La France, jusqu’ici cinquième puissance économique mondiale, vient de céder du terrain, laissant passer devant elle le Royaume-Uni dont la croissance et la monnaie sont plus florissantes. De quoi alimenter les thèses les plus noires sur notre déclin…

Pourtant, dans le concert crépusculaire, dont les choristes se multiplient comme autant de microbes, une voie dissonante est passée relativement inaperçue à l’automne. Il faut dire qu’elle était un peu optimiste, ce qui en soi est suspect… C’est au détour d’un article consacré au pitch d’Alain Juppé -ira ou n’ira pas jusqu’au bout- qu’était cité le nom de ce jeune économiste et de son essai roboratif : « La France est prête, nous avons déjà changé ».

Reconnaissant à la France un certain retard et non un naufrage, Robin Rivaton replace l’histoire dans le temps long pour rappeler que la France au cours des siècles précédents, a trouvé les ressources pour se remettre en selle à plusieurs reprises. Il montre que les conditions d’un rebond sont désormais réunies. N’étant pas de ceux qui pensent que le déclin est inéluctable, il fustige le pouvoir mortifère de l’autoflagellation  et s’emploie à démonter un par un les stéréotypes qui fondent le french bashing autant que notre asthénie collective.

Attention,  ce n’est pas « lou ravi » de la crèche. S’il établit que les mentalités ont évolué depuis une décennie, il ne nie pas le paradoxe qui oppose souvent une perception individuelle plutôt optimiste et à un pessimisme collectif des français. Pas plus qu’il ne dément le fossé qui sépare leurs idées de leurs actions. Il démontre, chiffres à l’appui, que notre peuple a du jus, mais surtout qu’il a perdu de sa rigidité légendaire sur certains sujets. Ainsi, accompagnés d’un chef qui valoriserait leurs forces, les français pourraient enfin remettre en question un modèle qui ne fonctionne plus…sans produire les blocages derrière lesquels se cache la classe politique actuelle pour justifier son inertie.

L’esprit d’entreprise des français, un rapport plus libre à l’argent et à la richesse, une meilleure ouverture au monde et un pragmatisme nouveau à l’égard d’un état gourmand et fainéant viennent étayer cette démonstration.

La France fait preuve d’un dynamisme entrepreneurial remarquable, dans l’absolu -900 000 auto entrepreneurs actifs fin 2013- comme par rapport à ses voisins. Mieux, contrairement à une idée longtemps entretenue, l’entrepreneur, l’indépendance que procure ce statut et la création de richesse qui peut en découler sont très bien perçus par les français. Pour faire court, « La décennie écoulée a […] permis l’apprentissage et la diffusion des règles du capitalisme dans la société française, l’attachement à la valeur travail, déjà ancien, a été rejoint par un rapport plus libre à l’argent » note l’économiste qui y voit un levier de croissance. En agissant sur une meilleure préparation des jeunes pour la création d’entreprise –qui est déjà à l’œuvre avec des initiatives comme celle de Xavier Niel et son école 42, les accélérateurs de start-up et autres incubateurs d’entreprises et en la libérant de ses contraintes normatives, la croissance générée par le progrès peut être sans limites.

En outre, après avoir trainé la patte derrière des partenaires plus optimiste, la France se met à voir la mondialisation en rose –en gris rosé en tout cas. Et cela se ressent dans son ouverture au monde : le nombre de français à l’étranger s’est accru de 60 % sur les 15 dernières années pendant que les étudiants Erasmus doublaient. Même s’il ne faut pas négliger la part de ceux qui fuient l’enfer fiscal ou le chômage programmé, ni celle des français qui trimballent leur blues avec eux, ces expatriés participent malgré tout à un certain rayonnement de la France. Qui du même coup attire étudiants (3e pays d’accueil) et expatriés  (5e pays dans lequel les candidats aimeraient travailler).

Neuf français sur dix sont convaincus que la France a besoin de réformes pour faire face au futur : en voilà une bonne nouvelle.  Mais plus importante est celle qui nous prouve qu’enfin nos compatriotes ont compris l’incurie de notre état dégoulinant. Les valeurs libérales d’initiative, autonomie, responsabilité et mérite recueillent 90% des suffrages pendant que l’Etat-providence inspire le rejet de 75% des Français. Une autre enquête3 livre ce chiffre ébouriffant : 70% des interrogés, dont plus de la moitié de sympathisants de gauche, souhaitent que le statut des fonctionnaires soit aligné sur les contrats de droit privé… Le fonctionnariat ne fait plus rêver. L’échec patent du système scolaire qui laisse sur la route des décrocheurs sans formation ni avenir, celui de la sécurité ou de la santé ont décillé les Français… Le privé ne ferait-il pas mieux ?

Après avoir loupé l’éclaircie des années 2000, les français auraient opéré de grandes prises de consciences qui les éloignent des élites politiques accrochées à leurs vieilles lunes idéologiques. Les initiatives d’échanges de service (Blablacar), de locations entre particuliers, de financement participatif montrent comme ils comptent finalement sur eux-mêmes et aspirent aujourd’hui à plus de réalisme dans la conduite des affaires du pays. La multiplication d’initiatives citoyennes, d’associations (Bleu Blanc Zèbre), de nouveaux partis politiques (Nous citoyens), de mouvement de contestation hors syndicats  (Les Pigeons), de médias libéraux assumés (L’Opinion) accrédite l’idée que l’opinion a changé sur beaucoup de points et que des propositions inspirées de la Big Society à l’anglaise trouveraient aujourd’hui un écho favorable en France.

Lassés de la renonciation qui colle à la peau des français urbi et orbi, ils sont une poignée à vouloir les enjoindre de se saisir de leur destin. Cette petite musique résolument positive que l’on perçoit ça et là prend de l’ampleur et donne envie de tendre l’oreille. Robin Rivaton pour sa part nous livre l’analyse sociologique qui lui permet d’entrevoir une fenêtre de tir pour une refonte complète de notre appareil économique. Avec l’enthousiasme de ses 27 ans, il propose de donner un grand coup de pied dans la fourmilière. La France est prête, peut être, mais le chantier est titanesque.

Reste à convaincre les politiques… Contre toute attente, c’est Alain Juppé, le plus vieux d’entre eux, qui s’émerveille de cet opus. Sera-t-il disposé, comme il le suggère depuis quelques mois à ne s’engager que pour un mandat et faire ce grand ménage sans lequel notre mue « lib-réaliste» (Robin Rivaton) restera lettre morte ? Après tout, il se dit bien prêt « à couper les deux bouts de l’omelette… » dans une coalition qui oublierait un temps ce qui se trouve trop loin sur sa droite ou sur sa gauche. Mais à cela aussi les français seraient-ils prêts aussi ?

Ce serait la bonne nouvelle de 2015, le réalisme oblige pourtant à rappeler qu’il y a loin de la coupe aux lèvres…

*Photo : Pixabay.

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