Quand la langue n’a plus de secrets, la société se met à nu. On peut toujours tempêter contre le grand déballage : les mots ont perdu leur chair, voilà le problème. Quelle force renferment-ils, quelle consistance, devenus exsangues dans l’universel bavardage où Internet et les chaînes d’information en continu tiennent la place d’honneur ? C’est une évidence en matière judiciaire, théoriquement temple de la raison, de la retenue, du secret protecteur, où désormais les mots se lancent à la volée, révélations, soupçons, accusations, mensonges. S’agit-il d’une preuve de transparence, ce bien inaliénable de la démocratie prétendument parfaite ? D’aucune manière : sous la transparence généralisée, le vide. Aucun recul, procès tous azimuts suivis de non-lieux, carrières brisées par des ragots, surveillance frauduleuse, grandes oreilles perverties par une conception despotique de la vertu. Le public, Minos insatiable, doit tout savoir et veut tout entendre. L’hyper-démocratie se transforme en un tribunal permanent au nom des valeurs républicaines. Pas la République de la fraternité, encore moins de la liberté : celle de 93 avec sa guillotine. Une guillotine médiatique sans mort d’homme, mais qui vous tranche une réputation aussi sec qu’un cou. Appelons ça le «gouvernement des juges».

L’intention mériterait le respect si elle se fixait des limites. Tout au contraire, elle les efface. Symptôme que tout déborde dans un monde où, des mots, ne subsiste que l’écorce.

L’omnipotence de la société de l’image, la vidéo-sphère, favorise ad nauseam l’extension de la société du bruit, l’audio-sphère, dominée par la rumeur, cette invasion d’à-peu-près nocifs.

*Image : wiki paintings.

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