Un peu plus de trois ans après l’assassinat de Benazir Bhutto, le dossier à charge contre Pervez Musharraf, à l’époque chef de l’Etat pakistanais, ne cesse de s’épaissir. Selon l’équipe d’investigateurs mise en place par le ministère de l’Intérieur – et donc en théorie hors de portée des services de renseignement militaires – Musharraf serait coupable au mieux d’avoir été au courant du projet d’attentat des Talibans et au pire, de l’avoir facilité et d’avoir permis aux tueurs de s’en tirer sans casse.

Pour rappel, Madame Bhutto, deux fois premier ministre du Pakistan et à l’époque en pleine campagne électorale, a été assassinée le 27 décembre 2007 par un sniper qui l’avait guettée à la sortie d’un meeting. Des images d’une caméra de télé ont démontré que la balle a atteint la tête de sa victime, quelques secondes avant qu’une puissante charge n’explose près de son convoi, tuant 24 membres de son entourage ainsi que de nombreux passants.

Aujourd’hui au ministère de l’Intérieur on est quasi certain que Musharraf, ancien chef de l’armée arrivé au pouvoir en 1999 grâce à un coup d’Etat, avait des informations concernant le plan des Talibans mais qu’il a décidé de ne pas les communiquer aux services chargés de la sécurité de Mme Bhutto. En plus, Musharraf est soupçonné d’avoir veillé à ce que la scène du crime soit nettoyée avant l’arrivée des enquêteurs et d’avoir fait délibérément orienté les policiers en charge de l’attentat sur des fausses pistes. L’une de conséquences de son intervention dans l’enquête est le rapport des médecins légistes constatant que Madame Bhutto serait morte après que sa tête a heurté contre la rampe, installée dans sa voiture de campagne pour lui permettre de s’y tenir débout et saluer la foule. Mais le détail le plus extravagant de cet affaire est l’ordre, qu’aurait donné le général, de changer le service de sécurité de Madame Bhutto juste avant le drame.

Face à ces accusations plus que graves, on remarquera néanmoins que le dossier du ministère de l’Intérieur est uniquement étayé par des témoignages d’anciens chefs du service de renseignement intérieur et ne contient probablement pas de preuves matérielles. Ainsi il faut aussi y voir un épisode supplémentaire dans le feuilleton gore qui oppose l’armée pakistanaise à d’autres groupes politiques, plutôt hostile à son rôle dominant dans l’Etat pakistanais. En pleine guerre civile, le processus de désintégration de cet Etat en faillite semble bien engagé…

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