Notre confrère et ami publie, avec Pierre Péan, une biographie de Jean-Marie Le Pen qui divise le Parti des médias. Pour les uns, il était temps de traiter cet homme politique comme n’importe quel autre, tandis que les autres accusent les auteurs d’avoir blanchi Le Pen. Paysage pendant la bataille.

Élisabeth Lévy. Votre livre a été très bien accueilli par des personnalités « fréquentables » (Jean-Louis Bourlanges, Philippe Meyer, Éric Naulleau…), peu suspectes de crypto ou de para-lepénisme. D’un autre côté, Le Nouvel Obs, Marianne – votre journal ! − et Patrick Cohen, de France Inter, vous ont accusés, Pierre Péan et vous, de « blanchir » Jean-Marie Le Pen. Votre refus de vous placer sur le terrain moral n’a-t-il pas, sinon l’ambition, du moins la fâcheuse conséquence de vous amener à cautionner les idées et le parcours de Le Pen ?

Philippe Cohen. Ce qui m’étonne le plus dans cette affaire, c’est que, vingt ans avant Pierre Péan et moi-même, en 1994, Gilles Bresson et Christian Lionet avaient entrepris une biographie de Le Pen avec exactement le même genre d’esprit : aller le voir dans une démarche d’enquête, sans a-priori, en acceptant l’idée que la fréquentation de leurs interlocuteurs d’extrême droite risquait forcément de les humaniser. Ils admettaient aussi que l’empathie est inévitable lorsqu’on écrit une biographie. Notre livre ressemble à celui de Bresson et Lionet : il est essentiellement factuel et il poursuit, au fond, le récit qu’ils avaient entamé. La différence, c’est que leur livre a suscité un « accueil zéro » : aucun ou très peu de commentaires, ni pour ni contre ! Probablement parce que ses auteurs venaient de Libération et qu’il était donc difficile de les mettre en cause. C’est la pensée en pilotage automatique. Comme vous l’avez noté, nous ne bénéficions pas de la même bienveillance de tout le monde. Du reste, le papier qu’a écrit Renaud Dély, dans Le Nouvel Observateur, contre notre livre, présente une énorme contradiction : d’un côté, il fait l’éloge du Bresson/Lionet et, de l’autre, il nous reproche de mettre en doute le fait que Le Pen ait torturé en Algérie. Or, concernant ce dossier, Bresson et Lionet l’ont fait bien avant nous, et de manière plus affirmative !

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Jean-Marie Le Pen, une histoire française, Philippe Cohen et Pierre Péan (Robert Laffont).

*Photo : Droits réservés.