les théologiens de la Libération. Le Bossuet du Sermon sur le mystères de la Nativité, qui n’est pas franchement un bolchévique, suffira : « Il me faut un sauveur qui fasse honte aux superbes, qui fasse peur aux délicats de la terre, que le monde ne puisse goûter, que la sagesse humaine ne puisse comprendre, qui ne puisse être connu que des humbles de cœur. Il me faut un sauveur qui brave, pour ainsi dire, par sa généreuse pauvreté nos vanités ridicules, extravagantes. Le voilà, je l’ai rencontré, je le reconnais à ces signes. »

Alors, je souhaite un joyeux Noël à tous, même à ceux qui n’aiment pas les grévistes. Parce que l’esprit de Noël, ce n’est pas une grève qui continue ou une grève qui s’arrête, c’est prendre le temps, où qu’on soit, d’accueillir une bonne nouvelle.

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