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Un volapük désintégré

Un volapük désintégré
Tag en écriture inclusive, Paris 18° arrondissement. © Jeanne Menjoulet/Flickr

L’écriture inclusive est illégale. C’est un nouveau combat à livrer pour la francophonie, en plus de la résistance à l’anglais.


Nous sommes en guerre politique, culturelle et linguistique. L’ennemi, on le connaît: un courant de déconstruction, né en France dans les années 70, renforcé aux Etats-Unis depuis une vingtaine d’années, auquel se joint un Canada multiculturel fluid gender, sans oublier la contribution des institutions européennes. En témoigne, à elle seule, l’écriture inclusive, qui fait rage actuellement, championne d’exclusion, au nom d’un égalitarisme révolutionnaire.

La langue doit rester la même pour tous

Née du latin, la langue française s’est développée avec l’écrit. Son acte de naissance est « le Serment de Strasbourg » (842). Quant à « l’Ordonnance de Villers-Côtterets » (1539), elle est toujours en vigueur, et fait de la langue française « claire et intelligible » la langue de l’administration, émancipée du latin et des langues régionales, ce qui ne signifie pas qu’on supprime l’étymologie latine ni n’empêche de parler basque et breton. Une langue n’est donc pas un lieu de combat idéologique où s’affrontent des bandes rivales. De ces dates, en revanche, gravées dans l’histoire de France, découlent des vérités non discutables: l’orthographe française n’est pas phonétique mais étymologique, et la Nouvelle Orthographe, venue du Canada, n’est aucunement régalienne, mais une tolérance. Être « auteur » quel que soit votre sexe, voilà l’égalité. Deuxièmement, le genre grammatical n’est pas le sexe ; le masculin n’exclut pas le féminin mais il a une valeur extensive.

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Troisièmement, la suppression du circonflexe signe une ignorance linguistique fâcheuse. Il “parait”, c’est le verbe “parer” à l’imparfait. En revanche, dans “il paraît”, du verbe paraître, le s, rendu muet (on dit “amuï”) sous forme de circonflexe, se retrouve au pluriel: nous paraissons. Même chose pour le verbe naître. Ces circonflexes ont le mérite d’apprendre les familles de mots[tooltips content=”Dans le verbe naître, le s du verbe latin (nascere) est marqué par un circonflexe: il naît. On dit qu’il est amuï: rendu muet. Mais son «mutisme» cesse au pluriel et le s réapparaît: nous naissons, nous connaissons. On voit donc bien que le circonflexe n’est pas superflu. Même chose dans un mot, cette fois: le mot fenêtre vient du latin «fenestra»: le s tombe et se marque par le circonflexe… mais on le retrouve dans le verbe défénestrer. Fête, c’est pareil: le mot vient de «festa», latin: le s s’amuït, se fait circonflexe et se retrouve dans le verbe festoyer, et ainsi de suite. Cette étymologie aide à apprendre les familles de mots. Or, la Nouvelle Orthographe supprime les circonflexes, tout comme les ordinateurs les suppriment, du coup on ne fait plus attention à eux alors que le circonflexe, au subjonctif imparfait, par exemple, ne sera jamais supprimé… et tout à l’avenant. Ce n’est pas difficile d’apprendre aux élèves l’orthographe. Il y a des difficultés, et après ? Dans toutes les langues, les verbes présentent des difficultés. Le hongrois et le turc, c’est bien autre chose que le français !”](1)[/tooltips]. Enfin, la lettre e n’est aucunement un suffixe féminin comme en témoignent les mots ministre et journaliste. Et votre médecin, si elle est une femme, n’est pas votre « médecine. » Et que dire du féminin « écrivaine » à la finale… parlante ! C’est l’article qui fixe le genre grammatical. Ajouter un e au masculin « à condition qu’il soit muet », dit l’Académie, est une plaisanterie pour ne pas dire une discrimination.

Inégalitaire, car illisible à ceux qui lisent en braille, inabordable pour les étrangers, impossible à prononcer, l’écriture inclusive est illégale. L’article 2 de la Constitution dit que « La langue française est la langue de la République ». La même pour tous, du haut de l’échelle sociale en bas, la langue française est donc garante de l’unité de la France. Puisqu’Edouard Philippe, rappelant l’Ordonnance de Villers- Côtterets n’a pas été entendu, en 2018, il est temps que le pouvoir politique, à la demande du député de l’Indre à l’Assemblée[tooltips content=”François Jolivet NDLR”](2)[/tooltips], rappelle l’illégalité de la pratique de l’inclusive. À moins de faire la révolution, une loi doit être appliquée.

L’écriture inclusive et l’Anglais ne passeront pas!

Le combat pour la langue française va de pair avec celui de la francophonie. Le Haut Conseil international de la Langue française et de la francophonie, (HCILF), sous la houlette vigoureuse d’Albert Salon, ancien ambassadeur de la France, vient de lancer une campagne médiatique et politique afin que le président de la République s’oppose à l’imposition illégale et illégitime — post Brexit !— de l’anglais comme langue commune, à la Commission et au Parlement européens.

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Certes, business is business mais faudrait-il oublier que, si la langue française a eu pour vocation d’être la langue diplomatique, c’était pour des raisons pérennes: clarté dans l’expression des idées, précision du vocabulaire et concision de la pensée, langue de culture qui a forgé l’Europe ? Comme Aragon le dit dans « La leçon de Ribeirac » à la fin de Les Yeux d’Elsa, l’heure est venue d’entrer en résistance. Si notre langue est, par vocation, ouverte à l’autre, elle n’est pas la langue archipélique du Tout Monde. Le français se meurt au Québec. Le chinois s’installe en Afrique. La langue française n’est pas un volapük désintégré.

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Marie-Hélène Verdier est agrégée de Lettres classiques et a enseigné au lycée Louis-le-Grand, à Paris. Poète, écrivain et chroniqueuse, elle est l'auteur de l'essai "La guerre au français" publié au Cerf.

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