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Gérald Darmanin VS Hassan Iquioussen: on fait la guerre avec l’armée qu’on a

Le conseil d'Etat valide l'expulsion de l'islamiste marocain. Il prend la fuite

Gérald Darmanin VS Hassan Iquioussen: on fait la guerre avec l’armée qu’on a
Gérald Darmanin et Hassan Iquioussen.

Si Gérald Darmanin est critiquable et si Mediapart a révélé qu’il avait partagé en 2014 un repas avec l’islamiste fugitif, il est l’un des seuls au gouvernement qui se donne les moyens d’agir sur la question du séparatisme.


Le Conseil d’Etat a confirmé mardi 30 août la légalité de l’expulsion d’Hassan Iquioussen, prédicateur islamiste très en vue et affairiste peu scrupuleux. Mais celle-ci devra encore attendre pour être exécutée : l’imam est en fuite.

On se demande bien comment fonctionne le ministère de l’Intérieur au vu de ce énième raté. La fuite de l’imam était aussi attendue qu’annoncée. Le fait qu’elle ait été prévue par tous, sauf par les principaux intéressés, laisse assez dubitatif… mais confirme l’impression de manque de professionnalisme qu’a donné la mise en scène de ladite expulsion, alors même que sa nécessité était réelle.

Sur le fond, l’expulsion est parfaitement légitime. Hassan Iquioussen ne masque pas son appartenance à l’islam politique ni sa proximité avec les islamistes. Prédicateur star de Musulmans de France, ex-UOIF, il n’a jamais caché sa volonté de structurer un vote communautaire musulman et de réislamiser les jeunes musulmans en les mettant en opposition avec la civilité, les mœurs et les lois françaises. Pour cela il utilise un discours victimaire et falsificateur, mettant en scène une supposée persécution qui justifie la haine et le rejet des valeurs occidentales et des principes démocratiques et républicains. Il nourrit la logique séparatiste et communautariste qui structure l’idéologie des Frères musulmans et en diffuse tous les fondamentaux : appel à la haine des apostats de l’islam, des « mécréants », revendication d’un antisémitisme virulent, infériorisation de la femme et refus de lui accorder l’égalité, légitimation des attentats-suicide… Or ce travail d’ensemencement des esprits donne des fruits.

Le discours d’Iquioussen s’adresse-t-il à une si « infime » minorité ?

La réussite de la stratégie des islamistes en matière de radicalisation de la jeunesse a été mesurée à différentes reprises, et à chaque fois un différentiel énorme séparait les jeunes musulmans des autres jeunes croyants, témoignant de leur rupture avec la culture française. En 2016, une étude de l’Ined montrait que 85% des musulmans âgés de 17 à 25 ans déclaraient que la religion jouait un rôle important dans leur vie, ils n’étaient que 22% chez les catholiques. En 2021 selon l’IFOP, 65% des lycéens musulmans estimaient que les normes et règles édictées par la religion étaient plus importantes que les lois de la République, ils n’étaient que 33% chez les jeunes catholiques. Dans un sondage IFOP de 2020, on peut constater que 66% des musulmans sont opposés au droit des enseignants de montrer des caricatures (alors que l’enquête est menée juste après l’assassinat de Samuel Paty), c’est exactement l’inverse de ce que l’on constate dans le reste de la population française qui soutient ce droit à 75%, voire à 80% chez les catholiques. Le travail de radicalisation religieuse et la construction d’une identité communautaire séparatiste a été bien mené, et l’idéal séparatiste que prône les Frères musulmans est une réalité dans notre pays. Un autre chiffre le démontre : lors des présidentielles, un appel au vote Mélenchon a été relayé par tout un réseau de mosquées et par des relais d’opinion appartenant tous à la sphère islamiste (CCIE, Les frères Tariq et Hani Ramadan, Vincent Souleymane, Sihame Assbague, Feiza Ben Mohamed…). Le principal argument déployé pour obtenir ce résultat : l’éternel victimisation et l’accusation d’ « islamophobie » d’Etat à travers une charge violente contre la loi séparatisme.

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Résultat, un vote communautariste massif : 69% des électeurs musulmans ont voté Jean-Luc Mélenchon, suite à une campagne dont les éléments de langage et les représentations concernant la communauté musulmane ont été empruntés à la logorrhée islamiste. Certes ce n’est pas pour rien si le clientélisme électoral à gauche s’est concentré sur le vote musulman depuis la fameuse note Terra Nova de 2012, l’existence d’un vote communautaire ne date pas d’hier. Ce qui s’est accentué c’est qu’aujourd’hui ce sont les islamistes qui le détiennent, comme ce sont leurs revendications et leur vision du monde qui le structurent. Une telle influence représente un poids électoral non négligeable et explique la complaisance d’une partie de la gauche à l’égard de l’islamisme. L’influence électorale de cette dernière étant en chute libre, elle ne se maintient sur certains territoires que grâce à ce vote. La droite l’ayant remarquée, elle a eu tendance à verser dans le même clientélisme en banlieue.

Clientélisme caricatural mais efficace

Cela aussi Hassan Iquioussen l’avait fort bien compris. Dans une vidéo datant de 2014, il explique la méthode pour placer ses pions dans les collectivités locales. Sa rhétorique est basique, mais en tant qu’ancienne élue, je peux assurer qu’elle est opérationnelle. Selon l’imam, il suffit d’aller voir le maire et de dire : « La dernière fois vous avez gagné avec 50 voix, je vous en offre 853 (ce sont les voix des fidèles de la mosquée qu’il compte ainsi.) Il fait quoi le Maire, il fait des génuflexions et des prosternations ». Caricatural ? Peut-être, mais c’est un discours efficace et qui fonctionne sur des territoires où parfois seuls 40% de la population se rend aux urnes et où les élections se jouent avec un différentiel de quelques centaines de voix. Peu importe que l’influenceur ait au moment du deal la réalité de ces voix entre ses mains. S’il est vu comme puissant et comme ayant le lien avec l’autorité politique, il gagnera en influence en devenant un intermédiaire communautaire. L’entrisme permet de renforcer l’emprise communautaire grâce aux alliances forgées à l’extérieur.

L’influence du prédicateur Iquioussen, son aura sur les réseaux sociaux, sa proximité avec les Frères musulmans et la nature de son discours justifient une expulsion pour trouble à l’ordre public. Encore faut-il instruire correctement le dossier. Or la lecture de la décision du Conseil d’Etat (CE) interroge sur la qualité des services juridiques du ministère, leur méconnaissance de la sphère islamiste et leur capacité à écouter des prêches en français comme en arabe pour nourrir un argumentaire. Le point 7 de la décision du CE est particulièrement dévastateur pour le ministère : « si le ministre retient, dans la décision d’expulsion attaquée, que M.B… aurait affiché publiquement sa sympathie avec Oussama Ben Laden et aurait remis en question la réalité des attentats terroristes revendiqués par l’organisation terroriste Daech, et de manière générale qu’il aurait encouragé son auditoire par un discours complotiste à répondre par la violence à toute atteinte considérée comme «islamophobe», qu’il rejetterait les lois de la République au-dessus desquelles il placerait la loi islamique et inviterait au séparatisme, il n’établit pas par les pièces produites dans le cadre de l’instance de référé le bien-fondé de telles affirmations. » C’est sur le discours de haine à l’égard des Juifs et ses harangues réitérés sur l’infériorité des femmes que se fonde la décision d’expulsion. On constate aussi que si ses enfants avaient été mineurs, l’expulsion n’aurait pas été validée. La place excessive du droit à la vie familiale au regard de la dangerosité pour l’ordre public d’un individu n’est pas réglée par cet arrêt.

Darmanin aurait fait appel à lui en 2014

Il n’en reste pas moins que l’on ne peut que se réjouir de l’expulsion de ce dangereux et influent personnage et saluer Gérald Darmanin pour sa détermination. Certes, l’enquête de Mediapart, montrant qu’en 2014 pour prendre Tourcoing le ministre avait sollicité sans vergogne le soutien de l’imam, ne le grandit pas. Mais que d’hypocrisie dans les cris d’orfraies poussés ! Gerald Darmanin n’aurait pas de conviction et serait un pur opportuniste. C’est probablement vrai, mais en politique les opportunistes sont souvent moins dangereux et font moins de dégâts que les puritains et les convaincus. L’essentiel chez un homme politique n’est pas la pureté et la sincérité, c’est sa capacité à choisir une ligne et à tendre vers ses objectifs tout en comprenant les attentes de sa population. La France n’est pas Tourcoing et Gérald Darmanin a compris que pour l’instant nul ne pouvait gagner la France s’il apparait comme dépendant d’un vote musulman piloté par les islamistes. Dans cette histoire, Gérald Darmanin fait le pari de l’après-Macron et il vaut mieux qu’il construise son image sur la lutte contre l’islamisme plutôt que sur la diffusion des mots d’ordre et éléments de langage de cette idéologie totalitaire, comme a choisi de le faire Jean-Luc Mélenchon.

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Pour l’instant qu’on le veuille ou non, Gérald Darmanin est un atout dans la lutte contre l’islamisme. Il n’en reste pas moins que pour changer la donne, celui-ci devra aussi s’attaquer à ce qui structure la progression de l’islam politique en France : le fait que les structures de formation d’imams (IESH de St Denis et de Château-Chinon) sont tenus par les islamistes canal Frères musulmans, que le lycée Averroes est aussi entre les mains des islamistes, qu’une partie des représentants religieux que l’on a tenté de faire passer pour modérés, comme Tareq Oubrou, l’imam de Bordeaux ont pris fait et cause pour Hassan Iquioussen quand ils n’avaient pas un mot pour l’attentat commis contre Salman Rushdie. De la même manière, il est nécessaire de systématiser le retrait des subventions comme des agréments des structures infiltrées (le cas de la Ligue des Droits de l’Homme ou de la ligue de l’enseignement se pose). Il est également nécessaire de s’attaquer au lobbying actif des islamistes auprès des instances européennes et de revoir notre droit. La question d’un droit à une vie privée et familiale placée au-dessus de tout n’est pas défendable dans un contexte où le séparatisme islamiste ne cesse de progresser. Pour autant, dans la vie, on part en guerre avec l’armée que l’on a. Et si Gérald Darmanin est critiquable, il est l’un des seuls au gouvernement qui se donne les moyens d’agir sur ces questions.

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Ancienne conseillère régionale PS d'Île de France et cofondatrice, avec Fatiha Boudjahlat, du mouvement citoyen Viv(r)e la République, Céline Pina est essayiste et chroniqueuse. Dernier essai: "Ces biens essentiels" (Bouquins, 2021)

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