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Houria Bouteldja est-elle une héritière de Charles Maurras ?

La tenaille identitaire se révèle, entre royalisme et décolonialisme

Houria Bouteldja est-elle une héritière de Charles Maurras ?
Houria Bouteldja, Raz et DanyCaligula lors d'un live Twitch le 25 juillet 2022. Capture d'écran Twitch

Le 25 juillet, la militante décoloniale et antiraciste Houria Bouteldja a mené une conférence aux côtés des YouTubers d’extrême gauche, Raz et DanyCaligula. L’occasion pour elle d’exprimer un discours aux accents réactionnaires, sous l’approbation de ses partenaires mais à la consternation de nombreux internautes progressistes.


L’indigénisme est-il nécessairement de gauche ? Peut-être pas. La « tenaille identitaire » chère à Raphaël Enthoven et ses amis du Printemps Républicain trouve en tout cas son expression incontestable en cette décoloniale tenant un discours digne de certains membres de l’Action Française, à quelques détails près. La prise de parole d’Houria Bouteldja a fait un tollé dans la gauchosphère qui s’est insurgée devant la « nouvelle Maurice Barrès » comme la définit un internaute de gauche.

L’identité des « petits Blancs »

Au bout d’une heure de conférence de l’égérie indigéniste, le YouTuber DanyCaligula exprime l’idée que le problème des Français est qu’ils considèrent que l’immigration est une menace pour leur identité, que les bourgeois les ont amenés à considérer ce nouveau prolétariat comme des ennemis. On imagine, depuis sa tombe, Karl Marx hurler : « Armée de réserve du capitalisme ! », mais personne ne l’entend.

Et Houria Bouteldja embraye, mais de façon surprenante : « Il y a une grande perte d’identité historique. Les petits Blancs ont été dévastés avant nous ». Les « petits Blancs », ce sont les Français dits « de souche », à opposer aux « colonisés » qui sont ces migrants qui rejettent l’identité française, culture à laquelle ils sont censés s’assimiler : « Ce qu’on essaye de sauver à travers l’islam, à travers les traditions, c’est ce que les petits Blancs ont perdu […] Elle est où la tradition ? Elle est où la religion ? Elle est où la spiritualité ? ». Excellente question, Houria. En effet, la militante décoloniale nous fait penser à un discours d’Eric Zemmour : l’islam est une civilisation jeune et vigoureuse, la France en est une autre qui se meurt. L’identité liée à la religion ? C’est le discours que tiennent les royalistes depuis deux siècles.

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Contre toute attente, elle poursuit en développant une vision historique que ne renierait aucun de nos antimodernes.

« Ce qu’a fait l’État-nation en deux cents ans, c’est vraiment assécher l’individu, le groupe, aspirer toutes ses richesses ». Oui, Maurice Barrès disait la même chose il y a un peu plus d’un siècle. La République ayant détruit les coutumes locales, les langues régionales et les traditions, elle n’a laissé au Français qu’une culture nationale, prix à payer pour la force d’un peuple uni par une longue marche vers le centralisme. Les nostalgiques de la féodalité ne doivent pas en croire leurs yeux. Plus à gauche que la gauche, Houria Bouteldja défend les concepts de droite.

« Les classes populaires blanches ont échangé leurs traditions contre un certain niveau de vie, des droits, et la blanchité » ajoute-t-elle alors que les autres intervenants acquiescent. Mettons un instant de côté la blanchité, qu’elle définit comme cette « position sociale qui est le produit de l’histoire coloniale et de l’histoire de la traite négrière », indissociable du mouvement indigéniste. Ce qu’Houria Bouteldja promeut, c’est une pensée de droite. Les royalistes se sont longtemps évertués à expliquer que la République déconstruisait l’identité française par les Droits de l’Homme et l’industrialisation, rompant ainsi avec une société organisée de façon traditionnelle. Et la voilà qui se fait leur porte-voix. La blanchité est alors assimilable à l’universalisme républicain de gauche qui veut répandre la lumière dans le monde, au contraire donc des identités locales françaises ! « Il y a quelque chose de beau », dit-elle à propos de l’identité perdue des petits Blancs. Nous y sommes : Houria Bouteldja, figure de l’antiracisme et du décolonialisme, est de droite.

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Identitaire, oui. Patriote, jamais !

Mais alors, la très-réactionnaire Houria Bouteldja est-elle patriote ? Ne poussons pas trop loin. « Il arrive que dans les quartiers, on se révolte. On fout le feu partout, on s’autorise à brûler des établissements publics. C’est cool quoi ! On fait un peu ce qu’on veut. On est les maîtres chez nous ». Apologie de la violence, d’accord. Mais comprenez, c’est dans leur identité. Ils font comme à la maison. Les immigrés sont chez eux dans nos quartiers, ils y expriment leur identité, tentent de s’enraciner un peu : rien de plus normal. La révolte appartient de droit aux immigrés possédant une identité ; les Blancs en sont privés.

« On s’autorise des choses que les petits Blancs ne s’autorisent pas ». Oui, les Français pourront le confirmer : jamais nous ne nous permettrions tant de violence. Et pourtant, tout ce communautarisme trouve une lueur d’espoir par la suite : « Il y a une dignité, une culture [française] à reconstruire ».

On aurait tort de croire que l’antiracisme, le néo-féminisme et le wokisme sont des aspects repoussants de la modernité. Selon Bouteldja, c’est justement contre la modernité qu’ils se construisent : contre la démocratie, contre la liberté, contre l’abolition des cultures etc. A certains égards, sa position est aussi antimoderne que celui d’un réactionnaire français. D’ailleurs, beaucoup d’internautes de gauche l’ont tout de suite reconnu en commentant la conférence : « version islamique de Christine Boutin » ; « réactionnaire » ; « En fait Houria Bouteldja c’est Alain Soral, mais avec des cheveux et plus de virilité » ; « Houria Bouteldja et Eric Zemmour ne sont que les faces d’une même médaille identitaire », etc.

Pourtant, si la gauche identitaire et la droite patriote convergent dans leur refus de l’universalisme moderne, elles sont vouées à s’opposer…Alors qu’elles se rapprochent par l’existence et la promotion de l’identité, elles seront éloignées à jamais par la différence de leurs identités et l’opposition entre leurs intérêts.


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Jeune (dés)espoir du journalisme politique. Etudiant, pigiste, et un peu poète.

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